II. PERIODE POST-NATALB
§7. — 11 se produit donc, entre l'organisme et le milieu, avant même l'apparition des sensations auditives et visuelles, de véritables adaptations musculaires dont nous ne connaissons absolument que l'aspect physiologique. Durant cinq à si^ semaines , ces adaptations sont les seules que manifeste le nouveau-né, car elles sont les seules utiles. Durant cette période, l'enfant est comme absorbé par le travail si important de la consolidation de son organisme. Il vit par le dedans, d'une vie toute réflexe ; à peine si la vie de relation a commencé pour lui. Les mouvements incohérents, si actifs cependant, des bras, des jambes et du torse, la contraction de la main autour d'un objet, ne sont que les décharges d'une activité motrice diffuse en voie de croissance et de spécification rapide. Le sourire même, qui est si précoce, n'est sans doute qu'une réaction mécanique liée à la satisfaction des fonctions digestives ; l'enfant en ignore encore la signification sociale, car il ne répond pas encore au sourire par le sourire; De même le cri, les sanglots.
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les larmes, sont de purs réflexes, c'est-à-dire qu'ils ne représentent pas encore une adaptation utile à une excitation déterminée, mais une simple dépense d'excès nerveux. C'est pour l'observateur seul, et non pour lui-même, que ces réflexes sont déjà des signes de bien-être ou de malaise.
§ 8. — Est-ce à dire cependant que cette première période post-natale soit sans importance au point de vue psychologique ? Tant s'en faut. Elle constitue la base d'habitudes sur laquelle se grefleront toutes les adaptations ultérieures. Et il ne nous est pas impossible de présumer la nature de ce travail interne. Fechner avait déjà remarqué (i) que les nouveaux-nés et les animaux inférieurs paraissent beaucoup moins aptes à distinguer les impressions simultanées que les impressions successives. C'est sans doute que les excitations réclamées par la vie de l'enfant naissant sont de Tordre vital, tactile et musculaire, et que les réactions à ces excitations sont, à l'état normal, trop continûment associées entre elles, ou même trop contemporaines, pour favoriser cette aperception d'une différence qui sera la première démarche de la conscience. On peut y joindre sans doute les excitations gustatives et olfactives. Mais celles-ci sont précisément, même chez l'adulte, — par exemple dans la nausée, — étroitement associées aux fonctions digestives et, par suite, aux réactions musculaires d'origine organique. Il est donc très probable que, chez le nourrisson d'un mois, les excitations des organes de la digestion, delà respiration, de la circulation et des muscles en général, sont déjà, comme chez l'adulte, intimement fondues en un
(i) Eléments de PsychologiCy Leipzig, 1860, 1. 1, p. 174
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courant continu et diffus, en une cœnesthésie où la conscience n'arrivera que tardivement à discerner des processus simultanés. Toutefois, chacun de ces processus présente de bonne heure des successions propres à instituer dans les habitudes un rythme régulier : retour de la faim, du sommeil, du bain, du changement de vêtement, etc. On peut donc présumer que les réactions manifestées par Torganisme infantile seront plus précises et plus franches à la suite de variations dans la succession des stimulants, qu^en présence de stimulants simultanés différents. Et c^est bien ce que Texpérience confirme. Du jour où Tenfant percevra distinctement les sons et les couleurs, infiniment plus variables que les impressions cœnesthésiques, sa vie consciente se développera rapidement ; son attention se dégagera de la confusion des sensations internes pour se porter vers les excitations extérieures moins monotones de la lumière et du son.
Lliypothèse n'aurait donc rien de hardi, ni d'invraisemblable, qui prétendrait que l'élaboration peu apparente des cinq à six premières semaines a pour résultat de rendre plus aisées et plus sure, les réponses de l'organisme aux excitations successives, et, en même temps, de préparer, grâce au perfectionnement des liaisons subcorticales, des réponses plus complexes à des impressions simultanées. Et nous allons voir précisément que la conscience s'affirme avec éclat à propos des impressions complexes. L'enfant achève donc, après sa naissance, de se préparer à l'adaptation consciente.
§ 9. — De ces considérations, on peut dès à présent conclure que les premiers états conscients de l'enfant émergeront, non pas à vide, d'une sorte de
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néant psychique, mais d'un arrière-fond, à la fois extraordinairement complexe et solide, d'états physiologiques obscurément sentis et d'habitudes inconsciemment acquises. Tout acte de conscience sera, dès lors, luie synthèse de deux éléments, l'un nouveau, l'autre ancien, et l'on peut s'attendre à ce que, des deux, le plus ancien détermine dans une large mesure la nature et le succès du second.