ET SURTOUT DANS LA GRÈCE
M'cgarde ce chapitre comme le plus dilTicile à écrire de Essai, et voici mes raisons. Tout d*abord nous sommes ► accoutumés aux idées toutes faites qui ont servi de base )tre instruction générale. En effet, selon le camp dans lel on a engagé ses idées et ses croyances, nous sommes îuadés ou que les idées morales n'existaient pas, ou i(|ue pas, avant l'apparition du Christianisme en Europe i propagation qu'il a faite des principes de morale conis dans les livres de la nation juive : c'est là le camp des ■ants ; ou bien nous nous figurons au contraire que les cipes moraux, comme notre civilisation tout entière, nous été légués par la philosophie grecque, et que Socrate, exemple, est le premier qui nous ait laissé des idées osophiques et morales sur la destinée de Vâmc et sur 1. On a pu conclure déjà des chapitres qui précèdent que leux opinions sont également fausses : le seul énoncé des s morales qui ont eu cours dans l'ancienne Egypte suflit ^montrer péremptoirement que bien avant l'époque du )hétisme juif et celle des philosophes grecs, même les ! anciens, l'humanité avait déjà su acquérir sur les bords ^il quantité d'idées morales qui avaient servi soit à régler ie sociale, soit à diriger la vie individuelle. Vouloir faire Pndro le progrès humain de tel ou tel peuple et dire ivant lui rien, ou presque rien, n'existait dans Tordre
moral, c'est blasphémer Tesprit humain, c'est se montrer contraire d'un philosophe, c'est en un mot faire œuvi apologéliciue/)/'o doino sufi; mais ce n'est à aucun titre faii œuvre d'historien, œuvre d'homme impartial. Je megarden donc bien de tomber dans le même défaut et d'affirmer qi toute idée morale naquit sur les rives du Nil, parce qi j'ignore complètement ce que fut la condition première d( sociétés qui existaient avant la société égyptienne, —bie d'autres, je crois, l'ignorent comme moi, — et j'ai assez c confiance dans l'esprit humain pour croire qu'il a pu avo en [)lusieurs endroits à la fois, sinon les mêmes idées, d moins des idées voisines et correspondantes: tout ce que, puis savoir, et ce que j'ai eu l'intention de montrer dans o ouvrage, c'est l'ordre dans lequel les idées morales en Egyp^ ont fait leur évolution. Je considère le développement qi prit la morale dans ce pays comme le plus ancien etp conséquent le premier tracé ; mais je ne veux aucuncmci prétendre qu'il n'y a eu en dehors de l'Egypte aucun peup et partant aucune société, que les autres sociétés ont pui l)asser de régies religieuses, morales ou sociales, ce qui à cet époque était tout un. Il serait vraiment trop facile de coi fondre une telle prétention.
Mais les découvertes morales de l'Egypte sortirent-elles ( rétroit(> vallée du Nil? C'est une autre question, et je va rexaminer. Si l'Égypta avait été si hermétiquement fernii (|uenul n'y eût pu enln^- et qu'aucune de ses idées, aucune SCS produits n'eût pu en sortir, ses idées morales risqueraiei fort d'avoir on le même sort: mais il n'en fut poii ainsi. L'Egypte a contre elle, sous ce rapport, rexclusivisni (ju'on lui attribue à l'égard de tous les étrangers. On entii parti ])our soulever d(\s objections qui ont semblé irréfutable aux e.sprils ayant quc^hpio pm r(»lléchi aux problèmes divei (ju<' suppose la (liirii>ion (!(î ses conquêtes dans Tordre moral J'ai déjà eu a mVxpliiiuer sur cettiî exclusion de son ]>ropr territoire où elle maintenait les peuples qu'elle appelait sep
DANS l'Egypte ancienne 361
entrionaux ; j'ai dit la haine qtrellc entretenait particiilière-
iient à regard des Grecs auxquels elle n'ouvrit sa vallée que
aTS le VII'^ siècle avant notre ère, forcée par la nécessité.
Mais à cette époque les peuplades grecques étaient encore
pcuavancées dans les voies de la civilisation et de la morale:
elles ont donc pu beaucoup apprendre des Égyptiens. Aussi
la tradition est-elle constante que les premiers et les f)lus
grands parmi les philosophes grecs allèrent apprendre en
Egypte la plupart des choses qu'ils enseignèrent ensuite. Je
veux bien croire que la tradition est fausse, qu'on n'a jamais
donne une ])reuve sullisante que ces Grecs éminents avaient
st'journé en Egypte* ; mais la persistance de cette tradition
et la quasi-généralité de ce sentiment dans le monde ancien
montrent bien que l'Egypte passait aux yeux des premiers
sages comme la nourrice et l'éducatrice de l'Europe dans la
philosophie et dans la morale.
