‹ Essai sur l'hellénisme égyptien et ses rapports avec l'hellénisme classiqueChapitre 21 sur 83 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

si Ton veut bien se rappeler que toutes les fois que l'Egypte a traversé une période d'évolution intellectuelle et matérielle soudaine, cette période a presque toujours coïncidé avec Toccupation étrangère ; et, qu'au contraire, toutes les fois que la population primitive de la vallée du Nil a réussi à devenir maîtresse de ses destinées, elle n'a fait que rétrograder ?

Mariette qui a été un des plus fervents partisans de l'unité du peuple et de la Civilisation Égyptienne, s'est vu obligé de déclarer à la fin, que l'Egypte n'est qu'une expression géographique et que le nom d'Égyptien revient de droit à tous ceux qui ont occupé ce pays et qui y ont laissé des traces de leur passage '\ Étant donné donc que èes peuples, avant de venir sur les bords du Nil, ont occupé également d'autres contrées ; et que, là aussi, ils ont développé leurs aptitudes, comment peut-on se servir de leurs œuvres pour attribuer à un de ces pays une influence directe sur les autres ?

Une autre unité nationale à analyser dans ses éléments est celle des Phéniciens.

Depuis les travaux de M. Movers, on a pris l'habitude de confondre les Phéniciens avec les Sémites et d'attribuer à ces derniers tout ce qui a été fait par leurs prédécesseurs. Procédant ainsi, on est arrivé à nous doter d'un sémitisme qui n'a jamais existé, et on se fait fort de le découvrir partout et à toutes les époques de l'existence humaine. Mais, grâce à une étude plus approfondie des textes, et plus particulièrement, grâce à la découverte des tablettes cunéiformes de Tel-el-Amarna, il est aujourd'hui acquis à la science que lorsque vers le quinzième siècle avant notre ère, les enfants d'Israël vinrent s'établir dans la Syrie, ils trouvèrent ce pays occupé depuis longtemps par une population mixte, répartie en plusieurs petits Etats indépendants, et dont chacun trahissait une origine à part "^^ Il y avait desHethéens, des Amorrhéens,des Sidoniens, des Touriens, des Alasiens, des Kads, etc., etc., avec une population plus ancienne, au teint basané, que les Israélites appelaient

INTROD (JCTION . XXXI

Kanaan, les Egyptiens Fenchu, et les Grecs <I>oivt/.a<; ^^ ; et, le plus important, c'est que ces différents peuples avaient déjà joué un rôle très important dans le pays, et avaient développé chacun une civilisation à part, que les Sémites n'ont fait que s'approprier.

Il en est de même de Tunité du peuple et de la civilisation Hellène, que les savants contemporains cherchent à soutenir, les uns, en discréditant les peuples Pré-Helléniques, les autres en les comprenant dans la même famille ethnique que les Hellènes. Il suffirait cependant de lire avec attention Homère pour apprendre que les Chefs de Texpédition contre la ville de Troie, les Achéens et les Argiens, étaient des étrangers qui avaient réussi à , conquérir le Péloponèse, les îles de TArchipel et une très grande partie de la Grèce continentale ; que les différents peuples qu'il y avaient assujettis parlaient des langues qui leur étaient inconnues, et avaient chacun des croyances, des traditions, des aspirations politiques même, différentes; que plusieurs de ces peuples étaient apparentés ou alliés avec les Troyens, dont les Achéens avaient juré l'extermination ; et, fait plus important, qu'en compagnie de Troyens, les peuples Pré-Helléniques de la Grèce insulaire et continentale avaient atteint bien avant d'être soumis par les Hellènes un degré de civilisation que ces derniers n'ont fait que détruire ^^

Il serait donc aussi injuste qu'erroné de vouloir attribuer à ces derniers venus tout ce que leurs prédécesseurs avaient produit de beau ; et, a fortiori^ de s'en servir comme preuve de l'influence de l'Hellénisme ou du Sémitisme sur des pays qui avaient déjà eu pour habitants les mêmes peuples que ceux que les Hellènes avaient trouvé établis en Grèce, les Sémites dans la Syrie.

Le défaut de cette manière de procéder apparaît bien plus clairement dans les doctrines concernant la langue, la religion, l'art.

Oubliant que l'Égyptien et le Grec ont absorbé toutes les langues étrangères qui se sont parlées dans les deux

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