COMPARÉES AVFX CELLES DE LA CHINE
Par E. AMÉLINEAU
est pas d'aujourdIuH que \c problème des rapports m n'ayant pas existé entre TÉgypte ancienne et la est posé devant le public savant et chercheur. Au ernier, De Pauw l'avait déjà traité dans des considëquelquo peu aventurées et antiscientifiques; il avait blir qu'il n'y avait aucune ressemblance dans les iligieuses, industrielles, philosophiques, artistiques, tre TÉgypte ancienne et la Chine; plus près de nous ion a été de nouveau agitée et le bruit des contro- •etentissantes do la première moitié de ce siècle n*est e pas encore complètement éteint : il ne le serait at<3 pas si la mort n'avait ravi un esprit aventureux ait peut-être pas toujours complètement armé pour ïs scientifiques, Terrien de Lacouperie.
veux pas ici renouveler ces controverses, je n'en ai nps ni les moyens; mais je ne peux m'empêcher de ' aux lecteurs sérieux qui seraient attirés par la n quelques points de resseniblance qui m'ont frappé, ntparu importants et qui ont fini par me sembler icants. Je ne veux en aucune sorte présager de la
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solution du problème jadis agité : je veux simplement apporter quelques éléments à cette solution future.
L'idée première de ce petit mémoire m'est venue enlisant Touvrage de MM. Paulus et Boiiinais qui a été publié dans la Bibliothèque de vulgarisation du Musée Guimct. Je fus frappé en le lisant des similitudes qu'offraient les usages annamites avec ceux usités dans l'Egypte ancienne, et je me dis que sans aucun doute je retrouverais ces mêmes usages à une époque bien antérieure dans cet immense Empire du Milieu que si peu de personnes connaissent encore. Je me mis à la recherche d'ouvrages spéciaux et j'eus la bonne fortune de tomber entre autres sur l'ouvrage éminent que publie en ce moment M. J.-J. De Groot. sans oublier ses deux volumes sur Les Fêtes annuellement cAtbrées à Énioui, parus en français dans les Annales dit Musée Guimet,
L'ouvrage auquel je fais allusion et dont j'ai récemment rendu compte dans la Revue de l'Histoire des religions* t. pour titre : The religious System of China; il a pour objet d'expliquer à tour de rôle tout ce qui peut entrer dans» système religieux : deux volumes seulement ont été publiés jusqu'ici, bourrés de textes indigènes et ce qui est encore mieux, selon moi, d'explications prises sur les lieux pendant vingt ans passés dans l'Extrême-Orient au service du gouvernement néerlandais. M. de Groot a parfaitement compris en effet que les études faites dans le secret du cabinet, dans les circonstances les plus propices, ont besoin du commentaire vivant des coutumes subsistantes dans le pays quelott cherche à connaître : je suis moi-même persuadé pourcequi regarde l'Egypte que rien ne saurait remplacer la connaissance intime do la vie moderne en Egypte afin de biâi comprendre la vie ancienne. Nous ne pouvions donc manquer de nous comprendre l'un et l'autre, et nous nous
1. Cf. la Roruc de V Histoire dos rolifjions, mai et juin 1895, p. Wl
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sommes compris en effet : j'ai salué avec joie et avec gratitude un maître dont la science n'était point contestée et qui avait réuni tous les éléments de comparaison que je pouvais désirer. C'était à moi de voir si l'Egypte présentait peu ou beaucoup de points de similitude : le lecteur jugera si j'ai été assez heureux pour les réunir en un faisceau lumineux. La suite de l'ouvrage publié par M. de Groot m'offrira sans doute d'autres points de comparaison; mais je dois me contenter de ce que m'offrent ses deux premiers volumes. Je ne suis pas sinologue, je ne peux donc juger de la valeur des traductions de M. de Groot: il serait cependant bien extraordinaire que M. de Groot n'eût écrit ce grand ouvrage que pour venir en aide aux idées d'un membre fort obscur parmi ceux qui travaillent à construire l'édifice des connaissances humaines : si les coutumes chinoises telles qu'il les expose ressemblent aux mœurs égyptiennes telles que je les connais, ce doit donc être parce qu'en effet il y a similitude entre elles. Toutefois cette similitude ne doit pas être exagérée : quoique semblables sur un grand nombre de points, les mœurs funéraires de chaque pays ont dû subir une orientation spéciale dépendant de la civilisation générale; les conditions climatériques, les conditions de la vie ordinaire devaient faire sentir leur puissance, et elles Tout fait. Ce n'est donc pas de ce côté qu'il faudra chercher des points de comparaison, mais dans l'idée originelle et primitive qui a présidé à l'éclosion des coutumes toujours les mêmes sous feurs apparences diverses.
Mais avant d'entrer dans l'examen détaillé des mœurs funéraires en Egypte et en Chine, je dois tout d'abord chercher quelle était à la base de ces coutumes l'idée sur laquelle eJles reposaient, c'est-à-dire quelle idée on se faisait de la lamille dans la vallée du Nil et dans le Céleste Empire, et omment on avait su rendre un culte aux fondateurs de cette ïmille; puis, par une dérivation fort naturelle, quelle idée a se faisait du temple dans les deux pays. Quant à la con-
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clusion à tirer de ces diverses similitudes, je ne la tirerai point moi-même et je laisserai à chacun de mes lecteurs le J soin de conclure ce qu'il voudra.
La société chinoise, encore à Theure actuelle, repose tout entière sur la famille, ce n*est un mystère pour personne de ceux qui ont quelque connaissance des choses du Céleste Empire. Au sommet de la société, l'Empereur de Chineest le père de tous ses sujets; à chaque degré de Téchelle sociale, les divers ofRciers auxquels le Fils du Ciel a délégué quelque parcelle de son autorité doivent avoir des sentiments paternels à l'égard de leurs administrés qui, théoriquement parlant, sont autant de fils dont ils doivent répondre devant le grand chef de fiimille de l'immense Empire chinois. A l'extrémité inférieure de l'échelle sociale, chacune des familles qui composent l'immense agglomération de la population chinoise est sous la dépendance du chef . de famille qui exerce toute l'autorité au sein de la commu- j nauté naturelle qu'il a fondée ou dont il a été le continuateur. La piété filiale est naturellement la première des vertus pour un Chinois, et à juste titre, je crois. Cette piété filiale ne s'exerce pas seulement envers les vivants, mais aussi envers les morts, pour cette simple raison que l'àmedu mort passée dans la tablette ancestrale fait toujours partie de la famille vivant sur terre, et que la mort n'est qu'un état différent de la vie dans l'existence perpétuelle. De là, une religion des morts, autrement curieuse, autrement croyante et particulariste que celle à laquelle nous sommes habitués dans nos contrées où les diverses sociétés chrétiennes ae sont plu à relâcher les liens naturels qui maintenaient la famille fortement unie, sans compter que le droit public,
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admettant rémancipation des enfants, a ruiné presque toute l'autorité paternelle. En Chine, tout n'est pas à dédaigner comme nous sommes malheureusement portés à le croire, et en particulier la constitution de la famille est digne d'admiration à tous égards.
