‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 61 sur 212 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

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Dses divines, autrement dit acceptables. Ne Toublie pas, and tu es au dehors. Si tu le fais, ton fils le fera pour toi mblablement. » Voilà pourquoi nous avons entendu, dans chapitre qui concerne le Moyen -Empire, le prince khnoum-hôtep se vanter d'avoir rétabli les tombeaux e ses ancêtres plus magnifiquement qu'ils n'étaient aupaavant, de les avoir entretenus et meublés; c'était le devoir lu fils à regard de ses parents. Quand le défunt avait été issez agréable au Pharaon pour recevoir des mains mômes lu roi la concession d'un tombeau, c'est dans le tombeau que « firent certaines cérémonies funèbres où se montre tout l'abord le fils aîné, puis les divers autres membres de la tamille, fils ou frères; quand il n'y avait pas de tombeau, et î'était le cas immensément le plus fréquent, c'était dans rîntérieur de l'enclos où était située la maison qu'avaient lieu les cérémonies du culte funéraire. Le défunt qui avait reçu l'immense honneur d'un tombeau spécial était considéré dans la famille comme un Dieu et son illustration rejaillissait BUT toute la famille. Voilà pourquoi, dans les funérailles, le Fi/sçaV/ ai'we remplissait un rôle prépondérant dans une grande partie des cérémonies funèbres, notamment dans VOucerture de la bouche dont il a été (|ucslion plus haut ; c'est encore au^As que revenait la charge de faire construire ou achever, après la mort du titulaire, le tombeau qui lui avait été concédé pendant sa vie, si ce tombeau n'était pas terminé. Voilà pourquoi on a retrouvé dans certains temples ce qu'on a très bien nommé la Chambre des Ancêtres^ où l'on voit le Pharaon rendant un culte .spécial à ceux qu'il ''^gardait comme les fondateurs de sa famille'. Ces ancêtres ^^ient désignés dans le parler égyptien sous le nom de sahoa

'• Je pourrais à cette occasion montrer certaines particularités du Qlte égyptien qui nous sont expliquées par ce que Ton voit aujourd'hui '^re en d'autres pays ; mais cela m'entraînerait trop loin et je le ■^elopperai dans mon ouvrage sur VHistoijc de la Sèpuliure et des '^nérailles en Egypte.

qu'on a quelquefois traduit par ànie divine sans s'écarter beaucoup du sens véritable.

Plus tard, â mesure qu'on progressa, le tombeau, de p«h priété privée du défunt qui l'avait obtenu, devint le catecm de famille, indivis, comme Tétait la maison égyptienne, mais, orné au nom d'un seul homme qui demeurait ainsi ia génie bienfaisant de la famille. Cette tombe était conslruite

sur le plan de la maison égyptienne; c'esl-à-dire qu'elle était précédée d'une eu ea, soit en avant de la tombe, soità l'intérieur de la tombe, et c'était alors la première salle, celle où se réunissaient les parents et les amis qui venaient rendre visite au défunt. Mais ces caveaux de famille, tout comme nos modernes concessions <à titre particulier et privé, furent toujours une grande exception en Egypte: l'immense, la très immense majorité des Égyptiens ou des familles égyptiennes n'avait pas le droit d'avoir un tombeau: la maison privée demeurait alors le cimetière commun de tous les membres de la famille et les cérémonies du culte s'y célébraient.

Le culte, qui était ainsi célébré par le fils aîné en l'honneur de ses parents^ ne se rendait pas seulement tous les jours avec plus ou moins de solennité; à certains jours plus spécialement désignés par la coutume, sinon par les institutions do la famille, on célébrait d'une manière plus particulière la mémoire du défunt par des rites spéciaux dont on a trouvé un grand nombre d'exemplaires, mais dont on ne connaît qu'un seul exemple détaillé, celui que nous offre un tombeau deThèbes dédié à Nofré-hôtep, qui vivait sous le roi Horemheb de la XVIIl*^ dynastie; mais, quoique cet exemple soit unique, je ne doute point que les fêtes en l'honneur des ancêtres qu'il mentionne n'aient été célébrées dans toute l'Egypte. Si l'on ne retrouve pas dans la vallée do Nil un développement égal de l'idée de la famille à celui que cette môme idée prit dans les sociétés grecque et romaine ou dans l'Extrême-Orient, il ne faut pas s'en émouvoir

