‹ Essai sur l'hellénisme égyptien et ses rapports avec l'hellénisme classiqueChapitre 45 sur 83 · Voir Wiedemann (^gyptischy Geschichte, pt · texte numérisé non relu

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26. ToiSiou 51 TeXeuTTjaavTOç Inl ^eveàç éiîtà $ioi$lS«nrro xijv àpX'î^ 6aaiXsîç àpyol TravieXôç xal Tupoç Sveaiv xal xpucpTjv 5wavT« x^mIttovis^. Aid7:sp, Iv xarç Cepaîç dtvoiYpa9«7< ouSèv aùiâv Ip^ov TcoXuxeXèç ou$é li^iSSK IdTopîaç àÇîa TrapaoeSoTai tcXtjv ivoç NsiXéwç, etc. (Diod., I, 631).

27. Voir Maspero {Hist. des peuples d'Orient, t. 1, p. 228, note).

28. A cette époque il n'y avait pas des Héliolàtres dans le Délia. Gomme la Haute-Egypte, cette contrée était soumise au culte des animaux sacrés, ainsi qu'il sera établi plus loin.

La civilisation Thébaine^ et la civilisation Memphite.

Tous ceux qui se sont occupés de l'Histoire égyptienne s'accordent à reconnaître que ce fût sous les rois des trois premières dynasties que TEgypte a atteint ce haut degré de développement matériel et intellectuel qu'on est convenu d'appeler la civilisation de r Ancien-Empire, Les plus belles statues archaïques, les monuments les plus remarquables, les plus importantes institutions politiques et religieuses qui nous restent de TAncien-Empire, datent en effet de cette époque, tandis que tout ce qui vient après Khephrin et Mykerinos porte la marque du déclin et de la décadence.

On se tromperait fort cependant en considérant ces progrès comme Fapogée d'une civilisation développée de toutes pièces sur les bords du Nil. Le plus superficiel examen des monuments et des objets d'art qui nous restent de cette époque, de même que des circonstances dans lesquelles ils ont été créés, suffirait pour nous faire comprendre que nous nous trouvons là devant trois ou quatre civilisations distinctes, trahissant, jusque dans leurs plus, petites particularités, les différents peuples qui en ont été les auteurs. Et -le plus intéressant de tout, c'est que la civilisation qu'on attribue plus particulièrement à T Ancien-Empire, est justement celle qui porte le moins la marque égyptienne.

110 l'hellénisme égyptien.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, la plus ancienne industrie pratiquée sur les bords du Nil était la taille de la pierre^ et elle appartenait presque exclusivement aux Rebou ; c'esl-à-dire à ce peuple aux yeux bleus qui, descendu à une époque immémoriale du Caucase, a occupé le premier FAsie occidentale, l'Afrique du Nord et la plus grande partie de l'Europe méridionale*.

Nous avons signalé également que les différents produits de cette industrie recueillis jusqu'à présent sur le sol égyptien se laissent grouper en plusieurs catégories, indiquant les différentes étapes de développement du peuple qui les a produits ^

Ce sont :

V Les silex taillés en pointe, ou silex paléolithiques^ représentant, très probablement, l'industrie des Rebou au temps où ils étaient les seuls possesseurs de la contrée ;

2" Les silex taillés en lames et les vases grossiers en pierre^ objets qui trahissent l'influence des Couchites et qui appartiendraient à l'époque où ce dernier peuple s'est emparé de la vallée, après avoir repoussé ses anciens habitants dans le désert ;

3* Les silex finement taillés et les vases en pierre polie^ qui ijidubitablement, ont été modelés sur la poterie lisse inaugurée par les Moscho-Ibériens dans le pays du Nil*;

4"" Les vases globulaires, parfois peints en rouge, parfois couverts de décorations faites à la pointe, vases identiquement semblables à la poterie qu'on relire des dolmens algériens et sur l'origine libyenne desquels il ne peut y avoir le moindre doute "\

Or cette industrie, qui n'a pas tardé à initier l'homme aux secrets de la gravure et de la sculpture, a toujours été Tapanage exclusif des Rebou et, plus particulièrement, de ceux qui vivaient dans les déserts arabique et libyque les plus rapprochés de la vallée du Nil, et leurs travaux semblent avoir acquis, dès la plus haute antiquité, une grande réputation dans le monde ancien. C'est de l'Arabie Petrée,

LA CIVILISATION SOUà LES REMITES. 111

OU le Pharan, ainsi qu'on l'appelait alors, que les rois de la Babylonie, contemporains de la troisième dynastie, faisaient venir le diorite et très probablement aussi les artistes pour la construction de leurs statues*. C'est du pays de Punt que les Pharaons tiraient ces jolis vases en cornaline et en serpentine, tous ces menus objets en pierre polie et en ivoire qui ornaient la toilette des reines"^; et, dans des temps plus rapprochés de nous, c'est à un artiste Aphroditopolite que Nectenabe II confiait la décoration du temple d'Isis, que son père avait laissé inachevé ^ C'est un Libyen qui était chargé par Alexandre le Grand de la construction des monuments destinés à embellir la ville qui devait porter son nom.

Mais à côté de ces vases fabriqués en Arabie et dans la Libye, on s. trouvé dans ces derniers temps, dans les tombes remontant aux trois premières dynasties, un certain nombre de vases en pierre qui, incontestablement, provenaient des îles de la mer Egée'. Ce sont ces beaux vases en obsidienne, pierre volcanique, qu'on chercherait en vain sur le continent africain, et que l'Egypte d'alors ne pouvait tirer que des îles de la mer Egée, et plus particulièreirient de Milos, fait qui prouve que les habitants de ces îles étaient, dès cette époque, en rapport avec les pays du Nil*<^.

On peut en dire autant de la Poterie. A en juger par les vases recueillis dans les tombes archaïques, il y avait quatre genres de poterie en Egypte à cette époque.

1** hdi poterie grossière. Des vases de formes disgracieuses, ouvrés à la main, d'une pâte jaunâtre ou brune mélangée de gravier, mal pétrie, portant encore les traces profondes des doigts du potier. C'est la poterie qui abonde dans les tombes archaïques de même que dans les Mastabas de r Ancien-Empire, et qui, de l'avis de tous les Égyptologues, est celle que les Couchites ont importée avec la brique de la Mésopotamie, et qu'ils ont continué à reproduire avec une persistance digne d'un meilleur résultat.

2"* Dans les tombes archaïques non postérieures à la

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troisième dynastie, nous trouvons des Vases en terre rottge^ faits également à la main, mais qui se distinguent par la régularité de leurs formes, par la finesse de leur pâle, leur poli, et par les bandes noires qui entourent les bords; Ces vases, qui, très probablement, ont donné aux Rebou ridée de polir la pierre et de donner à leurs vases les formes élégantes qui les distinguent, ressemblent aux vases archaïques peints en noir, de la Troade et des îles de la mer Egée, à un tel point qu'on est amené à les considérer comme la poterie propre des Moscho-Ibériens".

Le troisième genre de poterie qu'on trouve dans les tombes archaïques remontant aux trois premières dynasties, est beaucoup plus intéressant que les précédents.. Ce sont des vases globulaires jaunes^ ornés de peintures rouges, La pâte de ces vases est fine et compacte, l'extérieur poli, et leurs décorations très caractéristiques. Elles consistent en lignes ondulées ou brisées, en spirales enroulées, en cercles concentriques, tantôt occupant le centre d'une croix ou d'une étoile, tantôt se terminant par des triangles imitant les rayons du soleil, ou par une série de cerfs ou d'antilopes, dont les cornes et les extrémités, disposées en ligne, paraissent constituer la partie la plus importante de la décoration. Or, ces vases qui indubitablement ont servi de modèle aux Rebou pour leurs vases globulaires en pierre, ressemblent aux vases qu'on retire des dolmens algériens, de même qu'à ceux fabriqués jusqu'à nos jours en Kabylie, et cela, à un tel point, qu'il ne peut y avoir aucun doute sur leur importation dans le pays par les Kemites**.

