‹ Essai sur l'hellénisme égyptien et ses rapports avec l'hellénisme classiqueChapitre 15 sur 83 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

courtisans et des prêtres ^^? Comment ne pas croire à cette tradition Rhodienne : qu'à une certaine époque préhistorique, qu'il n*est pas difficile de déterminer aujourd'hui, les Haliens, les ancêtres des Éoliens, chassés de leurs possessions des îles de TArchipel et de la Syrie par les Sémites, ont émigré dans la Basse-Egypte pour y devenir les maîtres ^^? Comment traiter enfin de légende la tradition juive, d'après laquelle Moïse, le législateur d'Israël, a reçu en Egypte, en dehors de Tinstruction hiératique, une instruction profane, qui lui a été donnée par des maîtres grecs ^* ?

Certes, ces traditions, que se sont transmises des peuples ignorants et superstitieux, ont fini par être dénaturées, à un tel point qu'on est en droit de les suspecter. Mais la critique, elle aussi, a fait fausse route, pensons-nous, en appliquant à Tâge légendaire la méthode qui convient aux temps historiques et en faisant table rase de renseignements anciens si intéressants, sans se donner même la peine de s'assurer de ce qu'ils pouvaient avoir d'authentique.

On peut en dire autant des Auteurs Grecs dont les ouvrages constituaient jusqu'au commencement de ce siècle, la seule source à laquelle on puisait les éléments de l'histoire de l'Egypte et qui, de nos jours, sont si mal traités par la cri tique "^^

Évidemment, ce qu'Hérodote raconte sur l'histoire ancienne de l'Egypte est bien un peu du domaine légendaire, et avant de le citer pour une démonstration sérieuse," on doit être circonspect; mais, il ne faut pas oublier non plus que ces légendes sont la reproduction des idées que les Égyptiens de cette époque avaient sur les antiquités de leur pays. On doit d'autant plus les respecter que les dernières études faites sur les monuments ont déjà confirmé un grand nombre d'entre elles. Dans une série d'articles d'une rare érudition, parus dans VAnnuaire de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France, M. Maspero a démontré de la manière la plus concluante

INTBODUCTION. XXIII

qu'un grand nombre de ces légendes sont basées sur des faits historiques que la tradition a plus ou moins défigurés. M. Wiedemann, de son côté, en a fait autant dans le bel ouvrage qu'il vient de publier sur le second livre d'Hérodote ; et, M. Croiset , avec un tact tout particulier, a réfuté une à une les nombreuses attaques dont Thistorien grec a été Tobjet de Tautre côté du détroit^®.

Mais la plus grande erreur que la critique moderne a imputée à Hérodote et dont aucun de ses admirateurs n'a songé à le réhabiliter, c'est d'avoir apporté le désordredans la chronologie des rois d'Egypte et d'avoir fait errer, à travers les siècles, les savants, y compris Diodore, en leur imposant une histoire égyptienne en opposition avec celle que les monuments nous enseignent.

Il suffirait cependant de lire avec attention cette partie de son ouvrage pour comprendre que ces interversions dans la liste royale sont dues à une faute de pagination, commise très probablement par le copiste chargé de fournir à la bibliothèque d'Alexandrie Texemplaire destiné au public.

En effet, rien n'est plus facile, dans la copie des textes, que de confondre entre elles les pages qui commencent par la même phrase. Là preuve que c'est bien là le cas du texte d'Hérodote, c'est que le simple remplacement du passage contenu des §§ 100 à 123 par celui que comprennent les ^ 124 à 136, passages commençant tous les deux par la phrase Mstoc Ss toutov (âêaaOvsucs), suffit à rétablir les Rois cités par cet Historien dans Tordre identique de ceux qui ont construit les monuments qu'Hérodote a admirés dans son voyage, sur la route de Memphis à Crocodilopolis^\

Cette mutation faite, et sans changer un iota au texte, on a, en première ligne, Menas, le fondateur présumé de Memphis. Après lui, Khéops, Khefren et Mykérinos, les constructeurs des grandes pyramides de Ghizeh. Viennent ensuite Asychis, la reine Nitocris, puis les guerres civiles qui remplissent les six siècles suivants, durant lesquels ont été construits les monuments moins importants de Darschour et de Saqqarah ; enfin, en dernier lieu, le roi Moeris

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