CHAPITRE XV
Établissement des Génois en Tauride; suite de V histoire de Cherson jusqu'à la conquête que les Génois en firent.
Combien il eut été intéressant de pouvoir lier à l'histoire de la Tauride en général , celle de Théodosie ou CafTa ! Comment est- il arrivé que des auteurs si diffus, pour conter des fables , se soient tus sur une ancienne colonie à qui l'heureuse situation et la fertilité avaient mérité le surnom de Don de Dieu, (i)
{i) Scylax de Cariandre, p. 7; Strabon, 1. 7, p. 3o9.
On a déjà vu que révénement le plus ancien concernant Théodosie remonte à quatre cent sept ans avant notre ère, c'est-à-dire au siège qu'en lit le roi de Bosphore (i). On se rappelle également qu'il fut le port où Leucon emharqua d'immenses fournitures en grains destinées pour Athènes.
Ce furent les Mylésiens qui la fondèrent (2). La nuit des temps couvre et cette fondation et les siècles qui la suivirent.
Tandis qu'on a beaucoup de détails sur Clierson et le royaume de Bosphore , tandis qu'on retrouve cent fois ces deux noms dans l'histoire de la Grèce , l'étonnement redouble de ne jamais rien lire de relatif à une ville considérable , très-peuplée , et située de manière à attirer à elle le commerce des deux côtes de la mer Noire , comme elle devait favoriser celui des Palus-Méotides.
Quelle est l'époque où les Génois s*établirent pour la première fois en Crimée ? C'est une question bien difficile à résoudre. Les Génois ont été meilleurs négocians qu'historiens.
Est-ce sur les ruines de Théodosie que CaiFa s'est élevée? On est généralement convenu de le croire, quoiqu'il y ait quelques opinions contraires. (3)
(i) royez le chap. II de ce vol.
(2) Scylax, i/ô/f«jpra.
(3) Vossius 9 p. 1 43 ; Le Quien , Orbi chris, , t. 3 , p. 1 1 o3 ; Sanson; Georg. Stella, Annal,, an i357; Gmstinian.^ >^/znal, 9 1* 4 9 ignorent Tépoque de cette révolution.
122 HISTOIKE
Sans prétendre fixer irrévocablement le temps où les Génois prirent possession de Théodosie et de son territoire , on croit néanmoins pouvoir le faire remonter à la fin du onzième siècle ; on pourrait même l'affirmer par des feits historiques : mais puisque plusieurs écrivains retardent l'époque de cet établissement ^ il faut motiver notre opinion.
Vers la fin du onzième siècle , on se croisa pour la guerre de la Palestine. Les Génois y déployèrent de grands talens pour la navigation ; maïs ils en possédaient de plus grands encore pour le com* merce. L'expédition sainte fut malheureuse pour tous les croisés ^ les seuls Génois surent la rendre utile : ils virent des yeux de la foi tout ce qui se rapportait à elle , et découvrirent avec les yeux de l'intérêt ce qui se rapportait à lui; ils acquirent dans le Levant les connaissances qui leur manquaient ; ils spéculèrent non comme des héros, mais comme des marchands. De 1^ naquirent leurs vues sur la Silicie , l'Ioilie , l'Archipel et la Propontide , où ils fondèrent des colonies. Loin de rester en aussi beau chemin, ils renforcèrent l'esprit de calcul par l'esprit de probabilité; car il était vraisemblable que les marchandises de leur pays, que les ouvrages de leurs fabriques auraient également cours sur les rives de la mer Noire ; ils y entrèrent. Cette mer , si redoutée par l'inexpérience, ne leuroflfrit aucun obstacle : ils visitèrent le golfe du Bosphore, et rë-
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solurent d'accaparer le commerce des Scythes ( i ). Ce fut par les meilleurs procédés , par les prévenances les plus multiplées , qu'ils se concilièrent la bienveillance des chefs et qu'ils obtinrent un petit territoire; on pouvait s'en rapporter à eux pour savoir choisir sa situation.
Avec du courage , de l'adresse , des moyens insinuans et des marchandises nouvelles pour les peuples qui les reçurent , ils eurent le talent de les persuader, et trouvèrent les occasions de s'agrandir. S'intriguer , se rendre utile , savoir profiter de la simplicité des Scythes , n'était cpi'un jeu pour des Génois.
En arabe, le nom caffer voulant exprimer un infidèle, on pourrait supposer que le nom de Caffa ne fut pas donné par les Génois, qu'ils le reçurent ou des Arabes ou de ceux qui leur permirent de s'établir chez eux. Que leur importait le nom? ils s'en tenaient à la solidité de la colonie qu'ils fondaient.
