‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 12 sur 115 · INTERPRÉTATION G · texte numérisé non relu

INTERPRÉTATION G

que pour les organismes doués cVun système nerveux central. D'autre part, comment peut-on, même chez ces derniers, supposer que le plaisir résultera d'un stimulus accidentel ? Une dilatation, une contraction, n'est pas par elle-même agréable ou pénible. Elle ne lest qu'en tant qu'elle satisfait ou contrarie une disposition antérieure, une habitude primordiale, im besoin. L'oxygène, les sucs nutritifs, la lumière ne provoquent pas dans les bactéries ou dans les plantes des mouveitients quelconques, mais des mouvements nécessaires à la vie, et c'est à cet accroissement de vitalité au centre de l'organisme qu'on peut intelligiblement attribuer l'accroissement de la décharge motrice. Les mouvements qui résultent de cette décharge se trouvent, à leur tour, utiles ou nuisibles ; et la sélection fonctionnelle, l'adaptation, est la résultante de cette série de décharges favorisées ou contrariées. Sans doute, le plaisir peut, ultérieurement, chez les vivants conscients, devenir im sous-agerît de sélection, parce qu'il est en général le signe de la dépense normale et utile, comme la douleur est le signe de la dépense insufïisante, excessive ou nuisible. Mais c'est là un développement tardif, qui suppose avant lui l'existence, — en elle-même inexpliquée, — des premières « réactions circulaires » indisdispensables à la vie. Tout ce qu'on peut concéder à Spencer et à Bain, c'est que suivant l'heureuse expression de M. Baldwin, « toute excitation qui accroît la » vitalité donne une base organique au plaisir, » c'està-dire crée, dans la vie organique, le corrélatif de ce qui sera, dans la vie psychique, la conscience du plaisir.

Eln d'autres termes, les excitations du milieu externe peuvent être accidentelles ; mais les réponses qu'y fait l'organisme ne le sont pas et ont pour condi-

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tion une première aptitude défensive, et même, ainsi que nous Tavons vu plus haut, ime capacité de sélection discriminative qui permet de choisir, parmi les stimulants, ceux auxquels il lui est le plus utile de répondre. Un individu ou une race, à quelque moment de révolution qu'on les considère, ne peuvent s'adapter à une modification du milieu qu'à la condition d'être déjà, dans la mesure que nous venons d'indiquer, accommodés à ce milieu. Dans le conflit avec un milieu nouveau, ceux-là survivront dont les réactions circulaires favoriseront le mieux le retour des excitations uliles et repousseront les contacts les plus dangereux.

§ 9. — Malgré cette correction, il reste de l'hypothèse évolutioniste une conception féconde qu'il nous faut retenir, et dont nous aurons le plus grand profit à tirer : celle de la réaction d'excès. Les excitations utiles provoquent dans l'organisme une décharge difiuse qui déborde, en quelque sorte, la satisfaction immédiate que le vivant en éprouve. Cette loi d'accroissement se réalise sous nos yeux d'une façon saisissante. Chez tous les vivants, l'accroissement de vitalité engendre des réactions motrices plus riches, qui, à leur tour, multiplient la vitalité. Tout ce qu'on demande, c'est d'étendre aux organismes les plus simples ce pouvoir de féconde initiative qui, greffé sur la tige solide de l'habitude, va permettre à l'organisme de pousser vers le monde extérieur, comme autant de rameaux vigoureux, de nouvelles adaptations.

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