‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 36 sur 115 · ETUDE DE QUELQUES ADAPTATIONS · texte numérisé non relu

ETUDE DE QUELQUES ADAPTATIONS

contraire, trouvant hors dVux un modèle qui peut être variable et passager, sont dillîciles à reproduire ; par exemple les mouvements du père traçant un dessin sous les yeux de Tenfanl (i). L'imitation est précisément im essai de fixer le geste variable du modèle, de renouveler cette attitude disparue, et de reproduire ainsi, avec un succédané de Texcitation, un succédané du plaisir obtenu. Ici encore, la sélection se fait plus ou moins vite, à coups d'ébauches maladroites, jusqu'au moment où la réussite cristallise en habitudes plus ou moins durables et en attention définie un processus moteur, d'abord indécis et mal localisé (2).

§ 14. — L'imitation a donc cet effet, pour nous capital, d'introduire une différenciation, d'abord toute motrice, et plus tard consciente, entre les réactions dont l'enfant trouve en lui-même le modèle, et celles qui se façonnent sur d'autres exemples. Progrès dont il est difficile d'exagérer les conséquences. D'abord, il met l'enfant en mesure de distinguer efficacement les personnes des choses. Les choses sont, en

(i) Cf, sur les dessins des enfants, les intéressantes observations de Baldwin, (ouvr. cite, p. 75 et suiv.), et de J. Sully, ouvr. cité, « L'évolution du dessin chez Tenfant, écrit ce dernier, a de frap- » pantes analogies avec l'évolution organique : c'est évidemment » un passage du vague et de l'indéfini au défini, un procédé de » spécialisation graduelle ». (P. SaG).

(a) 11 va sans dire que chez, le sourd-muet, l'imitation visuelle s'établit directement, sans le concours de l'ouïe. Mais la formation de l'attention visuelle, si précoce chez ces sujets, avec le concours de l'attelition tactile, explique aisément que le sens social ne semble pas chez eux beaucoup en retard sur celui des voyants. Notons, d'ailleurs, que les sujets observés ont reçu, en général, de très bonne heure une éducation spéciale et systématique des sens. ■Cf. PuKYKR, ouvr. cité, p. 24 ' ^^ suiv., et Hœffding, ouvr. •cité, p 229.

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général, silencieuses et inimobileo. Leurs bruits ou leurs mouvements sont d'une imitation tliilicilt^ ou peu amusante; et, d'ailleurs, c'est par rinloi-méclia ire des personnes que, le plus souvent, l'entUiU jouit ou pàtit du contact des choses. Les personnes, au contraire, constituent pour lui une classe très net Icment tranchée d'excitations comportant des imitaliuns possibles et particulièrement intéressantes.

Ajoutons que cette instinctive copie suscite, flans la conscience, un élément nouveau de joie el de souffrance, qui est l'émotion sympathique. 11 est d/^jàvrai de l'enfant, comme il le sera de l'adulte liypnotisé, que diriger son attention sur une attitude, c'est lui suggérer l'émotion que cette attitude cv|Hime (i). Car, une fois de plus, le choc en retour de hi réaction détermine une stimulation interne, qui, à son tour, accentue et précise la réaction. Rire et chanter eoinnie papa, c'est, à bref délai, oublier la faim, le elia^^mi et se sentir joyeux.

On se rend compte ainsi sans peine de certaines imitations, à première vue, inexplicables. Poun[ii(>i l'enfant, dès le quatrième mois, répond-il au sourire par le sourire ? (2) 11 ne semble pas y avoir ici imitation directe, comme dans le cas du chant ou des mouvements du bras, car l'enfant ignore évîtieitunent la ressemblance de son sourire avec celui qu'il perçoit.

(i)Gf. SpiîiozA. Ethique f UI, prop. t>7 : «Par cela seul que nous » nous représentons un objet qui nous est semblable comme aifelé » d'une certaine passion, bien que cet objet ne nous en ailjniuuLs f^^it » éprouver aucune autre, nous ressentons une passii m semijlaljlr à » la sienne. »

(2) Le sourire apparaît chez Tenfant dès la deuxième semaine. Mais il n'est longtemps qu'une réaction spontanée, proveiianl du bien-être général de l'organisme, et nullement un sij^jïic volonLaire. — Voir à ce sujet les observations précises de Preyeh, ouvp. cité, p. 193 et suiv.

