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Leur origine et leurs mœurs.
Dîodore nous a conservé la tradition égyptienne; d'après laquelle, sous le roi Horus, le fils posthume d'Osiris, le même qui a expulsé les Typhoniens de son pays, l'Afrique du Nord a été envahie par les Amazones, peuple puissant, qui, parti des pieds de l'Atlas, en Mauritanie, traversa rÉgypte, battit les Arabes (Érembes) installés de Tautre côté de risthme, et porta la guerre chez les peuples de l'Asie Mineure jusqu'à l'Hellesponte*. Platon, qui parle également de cet événement, donne aux envahisseurs le nom, à' Atlantes et leur fait occuper, d'un côté, l'Afrique du Nord, jusqu'à TÉgypte, de l'autre, l'Europe, jusqu'à la Tyrrhénie^. Or, cette domination, que les prêtres égyptiens ne voulaient pas admettre comme ayant été exercée dans leur pays, s'impose par une série de faits et de considérations dont il est difficile de méconnaître la valeur.
C'est d'abord l'apparition à cette époque, dans la partie moyenne de l'Egypte, à l'endroit même où la vallée communique avec le désert libyque, à' un nouvel élément ethnique, essentiellement différent de ceux qui alors existaient dans le pays : des gens trapus, à tête volumineuse et basse, au visage large, aux yeux grands, aux extrémités bien musclées, etc. ^ et nonobstant l'influence du climat et des croisements multiples, ce type se retrouve encore dans la population rurale de la Moyenne-Egypte.
64 l'hellénisme égyptien.
C'est ensuite la fondation soudaine d'un empire miliiaire^ dont les chefs sont pris tous parmi les hommes de la nouvelle race*.
De plus, il y a à signaler V apparition^ à la même époque, A'une nouvelle divinité essentiellement différente de celles qui, jusqu'alors, étaient en honneur dans le pays. C'était un Dieu créateur, Ptah^ se dédoublant, comme les Dieux de la Babylonie, en Dieu du ciel et en Dieu de la terre; et, malgré les nombreuses réformes religieuses qui se sont succédé à travers les siècles dans le pays, cette Divinité a pu conserver ses attributs et ses prérogatives jusqu'aux plus basses époques de THistoire Égyptienne ^
Avec la nouvelle Divinité, nous constatons un nouveau genre d'ensevelissement dans le pays. A côté des fosses ovales creusées dans le sol, nous rencontrons des tombes rectangulaires, construites en briques crues, dans lesquelles le défunt paraît avoir été déposé décharné par une incinération partielle ou par un séjour plus ou moins prolongé dans une tombe provisoire*, procédé en contradiction formelle avec le mode d'ensevelissement classique des Égyptiens, et cette croyance que la conservation du corps était nécessaire pour la continuation de l'existence après la morf.
Enfin le pays reçoit, à partir de cette époque, une nouvelle appellation. Au lieu de Keft ou Koft^ il s'appelle à présent Kem^ ou P-t'on-Kem, c'est-à-dire le pays de Kem^, et sa langue se remplit de mots et d'expressions Libyens ou Berbères ^
Tout concourt donc à nous faire croire que l'Egypte, peu après l'expulsion des Moscho-Ibériens, a été envahie par un autre peuple, appelé Kern, et que ce furent ces Kem qui fondèrent le premier empire historique dans la vallée du Nil.
Quels étaient ces envahisseurs et d'où tiraient-ils leur origine ?
Le nom à' Amazones sous lequel ce peuple est cité par
Diodore, et que nous croyons retrouver dans ceux des Zaueces d'Hérodote et des Amazigh de nos jours, ne nous apprend pas grand'chose à. ce sujet. Ainsi que nous l'avons dit, ce nom n'est qu'un terme d'exclusion que les Moschiens avaient l'habitude de donner à tous les peuples étrangers qui demeuraient dans leur voisinage**^. Il en est de même de celui d'Atlantes. Il s'appliquait à tous ceux qui se sont succédé dans le pays d'Atlas. Aussi ne saurait-on donner à ces noms une signification ethnique avant d'avoir établi la nationalité de chacun des peuples, qui les portaient".
Les premiers peuples que les Moscho-Bériens expulsés d'Egypte ont dû trouver dans l'Afrique du Nord étaient, tout d'abord, les Rebou ou Lebou, les voisins séculaires des Egyptiens du côté de l'ouest *2, et plus loin, au delà du lac TrUonis, les A tarantes et les Canariens^ ou les Gétules^^, (( tous peuples incultes, dit Salluste, sans habitations fixes, « sans chefs ni lois, se nourrissant de la chair des animaux (( sauvages ou de l'herbe des champs, à l'instar des trou- « peaux » et dans lesquels nous croyons reconnaître les trois races d'hommes qui, dans les temps préhistoriques, ont peuplé l'Europe occidentale, les Cro-Magnon, les Neanderthal et la race dite Néolithique**. Or, de tels peuples, on ne peut raisonnablement pas faire descendre les fondateurs d'un empire qui a duré quarante siècles.
Peu après leur installation dans l'Afrique occidentale, les Moscho-Bériens ont dû donner le nom d'Amazones à un autre peuple, les Libyens ou les Punt^^, lesquels, partis d'Europe au début de l'âge néolithique, sont venus s'installer dans l'Afrique du Nord en repoussant les Canariens vers le sud, les Moscho-Bériens vers l'est; et ce peuple ressemblait aux Kemites de l'Egypte et aux Amazigh de nos jours à un tel point qu'on ne peut que les identifier avec eux*
Comme les Kemites, les Punt des monuments égyptiens étaient de taille plutôt petite; comme eux ils avaient la tête basse, le visage large, les yeux grands. Les artistes leur donnaient même sur les monuments la couleur spéciale aux
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Égyptiens *^ De même que les Kemites, ils adoraient un Dieu créateur en deux personnes et faisaient usage d'ensevelissement double *^
Mais les Punt qui ressemblaient tant aux fondateurs du premier Empire égyptien, ressemblaient également et sous tous les rapports aux Ligiu^es, qui habitaient de l'autre côté de la Méditerranée, de même qu'à leurs ancêtres, les Finnois, et cela de telle façon qu'on est forcé de considérer ces trois peuples comme ayant fait jadis partie de la grande famille des peuples Finno-Tatare*^
La diversité de leurs noms ne peut guère affaiblir leur affinité ethnique, étant donné que « Ligure » n'était pas le nom propre de ce peuple, mais celui que ses voisins, les Ibères, lui appliquèrent pour indiquer qu'il leur était allophyle. Partout où nous rencontrons en effet ce peuple sous cette appellation : dans l'Europe occidentale, en Italie, ou en Illyrie et dans la Colchide, nous le trouvons ayant pour voisins les Ibères. Mais si nous avançons plus au nord, si nous remontons jusqu'à la Scythie du Pont, vers la mer Baltique ou vers la Finlande, nous le trouvons portant le nom qu'il s'est donné dans la vallée du Nil. La Scythie du Pont passait dans l'antiquité pour le pays des Kimériens; l'Esthonie de nos jours était le pays des Kimbres et la Finlande' est encore appelée par les Lapons, comme l'Egypte dans l'antiquité, Kemi^^.