En outre, quels qu'aient été les changements divers qui se sont opérés dans la population de la Grèce, un fait semble ressortir avec évidence des plus anciennes traditions, à savoir que des colonies égyptiennes s'établirent en Grèce pour des raisonsdifféientes: les données traditionnelles mises en œuvre par les grands poètes tragiques de la Grèce établissent que dans les légendes populaires un certain nombre de colonies égyptiennes s'établirent sur le territoire de la Grèce. Je n'insisterai donc pas sur ce sujet et je me contenterîiideceque je viens de dire. L'Egypte à un certain moment, vers le VII® siècle de notre ère, fut souveraine de la mer Méditerranée, tout comme les Phéniciens et les Grecs. Si l'on veut d'ailleurs s'en rapporter aux traditions doVOf/j/s.scc, on verra que, longtemps avant les voyageurs olFiciels et long-
!• Je suis loin de vouloir dire que ri'ellenient les philosophes grecs ne ^iJ^itèrent pas TKgypte; ce nVst qu'une concession apparente que je fais *<^eux qui soutiennent l'opinion oppost'e: car, si les preuves directes •ont défaut, les preuves indirectes abondent et sont aussi piobaiites dans '^pèceque les autres pourraient Tôtre.
temps sans doute avant que les Psamétik et les Ar eussent ouvert l'Egypte aux Grecs, on visitait les ci»tes< vallée du Nil, témoin le récit de Y Odyssée sur Prêtée naufrage d'Hélène. Mais la mer n'était pas le seul cb< par lequel on pénétrait en Egypte, quoique ce fût de b coup le plus facile : il y avait encore la voie de terre Pharaons égyptiens firent des conquêtes sur tout le lit Est de la Méditerranée, ils remportèrent des victoires su: coalitions dans lesquelles étaient entrés un certain noi de peuples dont nous retrouvons les noms parmi ceux dans V Iliade, sont énumérés connue les auxiliaires de T Vers la XIX* dynastie, on pouvait donner aux se: qui se formaient dans les écoles égyptiennes un devoir' graphique îi faire sur les villes de Syrie, de Phénicic Palestine et des pays environnants jusqu'à la vallée rOronte, et le maître qui corrige l'un de ces devoirs re che amèrement à son élève les phrases vides et prétentic que celui-ci a employées, au lieu qu'il aurait fallu donne détails précis sur les diverses particularités géographie Or, si nous voulons nous rappeler ici les paroles d Égyptien de la XIP dynastie, de cet Entef dont j'ai cita au long la stèle funéraire, nous y verrons que les Égyp furent non seulement des conquérants, mais encore desc nisateurs-: (( Je fus fait gouverneur d'une ville, je la mun toutes les choses désirables de la contrée, je la rendis prospère qu'une ville d'Egypte. Je la sanctifiai et la pur j'établis la religion dans ses temples, ainsi que dar demeuî'c de ses habitants. » Ces paroles sont assez signi tives. Dès la XII^ dynastie donc, les gouverneurs égyp des villes conquises s'appliquaient à doter ces villes idées égyptiennes. Ce que l'on faisait dès la XIP dyna nul doute qu'on ne l'ait aussi fait à la XVIIP et XIX'* dynastie, c'est-à-dire aux époques les plus florissa de l'Empire égyptien. D'ailleurs il serait parfaitement in( préhensible moralement parlant qu'il n'en eût pas été a
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Ceci une fois prouvé, rappelons-nous aussi que les Phéniciens, ce peuple de inarchancls civilisateurs, ont porté sur toiit le littoral du bassin de la Méditerranée et quelquefois assez avant dans les terres les productions do TÉgyptc, qu'ils ont en particulier vulgarisé l'emploi de l'alphabet qu'ils avaient extrait de récriture hiératique des Égyj)tiens* ; rappelons -nous surtout que certains des objets exportés de l'Egypte par les Phéniciens étaient des objets religieux, combien les peuples do cette époque étaient avides de tout ce qui leur semblait à la fois sacré, nouveau et important, et nous n'hésiterons pas à croire que les mêmes Phéniciens aient pu se faire les propagateurs des idées morales de l'ancienne Egypte, comme des objets fabriqués par son industrie et de ses signes alphabétiques. D'un autre côté, les Grecs répndus dans les îles qui bordent l'Asie, à Chypre, à Crête et à Rhodes, et dans les villes bâties sur la côte ont bien pu avoir et même ont certainement eu des rapports avec les peuples établis dans l'intérieur du pays, peuples qu'atteignit plus ou moins la conquête égyptienne. Par conséquent encorede ce côté l'influence des idées égyptiennes put leur parvenir indirectement dès un temps qu'il est impossible de préciser, ou même de soupçonner. Donc, directement par les colonies égyptiennes établies en Grèce et qui emportèrent avec elles les idées de leur i)ays ou par la conquête qui soumit à TÉgypte les îles de la Méditerranée, et indirectement par le commerce et les rapports qu'il suppose entre des peuples différents, les idées de l'Egypte, passées par la conquête chez les peuplades qui habitaient les pays environnants, purent parfaitement passer de ces peuples chez les Grecs faisant le commerce dans les ports du littoral asiaiiciue et
î- Je regarde comme absolument prouv<5e l'oiigine égyptienno de * alphabet phénicien, telle que l'a démontrée E. de Kougé, quoiquo dans ^derniers temps on ait cherché à faire dériver sur d'autres peuples 'origine et Thonneur de cette découverte.