A côté de ces trois genres de poterie, on a découvert dans ces dernières années, dans les tombes archaïques d'Abydos et de Nagadeh, un certain nombre à'urnes de forme et de construction tout à fait particulières. Ces urnes sont comme les vases précédents, /awn^^, et leurs décorations peintes en rouge ^ mais ces dernières représentent des scènes telles qu'il ne s'en rencontre nulle part sur les monuments ou sur les vases d'origine libyenne, et, nul doute, qu'elles soient de provenance étrangère*^. Mais comme leur

histoire est étroilement liée avec celle de la tombe et des cultes funéraires, nous nous réservons d'en parler après avoir traité ces deux questions.

Passons aux métaux.

Ainsi que nous Favons signalé plus haut, ce furent les Moscho-Ibériens, auxquels les Couchites et les Rebou de la vallée du Nil ont dû la première connaissance des métaux**. Les objets métalliques les plus anciens qu'on connaisse en Egypte ont été recueillis dans les tombes archaïques (ovales) d^Abydos, d*El-Amrah, de Toukh, etc., et ressemblent sensiblement à ceux qu'on retire des tombes archaïques du Kôban et de la Hongrie. Mais ils sont rares et semblent avoir été pUcés dans ces tombeaux à titre d'objets précieux *^

C'est aussi aux Moscho-Ibériens que revient le mérite de la découverte des mines de cuivre de Sinaï. Ainsi que Ta très bien remarqué M. de Morgan, les gisements' de cette péninsule sont d'un accès difficile. Ils ne présentent pas les caractèn»s saillants qui les font reconnaître dans les autres pays. Il n'est donc pas possible que les Couchites aient connu là, pour la première fois, le cuivre. On est plutôt autorisé à admettre que les Moscho-Ibériens qui avaient déjà des notions précises sur ces sortes de gisements, les ayant rencontrés dans leurs émigrations, les ont facilement reconnus et ont su de suite en tirer parti*®.

Il doit en avoir été de même dans la Libye aussi bien que dans l'Europe occidentale. Ce furent certainement les Moscho-Ibériens expulsés d'Egypte qui découvrirent les mines de ce pays, et enseignèrent aux indigènes de même qu'aux Kemites l'usage des métaux. Cependant, lorsque ce dernier peuple fit la conquête de l'Egypte, et pendant le temps qu'il y domina seul, (les deux premières dynasties) l'usage des métaux doit avoir été excessivement restreint dans le pays. Les seuls objets métalliques qu'on a trouvés dans le tombeau royal de Nagadeh sont deux boutons^ l'un en or, l'autre en cuivre *\

L'exploitation régulière des mines de Sinaï et la vulga-

114 l'hellénisme égyptien.

risatioa de Tusage du métal dans le pays du Nil appartiennent presque exclusivement aux rois de la troisième dynastie. En effet, le monument, le premier en date que nous connaissions, la Stèle de Djézer, à Wadi-el-Maghara, nous représente ce roi exploitant les mines de la Péninsule, et rien ne prouve que d'autres se soient livrés à ce travail avant lui. Il y a enfin à observer que dans les tombes qui signalent la transition de la pierre aux métaux, on rencontre parfois des armes, rappelant par leurs formes le type archaïque de l'âge de bronze en Europe (le Morgien), ce qui indique que les Egyptiens devaient leurs premières connaissances métallurgiques aux peuples venus dans leur pays, du nord, et non de Toccident^^

En fait de construction M^ Couchites n'étaient pas plus avancés qu'en poterie. Ainsi que nous l'avons dit *^, ils construisaient leurs habitations en jonc, qu'ils recouvraient ensuite d'une ou deux couches de limon, ou bien en briques séchées au soleil, ainsi que cela se fait encore de nos jours, La pierre n'entrait qu'accidentellement dans leurs constructions ; et, s'il faut en croire Manethon, il n'ont appris à se servir de cette matière que sous les rois de la troisième dynastie ^^

On peut en dire autant des Moscho-Ibériens. Les temples et les sanctuaires, que la tradition attribue aux serviteurs de HoriiSj ne paraissent pas avoir été d'une grande solidité, puisque, peu après l'expulsion de ce peuple de la vallée du Nil, ces constructions ont disparu entièrement du sol. De même que les villes, élevées en Sardaigne et dans l'Europe occidentale parles Ibères, ne sont connues des archéologues que par la tradition ^^

Lespremières constructions un peu solides, mais toujours

en briques, que l'histoire ait mentionnées sur les bords du

Nil, sont les quelques fortifications que les Kemites ont

, élevées dès leur arrivée dans le pays : le Mur-Blanc, le

point de départ de la ville de Memphis ; Tenceinte d'Abydos

et de Thinis et quelques autres places fortes de l'Égypte- Moyenne, dont les ruines attendent encore la pioche des fouilleurs. Mais en fait de constructions civiles et religieuses, rÉgypte ne paraît pas avoir fait un grand pas sous les rois des deux premières dynasties. L'exploration des nécropoles archaïques d'Abydos et de Nagadeh ne nous a du moins révélé aucun fait qui puisse justifier une pareille opinion ^*.

L'Egypte monumentale ne date donc que des rois de la troisième dynastie, et, le plus remarquable, c'est que tout comme la Minerve sortie de la tête de Jupiter, elle nous apparaît déjà, perfectionnée au plus haut degré. C'est à cette époque que la tradition place la fondation de Memphis, la ville qui a éclipsé Thèbes; c'est d'alors qu'elle fait dater les premiers Mastabas monumentaux, l'élévation de la pyramide à degré et le merveilleux édifice souterrain connu sous le nom de temple du Sphinx 2^.

Mais, lorsqu'on pénètre dans ce monument, lorsqu'on commence à le parcourir des yeux, on se sent immédiatement dans un autre monde; devant le grandiose d'un édifice qui représente le plus haut degré de développement de l'art monumental. L'ajustement de ses blocs, ses piliers carrés, ses ouvertures rectangulaires, etc., indiquent clairement que l'artiste qui l'a créé n'était pas un Egyptien; qu'il venait de Tétranger, d'un pays riche en constructions de ce genre. Et ce pays ne pouvait être que la Grèce, la patrie des constructions cyclopéennes. Inscriptions, bas-reliefs, peintures, ce que l'on est habitué à rencontrer partout en Ég*ypte, manque complètement dans l'édifice en question. Pourtant ses murailles nues produisent sur le visiteur un effet aussi puissant que les temples les mieux décorés de la Haute-Egypte. L'architecte a atteint la grandeur, presque le sublime, rien qu'avec des blocs de granit et d'albâtre, qui frappent par la pureté de leurs lignes et par l'exactitude de leurs proportions. Et ces moyens n'ont jamais été ceux des artistes égyptiens. Aussi on ne rencontre qu'un seul édifice de ce genre dans toute l'Egypte !

Trente sièclesplus lard, un des grands rois de la dix-huitième dynastie, Aménophis III, le Memnon des Grecs, a voulu construire un temple de ce modèle, à Eléphantine, temple qui existait encore aux temps de l'expédition française-*. Mais ce roi était justement celui qui avait étendu la domination égyptienne sur la plupart des îles de la mer Egée et qui, parmi les populations conquises, avait acquis le goût des mœurs nouvelles, à ce point, que ses compatriotes ont rayé des Listes Royales les noms de ses successeurs qui avaient cru devoir progresser dans cette voie.

On peut en dire autant des sculptures et des gravures decette époque.

La belle statue en bois de Scheïkh-el-Beled^% l'intéressant couple de Ra-Hotep^® et les merveilleuses incisions du sarcophage en bois du roi Hossi*^ les plus belles pièces de cette époque existant dans le musée de Gizeh, réunissent les éléments d'un art qui s'est attaché à reproduire l'homme vivant, l'homme sentant, l'homme en action et sous son plus bel aspect. En les fixant vous croiriez que ces statues respirent, qu'elles vous regardent, qu'elles vous épient ; tandis que celles qui les entourent n'expriment ni mouvement, ni sentiment, ni vie. On dirait qu'elles ont été copiées sur des cadavres. Et en effet elles représentent des morts, destinées qu'elles étaient à servir de corps aux âmes dans leurs pérégrinations dans ce monde, en cas oîi leur momie serait détruite. Et afin que chaque âme pût reconnaître facilement le sien, l'artiste était tenu de reproduire ces objets avec une réalité souvent choquante ^\

Or, le premier de ces genres de sculpture, le genre vivant, a été toujours considéré par les Egyptiens comme un art étranger, comme un art païen, et toutes les fois qu'ils ont pu le faire, ils en ont interdit l'usage dans leui pays. Aussi, avec la disparition de s^s protecteurs, les rois de la troisième dynastie, cet art ne tarda pas à disparaître complètement pour céder la place aux productions inférieures, sous tous les rapports, de la sculpture égyptienne. Pour reti'ouvcr des belles sculptures en Egypte,

sculptures ressemblant plus ou moins à celles de la troisième dynastie, il nous faudra descendre trente-cinq siècles dans l'Histoire égyptienne, il nous faudra arriver aux temps des rois Saïtes, qui, à Tinstar d^Amenophis III et de ses successeurs, étaient épris de la civilisation des Grecs de l'Asie Mineure et faisaient tout ce qui était en leur pouvoir pour rimporter dans leurs États*®.

