RAPPORTS DE L'HOMME PRIVÉ AVEC AUTRUI
Les devoirs de Taltruismc, comme on dit aujourd'hui, pourraient se résumer dans la maxime si connue : Ne fais pas îi autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toimême; mais il faudra encore attendre longtemps pour que l'esprit humain soit devenu capable de comprendre et d'écrire une telle sentence. Nous sommes toujours a une ■ époque où le bien personnel est considéré comme la seule chose importante, malgré le progrès réalisé dans Tadministration de la justice. Il faut bien se dire aussi que nous sommes à une époque de mœurs relativement barbares et rudes, où les angles des divers rapports sociaux sont encore saillants et n'ont pas été abattus par le frottement d'un long usage. Aussi, malgré la hauteur relative encore assez grande de certains préceptes, malgré la connaissance profonde du cœur humain révélée par certains traits, tout est marqué au coin d'un particularisme assez évident, c'est-àdire de ce que nous nommons de nos jours ér/olisme, et que ïîos pères avec tout autant de raison appelaient simplement cgoisme. C'est surtout dans les rapports de Thomme avec autrui que se montre ce particularisme intéressé.
On en trouve tout d'abord rexistence dans une question ^l"fi j'ai déjà traitée superficiellement au cours de ce travail, i^ veux dire l'esclavage dont l'humanité est encore loin d'être délivrée complètement, malgré les sociétés antiescla- ^^gistesqui sont de mode à l'heure présente. L'esclavage ne
disparaîtra sans doute que si les hommes deviennent convaincus que la dignité humaine dans Tesclave est aussi grande que dans le maître d'esclaves : il faudra attendre encore longtemps. Une loi de fer qui préside au développement de tous les êtres sur notre globe veut que chez les individus humains, comme chez les animaux et les plantes, les sujets les mieux doués du côté des forces physiques étouffent, mangent ou se soumettent les êtres les plus faibles. De là le prétendu droit de guerre et resclavage, ce qui n'est autre chose que le droit de la force avec un de ses corollaires les plus répugnants.
L'Egypte connut la guerre, nous le savons déjà, tout comme les autres peuples des temps passés et présents: l'homme s'est toujours fait un point d'honneur d'exterminer ses semblables pour la plus futile des causes, pour l'avantage d'une famille qui, prétend-elle, a reçu de Dieu le droit de gouverner les autres hommes. Il y a, certes, de justes cas de guerre, pour résister, par exemple, à l'invasion d'une peuplade étrangère attirée vers un pays par la renommée de sa richesse et du bion-ctre de ses hal>itants. ou pour empêcher que des libertés acquises avec beaucoup de peines soient ruinées en un moment par 1<? bon plaisir de certaines classes intéressées à ce que l'ignoianoe et la sujétion étendent leurs voiles sur tout un peuple. La guerre est Tapplicalion de cette sombre loi qui régit \o, (lévelop])ement des êtres sur la terre : La force prime 1(3 droit; car la force est inhérente aux individus qui en sont doués, et le droit n'est que ce qui a été reconnu par la société, après de multiples expériences, comme juste et excellent pour son développement général.
Ces deux sortes de guerres n'ont pas été ignorées en Egypte, je veux dire celle ((ue nous proclamons juste et celle (juc nous appelons injuste. Les Égyptiens ont dû n^pousser fort souvent, i\ toutes les époques de leur histoire, les incuisions des peuplades qui enviaient la possession d'un territoire fertile entre tous, où il semble qu'il n'y ait rien à
DANS l'Egypte ancienne 341
taire pour posséder en abondance les biens que la terre produit (relle-meme, grâce il un certain concours de circonstances (}ui ne sauraient d ailleurs exclure le travail personnel. Us avaient bâti pour s'en préserver une muraille qui défendait tout« la frontière orientale du pays contre les incursions des nomades de l'Est, tout comme plus tard les empereurs de Chine devaient faire construire la grande muraille qui protégeait leur Empire. Mais, outre ces guerres de préservation qui n'avaient d'autre justification que le droit (lu premier occupant et le refus de partager un sol fertile avec ceux qui avaient été moins habiles ou moins heureux, il y a les innombrables guerres que les Pharaons firent pour étendre leurs conquêtes et qui relèvent directement de ce qu'on appelle le droit du plus fort.
Nous avons vu que dès les plus anciennes époques, a la IV* dynastie, l'Egypte soumit les tribus du Sinal pour se procurer la jouissance des mines d'or que renfermaient les massifs montagneux qu'on dénonmie ainsi. Depuis lors jusqu a la XXI® dynastie, il ne se passa guère d'année sans qu'une expédition guerrière fût faite pour une cause ou pour une autre; sous certains règnes de la XVIII*^ ou de la XIX^ dynastie, on suit année par année ces expéditions qui 'essemblaient fort à ce que les Arabes nomment actuellenent /Y/jj/a ; on razziait toutes les populations qui voulient bien se laisser faire. Si quelquefois on se heurtait à ne confédération de petits princes qui s'étaient unis ])Our pposer une résistance sérieuse à l'envahisseur, la conquête ^venait plus difficile et il fallait se résigner à de plus longs, 3 plus patients efforts pour emporter de haute lutte ce u'on était venu chercher de si loin, ou il fallait se contenter e quelque traité, comme celui de l'an XXI du Pharaon .amsès II, qui réglait les rappoits politiques entre deux itats d'égale force. Les Égyptiens ne se bornèrent pas 'ailleurs à faire la conquête de la Syrie et du pays envi- Dnnant jusqu'à l'Euphrate, ils travaillèrent aussi à l'orga-
niser et c'est ainsi que souvent ils méritèrent de riiumanité; car, comme leur civilisation était sup<>rieurc à celle des autres peuples ({u'ils pillaient et soumettaient, ils les faisaient progresser de vive force autant que par la vue d'un bien-être supérieur.
