‹ Essai sur l'evolution psychologique du jugementChapitre 86 sur 115 · LE DOUTE TRANSCENDANTAL 35S · texte numérisé non relu

LE DOUTE TRANSCENDANTAL 35S

les plus générales et les plus stables. Le postulat scientifique de la nécessité universelle continue à se poser à la réflexion libre, à titre de problème. Cette nécessité n'est-elle qu'une phase provisoire d'une évolution dont le sens nous échappe ? Sur la trame actuelle de la nécessité, des agents libres ne peuventils, dès à présent, dessiner des actes qui, sans troubler Tordre naturel des phénomènes, en varient les contours? N'y a-t-il pas place, dans cette nature, pour l'intervention d'une liberté transcendante ? Le miracle est-il impossible ? A ces questions, la science ne saurait apporter de réponses dogmatiques. « La rai- » son, écrit M. Renouvier, et ce que nous connais- » sons des lois ne nous oblige pas à nier la possibilité » des miracles » (i). On ne saurait davantage, comme le croyait Renan (2), « bannir le miracle de Tiiistoire au » nom d'une constante expérience » et parce qu'il n'y a jamais eu jusqu'ici de c< miracle constaté ». On ne saurait, en elFet, ajoute M. Renouvier (3) « avoir » l'expérience d'un fait négatif ». On ne saurait davantage conclure du mécanisme apparent des phénomènes physico-chimiques à la détermination mécanique des phénomènes de tout ordre. Tout ce que peut et doit le savant, c'est soumettre aune critique rigoureuse les prétendus miracles, dénoncer Finsuflisance des témoignages, la crédulité des témoins, la supercherie des auteurs. Il pourra, dès lors, conclure à la haute improbabilité du miracle, du moins du miracle physique, et cette improbabilité, en l'absence de toute donnée positive contraire, suffit pratiquement à fonder sa certitude. De même, il doit poursuivre aussi loin que

(i) Etude philos, sur la doctr. de Jésus, dans Année philos., 1898,^. p. 18-19.

(2) Vie de Jésus, li.

(3) Ibid.

possible la rédaction des actes réputés libres à des associations d'idées, à des suggestions ou à des influences cérébrales. Mais, rencontrât-il même, dans Tordre des actes humains, des processus inexplicables sans l'intervention d'une volonté de choix, en quoi la haute probabilité du déterminisme de l'univers sensible en serait-elle amoindrie, si les décisions du libre arbitre, du moment où elles s'insinuent au milieu des successions mécaniques, prennent elles-mêmes la forme de séries causales régulières, et, par suite, d'apparence nécessaire, si elles ne produisent que d'imperceptibles perturbations dans le détail du vaste système des forces naturelles ? Le rôle de l'adaptation motrice et de l'attention n'est-il pas, précisément, d'établir le départ des excitations utiles ou nuisibles qui, en se répétant, commandent le retour mécanique d'attitudes semblables et des excitations d'apparence variable, à l'égard desquelles reste nécessaire une attitude d'attente indéterminée ?

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