La haute idée que la Chine s'est faite de la famille, de son fondateur, de ses continuateurs, s'est traduite dans la civilisation générale de ce pays par toute une série de coutumes morales sur les principales desquelles je dois attirer l'attention. Tout d'abord le culte des Ancêtres, si vivant en Chine qu'abstraction faite des religions d'importation étrangère, on peut dire avec vérité que la religion chinoise n'avait pas ridée de Dieu, idée que nous sommes au contraire portés dans notre monde occidental à croire nécessaire à Thumanité : j'entends par Dieu un être étranger à notre monde, à notre race humaine, qui de manière ou d'autre exerce sur la vie des hommes une influence heureuse ou malheureuse pour celui qui en est l'objet. Tous ceux qui se sont occupés quelque peu de l'histoire chinoise savent en effet que lors les premières prédications chrétiennes dans le vaste Empire iuMilieu, les missionnaires européens ne se trouvèrent pas >n petit embarras en constatant que la langue chinoise ne enfermait pas de termes pour énoncer l'idée de Dieu, si ien qu'ils durent avoir recours à une expression composée 3nt le premier terme était le nom du ciel. Les Chinois en aient restés à la conception naturaliste primitive, à savoir le pour produire un être vivant, tout au moins parmi les res supérieurs qui habitent la Terre, il fallait être deux, lomme et la femme, le principe mâle et le principe femelle. 5 s'en tinrent et s'en tiennent encore à cette philosophie imitive, et toute leur religion découle de cette idée preière, de sorte qu'ils eurent une religion d'où l'idée de eu telle que nous nous la sommes formée était exclue. ^pendant ils avaient des Dieux, s'ils n'avaient pas de Dieu. ) premier couple qui, d'après leur manière de concevoir
Torigine des choses avait été le principe d'où étaient émanéi les divers êtres qui peuplent le monde, le Ciel et laTerw étaient par eux considérés comme les Dieux tutélaires de b Chine, le Céleste Empire, si bien que ce nom de Célestes que nous donnons parfois en souriant aux habitants de la 1 Chine est le résumé de toute leur philosophie religieuse. Le fils aîné de cette famille en eut naturellement le gouvernement, et sa puissance se continua dans la ligne masculine par le premier enfant qui lui naquit. Son autorité fut déléguée à certains officiers à mesure que le peuple chinois se multipliait, et lui-même, il exerçait le culte suprême pour son peuple, au nom de son peuple, comme le continuateur delà descendance céleste. Si parmi ses nombreux enfants quelqu'un se distinguait par ses vertus civiles ou guerrières, il le proposait à l'admiration de son Empire et on lui élevait quelque édifice rappelant la canonisation dont il avait été l'objet de la part du souverain. Mais les fondateurs premiers de l'Empire Chinois, le Ciel et la Terre, ceux qui sont regardés comme les Dieux de l'Empire, étaient réservés à ce que Ton a nommé le culte im|)érial, et à bon droit. Chaque famille rendait un culte spécial à son fondateur et aux continuateurs de la famille : l'empereur de Chine, comme le descendant authentique de ce premier couple^ leur devait l'hommage que tous les enfants doivent à leurs parents et à leurs ancêtres. Il n'était point besoin de temples pour ce culte qui se faisait et se fait encore par le seul Empereur, car un seul aurait sufli, et de celui-là même nulle nécessité ne se faisait sentir; tout au contraire en proclamait l'inutilité, car où trouver le moven d'enfermer le Ciel et la Terre entre les quatre murs d'un temple, si grand soit-il ! Peu importe que les révolutions politiques survenues dans la Chine comme dans tous les pays aient substitué d'autres dynasties à la première, que ces dynasties aient même été originaires de pays étrangers a l'Empire Chinois; chacune des dynasties nouvelles qui s'asseyait sur le trône impérial avait grand
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soin de se faire proclamer descendante directe du Ciel et de la Terre, et ce n'était point chose d'une difficulté inouie, puisque tous les hommes étaient nés d'un seul couple; quant à l'origine étrangère, ce n'était point non plus un obstacle impossible à surmonter, puisque la Chine était le centre du monde, que toutes les autres contrées, au moins les plus voisines, n'existaient que grâce à leur conjonction avec le centre universel, qu'elles étaient toutes tributaires et dépendantes de l'Empire du Milieu, prétention qui a si fort étonné les peuples occidentaux dans leurs rapports avec le grand Empire de l'Extrême-Orient, mais qui n'était que le corollaire d'un faux principe.
Telles sont en gros les idées diverses, les unes justes, les autres évidemment fausses qui se trouvent au fond de la civilisation chinoise pour ce qui a trait à la religion. Évidemment, comme toute chose en ce monde, elles se sont développées, elles ne sont pas sorties toutes faites du cerveau du premier descendant de la Terre et du Ciel, ou du premier homme, mais elles existaient déjà à une antiquité très lointaine, comme le noyau autour duquel se sont étendues les couches secondaires des coutumes subséquentes. Nous allons retrouver ces mêmes idées en Egypte, dans l'Egypte des Pharaons, dès que nous pouvons reconnaître les faits et les idées qui constituent ce qu'on appelle l'histoire.
A une époque primitive, les Égyptiens considéraient la vallée du Nil comme le monde entier : c'était pour eux que le soleil se levait chaque matin à l'Orient, qu'il parcourait sur sa barque toute ladistancedeTOrient à l'Occident. L'Egypte, c'est-à-dire tout le monde, la terre entièrepouv les Égyptiens, était sortie de l'abîme primordial : c'est Hi une différence assez grande avec les idées chinoises ; mais dès qu'elle est sortie des eaux et illuminée par l'astre du jour, le soleil remplit exactement le même rôle que le ciel des Chinois ou, pour mieux m'exprimer, le N^ou, ou abîme primordial , est le ciel même des Chinois, car il est appelé le père des pères des dieux et c est
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lui qui est censé avoir donné naissance à tous les êtres. Le soleil ou Rà avait été le père de la première famille établie en Egypte, ou tout au moins de Tune des premières familles qui s'étaient assises dans la vallée du Nil : il n'avait point détrôné ce Non qui était resté perdu dans le lointain des âges^ il n'en était même que la manifestation radieuse. En Egypte, soit qu'il y ait eu abondance de légendes, soit que ces légendes n'aient pas subi l'action d'un esprit vigoureux qui les ait synthétisées, nous rencontrerons plusieurs explications des mêmes phénomènes; ces explications ont saisi certain côté particulier du même phénomène en négligeant les autres, mais elles peuvent parfaitement se ramener à un même principe. En outre, l'Egypte avait un esprit plus progressif dans ses idées que la Chine, elle s'est moins immobilisée que leCéleste Empire et a réussi às'élever au-dessusdes conceptions purement naturalistes : c'est un point qui lui est acquis, s'il est à son avantage.
Le soleil ou le dieu Rà se perpétua dans la famille sDiaire dont le Pharaon qui présidait aux destinées de la vallée du Nil était la personnification terrestre. On rendait au Pharaon régnant les mêmes honneurs que Ton rend encore aujou^ d'hui au Fils du Ciel, des honneurs que nous rendons toujours à la Divinité dans nos cultes chrétiens. Cela n'empêchait point que les habitants de la vallée du Nil ne connussent les révolutions politiques, ne supprimassent quand ils le pouvaient l'heureux représentant de la famille solaire sur terre; mais dès qu'un usurpateur avait pris sa place, il revenaità l'ancienne et bienfaisante théorie qui le plaçait au-dessus des hommes, parmi les dieux, et il ressuscitait sans la moindre honte les prérogatives attachées à sa dignité. Ils employaient déjà tous les moyens qu'ont employés plus tard les dynasties qui sentaient le besoin de légitimer aux yeux de leurs sujets, et peut-être à leurs propres yeux, leur accession au trône. Parmi ces prérogatives, l'une des plus importantes était le culte des Ancêtres que l'on rendait aux membres disparus de
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sa famille, et sur lequel j'aurai l'occasion de revenir plus loin : le Pharaon usurpateur ou créateur d'une nouvelle dynastie, car c'est tout un, se substituait au chef de famille qu'il avait fait disparaître et se croyait obligé de rendre ce culte à tous ses prédécesseurs ou tout au moins aux plus célèbres de ses prédécesseurs ; c'est même par la persistance de ce fait que les égyptologues modernes ont pu en très grande partie reconstituer la liste et la suite des Pharaons qui ont régné sur la vallée du Nil, car les tables royales d'Egypte si célèbres parmi eux ne sont ni plus ni moins que des Uibles funéraires sur lesquelles le Pharaon est représente rendant le culte des Ancêtres à ceux qui ont eu Thoureuse fortune de régner sur TÉgypte avant lui. Si Ton n*a pas trouve jusqu'ici une table complète des souverains de l'Egypte, car ni la table d'Abydos, ni la table de Saqqarah ni la chambre des Ancêtres Ae Thoutmès III, ni les divers autres monuments de cet ordre ne sont complets, c'est que les Pharaons régnants se montraient difficiles sur leurs prédécesseurs, ou, plus vraisemblablement peut-être, ils ne citaient que les plus glorieux, ne pouvant, faute de place, les citer tous. C'est ici en effet que l'on voit poindre Tune de ces idées que j'ai déjà exprimées ailleurs, mais qui a sa place marquée dans ce mémoire, parce qu'elle offre une analogie frappante avec ce qui se passait et ce qui se passe toujours en Chine.
