Diodore, II
90. Contrairement à ce que dit Pausanias (II, 6, 5), Archandre n'était pas un Achécn, mais un Thessalien qui, avant d'émigrer en Egypte, avait conquis une grande partie du Péloponèse sur les Danaens. Ainsi que nous le verrons plus loin, les Thessaliens étaient
installés en Thessalie, plusieurs siècles avant Tapparition des Achéens dans ces contrées, et ils ont pu y conserver le pouvoir jusqu'aux plus basses époques de l'histoire grecque (Thucyd., VIII, 3). Le passage d'Hérodote, 'ApxavBpou xou ^Gîou tou 'Axaiow, qui, très probablement, a induit en erreur Pausanias, n'est pas édifiant. Ainsi que l'a démontré M. Stein, la présence de « tou *A/ji\o\j » dans cette phrase ne s'accorde guère avec les habitudes littéraires d'Hérodote, pas plus qu'avec celles des auteurs classiques, et nul doute que ce mot ait été interpolé par quelque copiste, qui voulait faire passer les Achéens comme les plus anciens peuples du Péloponèse. Voir Wiedemann {Hérodote das Zweise Bush,)
91. On ne connaît pas encore la situation de la ville d'Archandre. Hérodote (II, 97) la place entre Naucratis et Ganobe : « 'E; 8è NaiSxpativ 1X710 OaXàaaT); xal Kavo56ou 8ià tueBiou TiXtiSwv 7)Çeiç xat' ^'AvOuXXav TTs TtoXiv xài eç T7)v 'Ap^avBpou xaX£0[xévr)v. » Mais au dire d'Ét. de Byzance, il parait qu'au temps d'Hérodote, on confondait la ville d'Archandre avec Andropolis, qui réellement se trouvait dans ces parages. D'autres géographes la placent plus au sud, sans toutefois préciser son emplacement. Aussi, si nos conjectures sur l'identité d'Archandre et d'Userchérès sont confirmées, nous pourrions bien la considérer comme la ville qui, sous les rois de la VI* dynastie, a été appelée «Memphis ». Voir ci-dessus, p. i05, note 15.
92. Xva TupOTEpov f) ^oiviXT) IxaXetTO xal tÔ sOvixov Xvotoç xal ô Xvaç tou Xva, ovofjia xupiov. Outw ùI eXé^eTo ô 'Afrîviop (Choerobosc. Bekker Analecta, t. III, p. 118). Voir aussi p. 52, où on est prié de lire, ligne 23 « les Tyriens et les Sidoniens », au lieu de u Couchites ». Or, si cette étymologie ('A^vaç d'Askénas) est, comme nous le croyons, juste, les Chananéens n'étaient point des Sémites, ainsi qu'on l'a dit jusqu'à présent, mais tout ce qu'il y a de plus Européen. Ils faisaient partie du peuple Scytho-Mysien qui, vers la fin de la 11° dynastie égyptienne (4000 ans av. J.-G.), a envahi la Grèce, l'Egypte et tout le littoral de l'Asie occidentale. D'ailleurs, les mœurs et les habitudes de ces deux peuples, les Sémites et les Ghananéens, différaient à un. tel point, que Renan n'a pas hésité de l'attester il y a déjà vingt ans. (Voir Mission en Phénic, p. 837.)
93. Il ne faut pas oublier qû'Apollodore (II, 4, 3 ;III, 1, 8), et vraisemblablement les logographes plus anciens, plaçaient Kadmos à la tête de la généalogie Béoto-Phénicienne, et intercalaient les deux frères, Zéthos et Amphion, à un point plus bas dans la série. D'après eux, Bélos (XléXoç, nàXoç, IItiXsu;) et Agénor étaient fils d'Épaphos (le fils de l'Argienne lo) et de Libya; Agénor alla en Phénicie et y devint roi ; tandis que Belus eût pour partage l'Egypte et il y eût pour enfants Danaiis et Aegyptos. Voir Alexandre, Polyhistos (dans MûUer, Fragm. Hist, grec, t. III, p. -212), et Jean d'Antioche, dans le même
154 l'hellénisme égyptien.
ouvragé, p. 544). Conbn {Narrât,, 37) qui donne à toute la légende une couleur historique et politique, semble avoir trouvé également deux récits différents, Tun rattachant Kadmos à TÉgypte, Tautre l'amenant en Phénicie.
94. "ûaTB 7:oXXà (aèv xal aXXa àTCoOcou^ia^Eiv {le tôv 7:Êp.t Aty^iîTOv eovxwv^ k'v Be 8t) xai tov Aîvov ôx(i66v IXaCov. 4>a{vovTai Se aieixote toutov àetSovtsç. "Ean Bè AipitTiaTl ô Aîvoç xaXEd(xsvoç Mavipw;, etc. (Hérod-, II, 79). Et nn peu plus loin : SuuLçlpovtai 8è xal xdÔe àXXo AtYji::Tioi 'EXXijvwv jjiouvoiat AaxeBaifxovîoiai' oî vetiSispoi autôv xoîat 7:p£o6uTépôiat ouvTuy^a— V0VT6Ç eVxouat ifjç ô8oîf xai IxTpaTTOVTat, xat ÈTriQîfffi çÇ eSprjç 6:caviaTÉaTai, etc^ (/. c, 80-82}.
96. Le premier de ces types caractérise les bas-reliefs du roi Hossi et du prêtre Shiri; les deux autres sont copiés en partie sur les statues de Scheikh-eUBeled, de Plah-hotpou et du Scribe accroupi da musée du Louvre, en partie sur celui du Scribe agenouillé et du Scribe accroupi du musée de Gizeh, si bien reproduits dans l'ouvrage de M. Maspero, t. I, p. 408-41i. « Les statues d'Egypte, dit dans cette occasion M. Maspero, sont des véritables portraits et nous permettent de reconstituer les populations de l'Egypte aux premières dynasties avec plus de facilité que nous ne reconstituons les populations de l'Italie aux premiers temj)s d'Europe romaine. » *
D'ailleur ces trois types caractérisent les crânes retirés par M* de Morgan de la nécropole archaïque de Beit-Alam de la Haute-Egypte. Voir [Nouv. rech,, p. 279 et suiv.)
97. Voir Bogdanof {Les plus anciens habitants de la Russie) dans le Compte rendu du Congrès international d'Anthropologie et d* Archéologie préhistonquey ?• session, à Moscou, 1892).
98. Kal Tôv eôvàiv ot KeXtoI xai oi SxtjGai xoj*.û«tv àXX' ou xoapLOuvTatl "Eyei Ti ço6epov t6 euTpiyov tou pap6àpou xal to Çav6(iv. Clément d'Alexandrie {Pœdagog.y III, 98). AwpTiaàjjLevoç Se 'AtTriXaç xal ïmzouq aùtoiç xxi ÔTîpîfov Bopàç, aTç 01 padîXeiot xoaiAôvTai Sxuôai. Priscus Paniles {Fragm» Histor, grœc, vol. IV, p. 69). «Tdtpavôoç» î^fiiov IXà^w 7:apa7rXT)(Ttov, 'ou làç Bopàç 6ÎÇ /^iTwva; ypûvTat ]SxuGai (Hésychius au mot TapavSoç).
90. Aux temps d'Homère, le peuple hyperboréen en question était connu sous le nom de 'A6ioi et passait comme le plus civilisé des peuples : .