3r)4 ÉVOLUTION DES IDÉES MORALES
niême dans l'intérieur du pays; car ce serait pou connaître do quolle téiiacito étaient capables les Grecs pour pénétw dans les pays où roccasion s'olïrait à eux de faire fortune, que do les croire portés à préférer la vie paisible dans une ville à la vie errante, fertile en aventures et quelquefois en catastrophes, mais où Ton pouvait acquérir la richesse que Ton rapportait ensuite dans son pays natal, comme est dit l'avoir fait le père de Pythagore.
La possibilité de cette dérivation une fois démontrée, les idées morales de TÉgypto sont-elles réellement sorties delà vallée du Nil pour se répandre sur les peuples voisins et en particulier sur les Grecs? Pour les peuples de la Syrie, de la Palestine, de la Phénicie et autres pays voisins la chose est prouvée par le toxte que j'ai cité plus haut; quant aux Grecs, je n'ai aucun texte semblable à ma disposition. Aussi ne ])rocéderai-je point par voie d'affirmation, quoique cette voie me soit ouverte légitimement, puisqu'il est certain que des colonies égyptiennes s'établirent en Grèce à une époque antérieure à l'établissement des populations d'origine aryenne; car je crois qu'en agissant ainsi je compromettrais ma thèse aux yeux de ceux cpi'il s'agit surtout de convaincre et je manquerais mon but. Je m'y prendrai d'une autre manière et je me contenterai de rapprocher les usages et les idées qui sont au fond des usages, alin que par la comparaison on puisse juger, l'antiquité supérieure de TÉgypte sur la Grèce ne pouvant faire Tobjet d'un doute. Pour que la concUision de cette comparaison puisse se tirer d'elle-même il faut que les faits soient assez abondants et assez semblables ])()ur que l'on n'ose pas dire que de pareils faits peuvent parfaitement s'explicpier, sans recourir à l'action d'une iniluence étrangère, par le seul jeu des forces de l'esprit humain. L'esprit Jumiain en elîet, dans les cas particuliers, ptnil |)arfaitement arriver à des résultats semblables ou presque semblables, sans qu'il y ait influence extérieure; mais c(î cpii est pos.sible pour un cas particulier ne saurait
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Hrepour une masse de points de similitude et Ton peut )nclure avec certitude que la multiplicité des ressemblances idique une communauté d'origine.
Sur quels points doit particulièrement porter la compaaison à instituer? C'est ce qu'il n'est pas aussi facile de lire. Il est évident en effet que les idées sociales qui sont le bndement des associations ont dû se développer parallèiCment; car le besoin qu'on avait de ces idées était égal de tous les côtés et la Grèce les avait pour aussi nécessaires que rÉgypte. Il est facile de comprendre que les raisons qui ont rendu lassociation bonne en Egypte sont les mêmes qui Tout aussi rendue bonne en Grèce, comme dans les autres pays. D'ailleurs la société était fondée avant que les H(»llènes vinssent s'asseoir au milieu de leur péninsule montiigneuse elles Egyptiens dans la vallée du Nil. Cependant il y a tant de similitude dans la manière dont la famille est comprise dans les deux pays, que je n'ai pu me dispenser de comparer entre elles les deux civilisations, sans avoir voulu en tirer d'autre conclusion que celle de l'unité primitive de la conception de la famille chez les premiers peuples. Le développement des idées sociales sur d'autres points pourra sans doute m'apporter de nouveaux éléments de comparaison ; mais ce développement est assez peu connu^ surtout on Egypte où l'on est un peu oblige do s'en tenir aux réalités vagues, sans les détails qui nous donnei-aient la limuôre. Toutefois, je trouverai encore dans quelques parties de l'administration égyptienne sujet à rapprochement avec les coutumes grecques. De même pour les idées philosophiques ^t religieuses qui sont le fondement de la morale, il y nurait P^ut-étre beaucoup de points de similitude; mais alors ce senu't un ouvrage entier qu'il faudrait consacrer à cotte luestion, et non plus un chapitre. Je me contoiiterai donc l'indiquer dans leurs lignes générales les com[)araisons qu'on )eut faire de ce côté.