Le Pharaon, en tant que chef de la famille solaire, devait le culte des ancêtres à ses prédécesseurs, quels qu'ils eussent été; mais il devait aussi aux plus glorieux d'entre eux un culte spécial qui consistait dans la glorification de leurs hautes œuvres, afin que cette glorification fût une retentissante leçon pour les générations vivantes et futures. Dans ce culte pharaonique, le Pharaon était le grand prêtre : il officiait seul dans les temples élevés à cet effet, temples bâtis en briques le plus souvent à mesure que l'on remonte vers les premières dynasties, en pierre par la suite, surtout sous la XYIII** et la XIX^ dynastie qui nous ont légué les
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monuments grandioses de l'architecture égyptienne. De l'Ancien Empire, en effet, il ne nous est parvenu qu'un seul temple à peu près intact, celui que Ton appelle d'ordinaire le temple de granit rose y élevée peu près certainement par l'un des constructeurs des grandes pyramides de Gizeh et qui est sans doute le plus ancien témoignage du culte dont il est ici parlé. L'on y a trouvé les statues du pharaon Khafràen diorite, et quoique ce temple se trouve non loin du grand Sphinx et des grandes pyramides, l'on ne peut un seul instant songer à une destination funéraire proprement dite, puisque ce PhUraon avait son temple du double tout près de la seconde pyramide. Du Moyen Empire nous ne possédons aucune relique de temple, sinon certaines pierres employées depuis dans la construction des autres temples élevés sous le Nouvel Empire Thébain; mais ces pierres suffisent à nous montrer que les constructeurs de ces temples, les Pharaons les plus puissants des dynasties du Moyen Empire, avaient élevé les édifices dont il est question en l'honneur de leur propre nom, sinon deleur propre divinité. Sous le NouvelEmpire Thébain, la chose devient d'une évidence palpable, car nous avons encore quantité de temples avec leurs inscriptions qui nous attestent le but de ces édifices. Depuis la Basse-Egypte jusqu'aux confins de la Nubie, la vallée du Nil est parsemée de monuments grandioses ou de petites dimensions, qui sontla preuve éclatante du culte pharaonique en Egypte. D'abord ces édifices ont été élevés pour y raconter les exploits des plus illustres des conquérants égyptiens, de Séti I*"^. à Abydos.à Gournah et à Redesieh, deThoutmès I^^'et de la reine Hàtschopset à Déir-el-Bahary, de Ramsès II au Ramesséum, de Thoutmès III et de Ramsès III à MedinetHabou, etc.;de même à Karnak et à Louqsor, de même surtout dans la Nubie où les Pharaons constructeurs élevaient à leur propre gloire ces édifices gigantesques destinés à terrifier les simples populations de la Nubie autant qu'à leur montrer la puissance et la richesse égyptiennes. Ces temples ont deux aspects fort
rents dans leurs parties décoratives, Tàspect héroïque et ect funéraire, dont le mélange a si fort étonné les histo- ; de l'art jusqu'à présent. L'un et l'autre étaient coms de manière à rappeler aux yeux de la foule et de la ârité la mémoire de la vie terrestre etde la vie élyséenne grands pharaons égyptiens: c'est pourquoi Ramsès III se lit représenter dans son harem, caressant ses femmes, méiose faisait voir terrassant les ennemis envahisseurs Egypte, comme il se montrait en Osiris, c'est-à-dire en que momifié et frère du souveraindes morts Osiris. A ce ese rattachent les sacrifices humains que le roi y exécului-même, sacrifices humains longtemps conservés en 3e dans le culte impérial et qui ne subsistèrent en Egypte n i*aison de leur ancienneté. Ces temples étaient élevés en nd lieu en l'honneur des fondateurs de famille pharaole, Râ-Amon, Osiris, Phtah, etc., suivant les lieux, les es et les familles: le Pharaon y sacrifiait les victimes aines à son père, de quelque nom qu'il s'appelât, tout me le Fils du Ciel sacrifie chaque année au Ciel et à la e, les deux ancêtres de sa famille et de l'Empire Chinois. 5 culte des Ancêtres était aussi en Egypte le même qu'en le. La famille, dans la vallée du Nil, était absolument tituée de la même manière que dans l'Empire du Milieu. , y était organisé pour assurer le pouvoir et l'autorité îhef de la famille, honoré comme un être supérieur veillait à l'heureuse fortune de sa descendance, qui it à son secours dans les mauvaises heures, que Ton it invoquer dans les moments critiques : ceux de mes urs qui connaissent le papyrus moral de Boulaq n<* IV, ue je Tai traduit dans cette Bibliothèque ou Thistoire de olution des idées morales dans l'Egypte ancienne, savent oi s'en tenir sur ce sujet. Le fils aine recevait par droit uccession l'autorité du père qui était parti pour l'autre de, et dans chaque famille il en était ainsi. Le Chinois e précieusement le souvenir et l'àme de ses ancêtres
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dans ces tablettes ancestrales qu'il amasse avec soin et place dans Tune des plus belles salles de sa maison : les stèles jouaient en Egypte primitivement le même rôle que les tablettes en Chine de tout temps, et le moraliste du papynis de Boulaq recommandait d'ériger soigneusement les témoignages des actions filiales. La stèle, comme la tablette chinoise, contenait primitivement tous les titres particuliers qui avaient en quelque sorte constitué Tétat civil du défunt. De même certains jours de fêtes étaient spécialement consacrés à honorer la mémoire des défunts, et quoique la relation des calendriers chinois et égyptien ne soit pas encore suffisamment établie, cependant tout concourt à établir que les fêtes des morts avaient lieu en Egypte aux époques mêmes auxquelles elles sont toujours célébrées en Chine.
Les phénomènes de la nature, les plus faciles à observer comme d'autres plus compliqués, sont loccasion en Chine de fêtes populaires en l'honneur des morts : les mêmes phénomènes, ou à peu près, étaient aussi en Egypte une cause qui rappelait aux vivants le souvenir des morts : ainsiles phénomènes lunaires, \a.fête du mois, du demi-mois, la fête de la grande année, de la petite année, ^\xfeu nouveau, etc. Les phénomènes solaires étaient ainsi mélangés aux phénomènes lunaires. D'autres jours étaient spécialement marqués pour les cérémonies de ce culte, comme la fête de l'apparition du dieu Min, celle de la navigation, etc. : il est malheureux que nous ne puissions savoir à quoi elles correspondaient, et la découverte de quelque rituel funéraire complet, expliquant toutes les cérémonies qu'on accomplissait dans les coutumes funèbres pratiquées en Egypte, nous en apprendrait bien long sur ces questions, mais il est plus que vraisemblable que si on parvient à les comprendre et à les expliquer, on trouvera de grandes ressemblances avec les fêtes correspondantes en Chine \ La piété filiale en
1. Je sens tout le premier que ces paroles auraient besoin d'ooe
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gypte était en aussi grand honneur qu'en Chine : elle se èsumait en un seul mot: l'obéissance. Le scribe qui a écrit ô petit traité moral connu sous le nom de Papyrus Prisse a ait à la fin de son œuvre un éloge dithyrambique de l'obéissance: c'est par elle que le fils récompense le père des soins que celui-ci a pris de son enfant, c'est elle qui fait ressembler lediscipleà un dieu, c'est elle qui assure la continuité des bonnes grâces du Pharaon dans la même famille, c'est elle qui affermit les liens de la famille en faisant passer aux mains des enfants les préceptes salutaires reçus des ancêtres par le père. Il est clair que les conclusions pratiques et particulières que l'on connaît plus spécialement sous le nom d'actes de piété filiale se tirent naturellement de ces prémisses. L'un de ces actes est souvent mentionné sur les monuments égyptiens, c'est le soin que devaient prendre les enfants de la sépulture de leurs parents. Il est vrai qu'on ne trouve cet acte mentionné que pour les plus grands seigneurs de l'Egypte aux temps de l'Ancien et du Moyen Empire ; mais je n'ai nul doute que le reste de la population égyptienne ne se conduisit exactement de la môme manière en :ette occurrence.
