‹ Essai sur l'histoire ancienne et moderne de la nouvelle RussieChapitre 13 sur 44 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Des Huns*

L'empire des Huns fui fondé par Tchung-Goei environ douze cents ans avant noire ère. Jusqu'à répoque où régna Démétrius Poliorcète^ fils d'^wtigonus , on ne sait presque rien de ee qui concerne les Huns. Après la mort d'Alexandre , ses capitaines opprimèrent la Grèce. Dans cette confusion générale , sous le règne de lambition commune aux chefs de tous les partis , la Macédoine était restée au premier occupant; Pyrrhus, Poliorcète, Lysimaque, Sélèucus se succédèrent presque sans interruption. Les Huns habitaient la partie de la Scylhie qu'ils venaient de conquérir, et qu'on nomme Tatarie, Profitant des troubles qui divi-* saîent les grandes nations, ils dévastèrent la portion de la Tatarie où ils ne s'étaient pas encore fixés , et poussèrent leuVs conquêtes jusqu'aux rives de la mer Caspienne.

( j4n 376. ) Sous le règne de Valens (i) , ils se dirigèrent sur les Palus Méotides , et laissant après eui des traces de sang et de flammes, livrant des combats toujours à leur avantage, traversant les

dailles, a été donnée par M. Carî, et après lui par M. Yisr eonti.

(i) Amniien Marcellin, U a et 4.

loÇ HISTOIRE

Palus, portant l'épouvante et la désolation chez les riverains du Tanaïs , ils conquirent la Tauride, subjuguèrent les Ostrogoths, s'emparèrent des provinces situées au midi du Dniester et au nord du Danube. ,

Les Hun s faisaien t partie de cette masse d'hommes qui se répandait par torrens , ne respirant que le pillage et le désordre. On les a vus sous Attila pénétrer dans l'occident de l'Europe, passer le Rhin, conquérir le nord des Gaules , prendre Orléans , et périr aux champs de Mauriac sous les coups d'Aëtius et de Théodoric.

Attila seul était aussi à redouter que son armée ; sauvé du massacre général , il se retire en Pannonie^ il fait partir des émissaires qui reparaissent bientôt avec des nuées de combattans; ce fut alors que les Huns donnèrent à ce pays le nom de Hongrie.

Avec ces forces nouvelles , Attila conçut des projets encore plus vastes, et communiqua son énergie \i des hommes disposés à partager tous ses périls f il les lia par les sermens en usage entre eux , et fondit sur l'Italie. A la vue de cette race de gens incopnus, à leur costume , à leurs cris féroces , tout trembla devant eux : Aquilée fut détruite , IVlilau pillée, Pavie désolée; et celui qui se qualifiait le fléau de Dieu y tourna ses pas vers Rome. La dominatrice du monde eut recours aux prières et à l'humiliation ; Valentinien acheta la paix par tous les sacrifices possibles, et la superbe Rome s'abaissa

jusqu a devenir tributaire d'un barbare énergiquement féroce.

Attila rendit formidable le nom des Huns; il revint sur le Danube, où il forma le plan d'une nouvelle invasion des Gaules ; sa mort renversa ce projet et laissa respirer l'humanité : il célébrait une orgie qui prostituait le nom de/ete, et fut suffoqué par des liqueurs fortes dont il avait bu avec excès, (i)

Quels hommes devaient être ceux qui .avaient un chef tel qu'Attila! Tout ce que l'art le plus horriblement barbare pouvait " inventer pour rendre affreux était employé par les Huns. La beauté, que la nature leur avait refusée, car ils étaient petits et mal faits, aurait pu être remplacée par une tenue guerrière et par une grande propreté. Loin de là , ils se déchiraient le visage de manière que la barbe ne poussât qu'entre les cicatrices; ils découpaient la peau de leur front afin qu'elle retombât sur le nez, quelquefois elle couvrait les sourcils. Mauvaise fol , fourberie, baine éternelle , parjure , cruauté , violence, n'inspiraient parmi eux aucun gentiment àe reproche, aucun sujet de mépris; ils ignoraient jusques aux mots de religion et d'humanité. Une seule vertu pour eux c'était l'amour de la guerre.

(1) Consultez les Fragmens sur la Scythie , ouvrage rempli d'instruction, du comte Jean Potocki, t. 2, p. 60. Lisez sur les Huns, Prosper, Gibbon, Jornandès , Procop.