On voit donc, d'après ce qui précède, que les productions, industrielles des Egyptiens ont été, sous les rois des trois premières dynasties, excessivement médiocres; alors que tout ce qu'il y a de* bon en construction, sculpture et gra-? vure, venait du dehors : de l'Arabie, de la Libye et plus particulièrement des îles de la mer Egée.

L'élude des tombes est bien plus instructive que celle des constructions et Je la sculpture.

Nous avons signalé plus haut qu'avant l'arrivée des Kemites, il y avait deux sortes de tombes dans la vallée du Nil : la fosse ovale, creusée dans le sol, où le défunt conserve encore la position accroupie dans laquelle il a été déposé par les siens, et la tombe rectangulaire^ que les Couchites doivent avoir apportée de la Chaldée, et dans laquelle nous trouvons le mort étendu sur le dos et portant sur le corps les restes des substances propres à empêcher la putréfaction ^^

Plus tard, lorsque l'Egypte a été envahie par les Kemites, nous voyons apparaître la chambre souterraine ou le caveau, dans lesquels on descend par un escalier taillé dans le roc, tombes qu'on pourrait considérer comme des Dolmens ou des allées couvertes, faites à Tégyp tienne ^*.

La plupart des tombes de celte catégorie appartiennent, en effet, à des rois ou à des notabilités des deux premières dynasties, c'est-à-dire à des gens qui,dans leur pays, étaient habitués à se faire enterrer dans des allées couvertes ou dans des dolmens^'. Aussi faisaient-ils usage de l'ensevelissement double usité également dans leur pays d'origine.

118 l'hellénisme égyptien.

Mais lorsque, dans le courant de la deuxième dynastie, les Kemites ont abdiqué les croyances de leurs ancêtres, pour adopter celles des Couchites; lorsqu'ils ont commencé à croire, avec eux, que l'homme en mourant devenait un Esprit et que cet Esprit était susceptible de revenir ranimer son ancienne enveloppe corporelle et jouir avec elle des plaisirs terrestres, ils ont dû. construire, eux aussi, leurs tombes, à la surface du sol, et leur donner la forme et Tapparence de la maison que le défunt avait habitée, afin que Tâme ou Tesprit puisse facilement la reconnaître. Or, étant donné que le seul édicule que l'on construisait alors sur les bords du Nil, était la hutte, la tombe en a nécessairement pris la forme, et c'est ainsi qu'on est arrivé à la création du Mastabas^ la tombe type de f Egypte Kemite^^.

Il suffit, en effet, de comparer un moment la hutte avec le Mastabas, pour se convaincre que Tun a été construit sur le modèle de l'autre. Comme la hutte, le Mastabas est une conistruction rectangulaire avec des murs légèrement inclinés sur là normale commune ; sa corniche évasée, avec ses nombreuses cannelures, imite jusqu'à l'identité la palissade de roseaux, qui couronne la hutte des Fellahs, et, le cordon ou le tore qui Tencadre de tous côtés, n'est que la gerbe de roseaux dont les Egyptiens se servent encore pour relier les quatre panneaux de la hutte et en fixer les divers éléments. Une ouverture faite dans un pareil panneau ne peut jamais être rectangulaire; elle sera toujours plus large en bas qu'en haut; et les ouvertures des Mastabas les mieux faits, afiectent invariablement cette forme ^*.

Le Mastabas n'est par conséquent que la transformation subie par la chambre souterraine des Kemites en Egypte, rendue nécessaire par les nouvelles idées religieuses que ce peuple y avait adoptées. Aussi n'est-il point étonnant que ce genre de construction funéraire, non seulement ait pu durer pendant tout l'Ancien et le Moyen-Empire, mais qu'encore il ait pu donner le ton général à l'architecture égyptienne. Toutes les stèles, toutes les façades principales des temples.

tous lés propylées, construits à Tépoque classique, affectent invariablement la forme, la disposition, la décoration même d'un des quatre panneaux de la hutte ; toutes les ouvertures des monuments égyptiens ressemblent à celles des Mastabas.

On ne peut pas en dire autant des tombes des rois de la troisième dynastie : les Pyramides. Les nécropoles archaïques d'Abydos et de Nagadeh, nécropoles qui renferment les restes dés deux premières dynasties, et avec eux tout ce que les Egyptiens d'alors étaient à même de produire, ne contiennent rien qui puisse attester l'existence, à cetle époque, d'un art de ce genre dans la vallée du Nil. On n'y voit nulle part de Tumiilus ^ aucune construction monumentale, rien enfin qui puisse être considéré comme le point de départ de ces somptueux monuments qui, quelques années plus tard, s'élèveront sur la pointe du Delta. Et les monuments de ce genre ne peuvent pas s'improviser. Non! les Pyramides d'Egypte n'ont pas été faites par des Égyptiens, ni pour des Égyptiens. Propriétaires et constructeurs doivent être venus de l'étranger, d'un pays où l'on peut constater ce genre de construction dans toutes les périodes de son développement. Et ce pays ne peut être que la Phrygie, ou pour mieux dire, une des contrées qui jadis ont été occupées par les Phrygiens ^*.

C'est en effet en Asie Mineure et dans la Phrygie, les îles de la mer Egée et le Péloponèse, la Macédoine et la Thracé, de même que de l'antre côté du Danube jusqu'à la Scythie du Pont, que nous rencontrons ces collines funéraires, connues sous le nom de Tumûlus^ lesquelles indubitablement ont suggéré l'idée de la Pyramide 3«. Mais c'est en Grèce et dans les îles de la mer Egée que l'on peut constater l'évolution d'un de ces deux genres de construction à l'autre.

Parlant des antiquités de l'Attique, Pausanias relate que, de son temps, il existait encore, entre Corinthe et Mégare,

WO l'hellénisme égyptien.

un grand nombre de lombes de la première catégorie. Parmi elles se trouvait la tombe de Car, fils de Phoronée, laquelle, ajoute le Périégète, n'était au commencement qu'un amas de terre ; elle fut par la suite recouverte de maçonnerie^ sur Tordre de Toracle de DelpHfes ".

Un autre monument du même genre a été découvert en 1845, par le fameux archéologue de Berlin, Ross, dans Fîle^ de Syme, tout prfes de Rhodes; mais celui-ci, à rencontre du précédent, fut d'abord maçonné, puis ensuite réduit à Tétat de tumuhis. Les habitants de Tîle appellent ce monument le Trophée (to TpoTratov) et le considèrent comme celui qui fut élevé à Syme par Tamiral Lacédémonien Astyochos, dans la vingtième année de la guerre du Péloponèse, en souvenir d'une Victoire navale remportée sur les Athéniens ^^ Mais l'ouvrage auquel on applique ce nom, est tout autre chose qu'un piédestal construit, en quelques jours, par un général et ses soldats, toujours à la veille de se battre. « C'est, dit Ross, ou plutôt c'était un tumulus imposant dont la base reposait sur un socle de deux ou trois assises, faites de très grands blocs, (Xiô<«)v /.fYjTPtç) substruction, dont les hauteurs varient suivant les inégalités du terrain. Du tumulus même, il ne reste que le noyau, formé de moellons et de mortier ^'argile. Quant à la terre qui y avait été amoncelée, la main de l'homme, le vent et la pluie l'ont fait disparaître dans le cours des siècles. Il ne semble cependant pas que l'intérieur ait été exploré^®;

Mais en recouvrant un tumulus de maçonnerie, on ne fait pas encore une Pyramide. Les tumulus Phrygiens ne sont que des amas de terre et de pierres dans lesquels le mort se retrouve sous la dernière couche horizontale du sol, supportant le monument ; tandis que les Pyramides se distinguent autant par leur construction extérieure que par l'existence dans l'intérieur de chambres mortuaires et de couloirs artistiquement disposés, et qui paraissent constituer la partie la plus importante du monument *^ Étant donné donc que l'un de ces genres de sépulture appartenait aux

LA CIVILISATION SOUS LES REMITES. 12t

peuples phrygiens, Tautre aux Hyperboréen§ ou Finno- Tatares, leur réunion sous la forme de Pyramide indiquerait, et de la manière la plus évidente, que les deux peuples se sont rencontrés quelque part et se sont communiqué mutuellement leurs mœurs et leurs habitudes. Or, ce pays ne peut être que la Scythie du Pont, que les Kemites orientaux, les Suomi, avaient conquise sur lés Myso-Thyras bien avant que les Kemites occidentaux soient devenus les maîtres du pays du Nil**.