Au lien familial se rattache l'amour des Chinois pour le ays où ils sont nés, pour le village même où reposent leurs arents, si bien que tout Chinois qui meurt sur une terre trangère se fait rapporter en son pays après sa mort. En iait-il de même en Egypte ? Nul document ancien ne perlet de répondre affirmativement à cette question, et ailleurs le monde connu des Égyptiens ne saurait entrer 1 comparaison avec le monde connu des modernes. Cepenmt les armées égyptiennes allaient chaque année, ou îi peu
imonstration détaillée ; mais l'espace qui m'est accordé est tellement streint que je ne peux aucunement penser à faire cette démonstra- 3Q qui comporterait une éi«ndue à laquelle je ne puis songer un ul instant. Je ne puis qu'énoncer la thèse.
près, guerroyer en Syrie ou dans le Soudan actuel: saiB doute bien des Égyptiens, même de hauts fonctionnaires ou de grands officiers, devaient trouver la mort dans ces expéditions lointaines et il semble bien conforme aux coutumes égyptiennes qu'on ne devait pas laisser les cadavres en terre étrangère sans leur avoir rendu ces derniers honneurs qu'on ne pouvait guère rendre qu'en Egypte. Nous avons les tombeaux de nonîbreux grands officiers ou fonctionnaires qui nous content tout au long leurs campagnes à la suite de Sa Majesté : il serait bien étonnant que, tous, ils eussent échappé à la mort sur le champ de bataille, et cependant leurs momies furent déposées dans les nécropoles égyptiennes. Mais ici un fait se présente à nous, qui nous permet de conclure dans le sens affirmatif. Le Pharaon Rasqenen de la XVII* dynastie fut tué au cours d'une bataille qu'il livra à des ennemis, vraisemblablement aux Hiqsos : son cadavre fut emporté loin du théâtre de l'action qui devait sans doute se trouver au Nord-Est de TÉgypte et on l'a retrouvé à Thèbes parmi les momies royales cachées dans le puits de Déirel-Bahary. Si nous descendons plus près de nous, nous voyons qu'à l'époque chrétienne, dans les Actes des martyrs, l'un des plus grands soucis des héros de ces actes, c'est que leur corps soit ramené en leur village, si éloigné que soit le lieu de naissance du lieu de la mort, et naturellement il se trouve toujours quelqu'un qui se charge de faire arriver le cadavre à destination. Ceci nous explique la raison de ces étiquettes en bois ou en papyrus qu'on a trouvées naguère en si grand nombre et qui étaient la preuve qu'on avait remis au patron d'une barque le cadavre de tel ou tel défunt qui devait être déposé en tel ou tel lieu.
La Chine nous montre encore que l'Empereur, le Fils du Ciel, décrète la canonisation de tel ou tel membre de b société en le proposant à l'admiration et à l'imitation de b postérité. Aux plus fortunés on rend un véritable culte dans des temples bâtis pour ce but; aux plus humbles on secoo*
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ente d'élever des portes d'honneur ou d'autres semblables rophées. L'Egypte possédait aussi une coutume à peu près emblable. Le Pharaon, s'il était content des loyaux services le l'un de ses sujets, c'est-k-dire d'un officier quelconque lyant passé sa vie dans les charges administratives, sacerlotales ou militaires, lui accordait, cela dès les plus aniennes dynasties, l'honneur, le grand honneur d'une maison pédale, appelée maison d'éternité, c'est-à-dire d'un tombeau où ses descendants allaient lui rendre le culte funéraire t le remercier d'avoir su élever leur famille au-dessus du ulgaire par cette insigne faveur obtenue du Pharaon. Cet onneur d'un tombeau ainsi obtenu était la reconnaissance S^ale et authentique des mérites du bénéficiaire, c'est-àire la canonisation de l'homme qui l'avait obtenu, au sens înéral de ce mot.
Le tombeau était primitivement particulier : ce ne fut le sous le Nouvel Empire Thél)ain, c est-à-dire vers la VIP dynastie, que le tombeau particulier devint tombeau famille : je l'ai déjà démontré ailleurs. Il y avait sans Lite divers degrés dans la concession du tombeau; ces jrés, personne ne les a signalés jusqu'ici, on les signalera is doute tôt ou tard. Ce que je dois affirmer ici, c'est 'un petit nombre d'hommes ou même de familles obtinit ce grand honneur, et que les autres Égyptiens vivant is la vallée du Nil se faisaient enterrer dans la cour ou 18 l'intérieur de leurs maisons, comme en Chine très pritivement.
Peut-être, dans la concession du tombeau, la concession me stèle était-elle encore plus enviée. Ce qu'il y a de 'tain, c'est que la stèle avait primitivement la forme d'une isse porte, comme on dit ordinairement de nos jours : •ait-il trop osé de rapprocher la forme de cette stèle, c'estiire la forme d'une porte, de ces portes d'honneur qu'on îve encore en Chine à certains personnages avec le con- Lirs de l'autorité impériale? Souvent^ cette stèle dans les
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plus anciens temps ne contenait aucune inscription : plus tard on la couvrit des titres d'honneur qu'avait possédés la défunt, si bien qu'elle put lui servir de carte d'identité près de la postérité et aussi dans l'autre monde où il se rendait; c'est pourquoi je l'ai comparée aux tablettes de la Chine.
Un dernier trait de ressemblance générale entre la civil!sation chinoise et celle de l'Egypte, c'est que dans les deux , pays l'inhumation ou l'enterrement proprement dit, quand il avait lieu, pouvait se faire longtemps après la mort. C'est la coutume en Chine de gnrder les cadavres de longs mois avant de célébrer la cérémonie des funérailles : ce devait être aussi la coutume en Egypte toutes les fois que la concession du tombeau n'avait lieu qu'm extremis ou même après la mort du défunt; ce fut certainement le cas pour les . momies que l'on* transportait d'un lieu dans un autre, et spécialement pour la momie gréco-égyptienne que Félix Cailliaud présenta au cabinet des médailles du Roi vers 1830, et qui se trouve maintenant à la Bibliothèque Nationale. Cette momie fut enterrée dix mois après la mort du personnngo momifié.
Et maintenant que j'ai fait observer les ressemblances dans la civilisation générale, je dois énoncer les traits particuliers où cette ressemblance paraîtra encore plus extrao^ dinaire.
L'homme, sur toute la surface de la terre, a une peur instinctive de la mort; cette peur existait en Egypte comme en Chine, mais les esprits forts se montraient supérieurs à cette crainte en Chine romme en Egypte. Il est de mode aujourd'hui en Chine d'offrir un beau cercueil à quelque parent vénéré : en Egypte, si l'on en croit Hérodote, les riches Egyptiens se faisaient apporter à la fin de leurs festins une
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îtion du cercueil et de la momie, la faisaient passer nt les convives et s'invitaient les uns les autres à être IX, puisque t^)t ou tard il fallait mourir. Certaines ies chinoises ressemblent fort à certains chants célèbres gypte, connus sous le nom de chants des harpistes. C'est ins doute un trait que Ton retrouverait chez tous les )les ayant eu une civilisation très avancée, partout où iins hommes avaient déjà des idées supérieures, iioi qu'il en soit, l'heure de la mort réunissait autour du unèbre du moribond tous les membres de la même fae, en Éu;ypte comme en Chine : on les faisait venir de loin, s'il faut en croire les Vies des moines célèbres où seulement les moines se réunissent autour de leur Père irant. mais où des villages entiers accourent pour assister derniers moments de celui (\m va passer de vie à trépas. Chine, il est d'usage de placer le malade sur un lit spécial il rendra le dernier soupir : nous trouvons un exemple de e façon d'agir dans le récit de la mort de saint Antoine, cet anachorète se fait descendre de son lit et placer sur lit de cendres afin d'exhaler son dernier soupir. A peine la 1a-t-elle eu lieu, qu'en Egypte comme en Chine éclant des lamentations perçantes, où les voix des femmes linaient : aujourd'hui encore la chose a toujours lieu. Les is exprimées sont les mômes dans les deux pays : en Chine, fils dit en s'adrossant à son père qui vient de mourir : on père, pouvez-vous vous permettre de partir en me jant en arrière, moi qui ne suis pas encore un homme! )) femme dit à son mari : « Mon mari, pouvez-vous vous nettre de partir ! Les sombres régions vous feront du ! )) Dans l'Egypte ancienne, la femme d'un certain Horemlui disait : « Eh! quoi, tu me laisses et tu t en vas! » ;ains chants des harpistes parlent des sombres régions dans termes analogues. Dans l'Egypte moderne, les paroles usien pareil cas sont analogues, quand ce ne sont pas exac- 3nt les mêmes. La fermeture des veux et de la bouche se
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faisait dans les deux pays par le plus proche parent, par son disciple favori, s'il s'agissait d'un moine. Les signes extérieurs du deuil étaient les mêmes dans les deux pays; on fermait les boutiques, on éteignait le feu et, quand on sortait du deuil, on allait quérir chez les voisins les charbons nécessaires pour allumer à nouveau un feu nécessaire à la vie, on se revêtait d'habits grossiers, on se jetait de la cendre sur la tête.