Leur vie était errante, les plus grandes fatigues ne leur coûtaient rien, l'espoir du pillage aplanissait tout et faisait tout supporter. C'est ainsi qu'une passion dominante entraîne toujours les hommes , et embellit jusqu'aux difficultés qu'ils doivent surmonter pour la satisfaire.

Quelques racines , et de la chair crue ou seulement mortifiée sous la selle de leurs chevaux , com-i posaient leur nourriture : ils combattaient sans ordre en poussant de grands cris; leurs chevaux légers les fesaient disparaître un instant , puis ils retombaient par milliers sur l'ennemi qui les croyait en faite et vaincus (i). Des chariots couverts de tentes transportaient leurs femmes et leurs enfans : souvent; dans une mêlée , les femmes abandonnaient le camp et marchaient à l'ennemi ; leur costume différait peu de celui des hommes auxquels elles ne le cédaient ni en courage ni en malpropreté.

Une beauté devait avoir la tête large , les épaules carrées , la taille forte et la jambe très-fournie : il faut convenir que les Italiennes qui suivirent , de bonne volonté , les Huns dans leur retraite , avaient ou une grande envie des voyages , ou des goûts bien dépravés.

(i)Le8 Romains redoutaient cette méthode de combattre ^ eussi ils ne c^impèrent plus sans se fortifier, mième en pleine marche..

DE LA NOUVELLE RUSSIE. lOQ

CHAPITRS XIV.

Depuis la destruction du royaume de Bosphore jusquà la révolte de Cher son contre V empereur Michel Ducas.

Un intervalle de près de deux siècles sépare les événemens concernant Cherson. Constantin Parphjrrogenète s'est égayé en faisant le récit d'une conspiration que son invraisemblance ne nous a pas permis de décrire, (i)

Les empereurs d'Orient étaient les suzerains de Cherson; ils ne changèrent ni son gouvernement, ni ne portèrent atteinte à ses privilèges.

Cependant, depuis la domination d'Attila en Tauride , on trouve encore des peuples nouveaux désignés sous vingt noms différens : ceux qui eurent le plus de succès furent les Hongres , les mêmes que les Huns^ et qui sont la vraie souche de la nation Hongroise. Ces Hongres étaient les plus vaillans de leur temps ; ils furent recherchés des Romains , des Persans ,. et très-redoutés.

(u^n 536.) Les Huns, Hongres, ou Ongres, mirent le siège devant Cherson ; cette ville eut à

(i)Il était libre à cet historien de faire des contes, il nous est également libre de n y point croire. On trouve ce roman dans l'histoire de la Tauride; le sage auteur de cette histoire «n doute aussi. Tom, i , p. 278 «t suir.

IIO HISTOIRE

souffrir et les horreurs de la famine et la férocité des attaquans qui y pAiétrèrent plusieurs fois , sans en rester absolument les maîtres. Aidés par Justinien, les Chersonites réparèrent leurs pertes.... Nouveau silence de l'histoire sur Cherson ; nous ignorons même si les Chazares sen emparèrent, après avoir expulsé les Hongres.

(^ri 695.) Justinien II fut exilé à Cherson, mutilé par Léonce qui usurpa le souverain pouvoir , et qui, non content de l'exil de son prédécesseur, le fit raser et renfermer dans un monastère.

Absimare Tibère succédant à Léonce , Justinien sentit renaître une espérance que quatre années de détention n'avaient pas détruite. Les Chersonites pensèrent qu'il était de leur politique de l'empêcher de fuir , pour ne pas s'exposer à la vengeance de Tibère. Instruit de leurs mauvaises intentions, Justinien les prévint, et se réfugia chez Busiros, roi des Chazares > dont il épousa la sœur.

( An 70 1 . ) Cette jeune princesse l'avertit que les ambassadeurs de Tibère exigeaient à prix d'argent qu'il fut livré mort ou vif. Elle ajouta qu'il était inutile et même dangereux de tâcher de gagner son frère ; il aimait trop l'argent pour que l'amitié, la parenté, l'hospitalité violée balançassent chez lui Famour de ce métal. Justinien , heureux dans toutes ces retraites précipitées , se rend chez le roi des Bulgares , qui lui fournit une armée , et l'aide en peu de temps à remonter sur le trône.