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•e mesure : la civilisation égyptienne est si ancienne que intité de coutumes ont pu se perdre, ou simplement, pour oraison ou pour une autre, ne pas être jugées dignes de corer les murs des tombeaux ou d'être écrites sur les roueiaxde papyrus; mais cela ne les empêchait aucunement e vivre dans le cœur du peuple égyptien. Quel était maintenant ce Dieu de la famille? Était-ce un Weu fétiche, comme ceux qui existèrent à la naissance des sociétés primitives, ou était-ce tout autre chose que ce que nous avons vu alors? Pour ma part, je crois que ce Dieu de la famille était le premier fondateur de cette famille, ou un personnage qui Tavait anciennement honoré. C'est la seule manière d'expliquer raisonnablement Texistence du culte familial.

Ainsi la famille était un tout que rendait uni la participation aux mêmes sacrifices au sein de la maison commune. Celte communauté primitive de biens particuliers à une famille se réduisait le plus souvent en Egypte à Thabitation ; elle cessa dans la suite virtuellement, quand la loi donna puissance à l'un des membres de la famille de faire opérer le partage; mais elle survécut encore longtemps dans les mœurs^ »près qu'elle fut devenue facultative. Un texte du papyrus moral de Boulaq nous dit à ce sujet : « Bàtis-toi une maison, si tu te trouves haïr la résidence en commun. Ne dis pas : C'est une part de maison qui m'est venue en héritage de mon père et de ma mère qui sont dans la tombe; car, situ viens à partager avec ton frère, ta part, ce sont les greniers.» Les contrats de l'époque copte nous montrent encore la nnême coutume persistante. Evidemment, dès le temps où fut écrit le papyrus moral de Boulaq, le vieux scribe qui l'^rivit ne savait plus l'origine de la coutume, et cependant, malgré les inconvénients de la résidence en commun, quand "n'y a pas parfaite entente, il conseille plutôt de se bâtir "De nouvelle maison, de se créer une nouvelle famille, que de démembrer l'unité de la famille antérieure. Il est vrai

qu'il donne comme raison suffisante de ce conseil que, à Ton fait le partage, le sort attribuera les greniers, ou Im salles du roz-de-chaussée. à celui qui Taura exigé ; mais qui ne voit que cette raison aurait toujours milité en faveur da partage, car Thomme a dû de bien l)onne heure ne pas s'entendre avec ceux dont la vie l'obligeait â être le compagaoo,, et pour le retenir il fallait une raison plus forte? Cetts 1 raison, c'est l'unité de la famille, unité qui devait toujooi»^ se perpétuer et (jui eut une influence persistante sur les nidîurs égyptiennes juscpie après la conquête arabe, qui est encore visible aujourd'hui dans une foule de cas qu'on ne prend pas la peine d'observer.

Jusciu'où s'étendait l'unité de la famille? Subsistait-elle toujours dans la ligne masculine? Le mariage de la fille brisait-il le lien (|ui la rattachait à sa famille pour la faire entnîr dans une autre famille? Aucun texte ne nous éclaire directement sur ce sujet ; mais si Ton veut faire attention aux scènes de ce même culte funéraire dont je viens da parler, on ne pourra guère douter que le lien de famille subsistait toujours dans la ligne masculine et que sans doute il n'était pas rompu dans la ligne féminine par le mariage. En eilet les fils, à quelque âge qu'ils soient parvenus, participent au culte de Umv ancêtre immédiat, le père de famille; s'il y a des degrés, il n'y a pas exclusion, comme on peut le voir au tombeau de Nofré-hûtep dont il vient d'être question. Les filles elles-mêmes sont admises à ce culte, tout au moins dans l'Ancien-Empire: sous le Nouvel -Empire thêbain, elles y paraiss«Mit encore dans ces cantilènes quon leur met dans la bouche aux repas funèbres qui terminent les funérailles; ({uoiqu'il ne soit jamais dit d'elles qu'elles fussent en i)uissance de mari, tout fait supposer, d'après les . coutumes égyptiennes, ({u'elles étaient déjà mariées; de même, la femme légitime, celle qui était nommée maîtresse de maison, était associée au culte qu'on rendait aux ancêtres, connue on peut encore le voir au •tombeau de Nofré-hûtep,

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et aussi au culte que son mari rendait aux ancêtres de sa propre famille'.