Une autre particularité que les Kemi hyperboréens avaient en commun avec les Punt de l'Afrique du Nord, était l'habitude de faire participer à leurs exploits les femmes ^^ Dans les tumulus de la Scandinavie et du Danemark, on a bien des fois fouillé des tombes contenant les restes de femmes guerrières, enterrées là avec leur casque et leur épée en bronze. Il y avait donc dans le nord, à l'âge de bronze, de véritables amazones, analogues à celles que la tradition place parmi les différents peuples riverains de la Méditerranée, à l'époque où ceux-ci avaient à peu près le même degré de civilisation que les septentrionaux à l'âge
de bronze 2*. Mais n'ayant eu, comme ces dernières, pour voisins ni les Gouriens ni les Maxyes, les guerrières du nord ont pu conserver leur appellation primitive Piuit, et ce nom, passé de très bonne heure chez les Égyptiens, s'est ancré dans leur langue et dans leur écriture d'une telle façon qu'il est difficile de ne pas le reconnaître à première vue^*.
Tout concourt donc à nous faire croire que les Punt et les Libyens, les Amazones et les Atlantes, les Kemi d'Egypte et les Ligures de l'Europe occidentale, appartenaient tous à une et même famille ethnique, la famille des peuples Finno-Tatares et qu'ils parlaient, comme eux, des langues Finno-Talares.
Au dire des ethnologues finlandais, les Kemi hyperboréenSj les Gomar de la Bible, , les Ke^aepot des Grecs, étaient divisés anciennement en deux branches : les Kemi orientaux ou Siiomi et les Kemi occidentaux^ plus particulièrement appelés A>m^*^ Ils s'appelaient encore, et très probablement pour la même raison, les uns Ftagh, Ftals ou E-Ftals; les autres Ne-Ftagh ou Ne-Ftals^ noms dont les anciens Grecs firent leur nàXo'j(; et NdcTraç ; les auteurs Byzantins leurs ^TaXtraç ou 'E(pTa>.iTa(; et NsçraXtraç ; les Germains, leurs Est-Fah et West-Falsy et qui finirent par désigner les deux grands groupes de peuples Touraniens : les 'TurcO'Tatar es et les Finno-Tatares, Ces mêmes peuples s'appelaient encore Put, Punt et Bud^ noms qu'on pourrait considérer comme autant de formes dialectales de leur appellation primitive et qui se laissent reconnaître dans le Pont de la Bible, les IlovTiot et les BoùStot des anciens Grecs**. Mais leur nom général paraît avoir été dans l'antiquité comme de nos jours Altaï ou peuples Altaïques^ et il provenait, très probablement, de celui de la montagne de l'Asie centrale dont ces peuples étaient originaires.
Or cette division et cette même nomenclature, nous les retrouvons en Egypte aussi bien que dans l'Afrique du Nord, chez les deux peuples du type Finno-Tatarc : les Pimt
68 t/helIiÉnismb égyptien.
et les Kemites. La partie sud des possessions de ce dernier peuple dans la vallée du Nil, TÉgypte moyenne, portait dans l'antiquité le nom de Ptah- ou E-Ptah-notimi, dont les Grecs firent leur *E7UTavo[i.i<;*% tandis que la partie nord était connue sous celui de Ne-Ptah ou No-Ptah^ dont les Coptes firent leur Niphajat^ les Hébreux leur Naphtiihim, les Grecs leur NufjLçatov 2» et tout le pays s'appelait Kemi.
Il en a été de même dans l'Afrique du Nord. Toute la contrée qui s'étend entre l'océan Atlantique et la Cyrénaïque portait le nom de Libye et ses habitants celui de Libyes^ noms que nous rencontrons en Gaule et en Italie appliqués à des peuples et à des contrées incontestablement Ligures^\ La partie du littoral atlantique occupée aujourd'hui par les Marocains et les Espagnols, s'appelait jusqu'au temps d'Homère le pays des Kimeriens^^^ tandis que l'Algérie et la Tunisie constituaient le pays des Puni, les prédécesseurs des Carthaginois. Mais le vrai nom des Punt, Ptolémée lui-même nous l'enseigne, était $6oùS et ce dernier constitue, très probablement, la forme intermédiaire entre Ftag et Put,
Une autre série de preuves en faveur de la thèse que nous soutenons nous est fournie par l'étude comparée des religions des deux pays.