En évitant le récit de la prétendue conspiration contre Cherson , nous avons craint de rapporter un roman : ce qui précède y ressemble beaucoup ; mais tant d'autorités l'appuyent qu'il faut bien y croire, quoique avec quelques observations. Les Chersonites ne savaient pas garder un secret ; ce Justinien devait être très-leste , quoique mutilé ; Buziros ne savait que faire de sa sœur , pour la donner à un proscrit ; on peint ce monarque comme aimant l'argent, et il s'allie à un prince dépourvu de tout; -changeant de principe, il va consentir à sacrifier son beau-frère; la jeune princesse accepte sans opposition un époux proscrit, disgracié, défiguré, elle que son âge et son rang destinaient à un meilleur choix ; le roi des Bulgares a unearmée prête à marcher, des généraux habiles, et de grandes victoires à leurs ordres ; puisqu'un vaste empire ne se conquiert pas en vingt-quatre heures, telles sont nos objections : il est constant que Justinien remonta sur le trône en 701 ; prit-il cette route? (i)

A peine rétabli, son ingratitude se montra dans toute sa noirceur; il trahit le roi des Bulgares, et, animé du désir de la vengeance , il jura la ruine de Cherson.

Autant on soùflFre de voir un prince injuste, ingrat et cruel , trouver des instrumens à ses passions,

(1) Consultez Zonaras, t. a; Nicepbor Grégoras, p. a 8; Théophanes, p. 3 1 3 ; Constantin Porphyr •

IIQ, HISTOIRE

autant on jouit de voir ses projets odieux retomber sur leur auteur. Le protevon de Cherson et les principaux magistrats , charges de fers , sont conduits devant l'empereur. Il demande si la jeunesse a été égorgée; on lui répond qu'on la réserve pour recruter l'armée qui a beaucoup souffert, et que le reste sera réduit en esclavage. Furieux, il expédie contre Cherson de nouvelles forces ; une violente tempête engloutit ses vaisseaux avec soixante-dix mille hommes (i). Rien ne peut arrêter cet homme féroce, ni une ville désolée, ni des campagnes ruinées, ni des milliers d innocenségorgés , ni la perte subite de son armée submergée ; il prépare de nouveaux moyens de carnage et de d 'striiction*

Cependant Cherson a eu le temps de se reconnaître , de se fortifier , de s'allier avec le roi des Chazares ; le malheur public crée des soldats , les femmes partagent les travaux ; les voisins accourent pour éviter un sort commun. Le désespoir bien dirigé est capable de tout; il sauva Cherson.

Justinien avait exilé dans cette ville un Arménien nommé Bardanés, homme d'esprit, bon militaire, et qui avait rendu de grands services à l'empereur. Les Chersonîies le choisirent pour leur chef, et ce fut lui qui, tempérant leur courage.

(i) On se persuade avec peine qu'il fallût tout ce monde pour réduire c^tte ville déjà soumise, sans armes et sans chefs.

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les conduisit à la victoire par la bonne intelligence et la discipline. Élie , autre chef des Chersonites f avait été général des gardes de l'empereur; c'était un capitaine franc et loyal , qui ne flattait jamais ; on réussit rarement dans les cours avec un caractère pareil. Élie avait déplu et fut exilé.

Aussitôt que Justinien apprit que Cherson se préparait à une vigoureuse résistance , et que le roi des Cfaazares embrassait sa cause, il acb.eva.de se déshonorer en livrant en sa présence la femme d'Élie aux pluà vils de ses gens , et en envoyapt son chancelier faire des excuses au roi , lui proposant de partager l'empire avec lui.

Quand un souverain a violé des trait^'s , lorsque son caractère ambitieux , . féroce , vir dicatif , est généralement connu; lorsqu'il ajoute 1 ingratijlude à ses autres dé&uts , il ne peut exciier que la terreur s'il est le plus fort , que le mépris s'il suc-^ combe. Le rôi des Chazares répondit « qu'il n'avait » point d'excuses, à recevoir puisqu'on ne Tavait j) pas offensé ; mais qu'il perdrait plutôt sa con- » ronne que de l'augmenter de tout l'empire d'O^ » rient en commettant une injustice (i).w La gé^ nérosité de Buziros fait encore mieux ressortir la turpitude de Justinien.

(i) C'est ce même Buziros auquel on fait jouer un rôle lien différent dans cette fiiite de Justinien, et que nous avons taxé d'invraisemjblance.