'A6{ojv BixaioTaitov àv6ptiS7:cov (Hom., Iliadey XIII, (>). ' Nous verrons plus loin que c'est à ce peuple que l'île d'Eubée^ de môme que le Péloponèse, devaient leurs plus anciens habitants ('A6av-:eç,"Axioi, 'ATîiBavsîç), leurs plus anciennes èippellations ('AGavriç, 'ATiîa), et que ce fut la ville d'Argos, et non l'Egypte, qui la première a donné l'hospitalité au dieu Apis.
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L'Hellénisme sous rAncien et le Moyen Empire
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30gle
Leur origine et leurs mœurs.
Les monumenls ne nous disent pas par suite de quelles circonstances les rois de la IIP dynastie ont été amenés à céder la place à ceux de la IV**. Au contraire, tout y semble calculé pour nous induire en erreur.
Dans la liste royale d'Abydos, document qui représente les idées et les ambitions des rois de la XIX^ dynastie, Snefrou, le fondateur de la IV®, figure comme le successeur immédiat de Nefer-Kara, quatrième ou cinquième roi de la IIP dynastie, tandis que le Canon de Turin et la liste royale de Saqqârah nous le donnent comme fils de Houni^ le dernier, suivant les uns; Tavant-dernier, suivant les autres, de la Iir dynastie. On ne nous dit rien sur les rapports qui ont existé entre ces deux rois ; mais pour mieux légitimer la succession, un des scribes de la XIX*" dynastie relève, non sans une certaine emphase, la facilité avec laquelle s'est opérée la transnussion du pouvoir de Houni à Snefrou. « Dans ce temps-là, la Majesté Houni mourut, « et la Majesté Snefrou s'éleva pour être un souverain « bienfaisant sur le pays entier* ». Le vrai fondateur de la IV^ dynastie était donc, d'après ce récit, Houni et non Snefrou; mais tandis que le premier n'a régné que dans la Basse-Egypte, Snefrou a réussi à étendre les limites de son royaume à toute la vallée du Nil.
156 i/hellénisme égyptien.
Il y a enfin à observer que si Tavènement de Snefrou n'a donné lieu à aucune protestation dans le pays, celui de son père a été précédé d'une série de troubles très sérieux ^ et tout porte à croire que c'était l'invasion d'un peuple étranger plutôt, qu'une guerre civile, que l'Egypte a subie dans cette circonstance, et que le chef de cette invasion était ce même Hounî.
Il suffit, en effet, de comparer une des statues qui nous restent des rois de la IV® dynastie^ avec le bas-relief représentant le roi Hossi, pour voir que nous sommes là devant des individus appartenant à deux races différentes. Les uns étaient de grands et beaux hommes, à tête et visage sensiblement allongés, ayant les yeux fendus en amande, le nez gros, aquilin, les épaules larges, les cuisses grêles, couvertes d'une courte tunique*. Les statues des rois de la IV* dynastie, au contraire, représentent des individus robustes, d'une taille plutôt moyenne que grande, ayant la tête déprimée, le visage rond, les pommettes saillantes, les yeux grands, les paupières largement fendues, les épaules et les cuisses bien musclées, et, contrairement à ce qui a été observé aux premiers, portant tous la culotte ^
Une autre particularité qui distinguait les rois de la lY® dynastie de leurs prédécesseurs, c'est qu'ils avaient le système pileux excessivement pauvre ; circonstance qui les obligeait à porter de grosses p.erruques et des barbes postiches ^
Les noms de ces rois différaient également de ceux en usage dans la vallée du Nil. SnefroUy Koufou^ Dadefrou^ sont des noms jusqu'alors inconnus aux Égyptiens, et dont les Égyptologues ne nous ont pas encore donné l'étymologic.
Il en est de même du titre de « Pharaon », dont ces rois firent usage les premiers''. Ce terme n'est ni égyptien, ni sémite, et ceux qui l'ont introduit dans la vallée du Nil ne l'étaient assurément pas non plus.
Il y a ensuite à relever que, dans les monuments funéraires de ces rois, on ne trouve ni inscriptions ni objet indiquant le nom du propriétaire, ni sa piété envers les Dieux
prolecteurs des morts, comme c'était Thabitude alors en Egypte; ce qui prouve qu'ils ne connaissaient pas la langue du pays et professaient sur la mort des idées différentes de celles des Égyptiens.
Cette conclusion est d'ailleurs corroborée par le fait relaté par Hérodote, que pour hâter la construction de leurs pyramides, les rois de cette dynastie avaient fermé les temples, et interdit aux Égyptiens d'aller y faire leurs dévotions; et, comme nous le verrons plus loin, ce fut sous un de ces rois que les prêtres héliopolitains ont été obligés d'émigrer en Syrie, en emportant avec eux laslatue en or de leur divinité solaire ^
Tout concourt donc à nous faire croire que les rois de la IV® dynastie étaient, eux aussi, des conquérants, et qu'ils appartenaient à une race tout à fait différente de celles qui jusqu'alors existaient dans le pays.
Mais la preuve la plus décisive de ce fait nous est fournie par l'histoire même.
Grâce aux études assyriologiques de ces dernières années, il est aujourd'hui acquis à la science que Sargon, le premier roi historique de la Babylonie, était un remarquable conquérante Après avoir battu tous les Princes et les Rois qui, à cette époque, se partageaient la Mésopotamie et le pays d'au delà du Tigre, il entreprit ime série d'expéditions vers l'Occident ; il conquit la Syrie et la Phénicie, un grand nombre des îles de la mer Egée et, poussant ses exploits vers le sud, mit la main sur l'Arabie Pétrée et la Basse-Egypte. Surpris par la mort, dit son historien assyrien, Sargon n'a pu mener à bonne fin sa glorieuse entreprise. Il en laissa le soin à son fils Naram-Sirij qui, guerrier comme son père, ne tarda pas à s'emparer d'Apirac, la ville de Râ, l'Héliopolis des Grecs, et à étendre son pouvoir sur tout le pays de Magan, qui, au dire de la plupart des Assyriologues, correspond à la vallée du Nil '\
Or, l'identité de ces conquérants babyloniens avec les fondateurs de la IV* dynastie égyptienne ne peut pas être
158 l'hellénisme égtptien.
sérieusement mise en doute. Elle est attestée tout d'abord par le synchronisme des deux événements "; par Tidentité des noms des conquérants *% pa^ Textrême ressemblance du portrait de Naram-Sin avec la statue d'un des rois de la IV' dynastie, dans laquelle la plupart des Égyptologues reconnaissent le roi Snefrou*'*; par Tarrèt momentané de la conquête dans la Basse-Egypte, observé dansTun et dans Tautre cas, et, en dernier lieu, par l'apparition à cette même époque dans la Syrie, l'Arabie et dans le pays du Nil, de quatre peuples qui, jusqu'alors, n'étaient connus que sur les bords de l'Euphrate ; les Goiins^ les Siimer^ les Kasdes et les Akkades.
Le silence des textes égyptiens à ce sujet ne diminue en rien la valeur de notre conclusion. Les grands services que les souverains de cette dynastie ont rendus aux Égyptiens rft/Swrf, en les débarrassant de leurs ennemis acharnés, les Memphites; l'empressement avec lequel ces rois ont adopté la langue, la religion et lei^ mœurs égyptiennes, les firent passer, dès la plus haute antiquité, pour les Pharaons par excellence, sur lesquels se sont modelés ensuite ceux du Grand-Empire. Il aurait donc été très malencontreux de discuter ouvertement l'opinion admise et respectée de tous . Mais ceux qui ont connu de près ces rois avaient d'eux une toute autre opinion que les scribes de la XIX*' dynastie, et la population de la Basse-Egypte ne se faisait pas faute de maudire, et leurs monuments, et leur noms **.
