CHAPITRE YI UEMPIRE DES SH A-SU ET DES HA -NE B-U
Leur rôle dans le développement du pays.
L'avènement de Snefrou marque le début de l'histoire de rÉgypte. Les rois qui se succèdent, à partir de cette date, ne sont plus, comme ceux des dynasties précédentes, des êtres mythologiques dont on distingue à peine les silhouettes. Ce sont tous des individualités concrètes dont la personnalité ressort clairement. Nous possédons leurs statues; nous connaissons leurs familles, leurs fonctionnaires, leurs prêtres; nous savons quelles villes ils ont habitées, les monuments qu'ils ont érigés, le§ tombes enfin dans lesquelles ils reposent. Néanmoins, cette partie de l'histoire de l'Egypte est la moins connue et, pour mieux dire, la plus embrouillée.,
Mais cela est bien un peu de la faute des historiens.
Éblouis par la grandeur et par la magnificence' des monuments du Nouvel Empire, les Égyptologues qui, les premiers, ont essayé d'écrire l'Histoire égyptienne d'après les textes et les monuments, les Brugsh et les Mariette, ont accordé aux Scribes du temps de Ramsès et de Séti une confiance qu'ils ne méritaient point, et ont généralisé la signification de certains monuments qui n'avaient qu'un intérêt local. Aussi se sont-ils représenté Snefrou et ses successeurs, comme les descendants directs de Menés, comme les meilleurs princes qui eussent jamais régné sur lès bords du Nil et auxquels les Égyptiens reconnaissants
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n'ont pas marchandé les honneurs et les distinctions. Et lorsqu'on leur fit remarquer que les traditions recueillies par Hérodote dans ce même pays étaient en contradiction formelle avec cette manière de voir, les créateurs de Tégyptologie moderne n'hésitèrent pas à avancer qu'Hérodote était mal renseigné sur ce sujet*.
Or, sous l'égide de ces deux grands égyptologues, toutes ces doctrines, plus ou moins erronées, ont pris place dans la science, et elles continuent à figurer dans nos meilleurs traités d'égyptologie moderne.
Heureusement la critique a fait justice des racontages des Scribes à la solde de Ramsès et de Seti, et une étude plus indépendante des monuments commence à ramener les esprits aux idées des auteurs classiques. Déjà Knôter a remarqué que les rois de la IV* dynastie différaient trop de leurs prédécesseurs pour être considérés comme leurs descendants directs ; qu'ils étaient plutôt des conquérants venus d'un pays étranger*, et tout porte à croire que l'extension de leur pouvoir, dans la vallée du Nil, fut moins l'effet d'une conquête que d'une alliance offensive et défensive avec les Kémito-Couchites de la Haute-Egypte contre les Amou, et les autres peuples étrangers qui, à cette époque, avaient pris place dans la Basse-Egypte ^
L'étude des monuments nous apprend, en effet, qu'en montant sur le trône, Snefrou a dû se livrer corps et âme aux Kémito-Couchites, en adoptant leur langue, leur religion, leurs mœurs. Pour légitimer son usurpation, ce roi n'hésita pas à épouser une indigène, la princesse Mer-ti'tef'S y qui passait pour le dernier rejeton de la dynastie thébaine*. Pour gagner la sympathie des prêtres, il sacrifia à Khnûm, à Anoubis, à Thot; fit précéder son nom du signe de neter'^ et finit par obliger les prêtres héliopolitains à émigrer dans la Syrie, en emportant avec eux la statue en or de leur divinité solaire*.
Poussé par les prêtres, Snefrou paraît avoir voulu impoiser à ses anciens sujets, les Sumer et les Akkades établis dans la Basse-Egypte, les idées religieuses auxquelles il
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venait d'être initié. Mais loin de les convertir, il les a forcés à faire cause commune avec les Amou, les ennemis traditionnels des Kémito-Couchites, à se révolter avec eux et à lui disputer sérieusement la possession du trône ^
Sorti vainqueur delà lutte, Snefrou conçut l'idée d'écraser sous les corvées la population insurgée. Il lui fit donc construire une série de forteresses le long de l'isthme ; lui fit réparer les temples et les sanctuaires komîto-couchites endommagés dans la dernière guerre ; lui fit bâtir une grande ville qui devait être sa résidence et les deux grandes pyramides qui devaient lui servir un jour de tombeau ^
Et ce travail a cet'tes été très pénible.
Dans la nécropole archaïque de Medun, on a constaté dernièrement que la plupart des cadavres sont mutilés. Une jambe manque à l'un, une main ou un bras à l'autre. Il n'y a pas de doute que ce sont là les cadavres d'ouvriers morts à la suite d'un accident arrivé pendant la construction de la pyramide *. Or, parmi ces tombes il en est plusieurs dans lesquelles les morts sont ensevelis selon une coutume qui n'était pas alors celle du pays, et qui très probablement appartenaient à la population kasdo-akkade établie dans la Basse-Egypte *°. M. de Morgan, qui a fait examiner minutieusement ces cadavres, affirme de son côté qu'il n'a jamais pu constater sur les surfaces mutilées des traces de cicatrisation ; ce qui prouve, qu'une fois mis hors de travail par l'accident, ces malheureux étaient abandonnés à leur sort, jusqu'à ce que la perte de sang mit fin à leur vie et à leurs souffrances *^
Snefrou entreprit ensuite l'extermination des Kasdes (Satti) de la péninsule de Sinaï ; mais il ne réussit que sur une petite partie, la vallée de El-Magarah, où il existe encore la stèle que ses officiers lui ont érigée, en commémoration de ses victoires *2.
