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spontanément tant qu'elle n'est pas contrariée ; et c'est pourquoi la perception est une « hallucination vraie ». De même, d'après M. Rabier, « la cause de la croyance est intellectuelle » ; cette cause est l'évidence qui accompagne « naturellement » toute représentation; et si la contradiction des sensations et des images en contrarie l'objectivation, c'est que le jeu des sensations et des images elles-mêmes est soumis au principe de contradiction (i).
§ 17. — D'autres psychologues, au contraire, ont été plus vivement frappés par ce que beaucoup de nos croyances les plus essentielles offrent à l'analyse d'irrationnel ou même d'absurde. Personne, au reste, ne conteste sérieusement qu'un grand nombre de nos affirmations n'ont d'autre origine que l'intensité même de l'émotion qui s'attache à leur objet. On connaît les pages admirables que Renouvier a consacrées à ce « vertige mental » qui résout nos doutes dans le sens de nos passions (2). D'autres ont été jusqu'à soutenir que toute croyance, même la plus rationnelle, est accompagnée d'une « émotivité » propre. M. Bagehot, dans de fines analyses, a parlé d'une « émotion de croyance » (3), et M. Bourdon d'un « plaisir » et d'une « douleur » qui accompagnent toute certitude (4). Mais, comme on pouvait s'y attendre , cet aspect sentimental de la croyance a été signalé avec le plus de> complaisance par les philosophes que leurs préoccupations métaphysiques ou religieuses inclinent à admettre l'existence de deux ordres de vérité. Pascal
(i) Rabibr, Psychologie, chap. xxi, Appendice, 3* éd., Paris, 1888, p. 271 et suiv.
(a) Psychol, ration.j a* éd., t. 11, p. 10 et suiv., 140 et suiv.
(3) Emotion 0/ conviction^ dans Literary Studies^ I.
(4) De la eertitade, dans Revue philos., Janvier 1890.
n a-t-il pas écrit : « C'est le cœur qui sent Dieu et non la raison... Les principes se sentent, les propositions se concluent... et le tout avec certitude... Le cœur a son ordre, Tesprit a le sien » ? (i) C'est cette indépendance du sentiment à l'égard de la raison que nombre de croyants modernes ont tenté de justifier et d'aj)profondir avec un zèle qui , pour n'être pas toujours pleinement désintéressé, n'en a pas moins enrichi la psychologie d'analyses subtiles ou profondes sur les intuitions du cœur et sur la logique de l'amour. Qu'il nous suttise de citer ici les noms de Newman(2), de M. H. Bois (3), de M. Balfour (4), et surtout les noms respectés de deux hommes dont l'un, dans la philosophie catholique, l'autre dans la philosophie protestante, ont insuHlé à l'apologétique chrétienne un esprit nouveau de libéralisme et dont les disciples ont fourni d'intéressantes contributions à la psychologie de la croyance : OUé-Laprune (5) et Sabatier (6).
§i8. — Plus encore que la psychologie de l'intelligence et de la sensibilité, celle de la volonté a jeté sur
(i) Pensées j éd. Brunscwicg, p. 4''>^-4^0'
(2) Grammar of Assent, Londres, 1870-71
(3) De la connaissance religieuse^ Paris, 1894.
(J!\) Les Fondements de la croyance^ trad. franc., Paris 1897, Part. II, chap. i et 2. Ce qu'il y a de meilleur daus ce livre trop vanté, dont la partie oonslructive est des plus faibles, est une étude serrée du rôle nécessaire que joue l'autorité jusque dans les croyances rationnelles.
(5) De la certitude morale, Paris, 1880. (]f. Blondkl, Lettre sur les exigences de la pensée contemporaine en matière d^ apologétique, 1896 ; Baz AILLAS, La Crise actuelle de la croyance, Paris,
(6) Esquisse d'une philosophie de la religion^ Paris, 1897, liv. UI, chap. IV.
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le problème delà croyance des clartés inattendues. Ici encore il conviendrait, pour être complet, de distinguer des théories, et surtout des méthodes différentes. Les uns, en effet, ont envisagé dans la volonté le pouvoir de libre choix qui se révèle à la conscience dans les cas de délibération, et défini l'adhésion de Tesprit à la croyance , du moins aux croyances les plus réfléchies, comme une véritable option de la liberté. Déjà Descartes avait fortement montré que, « les actions de la vie ne souffrant souvent aucun délai » (i), il convient, en définitive, à la liberté, de prendre parti là où Tentendement est à court dldées claires (2). Kant, à un autre point de vue, reconnaît à la raison pratique, c'est à dire à la liberté (3), le droit de résoudre le doute dans les questions métaphysiques que la raison spéculative laisse en suspens, faute d'une expérience possible. Conciliant Kant et Descartes, Renouvier admet qu'on peut théoriquement douter de tout, même des principes, mais qu'on ne \edoit pas ; il faut vivre et, pour vivre, il faut affirmer (4). Les thèses soi-disant démontrées du dogmatisme métaphysique — le déterminisme universel et rinfinistisme — sont, en fait, des croyances qui passent « outre à la contradiction » et à ces croyances absurdes, une philosophie qui admet la liberté du jugement peut seule opposer des croyances justifiées par la loi morale (5). Plus proche de Descartes, M. Brochard explique la croyance par la collaboration de
(i) Disc, de la Méth,^ m* part., a* maxime, (a) Médit, y IV, 7, 11.