Or, tout porte à croire que les compatriotes de Sargon, les Gouns, n'étaient pas des Sémites, mais des Touraniens. C'était un de ces peuples conquérants que l'histoire fait sortir des steppes de la Sibérie, et, très probablement, il faudrait voir en eux les ancêtres des Huns de la Caducie, des Xouvoi ou KoCvot du Pont, des temps postérieurs *^ Le nom de leur chef, Sargon, se laisse interpréter plus facilement par Sha?' ou Tza?' Hun ou par Tzar des Huns, que dans le sens que lui donnent les hébraïsànts*^ Les deux éléments de ce nom « Shar et Hun » conservent encore
de nos jours, chez les peuples Tatares, le sens que nous venons d'indiquer*^, et rien ne prouve qu'ils ne l'ont pas eu de tout temps. Le portrait de Naram-Sin, qu'on peut voir dans le Musée du Louvre, de môme que la statue de Gilgamès, THercule babylonien, ne possèdent pas non plus les caractères de la race sémite; ils ont plutôt le type turcotatare commun aux Bédouins peuplant encore les déserts de r Arabie et de la Syrie, et auxquels les Egyptiens donnaient le même nom qu'aux rois de la IV* dynastie, celui des Sha-su, les maures du sable ou du désert ^^,
. On peut en dire autant des Sumer^ les habitants de la Mésopotamie de cette époque*'. Cette population n'était pas sémite. Elle constituait un mélange de plusieurs peuples dans lequel l'élément sémite n'entrait qu'en très petite proportion. On distinguait en elle un fond coushito-alarodien, la population primitive du pays ; une couche non moins forte des Suomi ou Finno-Tatares qui, descendus de l'extrême nord, avaient fondé, comme lés Kémites en Egypte, le premier Empire touranien sur les bords de l'Euphrate ; et en dernier lieu, une couche de Kasdo-Ariens qui, avant l'arrivée de Sargon, doivent avoir pénétré dans la Mésopotamie. Aussi avait-elle le type Ibéro-Ligure s'approchant tantôt du type couchite, tantôt de celui des Ariens*^. Or, cette population mésopotamienne , lapins asservie à Sargon, ne différait pas beaucoup des Amou que le conquérant doit avoir rencontrés en Syrie de même que dans la Basse-Egypte. Aussi, les Égyptiens les confondirent-ils avec ce dernier peuple et plus tard avec les Sémites.
Bien moins sémitisés étaient les peuples que Sargon a entraînés des contrées situées de l'autre côté du Tigre.
Le pays montagneux qui limite le bassin du Hàut-Tigre au nord-est, pays connu dans l'antiquité sous les noms de la Gordi€ne^\ et de la Kaducie (PopSiavr) et KaSoodia x^P*)» était, à l'époque de Sargon, ce qu'il est encore aujourd'hui : le repaire d'un peuple belliqueux, redouté dans tout l'Orient pour ses brigandages, aimant à servir dans les armées
160 l'hellénisme égyptien.
étrangères comme mercenaire, semblable en un mot à ce qu'étaient les Cariens dans l'antiquité, à ce que sont les Kurdes de nos jours. Ces montagnards, appelés Kasdes-S — que nous croyons devoir considérer comme une branche du peuple, qui, sous le nom de Dasyas^ Dasas, les Aâat des Grecs, les Saces des Perses, occupait, dès la plus haute antiquité, la chaîne de montagnes séparant la mer Caspienne de Tocéan Indien*^ — , n'avaient rien de commun avec les peuples qui les avoisinaient. A en juger par leurs survivants, les Tadjiks de la Perse**, ils étaient tous d'une taille élevée ; ils doivent avoir eu les yeux et la chevelure noirs, la tête allongée, le front large, les traits bien dessinés, le visage ovale, la chevelure et la barbe bien fournies.
Une autre particularité de ce peuple relevée par le D' Polak sur les Tadjiks *% et que nous rencontrons également chez les rois égyptiens de.laV* dynastie, c'est que la peau de la paupière supérieure était tellement développée qu'elle recouvrait souvent une grande partie de l'œil, ou formait un pli longitudinal à son angle externe*®. Mais à l'arrivée de Sargon, ce peuple n'était plus ce qu'il était à l'origine; il avait subi l'influence d'un peuple agricole qui, alors, occupait les contrées basses s'étendant entre le Tigre, l'Élam et la Médie, et dont il était le maître, très probablement, depuis plusieurs siècles. Or, ce dernier peuple n'était ni Touranien, ni Moscho-Ibérien, ni Sémite ; autrement il n'aurait pas été appelé : Akkades par lesKasdes,£irrt-il/«//apar lesMatta, As-Gour par les Cours, Ha-van par les Van. Hérodote nous apprend que, luimême, se donnait le nom d'^Aptoi ^7^ et ce fait, combiné avec l'usage dans l'antiquité de toutes ces appellations négatives pour désigner les peuples Hellènes, est, à notre avis, la meilleure preuve, que les Akkades du temps de Sargon constituaient la branche méridionale du peuple arien, les ancêtres des Achéens et des Ioniens des temps historiques.
Mais ce qu'il importe davantage de relever, c'est qu'à l'époque où la Mésopotamie se trouvait sous la domination des
Finno-Tatares, avant Tarrivée de Sargon, alors qu'elle adorait avec eux le grand dieu Nabo ou Nebo^^ les Moscho-Ibériens, qui alors se faisaient appeler, à Tinstar de leurs maîtres, «Nebu» appliquaient auxpeuplesallophyleSjétablisdel'autre côté du Tigre, les Kasdo-Akkades, le nom d'exclusion, de Ha-nebii^ et qu'ils les traitaient de païens. Étant donné donc que cette irruption des Huns, sous Sargon, a eu lieu vers la tin de l'Empire sumérien, il n'est point étonnant que le premier nom sous lequel les Kasdo-Ariens ont été connus en Syrie, en Egypte et dans les îles de la mer Egée, ait été celui de Ha-neb-u, et que les monuments égyptiens nous donnent deux différents types de ce peuple établi sur les bords du Nil; l'un ressemblant au type kassite que nous venons de décrire plus haut, l'autre reproduisant celui qui a toujours distingué la race hellène : corps souple, tête et visage allongés, front bien développé se continuant en ligne droite sur un nez effilé, yeux grands, fendus en amande, belle chevelure noire, descendant coquettement sur les épaules -^ Or, ces deux types anthropologiques qu'on peut relever sur les monuments égyptiens des IV*, V^ et VP dynasties, de même que parmi les confédérés des Hitites dans les temples de Ramsès et de Seti, figurent également sur une ancienne stèle de l'Assyrie, et dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur l'origine respective des deux peuples, pas plus que sur leurs rapports sociaux à cette époque.
