XII INTRODUCTION
vrais signes graphiques, et non des dessins d'ornementation, comme on Tavait cru tout d'abord.
M'Ewans*% qui s'en est occupé plus spécialement, les divise en deux catégories; en caractères idéographiques et en caractères linéaires. Parmi les premiers, on remarque, comme dans les hiéroglyphes Hittites, des figures représentant la tçte et les différentes parties du corps humain, ou bien encore des quadrupèdes, des reptiles, des oiseaux, des plantes et aussi des objets de la vie ordinaire; tandis que la plupart des caractères linéaires ressemblent identiquement aux lettres de Falphabet syllabaire des Cypriotes. D'où on a pu conclure que dans le monde Méditerranéen, il existait dans l'antiquité un système d'écriture absolument différent du Phénicien et de l'Égyptien, et qui, à l'époque Mycénéenne, était déjà passé de la forme idéographique à la forme linéaire.
Or, ces mêmes signes, gravés non seulement sur les poteries et sur la pierre, mais aussi sur plusieurs objets d'un usage journalier, ont été découverts presque en même temps par M. Pétrie dans la Haute-Egypte, dans les ruines d'une ville du temps d'Userteseu, l'un des Pharaons de la XIP dynastie ^^ (an 2500 av. J.-C); et, ce qui est remarquable, c'est que la plupart de ces lettres (20 sur 32) étaient également identiques à celles de l'alphabet cypriote; de sorte qu'il ne peut y avoir de doute sur l'origine commune de ces différents caractères.
Ces découvertes, déjà si intéressantes par elles-mêmes, acquièrent une tout autre importance si on les rapproche d'un fait rapporté par Plutarque et que, jusqu'à présent, aucun égyptologue n'a cru devoir prendre en considération.
Ce fait est le suivant^' :
Lorsque les Spartiates étaient les maîtres de la Béotie (380 av. J.-C), Agésilas fit ouvrir près d'Haliarte le tombeau d'Alcmène, pour envoyer à Sparte les restes de la mère d'Hercule. Or, au dire d'un Thébain qui a assisté à l'exhumation, on trouva un petit bracelet, deux amphores en
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terre cuite et une plaque de bronze sur laquelle se trouvaient des lettres très anciennes que nul ne put comprendre, mais qui avaient une grande ressemblance avec Técriture Égyptienne. Agésilas envoya cette plaque au Roi d'Egypte Nectenabe P*", et le pria d'en demander l'explication aux prêtres. Le prophète de Memphis, nommé Knouphis, compara les caractères qu'elle portait avec ceux des Vieux Livres enfermés dans le Temple, et déclara que c'était là l'écriture en usage au temps du Roi Proteus et qu'on avait enseignée à Hercule dans sa jeunesse^.
Or, d'après Hérodote ^^, Protée compte parmi les Rois de la XIP dynastie, et c'est précisément l'époque à laquelle se rapportent les découvertes de M. Pétrie.
Mais, presque au même temps, régnait aussi à Corinthe le persécuteur de Belérophon, Proitos, dont le nom ressemble absolument à celui du roi Protée; et grâce aux immortelles poésies d'Homère, nous savons que ce Proitos correspondait par écrit, avec son beau-père, le roi de Lycie^*.
Tout concourt donc à nous faire adhérer à cette opinion : que sous les rois de la XIP dynastie, il y avait en Egypte, établi depuis un certain temps, un peuple étranger, qui faisait usage d'une écriture et probablement aussi d'ui^e langue usitées également à Chypre, à Candie, en Péloponèse et dans une grande partie de la Grèce continentale.
Il est difficile de dire aujourd'hui que ce syllabaire égéen^ assez justement nommé ainsi par M. Ewans, cache, à l'instar du syllabaire cypriote, un idiome hellène, ou s'il ne doit pas plutôt être considéré comme l'écriture exclusive des peuples pré-helléniques connus sous les noms de Minyènes, de Mycénéens, de Graecoi. Sans aucun doute, tous les deux procèdent d'une et même origine : le syllalabaire troyen^' ; mais tandis que le syllabaire cypriote représente la dernière transformation que l'original a subie — la forme éolienne — le syllabaire égéen trahit une ancienneté de plusieurs dizaines de siècles. 11 appartient en effet à ce groupe d'écritures Asiatiques dont les restes figurent, à côté des caractères phéniciens, dans les alphabets des