Les Kemi hyperboréens étaient desPhysiolâtres, mais des physiolâtres essentiellement différents de ceux des autres pays. Habitant des contrées dans lesquelles, après un été court, mais presque continuellement exposé à l'influence vivifiante du soleil, succède un hiver long, brumeux et glacial, hiver qui arrête la vie et oblige l'homme à s'enterrer vivant dans des souterrains^®, les Kemi hyperboréens ne tardèrent pas à assimiler leur été à la vie et au monde des vivants, leur hiver à la mort ou au monde des morts, et leur sortie des souterrains, à l'approche de l'été, à une véritable résurrection. Le soleil {A-Fitab) et la lune {Kéma^)y les seuls astres auxquels on pouvait attribuer ces phénomènes, ont été par conséquent considérés comme deux divinités,
LES KEMITES EN EGYPTE. b^
Tune du monde des vivants, Tautre du monde des morts ; et on se les figurait tantôt comme mari et femme, tantôt comme deux frères obligés de se substituer à tour de rôle, soit dans le ciel et l'enfer, soit pour aller faire la guerre aux monstres et aux malfaiteurs dans l'intérêt de leurs adorateurs. C'était le culte de deux Frères, encore aujourd'hui en honneur chez les Ostyakes et les Samoyèdes^* ; les deux Dragons de la Gaule préceltique ; les Liala et Poliala des Russes, les deux jeunes Cavaliers des Turcomans, Kassim et Edrèlez^ que l'Église, afin de faciliter la conversion de ces peuples au christianisme, a dû adopter dans son martyrologe dans la personne de saint Georges et de saint Démétrius, saints que les Turcs fêtent encore avec les chrétiens ^^
Mais lorsqu'ils ont mieux connu la météorologie de leur pays, lorsqu'ils ont compris que la lune n'avait aucune part dans la production de ces phénomènes et que le soleil seul en était l'auteur, les Kemi hyperboréens finirent par considérer cet astre comme le seul Dieu de l'univers, maître du ciel et de la terre, source de la vie et de la mort, et l'appelèrent tantôt Ftag, Ftal, Pont ou Bond, tantôt Ne-Ftag, Ne-Ftal, Ne-Pout ou Ne-boud, noms que nous retrouvons en usage chez les anciens Babyloniens, chez les Mongols de même que chez les Gréco-Romains, pour désigner les divinités célestes et infernales ^^
Ensuite, pour s'expliquer ces disparitions et réapparitions périodiques, ils se créèrent la légende d'un Dieu se sacrifiant ou s'expatriant pour aller porter ses bienfaits aux gens condamnés à vivre dans les ténèbres ou pour jouir lui-même des avantages d'un climat plus tempéré. C'est la légende de Phaéthon que l'antiquité rattachait aux bords de la Baltique ^*, et sur laquelle ont été copiées ensuite la légende de V enlèvement de Coré par Plulon, celle d'Orphée et de ristar descendant aux Enfers, celle des voyages annuels d^ApoUon dans le pays des hyperboréens, etc. Mais l'ancien culte de deux Frères était, paraît-il, tellement enraciné dans l'esprit du peuple que les auteurs de la Réforme religieuse
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ont dû en tenir compte, en faisant passer les deux divinités primitive tantôt comme les enfants, tantôt comme les officiers ou les alter-ego de la divinité suprême.
Procédant de cette manière, les Kemites hyperboréens parvinrent à croire à un Dieu en deux ou trois personnes, à l'existence d'une vie future avec récompenses ou punitions et à la résurrection éventuelle des morts ; trois croyances qui ont contribué à k moralisation deThumanité beaucoup plus que toutes les doctrines émises par les philosophes ^\
Or, toutes ces idées religieuses de Texêtrme nord que les Ligures ont communiquées ensuite à tous les peuples avec lesquels ils ont été en relation, nous les trouvons, à partir de la fondation du premier Empire historique dans le pays du Nil, ici sous le nom de Ptah et de Ne-Phtah^^, là sous celui de Soleil levant et de Soleil couchant, plus loin sous celui de deux Dieux ou de deux Lions ^% et plus tard .sous celui de Râ criocéphale et d'Osiris^ etc. Tous ces couples, nous les trouvons enfin transformés en autant de Triades que rÉgypte avait de sanctuaires et dont on peut constater les survivances jusqu'à nos jours.
. Il en a été de même dans l'Afrique du Nord et l'Europe méridionale. Aux temps d'Hérodote, les Libyens occidentaux adoraient encore le soleil et la lune**. Les Punt, les prédécesseurs des Carthaginois, avaient en honneur Triton^^ et Neptune, dont le premier correspondait à Apollon, le second à Pluton*^, et auxquels on a dû plus tard adjoindre Minerve. Dans la Gaule cisalpine, on sacrifiait à A/eôeon et à Dragune (Dercunus), les deux fils de Neptune, lesquels ont eu tant de démêlés avec Hercule. En Sicile enfin, dans la Grèce antique de même qu'en Italie, on avait en honneur les DioscureSj les divinités par excellence lijguriennes**.
Une autre création non moins intéressante des Kemi, et qui a laissé des survivances dans tous les pays sur lesquels ce peuple a exercé une influence, c'est le Symbolisme^K
Après avoir longtemps assimilé leurs divinités à des pierres, les Kemi hyperboréens se mirent à les représenter
sur des blocs de pierre et sur leurs lombes mégalithiques par deux petits cônes ou par deux lignes perpendiculaires, ou encore par un croissant et des c(^rcles concentriques, imitant plus ou moins le disque du soleil *^ Combinant ensuite ces signes de différentes manières entre eux, ils parvinrent à créer toute une série de symboles secondaires d'abord équivalents, indiquant le même sujet, le soleil ou la lune, ou les deux ensemble, lesquels plus tard servirent au contraire à désigner les différentes idées qu'on se faisait alors de la nature de la divinité et de ses diverses apparitions. C'est ainsi qu'ont été créés la Gamme^ le Disçèlej le Triscèle simple ou gammé, la Croix simple ou gammée, le Tau, le Triangle ou le Delta, l'Étoile à cinq rayons, les signes si ressemblants aux lettres grecques N, Z, S, I, 0, X, Y, û, le signe de la foudre, celui du croissant embrassant le disque solaire, celui du soleil traversé par une croix ou par un triscèle gammé, etc., etc., signes qui figurent sur les plus anciennes tombes mégalithiques de la Scandinavie, du Danemark et de la Gaule**.
Plus tard, la sculpture leur étant devenue plus familière, ils commencèrent, afin de donner à ces signes des formes plus décoratives, à les remplacer par des animaux; par des oiseaux, des reptiles, des plantes même, lesquels avaient un certain rapport avec leurs formes. C'est alors que le taureau et le bélier, à cause de leurs cornes; la chatte et le chacal, étant donné leurs oreilles dressées; le lion, pour sa tête ronde; l'épervier et la grue, avec leurs ailes ; le serpent, pour son aptitude à reproduire les ondulations de la ligne droite ; l'homme, enfin pour les formes qu'il dessine en éle^ vant les bras, en écartant les jambes ou les deux premiers doigts, ont été appelés à servir tour à tour comme symboles de la divinité solaire et de ses différentes manifestations.