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Mais la bienveillance exprimée par le sourire de la nourrice est précisément la cause la plus habituelle des joies et, par suite, dçs attitudes expansiVes de Tenfant ; or le sourire est Texpression naturelle dc cette attente joyeuse , expression atténuée et simplement esquissée par la partie la plus mobile du visage. Réciproquement, le sourire de Fenfant rend la nourrice bienveillante. Ainsi les altitudes de ces deux êtres tendent à se modeler Tune sur Tautre, et cette similitude dans les gestes engendre une véritable similitude dans les sentiments.

§ i5. — La sympathie de Fenfant reste d'arlleurs longtemps incertaine. II lui arrive, jusqu'à un â^e assez avancé, de prêter des sentiments aux choses, de dire des injures à la chaise contre laquelle il s'eât heurté. Mais voici que les choses ne répondent pas à ses gestes ni à ses cris ; elles ne partagent pas sea jeux, tandis que les personnes rient , pleurent , se fâchent, jouent, mangent comme lui-même et avec lui. De sorte que les êtres qui lui apparaissaient tout à l'heure comme des modèles d'attitudes imitables, deviennent maintenant à ses yeux des agents capables de l'imiter. Le fait a son importance. C'est un très sûr instinct qui fait prendre aux mères les intonations et les jeux de physionomie du bébé, tandis que, de son côté, l'enfant cherche à faire partager ses jeux et ses émotions aux personnes qui lui sont familières. Ainsi la sympathie de l'enfant qui, à l'origine, se passait d'objet précis et répondait à n'importe quel appel répété, bruit ou mouvement, se choisit dans le monde extérieur des groupes définis et indissolubles, à la fois actifs et passifs à l'égard de ses propres émotions.

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g ifi. — H y aurait lieu même, dans une étude approfondie de ce sujet, de tenir compte de certaines réactions qui semblent, au premier abord» l'antithèse deTimitalion, et n'en sont, comme Ta si liien démontré M. Tarde (i), que la réciprot[ue. Déjà Darwin avait distingué, avec beaucoup de pénétra lion, un groupe d'expressions antitliétiqiies (a), et il admettait, pour leâ expliquer, une « disposition primitive et générale à j* aceompiigner certains senlinients de gestes eontrai- » res à ceux qui expriment les sentiments opposéfs »> Les physiologistes ont abandonné aujourd'hui cette expUcation purement hypothétique (3), Mais M. Fouil* lée (4) remarque, avec raison, que le principe de Tantithése conserve une valeur psychotogif{ue dont Darwin n a pas su tirer parti. Il est conforme à la na* ture même du plaisir et de la douleur que leur antithèse fondamentale se traduise par des réactions motrices contraires. Le froid sec crispe et lait trembler le nieiiibrequune tiédeur humide détend et engourdit. De même, si les dispositions de l'enfant se trouvent en contraste violent avec celles ([u'on voudrait fVure naître en lui, il est possible que le résultat soit exactement rinverse des attitudes suggérées. L'enfant malade pleure quand on le berce. S'il est de mauvaise humeur^ au lieu de se pencher et de diriger son regard vers la personne (pu lui tend les bras, il se replie en arrière en détournant la lé te. Cette imitation h rebours devient souvent même, pour I enfant, une véritable source de plaisir, et il n'est que trop vrai que le caractère n contrariant » de certains enfants fait le désespoir de leurs éducateurs. Mais faire le contraire

(t) Cf. UOpposilioft univers f^tle^ Paris, 1897,

(a) L'Expr^jtswn deit émoitanis, p. 5Î et suiv.

13) Cr D^JJ«o^T1 Théorie scientijitfiie de la sensibilité^ p a3d,

(^) A. FuUJLLRB, Psychologie des Idées-Forces, t. I, p. 167-9,

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