Ce curieux monument^^, actuellement exposé dans la belle salle d'Assyriologie du Musée du Louvre, nous fait voir, en effet, des scènes de guerre et de funérailles helléniques. Sur l'un des morceaux, car, par malheur, la stèle nous est parvenue brisée, on voit des cadavres entassés dans un certain ordre et, à côté, deux individus occupés à les couvrir de terre, et à leur élever un tumulus grandiose. Sur un antre morceau sont gravés de nombreux oiseaux de proie, déchirant les cadavres abandonnés sans sépulture et emportant dans leur bec les morceaux que chacun en a arrachés. En voyant ce tableau, si différent de ceux qu'on
162 l'hellénisio égyptien.
rencontre sur les monuments babyloniens, on est tenté de cr.oire à une représentation, ici, des funérailles ordonnées par Nestor =** en Thonneur des soldats tombés en héros sous les murs de la ïroade, là du sort réservé à ceux qui se comportent avec lâcheté. Mais une inscription, écrite en caractères babyloniens les plus archaïques, nous apprend que c'était là la stèle que la ville de Sirpurla avait élevée, en souvenir d'une victoire, que ses enfants avaient remportée contre les Goudeens ; ce qui recule la date du monument de plus de trente siècles.
Le troisième morceau qui nous reste de ce monument paraît avoir appartenu à la partie sur laquelle était représenté, soit le départ de Tarmée pour la campagne, soit son retour triomphal. Par malheur, il ne nous reste que bien peu de chose de cette scène, mais assez toutefois pour nous éclairer sur ce sujet. On y voit une main tenant dressée une des enseignes militaires en usage chez les Assyriens. C*est un aigle monté sur une hampe, couvrant par derrière la tète d'un personnage, qui, très probablement, figurait dans le défilé; peut-être c'est le Roi. Il est coiffé d'un bonnet évasé qui paraît orné de plumes et au milieu duquel une applique en métal ou en ivoire rappelle la coiffure d'un Khan ou d'un Sultan de la Tatarie. Or, tandis que les individus qu'on ensevelit et ceux qui les couvrent de terre présentent tous le type caractéristique des Ha-neb-u de la seconde catégorie , le buste du Roi ressemble jusqu'à ridentité à celui de Kafra, qui, comme nous allons le voir, était également un roi kassite; et ce qu'il y a de plus intéressant, c'est que la plupart des statues que nous possédons de ce prince, sont également couvertes par derrière d'un aigle ouvrant ses deux ailes, oiseau que les Égyptiens n'ont pas manqué de confondre avec leur Horus.
Au sujet de cette stèle si importante pour l'histoire de \
V Hellénisme, nous ajouterons enfin que, non loin de l'endroit où elle a été trouvée, on a découvert aussi les fondations d'un sanctuaire et de nombreuses statues de prêtres ayant les têtes brisées. Or, à en juger par la diffé-
rence du type de ces individus, tous courtauds et trapus, on pourrait parfaitement conclure que ces deux monuments rappellent le même événement : un combat qiie les Kasdo-Ariens ont livré aux Sumériens, et dans lequel la victoire est restée aux premiers.
D'ailleurs, les inscriptions cunéiformes incisées au bas du monument nous donnent à comprendre que, pendant la période à laquelle il remonte, Sirpurla était un centre des Kasdo-Akkades, tandis que la ville voisine deTelloh appartenait aux Sumériens ^^
Nous avons donc non seulement en Egypte, mais aussi en Assyrie et sur un monument de Tâge des pyramides, la preuve indéniable de la coexistence de deux peuples de type différent, et cela dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur leur origine respective et sur leurs rapports mutuels à cette époque.
Après tout ce que nous venons de dire, nous avons à peine besoin d'ajouter que les Kasdéens parlaient une langue agglutinante, très probablement semblable à celles qui se parlent, jusqu'à nos jours, dans les vallées de la montagne dont ils tiraient leur origine, tandis que les Akkades faisaient usage d'un idiome à flexion dont les éléments constituent le fond des langues aryennes, et, plus particulièrement, de l'ancien grec.^^ Mais tandis que la langue du peuple dominant conservait encore son caractère primitif, celle du peuple assujetti, que nous appellerons VAchéen^ était déjà surchargée d'éléments étrangers. Habitant de temps immémorial entre les Touraniens, les Alarodiens et les Coushites et de nature très tolérante pour les peuples étrangers, les Akkades ne pouvaient certes échapper à la suggestion, et leur idiome — l'Arien — la souche commune du Sanskrit, du Zend et du Grec, ne tarda pas à devenir un idiome mixte, composé du Touranien, du Moscho-Ibérien et du Coushite, en d'autres termes, une espèce de Turc de nos jours, le tout soumis au régime de la grammaire arienne. Aussi n'est-il point sur-
164 l'hellénisme égyptien.
prenant que les Assyriologues soient unanimes à reconnaître dans la langue des maîtres des inscriptions cunéiformes, un idiome très rapproché du Touranien, mais ils discutent encore sur la nature de la langue des serfs (T Akkadien) *^ Et telle est Tinfluence des préceptes de Técole, que des savants éminents n'hésitent point à juger sévèrement leurs collègues, qui osent soutenir, que cet idiome contient un grand nombre de mots aryens ou iraniens ^^
Mais revenons encore une fois sur le mot Ha-neb-u, le point le plus intéressant de la discussion, et tâchons de suivre les péripéties par lesquelles il a dû passer à travers les siècles.
Quelque temps après Tirruption de Sargon, lorsque les Kasdes devinrent les maîtres de la Babylonie ** et que le pays adopta leurs idées religieuses *\ les Sumériens, qui n'avaient plus de motifs pour se faire appeler Nebu, pas plus que pour traiter leurs voisins, d'au delà du Tigre, de Ha-neb-u, prirent eux-mêmes le nom de leurs maîtres et appliquèrent aux premiers celui d'Akkades. Le nom de Ha-neb-u disparut alors peu à peu sur les bords de TEuplirate. Mais sur les bords du Nil, en Syrie et dans les îles de la mer Egée, où ces influences ne se sont pas fait sentir, il ny avait aucune raison pour que les Kasdo- Akkadcs de ces pays changeassent le nom sous lequel ils étaient connus. Aussi ont-ils continué à s'appeler Ha-neb-u jusqu'aux plus basses époques de l'Histoire égyptienne, et grâce aux textes égyptiens, nous savons aujourd'hui, que ces deux noms ont existé dans la Syrie de même que sur les bords de l'Euphrate^^ Dans une des nombreuses inscriptions qui tapissent les murs et les colonnes du temple de Karnak, un des Tutmès se vante d'avoir battu les Nebu et les Ha-neb'U de la Syrie. Dans une autre ce même roi ou un de ses homonymes, prétend également avoir battu les Hanebu qui occupaient le littoral de la grande mer, et une troisième nous apprend qu'il y avait des Nebu, non seulement en Syrie et en Asie Mineure, mais aussi sur les bords
de TEuphrate, tout près du pays des Mitanni^». Il ne peut donc y avoir aucun doute sur Torigine étrangère de ces deux expressions et sur l'impossibilité de les expliquer par l'Égyptien. C'étaient, comme nous venons de le dire, deux termes sumériens ou môscho-ibériens créés exprès pour distinguer les peuples adorateurs du grand dieu Nebo de ceux qui ne Tétaient pas. Mais en Egypte, où cette divinité n'a pas été connue, ces termes ne pouvaient se présenter que comme deux ethniques barbares dont Tétymologie n'intéressait que très peu les Égyptiens. En les adaptant cependant à leur idiome, ils ont dû les écrire, Tun en gravant trois corbeilles superposées, ou une seule accompagnée des signes du pluriel ; l'autre, par ce même groupe d'hiéroglyphes précédé d'une branche de lotus, le caractère donnant la syllabe ha. Étant donné donc que les Ha-neb-u ont occupé durant une longue série de siècles les contrées septentrionales du Delta, il n'est point étonnant que cette partie de la Basse-Egypte fut considérée comme le pays des Ha-neb-u ; que le nom de ce peuple devînt avec le temps le synonyme de peuple du Nord^ de même que la branche de lotus, de simple signe syllabaire qu'elle était, finît par devenir l'idéogramme de la Basse-Egypte et de tous les pays du Nord.