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Maure ^ son général , donne l'assaut à Cherson. Le roi des Cbazares yole au secours de la place ; l'empereur demande à négocier : on lui fait dire que chaque traité consenti par lui est un acte de perfidie de plus ; les troupes de Justinien sont taillées en pièces; Bardanès est salué empereur par les Chersonites et les Chazares réunis. Ces mêmes hommes , naguères au désespoir , triomphent aujourd'hui ; ils poursuivent Justinien jusqu'à Constantinople , où il perd la vie pour le repos des nations et le bien de l'humanité, (i)

Il paraît que l'union continua d'exister entre les Chazares et les Chersonites jusqu'à la destruction de la république de Cherson.

Ennuyé de la forme du gouvernement de Cherson , un certain Pétronas conseilla à l'empereur de le réformer : ce conseil n'avait pas le bien de l'empire pour but principal. On apprit bientôt que Pétronas ne désirait faire établir des préleurs à Chersoii que pour être nommé à cette place.

( ^n 840. ) ce L'empereur goûta cette idée , eu n récompensa l'auteur en le nommant gouverneur. Il et érigea la province de Cherson , composée de » toutes les villes grecques de la Taurîde et de la » Zichié , soumises à la domination impériale jus-

(1) Fbyez sur tout ce qui précède, Nicephor Grégoras, p. ao; Zouaras, t. 1 ; Glycas, p« 2181.

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» qu à la rivière de Couban, quoiqu'elles payassent » un tribut aux Chazares. » (i)

{An 988.) Depuis ce temps l'histoire de Cherson est fondue dans celle de Tempire; il n'existe que peu de faits qui lui soient propres; et parmi ceuxci , le plus remarquable et celui qu'il convient le mieux à mon sujet de traiter , c'est la conversion du grand-duc de Russie , Wladimir4e- Grand.

Présenter un événement comme certain , quand on a des motifs de douter du lieu où il s'est passé , c'est en imposer aux autres où se faire illusion à soi-même. Le doute n'ei^iste point sur la conversion du prince^ ni sur l'époque où elle arriva, mais uniquement à l'occasion de la ville qu'il assiégeait alors. Sans rien décider , nous allons rassembler les faits.

Cette ville était-elle Cherson ou Théodosie ? Les historiens sont partagés à cet égard ; mais ils s'accordent sur le temps et les travaux faits devant la place (a). Us conviennent tous de la trahison d'un moine , qui attacha un billet à une flèche pour instruire Wladimir du moyen de couper la communication des eaux aux assiégés.

S'il est égal , pour la rectitude des événemens suivans y que ce fut l'une ou lautre de ces deux villes, cette égalité cesse, et pour la vraisemblance

(1) Hist. de Tauride, p. 296.

(2) Voyez Lomonoisow, année 988, p. 2o5*

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et pour l'exactitude dans l'exposition des faits.

Taman appartenait aux Russes; Thëodosie avoi* sinait cette ile. Il est probable que l'expédition devait commencer par la ville dont il leur était le plus facile de 'faire les approches. L'avis donné par le moine s'accorderait même avec la distribution des eaux dans les fontaines de la ville, par le grand réservoir encore existant, et auquel les montagnes foiu*nissaient un volume d'eau très-considérable.

D'un autre côté , les Russes pouvaient conquérir Caffa ou Théodosie , sans en être plus avancés pour cela. C'eût été en pure perte qu'ils eussent sacrifié du temps et des hommes : le siège de Cherson était d'une bien autre importance , et la prise de celte place assurait la conquête de la Crimée dont elle était le boulevard.

Il ne fallait être ni moine , ni magicien , pour instruire Wladimir de détourner les eaux de Cherson , puisqu'elles y venaient par des aqueducs souvent extérieurs.

Un autre fait est également mal présenté au sujet de cette conversion. On prétend que Wladimir demandait à main armée la sœur des empereurs BaziJe et Constantin, (i) •

(l) Il n'y a ici qu'une petite difficulté à lever, c'est que CCS empereurs n'avaient pas de sœurs, et que la fille du roi des Bulgares , nommée Anne j^ était seulement leur nièce.

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On ne peut nier que la conversion dont on va rendre compte n'eût lieu à Cherson , que ce fut dans cette ville que la princesse Anne se rendit et fut épousée par Wladimir. (i)

Le grand-duc de Russie était pour son siècle ce que Pierre -le -Grand fut pour le sien; il ne bornait pas son ambition à savoir vaincre, il voulait, de plus, gouverner sagement. Un obstacle éternel s'opposait à ses vues ou en arrêtait les progrès : cet obstacle était le paganisme ; il n'offrait aucun frein à l'humeur farouche de ses soldats; il manquait à leur âme courageuse ce lien d'amour, d'espérance , de subordination , que le christianisme seul peut donner,

Wladimir avait fait parcourir une partie de l'Europe par des gens éclairée; il leur avait recommandé de choisir des hommes sages dans cha»que religion et de conférer avec eux. Â leur retour il se décida pour la religion grecque.