L'usage que l'on faisait de ces symboles était des plus variés. On les sculptait sur les lombes et les vases funéraires ; les guerriers les faisaient figurer sur leurs casques et sur leurs boucliers *^ On se les peignait sur les vêtements ou sur le corps, on se les tatouait même*^; on en faisait
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enfin des amulettes de tous genres qu'on portait avec respect pour se préserver des esprits méchants, etc., etc.
Or, toute cette série de symboles, dont nous pouvons suivre les migrations de l'extrême nord jusqu'à Gibraltar, de Gibraltar jusqu'à la mer Rouge, nous la retrouvons, à partir de la fondation du premier Empire historique en Egypte, dans toutes ses formes et combinaisons et au plus haut degré de perfection. La colonne tte, le symbole de Tune des deux divinités primitives des Kemites, figure sur la tête de Nephthys pleurant très probablement la disparition de Ptah. La mitre du grand dieu Amon affecte la forme de deux colonnettes perpendiculaires ; Hathor est coiffée de deux plumes d'autruche fixées sur un cercle cintré ;{ Ptah tient une croix ansée dans ses mains, le serpent sur la mitre des Pharaons simule la lettre S, le symbole des deux divinités primitives réunies. Enfin, la plus ancienne statue du musée de Gizeh représente un homme agenouillé de type Kemite, lequel doit avoir été tatoué à l'épaule des symboles de sa divinité, puisque le sculpteur a tenu à les reproduire*"^.
Mais c'est dans les tombes Kemites des trois premières dynasties que ce symbolisme atteint son plus grand développement. C'est dans les nécropoles archaïques de Nagadeh et d'Abydos que l'on rencontre, pour la première fois, ces stèles portant l'empreinte du Dieu suprême des Kemites sous la forme d'un épervier tenant dans l'une de ses serres le symbole de la vie (une colonnette) dans l'autre celui de la mort*^ (une tombe), ou surmontant une tombe rectangulaire dans laquelle, sous la protection d'un de ces symboles, le discèle, le triscèle, la ligne brisée ou le triangle, le mort subit l'attente purgatoire. C'est de la nécropole d'Abydos que Ton a retiré les empreintes de ces chambres funéraires, aux murs crénelés, dans lesquelles on voit le sarcophage ou le ciste contenant les restes du défunt ; et, au dessus, dressés dans leurs niches, le vautour et le serpent, symboles vivants du dieu du ciel et de celui de l'enfer, ou bien Tépervier à côté de deux cônes ou d'une étoile et d'uu
cône couché, ou encore à côté de Téioile et des trois grues psychopompes, les messagers du Dieu des enfers". C'est enfin de ces nécropoles que Ton a retiré les premiers tableaux représentant les supplices qui attendent les méchants dans l'autre monde : des hommes attaqués par des scorpions, des crocodiles et une foule d'autres animaux fantastiques, figures dont on a tant abusé dans la suite ^'.
Or, comme tous lesKemites, riches ou pauvres, tenaient à voir ces groupes de syniboles figurer dans leurs tombes et que l'inscription sur la pierre était encore chère. Ton se servait de sceaux et de cylindres semblables à ceux de la Chaldée, avec lesquels on les imprimait sur la couche d'argile qui recouvrait les jarres contenant les offrandes ou les cendres des parties incinérées du corps. C'est en effet des bouchons de jarres de cette catégorie, retirées des nécropole des Nagadeh et d'Abydos, qu'ont été relevas tous ces groupes de symboles funéraires, d'ailleurs très peu variés, qui figurent dans le dernier ouvrage de M. de Morgan sur les origines égyptiennes, et que, dans un moment d'enthousiasme bien naturel, on a pris pour des cartouches et des bannières contenant les noms de rois non mentionnés dans les listes officielles ^^
Tout concourt donc à nous faire croire que peu après l'émigration des Moscho-Ibériens d'Egypte dans TEurope occidentale, environ 5000 ans avant J.-C., ce continent a été envahi par un peuple finno-tatare, les Ligures, lequel après avpir disputé la possession du territoire aux occupants, passa le détroit de Gibraltar, conquit l'Afrique du Nord sur les Getules et les Moscho-Bériens, créa le grand empire Libyen si bien décrit par Platon, et de là conquit rÉgypte sur les Couchites pour y fonder le premier Empire militaire dont ait fait mention l'histoire.
Mais, presque en même temps, un autre corps non moins important de Finno-Tatares, les Stiomi^ paraît s'être avancé vers le sud-est, et après avoir conquis la Scythie du Pont sur les Myso-Thyras, la Colchide sur les Ibériens, être parvenu
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à devenir le maître de la Mésopotamie^* et à y fonder le premier empire Toiiranien ou Soiimérien, le pendant de Tempire Kemite sur les bords du Nil^^ Dans ces trois pays nous rencontrons, en effet, un peuple touranien ayant la constitution physique et morale, le nom même des Kemites d'Egypte, dominant les populations les plus anciennes et cherchant à leur imposer sa langue, sa religion, ses mœurs.- Or, comme ces peuples prétotiraniens étaient dans la Mésopotamie aussi bien que dans TÉgypte de même race Couchito-Ibère, on peut s'expliquer facilement Textrême ressemblance des civilisations développées dans ces deux pays, sans avoir besoin d'admettre une action directe d'un de ces peuples sur l'autre. Ce que les Touraniens unis aux Ibériens et aux Couchites ont pu produire dans la vallée du Nil, ils l'ont produit également dans la vallée de l'Euphrate,
Les prêtres égyptiens ont encore enseigné à Solon que ces mêmes Atlantes, avantde passer en Afrique, avaient essayé de conquérir son pays ; la Grèce, et que ses compatriotes étaient parvenus à leur infliger une défaite qui leur enleva à jamais l'idée d'y revenir. Mais l'existence, dès la plus haute antiquité, dans cette péninsule, d'un peuple ayant le même type trapu que celui des habitants de l'Heptanomide, parlant comme les Pélasges une langue incompréhensible pour les Grecs; peuple que la tradition faisiait venir du Continent ou delaTauride — 'HTuetpwTixot ou Tauptjcoc ï^^ir^^ nous porte à croire que ce que les prêtres égyptiens ont dit à Solon n'était que la moitié de la vérité. Les Grecs de cette époque ont probablement réussi à échapper à la domination de ces envahisseurs de l'extrême nord, mais ils n'ont pu les empêcher de s'y établir et de répandre parmi eux les mœurs et les coutumes qui leur étaient propres. Lorsque nous parlerons de la Grèce, nous tâcherons de prouver qu'un très grand nombre d'institutions politiques et religieuses de ce pays trahissent une provenance finno-tatare et non aryenne ^^
Il résulte de ce qui précède que les Moscho-Ibériens,
après avoir renversé le pouvoir des Couchites partout où ils les ont rencontrés, subirent à leur tour le joug des Touraniens ou Ligures, et que entre les Aryens et les Ibériens^ il nous faudra admettre, dans la succession des peuples, une troisième couche ethnique : la ïouranieQne qui, jusqu'à présent, a échappé à l'attention des historiens.