Pour les devoirs envers soi-même et les d(îvoirs envers
autrui, j'estime qu'il est impossible de comparer àcesuj^ TEgypte et la (irèce, parce que ces devoirs sont les mômes partout où il y a deux hommes et que surtout à cette occasion un texte serait nécessaire pour indiquer clairement l'intluence d'un pays sur un autre. Or ce texte fait défaut Cependant, là encore, les vieilles légendes grecques, surtout celle de Cadmus qui est d'origine égyptienne et quelques autres, pourraient servir de point de départ aux comparaisons à faire; mais, comme ces comparaisons ne pourraient aboutir à aucune conclusion particulière, je m'en abstiendrai tout en conservant la donnée générale que les fondateurs des villes grecques purent parfaitement être redevables i l'Egypte, par conséquent que la connaissance des devoirs envers autrui et des devoirs envers soi-même qui se pose dés qu'il y a association avait sans doute déjà été possédée par les fondateurs de ces villes et leurs premiers habitants. Ce n'est pas fortuitement sans doute que le nom de Thèbes est celui de la capitale de l'Egypte sous le Nouvel-Empire et celui de la ville que Vantique Cadmus bâtit dans la Béotie. Mais il est un point spécial qui comporte de longs développements et qui nous permettra de comparer, autant que nous le voudrons, les croyances égyptiennes et les croyances grecques : c'est la doctrine sur l'àme, sur son sort futur et tout ce (jue cett<î croyance suppose. Par bonheur, cette doctrine est tellement reconnue pour égyptienne que, si nous trouvons une ressemblance frappante entre les croyances de l'Egypte et celles de la Grèce, nous pourrons en même temps savoir quelle a été l'influence d'un pays sur l'autre et par consécjuent conclure quel a été celui qui a emprunté à l'autre, ('e sera donc là que nous trouverons le sujet principal que je dois traiter dans ce chapitre. Non pas (jue, si je voulais pousser plus loin cette comparaison entre l'Egypte et la Grèce, la matière dût me manquer. Platon, les néo-platoniciens d'Alexandrie, les Gnostiques surtout me foui'ui raient les points de rapprochement les plus frappants;
nais je dois me borner aux idées proprement morales et m'arrèter à Tépoque où les Ptolëmées vinrent s'asseoir sur le trône des Pharaons. La matière est d'ailleurs assez riche. Au cours de cet ouvnige, j'ai déjà fait observer un certain nombre de ressembUmces entre les usages égyptiens et les usages grecs : je n'y reviendrai pas ici, car ce ser^tit faire double emploi. Ainsi, pour ce qui regarde les lois sociales qui assurent la validité des transactions entre simples particuliers et les soumettent à certaines conditions qui sont en même temps pour l'Etat une garantie qu'on lui payera les impôts qu'il a fixés, comme le nombre des témoins, l'acte solennel, l'enregistrement et toutes les autres sûretés que J ai mentionnées plus haut, sûretés qui existaient en Egypte sans doute bien longtemps avant qu'on ne songeât à les établir en Grèce, je me borne simplement à constater le fait. De même dans l'administration de la justice, nous avons vu, d'après les dires de Diodore de Sicile, que plusieurs des lois grecques avaient été inspirées par les lois égyptiennes etque Selon, notamment, rapporta de son voyage en Egypte certaines coutumes qu'il avait vues pratiquées sur les bords du Nil. C'est là une de ces traditions fort fréquentes chez les auteurs grecs et sur la réalité desquelles nous ne pouvons mallieureusement avoir aucun renseignement précis. Ici cependant un petit fait des coutumes égyptiennes semble avoir laissé une trace mémorable dans les habitudes delà Grèce. Quand les Égyptiens se i)résentaient au tril)unal des nomarques pour revendiquer la justice du magistrat, ils avaient entre les mains, nous le voyons encore au tombeau de Rekhmara, un bouquet vert qui était le signe de leur intention. Je retrouve ce bouquet dans les palmes ([ue les suppliants apportaient aux temples, lorsqu'ils allaient revendiquer la justice des Dieux ou leur demander de les délivrer desfléaux qui les opprimaient, ou lorsqu'ils se présentaient ^^vant une réunion quelconque de gens ayant autorité. Ainsi dans V Iliade, quand le prêtre Clnysès se présente
devant les chefs de l'armée pour réclamer sa fille, il portée» haut du sceptre les bandelettes du Dieu qu'il sert : \t\ sceptre est ici le bouquet des Égyptiens, car il n'était pas encore dépouillé de ses branches et de ses rameaux. Dans ! Eschyle, les Suppliantes ^'ixAvQ^^ïmi à Jupiter, lui disent:] (( Dans quel pays plus favorable que ce pays pouvions-nous j aborder, la main chargée de ces rameaux de suppliants, qu'entourent les bandelettes de laine? » Ces Suppliantes arrivent de la terre d'Egypte. Dans les Euniénides^ lorsque la Pythie, après avoir invoqué les dieux de son temple, j parle de son entrée dans le sanctuaire où le malheureux Oreste s'est réfugié, elle dit : « J'entrai donc dans ce sanctuaire orné de couronnes. Je vois, assis sur la pierre quiest le nombril du monde, un homme chargé du poids d'un sacrilège. C'est un suppliant. Ses mains dégouttent de sang; il tient un glaive nu et un rameau d'oliver des montagnes, enveloppé, suivant l'usage, de longues bandelettes de laine blanche. » De même, dans Sophocle, Œdipe demande aux habitants de la ville de Tlièbes en proie aux ravages deU peste : « Pounpioi ces rameaux de suppliants que je vois dans vos mains? » Sans doute, il y a dans ces descriptions des poètes un élément que nous no retrouvons pas apparem-' ment dans la coutume égyptienne; mais, si Ton veut observer que les b )uquets sont toujours composés de longues tigfô de (leurs nîunies ensemble et consolidées par un lien quelcon(|ue, parfois autour d'un rameau d'arbre, on aura tout ce (jue les poètes mettent dans leurs descriptions, et c'est bien la même id<'>e qui a présidé aux deux coutumes, en Egypte commet en Grèce.