Ce n'était pas seulement du côté Nord que les Égyptiens s efl'orçaient de concjuérir; au Sud. le champ s'offrait bien plus vaste à leurs ambitions et bien autrement riche. Aussi, comme aujourd'hui, le centre de l'Afrique était-il une proie \ convoitée : il y avait seulement cette différence que les peuphîs nègres, au lieu d'avoir })our ennemis et conquérants presque tous les i)euples -de l'Europe que nous nommons civilisés, n'avaient que les seuls Égyptiens. De très l)Oiine heure, l'inscription d^Ouni nous l'a appris, il y eut des expéditions entreprises contre les peuples du Sud dans l'unique but de se procurer les biens qu'ils pouvaient avoir et qu'on, ne possédait pas en Egypte, comme l'ivoire et la ix)udrc d'or. Ces malheureuses populations de la Nubie actuelle et du Soudan égyptien, restées dans un état de barbarie relative, étaient une proie facile pour un peuple guerrier; aussi étaient-elles presque toujours soumises; parfois il y avait révolte et la révolte exigeait une expédition qui (iuissait invariablement par la victoire de l'Egypte. Cependant il faut noter encore ici à l'avantage du peuple égyptien que sa civilisation supérieure ne laissa pas que d'être utile et profitable aux malheureuses tribus soumises au joug de leurs imi)6rieux dominateurs. C'est par là qu'elles acquirent quekjues notions de vraie civilisation et qu'elles purent faire progrès vers un état meilleur au point de vue purement matériel.
Et non seulement les Egyptiens faisaient la guerre, mais ils la faisaient dans la manière qui était de mode à l'époque de leur Empire, c'est-à-dire cruellement. Non que je veuille ])rétendre (pie la cruauté n'est pas aussi grande aujourdliui de tuer un homme à coups de fusil, de canon ou de baîon-
DANS l'Egypte ancienne 343
tie, de le sabrer de près ou de lui envoyer la mort à quatre 1 cinq kilomètres de distance; mais, quand une fois celui uquel on donne le nom d'ennemi est mort, la haine semble :esser et on lui rend certains devoirs, certains honneurs auxquels il a droit d'après les coutumes des nations qui se disent civilisées. En Égy|)te, on se battait de plus près et le résultat était le même; mais il faut dire que les honneurs que l'on rend aujourd'hui au cadavre d'un ennemi tué dans le combat n'étaient guère connus. Les Egyptiens, pas plus que les autres peuples de cette haute antiquité, ne regai-daient comme une mauvaise action de scalper la tête de leurs ennemis morts, de leur couper les mains ou le phallus pour ériger ces sinistres trophées en témoignage de leur valeur ou en protection de leurs murailles, soit en leurs villes, soit en leurs demeures particulières. Loin de croire mal agir en se comportant ainsi à l'égard de leurs ennemis, ils croyaient avoir fait une bonne action, lorsqu'ils apportaient les membres mutilés de leurs adversaires et les jetaient aux pieds du roi qui leur distribuait ensuite l'or de la vaillance. Le péché pour les Égyptiens ne franchissait pas les frontières le l'Egypte : ce qui n'était pas permis à l'intérieur de la allée du Nil devenait licite lorsqu'on avait dépassé les ornes naturelles du pays et qu'on s'adressait à des étran- 5rs. Après une seule bataille, on compta par milliers ces ains ou ces phallus coupés qu'on présenta au roi pour moigner de la part qu'on avait eue dans la victoire qu'il nait de remporter.
Ces coutumes, que nous appelons barbares et qui furent, le répète, celles de tous les peuples de l'antiquité, sont meurées constantes durant la plus grande partie de Thisire égyptienne : si on ne les constate plus après une rtaine époque, c'est que les Egyptiens n'eurent guère à registrer de victoires ; car, par un retour ordinaire des oses humaines, des empires plus forts s'élevèrent en face leur et, comme leur pays était forcément limité par
344 ÉVOLUTION DKS IDlf:ES MORALES
1 étroite vallôo du Nil, ils devaient succomber sous un plus fort assaillant. L'Egypte n\?st plus d<»venue depuis lorsque le lieu de passage de toutes les armées conqu(>rantes qui s'en sont disputé la possession et il ne s(Mnl>le pas (prelle doive faillir aujourd'hui à sa destincMi! séculaire.