En récompense d'aussi précieux services, et pour engager son successeur dans la même voie, les prêtres de la Thébaïde ne tardèrent pas à combler ce roi d'honneurs exceptionnels. Us le mirent au rang des rois nationaux :
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il le proclamèrent le plus grand bienfaiteur de la patrie, ils lui élevèrent des statues et des sanctuaires et lui instituèrent un culte divin, qui a subsisté jusqu'aux plus basses époques de rhistoîre égyptienne".
Koufou, le Kliéops d'Hérodote, le successeur immédiat de Snefrou, et le constructeur de la plus grande des pyramides de Gizeh, marcha sur les traces de son prédécesseur, mais il le dépassa en cruauté. « Khéops, dit « Hérodote *\ commença par fermer les temples et conlrai- « gnit les Égyptiens à travailler pour lui. Aux uns, il assigna « la tâche de traîner les blocs des carrières de la chaîne « arabique jusqu'au Nil ; lesblocs une fois passés en barque, « il prescrivit aux autres de les mener jusqu'à la chaîne « libyque. Ils travaillaient par cent mille hommes qu'on « renouvelait chaque trimestre. Le temps que le peuple a « souffert se répartit de la sorte : dix années pour construire « la chaussée sur laquelle on tirait les blocs ; œuvre, à mon « idée, de fort peu inférieure à la pyramide ; car sa lon- « gueur est de cinq stades, sa largeur de dix orgyies et sa « plus grande hauteur de huit ; le tout en pierre de taille, « couvertes de figures. Dix années se passèrent donc à a construire la chaussée et les chambres souterraines creo- « sées dans la colline ; quant à la pyramide elle-même, on c< employa vingt ans à la faire ^^ ».
Les dieux, ceux des Kémito-Couchites, bien entendu^ profitèrent également de l'activité et de la richesse de Koufou. Il fit restaurer le temple de Hathor à Dendera, embellit celai de Bubastis, construisit un sanctuaire en pierre à Isis, près du Sphinx, à Saqqârah, et y consacra les statues en or, en argent, en bronze, en bois, de Horus, de Nepthys, deSoUdt, de Ptah, d'Osiris, de Thot^*; et le constructeur de tant de fondations religieuses n'avait pas besoin en Egypte d'attendre qu'il fût momie pour devenir dieu. On inaugurait sa religion dès son avènement, on l'identifiait à Khnùm, et beaucoup de personnes qui composaient sa cour s^attachaienl à son double^ bien avant qu'il se désincarnât. Ik le servirent
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fidèlement pendant leur vie^ puis vinrent reposer sous son ombre dans les petites pyramides et dans les mastabas qui se pressaient autour de la sienne *\
Or, c'est sur ce genre d'adulations, si fréquentes dans la vallée du Nil, que MM. Brugsch et Mariette se sont basés pour réhabiliter ce roi modèle, et déclarer qu'Hérodote était mal renseigné à son sujet **.
Comme faits d'armes, Koufou a le mérite d'avoir consolidé Tautorité égyptienne sur la péninsule de Sînaï, en repoussant les Monitou et les Satti dans le désert. On le voit encore sur les rochers de Wadi-el-Magarah, sacrifiant ses prisonniers, ici devant Anoubis, le chacal, là devant Thot, à tête d'ibis, etc. *».
Pour le malheur des Egyptiens, ce roi a régné, comme son prédécesseur, plus de cinquante ans.
Son successeur, appelé, suivant Manéthon : Souphis^ 11^ d'après les listes royales d'Abydos et de Saqqârah : Da-de^ froii^ a été confondu par la suite avec Kafra qui, dans les listes royales, figure entre Da-de-frou et Mykérinus, Aussi, anciens et modernes ont-ils attribué à Kafra tout ce qui a été fait par son prédécesseur, et à Mykérinus ce qui a été fait par Kafra^^
Da-de-frou paraît avoir marché sur les traces de son père; aussi a-t-il partagé avec lui la haine de la postérité. C'est lui qui doit avoir construit la seconde grande pyramide de Gizeh, que plus tard le peuple a dédiée à Kafra- Cette pyramide est aussi grande que celle de Khéops et doit avoir coûté aux Égyptiens autant de labeur que la première. Aussi le peuple jura-t-il une haine éternelle à ces rois. « On évitait, dit Hérodote -S de prononcer les noms de ces maudits; on attribuait leurs œuvres à un berger nommé Philùis, qui faisait paître jadis ses troupeaux clans les environs du Delta, et ceux mêmes qui ne leur refusaient point la gloire de s'être bâti les sépulcres les plus vastes de l'univers, racontaient qu'ils n'avaient pas eu la satisfaction d'y reposer après la mort* Le peuple, exaspéré de la tyrannie qu'ils avaient exercée, avait juré
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d'arracher les cadavres à ces monuments et de les metire en pièces. On dut les enterrer dans des cachettes si bien choisies que personne n'a réussi à les découvrir. Aussi n'est -il point surprenant que de tous ces rois il ne nous reste qWune seule statue, échappée comme par miracle aux mains des persécuteurs, et il est très probable que leurs pyramides auraient eu le même sort si leur destruction avait été chose facile **.
Après ces trois rois, que, pour la facilité de ce récit, nous appellerons les Sargonides, et qui, à notre avis, correspondent aux rois Sha-su des textes égyptiens, les listes royales d'Abydos et de Saqqârah en font suivre trois autres : Kafra, Mehkaura et Assikaf, lesquels, dans les listes de Manéthon, servent à compléter le personnel royal de la IV dynastie. Mais ces rois ressemblent à ceux de la dynastie suivante à un tel point que nous croyons devoir les grouper avec ces derniers et non avec les Sargonides -^.