En Chine, l'un des premiers actes qui suit la mort consiste à laver le cadavre avec de l'eau qu'on achète à une fontaine quelconque, c'est-à-dire pour laquelle on jette dans la fontaine quelques pièces de monnaie. Je ne pourrais dire si la même coutume existait dans l'Egypte ancienne ou dans l'Egypte chrétienne : nous n'avons qu'un petit nombre de renseignements à ce sujet, et un assez grand nombre d'opérations différentes était caché sous un seul mot : curctreca- (lacer. En quoi consistait chacune de ces opérations diverses, c'est ce qu'il n'est pas possible actuellement de spécifier avec détails ; ce qu'on sait par l'examen des cadavres momifiés, c'est que ces cadavres avaient dû être lavés et rasés pour la plupart. Ces deux opérations se font toujours dans l'Egypte contemporaine : si l'eau n'est pas achetée en Egypte comme en Chine, elle est parfumée dans les deux pays et on lave le cadavre avec grand soin.
Cette opération faite, on procédait à l'habiUement des cadavres en Chine. Sur ce point, il semble d'abord que la momification des cadavres usitée en Egypte dût exiger un ensemble de coutumes différentes. Cependant à Texamenil ressort clairement que certaines de ces coutumes étaient analogues ou presque semblables. Les Chinois riches font préparer pendant leur vie les vêtements dont on doit revêtir leurs cadavres après la mort, les enfants font présent à leur père ou à leurs ancêtres, le cas échéant, de la robe de longvi vie au jour anniversaire de la naissance; en Egypte, on allait encore plus loin dans la même voie : non seulement on pré-
larait pendant la vie les vêtements et Tameublement en général du tombeau, mais il semble bien qu'il était de règle lu'on se servit pour la mort d'habits portés pendant la vie, i^omme de chaussures, de perruques, etc. C'est d'après ce principe qu'était meublé tout le tombeau en général. Il n'est pas jusqu'à la forme de certains vêtements qui ne soit â peu près la même en Chine et en Egypte. Si l'on veut comparer les dessins que donne de ces vêtements M. de Groot dans son premier volume et la tunique rapportée en France par \9i Commission d'Egypte au commencement do ce siècle, on pourra se convaincre qu'il n'y a pas grande différence entre les habits de la mort dans le Céleste Empire et dans la vallée du Nil. Ces habits devaient être d'une certaine couleur déterminée par l'usage, et plus anciennement par la tradition : sous ce rapport le formalisme de l'Egypte valait bien celui de la Chine.
Quand lecadavreest habillé on le dépose, en Chine, dans la principale salle de la maison sur un lit de panade et on allume un cierge devant lui, puis on dépose sur une petite table une iérie d'aliments dont on suppose qu'il peut avoir besoin. En Egypte, quand la momification était complète, on ramenait a momie dans sa maison, on la plaçait siu* un lit d'apparat m attendant que le jour des funérailles solennelles fût irrivé; allumait-on des lampes en présence du cadavre? c'est te qu'il est permis de supposer en voyant le soin que l'un les propriétaires des grands tombeaux d'Asiout prend de )ien spécifier le luminaire qui sera employé dans les fêtes *endues à son double. D'ailleurs, ce qui précède ne pouvait fuère regarder que les heureux de la terre : l'immense trou- >eau du vulgaire, tous les malheureux attachés au sol ou à certains lieux, même à certains maîtres, les esclaves en un BOt et tous les déshérités de la fortune ne pouvaient jouir iprès la mort d'un autre sort que leur vie durant. On devait ie bâter d'accomplir les rites principaux et les faire disparaître le plus tôt possible. Nous ne savons malheureusement
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rien sur ce sujet, et il est peu probable qu'on en sache jamaii (|uelque chose; toutefois il est permis, par ce qui se passe aujourd'hui, de conjecturer ce qui avait lieu autrefois et de penser que les coutumes de la Chine et de l'Egypte, pour cette catégorie de défunts, étaient à peu près identiques, puisqu'elles le sont encore. Plaçait-on la table munie d'aliments devant le cadavre? Il est permis de penser que sur ce point les usages de l'Egypte différaient de ceux de la Chine, soit à cause de la différence des climats, soit à cause de la différence des doctrines produite par la différence des temps. La doctrine de la survivance de l'Ame n'est pas Tune de ces doctrines qui soit née toute faite du cerveau qui Timagina : le double ou l'âme, car c'est ici tout un pour ce qui nous occupe, n'étaient pas donnés à tout le monde : le Pharaon avait trois âmes parce que c'était le Pharaon, le membre de la famille solaire qui résidait sur terre; les autres grands personnages n'en avaient qu'une, et je crois bien que le menu peuple ne devait pas en avoir, tout d'abord parce qu'il vivait d'une vie terre à terre et que, dans ses actes, rien ne manifestait l'influence d'une puissance supérieure. Les Musulmans croient toujours que les femmes, êtres inférieurs, n'ont pas d'àme, l'âme étant le propre du sexe fort. En Egypte, le double d'abord, lame ensuite étaient le propre des riches et des puissants. Le double mourait avec le corps, il fallait le ressusciter pour lui donner la seconde vie, et il ne pouvait être ressuscité que grâce aux opérations magiques que faisait le grand lecteur, l'homme au rouleau, leqerhé que nous voyons agir dans les funérailles : celui-là seul qui pouvait entretenir près de sa personne un grand lecteur, un qerheb, pouvait ressusciter après les longues cérémonies des obsèques de première ou de seconde classe. Le commandes mortels allait pourrir ou se dessécher dans la terre, et tout était dit. Peu à peu, â mesure que la civilisation se propagea et étendit ses rameaux, les hommes bénéficièrent en pins grand nombre d'un double ou d'une âme, parce qu'ils furent
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i même de payer en nature ou autrement les officiants des funérailles et de s'assurer ainsi les services de ces personoages puissants qui pouvaient à leur gré accorder une seconde vie à ceux qui les payaient bien. Cette doctrine de VÉgypte dut évidemment influer sur les usages : aussi les trouvons-nous différents des coutumes chinoises. Toutefois, je ne doute pas que primitivement la Chine nait connu ces diverses catégories d'êtres humains : seulement ici, la Chine n'a pas conservé le souvenir de ces croyances primitives^ tandis que l'Egypte les a gardées précieusement. Nous allons bientôt avoir l'occasion de voir que pour d'autres cas, c'estla Chine au contraire qui a gardé les croyances primitives. Les Égyptiens n'avaient donc pas encore besoin de placer devant le cadavre une table couverte de mets : le moment n'était pas encore venu où cette table serait utile au défunt; il viendra, et nous verrons que certiiines tables étaient copieusement servies.