{An 1093.) Un fait dont tous les historiens conviennent va jeter quelque lumière sur cette fondation , et la faire remonter à la fin du onzième siècle ; Wladimir II conquit une grande partie du pays environnant CaflTa , et vainquit dans un combat singulier le général des Génois, le fit prisonnier, s'empara de son bonnet enrichi de brillans, de sa
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(i) Nicëphor Gré^oras, lib. i3, c. xa. ,
ceinture et d'une chaîne d'or. Celte chaîne fut consacn'e à l'inauguration de ses successeurs, et se nommait barme (i). On objecte que « le grand- » duc Waldlniir II ne fit jamais la guerre en Tauj) ride (2); qu'il mourut en 11 25, n'ayant régne )) que douze ans, et que , par conséquent, le défi » de l'an 1 og3 ne peut le concerner. » Je pense , au contraire, que ce fut Wladimir II qui combattit. Je vais appuyer mon opinion.
Wladimir II mourut âgé de soixante-onze ans (3); il abandonna en 1093 une expédition commencée avec honneur , pour marcher au secours de 5watopolk (4) ; celui-ci fut complètement battu par les Poloi^tzjs k la bataille de Trépole.
L'expédition de Wladimir avait lieu en Tauride ; la principauté de Tchemigof était l'apanage du prince et voisine de Tauride ; en 1093 il ne régnait pas et n'était âgé que de trente-neuf ans : il est donc bien vraisemblable qu'un homme , dans la force de sa constitution , en tue un autre. S'il est mort à soixante-onze ans, en 1 1 25 ; s'il n'a régné que douze ans , il n'est monté sur le trône que vingt ans après avoir défait en champ clos le général génois. Tout se concilie , et non-seulement il
(i) Herberstein, Comment, , p, aa.
(a) Schtscherbatow.
(3) Nicou.
(4) Fils dlziaslaw.
Il y a plus d'anachronisme ; mais je trouve se confirmer par là l'opinion que j'ai adoptée , de placer rétablissement des Génois à la fin du .onzième siècle, (i)
Ce qui a induit à erreur les historiens que je viens de réfuter , c'est qu'ils ont ignoré sans doute que Caffa étant tombée dans les mains des Tatars, les Génois ne la reconquirent qu'en 1 266 (2). C'est bien certainement cette seconde conquête qu'ils ont cru être la première prise de possession. ( i)
Les Génois seraient-ils venus avec une flotte pour attaquer les naturels du pays , les vaincre et s'établir chez eux de vive force? Alors les procédcfs honnêtes, les attentions délicates qu'on attribue aux Génois tombent d'eux-mêmes. Quel vainqueur a des égards outre mesure pour des vaincus ? Cei mêmes Génois n'oni-ils pas débuté dans la fondation de toutes leurs colonies par des voies de douceur et en mettant en jeu les intérêts d'un commerce réciproque ? A d'aussi grandes distances de leurs foyers , d'où ils ne pouvaient attendre que des secours tardifs, n'eût-il pas été trcs-impolitique de prétendre s'établir par la force ? Un début de ce genre eût effarouclié tous les riverains , ils n'auraient vu alors que le but bien déterminé de les
(i) Uberti, p. 6^6; Hist, univ, de la soc, anglaise, 1, a4. (a) Hist. univ., t. 16, p. 690, (3) 01derico,p. ia6-i44.
asservir sous le prétexte de commercer avec eux.
Après avoir essayé de démontrer l'époque à peu près précise de la fondation de CafFa^ passons à son gouvernement , à son commerce et à ses exploits.
Un consul , deux conseillers , un chancelier composaient^ dans le principe^ les magistrats de cette colonie. Leur nombre s'accrut par la suite avec l'augmentation du territoire , du commerce et du pouvoir.
On n'est pas d'accord sur la durée des consulats : étaient41s changés tous les ans , ou seulement après trois années d'exercice ? Le grand nombre des consuls ferait croire à la première version : l'exemple du doge Montaldo le prouverait. Il envoya à Caffa y Spinola ^ Cazano et Grimaldi , afin qu'ils se succédassent dans le consulat, (i)
Le pouvoir de ce consul était très-étendu. On en peut juger par la lettre qu'écrivait au pape Eugène IV le consul Paolo (a) ; ce fut lui qui contribua à la réunion de l'Église arménienne à la latine (3). Le pape le fit son écuyer d'honneur et le créa comte palatin.
Le consul de Caflfa était le chef de tous les établissemens des Génois dans la Tauride. Les dignités de chapelain, de syndic, de commandant, de
(i) Stella, Annal.
(a) Act. concil» Florent,, part* 3, p. iai5.
(3) Galanus de Armenis y t. 3, c. 30, p. 5a3.
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maître de CafTa , ne furent créées que lorsque les fonctions se multiplièrent par laccroissement de la population.
Ces syndics, nommés sindicatori , avaient divers caractères : les uns étaient envoyés de Gênes pour scruter la conduite du consul; souvent même ils étaient revêtus de pouvoirs ministériels, comme le prouve le traité qu'ils conclurent avec les Tatars, en 1387; ^^® autres s'élisaient à Caffa, et leur juridiction embrassait soit le maintien des lois, soit le bon ordre de la colonie.