Si Ton compare, en effet, une des statues de Kafra et de Mykérinus tirées du puits du temple souterrain de Saqqârah avec celles de Anou et de Ra-en-tiser^^, les rois les plus renommés de la V"" dynastie, on reconnaîtra vite que tous ces rois étaient du même type, du type kassite: De taille élevée, ils avaient toug la tête et le visage légèrement allongés, le front large, le nez aquilin, les yeux grands, fendus en amande, la barbe et la chevelure bien fournies. Ils portaient tous à peu près les mômes noms, adoraient les mêmes divinités, le grand Dieu solaire de Héliopolis; et, contrairement à ce que nous avons constaté chez les Sargonides, ces rois avaient tous une sympathie particulière pour la population de la Basse-Egypte.
Une autre preuve en faveur de la thèse que nous soutenons nous est fournie par la légende concernant l'origine divine des trois premiers rois de la V'' dynastie. « Khéops, dit la légende, désirant avoir les livres mystérieux « de Thot, aurait appris d'un magicien qu'il les aurait un « jour de la main d'un des trois fils qui allaient naître de la « femme d'un prêtre de Sakhibon, et qui étaient destinés à
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« régner sur tout le pays ». Cette nouvelle ayant inquiété le roi, le magicien s'empressa de le tranquilliser, en rassurant que rindividu en question n'arriverait sur le trône qu'après le règne de son petit-fils. « Ton fils, luidit-^il, sou Il fils, et après, lui»^». — Étant donné donc que dans les listes royales d'Abydos et de Saqqârah, le roi qui vient après le pelit-fils de Khéops est Kafra, on est autorisé, il nous semble, à admettre que c'est à celui-ci et non à Userkaf que revient le mérite d'avoir fondé la V dynastie ; que ce roi était originaire, non d'Éléphantine, ainsi que nous le donne Manéthon, mais d'une localité de la Basse- Egypte, et qu'il partageait les idées religieuses et politiques des Héliopolitains.
L'opinion émise par Manéthon paraît être une invention moderne. Elle serait due, selon M. Pétrie, à ce que les deux localités, Sakhibou etEléphantine, s'écrivaient à peu près de la même manière; ce qui a permis aux Scribes du Nouvel Empire d'enlever aux Héliopolitains le mérite d'avoir donné les meilleurs des rois qui jamais aient régné sur les bords du Nil, simplement en confondant les deux localités *^ Or, à en juger par le type anthropologique des statues de ces rois, par l'habitude de porter un épervier aux ailes ouvertes derrière la tête, et par plusieurs autres traits qu'ils avaient en commun avec les rois kasdéens de la Mésopotamie, on est amené à les considérer comme les descendants des rois chaldéens ou kassites, que Sargon avait entraînés à sa suite dans la vallée du Nil^^ Étant donné donc qu'en Egypte, ces Kasdo-Akkades étaient connus sous le nom commun de Ha-neb-u, on a tout droit de considérer les rois de la V® dynastie comme les rois des Ha-neb-u, si souvent mentionnés dans les textes, mais sur lesquels personne jusqu'ici n'a voulu s'arrêter.
Nous ne connaissons pas les circonstances dans lesquelles le pouvoir a passé des mains des Sargonides dans celles des Ha-neb-u.
Les Scribes du temps de Ramsès et de Séti qui ont été chargés de la rédaction de la liste royale, destinée à
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décorer là salle des ancêtres dans le temple d'Abydos, ont pris soin d'éviter tout ce qui pouvait gêner le programme qu'ils s^étaient tracé : celui de représenter tous les grands rois qui avaient régné en Egypte comme les membres d'une «eule et même famille, ayant pour chef Menés et pour son dernier rejeton Séli. Mais tout porte à croire que Tavènenient de Kafra sur le trône d'Egypte a été, comme celui de Snefrou, moins l'effet d'une conquête que celui d'une entente des Égyptiens avec les Amou et les Ha-neb-u, pour délivrer le pays de la tyrannie des Sargonides, en amenant sur le trône le prince kassite qui régnait de l'autre côté de l'isthme. C'était, comme l'a très bien observé Pétrie 2*, une revanche du parti héliopolitain sur le parti thébain, revanche conçue tout à fait sur le même plan et exécutée par les mêmes moyens. D'ailleurs, la politique suivie par les rois de la nouvelle dynastie ne laisse aucun doute à ce sujet^».
En montant sur le trône, Kafra eut pour premier soin de mettre fin aux persécutions des Héliolâtres, en adoptant lui-même leur religion et en se faisant intituler le fils ou i'aimé de Râ^**. Il délivra ensuite la population de la corvée^ en suspendant les constructions insensées de ses prédécesseurs . Kafra est en effet le seul roi qui ne possède pas de pyramide. Celle qui porte son illustre nom ne lui appartient pas de droit. Aucune preuve monumentale ne milite en faveur de cette appellation^*, et tout porte à croire que cette pyramide a été construite par son prédécesseur, le roi Dadefrou. Nous verrons tout à l'heure que tout ce qui nous reste de Kafra est marqué de son cartouche, tandis que la pyramide en question se distingue, comme celles de Snefrou et de Khéops, par l'absence complète de signes graphiques.