Les Kemites qui ont envahi TÉgypte n'étaient pa^ aussi barbares qu'on veut nous le faire croire. Ce que Strabon dit sur les Finnois de son temps, ne peut pas donner la mesure de ce que ce peuple valait, lorsqu'il quitta l'Europe pour venir s'installer dans l'Afrique du Nord et en Egypte. Entre les deux époques, plus de trente siècles se sont écoulés, et dans cet intervalle, le plus civilisé des peuples peut bien être retombé à l'état primitif. Le fait est que la fondation des premiers États d'Europe remonte à l'époque où les Touraniens en étaient les maîtres, et la civilisation qui, dans cette occasion, s'est développée est celle qui a laissé le plus de survivances dans ces pays".
Il en a été de même dans l'Afrique du Nord. L'empire qui y a été fondé par les Ligures, paraît avoir dépassé tou^ les autres en puissance et en splendeur, et, s'il faut en juger par ce que disent Platon et Diodore, l'on serait amené à conclure que les Libyens ont été les vrais civilisateurs de la vallée du Nil.
Mais cette civilisation différait essentiellement de celle du pays que les Kemites avaient conquis en dernier lieu. Gréée dans l'extrême nord et pour un peuple adonné à la guerre et au brigandage, elle ne pouvait convenir à un pays aussi tempéré que l'Egypte, pas plus qu'à sa population, habituée depuis des siècles aux travaux paisibles de l'agriculture. Aussi, n'est-il pas étonnant que les Kemites, à peine devenus les maîtres de ce pays, aient commencé à ressentir l'influence de son climat et de son ancienne civilisation.
Sous l'influence du milieu, plus particulièrement à la suite de croisements multiples avec les Couchites, les Kemites de l'Heptanomide ne tardèrent pas à avoir le corps
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plus souple, la tête moins basse, les traits du visage moins disgracieux, tandis que leurs frères établis dans la Basse- Egypte, en se mélangeant avec les Rebou et les Amou, gagnèrent en taille et améliorèrent leurs trails, mais ils s'éloignèrent sensiblement du type des Kemites de ïHeptanomide^^ Ces transformations eurent cependant vite une limite et le peuple put conserver, à travers les siècles, son type fondamental et son originalité primitive. Comme nous venons de le dire, la population actuelle de THeptanomide possède encore le type qui distingue les statues représentant les rois et les hauts fonctionnaires des dynasties Kemites, et une simple confrontation de la statue-portrait d'Usertasen avec celle d'Amenemha suffirait pour faire saisir la différence existant entre les Kemites de la Haute-Egypte et ceux du Delta.
Or, ce qui est arrivé à la constitution de ce peuple, est arrivé également à sa langue, à sa religion, à ses mœurs.
Pour exprimer les choses et les idées nouvelles qu'ils venaient d'acquérir dans le pays du Nil, les Kemites se trouvèrent dans la nécessité de faire de nombreux emprunts à l'ibérien et au couchite , et ils couchitisèrent leurs propres expressions à un tel point qu'ils finirent par parler plutôt couchite ou couchito-ibérien que touranien ^®. C'est à peine s'ils ont pu conserver leur nom ethnique et celui du Dieu de leurs ancêtres. Tout le reste s'est fondu de telle façon dans le couchite qu'il est impossible d'en retrouver les traces. Il en a été de même de leurs frères les Ligures, les lUyriens et les Sicules. Au premier contact avec des peuples plus civilisés qu'eux : les Ibères, les Gréco-Romains, ces peuples ont dû changer leurs idiomes contre ceux de leurs voisins, et ce changenient s'étant renouvelé plus d'une fois, il est aujourd'hui impossible de dire quelle était la langue que chacun d'eux parlait à Torigine.
Nonobstant sa supériorité, par rapport à celle des Égyptiens, la religion des Kemites n'a pas eu un meilleur sort dans la vallée du Nil. Soit par nécessité, soit par déférence^ les Égyptiens n'ont pas tardé à reconnaître la suprématie
du Dieu de leurs maîtres ; mais n'étant pas à même de saisir sa nature, ils Tidentifièrent, les uns au Dieu Ithypliallique Khnum {Ptah-Khrium), les autres à Aten {Ptah-Aten); les troisièmes à Osiris ou au Nil [Ptah-Osiins^ Ptah-Hapi)^ et lui attribuèrent les qualités et les attributs de ces derniers. La vraie religion des Kemites, la croyance à un Dieu suprême, maître du Ciel et de la Terre, à une vie future avec récompenses et punitions, a mis du temps à être admise par les Égyptiens ^^ Ces doctrines ont été longtemps l'apanage des collèges de Memphis, où les rois continuèrent jusqu'aux époques modernes à élever des statues représentant l'Hiver et l'Été de leur pays, le point de départ de la double nature de leur divinité suprême. Il a fallu beaucoup de temps et une série de guerres religieuses et politiques avant que cette croyance soit arrivée à franchir l'enceinte de Memphis pour parvenir à Abydos, et encore, a-t-elle eu à subir de nombreuses transformations qui l'ont rendue méconnaissable. Il suffit de parcourir le fameux livre sur les choses de l'Enfer pour être frappé des absurdités qui ont eu cours en Egypte depuis l'arrivée des Kemites jusqu'au moment où les Scribes de la Haute-Egypte sont parvenus à instituer le culte d'Osiris et celui de Râ criocéphale.