C'est ici le lieu de parler d'une coutume chinoise qui peut flous sembler bizarre et extraordinaire, mais dont nous ne pouvons douter, car elle existe toujours. Quand la nuit vient, on allume le cierge devant le cadavre, et les membres de la famille montent sur le haut de leurs maisons appelant à grands cris l'âme du mort qu'ils croient venir errer autour le la demeure terrestre; la lumière lui indiquera sa voie, les ippels lui feront entendre qu'on la prie de revenir dans le jorps qu'elle animait, les cris repousseront les mauvais îsprits qui s'opposeraient à son retour. C'est là une do ces Toyances primitives et grossières par lesquelles ont dû )asser toutes les nations civilisées et qui accuse déjà un tvancement assez grand dans les idées de la civilisation. Rien le peut nous amener à croire au premier abord quMI en ait été le même en Egypte; il faut connaître i\ fond les mœurs do 'Egypte moderne, ou avoir été témoin par un heureux hasard c quelqu'une des coutumes funèbres, pour pouvoir supposer ue si le sens de ces coutumes est aujourd'hui méconnu, il a
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cependant été tel autrefois. Dans TÉgypte moderne, à peina quelqu'un est-il passé de vie à trépas, que les membres de a famille se jettent sur le cadavre et l'appellent à grands cris, en se servant devant les noms qu'on lui donne de l'interjection si caractéristique dont on fait précéder le nom delà personne appelée. Si on l'appelle, pourquoi l'appelle-t-on, sinon parce que primitivement on devait croire qu'il pouvait revenir à la vie? Dans les œuvres de l'Egypte chrétienne, dès qu'un moine célèbre, le chef de la famille monacale, est mort, ses enfants spirituels se jettent sur le cadavre en faisant entendre des cris et d(3s appels pressants : « 0 notre père, tu nous laisses orphelins! en vérité une grande colonne delà foi est tombée aujourd'hui ! etc. » Pourquoi ces cris? Dans l'Egypte ancienne, j'ai déjà cité les paroles de lamentations des fils et de la femme: pourquoi ces lamentations? sinon parce que la croyance était implicite au fond du cccur que le défunt pouvait être rappelé à la vie. Seulement quand il s'agit des lamentations des fils et de la femme dans l'Egypte ancienne, ou des moines dans l'Egypte chrétienne, elles ont pris une forme littéraire, tandis que chez le peuple de l'Egypte moderne la forme est simple comme la pensée qu'elle énonce. Me trouvant un jour dans la province de Bénisouef, au petit village de Bahah, je fus éveillé au matin par descris stridents, revenant à intervalles égaux, et qui étaient si aigiw que je ne pus les comparer qu'au grincement d'une brouette dont l'essieu n'a pas été graissé depuis longtemps. Ces cris, je demandai à mon hôte qui avait pu les pousser et à quelle occasion : il me répondit que la nuit quelqu'un était mortdans le village, et que si cela m'intéressait, je pourrais être témoin de la procession funèbre sur laquelle je l'interrogeais, car elle recommencerait de nouveau vers neuf heures du matin. En effet, à cette heure, les mêmes cris frappèrent mes oreilles et je vis une troupe de femmes faire le tour du village en plusieurs rangs, en poussant ces cris stridents qui m'avaient éveillé. Vêtues de leur longue robe bleue qui descendait
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jusqu'à leurs pieds nus et traînait dans la poussière, le visage presque voilé dans les plis de leur coiffure ramenés pardevant, elles allaient en cadence, un mouchoir à la main, et à chaque fois qu'elles poussaient leurs cris elles frappaient leurs visages de ce mouchoir, comme si elles eussent voulu chasser quelque insecte importun. Je me contentai sur Vheure d'enregistrer ce fait au nombre des coutumes bizarres que j'avais trouvées fréquentes en Egypte : mon esprit n'était pas alors tourné vers la recherche et l'explication des usages populaires. Depuis mon retour en France, j'ai beaucoup réfléchi, non pas seulement à la procession funèbre des femmes de Bahah,mais à une foule d'autres choses qui n'ont qu'un lointain rapport avec les usages de ce petit village perdu de l'Egypte. Je suis de ceux qui croient que pas une coutume, pas une habitude, pas un acte réfléchi n'existe sans qu'il ait une cause consciente ou non. Cette cause, on a pu l'oublierdanslasuitedessiècles, les maintient; etl'usagecontinue toujours, surtout quand la coutume a trait aux funérailles, car les usages mortuaires sont les plus tenaces, parce qu'ils s'adressent non pas au raisonnement, mais au senti- 'nent. Or. parmi les superstitions les plus répandues dans le ^onde entier, dans tous les temps et chez presque tous les hommes, est la persuasion que l'àme. après la séparation d'avec le corps, continue de demeurer errante autour de la 'ïïaison ou des lieux où s'est écoulée sa vie terrestre : la théologie catholique qui se croit supérieure aux superstitions 'iumaines admet parfaitement que l'âme peut revenir faire ^on purgatoire dans les lieux où elle a péché, et les récits Populaires, dans les contrées encore foncièrement imbues des idées chrétiennes, mettent fort souvent cette croyance ^n action. J'y vois, pour ma part, un reste do la croyance que l'âme pouvait se réunir au corps, ou du moins le cherchait, avant d'entreprendre le dernier voyage aux sombres ^ bords, comme a dit le poète. Une autre croyance universelle aussi est que Tàme, en ce moment de son existence,
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est en en butte à la haine de tous les malins esprits qui cherchent à la saisir et à la dominer. Les anciens Égyptiens prévoyaient le cas en munissant lame de toutes les formules magiques pouvant lui éviter ce sort, en repoussant les esprits malins; les moines et les grands personnages de l'époque chrétienne ne parlaient qu^avec terreur de toutes les puissances monstrueuses répandues sur la route que devait suivre Tâme voyageuse avant d'arriver au tribunal suprême. Or, Tun des moyens les plus efficaces pour éloigner les mauvais esprits dans toutes les superstitions populaires, c'est de pousser des cris stridents qui les font fuir et disparaître : les femmes de Bahah, consciemment ou inconsciemment, je ne sais, faisaient fuir les esprits mauvais de l'enceinte du village, en faveur de l'âme qui errait autour de la demeure qu'elle avait occupée conjointement avec le corps. Il est bien plus probable cependant qu'elles ne connaissaient plus la raison de leur funèbre procession et qu'elles remplissaient automatiquement les rites en usage. Je pourrais citer ici plusieurs autres faits qui mèneraient à la même conclusion : je les ai recueillis en Egypte presque au hasard; un voyage nouveau dans la vallée du Nil fait dans les conditions où je le pourrais faire actuellement me donnerait r^ans doute d'autres lésullats que ceux que j'ai obtenus pendant mon premier séjour.
L'une des coutumes ordinaires en Chine est que l'on choisisse un tombeau en de certaines conditions, du moment que Ton n'enterre plus les morts dans l'enceinte de leurs maisons. Ce tombeau n'est choisi qu'après bien des hésitations par un homme dont pareille recherche constitue le métieret qu'il faut payer. Rien ne nous autorise d'après les monuments écrits de l'Egypte à croire que pareille coutume existât à un moment donné dans la vallée du Nil, mais lorsqu'on observe la position des tombeaux concédés par le Pharaon, on ne peut guère douter qu'il n'en ait été ainsi et que le (/erheh, l'homme au rouleau, ou Tun de ses confrères,
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été appelé à rendre le môme service aux défunts que le ancien chinois.
i autre usage de la Chine se retrouve en Egypte. Le du Ciel, comme le Pharaon, récompensait, nous l'avons es grands et plus méritants officiers par la concession tombeau. Jadis en Chine, il faisait tous les frais de îrrement d'un grand officier: plus tard il se contenta /oyer des présents. Il en était de même en Egypte; ]ue nous n'ayons plus aucun texte pour nous en fournir 5uve, on peut l'affirmer sans crainte, car nous avons une ession qui le laisse clairement entendre. Aussi haut que pouvons remonter dans l'histoire é<Tfyptienne, nous •'ons que la prière pour les défunts commence invariaent par ces mots: « Que royale offrande soit faite à telle ille divinité pour le double de telle ou telle personne. » nets peuvent signifier deux choses: à savoir que l'offrande à était si belle que les malheureux mortels placés aums de lui ne pouvaient qu'aspirer à une telle offrande, îst dans ce sens que je l'ai prise et expliquée au cours de Essai sur révolution historique et philosophique des morales dans V Egypte ancienne; ou bien que le Phafaisait effectivement présent d'une offrande, laquelle royale par son origine et par son importance. Ce dernier paraîtra d'autant plus vraisemblable primitivement que ère susdite ne se trouve que sur des monuments funé- \ accordés par le Pharaon à ceux de ses officiers dont il été particulièrement content. Dans la suite, lorsque le eau fut devenu une concession à perpétuité faite à une le. lorsque surtout les idées de la civilisation s'élart et atteignirent un plus grand nombre de personnes, le initial de la formule se perdit pendant qu'on conservait mule elle-même.