Kafra est encore le roi qui, le premier, a proclamé l'égalité de l'homme devant la loi^% institution qui ne doit pas avoir satisfait les Kémito-Couchites, habitués de tout temps aux privilèges. Et pour imposer à l'Egypte de cette époque une institution de cette nature, Kafra doit avoir eu
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le bras solide et une armée suffisamment disciplinée. Aussi la plus grande tranquillité régna-t-elle sous ce roi dans le pays, ce qui a permis au peuple de sortir de la misère dans laquelle il avait été plongé par les Sargonides^^
Après avoir assuré Tordre dans ses États, Kafra s'appliqua à faire goûter à ses sujets les bienfaits de Tinstruction qu'il avait dû apprécier chez les Égéens occupant, à cette époque, tout le littoral de l'Asie Mineure et de la Syrie. C'est en effet le Pharaon qui a remis en honneur Tart de lire et d'écrire, tout à fait abandonné sous ses prédécesseurs. C'est à son époque que remontent les plus anciens cylindres en stéatite qu'on a pu trouver sur les bords du NiP*. Toutes ses statues, tous les ustensiles de son palais et de ses sanctuaires, les blocs des constructions qu'il a érigées, bref, tout ce qui nous reste de ce roi est marqué de son nom , précédé toujours du signe © , le dieu des Héliopolitains'^; tandis que tout ce que nous possédons de ses prédécesseurs, les Sargonides (les deux grandes pyramides de Gizeh, celle de Medun et de Daschour, le temple souterrain dans le voisinage du Sphinx jusqu'à la statue d'un de ces rois, que les uns considèrent comme la statue de Snefrou, les autres comme celle de Dadefrou) se distinguent par l'absence complète de signes graphiques'*, et nous verrons tout à l'heure que l'instruction inaugurée dans cette occasion par Kafra ne se bornait pas seulement à la lecture et à l'écriture, mais s'étendait à toutes les branches de la science de l'époque.
Malheureusement, les textes et les monuments ne nous renseignent que très peu sur la vie et les exploits de ce roi vraiment civilisateur. Et s'ils en ont jamais parlé, les guerres civiles et religieuses qui ont éclaté après la chute de la V° dynastie et qui se sont prolongées jusqu'à l'installation des Hèracléopolitains en Egypte, en ont détruit toute trace. Maisquand on pense que ce prince a su appliquer, durant tout un demi-siècle, des institutions et des lois qui font la base des constitutions des Etats les plus civilisés de nos joiirs; quand on sait que sous son règne l'Egypte a joui
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d'une tranquillité parfaite et qu'elle a atteint un très haut degré de développement et de bien-être, il est bien permis d'avancer que Kafra n'a pas été inactif, mais qail a tout fait pour tirer l'Egypte de la misère et la pousser dans la voie de la civilisation qui seule lui convenait ; celle qui a pour base le développement de Tagriculture et du libre-échange.
Aussi la population reconnaissante ne manqua-t-elle pas de combler d'honneurs ce bon roi ; elle lui éleva des statues dont beaucoup nous sont parvenues intactes; elle lui consacra un culte, autrement respectable que celui de Khéops et de Snefrou, et, ne pouvant pas lui construire une tombe ni un temple dignes de sa personne, elle n'hésita pas à lui dédier la pyramide et le temple souterrain, que la génération précédente avait dû construire pour un roi qui ne le méritait point *\
Mykérinus (Men-Kaura) , le successeur de Kafra-, ne ressemblait guère à son illustre père. C'était un esprit faible et d'une bonhomie sans pareille. N'ayant jamais pensé à remplir les engagements qu'il avait contractés en montant sur le trône, il s'aliéna vite la sympathie de son peuple aussi bien que celle de son clergé. Suivant l'exemple de son père, il s'est construit d'abord une petite pyramide, mais ayant appris que Siiefrou en avait deux, il en fit construire bientôt une seconde, et tout en se disant fils de Râ, il inclina tellement vers les Kémito-Couchites, qu'il finit par embrasser toutes leurs superstitions ^^
Les critiques et les récriminations ne tardèrent pas alors à pleuvoir et un sinistre présage, annonçant sa mort au bout de six ans, commença à circuler dans le pays^®.
Les prêtres de la Thébaïde ne manquèrent pas l'occasion de circonvenir le jeune roi et de vouloir Fattirer à eux. Ils lui firent comprendre que tous ses malheurs, tous ses ennuis provenaient de ce qu'en rompant avec ks habitudes de ses prédécesseurs, il avait enfreint l'arrêt du Destin concernant ses nouveaux sujets. L'Egypte était, disaient-ils, condamnée à souffrir encore cinquante ans,
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comme sous les Sargonides, et lui, en se comportant envers elle avec douceur, avait contrecarré la volonté divine. Pour échapper à la vengeance céleste, il ne lui r(?slait donc qu'à revenir à la politique de ses glorieux ancêtres *°.
Heureusement pour les Egyptiens, Mykérinus, qui était aussi indifférent à Tune qu'à Tautre des religions, dont les prêtres se disputaient la suprématie, au lieu de partir en guerre contre ses sujets, prit la résolution de convaincre leurs oracles de faux; et, avec une bonhomie puérile, il se mit à doubler la durée de la vie qui lui restait encore en se livrant aux plaisirs et aux jouissances nuit et jour. « Il fabriqua, dit la légende, un grand nombre de lampions, les alluma chaque nuit, se mit à boire et à se donner du bon temps, sans jamais cesser, nuit et jour, pour avoir le droit de dire qu'il avait vécu le double de ce que l'oracle lui avait prédit** ».
La légende place, après Mykérinus, un autre constructeur de pyramides d'un nouveau genre. Co roi, appelé Asychis ou Sasychis, préféra la brique, sauf un point, où il enchaîna une pierre qui portait cette inscription : « Ne me méprisez « pas de ce que je ne sois pas faite en pierre ; je l'emporte <( sur ce genre de constructions autant que Jupiter sur les « autres dieux. Car, plongeant une pièce de bois dans un « marais et en réunissant ce qui s'y attachait de l'argile, on « a moulé la brique dont j'ai été construite** ». Belle réponse en réalité à l'adresse de ceux qui voulaient le pousser à construire, au détriment de son peuple, la troisième grande pyramide qui, d'après leur calcul, manquait au plateau de Gizeh.