Ce que je viens de dire montrera (jue je n'ai pas voulu passer sous silence les défauts de la civilisation morale on Egypte: nous n'avons pas un s(ud mot dans la littérature égyptienne, mêmt» dans les ceuvi'es égypto-chrétiennos, qui nous fasse entendre le plus léger cri d(î réprobation ])Our la gU(M're et s(»s horreurs. Au contraire, l'homme est à ce|)oint dévoré par la rage (\o s'cntn^-détruire, ce (pii n'est qu'une forme de Tégoisme et de rint('îrét privé, (ju'il réserve Irt plus grands hoimeurs, ceux d(î l'histoire, pour les êtres qui ont fait 1(^ plus de mal au genre humain.
C'est encore de la sorte que les choses se passent aujourd'hui pour la plupart des hommes et l'on a plus de respect instinctif pour celui cpii a fîiit périr un grand nombre de ses semblables, parce que c'était un roi ou un empereur ambitieux, que pour les grands serviteurs de l'humanité. Aussi la devise célèbre fut-elle toujours vraie: Homo liomini lupiJ&, et la guerre avec ses horieurs est le taon toujours attaché aux (lancs de l'humanité.
L'esclavage est né de la gueri'c. Sans vouloir assurer que l'esclavage anticpie n'eut pas d'autre cause que la guerre, par exemple (pi'un pauvre homme n'nynnt pas les moyens de se ))rocurer la nourriture nécessaiie pour lui et pour sa famille n'ait pas vendu sa liberté et son travail afin d'arriver à assurer son lendemain; qu'il n'y eut même pas de cas où un homme vicieux, pour contenter ses passions au prix delà liberté des siens, en soit venu à vendre sa femme et ses enfants, pour en recevoir un prix malhonnêt<:î ; sans prétendre» en un mot qu'il n'y eut pas d'autre moyen de perdre sa liberté, j<> dis seulement rpie la guerre dans l'antiquité fut la première (ît la grande pourvoyeuse des marchés d'esclaves.
DANS l'égyptk ancienne 345
par la guerre, j'entends toute lutte à main armée qui v\re la domination du plus fort sur le plus faible, ou toute ^' qui arrive aux mêmes lins. Si l'on veut se donner la iac d'examiner comment, aujourd'hui encore, les marlands d esclaves s'y prennent pour trouver la proie humaine ii'ils recherchent, on verra (|ue le principal moyen employé >t la force ouverte, que les marchands d'esclaves bien nnés, forts autant qu'ils le jugent nécessaire ou qu'ils le <*iivcnt, se jettent sur des centres de population paisibh,', noore dans une barbaiie primitive assez grande, et((u'ils inpioieiit tous les moyens cruels en leur ])ouvoir pour se ondro maîtres des individus cpii semblent devoir rapporter lusà leur cupidité. Ce qui a lieu de nos jours dans la ténéreuse Afrique, comme on l'a nomm(îe, avait également lieu idis et à peu prés de la même manière. Nous savons déjà ne sous rAncien-Empire, un grand ollicier des Pharaons de i Vl^dvnastie fut envové soumettre les tribus nègres ou ubiennes habitant entre le Tropique et l'Kquateur; sous le foyen-Empire, ces mêmes expéditions se renouvelèrent ce le môme succès; sous le Nouvel-Empire thébain, les laraons se plurent à orner les murs des temples des noms l'crs que portaient les tribus soumises\ \ous ne sommes point privés de documents péremptoires ' cette question. Sous le Nouvel-Empire, nous avons (l(\s criptions qui nous montrent comment les ofliciers mili- 'es se distinguaient et comment ils étaient récompcïisés leurs souverains. Ils s'efforçaient de capturer vivants des nmes et des femmes dont Sa Gracieuse Majesté leur faisait uite présent et qui devenaient la propriété de celui qui avait pris. C'était une grande faveur, et cette manière
Rien, je crois, ne saurait mieux donner une idée de la manière t étaient conduites autrefois les exp<'*ditions de l'Isgypte, que la ma- •e dont se fit l'expédition de Mohammed 'Ali dans les mômes pays { la conduite de ses fils en 1820.
d'agir du roi envers ses plus vaillants serviteurs nous fait voir que ce n'était pas pour lui une habitude. D'ordinaire, eo effet, les prisonniers faits à la guerre étaient la propriété da roi. De là vient qu'on en trouve un si grand nombre em- : ployés, sous le règne de Thotmcs III, aux travaux que ce j Pharaon faisait faire en l'honneur des Dieux qui lui avaient donné la victoire; de là vient aussi qu'on rencontre dans les documents égyptiens (lui nous sont parvenus t^nt de noms d'individus placés au dernier rang de l'écheUc sociale qui sont évidemment d'origine étrangère, comme le Syrien, le Nubien, etc. , ainsi ((u'à Rome on donnait le nom de Sijrusi ces mêmes personnages. Ce sont eux qui se plaignent de ne pas recevoir les rations qu'on leur doit, de se trouver à bout de ressources dix-huit jours avant la fin du mois, qui se mutinent, se rebellent contre l'autorité et qui font ces essais de grève dont j'ai parlé plus haut.