C'est en effet dans la Scythie du Pont que nous rencontrons les premières constructions de ce genre, les Kourganes*2; c'est de là que ce genre de tombes s'est propagé ensuite dans la Péninsule Balkanique, en Grèce, dans les îles de la mer Egée et dans tous les pays sur lesquels les Kemites du Pont ont pu étendre leur domination. Tandis que dans les contrées qui ont été habitées seulement par des Moscho-Ibériens, la Phrygie proprement dite, la Troade, et de Tautre côté du détroit, en Thrace et en lUyrie, nous ne rencontrons que des tumtilus^^.

Mais c'est en Grèce et dans les îles de la mer Egée que ce genre de sépulture paraît avoir atteint le plus haut degré de développement. C'est là que nous rencontrons les vestiges des plus anciennes Pyramides du monde. Au pied du Mont Arachnaeon^ dans TArgolide, dit M. HaussouUier danç son excellente description de la Grèce contemporaine, on voit encore, près de la routé, les débris d'une Pyramide de construction cyclopéenne. Il est vrai qu'il n'en reste que la base, mais elle est assez bien conservée pour nous donner une idée du monument qu'elle supportait. — En allant d'Argos à Kephalari, on rencontre encore une Pyramide ayant bien résisté aux intempéries du temps, qu'on pourrait prendre facilement pour une reproduction de celle de Mykerinos. Cette Pyramide, connue dans le pays sous le nom à^Pyramis de Kephalari^ estconstruite sur un contrefort du mont Chaon; elleestcomposéede gros blocs à peu près quadrangulaires, formant des assises horizontales ; les interstices sont remplis de petites pierres. La Pyramide

122 l'hellénisme égyptien.

n'est pas symétrique ; à l'un des angles on remarque un enfoncement avec une porte; au-dessus du linteau se trouve un auvent triangulaire, formé par des assises de pierre, qui s'étagent et se dépassent les unes les autres. Cette porte s'ouvre sur un passage, espèce de corHddr d'entrée, qui conduit dans une salle, où Ton remarque des trous de scellement destinées probablement à. recevoir des solives *\

Pausanias parle enfin d'une troisième Pyramide qui, de son temps, existait encore entre Argos et Épidaure ('Epj^ojjievoi; Se èÇ ''Apyou; è^ tyjv 'ETutSauptav Igtiv oÎ3CoS6;j.7i[Aa 6v Se^tSt in)pa(x{8i (x&Xiaxa eixaa(xévov), mais dont on n'a pas encore retrouvé les vestiges *^

Tous ces faits réunis constituent, il nous semble, une forte présomption en faveur de cette idée : que l'art de construire des Pyramides s'est développé en Grèce et dans les îles de la ïûev Egée bien avant que dans tout autre pays, et que le premier monument de ce genre qui a été élevé en Égyple a dû être construit par un artiste venu de la Grèce, et non par un Égyptien. La grandeur et la munificence des pyramides de Saqqarah et de Gizeh ne prouvent rien contre notre conclusion. Elles attestent seulement les grands moyens que mettaient à la disposition des constructeurs, à la fois, le faste et le pouvoir sans bornes des Pharaons. D'ailleurs l'histoire nous apprend que toutes les pyramides d'Egypte n'avaient pas les dimensions ni la munificence de celles de Khephrin et de Chéops. La plupart étaient petites, de construction médiocre, ce qui explique la facilité avec laquelle elles ont disparu *^.

Une dernière preuve de l'origine hyperboréenne des Pyramides nous est fournie par la Linguistique, Tous les termes dont l'ancien monde a fait usage pour désigner ce genre de construction funéraire, sont des transcriptions ou de simples traductions de mots Touranieps ou Scythes.

Le mot Tàçoç qui, chez les anciens Grecs signifiait une tombe élégamment construite", n'est qu'une transcription littérale du mot Tape ou Tepe, en usage de tous temps chez les Turcs pour désigner une colline, un tumulus et,

plus particulièrement, les Pyramides d'Egypte [Phireon- Tepéy Taçot 4>Qipaa>va>v), tandis que l'expression XÛjxa Yîjç, amas de terre, est une traduction du mot, également turc, Çoum-tepé, appliqué tout particulièrement aux tumulus ordinaires *^

Nous ne connaissons pas le nom que les anciens Égyptiens donnaient aux Pyramides. Peut-être ne leur en ont-ils donné aucun, ou bien encore Font-ils fait disparaître de très bonne heure et, si bien, qu'on en a pour toujours perdu les traces *^ Mais ce qui parait certain, c'est que ce nom ne pouvait exprimer que les tombeaux des rois ou des rois étrangers. Le mot Pyramide qui était en usage chez les Égyptiens du Nouvel-Empire, de même que chez les Grecs des temps historiques, n'était ni Égyptien ni Grec. Il se laisse comprendre beaucoup plus facilement comme une transcription, ici un peu égyptiennisée, là un peu hellénisée, du mot Bir-Amous, que les Sémites avaient adopté pour désigner ces monuments, en leur qualité de tombeaux des rois des Amous^^ ; et qui, très probablement, était lui aussi une traduction du nom sous lequel ces monuments étaient connus lorsque ce peuple arriva dans la vallée du Nil. . Il en a été de même dans l'Asie Mineure et les îles de la mer Egée. La fameuse nécropole archaïque de la Garie était appelée Sua-Gela^ nom qui, au dire d'Etienne de Byzance, signifiait les tombeaux des Rois", et, comme nous l'avons exposé dans une autre occasion, le mot As typalée, si fréquent dans la mer Egée, était également une transcription de Sua-Gela^ et il signifiait, comme celui-ci, les tombeaux des rois^^.

Ces concordances sont trop nombreuses et trop concluantes pour être considérées comme un simple effet du hasard.

Mais la plus importante des créations que l'on constate sous la troisième dynastie, et qui a jeté de très profondes racines dans le pays, c'est VHéliolâtrie^^,

124 l'hellénisme ÉGypTiHir.

Nous avons eu occasion de relever plus haut, combina est erroriée Topinion qui fait des Couchites, des Nilolâtres ou des Héliolâtres. Ce peuple a toujours professé le Panthéisme, et toutes les fois qu'il a été obligé de changer de religion, il a toujours affecté à son nouveau culte la forme et les habitudes de Tancien. Pour les anciens Égyptiens, le Soleil n'était qu'un grand Fétiche, le corps de deux Êtres surnaturels de natures différentes. Comme source de lumière, il représentait Râ, l'Esprit bon, qui, chaque matin, chassait les Esprits des ténèbres de l'horizon; comme source de chaleur, il représentait au contraire 5e/, l'esprit méchant, le producteur de ces vents chauds qui, très souvent, transformaient leurs champs fertiles en désert. Aussi se servait-on de son nom pour tourner en dérision les Divinités des peuples étrangers, et plus particulièrement de ceux qui venaient leur disputer la possession de la vallée "^

Sous la domination moscho-ibérienne et plus particulièrement sous le règne paternel de Cronos (Gour-ra) et de son fils Osiris, les Couchites devinrent comme leurs maîtres, des Ninolàtres et des GéolâtreSy mais leur conversion n'était qu'apparente. Tout en se disant adorateurs d'Osiris et d'Isis, ils continuèrent à ne voir dans ces Dieux que les deux Esprits surnaturels qui, à leur idée, avaient élu domicile dans les deux éléments, base de la religion en question, et leurs tombes, de même que leurs sanctuaires, furent toujours remplis de Fétiches représentant ces esprits.