Asychis, par ses vertus et par sa diplomatie, a contrebalancé l'impression fâcheuse que.son père Mykérinus avait laissée derrière lui. Il se montra un des meilleurs parmi les législateurs de l'Egypte; il régla, ditDiodore, minutieusement la cérémonie du culte, fixa les limites des propriétés des différents sanctuaires et promulgua la loi du prêt sur la momie des parents et du cimetière de la famille : loi très probablement nécessaire pour obliger les Égyptiens d'alors»
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à mieux remplir leurs engagements envers leurs bailleurs de fonds *^
Après tes trois Pharaons, il y en eut neuf autres de la même famille, qui régnèrent en tout environ trois siècles, et parmi ces rois, il y en eut plusieurs, tels que Sahoura, Ousir-Miri, Anou, Menkauor, Assi, qui paraissent avoir exercé glorieusement leur autorité. Suivant l'exemple de leurs prédécesseurs, ces rois bâtirent tous des pyramides, mais excessivement modestes et très probablement à leurs frais *^ Ils réparèrent les temples, ils fondèrent des villes, dont plusieurs subsistent encore *% et firent tout ce qui était en leur pouvoir pour relever le peuple de la misère et de rignorance. Sahoura mit les Shasu de l'Arabie à la raison et consacra le souvenir de sa victoire par une stèle gravée sur lé roc de Wadi-el-Magarah ; Anou remporta également de sérieux succès sur ces nomades, et Assi les repoussa presque définitivement dans le désert. La grande série d'inscriptions de Hammamath commence enfin par les noms de ces rois ; ce qui prouve que les exploits dont il est question dans ces inscriptions leur appartenaient en grande partie. Somme toute, les rois kasdo-Akkades, ou Ha-neb-u, élevèrent TÉgypte à un rang de prospérité qu'elle n'avait jamais atteint. Ils l'agrandirent même sur plus d'un point et la mirent en relations avec les peuples les plus éloignés du monde connu à cette époque *«.
Ayant demeuré plus d'un siècle dans la Syrie, ces princes savaient parfaitement que les peuples qui occupaient le littoral de cette contrée et plus particulièrement ceux des îles de la mer Ég^e, étaient bien plus avancés que leurs nouveaux sujets; et, dès leur arrivée au pouvoir, ils firent tout leur possible pour mettre l'Egypte en relations avec ces pays. Aussi leurs barques commencèrent-elles de très bonne heure à parcourir la très verte, ainsi qu'on appelait alors la Méditerranée, pour aller échanger les produits de la vallée du Nil avec les industries des habitants des pays les plus éloignés. On allait chercher en Syrie le bois de sapin, de cèdre et de cyprès, si nécessaire aux constructions
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civiles et religieuses. Dans les porls de TAsie Mineure, on se procurait le plomb, le cuivre et le fer, que certaines tribus de forgerons exploitaient d'une manière spéciale. Les insulaires de la mer Egée leur vendaient les beaux vases en argile et les différents ustensiles en obsidienne, si goûtés dans le pays des Pharaons. Les peuples hyperboréens enfin qui, à cette époque, occupaient la plus grande partie du littoral de TAsie Mineure et la plupart des Sporades, leur fournissaient Tambre, Tétain, le bronze, qu'euxmêmes se procuraient de leurs compatriotes du Pont-Euxin et de la mer Baltique, tandis que les caravanes faisaient la navette entre TEgypte et la Mésopotamie par la Syrie ou par la voie la plus courte à travers le désert *^
Les relations de peuple à peuple étaient donc sous le règne des rois de la V dynastie très fréquentes et fructueuses, mais elles étaient Tœuvre presque exclusive des Kasdo-Akkades et des Amou et non des Égyptiens, ainsi qu'on se plaît à le répéter . Les vrais Égyptiens, les Kémito-Couchites, avaient en horreur la mer et plus particulièrement celle qui confinait à leur pays au nord. C'était pour eux le domaine de Set, bon pour les condamnés et les morts, mais non pour les vivants. Les marins qui transportèrent les troupes de Ouni dans le pays des Haroushas n'étaient pas des Égyptiens. Ils ont été recrutés parmi les Égéens qui à cette époque donàinaient la mer. Aussi disparurent-ils bientôt sans laisser d'imitateurs*®. Pour rencontrer des Égyptiens se hasardant à aller en Phénicie par mer, il nous faudrait descendre jusqu'aux temps de Tutmès III, et d'Amenhotep et, encore, très souvent, ils s'égaraient en route. Un ancien papyrus du musée de Saint-Pétersbourg, que M. Golenischeff nous a fait connaître, relate qu'un Égyptien de la XVIIP dynastie, qui était allé chercher en Phénicie le bois nécessaire pour la construction des barques d'Amon^ en revenant, au lieu de se diriger vers Peluse, prit la direction opposée et se rendit au pays de Alasias, qui confinait à la Kilikie *^
Mais si la mer a servi aux Ha-neb-u de route pour aller
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rejoindre leurs frères résidant dans les îles de la mer Egée, le Nil leur a ouvert le chemin pour pénétrer jusqu'au cœur du continent africain et exploiter les peuples qui s'y pressaient.
Sous les Sargonides, les limites sud de TÉgypte n'atteignaient pas la première cataracte. La Nubie commençait alors au sud àApollinopolis parva^ l'Edfou de nos jours ; tandis que sous les derniers rois de la V* dynastie,^la plus grande partie de la Nubie proprement dite constituait une sorte de principauté à part, la Baronnie d'Éléphantine, gouvernée par des princes recevant les ordres des Pharaons ^**, et qui, ainsi que nous le verrons plus loin, n'étaient que les colons de ces derniers. Une ancienne inscription nous apprend que Ouni, le fameux ministre des deux premiers rois de la VP dynastie, recrutait des troupes et exigeait des bois de construction des tribus du désert environnant. La façon dont ces réquisitions s'opéraient montre qu'il s'agissait là non pas d'une exigence nouvelle, mais d'une opération habituelle et que, par suite, les peuples rançonnés étaient liés par des traités réguliers avec les Égyptiens déjà depuis quelque temps. Enfin lorsque cent ans plus tard, Métesoufis, le fils de Pépi II, alla inspecter cette partie de ses États, le chef des seigneurs d'ÉIéphantine était un individu qui avait tous les caractères anthropologiques d'un Ha-neb-u du Delta ^*.