Une fois entrés en Egypte, les esclaves pouvaient être bien ou mal traités, selon le cas; mais généralement, ils l'étaient avec douceur et jouissaient du pouvoir de fonder une famille. Ici se pose la question que nous avons déjà trouvée sous l'Ancien-Empire : les enfants issus de parente esclaves étaient-ils sous le Nouvel-Empire la propriété du maître de leurs parents? Nous n'avons aucun texte probant à cet égard, sinon sous les dernières dynasties; mais il n'y a aucun doute à avoir sur le fait en lui-même, car ce qu'on nomme le droit ancien était identique à peu près partout, étant le droit de la force, et qui se croyait légitimement possesseur du père et de la mère d'un enfant devait nécessairement se croire non moins légitime possesseur de cet enfant. D'ailleurs, jamais l'antiquité classique ou orientale n'a eu le moindre scrupule à cet égard: il a fallu de longs siècles pour que la pensée humaine conçût un doute sur la légitimité de la possession de l'homme comme on possédait une bête de somme.
Le sort de l'esclave en Egypte était bien différent selon
DANS l'Egypte ancienne 347
u il appartenait au Pharaon ou à un particulier. Le Phaaon pouvait en effet renouveler sa provision de héUùl mmain toutes les fois qu'il en avait besoin, ou Ui laisser jiérir s'il se trouvait trop chargé par rentretien de milliers et de milliers d'individus ; il en était différemment des simples particuliers. Pour ceux-ci Tesclave représentait, non un capital, puiscjuc le capital argent n'existait pas encore, mais une certaine somme de travail et de bien-être causé par le travail de Tesclave : il était donc de l'intérêt l)ien(Mitendu du maître que l'esclave fût attaché à la maison dont il faisait partie^ qu'on ne lui fît pas sentir un joug trop dur et trop lourd, qu'il fût en un mot aussi bien traité que son état le comportait. Aussi l'esclave était-il généralement assez bien vu dans la famille égyptienne; assez rarement tentait-il de recouvrer la liberté : dans tous les documents égyptiens ou d'origine égyptienne que nous possédons^ à peine trouvonsnous deux ou trois mandats d'amener des esclaves fugitifs. Le caractère égyptien étant naturellement assez doux, quand il n'avait aucun intérêt à être le contraire, il n'est i)as étonnant que les esclaves se soient attachés à leurs maîtres, tout comme aujourd'hui les Nègi-es qui vivent esclaves en Mgypte s'attachent à leurs possesseurs qui ne l(^s maltraitent [)as, surtout si ces possesseurs sont d'origine égyptienne \ Nous ne nous étonnerons donc point d'avoir rencontré dans rajK)logic que l'âme devait prononcer par-devant Osiris, cette phrase: « Je n'ai point fait maltraiter l'esclave par son maître, » ce qui montre avec assez d'évidence que le traitement des esclaves n'était ni cruel, ni dur.
Le papyrus moral de Boulaq contient même à ce sujet une maxime qui défend d'enlever l'esclave d'autrui: il est vrai
^- Je n'ignore point que Ivgalemcnl il n'y a plus d'esclaves en I^gypte; "ia»s que de choses légales ne sont jamais entrées en pratique! Il y a encore des esclaves en Kgypte, j'en ai vu de mes propres yeux ; ils sont ""oins nombreux qu'autrefois, mais il y en a toujours.
que c'est par intérêt personnel : « N'enlève pas Tesclave d'un autre, c'est chose mauvaise, si le nom de son maître est notoirement décrié, et Ton ne sait point s'il appartient àuo grand personnage. Ce maître se lève et porte plainte du vol fait de son esclave qui lui a été enlevé, qui le suivait à ses ordres, qui sauvait ce qui est dans sa maison. Tu te répons el dis: Qu'ai-je fait? Tous tes compagnons disent durement: Je vais te faire connaître sûr terre quel(|u*un qui chercheà meubler sa maison. » On voit par le trait qui termine quele vol d'un esclave était regardé conmie une faute par tout le monde, par conséciuent que l'esclave était considéré comme légitime propriété. On voit aussi par la conduite du mailre qui réclame son esclave et en fait valoir les qualités, qu'on conlinit à l'esclave les soins les plus intimes dans le gouvernement d'une maison et que par conséquent l'auteur de la Genèse ne se tromj)e point dans le rôle qu'il fait jouera Joseph chez Putiphar. De ce côté aussi, nous arrivons à la même conchision que l'esclave était traité avec douceur, puisqu'on l'admettait en quelque sorte à faire partie delà famille.