C'est vers la fin de la domination moscho-ibérienne, lorsque les Bèricns ou Typhoniens devinrent les maîtres de la Basse-Egypte, que nous voyons apparaître, pour la première fois, le culte du Soleil sur les bords du Nil. Mais cet empire n'ayant pas eu une longue durée, la nouvelle religion n'a pas pu s'implanter dans le pays, et les Couchites en firent bientôt disparaître toute trace ^^

La situation n'a pas changé sous les Kemites. Ce peuple, qui adorait Ptah, se distinguait aussi par sa tolérance religieuse. Les rois de la première dynastie laissèrent les Égyptiens adorer, comme ils l'entendaient, leurs Esprits et leurs

Fétiches, et les quelques Moscho-Ibériens qui restaient encore dans la Basse-Egypte, pouvaient librement sacrifier à leur Osiris et à leur Isis. Mais, un peu plus tard, lorsque les rois de la deuxième dynastie crurent bon d'adopter les croyances égyptiennes, et qu'ils devinrent les satellites des prêtres de la Thébaïde, ces derniers profitèrent de l'occasion pour imposer leurs idées religieuses et leur rituel à tous les pays arrosés par le Nil, çur tous les peuples qui faisaient usage de ses eaux. C'est alors que le Bœuf Apis devint le dieu parèdre du grand Ptah ; que le Bœuf Mnevis prit la place de l'ancienne divinité d'Héliopolis; le Bouc, celle de la divinité de Mendès, et que la plupart des villes de la Basse-Egypte s'appelèrent du nom de leurs Fétiches plutôt que de celui de leurs Divinités ^^

Cet état de choses dura jusqu'à la fin de la deuxième dynastie, quand, à l'avènement des Necherophès, nous nous trouvons soudainement en face d'une Héliolâtrie complète, et qui depuis a toujours existé sur les bords du Nil. Les princes de la nouvelle dynastie, non seulement adoraient le soleil, mais ils faisaient précéder leur signature du signe ©, symbole de cette divinité, et, nonobstant l'opposition acharnée du clergé de la Thébaïde, cette habitude finit par être admise par tous les rois égyptiens et devint le titre principal de leur protocole officiel. Les anciens Grecs avaient par conséquent grandement raison d'admettre que le premier dieu ayant régné en Egypte était Cronos; après lui vint Hephœstos (Ptah) et plus tard, sous les rois de la troisième dynastie, Hélios".

Mais le plus important, c'est que cette Héliolâtrie n'était pas l'apanage de la famille royale. Elle était la religion de toute la population de la Basse-Egypte, et d'une grande partie de la Moyenne, et elle était tellement bien ancrée dans les mœurs et les habitudes du peuple qu'on est amené à admettre que celui-ci la pratiquait de longue date. Or, la constatation de ce fait, à un moment où rien u'existait en Egypte qui pût l'expliquer, est, à notre avis, la meiU leùre preuve que ce peuple et ces rois Héliolâtres étaient

126 l'hellénisme bgyptibn.

des conquérants originaires d'un pays où celte religion était en honneur, et ce pays ne pouvait être alors que la Grèce et les îles de la mer Egée. Le quatrième genre de poterie archaïque, ces urnes jaunes décorées en rouge , que nous avons signalées plus haut, nous fournit à ce propos une série de preuves dont il est difficile de méconnaître la valeur".

On voit sur ces urnes des barques d'une construction essentiellement différente de celles qui, àcette époque, étaient en usagesurleNil^^Cesbarques, faites d'un seul tronc d'arbre creusé ((aovoÇwXov), semblent nouvellement entrées dans le port. Elles sont encore munies de leurs avirons et portent à la proue la branche de palmier ou le pied de maïs qui les ornaient. Autour d'elles, on voit encore les oiseaux qui les ont accompagnées pendant la traversée, et sur l'un de leurs pavillons se dresse le mât portant l'enseigne, qui varie suivant la barque. Tantôt c'est un double ou un triple triangle, tantôt un cercle cintré, tantôt un croissant ou une croix, un Z ou un éléphant, dont les défenses et la trompe paraissent constituer la partie la plus importante de la décoration *^

Tout indique dans ce tableau que l'on a voulu reproduire une fête. Sur le rivage, couvert de fleurs, les femmes dansent, les enfants se livrent à leurs ébats; les oiseaux voltigent parmi eux ; les chèvres, les antilopes, les lézards môme paraissent être pris de la manie choréique ; et, comme pour compléter le tableau, l'artiste a rempli toutes les parties vides par des groupes de triangles, par des lignes ondulées ou brisées, par des séries d'S, d'N ou de Z, bref, par tous les symboles solaires des peuples hyperboréens, que nous avons déjà étudiés. Il y a même des vases sur lesquels l'extrémité de la palme décorant la proue, en se recourbant, formç un cercle, dont l'artiste s'est servi pour représenter le disque solaire en y ajoutant deux points qui simulent les yeux«*.

Or, ce même tableau, nous le retrouvons figurant sur les plus anciens vases funéraires de la Grèce, les vases de Dipylon^S et tout porte à croire que, dans l'un et l'autre cas,

il était appelé à reproduire la fête que les insulaires de la mer Egée célébraient dans l'antiquité, en Thonneur du retour d'Apollon de son voyage annuel chez les Hyperboréens, et aussi, à Tarrivée de la barque sacrée leur apportant le feu nécessaire aux purifications *^ Les quelques particularités qui distinguent les peintures des vases de Dipylon de celles des urnes égyptiennes n'ont pas d'importance. Si, sur les premiers, le navire, au lieu d'être un monoxxjlon^ a la forme et la disposition de la barque phénicienne , c'est qu'au temps où ces vases furent fabriqués, ce genre de barques était d'un usage universel dans la Méditerranée. Si, au lieu de symboles solaires figurant sur les urnes égyptiennes, on ne voit sur les vases de Dipylon que des croix gammées (Swastika), des cercles étoiles, des méandres, des S angulés, érigés en colonnes, etc., c'est qu'à cette époque ces derniers symboles avaient déjà remplacé les anciens. L'idée exprimée est bien la même, seulement elle est exprimée par des signés de deux différentes époques. C'est un texte rendu en deux dialectes**.

Quant à la signification de la fête reproduite sur la poterie funéraire des deux pays, et la raison pour laquelle elle y figure, qu'il nous suffise de rappeler que, dans l'antiquité, le feu était considéré comme le moyen le plus puissant de purification et de régénération nîorale. Mais, pour avoir cette vertu, il devait être rallumé tous les ans avec un tison tiré du foyer du temple d'Apollon, de Delphes ou de Délos. Aussi chaque île était-elle tenue d'envoyer, à une époque déterminée de rànnée, une barque .spéciale qui allait chercher le tison régénérateur ; et le retour de cette barque marquait le commencement d'une vie nouvelle dans le pays, d'une vie purifiée de toutes taches du passé*^ Aussi donnait-il lieu à des fêtes et réjouissances • extraordinaires, que les artistes ont cru devoir reproduire sur les urnes funéraires, pour indiquer que le défunt était mort après avoir été purifié par le feu sacré et absous de toutes ses fautes ; on dirait aujourd'hui « muni des sacrements ».

128 l'hellénisme égyptien.

Or, cette fête, dont on peut constater encore les survivances en Orient et en Occident, n'était pas une création aryenne, ainsi qu'on l'a cru jusqu'à présent. Elle venait de l'extrême Nord, du pays des Hyperboréens, où on la fêtait d'abord pour célébrer la réapparition du Soleil à l'horizon, au commencement de Tété, et ensuite, en souvenir de la découverte du feu et de sa vulgarisation. Sous le nom de Palilies (fête du dieu Paies), elle était fêtée, dès la plus haute antiquité, en Italie®®; sous celui de Belténé on la célébrait, jusqu^au premier siècle de notre ère, en Irlande**, et tout à fait de la même manière qu'à Lemnos ; et si nous remontions plus haut, nous la trouverions figurant parmi les plus anciennes gravures rupestres de la Suède et de la Norvège, et presque de la même façon que sur la poterie de Nagadeh : Des barques effilées, faites d'un seul tronc d'arbre, décorées de branches de pin, portant au milieu, en guise d'enseigne, un ou deux cercles cintrés, tout à fait semblables à ceux figurant sur les vases égyptiens; et, à côté de ces barques, des hommes qui dansent, des enfants qui se livrent à tous lès amusements et des animaux qui cherchent à les imiter ®^ D'où l'on peut conclure, que les reproductions figurant sur la poterie archaïque égyptienne et sur celle de Dipylon procèdent bien d'une et même source : d'une décoration très ancienne, importée de l'extrême Nord, mais, tandis que l'une était la fille aînée, celle de Dipylon représentait sa plus récente évolution, voire même la dernière®'.