Mais les possessions des rois Ha-neb-u ne finissaient pas là. Les textes nous apprennent qu'elles s'étendaient d'un côté jusqu'à la mer Rouge et à l'océan Indien, de l'autre jusqu'en Mauritanie. On allait chercher dans le pays au delà du Punt les fameux nains de Danga qui, pour leurs grimaces, étaient très en honneur dans les cours des Pharaons 5-. On retirait de l'autre les nombreux produits industriels des Libyens et plus particulièrement l'étain, le bronze et la plus grande partie des objets de fabrication égéenne, que nous trouvons aujourd'hui dans les tombes de l'ancien Empire ^^
On peut donc avancer que sous la domination des Ha-
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neb-u TEgypte a pu atteindre le plus haut degré de développement politique et commercial, et si le trésor du temple de Dendera n'a pas été enlevé par eux, c'est moins parce qu'ils n'ont pas pu l'atteindre que par suite du respect que ce peuple a toujours témoigné aux sanctuaires de tous les rites ^^
Agriculteurs et commerçants dès leur naissance, les Haneb-u n'aimaient pas beaucoup les arts, et, comme nous le verrons plus loin, ils ont été les derniers à s'y habituer. Aussi l'architecture et la sculpture, qui ont tant brillé sous les rois delà IIP dynastie, n'ont fait que rétrograder sous les Sliasu pour tomber tout à fait en décadence sous les Ha-neb-u. La grande pyramide de Khéops, l'œuvre la plus remarquable de cette époque, est autrement construite dans sa partie inférieure que dans sa partie supérieure. La finesse et l'exaclilude qui distinguent le travail de ses galeries d'entrée, sont en contraste avec la négligence et la grossièreté qui s'observent dans la construction de la chariibre du roi. Un changement dans le dessin est également visible dans le puits qui a été creusé, à travers la maçonnerie, depuis la grande galerie jusqu'aux parties souterraines.
Probablement l'architecte qui avait entrepris ces beaux travaux, un élève de l'ancienne école, mourut dans l'intervalle et ceux qui lui succédèrent n'avaient pas sa valeur^^
La pyramide dite de Kafra est aussi d'un travail inférieur et de moins bonne quaUté de pierre, et celle de Mykérinus est assurément moins bien construite que la précédente. Son revêtement de granit, coupé dans la carrière avec un excédent d'épaisseur de plusieurs pouces, n'a jamais été égalisé. Les excédents font saillies comme les poutres dans les constructions des Fellahs ^«. Le sarcophage en granit de ce roi, que M. Vyse a voulu transporter en Angleterre et qui s'est perdu dans l'Atlantique, était d'un style indiquant la tendance de l'artiste de cette époque à fondre les styles païen et kémito-couchite. Il représentait un édifice rectangulaire à façades 7ion inclinées^ mais décorées comme un
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mastabas ". Les pyramides des autres rois de la V® dynastie ne nous sont connues que par les textes. Pour avoir disparu compiètementdu sol, ces constructions ne doivent pas avoir été très solides. Quant aux mastabas qui s'échelonnent entre Medun et Gizeh, ils sont presque tous de travail ordinaire. Ils paraissent, dit M. Maspero, avoir été construits à la hâte, sans soins, par des gens pressés d'en finir ou qui visaient à Téconomie. Le seul monument de ce genre qui fait exception est celui de Ti, haut fonctionnaire du roi d'Assa, récemment ennobli et cherchant à se faire valoir par tous les moyens ^^
L'on peut en dire autant de la sculpture. Les belles statues en bois de Sheikh-el-Beled et de Ra-hotep, les chefs-d'œuvre de la sculpture sous la IIP dynastie, ne se rencontrent plus sous les Sargonides, bien moins encore sous les Haneb-u. Celles qui nous restent de cette époque sont, pour la plupart, d'un style lourd et barbare qui rappelle plutôt la fabrique que Tatelier : ce qui indique le p^u d'importance que ce peuple donnait aux objets d'art. Par contre, nous rencontrons alors un autre genre de statues en albâtre et en diorite, représentant les rois dans la pose des divinités babyloniennes : assis sur le trône, les mains sur les genoux^®, ayant derrière la tête un épervier aux ailes étendues, statues garnissant les niches des temples, à l'instar de ce qu'on observe dans les anciens temples de la Babylonie ; et il n'y a pas de doute que statues et niches aient été importées à cette époque de la Mésopotamie*^.
La même uniformité domine dans les décorations dos hypogées. Chaque chef décorateur possédait, paraît-il, ses cahiers de motifs et de textes qu'il combinait de façons différentes. Les mêmes hommes, les mêmes animaux, les mêmes accidents de. terrain, les mêmes accessoires reparaissent partout. C'est de l'art industriel, mécanique au premier chef«*.
On donnait beaucoup plus d'importance à l'ameublement et à tout ce qui contribuait au confort et au bien-être de l'individu. Les grands fauteuils, les pliants, les tabourets,
l'empire des SHA'SU et DBS HA-NEBU. 211
les lits en bois peint ou incrusté, les vases en pierre dure, en métal et en terre émaillée,. les colliers, les bracelets, les bijoux étalés sur les murs, et même les poteries dont on retrouve les débris dans le voisinage des pyramides sont en général d'une élégance et d'une légèreté qui font honneur à la main et au goût de l'artisan. Mais ils décèlent déjà rinfluence de l'art égécn et sidonien ; et tout porte à croire que la plupart de ces objets ont été importés de la Syrie ou de la Libye par le commerce *^
Mais ce qu'il y a de plus important c'est que les rois de la V® dynastie ne se 'bornèrent pas à enrichir les égyptiens en les engageant à travailler et à faire le commerce avec les étrangers, ils s'appliquèrent également à les instruire et h leur donner une éducation morale qui leur faisait défaut.