Pour ce qui regarder la famille, j'ai déjà fait observer en leur lieu les points de rapprochement qui se trouvent entre les idées égyptiennes et les idées grecques. Comme en Grèc(^ la famille égyptienne est constituée par le même culte qu'on doit rendre aux ancêtres défunts; comme en Grèce, la maison égyi)tienne est délimitée par une area dans
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înceinte de laquelle se font les sacrifices de la famille et se )ivent placer les momies que Ton garde à la maison ; )mme en Grèce, tous les membres mâles de la famille ttivent assistera la célébration du culte funéraire, ils ont D rôle spécial à jouer et la femme y parait à côté de son lari; les filles mêmes y paraissent, ce qui est spécial à Egypte; comme en Grèce encore, c'est le fils aîné, celui qui lit revivre le nom de son père, qui doit continuer la famille tque tous les autres doivent reconnaître pour chef; comme D Grèce, la maison de famille, avec les tombeaux ou niches |Uî renferment les momies de la famille, est d'abord indiise; ce n'est que beaucoup plus tard qu'on a la faculté de éclamer le partage. Dans ce culte de la famille, on ne priait li pour le roi, ni pour l'État, ni pour autrui; on se contentait de prier pour soi. Nous avons vu, en outre, par le rôle lue les amis jouaient dans les funérailles et le titre d'am/si envié par les Égyptiens, depuis le temps des Pyramides jusqu'à l'époque des Ptolémées, que ces amis étaient pour l'Egypte ce que les Romains appelaient gens et les Grecs r^. Ces mêmes mœurs et institutions se trouvent non teulement en Grèce et à Rome, mais encore dans l'Inde et usque dans la Chine : je suis donc bien loin de vouloir >rétendreque l'Efrypte ait exercé une influence quelconque urdes civilisations qui eurent une origine si différente de isienne; je constate encore ici simplement la ressemblance ue j'ai trouvée \
Pour ce qui est des idées religieuses, les comparaisons îviennent plus nombreuses. Je ne citerai pas les traditions li font voyager quelques-uns des sept sages de la Grèce en
I. Je dois faire observer en cet endroit qu'il y a bien des différences as la manière dont les Égyptiens et les nations hindo-européennes reloppérent ces idées primitives; mais ces différences proviennent des eors et des nécessités que des climats divers rendaient indispensables; ^ ne sauraient aucunement empêcher la ressemblance des idées fonnentales et des coutumes nées de ces idées.
Egypte parce qu'elles ne s'appuient sur rien de réel c nous puissions connaître avec certitude; mais il en sera fc autrement pour quelques autres, comme Soloii et Thaï J'ai déjà eu l'occasion de citer ce que dit Diodore de Sic sur les lois que le législateur grec aurait empruntées î Égyptiens, je pourrais ici parler de la brillante légende l'Atlantide que Platon rapporte pour l'avoir entendue de ancêtres, parmi lesquels Selon qui l'avait apprise, dit-il, i prêtres de Sais. Mais jusqu'ici les textes égyptiens ne m ont rien révélé de semblable à cette poétique légende. P< Thaïes, nous sommes en face d'idées qui rappellent hier cosmogonie qu'avaient inventée les prêtres d'Héliopo L'eau, d'après Thaïes, était le principe des choses : c'est l'abîme primordial que tout est sorti. La terre, comme disque plat, voguait à la surface de cet abîme, et en des d'elle le ciel courbait son firmament hémisphérique auq les astres étaient suspendus : ces astres n'étaient que Dieux du ciel voguant dans leurs barques lumineuses, collège sacerdotal d'IIéliopolis avait de môme dit que Nou, l'abîme primordial, était le père de toutes choses. p sans enfants, sans forme limitée, jusqu'au jour où les e& inférieures se séparèrent des eaux supérieures. La te apparut alors comme une ellipse immense, que surmoni la voiUe du ciel appuyée sur les montagnes aux quatre pei cardinaux. Scliou s'était charg(». de séparer le ciel et la te primitivement unis. Autour de la terre coulait un '. céleste, dont le Nil terrestî'e n'était que l'image, ainsi ( je l'ai déjà exposé dans cet ouvrage. On voit qu'entre système de Thaïes et ]() système égyptien il y a tellenu de ressemblance (|u'on pourrait sans doute les croire ide ti(iues.