Plusieurs siècles plus tard, quand les Sémites prirent le pouvoir, des changements importants eurent lieu dans la Mésopotamie; mais ces changements ont été faits dans le sens summérien plutôt que dans le sens sémite. Soit par suite du manque d'institutions et d'appellations propres, soit parce qu'ils tenaient à avoir de leur côté la population moscho-ibérienne, les Sémites de l'Assyrie n'ont fait qu'adopter les anciennes institutions et appellations (ibériennes) telles qu'elles avaient été modifiées par les Touraniens et les Aryens ; et, dès ce moment, nous voyons, en même temps disparaître le nom d' « Akkades », et réapparaître, dans la vallée de l'Euphrate, ceux de Hamadan, d'Azor et de Javan, que les Sémites ne tardèrent pas à répandre en Syrie, en Egypte et même dans les îles de
166 l'hellénisme égyptien.
la mer Egée, comme les vrais, noms des peuples jusqu'alors appelés Hanebu*®.
Tout concourt donc à nous faire croire que les noms d'Akkades, de Hamadan, d'Asgour et de Javan, dont on a fait ensuite les Arcades, les Achéens, les Argiens, les Ilamatliiens et les Ioniens, n'étaient à Torigine que des termes d'exclusion et de dédain, que les peuples étrangers, et plus particulièrement les Moscho-Ibériens avaient appliqués aux Aryens, et que les Sémites ont propagés ensuite en Syrie, en Egypte et dans tous les pays où ils ont abordé**.
Telle était aussi d'ailleurs l'opinion des anciens Grecs à ce sujet. Au temps d'Hérodote, c'était offenser un Athénien que de l'appeler Ionien *2. Ce nom correspondait à celui de Ghiaotir^ donné par les Turcs de nos jours aux peuples qui n'adhèrent pas à la religion mahométane. Telle paraît avoir été aussi Topinion que les Caro-Ioniens du temps des Psammétiques se faisaient d'eux-mêmes; autrement, ils n'auraient pas gravé sur les colosses du temple de Abou-Simbel, au lieu et place de leur nom ethnique, le mot cùX6'{k(ùfjao\''^ ,
Mais ce qu'il y a de très remarquable, c'est que trois siècles avant eux, Homère s'était servi de ce même terme pour désigner les peuples de la Syrie et de la Basse-Egypte parmi lesquels s'était égaré Ménélas en revenant de la Troade, et il est très probable que le poète n'a fait, à cette place, que traduire le mot Hanebu^ sous lequel ces peuples étaient alors connus de leurs voisins**.
Si donc ce que dit Renan est vrai, que les Kasdes du Haut-Tigre s'appelaient également Kaldes et Kardes et que les Chaldéens étaient originaires de l'Arménie*^, on ne saurait se défendre d'admettre l'identité de ce peuple d'une part avec les Chaldéens et, d'autre part, avec les Cariens de l'antiquité classique, et de considérer l'invasion de Sargon et celle de son fils Naram-Sin en Egypte, en Syrie et dans les îles de la mer Egée, comme la 'première irruption des Caro-Ioniens dans ces trois pays.
LîlS SHA'SU ET LES HA-NEB-U EN EGYPTE. 167
Avant d'aller chercher ces quatre peuples en Syrie, en Arabie et dans la vallée du Nil, voyons un peu leurs mœurs et leurs habitudes, alors qu'ils vivaient, côte à côte, sur les bords du Tigre et de TEuphrate; cela nous aidera à la fois à les reconnaître et à apprécier le rôle qu'ils ont joué.
Il n'y a pas grand'chose à dire des mœurs et des habitudes des compatriotes de Sargon. A en juger parla conduite des conquérants que l'histoire fait sortir des steppes de la Tatarie, les compagnons de Sargon et de Naram-Sin — lesGouns — doivent avoir été un peuple plus que barbare, ne sachant que piller, saccager, tuer. Les invasions des Kimmériens dans l'Asie Mineure, si bien décrites par Hérodote ; celles de Alaric et d'Attila dans l'Europe centrale en sont de frappants exemples. Et, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, telle fut aussi la conduite des Sha-su dans la vallée du Nil. Tant qu'ils trouvèrent de quoi satisfaire leurs besoins et leurs désirs, ces barbares se maintinrent en maîtres dans le pays ; mais dès que les ressources leur manquèrent, ils revinrent à leur état primitif. Ils se transformèrent en Bédouins et reprirent leur ancien métier : le brigandage. Nous venons de voir que ces nomades du désert arabique avaient le type des rois de la IV® dynastie, qu'ils s'appelaient comme eux Sha-su, et un très ancien texte, figurant encore sur les murs du grand temple de Horus, à Edfou, nous apprend que, dans l'antiquité, ces nomades du désert arabique étaient considérés comme les descendants directs des Sha-su^ qui jadis avaient régné sur les bords du Nil*^
Tout autre était la population que Sargon avait entraînée avec lui de la Mésopotamie, les Sumer. Constituée, comme nous venons de l'indiquer, par quatre ou cinq éléments ethniques que le joug prolongé des Touraniens avait convertis en une masse plus ou moins homogène, cette population, au fond moscho-ibérienne , différait, sous plus d'un rapport, des Amou d'Egypte primitifs. Les Siimer babyloniens étaient un peuple très mélangé; ils
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parlaient un autre idiome et sacrifiaient à des divinités que les Amou d'Egypte ne reconnaissaient pas. Mais ce qui les distinguait le plus de ces derniers, c'était leur servilité. A force de servir les peuples étrangers qui, dans cet intervalle, s'étaient succédé sur les bords de TEuphrate, les Sumer de la Babylonie avaient fini par perdre tout sentiment d'indépendancç individuelle et de dignité humaine, pour devenir un peuple d'esclaves par excellence. Aussi le pays de l'Occident qu'ils ont occupé plus particulièrement, la Syrie, ne tarda- t-il pas à devenir une des trois contrées où l'antiquité se procurait les domestiques, les ouvriers, les esclaves !" Tous les individus appartenant à ces trois catégories, qui figurent sur les monuments égyptiens, présentent en effet le type mélangé de la population babylonienne, et tous les esclaves cités par les auteurs de l'antiquité ont été recrutés en Syrie *^
Parmi les peuples qui, avec Sargon, ont émigré de la Mésopotamie en Syrie, en Egypte et dans les îles de la mer Egée, les seuls, qui aient réellement contribué au développement ultérieur de ces pays, furent donc les KasdO'Akkades, A cause de cela même, ces deux peuples méritent une étude spéciale, d'autant plus que sur eux régnent les opinions les plus contradictoires*^.
