‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 75 sur 115 · I. RESUME DU LIVRE · texte numérisé non relu

I. RESUME DU LIVRE

§ I. — En résumé, la croyance est une adaptation, mais une adaptation au second degré. L'adaptation primaire est caractérisée par ce « sentiment de réalité », qui accompagne, à Torigine, toute sensation non contrariée ; c'est cette « foi.» sans contrôle, par laquelle l'enfant s'approprie l'expérience de sa race ou de son milieu. Mais cette naïveté des premières impressions est promptement combattue par la variété inquiétante des leçons de l'expérience ; or Tattention ne peut se diviser indéfiniment. Sa loi est sélection prévoyante, auto-imitation, habitude. La croyance proprement dite est, après une période d'oscillation variable en durée et en importance, une réadaptation plus forte de l'attention aux excitations les plus stables, les plus cohérentes. La croyance est une foi contrôlée.

§ 2. — Il a fallu, pour la commodité de l'analyse, distinguer dans cette adaptation trois moments successifs : perception, souvenir, concept. Il est visible

maintenant que cette division est uu artifice de pure méthode. La vérité est que nous percevons par souvenirs et aussi par concepts, (i) c'est-à-dire que chacune des démarches par lesquelles notre organisme s'oriente dans le monde des excitations, suppose le réveil des images génériques et des habitudes générales qui correspondent, dans notre conscience, à la solidité, à la profondeur, à la couleur, à l'agrément, en un mot, aux aspects les plus habituels des excitations sensibles. Chacun de nos mouvements appropriés est un raisonnement vécu. Réciproquement, nos souvenirs et nos concepts n'ont de sens et d'usage que par les perceptions qu'ils préparent. Cette préparation est souvent à très longue échéance, parfois même inutile. Il y a des souvenirs qui n'émergeront plus jamais de l'inconscient, des concepts qui se décolorent «t se vident, faute d'usage. C'est même parce que le souvenir et le concept sont d'un emploi tout éventuel, que la saveur poétique du premier est si vive, et que la réflexion la plus abstraite finit par devenir le plus désintéressé des exercices. Aussi ne vient-il à l'esprit de personne de voir, dans la spéculation, un calcul platement utilitaire. Mais, en définitive, l'objet suprême de la spéculation est de mettre de l'ordre dans la pensée^ c'est-à-dire de substituer à la complexité variable des choses un système de signes simples et stables, auxquels l'attention puisse s'adapter sûrement et d'une façon durable. Or cette loi unifiante de l'adaptation se vérifie, nous l'avons vu, tout au long de l'échelle, depuis les plus simples réactions motrices, jusqu'à la formation des croyances les plus générales. Aussi les images et les concepts sont-ils bien, comme on Ta

(i) Cf. Brunsghvicc, La motlalité da jugement^ Par. 1897, p. ia4*>

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dit souvent, des équivalents simplifiés du monde sensible, mais des équivalents qui ont été primitivement formés d'une façon tout utilitaire, et qui demeurent des instruments pour agir sur le sensible. Le contact possible avec Texpérience physique ou morale demeure la pierre de touche de tout système scientifique ou philosophique. Un concept est moins un résumé d'expériences passées qu'un principe inépuisable d'expériences à venir, et la croyance en la réalité du concept n^est que Thabitude même de rappliquer sans hésiter au plus grand nombre possible de cas nouveaux.

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