‹ Essai sur l'évolution psychologie du jugementChapitre 28 sur 103 · II. ATTENTION SECONDAIRE ET RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

II. ATTENTION SECONDAIRE ET RECONNAISSANCE

§ 8. — Passons maintenant de l'autre côté du rideau et analysons tout d'abord l'analogue psychique de la conservation cérébrale, la représentation et la reconnaissance .

Mais n'est-ce pas aller trop vite en besogne ? Dans le chapitre sur l'adaptatioix sensori-motrice , nous n'avons reconnu à la conscience que le pouvoir de discerner les réactions motrices, en tant qu'agréables ou pénibles, et de les accepter ou de les repousser en conséquence. Parler de représentation et de reconnaissance, n'est-ce pas sauter à pieds joints par-dessus le seuil de la conscience, où nous devrions rencontrer \di présentation ^VLve et simple, l'aperception élémentaire d'une qualité sensible, couleur, saveur, etc. ? Il faut, croyons-nous, se résoudre à ce saut. Les psychophysiologistes semblent bien s'accorder sur ce point que les sensations qui apparaissent les plus simples à notre conscience sont déjà des additions, ou plutôt des combinaisons, d'éléments plus obscurs. Parmi les sensations de l'enfant, les premières en date, celles

lOO L ADAPTATION IDÉO-MOTRICE

du goût, notamment, sont inséparables d*mi arrièrefond de sensations musculaires et olfactives (i). Helmholtz(2) et Stumpf(3)ont démontré pareillement le caractère composite des sous les plus élémentaires. Une couleur simple est, de même, une abstraction; elle implique im double processus, chromatique et achromatique (4). Il est fort possible que, chez l'enfant, la coordination de ces éléments en une sensation cohérente soit précédée de processus subconscients dispersés. Mais c'est là un point de vue purement théorique. Nous sommes bien obligés, après avoir décrit, grâce à l'observation objective , le détail des conditions physiologiques des sensations, de ne parler des sensations mêmes de l'enfant qu'autant qu'elles sont déjà pour lui des états subjectifs comparables aux nôtres. Il est donc impossible de décrire, ou même de concevoir, l'invasion brusque de la conscience par un état d'une absolue nouveauté. Toute présentation est, à quelque degré, re-présentation y touie connaissance est re-connaissance, toute aperception consciente est luie synthèse opérée, en une simultanéité, de composants donnés à l'avance (5).

§ 9. — Il résulte de ce qui précède que représentation et reconnaissance sont inséparables. Une repré-

(i) Hœffdino, ouvr. cité, p. i3o.

(2) Die Lehre von den Tonempfindungen, Branswick, i863.

(3) Tonpsychologie, Leipzig, 1890, p. 64 et suiv.

(4) Hblmholtz, Physiologische Optiky 2' éd., p. 278 et suiv.

(5) Ces constatations s'appliquent aux expériences faites sur les aveugles-nés opérés de la cataracte. En effet, Topération n'estréa- Usable que sur un sujet déjà riche de nombreuses expériences tactiles et musculaires et Ton s'explique ainsi que certains sujets opérés se disent touchés par la lumière. D'autre part, bon nombre de sujets n'étaient pas dépourvus, avant l'opération, de toute sensibilité visueUe.

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