5 funérailles avaient plus d'une cérémonie analogue en te et en Chine. Elles se terminaient par un sacrifice lun à tous les défunts de la même famille, aux victimes
duquel participaient tous les membres de la famille et tom les amis qui avaient pris part à la cérémonie. Les funéraillei n'avaient pas en Egypte et n'ont pas en Chine le côté exclasivement funèbre qu'elles ont chez nous avec nos idées chrétiennes : elles avaient tout un côté joyeux et consolant pour ceux que le défunt avait laissés derrière lui. C'est pourquoi le cortège funèbre, s'il comportait une série de pleureuseset de pleureurs à gages, comportait aussi et comporte encore en Chine tout un déploiement luxueux qui était honorable pour la famille. D'ailleurs le mort n'était pas conduit en» dernière demeure comme en un lieu où on le cachait à la vue î des vivants comme un objet de dégoût, «un je ne sais quoi : qui n'a plus de nom dans aucune langue», comme le définit i Bossuet: on le conduisait au contraire dans une maison ] d'apparat, au milieu d'un cortège d'apparat, et dans cette demeure où il allait retrouver toutes les aises et toutes les distinctions de la vie, il menait une vie nouvelle qui n'était sujette à aucun accident tant que la piété des enfants conse^ verait le souvenir de leurs ancêtres. Les fonctions ordinaires de la vie allaient reprendre pour son double, dès que le double aurait été ranimé par les paroles et les actions magiques du qerheb, et son premier acte serait de prendre possession de sa nouvelle maison et d'y inviter les personnes présentes à participer au repas funèbre, toutes les fois que l'étendue de latombelepermettrait, ou de leurdonner rendeivous dans sa maison terrestre où il allait se rendre lui-inème. Dans les funérailles égyptiennes, le fils aîné jouait un rôle . spécial, tout comme le fils aine en Chine, et l'on peut dire que ce rôle était identique dans les deux pays. Si j'avais l'espace nécessaire pour insister sur quantité de détails des cérémonies funèbres en Egypte et en Chine, je retrouverais des analogies frappantes et des similitudes nombreuses sur la forme qu'on donnait aux cercueils, sur les idées qu'on attachait au couvercle du cercueil, couvercle qui représente le ciel pour les Chinois et sur lequel en Egypte on repré-
itait la déesse-ciel, Nout, étendant ses ailes pour en emksser le défunt, etc. ; mais il me faut laisser les ressemnces et les analogies les moins importantes pour ne attacher qu'aux faits et aux idées les plus importantes par rôle qu'on leur faisait jouer dans les cérémonies funèbres Egypte.
L'une des actions principales des funérailles égyptiennes, aussi des funérailles chinoises en l'ancien temps, était le crifice funèbre qui servait à remplir la tombe de toutes les •ovisions qu'on croyait devoir être agréables aux défunts irce que l'on savait qu elles leur avaient été désirables îndant la vie. I^s Chinois encore actuellement ne manuent jamais de rem|)lir le tombeau de toutes les bonnes iiûses qu'ils aiment ; il en était de même en Egypte. A mtes les époques de l'histoire de l'Egypte ancienne, la reliiondes morts a été la caractéristique du pcMiple égyptien, a conception de la mort telle qu'on se la figurait dans la allée du Nil ne ressemblant aucunement à celle que nous i^ons aujourd'hui, il n'est pas étonnant que les usages qui se ipportent aux morts aient été quelque peu différents des Hres; pour l'Égyptien, la mort n'était pas la fin de toutes loses ici-bas, ce n'était que la phase commune par laquelle fallait passer avant d entrer dans la seconde vie, celle qui 1 finissait pas tant que les enfants étaient fidèles au sounir de leurs parents. Cette seconde vie s'entretenait comme première, grâce à l'absorption d'une certaine quantité de urriture : il fallait de toute nécessité que le double, lorsil s'éveillerait à la seconde vie, trouvât à sa portée de oise sustenter. Cest à quoi pourvoyait la famille en ensant dans le tombeau toutes les provisions qui avaient été Tes au défunt. Et non seulement on approvisionnait ainsi défunt en vivres, « en toutes choses bonnes, pures et ices dont les Dieux vivent», ainsi que s exprime la ferle, mais on munissait aussi la tombe de tout ce qui était essaire aux aises des heureux défunts, afin qu'ils ne
sentissent que le moins possible la transition de la première à la seconde vie. De là le soin avec lequel on mettait dans la tombe égyptienne tous les meubles, toutes les armes, tous les objets d'agrément, en un mot tout ce qui avait été à la disposition du mort pendant sa vie. En Chine, les empereun des grandes et riches dynasties avaient accumulé toutes les richesses possibles dans les tombes royales qu'ils avaient fait construire en différents endroits de leur vaste Empire; leurs grands officiers, les. riches familles les suivaient de loin et les imitaient d'aussi près que cela leur était possible. Cet usage identique en Chine comme en Egypte amena dans les deux pays un résultat qu'on n'avait guère prévu ou que, si on l'avait prévu, on prenait grand soin de prévenir par tous moyens ; ce fut le pillage des tombes royales ou des tombeaux particuliers. Les hommes, en n'importe quel pays, quand ils sont pressurés par la faim ou poussés par quelque impérieux désir qu'ils ne peuvent satisfaire, ne sont pas arrêtés longtemps par les barrières de la religion, quand ils n'ont qu'à s'abaisser pour prendre à terre ce qui fait leur plaisir et leur bonheur : les Chinois et les Égyptiens fo^ mèrent de vastes associations de profanateurs des tombes les plus révérées, parce que c'étaient celles où leur cupidité était le plus aisément satisfaite. Il est bien rare de rencontrer en Egypte une tombe qui n'ait pas été violée à une certaine époque, si cela même est possible, et les grandes découvertes de trésors en ces dernières années n'ont eu lieu que parce que les voleurs n'avaient pas su les trouver : en Chine, toutes les tombes royales des anciennes dynasties ont été pillées.
L'ameublement et l'approvisionnement des tombeaux, avec le luxe qu'on y déployait en Chine comme en Egypte, devaient amener bientôt une sorte d'épuisement et de lassitude; lorsqu'on dépense presque tout l'avoir d'une famille pour les obsèques d'un défunt, pour l'ornement et ^appr(^• visionnement de sa tombe, il ne reste plus rien aux survivants. Le lendemain des grandes cérémonies où Ton avait
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loyè tout le faste possible devait être cruel dans la pauté, ou tout au moins fort mélancolique dans la médioé. Il est vrai que Tacte fait en Thonneur du défunt était acte de piété filiale au premier chef, et partant très honole; mais le souvenir est quelque chose qui |)àlit bien vite face des nécessités de la vie. On chercha donc le moven i;e montrer aussi magnifique sans autant s'appauvrir et. md on cherche bien, on manque rarement de trouver. La ine trouva le papier : on figura tous les meubles dont on nissait d'ordinaire le tombeau en papier que Ton taillait is la forme voulue, on simula ainsi des animaux que Ton vait point ou que Ton ne voulait point voir passer par la rt au service de l'ancien maître, on brûla le tout et la née transporta dans l'autre monde les objets, non pas la Lire seulement, mais les objets mêmes que Ton avïiit lires en papier. Cette coutume chinoise ne doit pas être s ancienne, et je n'ai nul doute que ce ne doive être un •yen relativement récent employé après d'autres plus anns pour obtenir le même but. En Egypte, on fit également 5 objets votifs, mais non en papier; quoiqu'on eût le Dyrus sous la main, on préféra la pierre, le bois, la terre. ;. On façonna eu bois, en terre cuite, en pierre, parfois on ilpta avec un soin très grand les objets que l'on voulait iter, on les déposa pieusement dans la tombe et l'on îita sur eux la formule de prière qui faisait apparaître à voix les diverses choses déposées dans la tombe, c'est-à- •e les rendait réelles. De la sorte, le déboursé une fois fait, pouvait être tranquille, de semblables offrandes n'étaient s près de finir et ne devaient pas avoir besoin d'être sount renouvelées. Il est peu probable qu'en Egypte comme Chine, une pareille méthode de remplacement ou de bstitution ait été due à des hommes sur lesquels le devoir erçait une grande influence. Il est curieux toutefois de Qstater que les mêmes causes ont amené les mêmes effets ns les deux pays.