. Allant plus loin encore, je serais assez tente de retrouver ■ dans rÉgypte ancienne quelque chose qui rappelât la gens i romaine : c'est ce qu'on appelait en Egypte les amis. Tout ï. cortège funèbre se terminait par ceux que les textes IJ appellent les amis, et qui étaient véritablement les amis du g; défunt. Mais n'étaient-ils rien de plus que des amis au sens :' ordinaire de ce mot? Je crois qu'ils étaient plus et je trouve =. la raison de cette opinion dans le rcMe qu'ils jouaient aux ..funérailles. A un certain moment, neuf de ces amis soulevaient de terre la statue du défunt, la portaient sur une . sorte de pavois qu'ils posaient sur leurs épaules. Or, si Ton r rapproche ce fait de cet autre dont j'ai déjà parlé, à savoir que dans le culte funéraire rendu aux ancêtres et qui faisait ■■■• le fond de tout ce qui touchait aux funérailles, seuls les j membres de la famille avaient un rôle à jouer, on est plus ' que porté à croire que, dans les cérémonies de l'enterrement, \ lesamfi n'avaient ini rôle à jouer qu'en vertu de cet autre fait qu'ils étaient membres éloignés de cette môme famille. Non que je veuille dire qu'il en était certainement ainsi ; Dwis il y a bien des apparences que les choses étaient de cette manière. J'en trouve une autre preuve dans ces am/^, ces amis uniques du Pharaon dont l'on lemarque l'existence dés les premières dynasties et qui tenaient à grand honneur d'entrer dans la gens du maître par le lien factice de ce titre, vieux reste d'une civilisation qui tendait à disparaitn», mais qui eut une raison d'être jusqu'à la chute complète de ''Empire égyptien.

Ainsi la famille égyptienne était retenue par un lien secret de religion, à savoir le culte d'un ancêtre divinisé; elledevait vivre et s'étendre autour d'un foyer unicpie près duquel les

1. E. Amôlineau, Un Tombeau ègi/ptien^ p. 9-10. Je n'ai pas compris > rôle que joue la femme de Nofré-hôtep dans le culte funéraire.

membres décédés trouvaient d'abord leur sépulture: lesfilsan faisaient toujours partie, les filles aussi sans doute, ce qui ne les empêchait point de participer au culte ancestral de leur mari : si elles étaient héritières de la maison, leur mari avait la charge du sacrifice, comme pour les princes qui ont leur sépulture à Béni-Hassan. Ce lien de famille obligeait encore tous ceux qui avaient un commun ancêtre, c'est-à-dire iei amis, qui, comme les membres de la gens, faisaient partiecb cette famille et étaient obligés de prendre part au sacrifice. Le premier devoir de tout homme était d'assurer la perpétuité de la famille, par conséquent d'avoir des enfants, sui^ tout des fils pour continuer le sacrifice funéraire, et c'est pour cela que le père, comme nous le verrons, n'avait rien de plus pressé que de trouver une épouse à son fils, dès que ce fils avait atteint Tàge de la puberté. Ces conclusions sont nouvelles : j'ai cru devoir hîs donner parce qu'elles m'ont paru répondre exactement à l'objectivité de faits non observés jusqu'ici. Évidemment les mœurs égyptiennes ont changé, tout comme dans Athènes et dans Rome, des modifications sont survenues au cours des siècles, modifications qui peu à peu ont fait disparaître la vieille constitution de la famille : il faut pour la mettre en évidence recueillir un à un les textes perdus dans les ouvrages des auteurs grecs et latins, savoir expliquer avec critique ces membres éparsd'un corps jadis puissant; à combien plus forte raison ne doit-il pas en être ainsi pour l'Egypte où nous rencontrons des faits analogues perdus dans une antiquité qui semble fabuleuse? Je reviens maintenant à la personnalité du père que nous avons un peu perdu de vue. Le père était en même temps le mari . Nous ne connaissons pas quelle était la règle des mariages en Egypte, si on le contractait uniquement par intérêt ou par amour. Sous le Moyen-Empire, nous avons la preuve que. chez les chefs de nome, les pères savaient très bien tirer parti du mariage de leur fils aîné, de celui qui de\'ait faire revivre le nom de son père, pour agrandir la puissance