Cette interprétation est d'ailleurs corroborée par ce fait, que dans la plupart des barques figurant sur les rochers sculptés de la Suède et de la Norvège, on voit debout un individu ithy phallique ^ portant un tison à la main et qui ne peut représenter que le soleil, en sa qualité de régénérateur de la nature, à la sortie de l'hiver. Or, cet individu, nous le retrouvons bien en Grèce, en Thrace de même que dans la Troade, mais transformé à ce point qu'il est difficile de reconnaître en lui le Soleil régénérateur^^, tandis qu'en Egypte, nous le voyons tel que nous l'avons connu dans

la Scythie, et dans des circonstances qui ne laissent aucun doute sur son émigration de ce pays. La statue du Soleil à Héliopolis représentait un jeune homme ithypallique. Dans la plupart des sarcophages de l'Ancien et du Moyen-Empire nous voyons THorus ou TAmmon ithyphallique revenant dans sa barque de son expédition contre les esprits des ténèbres, et, la croix ou pour mieux dire, le tau anse à la main, appliqué à donner la vie à la momie d'un des Pharaons favori des prêtres; ce qui indique que les idées religieuses de l'extrême Nord, de même que la manière de les représenter, se sont bien mieux conservées en Egypte que dans les îles de la mer Egée "^^

Il en est de même de la fête célébrée à Toccasion de l'arrivée et de la distribution du feu sacré.

Une inscription très ancienne de Siout nous apprend que dans la nuit du 17 Thoth, qui était le premier mois de l'année chez les Égyptiens, les prêtres allumaient, dans les sanctuaires et dans les chapelles funéraires, le feu dont les Dieux et les Doubles devaient se servir pendant les douze mois de l'année. Presque au même instant, le pays s'illuminait d'un bout à l'autre. Il n'y avait famille si pauvre qui ne plaçât, devant sa porte, une lampe neuve où brûlait une huile saturée de sel, et qui ne veillât jusqu'à l'aube en repas et en conversation"^*. Hérodote affirme de son côté que cette fête était célébrée, encore de son temps, dans la ville de Sais sous le nom de Aupoxaia^^ et l'inscription qui décore le fronton de la plupart des tombes de l'Ancien-Empire témoigne que le défunt mérite une place particulière dans l'autre monde, pour avoir été un homme dévoué au grand Dieu, pour s'être toujours conformé aux prescriptions de la loi et pour avoir régulièrement fait ses offrandes à la fête annuelle de Thoth, au premier jour de Fan, la fête de Carrivée du bateau apportant^ avec les chaleurs de Tété , le grand Dieu [ithyphallique) Khem'^K ce qui prouve de la façon la plus évidente que la fête en question existait, dès la plus haute antiquité, dans le pays du Nil, et avait le même caractère que dans l'extrême Nord.

L'origine égéenne des urnes archaïques en question, et des cultes funéraires qui s'y rattachent, est encore attestée par trois traditions, recueillies par Hérodote et confirmées d'une manière frappante par les découvertes de ces dernières années. A en croire les Déliens, dit rhistorien gr'ec^ le premier feu sacré qu'ils avaient reçu des Hypèrboréens, leur fut apporté, caché dans un roseau de maïs, (•jvupôvâv )ta>.àp.7i) par deux vierges : Hyperochée et Laodicée. Or, ces deux vierges étant mortes à Diélos, la jeunesse de cette île de l'un et de l'autre sexe inaugura dans son pays l'habitude de se couper, à l'époque du mariage, une partie de la chevelure et de la déposer comme souvenir sur le tombeau de ces Vierges qui se trouvait dansTenceintedédiée à Artémis. Il en a été de même de deux autres Vierges qui avaient apporté, du même pays, à Ilithyie^ le tribut qu'on lui avait promis, en récompense de la prompte délivrance que cette Divinité avait accordée aux Hyperboréennes. Ces Vierges étant également mortes à Délos, les Déliens, afiit de mieux honorer leur mémoire, avaient contracté l'habitude : les femmes, de se réunir à une certaine époque de Tannée et chanter en compagnie un hymne spécial, appelé Linus ou Olénus; les hommes, de ramasser les cendres des victimes sacrifiées en leur honneur et de les répandre sur leur tombeau ''^ Or, ces trois habitudes paraissent être entrées dans les mœurs du pays du Nil, à la mêlne époque que la poterie en question y fut importée, puisqu'on trouve dans la plupart des tombes archaïques, à côté des urnes genre égéen^ des vases contenant des cheveux de différentes longueurs et couleurs, de même que des jarres spéciales, remplies de cendres et d'os d'animaux brûlés ; et, puisque les Égyptiens avaient, de tous temps, l'habitude de chanter, à la mort des personnes regrettées, un hymne spécial, connu sous le nom de Maneros, et qui, d'après Hérodote, n'était qu'une reproduction du Lifios''^,

Tout concourt donc à nous faire croire que J'Héliolâtrie de l'Egypte, de même que ses plus anciens cultes funéraires et les idées religieuses qui s'y rattachent, lui sont venus du

Nord, des îles de la mer Egée, qt qu'ils n'avaient aucun rapport avec les cultes précédemment en usage dans le pays.

L'étude des œuvres littéraires et scientifiques, d'ailleurs excessivement rares à l'époque qui nous occupe, nous amène aux mêmes conclusions. Nous trouvons là aussi un mélange de produits intellectuels de différentes provenances, et dont les plus importants ne venaient pas de la Haute-Egypte.

Personne ne peut certes nier l'origine égyptienne de l'écriture hiéroglyphique, le point de départ de la vie littéraire qui s'est développée sur les bords du NiV^, Mais il est aussi avéré que cette création est restée plusieurs dizaines de siècles, sans pouvoir exercer son influence bienfaisante. A vrai dire, elle n'a commencé à porter ses fruits qii'à partir du moment où un roi de la IIP dynastie a eu l'heureuse idée de la perfectionner et de la rendre susceptible d'exprimer la langue parlée alors dans le pays. Aussi, le premier texte écrit en caractères perfectionnés que nous connaissions, c'est la courte inscription du roi Djézer sur les rochers de Wadi-el-Maghara, à Sinaï. Au contraire, dans les tombes archaïques d'Abydos et de Nagadeh, tombes qui contiennent les restes des rois des deux premières dynasties, on n'a rien trouvé qui puisse être comparé à l'écriture inaugurée sous le règne de Djézer, et, ainsi que nous avons essayé de le démontrer plus haut, tous les signes figurant sur les stèles tirées de ces tombeaux, lesquels ont une certaine ressemblance avpc les caractères hiéroglyphiques des temps postérieurs, ne sont que des symboles religieux, dont quelques-uns ont servi plus tard à compléter l'alphabet hiéroglyphique couchite'^^

Mais ce qu'il y a de plus intéressant, c'est que cette perfection de l'écriture égyptienne coïncide avec la Substitution des cunéiformes à l'écriture idéographique, en Babylonie;'de l'écriture linéaire aux idéogrammes Égéens,

132 l'hellékismb égypmen.

faits qui prouvent qu'à un certain moment, les trois pays se sont trouvés soumis à une impulsion commune; et celle impulsion ne venait pas de la Thébaïde. Au dire de M. Oppert, et son opinion est aujourd'hui partagée par tous les AssyrioIogues^% récriture cunéiforme est l'œuvre des Sumériens, ou, pour mieux dire, des Scytho-lbériens établis sur les bords de TEuphrate ; or, ce peuple du Nord n'est pas allé seulement en Mésopotamie. Ainsi que nous l'établirons tout à l'heure : en quittant la Scythie du Pont, il s'est avancé, d'un côté, jusqu'à l'océan Indien, de l'autre, par la Thrace et les îles de la mer Egée, jusqu'en Egypte. Il est donc plus que probable que ce fut ce même peuple qui fût l'auteur des modifications apportées dans les écritures idéographiques Égéenne et Égyptienne. Mais tandis que dans les deux premiers pays, les îles Égéennes et la Mésopotamie, la forme linéaire a prévalu; eu Egypte, où les hiéroglyphes étaient depuis des siècles gravés, sinon sur la pierre, du moins dans la pensée, les réformateurs ont dû se borner à compléter la Phonologie, en ajoutant aux idéogrammes existants un certain nombre de leurs symboles religieux, auxquels ils ont donné une valeur syllabique*".

