I. l'enfant AJJ SECOfND MOIS
§ I. — Au cours du second mois, se produit chez l'enfant un changement qui frappe les moins clairvoyants. Que nous apprend d'abord à cet égard Tanatomie ?
Les travaux de Kussmaul (i) et de Flechsig (2) ont jeté quelque lumière sur la question si obscure de révolution cérébrale chez le nouveau-né. De ces études, il résulte que, chez l'enfant comme chez tous les vivants, les sensations viscérales précèdent toutes les autres, et que les « sens esthétiques », la vue et, plus tardivement, l'ouïe, apparaissent après les « sens chimiques », goût et odorat. C'est dans cet ordre, en effet, que les libres servant aux diverses sensations se revêtent de la myéline nécessaire à leur fonctionnement. Les fibres aboutissant aux centres corticaux de la vue et de l'ouïe ne se myélinisent qu'après la naissance. D'autre part, le cerveau arrivé à ce degré de développement, s'il est capable de dif-
(i) Untersnch . ueb . das Seelenleben des neugebor, Menschen, (a) OuTT.cité.
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férencier les sensations, ne peut encore les combiner, les intégrer. Il ne peut traduire chacune des données sensorielles dans la langue de l'autre, faute d'un organe d'association. C'est à cette élaboration des « centres d'association » qu'est affectée la période qui suit le premier mois de la vie de l'enfant. « Déjà au second mois de la vie, écrit Flechsig (i), » de nombreuses fibres pourvues de myéline com- » mencent à devenir visibles, qui partent des centres » sensitifs pour se développer dans les parties envi- » ronnantes et s'y perdre.... Quelque opinion que » l'on ait sur leur signification fonctionnelle spéciale, » on ne peut leur refuser la propriété d'assurer » l'union des éléments nerveux constituant les diver- » ses régions corticales et, par là, d'établir entre eux » une uniformité d'action. A mesure que se développe » le nouveau né, il se forme dans les parties inter- » médiaires, des milliers et des millions de ces fibres » d'association, qui peu à peu s'accroissent en dehors » des sphères sensitives et des régions qui les avoisi- » nent. Plus tard enfin, dans les cellules de ces par- » ties intermédiaires, prennent naissance des fibres, » en particulier des fibres à ramification, qui.... vont » se terminer, en parti© du moins, dans les sphères » sensitives du côté opposé.... C'est ainsi qu'on voit » se réunir des fibres ayant pour origine la sphère » de la vision et celle du tact, ou bien la sphère de » l'audition, celle du tact et celle de la vision. »
§ 2. — Au point de vue psychologique, on reconnaît simultanément l'apparition évidente de la conscience, et celle de nouvelles adaptations motrices, provoquées notamment par les sensations de la vie
(i) Flechsig, p. 79.
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et de Touïe. Non pas qu'il faille retarder jusqu'à cette date réclosion de sensations tactiles et visuelles. Il est probable que celles-ci se produisent avant de se tradijjire sous forme de réactions. Mais ces réactions seules méritent de nous intéresser, car elles sont la première trace d'adaptation consciente, la fprme la plus élémentaire du jugement.
§ 3. — A cet âge, en elfet, l'enfant répond à des excitations différentes par des réactions , non plus diffuses, mais précises et localisées dans des organes distincts de l'organe sensible affecté. L'audition d'une voix familière le fait gesticuler ou gazoïiiller, un objet lumineux lui fait tendre les mains et amène la convergence des deux axes visuels. En un mot, ses sensations, à mesure qu'elles se diversifient et s'enrichissent, provoquent des adaptations motrices si bien appropriées à leur fin, qu'on est tenté d'y apercevoir déjà la trace d'un choix intelligent.
Mais nous sommes loin encore d'être quittes envers la physiologie. N'oublions pas, en effet, que tout appareil sensible est pourvu d'un appareil moteur d'expansion et de retrait, et que, sous le nom d'accommodation y l'adaptation d'un organisme sensoriel à l'excitation extérieure est invariablement un phénomène musculaire. Les deux sens les plus indispensables à la représentation, la • vue et le toucher, doivent précisément leur perfection à l'exercice d'un appareil musculaire vif et délicat. La finesse du toucher est proportionnelle à la mobilité des muscles aboutissants (i),^ et l'on sait l'extrême aisance
(i) Cf Webbr, Tastsinn u, Gemeinfàhly Brunswick, i85i ; Kissow, Ueb* Vertheil. u. EmpJîncUichkeit der TastpunktCf dans : Philos, Studierif t. xix, p. 260 et suiv.
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des mouvements d'adaptation de rœil. On peut done prévoir que le système musculaire, réparti dans tout l'organisme, depuis la périphérie jusqu'aux viscères, saura, en bon courtier, assurei;les transactions entre tous les autres sens. Nous savons déjà qu'il subit à quelque degré toutes les réactions de l'excès d'énergie nerveuse caractéristique de la vie. Le grincement d'une plume contracte mes muscles faciaux, le déchirement d'une étoffe de soie me crispe jusqu'aux orteils. On conçoit donc qu'une impression vive de n'importe quel organe puisse se traduire par une réaction de n'importe quelle région musculaire, que le jaillissement d"une lumière éblouissante, par exemple, ou la production soudaine de l'obscurité fasse crier un enfant. Mais ce qui reste à expliquer, c'est qu'après les tâtonnements indécis des premières semaines, à telle excitation réponde régulièrement telle réaction. La réaction diffuse d'excès sera-t-elle capable de rendre compte de ce précieux progrès ? N'est-ce pas le lieu de faire intervenir, avec le discernement, la conscience ?
§ 4- — Il ^'^^ ^st rien, et la loi d'excès n'a pas encore épuisé son effet. Considérons, par exemple, l'accommodation visuelle. Elle n^est, à ce qu'il semble, ni un acte instinctif, comme le croit M. Hœffding (i), ni une opération consciente. On peut admettre simplement qu'au nombre des mouvements diffus provoqués dans l'appareil musculaire de l'œil par Texcès d'énergie nerveuse, celui qui amène la convergence des rayons visuels doit se produire fréquemment. J'ai eu, pour ma part, Toccasion d^observer de près ces tâtonnements préparateurs deTaccom-
(i) Esquisse d'une Psychologie, trad. franc, de Poitevin, Paris, 1900, p. i54*iô5.