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de leur famille. D'un autre côté, les inscriptions et les scènes des tombeaux nous témoignent que les sentiments d'alTection entre le mari et son épouse étaient très grands et s'exprimaient d'une manière touchante. Il n'y a pas un seul tombeau du Nouvel-Empire surtout où l'on voit représenté un mari avec sa femme qui ne nous montre la f(3mme passant tmoureusemenl le bras autour de la taille de son mari, où l'on ne puisse constater la plus parfaites égalité entre la femme et l'homme, comme le plus alîectueux dévouement à regard des enfants qui sont placés entre les doux époux. , Qu'il s'agisse des scènes peintes ou sculptées, qu'il s'agisse desstatues grossières taillées dans le calcaire de la montagne dans un certain endroit du tombeau, il en était toujours ainsi : toujours on observe le même geste (TalToctueux abandon de l'épouse à l'égard de son mari, la même allectueuse position des enfants à l'égard de leurs parents. Si maintenant nous interrogeons les textes, nous voyons que le mari use envers sa compagne des appellations les plus tendres, la nommant le lieu de son cœur, une palme (i amour en tout lieu où il est, etc. Je veux bien admettnî (jue ces expressions soient |)oétiques. qu'elles dépassent, comme on ledit, la réalité des faits ; mais encore une fois à quoi bon se vanter d'avoir tenu une conduite honorable, si \\m n'avait pas été p^^rsuadé (|u'il valait mieux agir ainsi cjue d'avoir uikî conduite contraire ? D'ailleuis ce n'est pas seulem(Mit en parohis <|ue les Égyptiens témoignai«înt leui-s sentiuK^nts, les actes concordaient avec les paroles. Ainsi l'un d(^s plus grands plîiisirs d'un Égyptien de haut rang (Uait d'alIcM' à la chasse ^u à la pêche dans l'un des nombreux canaux d'irrigation, ^"inilieu des épais fourrés de |)a|)yrus, où il trouvait un gi- * Wer toujours très nombreux ou du poisson cmi (juanlilé : Jîiinais cette scèîie n'est représentée dans un tonil>eau sans flue, sur le canot de papyrus où figure le[)ersonnagepnMni(ir, 'liomine, ne figure également sa fenuue et quel(|uel*ois un ou deux enfants, tilles ou garçons.

Il semble d'après rintimité qui régnait dans les ménages égyptiens, quoique je sois bien loin de vouloir dire que tous

les ménages en Egypte étaient des ménages modèles et qu'il n'y eut nulle part les misères morales auxquelles nous avons dû nous habituer, il semble, dis-je, que la polygamie dont j'ai parlé dans un autre chapitre eut du disparaître par suite du progrès des incï»urs. Ce serait cependant se tromper que de penser ainsi et ce serait j)rèter à TÉgypte ancienne les pensées du temps présent dans les pays occidentaux. Non seulement il y avait encore polygamie chez les grands personnages du Nouvel-Empire thébain. mais cet usage existait dans toutes les classes de la population assez riches pour se permettre ce luxe. Le fait est certain à tous les degrés de réchelle sociale. Non seulement les Pharaons avaient on harem consid(U'able, comme Ramsès II à qui son père Séti I***" avait déjà donné un harem complet dès Tàgede onze ans ; mais encore les grands seigneurs ou les grands ofliciers pouvaient contracter plusieurs mariages légitimes, Ramsès II, qui avait déjii deux femmes en titre, en épouse une troisième après la guerre contre les Khétas, à savoir 11 propre fille du roi des Khétas. De inémeAménophis IVavait épous<î la fille de l'un des principicules de Syrie qui n'est jamais nommée sur les monuments, mais dont rexistence est certaine (ra])i'és les monuments nouvellement découverts*. A Taulre bout di* rcM'helle. nous voyons que Tun des violateurs des toInb(^'^ royales dont il a été question dans le chapitre précéchîiit avait deux femmes. Nous sommets toujours port(is à croire, je le lépèle ici. d'après les idées qui oot prévalu dans nos sociétés occidentales, que nécessairement la plui-alité des (épouses devait entraîner des rivalités et des jalousies qui troublai(»nt la paix du ménage. L'Egypte [Hînsail

1. Jo vcMix parliM des tablettes en écritui-e cunéiforme qui ont ^ (It'crm vertes rêceni nient dans la tombe d'Aniénophis IV, sans doute, * Kl- A marna.