Quoi qu'il en soit, le premier ouvrage écrit en Egypte est bien attribué au deuxième Roi de la IIP dynastie, c'est-àdire à ce même Djézer qui a perfectionné les hiéroglyphes", et tous les Égyptologues s'accordent à reconnaître que les premiers chants religieux de l'ancienne Egypte ont élé copiés sur les Hymnes du Soleil, en usage à Héliopolis. Il est même très probable que la plupart des œuvres littéraires que la tradition attribue aux Tourditaines de l'Ibérie occidentale** étaient également de même source.

On peut en dire autant du fameux Livrç des Morts, l'ouvrage sacré de l'Egypte classique. Ses plus anciens chapitres, ceux que l'on fait remonter jusqu'aux temps préhistoriques, traitent d'une doctrine dont les Couchites n'avaient aucune notion avant l'arrivée des Kemites dans leurs pays : celle de la vie future. Panthéiste effréné, ce

peuple croyait que rhoirime, en mourant, devenait un de ces Esprits qui, selon lui, remplissaient Fespace, et que son cadavre était le plus précieux des fétiches, pour les siens. Aussi avait-il en honneur, à Tinstar des Chinois de nos jours, le culte des ancêtres, le plus ancien culte du pays du Nil. La croyance aune vie future, telle qu'elle est donnée dans le plus ancien chapitre du Liore des Morts, est une conception de peuples Finno-Tatares, que les Kemites, et plus particulièrement les Kemites Egéens, ont importée dans la vallée du Nil, et qui n'a pris racine que plusieurs siècles plus tard^^

Le sol de TÉgypte devait enfanter des Géomètres. La facilité avec laquelle le Nil efface, à chaque inondation, les limites des propriétés et transforme Taspect des différentes contrées, imposait à l'État aussi bien qu'aux particuliers l'obligation de bien connaître l'étendue du terrain possédé. Aussi n'est-il point étonnant que l'antiquité entière ait attribué l'invention de la Géométrie aux Égyptiens. Mais n'est-il pas encore très curieux, qu'en Egypte, on ait cru devoir reconnaître pour son inventeur Thoth dont l'origine étrangère n'était pas ignorée, et non Nou ou Sibou, les Esprits dont le Nil et la terre étaient l'incarnation?

Les médecins de l'Egypte jouissaient encore, dans l'antiquité, de la plus grande réputation. Toutes les cours de l'ancien monde, sans en excepter celle de Jupiter, tenaient à être servies par eux, et les deux Esculapes, que l'Église a cru devoir comprendre dans son Martyrologe, étaient également Égyptiens, et de la plus basse époque. Mais, nonobstant cette réputation, ces médecins ne paraissent pas avoir brillé ni par leur savoir-faire, ni par leur science. Darius n'a pas eu à se louer des siens, çt ceux que Gâlien a connus, lors de son voyage en Egypte, ne leur étaient pas supérieurs. D'ailleurs, l'obligation de ne pas sortir des règles fixées par l'État, suffisait à paralyser tout progrès dans la science. Aussi les quelques papyrus médicaux d'alors ne sont

134 l'hellékisme égyptien.

que des reproductions d^anciennes formules ou des compositions de la Basse Epoque, auxquelles leurs auteurs ont donné les noms de rois réputés comme ayant eu deâ capacités médicales extraordinaires**.

Pour rencontrer en Egypte des médecins dignes de ce. nom, il faut descendre jusqu'à la domination persane et même jusqu'à l'époque grecque ; mais alors les écoles* de Crotone et de Cnide avaient déjà fait leurs preuves.

Or, si les faits et considérations que nous venons d'exposer ont la valeur que nous croyons devoir leur attribuer, il faut bien admettre que, vers la lin de la II* dynastie, environ 4000 ans avant notre ère, et peut-être encore antérieurement, la Basse-Egypte et une grande partie de la vallée du Nil ont été conquises par un peuple héliolâtre, venu du Nord, en dernier lieu des îles de la mer Egée, et que ce fut ce peuple qui fonda, aux dépens des rois Thinites, la dynastie Memphite, et qui importa, toute faite, la civilisation qu'on a l'habitude d'attribuer aux Égyptiens. D'ailleurs, c'est bien ce qu'on pensait dans le pays, puisque le grand prêtre de Saïs, auquel Solon a cru devoir s'adresser pour connaître les origines de sa patrie, a pu lui dire : « Autrefois, cher Solon, avant cette grande « destruction par les eaux (le cataclysme d'Ogygès), celte « même ville d'Athènes, que nous voyons aujourd'hui « exceller dans l'art de la guerre, l'emportait en toutes tt choses par la sagesse de ses lois. Cest à elle que Von doit « toutes les belles actions et toutes les institutions libé- « raies dont on a parlé sous le soleil *\ » Le seul point sur lequel le prêtre égyptien se trompait, c'est qu'il attribuait la civilisation de son pays, non aux peuples qui, à cette époque, habitaient la Grèce,. mais aux occupants de la dernière heure, les Ioniens^ qui n'y apparurent que plusieurs siècles après. Ainsi que nous l'exposerons plus tard, la péninsule grecque et les îles de la mer Egée étaient alors habitées par deux grands peuples, aux-

quels le pays devait tout son développement, mais qui n'avaient . aucune parenté ethnique avec les Ioniens. C'étaient les Moscho-Ibériens qui, sous les noms de Mod^oivot, de Ilàvtot, de Fpatot, de KpTÎTeç, etc., occupaient de temps immémorial le pays^% et les Scy tho-My siens ^ les Scythes dés auteurs classiques, venus plus tard en conquérants de là Scythie du Pont".

Les anciens n'ignoraient pas le rôle considérable que ce dernier peuple avait joué dans le monde, avant la fondation des grands empires historiques de l'Egypte et de la Chaldée. Tout un chapitre de Justin, résumant Trogue-Pompée, nous édifie à ce sujet. Les Scythes, y estil dit, avaient toujours été considérés comme le plus ancien des peuples, plus ancien même que les Égyptiens ; dès Torigine, ils avaient jeté le plus grand éclat dans le monde ; ils avaient trois fois ambitionné l'empire de TAsie, et avant Ninus, père de Sémiramis et premier roi d'Assyrie, l'Asie leur avait payé tribut pendaùt quinze ôents ans***.

Hérodote parle également en termes très élogieux des Scythes *^ Il nous les donne coriime le plus civilisé et le plus puissant des peuples qui, de son temps, habitaient au nord de la mer Noire et relève plusieurs de ses institutions; mais c'est Diodore qui nous a conservé les plus intéressants souvenirs historiques sur ce peuple, sur son développement extraordinaire et sur l'extension de son empire dans les trois continents de l'ancien monde.

Au dire de cet auteur, à l'origine, les Scythes occupaient une partie très limitée des plaines de l'Araxe. Mais ayant été assez heureux pour avoir des rois de grande valeur, ils ne tardèrent pas à conquérir tout le pays montagneux du Caucase, toutes les plaines qui s'étendent au nord du lac Méotide jusqu'à Tanaïs. Ensuite, ayant augmenté en nombre, ils se divisèrent en deux parties qui s'appelèrent des. noms de leurs princes, les uns IldXot, les autres Nàirài; et, sous la conduite de ces princes, ils eurent vite étendu les limites de leur empire, d'un côté, par la Méso-

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potamie jusqu'à rocéan Indien; de Tautre, par la Thrace, la Grèce et l'Asie Mineure, jusqu'à TÉgypte.