Pourquoi veut-on sans cesse diminuer la gloire d'un grand homme? Qu'il est vil cet esprit de jalousie ou de contradiction, qui loin d'obscurcir les actions d'éclat ne sert qu'à les relever davantage! Pourquoi veut-on que celui qui a eu la sagesse d'éclairer son peuple, pour ajouter à son

Wladimir demanda cette princesse au roi son père, comme lusage le prescrit dans tous les pays.

(i) L'historien Nestor n« laisse aucun doute sur ce £ait.

►I'l8 HISTOIRE

bonheur I ait eu la faiblesse detre uniquement séduit par la pompe des cérémonies religieuses? Les connaissait-il ces cérémonies, lorsqu'il forma la noble résolution d'établir des rapports religieux entre l'Étemel et son ,peuple ? Si Wladîmir eût été un prince que l'éclat seul pût séduire , il n'avait pas besoin de choisir des hommes instruits pour ses envoyés dans les cours étrangères dont il désirait connaître les cultes; il lui suffisait de faire voyager son maître de cérémonies.

Ce n'est pas que la pompe réunie à la pureté du dogme, à l'excellence de la morale, nuise à la religion; on ne saurait reconnaître par trop de magnificence ce qu'on doit à l'Être suprême qui nous accorda la faculté de penser , de l'adorer et de nous humilier devant lui. Mais si la religion grecque n'eut eu que de l'appareil , die n'aurait jamais atteint le but que le grand homme se proposait dans l'exercice public de son culte.

Plus ridiculement encore, on a essayé de jeter un vernis de plaisanterie sur la manière dont le grand-duc de Russie s'y prit , pour avoir des prêtres et se procurer des instructions sur la religion chrétienne. On a cru avoir bien de Tesprit, avoir fait un grand effort d'imagination en disant^ (( qu'à la pointe de son épée il avait conquis le )) christianisme , en déclarant la guerre aux em- » pereurs de Gonstantinople. » Dans quelle pisdine de bêtise a trempé sa plume, celui qui le

premier traça ces absurdités l ignorait-il les principes de cette religion sainte , dont les pontifes allaient au-devant des catéchumènes qu'ils in* struisaient avec zèle et admettaient avec transport au sein des croyans en Jésus-Christ? De quelle nécessité fallait-il employer les armes pour être admis au nombre de ces mêmes fidèles réunis par l'esprit de paix ?

Avec un certain nombre de réflexions aussi sensées que celles que nous venons de combattre, on composerait une histoire en fbrkàe de diatidbe , et accommodée aux passions de celui qui l'écrirait.

Romain^ fils de l'empereur Constantin, conclut un traité avec le grand-duc; il se trouve dans toutes les histoires de Russie. Ce traité eut lieu par la crainte des armes russes, qui, à l'occasion de divers griefs, menaçaient la Crimée Lorsque le. grand-duc eut retiré ses troupes, l'wnpereur de Constantinople recommença ses tracasseries, et c'est de celte époque que datent les projets hostiles de Wladimir.

( ^n 988.) Maître de la Crimée, il pouvait y dicter des lois ; il ne demanda qu'une alliance. Ayant reçu le baptême des mains de l'évêque Michel, il épousa la princesse Anne, nièce des empereurs. Son armée embrassa la religion chrétienne; il abandonna ses conquêtes, et rapporta dans ses états ces principes du christianisme, applicables à tous les gouvernemens, parce que

le caractère divin qui les constitue, a pour but le bonheur de tous les hommes.

On éprouve de nouveau une interruption dans l'histoire de Cherson.

{An 1078.) Les Chersonites se révoltèrent contre l'empereur Michel Ducas. On donne plusieurs motifs à cette révolte ; aucun n'est prouvé.

Nous touchons maintenant à l'époque où les Génois déployèrent dans la mer Noire leur courage , leur industrie commerciale, et peut-être cette subtilité qa'on leur a long-temps reprochée ; aussi tous les événemens qui vont amener la destruction de Chefson serviront-ils à élever la domination génoise.

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