Codrington, loc. cit., p
passage du mémoire d'Elton : Le tabac du trafiquant a ts de pouvoir que la parole du chef, mais si un chef met tabou sur les ignames ou les noix de coco, les indigènes jservent strictement*. Le chef n'est en réalité sûr d'être il que lorsque c'est comme sorcier qu'il ordonne. Rien ne saurait mettre mieux en lumière la véritable et nplexe signification des divers tabous et montrer plus irement les étroites relations qui unissent les deux classes nterdictions que nous avons distmguées, que l'histoire, itée parA.-W.Murray, des tribulations des missionnaires >testants à Aneiteum. Un mécontentement très vif s'était vé contre eux. On parlait de brûler leurs maisons et de les tôser de Tile. Us allèrent aux informations et réussirent lécouvrir les causes de l'irritation des indigènes. Tout kbord, ils avaient cueilli des noix sur leurs cocotiers, alors 'il y avait un tabou sur les noix de coco; ces cocotiers lient plantés sur un terrain qui leur appartenait, les indines le reconnaissaient, et seuls ils pouvaient disposer de irs fruits sur lesquels les indigènes n'élevaient nulle préition. 2^ Ils avaient extrait du corail dans les récifs de la te pour faire de la chaux. Les Natmases (esprits) qui bitaient auprès de la mission avaient senti l'odeur du rail que Ton calcinait et s'étaient irrités contre les indines, parce qu'ils avaient permis aux étrangers de prendre
corail; pour les punir ils avaient rendu le poisson très re; 3** les missionnaires enfin avaient, sans le savoir, barré
chemin par où les Natmases se rendaient de la montagne a mer. Les Natmases pour se venger allaient sans doute voyer des maladies aux indigènes et peut-être les frapper
mort*.
On voit clairement par cet exemple que les consé-
[. Loc. cil,, p. 98. Cf. Hagen et Pineau, Les NouccUcs- Hébrides , Rce. d'Eihnog.y t. VU, p. 335.
l, Loc. cit., p. 37.
quences directes et surnaturelles de la violation d'un taboa ne retombent pas toujours sur le violateur, s'il est assw puissant magicien pour se mettre à Tabri de la vengeance des esprits, (et c'était la réputation que les missionnaires, comme la plupart des blancs du reste, s'étaient acquise), mais sur d'autres, sur des innocents hors d'état de se défendre contre eux. On comprend aisément alors que la * signification originelle des sanctions pénales attachées à U violation d'un tabou soit bien celle que nous avons dite; on punit le transgresseur, non pas pour lui faire expier un acte jugé moralement mauvais, (il serait, après tout, légitime de sa part, s'il pouvait mettre les autre? en même temps que lui-même à l'abri de la colère des esprits), mais, d'un côté pour donner satisfaction aux esprits irrités et détourner ainsi de la tribu les coups qui la menacent, de l'autre, pour inspirer une salutaire terreur h ceux qui seraient tentés de ne point s'astreindre aux interdictions nécessaires. Notons que dans le cas où l'action interdite est par elle-" même, et sans l'intervention de nul esprit, dangereuse, il est plus nécessaire encore d'en prévenir l'accomplissement par l'institution de sanctions pénales. C'est là le sens des tabous funéraires et sexuels.
Le premier délit, dont s'étaient rendus coupables les missionnaires d'Aneiteum consistait à avoir cueilli et mangé des fruits dont nul ne leur contestait la propriété. Rien ne saurait mieux montrer que même ces tabous spécialement édictés, volontairement imposés pour protéger les propriétés ou les récoltes qu'il nous reste maintenant à étudier, ont un cara<>tère magique, eux aussi. Si en eflet l'acte des missionnaires avait irrité les indigènes, toutes les analogies permettent d'affirmer que c'était uniquement en raison des conséquences surnaturelles qu'il pouvait avoir, et non point du tout parce qu'il les frustrait de la possession d'objets dont, en aucun cas, ils n'auraient eu la jouissance.
Des sanctions directes sont d'ailleurs attachées à la
?iolation de ces tabous agraires comme à celle de tous les autres. En Nouvelle-Bretagne, les plantations et les cocotiers sont protégés et appropriés à leur possesseur par des a tabous d, composés tantôt dune seule palme, tantôt de bouquets de branches peintes en rouge et en blanc auxquels sont fixées des noix de coco. Ceux qni ne respecteraient pas les interdictions ainsi signifiées seraient certainement atteints d'une maladie et condamnés à une vie malheureuse'. A Mabuiag, on taboue un objet en y attachant un morceau de bois ou une touffe d'herbe; l'homme qui serait assez hardi pour s'emparer de l'objet auquel est attaché ce symbole qu'il approprie en quelque sorte à celui auquel il appartient serait frappé de mort. A Muralug et à Nagir, on taboue les plantations et les jardins par la même méthode, ou bien encore en y mettant une image de bois ou une pierre d'une forme particulière; on sait la valeur magique des pierres en Mclanésie. La violation de ze tabou est châtiée « par une vengeance magique » ; si nous rapprochons le texte qui se rapporte à Muralug et à Nagir de celui qui se rapporte à Mabuiag, il est clair que cette vengeance ne nécessite pas une intervention active du propriétaire et que le châtiment résulte immédiatement de l'acte coupable lui-même'. En Nouvelle-Guinée, les habitations et les plantations sont aussi protégées par des statuettes, peintes d'ordinaire en rouge, ce sont celles mêmes qu'on porte comme amulettes; elles ont donc la valeur d'un charme magique'. En Nouvelle-Calédonie, le tabou qu'un chef a mis sur une plantation ne serait pas viole sans qu'une maladie ne fût la punition du sacrilège. Ceux mêmes qui ont déclaré le tabou n'oseraient le violer*. Pendant son séjour
1. R. Parkinson, Im Bisntarck Arc/iiprl, Leipzii;, 1887, p. 144.