« Meri Se Ttvaç j^p6vou<;, touç aTwoyovouç toOtwV tûv Pa(ri>.^6>v àvopetqc xai (XTparyiyia StevsyxovTaç -tco^Xtjv [asv Tu^pav Tou TaviïSoç TroTocf^oO ywpav xaTaaTp^'^aaôai [Jt-exp^ '^^Ç 0pc5:x7)ç, àTut Se ôàrepoc (x^py) <rrpaT6U(7avTaç SiaTSivat Tvi Suvà[Ag( (AEj^pi ToO xoLT AtyuTUTOV NetXou. noX>.à Se >cat [A6yà>.a TÔv àvôc jx^ffov T0OTG)v âOvûv xaTaSoyXdxrafAÊVOuç, Tupoêiêàerai T7)v 7îyg[it.ovtav tûv SxuÔôv, Tvi jjigv, 67rt Tov TTpo; àvaToXotç 'Qxeavov, r/i S\ ext t7)v KaoT^tav 6à>.aTTav xal MaiôTtv

Lorsque nous parlerons des origines grecques, nous reviendrons nécessairement sur ce sujet. Nous étudierons alors en détail les différentes évolutions de cette invasion du Nord, et nous relèverons les survivances qu'elle a laissées dans le pays. Qu'il nous suffise, pour le moment, de relater qu'après la Thrace ce fut la Thessalie qui en a été le principal centre, le foyer d'où la civilisation s'est propagée dans la péninsule. C'est en Thessalie que nous rencontrons, en effet, les plus anciens sanctuaires du Dieu de la lumière. C'est là que siégeaient les oracles les plus estimés de l'ancien monde ; c'est de cette contrée que partirent les premiers émigrants européens pour aller peupler ou civiliser les îles et le littoral de l'Asie occidentale". Et si la tradition recueillie par Hérodote est exacte, ce fut de la Thessalie, du pays de Phtah ($ôia), qu'est venu en Egypte, Archandre, le beau-fils de Danaiis et le fondateur de la ville qui, jusqu'au temps de l'historien, portait encore son ancien nom, ''Apx,avSpo(;*^

Or, si l'on prend en considération qu' Archandre était un conquérant comme Soser-cherès ; que le nom de ce dernier prince exprimait en égyptien tout à fait la même chose qu'"Ap)^avSpo; en grec; que cette synonymie ne se limitait pas à ces princes, mais qu'elle se continuait chez la plupart des membres respectifs de leur famille ; si l'on songe que le fondateur du royaume de Tyr s'appelait comme un ancien roi d'Argos, 'Ayrivwp, tandis que ses proches

LA CIVILISATION SOUB LES KEMITBS. 137

voisins, les Moscho-Ibériens de la Syrie, lui donnaient le nom de 'Apaç, ou Xvat<;, ou Xvâo<;, le même que les Moscho-Ibériens du Caucase donnaient à leurs voisins les Scytho-Mysiens du Pont, et que, d'après la tradition, ce prince était frère du roi d'Egypte et fils de celui de la Thessalie, ou de la Béotie, (Kadmos), on peut bien, croyons-nous, considérer TArchandre et TArchiLèle de Pausanias comme les deux princes myso-scythes de Diodore^ qui, partis de Thessalie, firent bientôt la conquête du Péloponèse, et, après avoir fondé les royaumes de Lacédémone et d'Argos, arrivèrent par leurs exploits à s'installer en maîtres, Pun en Phénicie, l'autre sur les bords du Nil»*.

Il est facile alors de comprendre ce qui, pour Hérodote, était une énigme : comment le culte de Phaéthon et l'hymne, qu'on lui chantait sur les bords de l'Éridan, ont pu passer de rextrème Nord en Orient, en Grèce, en Asie Mineure, en Phénicie et en Egypte; et comment les Égyptiens, qui n'aimaient pas à imiter les autres peuples, ont pu contracter tant de coutumes qui étaient celles des anciens Lacédémoniens, des Pythagoréens et des Orphiques*^

Mais la preuve la plus décisive de l'origine scythomysienne des rois de la IIP dynastie nous est fournie par les monuments.

A en juger par les statues, les bas-reliefs et les fresques des chambres funéraires de l'époque, la Basse-Egypte et une partie de la vallée du Nil étaient occupées, alors, par deux races d'hommes essentiellement différents des Gouchito-Kemites, qui habitaient la Haute-Egypte.

Les individus appartenant à la race dominante étaient de grands et beaux hommes, à tête longue, dolichocéphales^ aux épaules larges, aux extrémités bien musclées. Ils avaient le visage allongé, les yeux grands, en amande, le nez aquilin, et une chevelure épaisse, blond foncé, tombait coquettement sur leurs épaules. Pour tout vêtement,

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ils portaient une jupe, descendant jusqu'aux genoux, une peau d'animal sur le corps, et, en fait d'armes, une massue à la main, un couteau en bronze à la ceinture et le carquois traditionnel à Tépaule.

Les hommes dé la race dominée ^ présentaient, au contraire, le type moscho-ibérien plus ou moins croisé avec le type finnois ou ligure. Taille moyenne, lête arrondie, visage large, yeux gros saillants, traits du visage grossiers. Mais lorsqu'on compare entre elles les nombreuses statues que nous possédons, appartenant à cette race, on s'aperçoit vite que les deux types primitifs, le moscho-ibérien et le finnois, y existaient encore •«.

Or, ces trois types d'hommes, si différents Fun de l'autre, nous les trouvons constituant la plus ancienne population de la Scythie du Pont. A partir de la Thrace jusqu'à la Krimée, on rencontrait au temps d'Homère les Mysiens ou les Myso-Thyras, peuple appartenant à la race moschoibérienne. Ensuite venaient les Scythes, peuple finnotartare, et, au delà du fleuve Gherra, vivaient les Scythes royaux, qui, à en juger par leurs squelettes retirés des plus anciens kourgancs de la Russie méridionale, étaient tout à fait du type des rois et des hauts fonctionnaires de la IIP dynastie égyptienne. — M. Bogdanof, qui a passé sa vie à fouiller leurs kourganes, est très explicite à ce sujet. « A l'époque des kourganes, dit-il, se montrent deux « types crâniens dans la Russie méridionale : le premier, « robuste dolichocéphale, à la têle large et longue, au « visage allongé, aux cheveux blonds foncés; le second, plus « petit, est brachycéphale, a le visage plus court et les a cheveux châtains ^^ » Et pour compléter le tableau, nous citerons Clément d'Alexandrie qui, parlant des Celtes, nous informe que ce peuple portait, à Vinstar des Scythes^ une superbe chevelure blonde; nous citerons Priscus, qui, rendant compte de son ambassade chez les Ostgotes, observe que les Scythes royaux étaient vêtus de peaux d'animaux sauvages; et en dernier lieu, la glosse d'Hésychius, d'après laquelle la pelisse dont ce peuple faisait le

plus usage, était celle d'un animal semblable à notre cerf : trois faits qu'il est facile de constater sur les bas-reliefs reproduisant les portraits du roi Hossi et du grand prêtre Shiri dans le musée de Gizeh*^

Tout porte donc à nous faire croire que le peuple Egéen qui, 4000 ans avant notre ère, est allé fonder la IIP dynastie sur les bords du Nil et y implanter la civilisation qui a illustré l'Ancien- Empire, venait, en dernier lieu, de la Scythie du Pont et était formé de trois différents peuples : les Moscho-Ibériens, les Scythes et un troisième, dont nous ne connaissons pas encore le nom^% mais qui n'avait aucun lien de parenté avec les Ioniens, ainsi que nous tâcherons de l'établir dans le chapitre suivant.

LA CIVILISATION SOUS LES KEMITB8 (NOTBS). 141

NOTES

1. Nous avons appelé Thébaine, la civilisation développée sous Jes rois des deux dynasties Thinites, tout d*abord, parce que, en granàe partie, cette civilisation était Toeuvre des Gouchites ; ensuite, parce que la ville de Thinis na pas tardé à céder sa place de capitale à Thèbes; et, en dernier lieu, parce que les Kemites ont contracté si vite les mœurs et les coutumes de leurs sujets, que tout ce qu'ils ont produit par la suite a conservé le cachet Couchite.

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