‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 85 sur 115 · DOUBLE ASPECT DU VRAI · texte numérisé non relu

DOUBLE ASPECT DU VRAI

ment à l'épreuve salutaire de la critique. Codes de morale, corps de lois civiles, dogmes religieux, parce qu'ils ont pour fin prochaine de régler la conduite humaine et de restreindre les prétentions de l'individu au profit de la paix sociale, tendent toujours à se formuler en systèmes d'affirmations impératives. Quelle que soit la solidité des assises rationnelles dont aucun de ces systèmes, nous l'avons vu, n'est entièrement dépourvu, ils réclament plus volontiers la foi sans examen que la croyance réfléchie. « J'entends crier partout, dit Kant, ne rai- » sonnez pas ! — L'officier dit : ne raisonnez pas, » mais faites l'exercice. — Le ministre des finances » dit : ne raisonnez pas, mais payez. — Le prêtre » dit : ne raisonnez pas, mais croyez. » (i).

Aussi bien le dogmatisme dans l'affirmation n'a-t-il n'a pas manqué de susciter le dogmatisme dans la négation. Tandis que les débats sur la valeur de la science se bornent, aujourd'hui, à discuter sur la limite du connaissable, il s'est trouvé, en dehors des asiles d'aliénés, des esprits simplistes pour proclamer sommairement le néant absolu de toute religion, des anarchistes pour dénoncer la Société comme responsable de tous les vices et de toutes les misères, un Nietzsche pour bafouer la morale de justice et d'humanité comme une fiction d'esclaves. Tant il est vrai qu'un dogmatisme, quel qu'il soit, ne saurait « faire au scepticisme sa part » ! Si la science positive seule y a réussi, c'est qu'elle a fait du doute expérimental et du libre examen individuel le principe même de sa méthode.

(i) Was ist Aufklœrung? 1784, Ed. Hartenstein (i'*)> 1. 1, p. m. Traduit par Bami dans Doctr, du Droit, p. 281 .

m. LE DOLTX TRA>SCKXDA>TAL

g lo. — Toutefois le succès de la science positive semble subordonné à la résolution d*un doute, non plus expérimental, mais transcendantal. Si Tongine de toute croyance est une adaptation devenue habitude, Tobjectivité, même relative, de la croyance n'a-t-elle pas pour condition là constance du milieu auquel s'adaple la spontanéité du moi? Or quelle expérience vérifiera cette persistance absolue des lois du devenir ? L'expérience humaine est limitée dans le temps et dans Tespace, et, dans cette donnée limitée elle-même, où le désordre semble le disputer à l'ordre, Tattention des hommes de tous les temps n*a discerné qu'un nombre infime de répétitions et de simultanéités constantes. Mais l'habitude résoud pratiquement le problème, car elle ai)our caractère propre d'enfermer une puissance indéfinie d'actes à venir identiques ; elle est donc, par définition même, une attente implicite des mêmes excitations qui l'ont constituée. Menacer une raison façonnée par l'habitude d'une perturbation possible de l'ordre universel, c'est suggérer à riiirondelle que l'air pourrait cesser un jour de la porter. Si Ton a pu dire que l'aflBrmation de la liberté est un acte libre, on peut ajouter que l'affirmation de la né(îe8sité extérieure est la nécessité primordiale de l'affirmation.

§11. — Mais nou.; avons dit que la loi fondamentale de la pensée est de n'aller du doute à l'habitude que pour y revenir. Le doute est le correctif perpétuel de l'habitude et n'épargne pas, en droit, nos croyance»

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