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te contraire et, si l'on peut citer certains cas où le harem royal, par exemple celui de RamsôsIII, entra dans une conspiration contre le maître et seigneur, on peut par contre citer le cas autrement intéressant du même Pharaon s'amusantà jouer aux dames dans son gynécée, alors que des femmes sans aucun vêtement lui tiennent la tête, lui présentent des bouquets et qu'il leur caresse le menton. Une autre fait plus typiciufi encore est celui d'un officier possesseur de deux femmes avant le même titre : ces deux femmes s'entendaient si bien que l'une donna à sa fille le nom de celle qu'elleaurait dû regarder comme sa rivale, et que l'autre ne put rien trouver de mieux pour lui témoigner son alleclion que d'imiter l'exemple qui lui avait été donné. Il n'était pas jusqu'aux simples fellahs qui n'eussent eux-mêmes, ou du moins ne pussent avoir deux ou plusieurs femmes : au commencement du conte des Deu,r. Frères que j'ai déjà signalé, les deux frères sont dits être nés du môme père et de la même mère, mention assez significative \ A Tépoquo chrétienne, malgré les défenses de TÉglise, la polygamie simultanée subsistait encore ; car un moine ayant ii faire une comparaison se sert de l'exemple d'un pauvre homme qui n'avait pas de quoi se vêtir, mais qui cependant avait deux femmes*. De même, les raisons politiques et religieuses qui avaient autorisé le mariage entre frère et sœur subsistaient toujours, et quelque monstrueux que puisscMit nous sembler de tels mariîiges. ils existaient encore à la fin de l'Empire

1. Je sais parfaitement que ces paroles peuvent s'entendre d'une polypmie successive; mais l'explication que je donne m'a paru la plus vr»ùi«niblable. Je ferai observer aussi que les d«''tails donnas dans la Pf«mière page du papyrus sur la vie et les rapports habituels des deux 'fères montrent parfaitement en action ce lien de famille dont j'ai parlé plus haut.

2 E. Amélineau : A/on. /)<)f/r srrp/r ri l' histoire (tr Tlùfjfptr chrè- ^ifnnr, m, p. 375-376. dans le tome XX V des Annules du Musée Ouiojet.

ô<(yptien, la fameuse Cléopàtrc ayant été la femme de son frère, avant de devenir la maîtresse de César et de Marc-

Antoine.

Ce serait ici le lieu d'examiner si, en Egypte, TobligatioD où Ton était de perpétuer la famille ne forçait pas le père d'épouser une autre femme en cas de stérilité, ou bien si si première femme ne lui avait donné que des filles, comme c'est toujours le cas en Chine ; ou s'il pouvait adopter quelque enfant étranger à sa famille pour en faire le continuateur du culte ancestral, comme c'était le cas en Grèce, a Rome, chez les Hindous, et comme ce l'est encore en Chine. La question serait fort intéressante à élucider, et je suis très porté à croire qu'au moins primitivement il en fut ainsi, car les mômes causes ont dû amener les mêmes effets ; malheureusement jusqu'ici on n'a trouvé aucun document qui permette de conclure à l'existence de l'adoption ou de l'obligation de prendre une seconde femme pour assurer le culte familial par un fils issu de ce s(»cond mariage. Sans doute l'on découvrira tôt ou tard quelque document qui tranchera la question ; mais ce qu'il est possible d'affirmer dès aujourd'hui, c'est (|ue cotte raison ne fut pas la seule qui entrait dans les considérations de l'Égyptien ayant à régler sa conduite ou à satisfaire ses goûts; les exemples que j'ai cités le prouvent péremptoirement.

Les femmes légitimes, ou de premier ordre, étaient distinguées des f(îmmes secondaires par le titre de maîtresse de maison. Ce titre entraînait certaines prérogatives dans la condition sociale de l'épouse. Nous ne connaissons pas malheureusement quelles étaient (îes prérogatives tant recherchées des Égyptiennes de haut rang; mais nous constatons (pie ce sont les seules femmes, à fort peu d'exceptions près, qui soient représentées dans les tombeaux. Ce sont elle* encoi-e (pii sont presque toujours nommées dans les généalogies et toujours leur nom est précédé de leur titre : Dame ou mail rcsse (le maisofi, si bien que l'on pourrait conclure