(3) « J*appeUe pratique tout ce qui est possible par la liberté», Raison pure, trad. Barni, t. H, p. 36i.
(4) PsychoL ration. i Paris, 1876, t. H, part. 11.
{^) Doute ou Croyance, dans VAnné* philos, (6-), Paris, 1896, notamment p. 73-76.
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rintelligence et de la volonté, la seconde de ces facultés décidant seule en dernier ressort. Sans doute, la volonté ne crée pas de toutes pièces la vérité ; elle ne s'attache jamais qu'aux données proposées par rintelligence. Mais luie pure intelligence ne croirait à rien et laisserait se dérouler indifféremment le cours intérieur de ses représentations. La volonté, au contraire, « s'affranchit de l'idée, la dépasse et la domine, puis réagit sur elle pour la maintenir ou l'écarter, pour la fuir ou s'y attacher, pour l'affirmer ou la nier » (i).
On peut rapprocher de cette théorie celle d'un psychologue qui a peu écrit, mais dont le livre inachevé sur la Psychologie du point de vue de V expérience {i) a provoqué en Allemagne de vives polémiques qui durent encore. M. Franz Brentano, dans cet ouvrage, critique avec une singulière vigueur toutes les thèses qui tendent à rapprocher le jugement de la représentation . Toutefois, ce n'est d'après lui, ni la différence d'intensité, ni la différence de contenu qui suffit à distinguer ces deux processus entre lesquels l'auteur aperçoit cette différence irréductible : juger, c'est toujours accepter (anerAr^/inen, zustimmen) ou rejeter {verwerjen) la représentation. La différence entre le jugement et la représentation n'est donc pas intérieure à ces processus, elle leur est extérieure, et consiste dans la différence d'attitude du moi actif à l'égard de la représentation {eine eigenthûmliche Weise der Beziehung zum Vorstellen),
(î) De VerreaPj 2* éd. Paris, 189;, p. 149. Cf, II* part., chap. vi et ix.
(2) Fr. Brbntano, Psychol. vom enipir. Standpunkte, t. i (le seul paru), Leipzig, 1874» P- 267. Cf. liv. II, tout le chap. vu. Parmi les nombreux disciples, pour la plupart autrichiens, de M. Brentano, il faut citer MM. Meinong, Hœfler, Marty, Hillebrand.
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§ 19. — D'autres psychologues, enfin, ont étudié cette action du sujet pensant sur ses propres représentations, non seulement dans le processus intérieur de la délibération, mais dans les manifestations les plus concrètes de la volonté, dans la réaction motrice. Or, les psycliophysiologues modernes s'accordent à trouver dans la réaction motrice la forme extérieure la plus simple d'un phénomène qui se manifeste à toutes les phases du développement mental, et jusque dans nos opérations les plus abstraites, l'attention. Serait-il donc possible de trouver dans le phénomène, si simple et si connu, de l'attention, l'explication du jugement et de la croyance? Telle a été précisément l'entreprise tentée, en France, par M. Fouillée, (i) et par deux psychologues américains, MM. W. James (2) et Baldwin (3). Avec un rare bonheur d'analyse, ils ont, avec des méthodes d'ailleurs diverses, cherché à établir que juger, comme être attentif, c'est agir ou se préparer à agir, et que nos croyances ne sont rien de plus que l'attitude attentive qui assure entre le monde extérieur et le sujet les rapports les plus utiles et les plus stables. C'est à peu près dans le même sens qu'un autre psychologue français, M. Payot, dans une thèse spécialement consacrée à la croyance, soutient que la vérification de tout jugement s'opère, de loin ou de près, au moyen d'un contrôle musculaire et que croire c'est toujours, sinon agir, du moins « se retenir d'agir ». (4)
(tj Psychol, des Idées-Forces y Paris, 189^, 1. 1, liv. VI, chap. a.
(a) Principles of Psychol., Londres, 1891, t. II, chap. xxi.
(3) Handbook of Psychol., t. II (Feeling and Will), Londres, 1891, ehap. vu; Le développem. mental chez V enfant et dans la race, trad. franc., Paris, 1897, tu® part., chap. xi.
' (4) J. Payot, De la croyance, Paris, 1896, liv. I, chap. 3, liv. II, ehap. I.
3a INTRODUCTION