‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 47 sur 115 · LE JUGEMENT ET LA RAISON · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT ET LA RAISON

appréciables, un objet connu, l'esprit se dispose invariablement à répéter, à Tégard de cet objet, les modes d'attention et de réaction qui lui ont suffi déjà à le connaître et à exercer sur lui son action.

On pourrait tenter, de même, d'expliquer par les conditions psychologiques de l'habitude et de l'adaptation les « principes synthétiques » de la raison. Le principe de substance n'est autre que le développement du concept de substance tel que nous l'avons défini plus haut : c'est l'attente de l'esprit habitué à trouver en toute qualité sensible le signe d'autres qualités simultanées, c'est-à-dire un appel aune attention complexe. Dire : « La neige est blanche », c'est dire que tout indice non visuel de la présence de la neige m'invite à un certain mode d'attention oculaire. Le principe de causalité, à son tour, est l'expression très généralisée de Tattitude d'attente habituelle à l'esprit àl'égard des phénomènes perçus dans leur succession. Légitimes ou non, les autres principes, les axiomes de la géométrie, les préceptes généraux de la morale , de la coutume, se ramèneraient de même à des attitudes habituelles de l'esprit vis-à-vis de ses propres représentations. Les concepts exprimaient, disions-nous, des possibilités de réactions constantes : les jugements, dirons-nous maintenant, ne sont que le passage à l'acte de ces virtualités en réponse aux appels de l'expérience : ils réalisent l'adaptation de nos habitudes mentales les plus anciennes et les plus profondes à nos perceptions et à nos images. Et comme l'image, entantquerqor^'sentécy est, à l'égal de la perception, une donnée présente de la vie mentale, on peut- conclure, en définitive, que le jugement est l'adaptation du contenu virtuel au contenu actuel de la conscience. Le concept et le jugement ne diffèrent donc, au point de vue psychologique, que comme la puissance et l'acte.

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rhabitude et le geste. Le jugement ne eonsiste pas à « unir des concepts », mais à revivre ime habitude mentale appropriée à une représentation actuelle.

§ 29. — Ces adaptations obéissent, connue celles qui assurent la vie organique, à la grande loi du plaisir et de la douleur. Plus nos réactions deviennent habituelles, moins aussi demeurent-elles pénil)les. L'inédit, au contraire , la nouveauté, qui exige de notre attention une nouvelle accommodation, déconcertent nos habitudes et en contrarient le retour. Sans doute, il serait tout à fait inexact de dire que nous jugeons des choses d'après le plaisir qu'elles nous causent ; mais l'aisance et la rapidité de Taccord qui s'établit entre nos croyances antérieures et les données nouvelles de Texpérience sont pour nous le critérium ordinaire de la réalité de celle-ci. C'est ce qui, d'ailleurs, va

p ressortir plus clairement de l'étude de la crovance.

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