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Tubsence de ce titre que himcre n'était pas une épouse de minier ordre et qu'elle appartenait à la catégorie des ouscs de second rang dont je dois dire (juelques mots. Ces M)uses de second rang étaient tout aussi légitimes que îUes qui avaient le titre de mattresses de maison; mais soit cause de leur origine un peu plus plébéienne, soit pour ouïe autre cause que nous ignorons, elles se tenaient dans a pénombre, ou du moins nous le croyons. Étaient-elles traitées autrement dans la vie quotidienne que les épouses de rang supérieur? C'est ce qu'on ne peut dire avec assurance, même on pourrait» avec assez d'apparente raison, soutenir le contraire; car on voit, dans une scène de chasse dans les fourrés, une de ces femmes de moindre importance sur le bateau de son époux. Peut-être la seule difTérence qu'il y eut entre lesdeux sortes de femmesétait-elle une diiïérence purement de droit; mais dans un cas les rapports d'allection étaient sans doute aussi tendres que dans l'autre*. Au-dessous dece second rang, il y avait les concubines esclaves, blanches ou noires, que la fantiiisie du maître s'attachait en |>assant ou qu'elle distinguait. Grâce ii la douceur générale lu caractère égyptien, (|uand il n'est pas surexcité, ces 'JKîlaves qui, pour emprunteruneexpression biblique, avaient u trouver grâce aux yeux du maître, pouvaient partager sa ouche sans que la jalousie des autres femmes en fût émue, -■eur condition n'était point changée par le caprice du naître, et elles restaient, après avoir partagé la couche de 8ur seigneur, ce qu'elles étaient auparavant. Tel était aussi îsort des captives chez les Grecs et les F^atins : c'est cettc^ ^^tinée qu'envisage Andromaque, lorsqu'elle se plaint à son poux dans V Iliade et l'engage à ne pas s'exposer téméraireïent dans le combat.

1- On a voulu trouver, dans le titre de sœur que donne souvent sur 'monuments un mari à sa femme, une forme spéciale de mariage, est, je crois, se montrer subtil ; mais je ne saurais partager cette miére de voir.

Quoique je ne veuille pas entrer dans do plus longs détails i sur le mariage égyptien, il me faut cependant parler des contrats, de la dot que recevait la fille et de la facuitô , qu'il y avait à rompre le mariage par le divorce légal. Ce sont là des points de droit : il me sullira de les avoir signalés sans en traiter plus longuement. Quant à l'époque où ils entrèrent dans les lois égyptiennes, on ne peut la préciser ; ce qu'on sait, c'est qu'ils existaient sous laXXVI^dynastie.

Ce qu'il faut bien avouer d'après ce qui précède, c'est que le j)ère avait une grande autorité dans la famille, qu'il teml^érait cette autorité pîU' une grande affection pour sa femme ou pour ses fenunes, qu'il les entourait de soins affectueux et s'efforçait de leur rendre la vie agréable, l^e mariage fut toujours tenu |)our honorable en Egypte; il fallait que 1© christianisme vint, préchant la supériorité du célibat par vœu ou, comme on dit d'ordinaire, de la virginité sur te mariage, pour que les anciennes idées se perdissent. Et cependant aujourd'hui encore, malgré quinze siècles de christianisme, Tancienne coutume égyptienne est toujours vivante chez les habitants de la vallée du Nil et, dès qu'un enfant est nubile, on lui prend épouse ou mari, quand mémo il s(»rait sur les bancs de l'école. C'est que l'influence delà vieille obligation du pèï'e de perpétuer la famille, ]>our subvenir au culte ancestrai, s'exerce encore à leur insu sur j les habitants de l'I^'gyptr moderne. C'est cette intluenc^ qui a dicté le conseil suivant à l'auteur du pai)yrus moral de Houla(|, le scribe Klionsou-hôtep, instruisant son filsAni: « Fais-toi f(Mnme j)endant ((ue tu es jeune garçon, qu elle te fasse ton fils. Si tu as un lils pendant que tu es jeune, cela sera témoigné action d'homm<i bon, d'individu que ses hommes nombreux acclameront plus que son enfant*.»

1. Un jouno oritiqiïo a puhliô un article sur mon ouvrage* La \iorok ôtlflpticniLC ifutn^e sircU's civant notre ère. Cet article a la prôtenliOD

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.'on ne saurait indiquer plus clairement que le mariage doit \xt contracte^ de bonne heure pour assurer la perpétuité de la famille et du sacrifice funéraire aux ancêtres.

