I. LES PRINCIPES DE LA RAISON
§ I . — Il ne saurait être question, au terme d'une étude de pure psychologie, d*esquisser une théorie intégrale de la valeur de la connaissance. Mais nous avons à écarter une objection qui a dû se présenter plus d'une fois déjà à l'esprit du lecteur. On peut se demander, en effet, si, à force d'abonder dans notre sens, nous n'avons pas multiplié les difficultés en négligeant d'invoquer, dans la genèse de la croyance, la faculté maîtresse de toute vérité, « la puissance de » bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui » est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou » la raison » (i). Si la recherche du vrai est, par excellence, la fonction de cette puissance, on est en droit d'exiger que nous définissions le sens du mot Vérité, dans une psychologie qui ne dit mot de la raison.
Ce n'est pas sans dessein que l'on a cherché^ et réussi peut-être, à éviter, dans cette enquête sur la
(i) Descartbs, Méthode, i.
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croyance, tout recours à la raison et jusqu'au nom même de cette faculté. Notre intention était précisément de montrer que la raison, — telle du moins que la définit la psychologie cartésienne, avec ses notions et ses vérités premières, — est elle-même soumise à une genèse, à une évolution. Aussi avons-nous tenté d'établir que les principes sont les habitudes les plus généralement adoptées par l'esprit dans son effort pour dominer les choses ; et nous entrevoyons maintenant que la valeur de la raison est elle-même l'objet d'une croyance acquise et que toute vérité a pour garantie subjective la solidarité de cette même croyance.
§ 2. — Insistons sur ces conclusions.
Quand nous cherchons à justifier une de nos affirmations, nous la subordonnons toujours à une affirmation déjà admise et plus générale. Les logiciens montrent, à bon droit, que l'induction scientifique elle-même repose sur un syllogisme, dont la majeure est Taflirmation de l'ordre imiversel et nécessaire de la nature. On montrerait sans peine que la preuve fondée sur le témoignage, la plus imparfaite de toutes, peut être elle-même ramenée à la croyance en la simplicité d'une nature ordonnée, au sujet de laquelle les esprits sont amenés à prendre habituellement les mêmes attitudes et à affirmer les mêmes vérités. Mais cette justification régressive des croyances est un procédé de pure logique. Légitime et utile comme moyen de vérification, ce procédé nous interdit évidemment de rien connaître de l'origine même des principes. Car, si l'on admet que toute proposition suppose un principe préalable, les principes eux-mêmes sont, par définition, irréductibles et à priori. Mais la psychologie ne saurait s'en tenir à cette analyse