A en juger par leur nom, les Ariens étaient un peuple sédentaire, adonné à l'agriculture. Dans toutes les langues aryennes, le mot ar, radical de leur nom ethnique, signifie la terre, et le mot àpyo;, qui n'est qu'une forme dialectale de àypôç, servait, jusqu'aux temps d'Homère, à désigner le pays natal aussi bien que le champ. Aussi le premier souci de TArien, lorsqu'il arrivait à un certain âge, était-il de posséder une parcelle du sol cultivable et un petit enclos pour y dormir à l'abri des surprises (x(o[i.7)). Un petit coin de cet enclos (vicies), le point de départ, de la maison (oko?) était conservé pour le maître, ou pour sa mère, la personne la plus vénérée du clan. Un peu plus tard, lorsqu'il sentait le besoin d'avoir à côté de lui une personne à laquelle il put confier la garde de ses biens et l'administration de
son intérieur, l'Arien allait chercher cette personne dans le sein des clans voisins, et, pour l'avoir, non seulement il la comblait de présents, non seulement il lui cédait la moitié de sa fortune, mais ce qui est plus significatif encore, il partageait avec elle son nom et son autorité. En se mariant, la femme arienne prenait le nom de son mari et participait à toutes ses prérogatives. Elle devenait la maîtresse de la maison (Ilorvia) où jusqu'alors le mari était le seul IIotk;.
Aussi, le mariage chez les Ariens primitifs ne s'appelait-il pas, comme dans les temps de la corruption ou de la barbarie ràjAOi;, mais^uyôç (charge à tirer à deux), et les mariés cus^y^i (attachés au môme joug). L'amour n'entrait pour rien dans ce mariage, qui était tout de convention. L'Arien ne connaissait que l'amour conjugal; et cet amour se développait dans la suite, au fur et à mesure que les deux associés se connaissaient mieux et s'appréciaient davantage. Le meilleur mariage pour un Arien était, par conséquent, celui dans lequel le mari vivait en harmonie et toujours en parfait accord avec sa femme ^.
Or ces mêmes principes, sur lesquels était basée la famille, servaient aussi de base à la constitution du hameau, du village, de la ville. Les chefs respectifs de ces groupes de familles étaient choisis parmi les personnes les plus âgées et les plus estimées de la tribu, et y jouaient le rôle de chef de famille plutôt que celui de chef d'État. Un seul et même nom, vice-'paiti (or/coSsdTuoTY)?) servait à désigner le chef de la famille de même que celui du hameau, et le chef qui venait après, celui du village, portait le nom très significatif de Zantu (Fevàp;;^?);) ^i.
Mais ce système, excellent pour la constitution de petites communautés, est inapplicable à des masses d'hommes plus considérables. La diversité desintérêts individuels augmente avec le nombre des individus, et l'entente devient de plus en plus difficile. C'est la raison pour laquelle les Ariens n'ont pu jamais arriver à se constituer en grand État, que sous la domination étrangère. Leur langue ne possède pas
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de termes indiquant une autorité supérieure, ou des classes privilégiées de la société .
Au dire des traducteurs indiens de l'Avesta^^ la plus importante communauté des Ariens ne contenait pas plus de trente familles, trente maris et autant de femmes, et les villages de TAttique, que Thésée a eu tant de peine à réunir en une seule ville, ne paraissent pas avoir été plus considérables.
Dans Tancienne Grèce, dès que la population dépassait ce nombre, afin d'assurer Tordre, la ville faisait expatrier immédiatement une partie de ses citoyens. Elle les envoyait s'installer ailleurs, généralement dans un pays allophyle; ces derniers en faisaient autant à l'occasion, et ce genre d'extension coloniale est le propre de la race hellène.
Non moins grande fût l'influence que la vie agricole exerça sur le développement des idées religieuses.
Pour un peuple d'agriculteurs, la terre est tout. C'est elle qui produit les plantes et les arbres chargés de fruits, c'est d'elle que jaillissent les sources aux eaux limpides, ici chaudes, là froides; c'est de son sein que les traditions faisaient sortir l'homme et à qui devait revenir un jour sa dépouille. Rien n'était donc plus naturel que de voir les iVriens diviniser la terre en l'assimilant à leur grand'mère, la créatrice du clan, et en lui conférant les attributs qu'ils étaient habitués à attribuer à cette dernière.
Mais cette Fa-jjLaTep ou Aa-[y.aTep des Achéens, dont le nom et le culte se sont conservés jusqu'aux plus basses époques de l'histoire hellène ^^, n'avait rien de commun avec la Rhea ou la Cybèle des Moscho-Ibériens. Dans l'idée des Ariens, la Terre-Mère représentait un Être créateur par lui-même , tandis que celle des Moscho- Ibériens, pour produire,, avait besoin d'un maître, d'un amant ou d'un mari, qui tantôt s'appelait Cronos, tantôt Osiris, tantôt Atés, En supposant même que l'un de ces cultes dérivât de l'autre, on est forcé de reconnaître au premier une antériorité de plusieurs siècles sur le second. Le culte arien nous ferait remonter, en effet, jusqu'à l'époque
de la « bestialité » de l'homme, lorsque la femme rencontrait rhomme par hasard et le perdait après Tavoir connu; tandis que l'autre se rapproche des temps plus ou moins historiques, de l'époque où la Phrygie avait commencé à subir le joug" des peuples étrangers, très probablement des Turco-Tatares. Et comme nous le verrons tout à l'heure, il en est arrivé autant à la Fa-fAXTep des Achéens, lorsqu'ils ont dû subir le joug des Kasdéens.
Non moins simple ni moins chaste était le culte chez les Ariens. Leur langue ne contient aucun mot qui puisse nous indiquer l'usage d'offrandes ou de sacrifices. Dans les idées des Ariens, la Grande-Mère n'avait nul besoin de dépouiller ses enfants en leur imposant des sacrifices. C'était elle plutôt qui devait leur fournir les moyens de subsistance et de bien-être : idée que ilous rencontrons chez les poètes de même que dans les hymnes de la Grèce christianisée^*.
Les Ariens n'avaient pas non plus de mystères. Tout leur culte consistait en une . simple invocation à la Grande- Mère, et suivant qu'on l'invoquait pour le bien ou pour le mal de quelqu'un, le mot dcpà, le nom de la divinité invoiquée, de même que le verbe àpa-o(jLat, ar-ar-e, éloii synonyme de bénédiction ou de malédiction.
Pour invoquer leur Grande-Mère, les Ariens n'avaient pas besoin d'un intermédiaire. Chacun pouvait le faire de soi-même et toutes les fois qu'il le croyait nécessaire. Mais dans les occasions solennelles, lorsque la famille entière voulait l'invoquer en commun, c'était un individu déterminé, probablement le chef de la famille, ou celui qui avait la plus forte voix — Eu[i.o>.TCiSY)<; — qui était chargé de cet office, et cet individu s'appelait tout simplement àp7)T7)p.
On invoquait la Grande-Mère un peu partout et à chaque heure de la journée, mais lorsqu'on voulait la consulter pour une affaire, on se rendait à la grotte, dans laquelle elle était enterrée. On y passait la nuit et on notait avec soin le conseil qu'elle donnait en songe : c'est ce qui a donné lieu à la création des Oracles °"\
La religion des Ariens était par conséquent un culte des
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ancêtres et en même temps une adoration de la Nature dans la personne de la Terre. En réalité, c'était leur Grande-Mère qu'ils invoquaient; mais en assimilant leur Grande-Mère à la Terre, ils avaient réussi à fondre les grandes-mères de tous les clans en une seule mère conomune à tous, ce qui a permis à leurs différents clans de se considérer comme les membres d'une seule et même famille.
Procédant de cette manière, les Ariens ne tardèrent pas à devenir un peuple éminemment moral qui, tout en étant divisé en une infinité de petites communautés, n'en formait pas moins, par sa langue, par sa religion et par ses coutumes, un tout indivisible, et son nom ethnique finit par recevoir, dans toutes les langues indo-européennes, la signification de vertueux et de noble'^^.
Les choses se passèrent tout autrement chez leurs voisins devenus plus tard leurs maîtres, les Kasdes.