Cependant je ne puis m'empécher de faire observer combien il eùtétéi)lus rationnel et plus simple dans lecasdes esclaves fugitifs, au lieu de les faire poursuivre en envoyant leur signalement sur tous les chemins et de les faire ramener au logis déserté dés qu'ils avaient été pris, de leur souhaiterbon voyage en disant: a Eh bien ! voilà des hommes qui ont reconquis leur liberté et le droit de disposer librementde leurs i)ersonnes (droit naturel s'il en fut un), qu'ils aillent donc devant eux où bon leur semblera et puissent-ils rencontrer une chance favorable! » Janiais un tel langage n'eût été possible dans l'Egypte antique, ni même dans l'antiquité classique en général. Il y a là un contraste frappant entre les maximes de la morale égyptienne et la conduite journalière du peuple égyptien: j'en ai déjà fait remarquer de semblables assez souvent et je ne saurais trop le faire; mais,
DANS l'Egypte ancienne 349
)ur le philosophe les actes importent, ce qui est de beaup plus important, c'est la maxime qui a trouvé sonénonlion dans les œuvres de Tesprit humain : un acte, même isieurs fois ou des milliers de fois répété, ne prouve absocnent rien, tandis que si la maxime n'eût pas été coméhensible, elle n'eût pas été énoncée.
Ces réflexions suffiront, j'espère, sur la question de Feslavage: il existait en Egypte, il était dur, mais jamais il ne ulaussi dur que dans la Grèce et à Rome. Le servage existait lussien Egypte tout comme il a existé en France. Le serf incien et le fellah d'aujourd'hui ne constituent, à travers a distance qui les sépare, qu'une seule et même personne ; le yiah est resté attaché à la glèbe que toujours ont cultivée ?esaieux. Des le commencement de la puissance égyptienne lest là, comme il le sera encore au déclin de cette môme )uissance. Aux temps primitifs il portait, nous l'avons vu, in collier distinctif qui faisait connaître à quel maître il appartenait, tout comme à présent dans les pays d'Europe eschicnsen portent pour témoigner do leur possesseur. Il îtait si abîmé dans sa sujétion que ce môme collier qui serait K)urnous la marque d'une dégradation complète, est devenu ■nKgypte un signe d'honneur : du fellah Tusagc on est passé ux grands officiers (jui portaient à leur cou le collier du ^haraon, leur seigneur et maître. Do ce |)auvre personnage >n prenait si peu la peine de s'occuper, (pie bien rarement on euroccasion dans les divers documents qui nous sont par- ■cnus d'y faire cjuelque lointaine allusion. \]n(^ seule fois, un écit populaire lui est consacré, et c'est uniquement pour le ourner en ridicule, lui faire prononcer dos discours grandioquents où le malheureux se perd dans les figures encheétrées dont il se sert. Évidemment l'auteur de ce morceau iltéraire devait admirer son propre esprit ; mais évidemment 'Jssi, il n'avait guère de respect pour le pauvre fellah et no 3 Irouvait bon qu'à servir de passe-temps. Il en fut toujours insi dans l'antiquité et, si nous pouvions l'examiner dans sa
position actuelle, nous trouverions qu'il a toujours été ce qu'il est encore, taillable et corvéable à merci. Attaché ausrf qu'il cultive à la sueur de son fronts maltraité par les haute personnages dont il dépend, le fellah n'est guère considwe que comme une bête de somme à laquelle on mesure m pitance journalière et on n'accorde en abondance quel» coups: si on lui rend justice, c'est quand on ne peut faire autrement; d'habitude, il est volé à qui mieux mieux par tous ceux sous les fourches caudines desquels il lui faut passer : il n y a que malheur pour lui dans !a vie sociale, et sa vie tout entière s'écoulerait dans la misère, s'il n était trop J habitué à sa condition pour la considérer : on ne la jamais ])rispourun homme semblable aux autres, on l'a toujours tenu de propos délibéré dans l'ignorance la plus grossière, car il est ainsi plus facile à tromper. Il n'est heureux que dans ses cliamps où. du matinau soir, il travaille en chantant, < et son chant (ju'il jette aux quatre vents de la terre ncst autre chose qu'une plainte déchirante qui arriverait jusqu'au co3ur des heureux de ce inonde, si ce ciBur n'était fermé à tout sentiment de pitié à son égard. C'est là une des grosses lacunes de la morale égyptienne ; mais cette lacune se rencontre dans toutes les civilisations anciennes et nous fait voir (|ue la inorale elle-même a suivi les lois qui régissent tous lesdév(^lop|)(Mnen(s physi(|ues (^t humains. Si cette morale en Égypt(^ n'avait d'autre graudeur que celle-là, le peuple «égyptien serait resté au plus bas de Téchelle sociale. Le geine humain était loin, bien loin d'être mur pour la grande idée de l'égalilo de tous les hommes, non par-devant la loi, mais devant le sentiment de la dignité humaine: il ne l'est pas encore aujourd'hui.