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Cependant en Egypte, la substitutî<Mi d'objets fictifs pour remplacer des objets réels ne fut jamais aaasi ordinaire qu'elle l'est actuellement en Chine : il faut dire à la décbaife du Céleste Empire que dix-neuf siècles passés ont pu modifier les usages primitifs; tandis qu'en Egypte, par l'effet des circonstances politiques et de la conquête chrétienne, les idées ont été détournées brusquement de leur chemin et n'ont pu produire toute la somme de coutumes qu'elles auraient produite. Ce qu'il y a de certain, c'est que le culte funéraire a cessé dès les premiers siècles de notre ère dans la vallée du Nil, quoiqu'il s'en soit conservé certains vestiges jusqu'à nos jours, tandis qu'il a continué jusqu'à notre époque dans le Céleste Empire. La substitution des objets d'offrande avait sans doute été précédée par la substitution autrement importante d'objets votifs pour remplacer des personnes vivantes. Tout le monde sait que l'un des usages les plus invétérés parmi les coutumes funèbres dans les pays peu civilisés est le suivant : lorsqu'un chef important par ses richesses meurt, une grande partie de sa domesticité, ou quelquefois sa domesticité tout entière est immolée sur sa tombe ou le suit volontairement dans la mort. L'histoire de Chine contient quantité d'exemples semblables où certaines femmes el certains membres de la domesticité du Fils du Ciel allaient rejoindre dans la tombe leur impérial maître, afin de loi servir, par delà la mort, aux mêmes u.sages que pendant la vie. Cet acte de barbare sauvagerie était regardé comme une action de piété filiale très méritoire, et nous avons encore plusieurs rescrits impériaux le prohibant à mesure que les vraies notions morales s'élèvent en Chine. On y substitua des images en papier ou autre chose que je ne m'attarderai pas i décrire. Cependant du haut en bas de l'échelle sociale, cette coutume s'étendit, grâce à la croyance qu'on rendait ainsi au mort le suprême hommage, et un grand nombre de femmes se firent gloire de se tuer sur la tombe de leur mari, et cela d'autant mieux qu'un rescrit impérial, suprême honneur en Chine,
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Qsacrait le dévouement conjugal. Encore aujourd'hui, il 3st pas rare qu'une femme se suicide sur la tombe de son iri, quoique les idées aient beaucoup progressé et que les scrits impériaux aient défendu ce qu'ils louaient jadis. Il est impossible de dire actuellement, d'après un texte »nnel, que l'usage d'immoler la domesticité à la mort du tief de famille, ait été pratiqué en Egypte à l'époque listorique; mais nous avons d'autres témoignages qui le )raQTeDt aux penseurs sérieux. Dès l'Ancien Empire, nous trouvons dans les tombeaux quantité de statues, non pas du possesseur de la tombe, mais de gens qui remplissent les offices de la domesticité, comme des porteurs de sacs remplis de graines, des broyeuses de ces grains que d'autres avaient transportés afin de les réduire en farine et d'en faire du pain. Pourquoi avoir mis dans la tombe les statues de ces membres de la domesticité, ou peut-être de quelques-unes des femmes du mari, femmes possédant le secret de l'art de faire certaines préparations culinaires ayant été très agréables au mari ou au maître, sinon parce que la croyance existait que ces statues, grâce à certaines paroles de religion qui les rendraient vivantes, pourraient exercer en faveur du défunt les talents qui lui avaient été délectables pendant la vie ? Et pourquoi en être venu à l'expédient de statues pour remplacer les personnes vivantes que l'on précipitait dans la mort avec le défunt, sinon que l'usage avait préalablement 'Xisté d'immoler une partie de la domesticité ? Tous ceux |ui ont quelque teinture d'égyptologie savent qu'à une ertaine époque, dès la XVIIP dynastie, on trouve dans les arabes une quantité parfois phénoménale de petites stalettes en bois, en porcelaine ou autre matière, tenant dans urs bras croisés sur la poitrine des instruments d'agriculre, notamment une houe, et qu'on appelle répondants, ischabti. Lorsqu'on avait récité la formule sur ces staettes, elles s'animaient et répondaient à l'appel de celui li en avait besoin dans l'autre monde pour faire les travaux
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d'agriculture que nécessitaient d'abord le service du Dieu et ensuite les épreuves du voyage vers Osiris. Toutes ces statuettes ont la forme de moniie, d'une momie armée des instruments nécessaires à la fonction qu'elle doit remplir dans l'autre vie. Or, est-il d'usage de représenter quelque chose qui n'ait jamais existé? J'entends bien qu'on peut objecter lamnnièredontoncréequelquechosede non existant avec des parties existantes, et que les Égyptiens, tout en n'ayant jamais à aucune époque historique ou préhistorique vu de momies tenant des instruments d'agriculture, houe, sac à semences, etc., ont parfaitement pu faire ces statuettes, parce qu'ils avaient vu des momies, des houes et des sacs à semences; mais je peux répondre, tout d abord, que la chose n'est pas probable, ensuite que l'idée d'envoyer des statuettes remplir des offices funéraires n'a pu venir qu'en suite d'un autre usage envoyant des hommes, parce qu'une pareille marche ascensionnelle est conforme à ce que nous connaissons historiquement des voies de l'esprit humain. En effet, cet usage ne date pas seulement de la XVIII® dynastie, il est conforme à ce qu'on faisait dans l'Ancien Empire, car ces répondants n'offrent qu'une variante des statues de broyeuses de grains, de porteurs de semences ou de céréales; et de plus, dans la formule qui animait les statues, il est question de travaux dont^ seule, la tradition avait pu conserver l'énoncé, puisqu'ils n'étaient plus pratiqués à l'époque du Nouvel Empire Thébain, car ils indiquent un âge où les habitants de la vallée du Nil devaient rendre leur pays fructifiable, que ce soit l'Egypte ou une autre contrée quelconque. Or, plus nous remonterons vers l'antiquité préhistorique, moins nous trouverons la probabilité et même la possibilité de faire les statuettes dont je parle d'après les données de la nature quant aux parties, la statue tout entière n'étant qu'un produit de l'imagination. L'Egypte commeles autres pays a passé par les phases de l'immolation de la domesticité sur la tombe du maitro, et sans doute cette
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)mesticitc s'en trouvait heureuse d'nbord, parce qu'elle •oyait participera la vie ultérieure du maître, car il ne faut as oublier que la doctrine de la seconde vie a été tout l'abord une doctrine aristocratique, celui-là seul ayant une ime qui s'était distingué.
Toutes les actions qui précèdent résultaient des coutumes chinoises ou égyptiennes relatives au culte des Ancêtres. Ce culte des Ancêtres, j'en ai déjà suffisamment parlé dans ce court mémoire et je dois m'arréter ici pour ne pas dépasser les limites qui me sont imposées. Je pourrais ajouter un certain nombre encore assez grand d'autres traits, comme ce qui a rapport aux usages des habits de deuil, de l'emploi de certaines pierres dans la momification en Egypte, des prêtres ou esclaves du double, etc. Je ne ferais guère que rendre plus évidente la ressemblance entre les coutumes funéraires chinoises et égyptiennes, mais cette évidence doit commencer à frapper déjà ceux qui me feront l'honneur de me lire, et cela me suffit, puisque je n'ai d'autre envie que d'attirer l'attention sur ce problème historique et philosophique. Et maintenant que conclure de cette similitude et parfois Recette identité? Voudrais-je soutenir qu'à une certaine époque les Égyptiens ont emprunté aux Chinois leurs usages funéraires, ou ceux-ci aux Égyptiens? Nullement, car pour i^ndre cette thèse simplement probable, il faudrait soutenir en même temps que cet emprunt fut fait avant l'époque histof'ique, et alors se présenteraient de grandes difficultés que je îe me sens pas la force d'aborder en face. Je laisserai sur ce loint la liberté au lecteur de conclure ce qu'il voudra, ayant implement rempli la tâche que je m'étais donnée. Je ne tiendrai que cette conclusion: en Chine comme en Egypte, esprit humain a suivi ses voies, et qu'on démontre ou non lus tard que des rapports aient pu exister avant l'épociue istorique entre la vallée du Nil et le Céleste Empire, il n'en »stera pas moins vrai que ces voies de l'esprit humain sont antiques sous toutes les latitudes, car ces usages et ces
coutumes funéraires ont fait et font encore partie de Ja tradition humaine en tous les pays, plus ou moins changés et défigurés, mais identiques au fond. L'habitude de Thomme a pu exiger de lui certaines modifications appropriées au climat ou aux circonstances, mais partout on peut remonter i la source. Cette source me semble unique, c'est tout ce que je veux conclure en ce moment.
La Tremblaye, 4 octobre 1895.