Pour ce (|ui est des rapports ordinaires de la vie conjugale, je citerai une maxime où Ton verra combien on avait fait de chemin depuis le Moyen-Empire : «Ne traite pas rudement une femme dans sa maison, quand tu la connais parfaitement. No hii dis pas : Où est cela? Apporte-le-nous; lorsqu'elle Ta parfaitement mis à sa place, ce que voit ton œil. Quoique tu te taises, tu connais ses (pialités. C'est une joie que ta main soit avec elle. Ils sont nombreux ceux qui ne connaissent pas ce que fait l'homme qui désire mettre le malheur dans sa maison et qui ne sait point trouver en réalité sa conduite en toute action. L'homme ferme de cœur est vite maître dans sa maison. » Si je ne me trompe, il y a dans cette simple maxime une considération pour la femme autrement grande que lorsqu'on recommande de la parer comme on ti"aite un champ qui fait honneur à son maître. Surtout, si Ton veut rapprocher la lin de cette maxime de celle qui suit immédiatement dans le papyrus : a Ne marche

<l'étre méchant. L'auteur y parle de philosophie, il en a sans doute le <lroil, et je ne cherche pas à le savoir. Il critique en particulier cette niaiime en prenant force circonlocutions : « Nous ferions volontiers, dans la première maxime, du mot aaaVoiaou un adjectif se rapportant ihiml. Notre traduction serait celle-ci : Prends une femme jeune, afin quelle te donne un fils. Si tu as un enfant tandis ({ue tu es encore fcane, cest parfait, c'est le fait d'un homme bon, d'un individu que 168 gens nombreux louent plus que son enfant.» Mais, outre que 'adjectif n'est pas au féminin, si le moraliste avait eu en vue le Ix^au nkîepte qu'on lui attribue, ce n'aurait pas été la peine de le transcrire, ar c'est ce qui se pratique d'ordinaire; tandis que l'obligation de perétoer la famille obligeait le chef de cette famille à faire marier ses ifants jeunes, afin de s'assurer une postérité mâle. Il n'est pas suttimt. quand on explique des textes aussi anciens que ceux-ci, d'applijer les règles d'une grammaire prét^ntlue, il faut surtout s'appliquer saisir quelle a dû être la pensée de l'auteur.

312 KVOI.IJTION DKS IDÉES MORALES

pas à la rrniorqun d'une fcnimc, ne permets pas quelle s'empare de ton (-(iMn-, » on trouvera un lieureux temp^ rament de la «louceur et de la di^j^nité qui convicinnent â riiommo comme au v^'îrilable chef de la société naturelle qu'on appelle familltî.

Ce que j(î viens de dire des rapports du mari avec son épouse aura déjà montré qrn^lle était la part de la femme dans la famille ('^«j:y[)ti(4ine. Quand eette femme était devenue mère, ell<^ était dans une position réellement i)rivilégiêc, c'est un ])oint tout à riionneur de ce pays. Nous savons qu'elle entrait |)0ur un faet(MU' important dans la constitution de la familhî. connue elle était admise dans le culte spécial à la. famille : écoutons maintenant les paroles de Tauteur du ])apyrus moial de Houlaq pour voir combien le père avait d<^. respect et dc^ consid^M'ation pour elle, après qu^ le mari lui avait lémoii^nV son alTection : « Je t'ai donne ta mèn» qui t'a porttî comm(»elle t'a porté; elle s'est donné à cause de toi un lourd fanleau sans se reposer sur moi. Quand tu (»s né a|)rès tes mois d(î «gestation, elle s'est vraiment soumise au jouj.^ pour toi, car ses mamelles ont été dans la bouche pendant trois ans. Connue tu venais à merveille, la répu;^nance de tes oidures ni» lui a point répugné au cteuret ne lui a point fait dire: Que fais-je? Lorsque tu fus misa la maison d'école, à cause de ton instruction, elle fut assidue cbar|ue jour près d(» ton maître avec des pains et de la bière de sa maison. MaintcMiant que tu es devenu pubère et que tu |)ossèdes une maison, aie [\in\ sur ton enfant, élève-le comme la mère a fait pour toi. Ne fais pas qu'elle te rei)renn(% de ])eur (pie, si elle élève les deux mains vers Dieu, il n'écout(; ses prières. » Cette maxime fait autant d'honneur à celui (pii l'a écrite cpiVi la mère qui l'a inspirée: l'esprit huniain n<.' saurait être assez gloritié pour avoirsu trouvcM* de tels acc(Mits. (piinzt* siècles au moins avant notre ère. A toutes les ('^|)0(jues de» l'hisloire d'Kgyj)te, on trouve en <îlTet d(»s exemples admirables de Tamour de la mère