Si l'on avait négligé de la sorte le fellah, on portait plus d'attention à la terre ({u'il cultivait. Quoique le droit de pn>pri('té en l\irypte n'eût guère à s'exercer en premier ressort, si je puis ainsi m'c^xprimer, puisque, comme nous l'avons ; vu, l'Mgypte appartenait d'abord nominalement au Pharaon
DANS l'Egypte ancienne 351
evint par la suite son domaine particulier dont il concé- ; telle ou telle partie à qui bon lui semblait, cependant >artie que possédait chacun de ces concessionnaires lui ^artenait pour ainsi dire au second degré, du moins pcnat sa vie. Aussi rencontrons-nous à ce sujet plusieurs aximes dans le papyrus moral du musée de Boulaq et dans s autres documents de morale égyptienne. Tout d'abord aos l'apologie négative, 1 ame qui voulait obtenir sa justifiation affirmait qu'elle était pure de plusieurs crimes ou excès ontre la propriété. Qu'est-ce, en effet, que signifient ces phrases : « Je n'ai point pris la provision des temples; je n'ai K)int diminué les substances consacrées aux Dieux; je i'ai enlevé ni les pains, ni les bandelettes des momies; je n'ai wint exercé de pression sur les poids de la balance; je l'ai point fait main basse sur les bestiaux dans leurs pâtuaj?es; je n'ai pas pris au filet les oiseaux des Dieux; je n'ai wint repoussé l'eau à son époque; je n'ai pas détourné le «urs d'un canal, «etc., sinon ce qui est exprimé par cette impie proposition plus compréhensive encore que tous les létails que nous venons de voir donnés par le menu : Je n'ai •oint volé? Par conséquent dès le temps où fut écrit ce cha- 'itrecxxv® du Licredes Morts, le vol était reconnu comme npéché. et sans douto dès la première des dynasties égypiennes. 11 n'y a donc nul doute à entretenir sur ce sujet et, i les Égyptiens avaient su condenser leurs pensées dans unedeces formules précises, ils auraient trouvé la maxime iorale contenue dans ces deux vers :
Bien d'autrui tu ne prendras Ni retiendras injustement.
Peu importe en effet que le bien d'autrui appartienne aux 'ieux, aux morts ou aux vivants, du moment qu'il n'apparent pas à celui qui cherche à se l'approprier. Dès lors on ^mprend facilement que toute tentative ou tout essai de
tentative frauduleuse ait été sévèrement puni en Egypte : il n'y a nulle difTicultc d'accepter le témoignage que Diodore de Sicile nous donne à ce sujet. Nous ne serons donc pis surpris que Tauteur du papyrus moral de Boulaq ait cni devoir consacrer au vol plusieurs des préceptes vétatifs que son œuvre contient. Il parle tout d'abord d'une manière générale quand il dit : u Ne remplis pas ton cœur du bien d'autrui; garde-t'en : agissant dans ton intérêt, n'approche pas du bien d'un autre, à moins qu'il ne lapporte lui-même dans ta maison. » Puis l'auteur passe à un cas particulier^ celui des biens immeubles qu'il peut avoir reçu du Pharaon comme récompense jmur ses loyaux services : «Ne transgresse aucuns champs; tiens -toi en sûreté contre leur* limites, de peur que tu ne sois traîné au tribunal en présence des grands^ après qu'on aura fait enquête. » On 21 voulu conclure de cette maxime que les Égyptiens possédaient déjà des titres de pro[)riété tout comme nos modernes propriétaires; la chose ne me semble pas impossible, si on veut simplement Tentendre dans le sens restreint que j'ai indique. 11 est évident que, dans une nation aussi méticul(»use qu(î la nation «'égyptienne et aussi paperassière, on n'a |)as dû recul(M' (h^vant l'emploi de ({uelciues papyrus [Kwr «consolider les dons (|u'o(Mroynit le Pharaon et pourgamntir la (juasi |)ropri(''l(^ (pi'il conférait. Malheureusement, jus- (|irici, le texte du papyius moral de Roulaq est resté solitaire.
Du reste, pour la propriété autre que la propriété du sol, on employait tous les moyens (jue Ton jugeait aptes à allirmerle droit du pro[)i'iét:iire : c'est ainsi, par exemple, tiu*-*^ Ton mar(|uait au {cr chaud l<>s b<\stiaux qui erraient dans It^^ marécages de la Masse et d(*. la Moyenne- Egypte, abso — lument (X)mme on le fait de nos jours dans les savanesd^ l'Amérique'.
1. (iu on mo pernielt»» de citer en note à cette place une inaiim^î'^'
DANS l'égyptk ancienne 353
J'ai déjà fait connaître plus liant le soin que le maître de iai!>t>n devait avoir de son patrimoine, l(»s précautions (ju'il evait apporter dans le choix d'un intendant et les devoirs u*il avait vis-à-vis (Je cet important personnage de la amille égyptienne. Un précepte semblable, ou à peu près, àse les gens qui s'introduisent dans la famille et indique la îonduite qu'on doit tenir à leur égard : << Ne donne pas trop dcUI)crtéii riiomme dans ta maison : lorsque tu entres, on te fait rapport de sa présence, tu es informé de son dessein etlacoiiViTsation s'établit. » Cette maxime conseiller deux choses qu'il n'est pa^ très ordinaire de rencontrei' ensemble, laprudence ou la réserve et Thonnéte politesse envers les étrangers.