La doctrine de Pythagore présenlo aussi avec les ce tûmes égyptiennes (luolques traits de similitude qu'Hérodc signalait d<^jà. Ainsi l'usage de la laine pour ensevelir 1 morts est prohibé par les Pythagoriciens, comme pari
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Égyptiens'; le sacrificateur devait en outre être revêtu d'habillements blancs et purs; les disciples de Pythagore ne ^ devaient pas manger de poissons : toutes coutumes qu'a- :. vaient aussi les Égyptiens'. La métempsychose elle-même, quoiqu'elle ne se rencontre pas en Egypte et qu'elle soit . même contraire aux doctrines égyptiennes pourrait jusqu'à un certain point venir des explications malencontreuses et raal comprises données par les guides au voyageur grec, car il ne faut pas oublier que dans le Livre de sortir pendant le jbttr, connu sous le nom de Livre des morts, Tâme bienheureuse pouvait se métamorphoser en toute forme sacrée qu'il lui plairait. Platon l'admettait encore comme moyen de purifier les âmes qui n'avaient pas atteint la somme de justice nécessaire pour être bienheureuses, comme nous l'allons bientôt voir. Dans le mythe d'Horus combattant contre Set pour venger son frère Osiris assassiné par Set, «on oncle, à un certain moment les sectateurs de Set et Set lui-môme sont obligés de se changer en toute sorte d'animaux qui devinrent impurs depuis cette époque. Ce fait légendaire a aussi pu être détourné de son sens originel et avoir donné lieu à l'interprétation courante. Mais il y a encore plus. Dans le jugement qui se prononçait dans la salle de la Vérité-Justice, ceux qui étaient trouvés coupables étaient condamnés à une seconde vie afin d'acquérir la somme de justice nécessaire pour être élus. Rien n'est plus facile que de tirer la métempsychose de pareilles prémisses : il suffit de penser que les âmes des criminels condamnés à la seconde vie passaient dans le corps de Tun des animaux dans lesquels les âmes des justes pouvaient se mctamoiphoser, après s'être vues dans l'obligation de le faire avant de se
1- Je dois faire cependant observer qu'à l'époque des Pyramides on enveloppait les morts dans de la laine, coutume qui ne paraît plus dès le %en-Empire.
2. Je ne dois pas généraliser cette remarque à toute l'Egypte, mais la '^^treindre seulement à quelques cantons.
présenter au tribunal d'Osiris. Naturellement on aurait franchi le cercle des animaux auxquels s'était d'abord borné ce sort heureux et Ton aurait fait indistinctement de tous les animaux le réceptacle des âmes qui avaient quelque chose à se faire pardonner \ La doctrine de l'immortalité de Tàmeque prêchèrent Phérécyde et Py thagore, son disciple, étaitcounue en Grèce avant ces deux philosophes : les mystères l'avaient développée, et Ton s'habitue aujourd'hui à trouver l'origine des mystères de la Grèce dans les doctrines religieuses de l'ancienne Egypte'. Los doctrines orphiques étaient en grande partie semblables au mythe d'Osiris, et les symboles dits obscènes qu'on portait processionnellement pourraient bien avoir* été empruntés aux coutumes de l'Egypte, tout en étant détournés de leur sens originel.
J'ai parlé tout à l'heure du dieu Schou qui séparait le ciel d'avec la terre; le ciel, dans la langue égyptienne, était du féminin, et c'était la terre qui remplissait le rôle de fécondateur de la déesse céleste. Chaque nuit, pensaient les Égyptiens, la déesse venait retrouver les embrassements de son époux et le dieu Schou devait l'élever, chaque matin, au bout de ses bras. Qui ne penserait en lisant ce mythe au dieu Atlas des Grecs qui porte le monde sur ses épaules î Cette conception ([ui serait incompréhensible, si Allas avait toujours porté une sphère sur son épaule, devient au contraire très compréhensible, si l'on admet qu'une cosmogonie semblable à celle des Égyptiens a été enseignée en Grèce et qu'elle s'est modifiée au cours des siècles.
1. Quoique cette explication soit très plausible, car il n'y aurait rien d'extraordinaire à ce que les choses se fussent passées de la sorte, cependant je suis porté à croire que rinfluence de l'Inde fut autrement grande (jue c^lle «le l'Kgypte dans la doctrine de la métem psychose, et tout an plus admettrais je que la doctrine pythagoricienne et platonicienne est un syncrétisme des doctrines de l'Inde et de l'Egypte.
2. C'est ce qu'a montré M. Foucard dans un mémoire lu devant l'Académie des Inscriptions et Bel les- Lettres au mois d'octobre 1893.