Il en a été pire du Symbolisme, Soit par ignorance, soit par intention, les Égyptiens prirent les symboles pour des réalités et profitèrent de l'occasion pour rétablir l'ancien culte des animaux sacrés, et créer la coutume des coiffures bizarres qu'ils faisaient porter à leurs divinités ^^
Avec la langue et la religion, les Kemites ont dû changer leurs mœurs; et cette conversion paraît avoir eu lieu si vite, que, lorsque nous les rencontrons sur les bords du Nil pour la première fois, nous les trouvons tout à fait semblables aux Egyptiens : mangeant et buvant comme eux, s'habillant de même, enterrant leurs morts à l'égyptienne^*, et leur élevant des tombes de plus en plus monumentales.
Les fondateurs de Tancien Empire n'étaient pas des gens
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industrieux. La science ne connaît pas de monuments ligures ou finno-tatares ®^ En peuples guerriers, ils préféraient consacrer leur temps à s'exercer aux armes. Mais ils étaient assez intelligents -pour comprendre tout l'intérêt qu'ils avaient à encourager les arts et l'industrie chez leurs administrés. Et lorsqu'ils eurent pris le goût de l'opulence et des belles choises, lorsqu'ils se sentirent paissants et riches, ils déployèrent un luxe qui est resté proverbial dans les annales égyptiennes, et qui a donné aux arts et à l'industrie une impulsion sans pareille. Aussi, sous leur règne, on est parvenu non seulement à réparer la brèche que la civilisation, commencée sous les serviteurs de Horus^ avait subie durant les guerres prolongées des Thyphoniens, mais à lui faire reprendre immédiatement la marche en avant et atteindre bientôt le plus haut degré de développement. Les quelques monuments qui nous restent de cette époque et que nous allons étudier un peu plus loin, sont vraiment d'une beauté et d'une perfection que les générations postérieures ont bien des fois essayé d'imiter, sans jamais y parvenir.
Mais, si les Kemites devaient la plus grande partie de leur instruction aux Égyptiens, ces derniers n'en restaient pas moins leurs obligés, et de beaucoup. Ce furent, en effet, les Kemites qui, les premiers, ont réuni la Haute et la Basse-Egypte en un seul et grand État; ce furent eux qui, par les armes et par les lois, consolidèrent leur création et rélevèrent au degré de puissance et de splendeur dans lequel l'ont trouvée, huit siècles plus tard, les Ha-neb-u; ce fut sous la conduite de princes Kemites que les Égyptiens ont réussi maintes fois à délivrer leur pays de la domination étrangère, à se constituer de nouveau en État indépendant et libre, à devenir même les maîtres des pays les plus éloignés. Aussi n'est-il point surprenant que l'Egypte ancienne ait renoncé volontiers à son nom national pour prendre celui de Kern; que leurs scribes aient daté l'Histoire de leur pays du jour où il a été conquis par les Kemites,
et aient donné à leur premier roi le nom de Menas qui fut, ainsi que nous le verrons plus loin, celui du premier conquérant moscho-ibérien de la vallée du Nil®*.
Cependant, si intime qu'ait été leur association, les trois peuples qui se sont rencontrés sur les bords du Nil n'ont jamais pu se fusionner complètement. On y distinguait dans l'antiquité comme de nos jours trois différents peuples : les Couchites^ l'élément indigène par excellence, dans la Haute-Egypte; les Moscho-Ibériens ou Arabes^ dans le Delta; et enfin, un troisième, à! origine tatare^ lesKemites^ élément dominant les deux autres, toujours assez fort pour les contenir, mais impuissant à les mettre d'accord et à les faire marcher dans la voie de la grandeur et de la prospérité du commun pays. Chacun de ces peuples avait ses Dieux, ses Princes, ses Prêtres,' chacun parlait son dialecte et suivait une politique , à' part ®^
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NOTES
1. « Tr)v 5£ Miipivàv çaai Tfjç Ai6ur)ç X7)v tcXêiijttjv eTisXOeïv xai 7capa6aXouaav 6iç AV-p^TTOv Tcpô; [jcèv '*'Ûpov tov "Iai8oç Pa(TiX£uovTa x6xe ttjç AtyiiTUTOu çiXîav 6é(j0ai, ;:p6ç 8è "Apa6aç ('Ep6[jL6oùç) BiaTcoXEpiTfaaaav xai tcoXXoùç olÙtC^v àveXouuav ty]v Supiav xaTavTp£<{'aaOai », etc., etc. (Diod., III, 55).
Le même auteur nous informe que les Prêtres Égyptiens considéraient cet Horus, le fils d'Isis, comme le dernier roi de la dynastie divine, et faisaient remonter la fondation du premier Empire historique sur les bords du Nil à environ cinq mille ans avant notre ère : « Ppa/.^ XzinowxoL tôv TcevTaxiç )(^iXi(i)v », date qui est en parfait accord, avec celle admise par les égyptologues les plus autorisés de nos jours. (Voir Brugsch, Hist. d'Egypte^ p. 24. Wiedemann, Aegi^t,.^escbickLt p. 732.)
2. Dans le récit de Platon sur VAtlantidey il faut distinguer la tradition égyptienne, concernant la disparition d'une île dans l'océan Atlantique et la dispersion de ses habitants sur les continents voisins, de ce que le philosophe lui-même pense du pays des Atlantes, qui, au commencement des temps historiques, paraissent avoir envahi TAfrique du Nord et une grande partie de l'Europe occidentale.