A côté de ce premier genre de [)réceptes vient se placer une autre maxime qui a trait aux hommes dépensant le bien que leur ont transmis leurs parents : « Le dissipateur voisine; comme les qualités du dissipateur sont un vide pour le frère, tes gens se réjouissent apparemment, ils pleuient dans le fond de leur cœur. » Il faut aussi se garder de toute parole d'orgueil qui pourrait montrer que l'on blâme la conduite de celui dont on n'est point chargé. « N'enorgueillis pa.ston cœur à propos do l'homme dissipateur, de manière à faire qu'il s'emporte contre toi. Le rapport sorti de 1 1 bouche, si tu le réitères, circule ])rom])tement. Ne te fais l>a.s d'inimitiés :* la ruiue de Thomme est sur sa langue, l^rends garde de causer toi-même ta i)ert(\ » Si la s(v.()nde
D<î rentre pas dans le cadre des devoirs envers autrui, mais qui se "apporte indirectenienl à la propiiétô oi montie que, ni.-ilgiv tout le développement intelleetuel et moral auquel l'J^lgypt»' «'tait parvenu<\ les actions ordinaires de la vie étaient bien en retard, rjuVlIes relevaient <^"<?ottîdu f<^tichismc qui avait présidé à l'éclosion des pirniières sociétés. • ^'il y a ruine des endmits ensemencés dans les champs, dit 1<î papyf'is de Houla(|, que le mâne soit invoqué! » Le niâne, c'est ici Vn/frrifc\ ^^ j aurais parfaitement pu me servir de ce t(;xt<* pour montrer la persistance en lïgypte du culte de l'ancêtre commun de la famille primitive.
partie (1(3 cette maxime semble avoir un sens plus large la première, celle-ci la limite au cas des querelles c voisins, à ])ropos de ces misérables nouvelles que d'habi on est trop porté à se communiquer les uns aux autres la vie ordinaire et qui peuvent causer parfois des iniir dont on ne peut souvent prévoir le terme. Il ne s'agit ic de médisances; c'est bien pis encore, si les rapports c fait circuler sont mensongers; car, il n'y a guère de rei contre la calomnie. L'auteur égyptien en parle comme méfait si grand qu'il en laisse la punition à Dieu seul. « < qui a été opprimé par le menteur, accuse à son tour, d ensuite Dieu proclame la vérité et le trépas étant enlève le premier accusateur. » L'idée qui domine en maxime est que finalement tout crime est puni en ce ra ou en l'autre, idée sur laquelle ont vécu et vivent ei tous les peuples.
Après ces maximes, l'auteur passe à des préceptes qu: le reflet des mœurs partriarcales qu'on attribue i époques reculées, mœurs qui existaient en effet, mai ne pouvaient guère s'exercer qu'entre membres de la i nation. « Ne mange pas le pain pendant qu'un autr debout, sans que tu étendes ta main pour lui vers le On sait qu'éternellement l'homme qui n'est pas devi l'un est riche, lautre mendiant, et les pains sont si pour qui agit fraternellonient. Tel est riche pendant u deux saisons qui devient palefrenier la saison suivai C'est le pendant du : Faitcs-coits des amis avec les ii cViuiquité de l'Évangile, avec quelque chose de plus in de plus tendre et de plus profondément humain. La cl est presque formellement reconnue dans cette maxime, la charité limitée à ceux de la mémo nation, et non lad univers('lle prùnée de notre temps, sinon toujours prati
Voici luî précepte encore plus touchant que eelu
1 . C'est-à-dire : Ou ik'uI devenir demain ce qu'on n'est jxisaujou
DANS l'kGYPTE ANCIENNE 355
préœdc : « Mon Dieu m'ayant accorde que tu aies des enfants, le cœur de ton pèi'c les connaît. Or, (juiconqu(^ a faim est rassasié dans sa maison^ : je suis pour lui un mur de protection . Ne fais pas d'action où tu montrerais que tu n'as pas de cœur; car c'est mon Dieu qui donne rexistence.» Je crois qu'il serait difficile d'aller plus loin dans la voie de la morale pour ce qui regarde les actes envers autrui; le père est heureux de ce que son Dieu lui ait accordé la perpétuité de la famille, et il en témoigne sa reconnaissance en faisant (lu bien à ses semblables et en exhortant son fils à montrer un cœur pitoyable; c'est là sans doute une de ces actions qui sont agréables à Dieu plus que les encensements, les chants et les adorations.
La politesse est aussi prôchée par notre auteur. « Ne reste pasassis quand un autre est debout, s'il est plus âgé que toi, même si tu es plus grand que lui dans ses fonctions. » Il y a dans ce précepte plus que la politesse banale de Tinférieur envers son supérieur, politesse toujours de mise en Orient, d'ailleurs; il y a encore le respect de la vieillesse, car il ne s'agit plus de la situation de l'inférieur vis-à-vis de son supén?ur:mais au contraire du respect que mérite l'âge, même dans un subordonné.
Userait étonnant que dans un ouvrage comme celui qiie J analyse ici, il n'y eût aucune place pour les devoirs de l'inférieur envers son supérieur, puisque la hiérarchie tenait une si grande place dans l'organisation de la société égyptienne. Aussi n'y ont-ils pas été oubliés : a N(i réponds [)as ^ ïin supérieur irrité, dit le moraliste, tiens-toi à l'écart. Parle doucement à celui qui parle en étant ému : c'est le r<-*mède pour pacifier son cœur. » L'auteur qui a écrit ces [paroles devait savoir par expérience que souvent, dans la ^ic> il faut s'effacer pour laisser passer une bourrasque et ^ue, comme dit le proverbe : Petite pluie abat grand vent.