Ayant été longtemps en Syrie, en rapport avec les Egéens, les Kasdo-Akkades eurent occasion de connaître le système d'écriture dont ce peuple se servait, dès la plus haute antiquité, et d'apprécier les bienfaits de l'instruction ; et, dès leur arrivée au pouvoir, ils s'empressèrent d'en tirer parti. Nous venons de voir que ce fût Kafra, le fondateur de la V® dynastie qui, le premier, a remis en honneur l'usage de l'écriture, délaissé sous les Sargonides; c'est à lui qu'appartient le plus ancien cylindre en stéatite qu'on a pu trouver dans le pays du Nil ; ce fut lui qui le premier a cherché à se procurer les livres mystiques de Thot.
Son successeur, Mykérinus, s'est distingué par ses ouvrages philosophiques cités avec éloges dans le Livre des Morts, et le plus ancien papyrus que nous possédions date du règne de Ka-ka, un des rois de la V® dynastie *^ Mais le plus important de tout, c'est qu'à Saqqârah il existe encore le tombeau d'un fonctionnaire supérieur de Sopsikaf, qui s'attribuait le titre de Scribe de la Maison des livres^'', « Cette simple indication, dit M. Maspero, insérée incidemment entre la mention de deux charges plus hautes, suffirait, à défaut d'autres, à nous montrer le développement extraordinaire que l'instruction avait déjà pris dès lors dans le pays du Nil ».
2 12 LHBLLKSISKB BGYPTIKX.
Sans doate^ cette Maison des livres était soitout on dépôt de pièces ofiBcielles où Ton conservait les registres du cadastre et de Timpùt, la correspondance échangée entre la conr el les gouverneurs de pro^nnce ou les seigneurs féodaux, des paperasses en un mot, de toute nature. qu>xige la conduite régulière de TÉlat. Mais elle contenait aussi des œu\Te$ littéraires, dont beaucoup étaient déjà vieilles dans ce temps si vieux pour nous: des prières rédigées sons les premières dynasties, des poésies dévotes, des hymnes, des formules de magie, des recueils d"ôpuscnles mystiques, des li\Tes de médecine, de géométrie, de mathématique, des romans enfin, ou ces récits mervei]l**ux qui ont précédé le roman cher les orientaux. Tout cela, si nous l'avions, aurait formé une bibliothèque autrement précieuse pour nous que celle d'Alexandrie. Par malheur, on n'a pu rasseraliler jusqu'à présent que les restes insignifiants de tant de richesses. Un a recueilli dans les hypogées quelques chansi»ns populaires : les pyramides n<>us ont rendu on rituel presque intact en l'honneur des morts. On y trouve beaucoup de verbiage, beiucoup de piaiiludes pieuses, beaufx^up d'a]lu>îi»ns obscure^ aux choses de Fautre monde; mais dans ce fatras on rvric-'Dtre également quelques morreauv pleins de mouvemrnl et d"ênergîe sauvagre. oùriiî>j'îraî5'..n p:»é tique et rémolà:«n rvliiiîeufwî' se devinent eiicore a Irsvrrs les exj-ressi mis mvtL -: ] : gàcT3e*;**'. Et oe sont
Tu df" ce^ OTUsciiles. as" :'uri''bui au mu^ée de Berlin, «f-mliri.: lâ fn d'uii ii:£:-£'ur jl^Io^-i-TLîque entre on Egypîf-iî e:>:ii lir:^. tù Ciel2t-<i s'aj'jlîcne à démontrer que la tl-tI est 'li' j»s>ss£e li'un erîiï crur-xi à im état ÎDCC*nnu: •:-"fIIr- vlrr.: c:r:::i}e un «cj.jli:- ::!:>>? m t-nl pr-ogressif. semil^y.f à ^T "Lii ;r.».r:::l }.ai l'!:'/lils:î:ia Otrs v-iij>€^urs enivrtiiiT-^, :.!!-: r: r.nirrie tî:j r: "z-^-z-tittiz ai:i?L.\£-De à celui qui <.f zy:*LzA T'i^ 1 l:r.n:»rr>£.ii, !iJL:-: à li >nite d'une lésion îz:}'. iM^.f'. o. ni.iir .il^iis Ir> v'\i:i:»i:.>^ An monaeml où Ton s"t iwfi £ It' Ei.îi^f. vH :.■n:L^-• s-: -^Ii^n dinsion nailien. où T: - ::'T :\ 'li^la i*-.:^. :.i.t^ ^w I\ r. rf s^-z.: T^ît-n,
l'bMPIUE DES SHA'SU ET DKS HA-NEB-U. 213
Un dogiive souvenir non moins précieux du temps qui nous occupe s'est conservé dans un travail littéraire, composé par un certain Ptah-hetep, fils de Assa, avantdernier roi de la V" dynastie. C'est le plus ancien manuscrit du monde. Il est connu plus spécialement sous 4e -nom de Papyrus Prisse. Il a été acquis par un Français de ce nom, à Thèbes, et donné à la Bibliothèque nationale de Paris^^. La plus grande partie de ce document contient un traité des vertus nécessaires à rhomme, ou de la meilleure tnanière d'' arranger sa vie pour faire sa carrière.