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Ce sont là les avant-courcurs de la grande philosophie grecque dans laquelle nous font entrer Socrate et Platon. Nous trouvons encore ici la tradition d'après laquelle Platon avait pris en Egypte la plupart des idées morales et religieuses qu'il fit entrer dans sa philosophie sous le nom de Socrate, son maître. Je ne veux pas dire ici que Platon et surtout Socrate aient ressenti TinHuence des idées égyptiennes; mais il est certain que les Égyptiens faisaient de la puissance divine la raison d'être de la Providence et de la Justice de Dieu, comme le firent Socrate et Platon. On ne [>eut guère lire les Entretiens mémorables de Xénophon et certains dialogues de Platon sans trouver cette idée exprimée ouvent et de toutes les manières; nous l'avons aussi renontrée dans la littérature égyptienne, dans le Conte destiné l'amusement de la foule comme dans les hymnes adressés la divinité et que seuls, les initiés aux hautes spéculations hilosophiques pouvaient comprendre : YEnnéade divine arcourait la vallée du Nil pour redresser les torts commis nvers les habitants et le Dieu de l'hymne de Boulaq, après voir créé toutes les créatures, les conservait et prenait soin e nourrirraôme les insectes qui rongent le bois, tout comme prétait l'oreille aux soupirs du pauvre et punissait le malliteur. Ce Dieu, je l'ai déjà dit, avait la plupart des attributs ar lesquels devaient spéculer les philosophes grecs avant 5S philosophes chrétiens. Je ne saurais rien trouver de plus >rt en cette matière : la théodicée était inventée en Egypte ans presque tous ses enseignements vers le XVIII® siècle vant notre ère. Est-ce à dire que Platon et Aristote se ^ient encore ici inspirés des données des Égyptiens dans îs données de leurs philosophies? Je ne Talfirmerai pas ; ar ce n'est pas faire trop d'honneur à l'esprit humain que de roire qu'en deux pays distincts, en des civilisations assez issemblables, avec d'autres besoins et sous des climats ifférents, on a pu arriver à trouver en Grèce ce qu'on avait éjà trouvé en Egypte. Tout ce que je puis faire encore ici,
c'est de constater l'existence simultanée des mêmes idées dans les deux pays, laissant à d'autres le soin de décider s'il y a eu, ou non, influence de la pensée égyptienne sur la pensée grecque, mais faisant remarquer cependant combien facilement les philosophes grecs du IV* siècle auraient pu apprendre les idées égyptiennes et comme toute révolution de la philosophie en ce qui regarde la théodicécs'expUqueniit dès lors avec une heureuse suite.
Il serait donc possible de conclure dès à présent à l'influence de l'Egypte sur la Grèce: mais, si je passe aux croyances relatives à la vie future et à tout ce qu'elle comporte, cette influence éclate aux yeux. Là nous trouvons une telle ressemblance et surtout tîint de points de rapprochement qu'il semble impossible de nier l'influence égyptienne sur les idées grecques. Évidemment dans lespages que je vsûs citer du philosophe et du poète charmeur qui a parlé l'un des plus beaux langages qu'il ait été donné à Thomme de parler, on trouvera quantité de choses qu'un Grec, surtout quand ce Grec se nomme Platon, pouvait inventer pour l'ornement du style et de la pensée: ces pages laissent de bien loin derrière elles tout ce que le génie égyptien a pu trouver ; mais cette comparaison extérieure ne saurait suffire à l'esprit investigateur du moraliste et nous verrons que, sous des dehors parfaitement dissemblables, les idées sont presque absolument les mêmes, je veux dire le^^ idées fondamentales, celles qui appellent le développement dans un sens ou dans l'autre, suivant la nature des civilisations.
Quand Socrate, dans le P/ie?rfo/^, est sur le point de prendre le poison auquel Ta fait condamner la malignité de ses ennemis, il s'exprime en ces termes: « Si la mort était la ruine et la dissolution de tout, ce serait tout profit pour les méchants d'être, après leur trépas, délivrés tout à la fois de leur corps, de leur àmo et de leurs vices ; mais, puisque l'âme est immortelle, elle [\c prnit se délivrer des maux et se sauver qu'en devenant très bonne et très sage ; car elle n'emporte
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avec elle que ses bonnes ou ses mauvaises actions, ses vertus ou ses vices, qui sont la cause de son bonheur ou de son imlheurcternels, lesquels commencent à partir de son voyage vers ce pays. Et Ton dit qu'après le trépas de chacun, le génie qui a été chargé de lui pendant sa vie le conduit dans un certain lieu où il faut que tous les morts se réunissent pour être jugés, afin que de Hi ils aillent dans les enfers avec le même conducteur auquel il a été donné de les conduire usque-là, et qu'après qu'ils ont reçu dans ce lieu les biens ou es maux mérit^^s et qu'ils y ont demeuré tout le temps fixé, m autre guide les ramène en cette vie après ])lusieurs révoltions de siècles, et ce chemin ne ressemble pas à celui dont arle Télèphe dans Eschyle, car il dit que le chemin qui mduit dans l'autre monde est simple. S'il l'était, on n'aurait 18 besoin do guide; mais il est rempli de tours et de trarses, comme je le conjecture d'après ce qui se pratique ns nos sacrifices et nos cérémonies religieuses\ » Cette première citation trouve un complet commentaire ns les croyances égyptiennes. Tout d'abord, il est évident, iprès ce que j'ai dit dans les chapitres qui précèdent, que Égyptiens croyaient la môme chose sur la nudité dans [ueile se trouvait l'âme qui entreprenait le funèbre voyage, ppelons-nous que le moraliste égyptien, après avoir décrit nutieusement les jardins et la villa que chacun désirait en ypte, termine sa description en disant : « Heureux celui i n'abandonnerait point tout cela ! » De plus, si l'âme ^^ait se présenter devant le tribunal d'Osiris privée de tout îH terrestre, elle avait cependant avec elle le bagage des ions de sa vie bonnes ou mauvaises, et ce qu'elle avait de is pressé à faire, c'était de protester devant son juge 'elle était pure, qu'elle n'avait jamais commis le mal et ime qu'elle avait fait le bien, comme nous l'avons vu dans 3ologie négative d'abord, affirmative ensuite. Il y avait
. Phédon, Lvii.
