‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 38 sur 115 · ÉTUDE DE QUELQUES ADAPTATIONS · texte numérisé non relu

ÉTUDE DE QUELQUES ADAPTATIONS

avec ses nuances si variées de hauteur, de timbre et d'intensité, qull observe de préférence ; car c'est elle qui lui annonce d'ordinaire les joies ou les peines les plus vives, et ces nuances auditives s'associent étroitement à l'image visuelle des autres modes d'expression. L'enfant dispose donc, vers la fin de la première année, de toutes les habitudes auditives, visuelles et motrices nécessaires à l'élaboration de la parole.

§ 20. — Comme toutes les précédentes, cette acquisition procède par tâtonnements. L'enfant qui s'essaie à parler sait déjà répondre à un son par un son ; mais il ne sait pas encore porter son attention vers telle ou telle région définie de son appareil vocal. Dans la violence de son effort, il agite à la fois la langue, les lèvres, le pharynx et le larynx. De cette confusion émerge, de par leur réussite même, certains efforts heureux, et l' auto-imitation assure la fixation de l'habitude. Agé de 11 mois, mon enfant, ayant entendu appeler « Black » un chien qu'il aimait fort^ dépensa des efforts véritablement inouïs pour prononcer ce mot, le premier de son vocabulaire qui ait clairement désigné un objet. Il s'y exerçait de luimême dès son réveil. Du milieu d'approximations plus ou moins confuses : iak, diak, guiak, etc., émergeait, de temps à autre, un bak, ou même un blak triomphant. Nous trouvons ici un cas nouveau et très saisissant de la spécialisation graduelle de l'adaptation motrice.

On s'explique fort bien, d'ailleurs, que l'enfant de douze à quinze ou vingt mois comprenne beaucoup plus de mots qu'il n'en peut énoncer et que quelques enfants même semblent répugner assez longtemps à tout effort verbal. Du onzième au treizième

LE LANGAGE ifl9

mais» en dépit de toutes les suggestions qui ftirent tentées sur lui, mon enfant n'acquit pas l'usage d'un ^eul mot nouveau, et fit même du mot Black un usage de moins en moins fréquent. Or, à treize mois, il comprenait parfaitement une vingtaine de pli rases, impératïves (Dis bonsoir* — Donne la main. — ^ Fais bravo, etc.), ou interrogatives (As-tu faim? — Pour qui la bouillie ? — Où sont tes pieds? etc.), et y répondait par des gestes appropriés, très nettement différenciés. Il est reconnu, en effet, que les réactions motrices spéciales sont, en général, en retard sur les réactions sensorielles (i). Dans le cas spécial du langage, notamment, Tenfant est obligé de reproduire syllabe par syllabe, c'est-à-dire par Luie sorte d'attention analytique, les mots (jue sa mémoire auditive reçoit en blocs massifs. Preyer(2) compare fort heureusement la gaucherie de V enfant qui s'essaie à parler à Tattitude des malades frappés de c< dysphasie », chez lesquels les centres moteurs de la parole sont lésés sans altération des centres auditifs.

§ 21. — Après ces tâtounements, et à des époques fort variables, le langage de Tenfant prend soudainement un développement et une consistance extraordinaires. Il semblerait, à première vue, que cette impulsion dût avoir pour origine le développement même de rintelligence, et que Tenfant fit avec joie usage de son nouvel instrument, du jour où il a compris Tutilité des signes. Partiellement exacte, cette explication, est insufTisante- Il ne faut voir, croyons-nous, dans la brusque préférence accordée par renfant au mode

(i) Cr L, l'AEVOE, Neue Experim. âb. den V or gang der eiri/achrn Reahtion aaf Sinneseindràckef dans les Philos. Studien de Wundt, t, IV., 1888.

(a) Ouvr. cité, p. aj^-jS. -

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verbal d'expression, qu'un symplome de Tachèvement des habitudes verbo-niotrices dans le centre moteur du langage, et de rétablissement de solides liaisons sub-corticales entre ce centre et le centre auditif. L'aphasie motrice, la plus fréquente précisément, sembfe bien prouver que Facquisition, la perte ou le trouble des coordinations verbo-motrices n'a rien de commim avec l'état de santé ou d'anémie inlelleclectuelle. De même qu'un léger trouble suffit à mettre hors d'usage cet appareil délicat, de même il ne peut fonctionner avec aisance en-deça d'un certain degré de perfection organique. En fait, l'enfant possède bien avant de savoir parler l'usage des signes et l'intelligence de quantité de termes et de propositions. Certaines classes de percepts visuels, sonores ou tactiles, sont pour lui suggestives d'émotions et, par suite, de réactions définies. Et par là-même un progrès intellectuel inappréciable se trouve déjà réalisé. En effet, ces réactions, si nombreuses et si nuancées soient-elles, le sont beaucoup moins encore que les émotions qu'elles traduisent; les mouvements de l'enfant se diversifient infiniment moins vite que ses perceptions, et des réactions identiques ou semblables, doivent répondre de la même manière à des excitations provenant d'objets partiellement différents. Dès lors, il faut reconnaître que, de très bonne heure, l'enfant oppose à la multiplicité des choses une simplicité organique d'habitutudes. N'est-ce pas dire, d'un mot, qu'il est déjà capable de généraliser ?

LA GÉNÉRALISATION l3l

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