‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 11 sur 115 · INTERPRÉTATION · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION

diffuses « sans objet » (i) ? Il se produit ainsi un accroissement d'énergie nerveuse aboutissant à un accroissement d'énergie potentielle disponible pour de nouvelles acquisitions.

Cette théorie, on le voit, ne supprime pas, mais elle réduit au minimum le rôle des accidents heureux. Qu'un organisme dépérisse faute de lumière, si, parmi les mouvements diffus qu'il accomplit sous la pression intérieure de son énergie d'excès, il s'en trouve qui l'amènent à la lumière, le large flot d'énergie qui en résultera favorisera le retour du mouvement utile. Mais il reste à expliquer la fixation en habitude de cette adaptation naissante. C'est ici qu'intervient chez Spencer et chez Bain la loi du plaisir et de la douleur. (2) « Après le succès, dit » Spencer, viendront immédiatement certaines sen- » sations agréables accompagnées d'un courant d'é- » nergie nerveuse dirigé vers les organes employés... » Les lignes de communication nerveuse à travers » lesquelles le courant passe dans ce cas ont » ouvert une nouvelle route vers certains canaux » inoccupés, et, en conséquence, elles donneront » désormais naissance à une plus grande quantité de » mouvements moléculaires, et seront plus pénétrables » qu'auparavant. » (3) Bain, qui ne prend point à son compte Thypothèse de l'énergie d'excès, et se contente d'admettre la spontanéité primitive du vivant, pense également que le plaisir suffit à inviter

(1) Darwin, Expression des émotions, Irad. française Pozzi et Benoit, chap. m, Paris, 1890, p. 69 et suiv. Cf. Spencer, Premiers principes, § 169, p. 895, et Principes de biologie, § 67, t. i, p. 224 et suiv.

(a) Bain, Emotions et volonté, trad. franc., p. 3o4 et suiv. où Ton trouvera les principales citations de Spencer à ce sujet.

(3) Cité par Bain, ibid., p. 308-9.

Torganisme au prolongement ou au renouvellement de la réaction agréable, (i) En d'autres termes, pour ces deux représentants de Févolutionisme, le plaisir présiderait à la cristallisation de l'adaptation accidentelle en habitude durable.

§ 8. — On a objecté à cette théorie (2) qu'elle expose l'organisme à lui risque par trop considérable. Il n'est guère, en effet, de stimulants invariables, et les changements d'un milieu instable menacent à tout instant de détruire l'adaptation avant le retour du stimulant corrélatif. Mais l'objection nous semble, sinon détruite, du moins très atténuée, si Ton songe que la variabilité du milieu est, en fait, très relative, et nous verrons plus tard à quel point cette constance relative du milieu est importante pour l'explication du jugement. Il faut, d'autre part, noter ce fait, tout en faveur de la thèse spencérienne, que les organes les plus rudimentaires, en l'absence des excitations propres à les ébranler, demeurent dans un état de vie sourde et de mort apparente, qui leur permet de se réserver jusqu'au retour du stimulant favorable. Certaines bactéries se conservent indéfiniment à l'ombre pour se raviver au premier rayon de soleil.

Mais l'intervention de la loi du plaisir prête à des critiques autrement graves. Tout d'abord cet élément d'explication a l'inconvénient de ne convenir qu'aux organismes très développés ; car, ou les mots de plaisir et de douleur ne veulent rien dire, ou ils désignent, avec toutes les atténuations qu'on voudra, im état psychique conscient. L'explication ne vaut donc

(1) Ouvr. cité, p. 309.

(a) Baldwin, ouvr. cité, p. 161.

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