‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 3 sur 115 · OBJET DU LIVRE · texte numérisé non relu

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sible, après ces maîtres, d'employer dans la psychologie du jugement une méthode génétique qui n'a guère encore été appliquée à ce point particulier de psychologie. La plupart des philosophes dont nous avons brièvement esquissé les conclusions nous semblent avoir cédé à ce que M. W. James appelle le « sopliisme du psychologue », c'est-à-dire qu'ils se sont empressés, pour définir la nature du jugement, d'analyser avec soin leurs propres jugements ; et il est naturel qu'ils aient discerné au premier plan, dans cette enquête sur leurs croyances d'hommes adultes et réfléchis, l'intervention de facultés adultes, qu'ils aient attribué un rôle à l'intelligence, un autre au sentiment, lui troisième à la liberté ou à l'attention. Or il faut bien avouer que cette « composition » des forces mentales e&V loin de donner^ l'image approchée du réel. On ne s'avise pas assez, en eflet, que chacun des jugements que nous formons, chacune des croyances nouvelles que nous adoptons, suppose une croyance préalable et que, d'étape en étape, c'est à la seule psychologie de l'enfant qu'il conviendrait de demander le schéma authentique de la genèse d'une croyance originale. On a beau nous dire que l'affirmation est, par excellence, l'acte de la vie, on oublie d'en suivre le développement tout au long du cours de la vie elle-même.

De leur côté, les psychologues de l'enfance ont bien noté avec quelque précision que l'enfant, à dater d'une époque constante de son évolution, est capable d'affirmation. Mais, en vérité, cette constatation soudaine de l'exercice d'un pouvoir nouveau dans la vie mentale dénonce par trop ingénument cet autre « sophisme du psychologue », qui consiste à concevoir la vie mentale comme un drame où des personnages entrent à point voulu en scène, disent leur

mot, et s'éclipsent. Il est vrai, cependant, que la philosophie évolutionniste a introduit en psycliologie ridée précieuse d'une genèse des facultés. Mais si Ton excepte les constructions très suggestives, mais tout à fait générales de Spencer, de Romanes, de Bain et de M. Baldwin, un petit nombre de psychologues ont abordé la tâche ardue, mais nécessaire, de reprendre en détail Texamen des opérations de Tesprit admises par la psychologie traditionnelle et d*en reconstituer rigoureusement la généalogie avec pièces à Tappui.

§ 21. — C'est cette genèse de la faculté de juger que nous avons entrepris de retracer, ne gardant de l'hypothèse évolutionniste elle-même que ce qui nous a paru propre à éclairer ce devenir. Sans nous préoccuper des questions purement métaphysiques des rapports de Tàme et du corps, nous avons demandé à la fois à la physiologie et à la psychologie introspective toutes les indications qu'elles pouvaient nous donner, estimant qu'il y a toujours profit à pousser aussi loin que possible une explication fondée sur une série de faits observés. Plus nous avancions dans cette étude, plus il nous semblait superflu, pour expliquer raffirmation, de supposer au service de la conscience un organisme de facultés indépendantes et hiérarchisées, et plus nous croyions comprendre que cet organisme lui-même se modèle au contact de la spontanéité du moi et du mécanisme extérieur ; de sorte que deux principes, qui président aux toutes premières démarches de la vie dans son eflbrt pour subsister et croître, nous ont semblé suffire à la continuité et au progrès de la vie mentale, depuis l'adaptation sensori-motrice jusqu'aux réactions de l'attention et jusqu'à la croyance elle-même. Ces deux

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