Après avoir été longtemps l'objet de critiques de toutes sortes, la légende que Platon a couverte de son nom, commence à reprendre du crédit, depuis qu'on a su que l'Europe avait, à Tàge tertiaire, un certain nombre de plantes et d'animaux communs avec l'Amérique du Sud et les lies de l'Océanie, et que les deux races d'hommes qui, durant l'époque quaternaire, ont peuplé l'Europe et l'Afrique du Nord, les Cro-Magnon et les Neanderthal se retrouvent encore de nos jours parmi les populations originaires de l'archipel Canarien et de l'Australie. Voir Paul Gaffarel {UAtlantis, dans la Revue géographique, 1886), I. Donnelly (AtlantiSy London, 1882). Berlioux {Histoire de VAtlantis et de V Atlas primitif, dans V Annuaire de la Faculté des lettres de Lyon, 1883). Rœsel {Études antéhistoriques, Paris, 4874.) Mais cette catastrophe doit avoir eu lieu à une époque très reculée (les Prêtres Égyptiens la faisaient remonter à dix mille ans avant notre ère), et le flot de sa population, émigrée vers l'Est, ne paraît pas avoir atteint la frontière de l'Egypte, Au dire de Salluste, les Gétules, venant du Sud, ont rencontré, sur le littoral méditerranéen, les Rebou ou Lebou, qui les ont empêchés d'avancer plus à l'est; et, de nos
jours, les survivances de ces Canariens et Australiens, encore très fréquentes sur le versant méridional de TAtlas, ne se rencontrent qu'exceptionnellement au delà de la frontière de la Kabylie. Voir (Anthropologie, t. XI, p. 608), D' Hamy [Communication orale).
Vile Atlantû de Platon, le pays du peuple qui nous intéresse, n'est ptis Tîle submergée dans l'océan, mais Ja péninsule Libyque, IHle Occidentale, comme on l'appelait dans l'antiquité ('Eajcepa ou x<*5pa 'EoTTepia. Diod., III, 53, IV, 27) et comme l'appellent encore les Arabes (Djezireh-el-Maghreb), Un passage de Critias ne laisse aucun doute à ce sujet : « L'île Atlantis, dit, dans ce « dialogue, Platon, appartenait à l'origine aux deux fils de Neptune : « Eumelos et Atlas, Le premier régnait sur l'extrémité de l'île qui fait « face aux colonnes d'Hercul^, vers la Gadirique, contrée à laquelle « ce prince a laissé son norai, tandis qu* Atlas régnait dans l'intérieur <t du pays," jusqu'à la montagne qui le traverse et qui encore porte « son nom ». IloasiocSv " 8s TauTTjv ttjv 'AxXavTÎBa v^jov Idjo}^ ex^ovouç
éauToCf xaTcoxidS xal 6vo[xaTa 7:aaiv toutoiç '^Osto, tô [jl£v
TcpsoSuTotTco xal pajiXst toutô, o 8r) xal nSoa ii v^iooç xfS xc néXaYOç éox«v iicwvujfcfcav, ^AtXavrcxov XexOèv, on TouvojjLa y^v ttS rpoSto) ^aaiXeuaavTt TOTÊ, ^AtXaç. Tû 81 8i8u(jlw (jlet' exsïvov ysvopLlvw X9jÇev Axpaç 'z9^^ v^î^aou 7:p6ç 'HpaxXiouç axTjXtSv siXaydxi ItzI to t^ç ra8eipix^ç vuv 7(opaç xax' exsïvov TOV to'ttov 6vo{jLaî^o[xÉvr)ç 'EXXrjviati [xèv E6'[xr)Xov t6 8' sTriy^topiov rdtSsipov (Plat., Critias y H3.
Un autre passage du même auteur nous apprend enfin que la partie de l'île appartenant à Atlas était située au sud, tandis que celle de Eumelos était en plein nord. « 'O 8è xôtzoç outoç oXtjç t% vrj^ou jupoç vôTov sarpaTîTs, àiuo tôv àpxttov xaTa6opf)oç ». Or, si l'on rapproche ces données d'une carte d'Afrique et que l'on essaie de tracer sur cette carte une terre courant du nord au sud, à partir du détroit, on peut voir que cette terre comprend nécessairement le pays de l'ancienne Maurytania Tingitana; toute autre hypothèse est impossible, comme l'a très bien fait remarquer M. Berlioux.
Ce fut donc dans cette île, non dans celle qui a disparu dans l'océan, que Platon plaçait ses Atlantes, de même que Diodore ses Amazones, lesquels au temps d'Horus ont pu étendre leur pouvoir, d'un côté jusqu'à l'Egypte, de l'autre jusqu'à la Tyrrhénie. « Outoi 8e lUflcvTSç xal 01 ïxyovoi Toutwv s;:l y^veàç TuoXXàç wxou; apyovisç tïoXXcSv aXXtov xaià TO izéXof^oç vrjacov '^Ti 81 waTrep eppéÔT) [xsy piç Aiyutîtou xal Tup^Tjviaç tôv EVTÔç Bsupo GTuapyovTcov » (Pl^t., Crit., il5).
3. C'est le Large-eyed type de M. Pétrie (Hist, of Egypt, t, I, p. 11), VÉgyptien brachycéphale, de M. Virchow (Anthropologie Aegyptens et Sitzuhgsberichte de VAcad, de Berlin, 1888), le type commun de M. Maspero (Hist, d, peupl. de VOrient classique, t. I, p. 48.
4. Toutes les statues des rois Kemites et de leurs hauts fonction*
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naires, de même que les nombreuses familles de paysans figurant sur les stèles de l'Egypte moyenne, sont du type Libyen.
5. A propos de l'apparition du culte de Ptah, au temps de la fondation du premier empire, voir Tiele (Histoire des Religions com'parêe, chap. V, p. 61). {Hérod., II, 55). La tradition attribuant la construction du grand temple de Ptah, de Memphis, au fondateur de la première dynastie Kemite (Hérod., II, 99), paraît être le résultat d'une confusion entre ce temple et le sanctuaire de cette même divinité existant à l'extrémité sud du Mur Blanc, le premier rempart que les Kemites ont élevé sur les bords du Nil.