A l'époque où il composa son livre, Ptah-hetep doit avoir été très âgé, puisqu'il décrit la caducité de la vieillesse en termes extrêmement expressifs. « Quand l'âge est «- là, dit-il, et que la vieillesse arrive, la débilité vient et la « seconde enfance, sur laquelle une misère s'abat chaque « jour. Les yeux se rapetissent, les oreilles se rétrécissent, <( la force s'use, les os s'endolorissent ; tout ce qui était bon « devient mauvais; la vieillesse rend, en un seul mot, « rhomme misérable en toute chose, qu'il se lève ou « s'asseye. »
Arrivé à cet âge, l'auteur de l'opuscule demande à Dieu ce qu'il devrait faire dans la suite. « Applique-toi à instruire « de ton expérience la jeunesse et montre aux hommes de « ton âge la manière de se rendre encore fort utiles », fut la réponse. Et, précédant les Prophètes d'Israël de plusieurs dizaines de siècles, Ptah-hetep commence à étaler sa philosophie, tantôt sur un ton austère, tantôt d'une manière plus gaie. « Si tu es devenu grand, dit-il, « après que tu as été petit, si tu as amassé des richesses « après la misère et si tu es devenu le premier dans ta « ville, si tu es connu par ton opulence^ si tu es devenu un « grand seigneur, que ton cœur ne devienne pas fier à « cause de tes richesses, car c'est Dieu qui en est l'auteur. (1 Ne méprise pas l'autre qui est ce que tu fus. Sois envers « lui comme envers ton pareil. »
« Si tu es sage, dit-il plus loin, tu auras soin de ta « maison, tu aimeras ta femme, tu pourvoiras à son entre-
214 L^HELLBHISME SOTFTiar.
•< tien convenable. N'oublie pas que les vêtements et la <t parare sont la joie des femmes et tant que tu les lui « fourniras^ sois certain que la tienne sera un champ dont H tu profiteras toujours. Mais, avant tout, comporte-loi « avec douceur envers tes subalternes et tâche d'être gai et <« de jouir du présent, car une fois dans la tombe. c*en est « fait de toi. Personne ne revient du monde de là-bas *~. »>
Analyser en détail cet ouvrage est impossible, dit M. Maspero^, le traduire entièrement plus impossible encore. La nature du sujet, rélrangeté de certains préceptes, la tournure du style, tout concourt à dérouter le lecteur el à Fégarer dans son interprétation.
Mais ce qui est facile à reconnaître, c'est que les idées que nous y rencontrons ne sont pas égyptiennes, ni sumériennes, ni kémitcs. mais tout ce qu'il y a de plus kasdoarien. Elles nous font entrevoir ces deux peuples non ivh qu'ils étaient, lorsqu'ils vivaient cote à cote sur les lK«rds du Haut-Tigre, mais tels qu'ils étaient devenus après avoir dominé plus de trois siècles sur la S^xie et le pays du Nil. Les idées philosophiques sur la mort, contenues dans le papyrus de Berlin, ne peuvent s'appîiquer qu'à un peuple qui. ct^mme les Kas^iéens. ne croyait qu'à la vie présente, et qui m-ellait tous ses efforts à améliorer sa situation aotut^lje. Ce qui attend l'homme après la mort n'intéressait nullemi^nt le Kassile. Personne n'étant revenu de la tombe pour lui dire ce qui se passe dans l'aulre monde, il trouvait U*u:à fait suj-er2u de s'en c-^vuwr. Nous retrouvons ces ii-er-s expriniêr'S à peu près de la même manière chez îes IltlI^no-AcLr^ns qui se traitaient 5<.us les murs de T-'^jî-e. el. comme uvus allc-ns le voir, ces He]jéno-AcLéens n"é:.i::ral que des Ka^i^^-Akkad-es. qui, dans la suite.. j.i.s*<i:^:J de l'Asie dîns la f êiiiasule gr'r^'que.
Les jT'ê'j'rjies HÎ.n^iês par Puah-fc-t-icp ccHUcemant le CKiriai!'* ti îa vie dr fani:;^e. s*L-a5 autanS de f»roteslatJons d'ua Artf-n *ri vir-jjt :ea:j*>, ies^clé i-e vv:r ses CE^mpatriotes aV: jLiLt Ir-s i- .c ::r > L ai î:-^ i-rs Je >tirs ac r^^'imes pH>ur adopter c»fL.> i- Ltur's niii:jh>: 5*e> ex!:.':-i:;:r:> «r^'H^lipe rarrdgance
l'empire des sha-su et des iia-neB'U {Norm), 215
(les parvenus ne visent que les Ariens qui, élevés sous la protection de leurs maîtres aux plus hautes dignités de l'État, devenaient envers leurs compatriotes beaucoup plus arrogants que ne Tétaient leurs propres maîtres; et sous les les rois de la V® dynastie le nombre de ce genre de notabilités était en réalité très grand *^
L'opinion que nous venons d'émettre sur l'origine nonégyptienne des deux opuscules susmentionnés , est conforme d'ailleurs à celle des anciens Égyptiens euxmêmes. Ces textes sont en effet les seuls qui ne se rencontrent ni recopiés, ni cités dans les ouvrages des philosophes égyptiens ^^ C'était pour eux une philosophie païenne, dont il ne valait pas la peine de s'occuper, et c'est vraiment un miracle, que le hasard ait pu nous en conserver les débris. Mais si mutilés qu'ils soient, ces deux papyrus nous font comprendre quel genre de littérature et de morale avait commencé à s'introduire dans le pays du Nil sous la domination des Ha-neb-u, et cela suffit parfaitement au but que nous poursuivons.
216 l'hellénibhk kgyptiek.
NOTES
1. Voir Mariette (Aperçu de l'Histoire d'Egypte, p. 25-31), Brugseh \Uist. d' Egypte, p. 50).