partie des faits que je vais m'elîorcer d'établir dans
le présent chapitre, non d'après la méthode philologique, mais d'après la métliode philosophique, dont l'emploi est bien plus justifié dans un ouvra^çe de ce genre que ne le serait l'usage de la première et qui d'ailleurs est tout aussi scientifique.
J'avais été frappé bien souvent de l'anomalie que présentaient certaines traductions et je ne pouvais m'expliquer les difficultés qui surgissaient à la fois des textes traduits et des explications que l'on en donnait, lorsqu'en examinant de plus près que je ne l'avais fait les usages et les mœurs des peuples classiques, je veux dire les Grecs et les Romains, les Hindous et les Chinois,, la lumière s'est faite en mon esprit, et je voudrais faire en sorte que cette lumière éclairât d'autres yeux que les miens. Je ne me pique point d'enlever tous les suffrages, surtout les suffrages des Egyptologues conteiny)orains; je sais déjà par expérience, même par une expérience plusieurs fois répétée, que c'est beaucoup trop demander aux hommes (jue de reconnaître publiquement qu'ils ont fait fausse route; même si je parvenais à les convaincre, ils diraient tranciuilloment qu'ils ont toujours pensé de la sorte et s'ingénieraient à le prouver. Rien de plus ordiîjaire que <le professer théoriquement le peu de cas quon fait de la priorité dos découvertes particulières ou des rapprochements lumineux; mais, quand de la théorie on descend à la prati(|ue, il n'y a rien do plus malaisé que dose montrer, je no dis pas généieux, je dis seulement équitable.
J'ai déjà dit ce qu'était la famille autant que nous le peuvent approndre les textes de l'Ancien et du Moyen- Empire: ce que ces textes nous ont appris est peu de chose. Ceux au contraire, qui datent du Nouvel-Empire, illustrés ])ar les représentations d(\s tombeaux, sont bien plus explicites et nous laissent supposer encore plus qu'ils ne disent.
Toute famille se compose du père, de la mère et des enfants. Le père était en Egypte un persoimage fort respecté et qui avait la suprême autorité dans tout ce qui regardait
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association type. Si nous nous en rapportons à certains s, nous voyons qu'il était le chef d'un culte spécial qui *dait seulement la famille, le culte des ancêtres, tel qu'il ait dans la Grèce, à Rome, chez les premiers Hindous, u'il existe toujours en Chine. Cette conclusion se tire de lins passages du papyrus moral de Boulaq où il est ition du Dieu de l'auteur dans certaines maximes accolées uitres passages où l'on trouve l'idée d'une divinité fort trente, le soleil ou le Dieu dont j'ai étudié la formation e développement dernier dans le chapitre se rapportant* idées que nous nommons actuellement religieuses, est mon Dieu, dit le père à son fils, qui m'a accordé que aies des enfants. » — « Observe les fêtes de ton Dieu, » ■il encore. — « C'est mon Dieu qui donne l'existence. » — /)rsque tu fais des offrandes à ton Dieu. » Que pourraient nifier ces paroles, sinon que le Dieu de la famille, celui i veille à sa perpétuité, qui donne l'existence à tous les es qui la composent est un Dieu particulier qui doit «voir un culte spécial en rapport avec les services qu'il id, les bienfaits qu'il répand? C'est de ce Dieu que Ion it parler, lorsqu'on dit qu'il ne faut rien faire hors de la itume, rien innover, mais se conformer en tout à latraion. C'est de ce Dieu qu'il est question, lorsque le père iseilleà son fils de ne point laisser passer le jour de sa ', d'ériger les témoignages qui prouveront qu'il a bien ipli .son devoir. C'était là un vieux reste des anciennes iitions reçues dans l'enfance de la société égyptienne et s'y sont toujours conservées.
>i nous rapprochons de cette idée certains autres faits, ime celui qui laissait les maisons indivises en Egypte, ime celui que le fils suivait presque toujours la condition il était né, et bien d'autres que je pourrais citer , nous rons d abord que la famille alliait au culte de ce Dieu la session d'un habitat permanent, tout comme c'était la le en Grèce et à Rome. Si nous voulons rechercher en
plus comment étaient faites et sont encore faites les maisoiu égyptiennes, nous trouverons que, toutes, elles avaient unesorte iVarea qui les entourait, comme en Grèce et à Rome. Nous savons déjà que Ton y conservait les momies des membres de la famille enterrées dans cette cour ou placées dans une niche bâtie exprès pour les y recevoir, comme c'était Tusage primitif en Grèce et à Rome d'ensevelir les membres de la famille dans Tintérieur de Varea dont je \ viens de parler. De là avait pris origine ce culte des ancêtres que j'ai signalé récemmentV Jusqu'ici on avait bien observé que les morts étaient l'objet d'un culte spécial, puisqu'il y avait dès le t<?mps des pyramides des esclaves du double . qui devinrent dans la suite des prêtres du double, et que le prêtre du double de Khéops, par exemple, existait encore au temps de la dynastie ptolémaïque ; mais ce qu'on n'avait pas fait observer, c'est que celui qui était chargé officiellement de perpétuer le culte de la famille, d'obvier à son extinction, absolument comme le feu qu'on conservait dans Tâtre de la maison, c'était le fils aine, celui qui faisait «revivre le nom de son père», comme disent les textes. Dés le temps des pyramides et des mastabas, on trouve des exemples de ce culte de la famille dans les inscriptions où le prêtre qui olîrc la libation au défunt est quelquefois nommé ]ejj/s aîné et dans certaines prérogatives que nous ont conservées les représentations des tombeaux ; sous le Nouvel-Empire tliébain, nous voyons que la coutume s'est conservée intacte à la dix-huitième dynastie où je l'ai déjà signalée', et, si nous voulons passer à l'époque à laquelle fut copié le i)apyrus moral de Boulaq, nous trouvons la maxime suivante: « Offre de l'eau à ton père et à ta mère qui sont dans la vallée funéraire; vérifie l'eau, offre des
1. E. Amélineau, In Tombeau ègiipiienj dans la Reçue de l'histoire des rvU(/ions, mai-juin 1891, p. 13-14 du tirage à part.