Pasteurs de naissance, ce peuple n'avait aucun intérêt à s'attacher à la terre. Chaque matin, le Kasde allait faire paître son troupeau là où il trouvait un pâturage. Si cet endroit était déjà occupé, on en venait aux mains et le plus fort restait le maître. Nomade de nature, il n'avait aucun besoin de se construire d'enclos. Une lente portative ou un chariot couvert de peaux faisait bien mieux son affaire. Mais l'homme dans ces conditions ne consent que difficilement à se soumettre à des obligations sociales, bien moins encore à contracter un mariage qui aurait pu réduire son autorité. Aussi lorsqu'un Kasde avait besoin d'une femme, il se Tachetait ou la volait à son voisin, et une fois son besoin satisfait, sa concubine devenait son esclave, et restait esclave, même lorsqu'elle avait la chance de lui avoir donné des enfants. On l'appelait alors, comme de nos jours dans les harems turcs, la mère des enfants du maîUe, jamais la maîtresse de la maison.
Or, ce genre d'union ne peut donner à la société que dés autoritaires ou des esclaves, et dans un pareil milieu.
le seul régime politique qui réussit est celui du plus fort. Aussi n'est-il point surprenant que tous les grands maîtres, tous les grands conquérants de l'antiquité soient sortis des steppes de la Tatarie ou des nomades qui peuplent TArabie Pétrée, et que tous les termes indiquant les chefs ou les rois en usage chez les peuples indo-germains soient Turco-Tatares ou Arabes.
Le mot 7'ex^ la souche des noms de roi dans toutes les langues indo-européennes, n*est qu'une transcription du mot Tatare Rets (chef de la tribu). Les Goths, qui étaient plus.rapprochés de leurs ancêtres que les Allemands, l'appelaient comme eux Reisks^ et le Bach-Reïs^ en usage jusqu'à nos jours chez les Turcs aussi bien que chez les Arabes, pour désigner le chef suprême, donne le mot grec Ba(7t>.euç bien mieux que tous les thèmes donnés par les Étymologistes à ce propos ^\ Mais plus communément les chefs des peuples turco-tatares prenaient le nom de leur tribu. On appelait Basas, ou Dasjus ou Djaus, le chef des Dasyous; Brahma celui des Brahmas, Goth celui des Goths; et cette habitude se transmit telle quelle des peuples touraniens aux gréco-romains. 'Icov, Aôpoç, 'Aj^atoç.
Non moins intéressante est la direction que k vie pastorale a donnée aux idées religieuses de ce peuple. Plus on étudie les habitudes des nomades de la péninsule arabique, plus on est porté à croire que ces peuples étaient des panthéistes, comme les Couchites. Ils croyaient que l'espace était rempli d'Esprits : les Elohim, auteurs du bonheur et du malheur des hommes^*. Mais le nomade du Nord, beaucoup plus autoritaire que celui du Sud, rattachait son bonheur à sa force et à son énergie personnelle, plutôt qu'à l'influence des Êtres éthérés qu'il n'avait jamais rencontrés sur son chemin. « Il n'y a pas de Jupiter chez nous », disait Polyphëme à Ulysse.
Pour un Touranien de la tribu des Kasdes, rien ne pouvait mieux représenter la force et l'habileté que le chef principal de sa tribu; celui qui tenait les autres dansl'obéis-
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sance, qui les conduisait au combat, qui leur faisait gagner les batailles et remplir de butin leurs tentes. Aussi, lorsque ce peuple entendit un jour ses voisins parler de Texistence d'un Être supérieur, dirigeant les destinées du monde, il ne put mieux faire que d'assimiler cet Être au chef de sa tribu, et de lui attribuer les qualités et les prérogatives qu'il était habitué à attribuer à ce dernier. Il l'appela donc de son nom Djaus, lui fit habiter la plus haute cime de la montagne, lui attribua les phénomènes atmosphériques qui s'y produisent et considéra ses fonctionnaires — les Basas ou Devas — comme autant de divinités subalteraes. Ce fut de cette manière qu'ont été créés le culte du Dieu tout-puissant de la montagne, le Dieu delà foudre et de la guerre, de même que celui des Saints el des Sheiks, que les Kasdéens ont propagés partout.
Quoi qu'en disent les Indianistes, « Djaus » d'où le grec Zsùç, n'est pas un mot arien, mais essentiellement touranien. C'est la forme raccourcie de « Dasjus », nom du chef des ïatares, qui, à l'aube de l'histoire, ont envahi l'Arie, la Perse, l'Inde; et il signifie tout autre chose que le ciel et la lumière. Il dérive du mot Dagh ou Dah, qui dans toutes les langues touraniennes désigne lîi montagne. Aussi ne peut-il exprimer que l'idée de montagnard et, plus particulièrement, celui de la chaîne de montagnes qui domine le nord de ces trois pays ^^.
Étant donné donc que la lettre Dj du Sanskrit, en Perse, so prononce Sch et le mot Djaus Schaiis^ il n'est pas (lifllcilo de comprendre comment les Grecs parvinrent à lornuM* do ce mot leurs Zsùç, Ssùç, ôeùç, qui précéda le mol OièCi ot comment les peuples, qui ne pouvaient |)(ir4 faoiltMUont prononcer les aspirées, firent de ce dernini* mol lour Ku^-Euoi-Eùàv, le nom le plus ancien de
Miiin lorH<iu'onfuit dériver Dieu de l'homme, on est obligé d(«|Mtrnilpr (»u homme, on lui offrant les plus précieux iIm «p« («iVnlN. C'osl rtiuvsi que les plus belles pièces dutrou- |MMHi, li'« pliiM prt'>cioux produits de l'étable, les primeurs
des champs et des jardins, de même que les plus beaux enfants du clan appartenaient de droit au grand Djaus et à ses subalternes, les Dasas; et malheur à celui qui aurait osé en détourner Tusage. Avant d'être consacrés, les noms de Dasjus et de Dasas, de même que les mots grécolatins Sàïoç, tepo;, sacer, etc., désignaient tous le terrible, l'épouvantable, le féroce; ce qui nous laisse entrevoir quelle était la conduite de ces prélats envers leurs paroissiens récîjilcitrants.
L'idée de Dieu tout-puissant et du Roi, celle du Prêtre et du Soldat, celle du Sacrifice et de l'Impôt nous viennent donc des Kasdéens et conservent encore, dans les langues aryennes, leurs noms chaldéens ou touraniens ; tandis que des Ariens nous avons le Dieu-père ou le Dieu-mère, nous avons la famille basée sur les principes qui régissent cette institution chez les peuples les plus civilisés, et au lieu des prêtres et des soldats, nous avons les citoyens dévoués autant à leurs familles qu'à leurs communautés.
Grâce aux études linguistiques des dernières années, on est en état de poursuivre l'histoire des Kasdo- Akkades jusqu'à leur première apparition sur la scène du monde.
A en juger par la signification principale de leur nom dans les langues aryennes, on peut conclure que les Dasas ont fait leur apparition dans les contrées habitées par les Ariens comme voleurs et maraudeurs. Descendant à l'im^ proviste, de leurs montagnes, ces nomades saccageaient les champs et les cabanes de leurs voisins; puis, emportant tout ce qu'ils y trouvaient de bon, ils regagnaient vite leurs repaires, où les Ariens étaient incapables de les poursuivre. Aussi la première signification de leur nom ethnique et de ses dérivés dans les langues aryennes étaitelle celle de voleurs des champs, de maraudeurs, de brigands, et le verbe Sàd) ou Sato), de môme que le latin sacero ou sac7'o (se comporter à la manière de Dasas ou de Saces) équivalaient à brûler, tuer, saccager.