^' C'est de la maison du père qu'il faut entendre ce membre de phrase.
A côk> (lo ce précepte si vrai dans quelques cas, il y en a un autre (jui vise ceux oii le premier n'est pas applicable; car, suivant les caractères, la douceur peut avoir un bon ou un mauvais efïet. Nous avons vu le bon effet ; voici maintenant le cas inverse : « Que la réponse d'un vieillard portant bâton ^ renverse tes audaces, de peur que ton émerveillement n'irrite plus que tes cnuvres*. »
Ce serait peu connaître les Égyptiens, leur caractère et leurs habitudes que de supposer que lamitiô n'était paslmiitement appréciée chez eux. Nous avons vu que l'un des titres les plus recherchés par ceux qui vivaient aux plus anciennes époques était celui iVami du Pharaon. Tant que dura l'Empire égyptien il en fut ainsi. L'exemple donné d'en haut fut imité par les grands seigneurs chefs de nome, et, du haut en bas de l'échelle sociale, on chercha à s'unir le plus étroitement possible, par les liens de Tamitié, à quelque autre de ses semblables en qui Ton retrouvait les mêmes goûts, les mêmes traits de caractère, ou quelquefois des (jualités qu(î l'on ne possédait pas soi-même. Aussi le moraliste du papyrus de Boulaq n'avait garde d'oublier l'un des plus doux sentiments humains. « Belles, dit-il, senties actions de l'ami: ses abominations sont purifiées; tu esen sùret(' contre ses nom])reuses négligences : prends garde :ï tout ce qui perdrait cette amiti<^ » C'est qu'en effet 1 ami.à moins (|u'il ne soit d'une élévation d'esprit supérieure.
1. CVst-à-dire : D'un magistrat, le magistrat portant bâton coium^ insigne.
2. Le sens de ceUe maxime peut paraUre différent. Il no faut pas avoir l'air d(^ mépriser les conseils d'un vieillard et ne pas paraître tomber de son haut devant un ordi^ que Ton reçoit; ou bien : Il ne faut pas» vanter en })rôsence do ceux que la vieillesse a revêtus d'un caractère sacré, car les vantardises irriteraient plus la vertu que ne le pourraient faire des actions ordinaires môme mauvaises. Quelle que soit l'interprétation {(u'on adopte, il est évident «jue ce prétexte contient une dec» l«'Ç<»ns qui sont toujours bonnes à observer dans la vie pratique.
DANS l'Egypte ancienne 357
ferme Vœ'\\ à tous les défauts de celui qu'il aime, pour ne voir que les qualités qu'il recherche. Un ami fidèle est un bien précieux, et, comme Ta dit La Fontaine :
Qu'un véritable ami est une douce chose !
Un songe, un rien, tout lui fait peur Dès qu'il s'agit de celui qu'il aime.
Avec cette maxime sera clos le chapitre consacre aux devoirs d'autrui. On aura pu observer que, somme toute, il u'y a aucune synthèse des différents cas où les devoirs envers autrui sont exigés. Les préceptes sont jetés pêle-mêle au milieu d'autres maximes se rapportant à des sujets différents et il n'est fait nulle mention des devoirs envers les basses classes du peuple égyptien. Sans doute, Tauteur croyait n'en pas trop avoir, si même on en reconnaissait quelqu'un. Mais ce qui est absent dans les maximes du scribe Khonsouhôtep est exprimé très clairement dans les divers articles de l'apologie de Tâme et dans les inscriptions dont j'ai parlé au cours de cet Essai. Le lecteur se le rappellera, et dùt-il tou-
jours observer quelques lacunes, il se dira que Ton ne peut tout demander au même peuple, et que le peuple égyptien pris dans ses classes les plus élevées se faisait encore une ïdêe assez haute de la moralité qu'il devait observer dans ses rîjpports avec autrui, môme quand cet autrui se restreignait 3UX limite&d'une seule nation. Cependant il restera toujours Vrai, et je tiens à le faire observer, que l'Egypte n'a pas su synthétiser les divers devoirs qu'elle acceptait en un petit nombre de formules compréhensives.
Que si Ton veut maintenant prendre la peine de comparer entre elles les données des deux derniers chapitres avec celles du troisième de cet ouvrage, on pourra juger du proî?rès qui s'est fait dans la société, par celui qui s'était opéré jans la pensée générale du peuple égyptien. 11 me semble.
en effet, que les conseils donnés par Fauteur du papyrus moral de Boulaq sont tout différents de ceux que contenait le Papyrus Prisse dans ses deux ouvrages: que ceux mêmes qui ont trait aux cas identi(iues sont donnés en des termes qui accusent le progrès. C'est pourquoi je l'ai analyse en dernier lieu, (pioique d'autres Taient attribué au Moyen- Empire; car je regarde cette attribution comme complètement impossible.
Et maintenant j'aurais lempli ma tâche, s'il ne me restait à faire ressortir l'inHuence que ces idées morales ont pu exercer hors de ri\u:ypte, particulièrement dans cette Grèce à laquelle d'ordinaire on reporte l'honneur de la civilisation générale en notre Europe.