donc bien identité de croyances en ce point sur les rives du Nil et au pied des montagnes de la Grèce ou sur les bords de ses fleuves.
Mais ce n'est pas tout : les paroles citées affirment qucle voyage à faire n'était pas simple, comme l'avait assuré l'un des personnages d'une tragédie d'Eschyle, qui n'avait pensé qu'à la facilité de se donner la mort, mais qu'il était au contraire rempli de diilicultés. C'est bien aussi renseignement des divers livres égyptiens. L'àme devait traverser toute sorte d'obstacles, être victorieuse de tous les monstre» qui s'opposaient à son passage, savoir tous les mots de passe qui lui ouvraient les portes à franchir et écartaient tous les génies prêts à la dévorer. Elle devait en outre savoir les réponses compliquées qui résolvaient les questions qu'on lui posait^ se livrer à des expériences multiples, traverser des pylônes et des demeures fantastiques, jalousement gardées par des génies de toutes figures, etc. Ce serait à n'en plus finir si je voulais énumércr tout au long et faire connaître en détail les nombreuses épreuves que devait subir Tâme avant d'arriver à la salle de la Vérité-Justice où siégait Osiris. Là elle était jugée, comme nous le savons, et les divers traitements qui lui étaient appliqués nous donneront plus loin l'occasion d'instituer de nouvelles comparaisons.
Voilà déjà bien des ressemblances; mais il y a plus encore et nous allons trouver de ces détails typiques dont on ne saurait méconnaître l'importance. Socrate parle du génie qui, comme il avait dirigé l'âme pendant la vie terrestre. est chargé de la diriger encore, par delà la mort, dans sa pérégrination vers le lieu où se doivent rassembler les âmes des défunts. Ce génie se nommait en Egypte le messager de la mort: nous l'avons rencontré dans les préceptes de Khonsouhôtcp. Les fonctions de ce messager de mort ne nous sont pas encore connues par un texte de l'antiquité égyptienne, et ici je demande à mon lecteur la permission de le transporter à l'époque chrétienne où nous retrouvons la même
doctrine longuement détaillée. Sans doute, cette époque est en dehors des limites où doit se maintenir ce travail ; mais je ne crois pas manquer à la saine méthode scientifique en m'appuyant sur elle, d'autant plus que les idées sont purement égyptiennes et complètement inconnues en dehors de la vallée du Nil. Parmi les visions qui sont racontées dans la vie du saint homme Pakhôme se trouve la suivante: «Et voici comment les Anges lumineux visitent les frères de bonne conduite, comme on le lui révéla une foule de fois de la part du Seigneur. Si c'est un homme bon qui est couché, trois Anges viennent à lui, selon le degré de la conduite de celui qui est couché; s'il est élevé dans ses actions, on lui envoie de môme des Anges élevés et glorieux pour le conduire à Dieu; s'il est petit en ses vertus, on lui envoie de même des Anges inférieurs. Au moment où l'homme est sur le point de rendre son àme, l'un des Anges se tient près de sa tête, un autre à ses pieds sous la forme d'hommes qui Toignent d'huile de leurs propres mains, jusqu'à ce que rame sorte du corps; l'autre déploie un vêtement spirituel pour l'en revêtir avec gloire'. Est-elle, cette âme, celle d'un saint? Tu la trouves belle de forme et blanche comme la neige. Et, lorsque l'âme est sortie du corps dans le vêtement, l'un des Anges prend les deux extrén)ités du vêtement par derrière et l'autre par devant^ comme pour un corps que les hommes lèvent de terre ; et l'autre Ange chante en avant dans une langue que personne ne connaît, pas même ceux qui virent cette vision, notre saint père Pakhôme et Théodore*, car ils ne surent pas ce que les Anges chantaient : ils entendirent seulement l'Ange chantant et disant: Alléluia. C'est ainsi qu'ils marchent avec l'âme dans l'air, vers
1. Ce vêtement spirituel est le double du véritable linceul qui servait à rev^'tir le cadavre, comme ledit vêtement enveloppait le double du corps, c'est-à-dire cette âme visible qui sortait, qui avait des pieds et des mains, comme tout le corps: ceci à Tépoque chrétienne.