OBJET DU LIVRE
principes, auxquels nous n'attachons auciui sens métaphysique, mais simplement la valeur de relations très générales entre les faits, sont V habitude et V adaptation.
§ 22. — En résumé, le métaphysicien se demande : Que valent nos affirmations ? Le logicien : Quels sont les éléments verbaux et les lois formelles du jugement? Le psychologue s'est demandéjusqu'à présent : Comment se font nos croyances ? Il lui reste,, selon nous, à se demander : Comment se forme notre crédulité elle-même ? en n'attachant à ce terme d'autre sens que celui d'aptitude à juger et à croire. Sous quelles influences physiologiques, psychologiques, sociales, se développe en nous l'habitude de Juger, d'affirmer et de croire ?
Ainsi posé, le problème n'exclut pas les autres méthodes de recherche. Il nous faut, tant est grande encore l'incertitude de nos procédés d'investigation psychologique, marcher au vrai par des voies multiples qui, parfois, ne semblent pas orientées vers le même point de l'horizon. Aussi bien l'habitude unitaire de notre esprit n'est-elle point troublée par cette apparente dispersion du travail psychologique, et nous n'avons pas de croyance plus obstinée que la foi en la convergence idéale de tous les efforts désintéressés qui tendent vers le vrai.
Quels que soient donc les résultats de l'enquête toute psychologique que nous avons entreprise, nous les offrons avec confiance à la réflexion et à la critique des métaphysiciens, des logiciens et des psychologues. Certaines de nos conclusions heurteront quelques-unes des conceptions le plus généralement admises dans l'école philosophique française ; elles ont surpris, nous l'avouons, nos propres prévisions^
et nous ont obligé à renoncer à plus d'une théorie que nous avions crue solide et enseignée comme telle. Mais s'il est vrai, comme nous voudrions le démontrer, que les croyances sont choses vivantes, qu'elles naissent du passé et s'adaptent au présent à la façon des organismes, n'est-il pas dans l'ordre de la vie qu'elles aient, dans les consciences comme dans les sociétés, un déclin et une fin, et que le champ sur lequel se heurtent les systèmes soit jonché des débris de nos croyances mortes ?