6. Ce genre d'ensevelissement, fréquent dans les nécropoles archaïques d'Abydos et de Nagadeh, se distingue par le pêle-mêle dans lequel les os du corps humain se trouvent dans la tombe : les côtes d'un côté, les vertèbres de l'autre, la mâchoire à côté des os du bassin et la tête occupant une place qui n'est pas la sienne (voir la reproduction fidèle d'une de ces tombes donnée par M. de Morgan dans ses Origines égyptiennes, p. 138). Souvent un ou deux os sont en plus ou en moins, ce qui indique qu'en faisant l'exhumation, on n'a pas vidé entièrement la tombe, ou on a empiété sur une fosse voisine. Dans d'autres cas, le corps, tout en étant dans le même désordre, a les os des mains et des pieds tenant encore à leurs articulations, et leurs ligaments portent les traces d'une incinération incomplète. (Voir de Morgan, L. G., p. 137) Schweinfurth (Verhandlung d. BerL anthropologisch. Gesellsc/iaft », 15 juin 1897). Wiedemanu (Dans la nécropole de Nagadeh), dans l'ouvrage précité de M. de Morgan.
7. Diodore (I. 91) raconte que de son temps le Paraschiste qui avait à ouvrir un cadavre, était poursuivi, après l'opération, par les parents du mort, qui lui jetaient des pierres et lui criaient des malédictions.
8. On a cru longtemps, avec Plutarque, que l'Egypte avait été appelée Kemi, à cause de la couleur noire de sa terre, Kemi, en égyptien, signifiant noir. « Ttjv AV^utitov (isXocyysiov ouaotv coaîtep tô [xIXav toù ô<p6aX|jL0'j, x^H-^*v xaAoOai. » (Plut, de Isid, et Osirid,, 33); mais, grâce à M. Brugsch (Geographisch, Inschrift., t. I, p. 74), nous savons à présent que les deux mots homophones n'ont rien de commun entre eux. Tout d'abord ils s'écrivent différemment, et ensuite, celui qui désigne l'Egypte est souvent accompagné du mot : p-Von sons la forme de P't'on-Kema, ce qui veut dire le pays des Kema; de même que p-f-on- Cheta signifie le pays des Cheta. Hérodote savait par conséquent parfaitement raison en définissant l'Egypte : le pays des Égyptiens. « 'II(xeîç 8è o)8e y.7) 7:epi tojtojv Xé^oiasv. Al'yuTrTOv |xèv Tiajav sTvai lauTTjv trjv On' AîyuTîTitov oîxoujXc'vr^v xaxaruep KiXixîav xrjv \)7z6 KiXixcov ». Hérod., II, 17. Mais ce qui importe le plus, c'est que Kemi était le nom officiel de l'Egypte, celui sous lequel elle était désignée dans ses rapports avec
Jes peuples étrangers, tandis que dans l'intérieur dû pays,x)n se servait de son ancienne appellation :Keft;{îi\t qui indique que les peuples étrangers reconnaissaient les Kemiles comme les maîtres du pays et qu'ils ne voulaient avoir à faire qu'à eux.
9* Sur la grande ressemblance du Libyen ou du Berbère avec l'Égyptien, ressemblance qui a fait croire à l'origine libyenne de toute la population de l'ancienne Egypte, voir les belles recherches de Pruner-Bey (Sur Vorigine de l'ancienne race égyptienne, dans le Bull, de la Soc. d'Anthropologie, tom. I (1860-1863, p. 424) et Rochemonteix [Sur les rapports grammaticaux entre VÊgyptien et le Berbère, dans le Congrès intern. d. Orientalistes (Paris, 1873) II, p. 66-106).
10. Pour le nom à' Amazone, voir p'. 19. L'identité de ces peuples avec les Zavéces d'Hérod. (IV, 193) est attestée, d'abord par la ressemblance de leurs noms, et ensuite, par l'habitude que les deux peuples avaient en commun, d'envoyer les femmes à la guerre.
11 . Les Atlantes et Atarantes d'Hérod. (IV, 184) ressemblent beaucoup plus aux Gétules de Salluste qu'aux Libyens, et ceux de Diodore (III, 54) étaient incontestablement des Moscho-Ibériens. Ce fut avec ces derniers, en effet, non avec les Allantes, que les Ligures ont eu tout d'abord à lutter en Europe aussi bien que dans l'Afrique du Nord.
12. Il ne faut pas confondre les Rebou ou Lebou, les voisins des Égyptiens, avec les Libyens qui habitaient au delà du lac Tritonis (Hérod., IV, 189). C'étaient deux peuples différents. Les uns avaient le corps souple, la peau blanche, la tête ovale, les yeux bleus, la chevelure blonde, les autres étaient des courteaux à tète basse, aux yeux et à la chevelure noirs ; et tandis que les premiers venaient de l'Orient (voir p. 38, not.. 6 et 8), les Libyens avaient émigré d'Europe, où ils étaient connus sous les noms de Ligures, de Liburnes, de Libui (voir note 27).
Il ne faut pas non plus idenlifier les Libyens aux Berbères du premier temps. Le peuple de l'Afrique du Nord qui a été désigné le premier sous ce dernier nom, était les Bères ou Moscho-Ibères, émigrés d'Egypte, et dont le nom a été dédoublé par les Libyens, conformément aux exigences de leur langue touranienne (voir p, 3). Salluste nous enseigne enfin que les Maures qui, de son temps, habitaient tout près du détroit, étaient aussi des Moscho-Ibériens. Ils avaient émigrés d'Europe après la mort d'Hercule, ou, pour mieux dire, après la défaite des Ibériens par les Ligures, et leur nom de Mèdes ou Macces, a été transformé en Maures par les Indigènes. Plus tard ces deux peuples ont été fondus avec les Libyens et plus tard encore avec les Arabes et plusieurs autres peuples pour former les Berbères de nos jours*
13. Les Gétules qui, au dire de Salluste, étaient avec les [>ebôu les plus anciens habitants de l'Afrique du Nord, ont dû se retirer plus au
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sud, après l'invasion du pays, d'abord par les Bériens expulsés d'É^ypte, ensuite par les Libyens venant d'Europe. Ptolemée (IV, 6) nous apprend qu'il y avait deux sortes de Gétules. Les Gélules proprement dits et les Mekmo-Gétiiles; les uns habitaient plus au nord, avoisinant les Libyens; les autres plus au sud, côte à côte avec les Nègres. Suetonius PaulinuiSy le général romain, qui le premier a franchi l'Atlas, rapporte qu'il les a trouvés là, habitant des forêts remplies d'éléphants, de bêtes féroces et de serpents de toutes espèces (Plin., H. N., V, 1, 15).