Ces conclusions linguistiques sont d'ailleurs confirmées
17Ô l'hellénisme égyptien.
par les traditions. Les livres sacrés des Hindous abondent en récits relatant les irruptions réitérées des Dasas dans les pays habités par les Ariens et tout ce que ces derniers ont souffert avant de se soumettre au joug de leurs voisins. Mais ces mêmes textes nous donnent encore à comprendre que ce changement de situation, loin de nuire, a été la cause principale du développement et de la prospérité des deux peuples à la fois. C'est en effet sous la domination turco-tatare que les Ariens pnt cessé de vivre de la vie isolée du clan, pour se réunir en grandes communautés, en villes gouvernées par quatre {TeTfOL-Kokei;). Ce fut sous la protection de ce peuple qu'ils ont pu s'adonner à leur aise au travail et devenir bientôt un des peuples les plus industrieux et les plus riches de l'antiquité ; c'est enfin sous la conduite des princes turco-talares que les Ariens ont pu jouer dans l'antiquité le rôle civilisateur, que l'histoire leur reconnaît ; et jusqu'à ce jour les peuples ariens ne prospèrent réellement que sous la domination étrangère".
Mais les dominateurs n'ont pas moins profité de leurs sujets. En hommes intelligents, ils ne tardèrent pas à comprendre que les travaux agricoles étaient moins fatigants et bien plus lucratifs que la chasse et le brigandage ; que le mariage répondait bien mieux aux intérêts de leurs descendants que le concubinage, qu'enfin l'idée d'un Dieu universel et omnipotent convenait également mieux à un peuple qui ambitionnait la possession du monde entier, qu'un Dieu de la tribu. Aussi ne tardèrent-ils pas à adopter la langue de leurs sujets, leur religion, leurs mœurs; enfin leur nom ethnique pour former avec eux le peuple mixte connu sous le nom à'A7'yens ou à'Aryas primitifs^ qui ont tant intrigué les savants de notre siècle ^^ Mais habitués qu'ils étaient à ne prendre en considération que les intérêts de leur propre tribu, les Kasdéens trouvèrent moyen de tourner toutes ces institutions à leur avantage.
Ils prirent de l'affection pour l'agriculture à la condition que leurs champs fussent cultivés par les Ariens ; ils
reconnurent Futilité du mariage, mais ils conservèrent également le concubinage ; ils admirent leurs administrés aux rangs de leurs armées, mais ils se réservèrent le commandement, et, en faisant de la Terre-Mère la principale épouse du grand Djaus (Djuno, Ata)V7))«% ils enlevèrent à ses adorateurs tout espoir en une protection divine, s'ils arrivaient à avoir Djaus pour adversaire.
Hâtons-nous de le dire cependant, cet état de choses, qu'on peut étudier jusque dans ses détails chez les Helléno-Acbéens campés sous les murs de Troie, n'apparaît dans rhistoire que plusieurs siècles plus tard, et Ton ne sait pas encore le pays oîi il a pris naissance. A l'époque que nous étudions, lorsque Sargon les entraîna à sa suite en Syrie et dans la vallée du Nil, les Kasdo-Ariens constituaient encore deux peuples, très probablement l'un tributaire de Tautre, mais conservant, avec une forte dose d'indépendance, la langue, la religion et le genre de vie de leurs ancêtres. C'est ainsi que les Kodes ou Kades et les Ha-ru ou Khalu de la Syrie ^\ les ancêtres des Cariens des temps postérieurs, continuèrent à être, jusqu'aux temps des Psammétiques, des peuples guerriers, aimant à servir comme mercenaires dans les armées étrangères, parlant la langue de leur pays primitif, sacrifiant comme les Kasdes du Haut-Tigre au Jupiter kasdéen, ici sous le nom de Baal-Kastiu^^, le dieu de la montagne, là sous celui de Melk-art et de Moloch que les Achéens traduisirent par noTi<;-Sav et par Kpovoç, — tandis que les Ta-Kara ou Scha-Kala, les Teukriens et les Achéens de la Palestine et de la Kilikie ®®, continuaient à s'occuper des travaux de Tagriculture, parlaient l'idiome qu'ils avaient appris de leurs parents et adoraient comme les Arii du Haut-Tigre, la Terre-Mère, ici sous le nom de Aoc-jjiàTsp 'Ax/^aia, là sous celui de ''Ap-a ou d'Ard-Omou, l'Artemis des Grecs ®\ et que les pays qu'ils occupaient étaient appelés tantôt le pays de Satti^ tantôt le pays des Haneb'U.
Il en a été de même en Arabie et dans la Basse-Egypte.
17S l'hellénisme égyptiex.
Tout le pays d'au delà de l'isthme était occupé par les Satli, qui sacrifiaient, comme leurs frères restés en Syrie, à Baal Zephon, dont le sanctuaire s'élevait non loin de Peluse, sur le mont Casium" ; tandis que la partie septentrionale du Delta était l'apanage du peuple agriculteur, connu plus particulièrement sous le nom de Ila-neb-u, et ce peuple conserva, jusqu'aux plus basses époques, ses anciennes habitudes; il adorait^ à l'instar de ses ancêtres, la ïerre- Mère, dont le plus important sanctuaire s'élevait dans la ville de Bouto «».
Tels étaient, à notre avis, les quatre peuples qui, vers la fin de la IIP dynastie, ont émigré de la Mésopotamie en Egypte, et dont nous avons à décrire les exploits et à préciser la part que chacun d'eux a prise dans le développement ultérieur de ce pays. Mais à vrai dire, l'Egypte n'a été envahie, dans cette occasion, que par les compatriotes de Sargon, les Gouns, les Shasu des textes égyptiens, et par une partie des populations asservies de la Mésopotamie, les Sumer et les Akkades. Les Kasdo-Akkades proprement dits restèrent au contraire dans là Syrie et y fondèrent un second Etat, aussi important peut-être que celui de TEgypte, mais à coup sûr, tributaire des Pharaons. Une ancienne inscription, relevée tout dernièrement par M. Erman''^, nous apprend que, sous le règne de Snefrou, les Asiates (Satti) étaient gouvernés par un haut fonctionnaire de ce roi, ayant bien le droit de porter les insignes de royauté sur la tête, mais non celui de s'intituler roi. Il s'appelait tout simplement V homme à fureus; et nous verrons plus loin que, lorsque les rois de la VP dynastie ont dû porter la guerre en Syrie et en Palestine, ils traitèrent les habitants de ces pays de révoltés''^. Ceci indique clairement que sous les rois de la IV* et de la V® dynastie, la Syrie et l'Arabie Pétrée faisaient partie de l'Empire égyptien, et que leurs habitants étaient en rapports fréquents avec ceux de l'Egypte.
L'on se tromperait fdrt cependant en attribuant cette domination aux Kémito-Couchites. Ce ne furent pa;5 les
Égyptiens qui, dans cette occasion, étendirent leurs pouvoirs jusqu'à TEuphrate, mais, au contraire, les princes étrangers, venus en conquérants de TAsie centrale qui, après avoir subjugué la Syrie, réussirent à dominer dans la vallée du Nil : fait que les égyptologues n'ont jamais voulu admettre.
180 l'hellénisme égyptien.
NOTES
1. Voir Maspero {Hist, des peuples d'Orient, classe, t. I, p. 347).