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ptienne pour.ses enfants, et cot îimournes est pointperdu is Va pHriodo rlirétieniie jusqu ïi nos jours. Je pourniis en M' des exemples touchants: mais je dois me rappeler que rtaînes limites me sont imposées par mon sujet. La mère de famille jouissait dans la généalogie égypeune d'une sorte de droit de prééminence : lors((ue Tun des eux parents seulement est nommé, le plus souvent c'est la 1ère, comme si les Égyptiens eussent pensé (pie le plus inportant en fait de filiation, c'était de nommer la mère, et ion pas le père: car si Ton est certain |)liysiquement d'être lé (le telle ou telle femme, on ne ])eut s'en rapi)orter cpi'au éniolgnage <le cette femme pour savoir (|uel est son |)êre. ^n a voulu à ce sujet bâtir certaines théories cpn*, toutes, ont trop ingénieuses pour être vraies : l'ingéniosité des tuteurs contemporains les inihiit souviMit (*n des erreurs >alpables dont ils sont toujours les derniers à se rendre ompte. Quoi qu'il en soit, la mère avait dans Féducat ion les enfantas une grande place : il semble (pi'en ce point, omme dans 1 élevage des enfants, le père s'eiTaçait pour lonnerplusde liberté, et partant [)lus d'action. «îi la douce fiflucnce de la mère; du reste, dans un tem|)S où les besoins u service administratif exigeaient de fréquents déplacements de la part du père ayant une charge ou une fonction uelconcpie, il est aisé de comprendnî que l'homnKî ne evait pas pouvoir veiller avec toute la sollicitude désirable Jr l'instruction et l'éducation des enfants. Le dévouement 6la femme égy[)tienne suffisait à tout : elle faisait marcher unaison. veillait sur les enfants (pii allaient à l'c^cole. avait ^i» par de petits présents de bien disposer le maitieàleur s'îii'd et ne dédaignait pas quehjuefois de suivre le mari dans '•'> profondeurs du déseit où devaient le retenir pendant de '"Rsmois les besoins des divers services du roi. Aussi était- '^')ien autorisée, après les grands services qu'exile avait renïsà ses enfants, sinon à son mari, à exiger (ju<» l'enfant iK'de ^hair prit à son tour du rejeton nouveau cpii devait per])é-

314 ÉVOLUTION DKS IDÉfilS MOKALES

tuor la famille le inêino soin qu'elle avait pris de lui pendant son enfance, et même ù. user du droit barbare et superstitieux de malédiction. La femme égyptienne avait donc un fort beau rôle à jouer à l'intérieur de la famille: elle n'en avait pas un moins beau à jouer dans la vie sociale et dans la vie politi(iue.

Dans la vie sociale, elle était maîtresse d'elle-mêine, pouvait faire cx)mmerce et tenir bouti(jue, ce qui étonna beaucoup les premiers voyageurs grecs qui se rendirent compte de cette liberté. « Chez eux, dit Hérodote, les fenunes vont au marché et trafl(iuent, les hommes restentâ la maison et tissent \ » Mènu^ mariée, la femme égyptienne était libre d(» faire valoir ses biens comme elle l'entendait, elle avait la gestion de sa fortune personnelle, elle pouvait passer des contrats avec qui bon lui semblait, sans que le mari eut rien à y voir, sinon à donner son approbation. Etait-elle aussi obligée de nourrir ses parents, alors même qu'elle ne l'aurait pns voulu, comme l'alîirme Hérodote, de préférence à ses frères? (^est ce <pv aucun document ne permet de conclure: c'est même ce qui paraîtra peu probable à ceux qui m'auront suivi jusqu'ici ; car le fils aîné représentait d'abord la famille. Au point de vue politique, dans la faïnille royale, la. femme avait autant de droites que l'homme: elle était aussi habile (pie lui à la succession royale, ainsi c|ue je l'ai déjà fait observer. A cette <*poriue, le règne de lareine IIatschoj)set, sous la X\'11I** dynastie, comme plus tai'd le règne de (yléopâtre, <'st Tun des plus brillants et de* plus gloriiMix dont l'histoire d'Kgypte fasse mention. Aussi, est-il facilcdc compi'tîndre ([ue les nouveaux parvenus à If* dignité pharaonique aient cru devoir légaliser, en quelques sorte, leur accession au trône sacro-saint des Pharaons, fils du Soleil, en mêlant leur sang à celui des illustres princesses de cette illustre maison.

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