II. APPAmTION DE LA CONSCIENCE
§ 5. — C'est alors, mais alors seulement, croyonsnous, que le psychologue peut en toute sécurité admettre l'intervention de la conscience. Tandis, en effet, que nous n'apercevions chez l'enfant qu'un faisceau confus d'impressions où prédominait l'élément musculaire, et qui n'avaient d'importance qu'à l'égard du bon ou du mauvais état des organes vitaux, nous le trouvons maintenant capable d'une différenciation radicale, entre impressions hétérogènes. Au contraire des premières impressions gustatives ou
(i) Cf. Prbybr, ouvp. cité, p. a3.
84 l'adaptation SENSORl-MOTRICÉ
olfactives, qui semblaient se fondre dans le courant des impressions vitales, les excitations lumineuses constituent pour l'enfant une classe spéciale d'impressions distinctes de la cœnesthésie, du jour où il tourne régulièrement la tête vers la lumière et fixe avec prédilection les objets brillants. Car sur l'arrière-fond obscur de ses réactions vasomotrices, digestives, respiratoires, se détachent en clair relief, non plus seulement un, mais deux états vifs, contemporains, l'un musculaire, l'autre visuel. De ce jour donc, on peut affirmer qu'il saisit, par le dedans, à la fois une succession et une simultanéité, et qu'il a rompu ainsi avec la monotonie du rythme des premières impressions.
§ 6. — Un autre indice nous révèle ici l'éveil de la conscience. Les premières impressions du nouveau-né sont franchement utilitaires. Elle satisfont les besoins immédiatement impérieux d'un organisme tout constitué. Au contraire, l'adaptation visuelle est déjà, dans son existence, lui surcroît à la rigueur inutile, un luxe. Elle ne satisfait plus un besoin, elle cause simplement lui plaisir. Le plaisir, tel est donc le premier élément de l'adaptation consciente. Nous retrouverons cet élément dans les plus hautes adaptations de l'esprit, dans le jugement le plus abstrait.
Il faut donc bien se résoudre à reconnaître, à un moment donné, l'existence du processus conscient. Ce coup d'Etat, sans doute, coûte au psychologue. Mais reconnaître n'est pas introduire. C'est, au contraire, un prudent aveu d'ignorance que d'attendre l'apparition d'un signe décisif pour tenir compte d'iui facteur nouveau, dont le métaphysicien peut, d'ailleurs, faire remonter aussi haut qu'il voudra le rôle biologique. Au reste, si mystérieux que soit l'éveil d'une vie inté-