Deux autres magistrats , sous le nom d'officiers de la campagne et d'officiers de Gazaria, terminaient les petites contestations dans l'intérieur du pays et à Caffa même (t). Il est vraisemblable que ces officiers étaient spécialement chargés de la police. t
Le commerce que les Génois faisaient à Caffa était très-étendu. Il fournissait l'Europe des marchandises du Nord , et versait de grandes lichesses dans les caisses de la mère-patrie. On voyait accourir à Caffa des marchands de toutes les régions environnantes, pour y recevoir les objets venus de Gênes et y transporter ceu? que les Génois exportaient (a). Cette ville fut alors le magasin de la mer Noire et de celle d'Azow. Les blés y abondaient avec une telle profusion , que ce commerce seul
(i) Giustiniani, 1. 5, fol. 179.
(a) Gregor.,1, 4, ç. 7,
eût enrichi plusieurs villes. Elle se constitua rentrepot des pelleteries ; elle fournit des peaux tannées , des laines , des poissons secs , du miel et tout le sel que rendaient les lacs de Pérékop f i). Les caravanes d'Astracan prirent cette direction et apportèrent à Caffa les marchandises de l'Inde.
Non coniens d'autant de ressources, les Génois y ajoutèrent le trafic des esclaves ; l'intérêt l'emportait sur l'humanité : ils citaient l'exemple des Grecs qui avaient autrefois suivi avec succès ce commerce repoussant , sur les mêmes côtes et dans les mêmes vues. Les Génois portèrent leur avidité si loin dans ce genre de coupable industrie, que le sultan d'Egypte fut tenté d'en partager les profits. Il obtint de l'empereur Michel Paléologue la permission de faire entrer une fois l'an ses marchands dans la mer Noire : d'abord ils y prirent en échange de leurs marchandises des hommes de bonne volonté pour composer la njilice égyptienne, puis ils acquirent des esclaves vendus par leurs maîtres , ou par de plus forts qu'eux (9.). Bientôt après ils n'eurent que les Génois pour commettans, et des milliers d'infortunés allèrent arroser de leur sueur et de leurs larmes un pays brûlant qui ne fut pour eux qu'une terre de soufl'rance. /
Depuis long-temps Cherson s'était emparée du commerce de presque toutes les villes de Crimée.
(1) Broniow.
(2)Gregor., 1. 4, c. 7.
Mieux gouvernée , plus forte , plus riche, il était naturel qu elle profitât de tous ces avantages. «Soudag s'élevait néanmoins. Aussitôt Cherson sollicita des privilèges exclusifs, qui lui furent refusés; Cafïa eut tout le profit de cette lutte : la nouveauté de son commerce attira les étrangers. L'amour du nouveau séduit toujours les hommes, Texpérience ne les en guérit point. Ehl comhien de charmes ajoutent à cette nouveauté Fintelligence , la souplesse , Ja prévenance' de ceux qui savent la faire aimer ! Dès lors Chersion déclina , et Caffa sa rivale s'enrichit de ses pertes.
{An Î289.) La décadence d'un état n'est qu'un assemblage d'éyénemens qui lui sont funestes ; une imprudence, un acte de faiblesse, un esprit d'égoïsme , une faute en politique , avancent sa chute avec une rapidité proportionnée à la pente vicieuse de son esprit public. Nous ignorons ce qui se passa à Cherson pendant plus d'un siècle : nous pouvons néanmoins conjecturer que cette république «déclinait sensiblement, puisqu'en 1^89 Paul Doria, étant consul à Caffa, en imposait déjà à toute la Tauride, et donnait des lois aux hordes des Tatars dont elle était environnée.
Cette même année, la ville de Tripoli' (1) fut assiégée par le Soudan d'Egypte : les habitans de Caffà décidèrent d'aller au secours des assiégés ; ils
(1) Odetico, p. 164.
l3o HISTOIRE
équipèrent trois galères, et s'engagèrent à supporter les. fixais de celte expédition, si le gouvernement de Gênes la désapprouvait. Arrivés en Chypre, ils apprirent la reddition de la place; ils firent voile vers TArménie, et s'emparèrent d'un vaisseau maure.
Gênes i alors en paix avec l'Egypte, blâma la conduite de CafFa, mais elle satisfit aux frais de l'armement.
On trouve dans ce fait une preuve certaine du degré de puissance que Caffa avait atteint. On n'est point redoutable à ses voisins , et l'on ne peut disposer de ses forces pour en transporter une partie comme auxiliaire , sans avoir déjà acquis une consistance très-importante. De bonne foi, obtient-on cette consistance dans les commencemens d'un établissement? Ne faut-il pas beaucoup de temps pour s'installer » s'organiser , assurer son existence politique par la création de lois sages; sa fi>rce, par leur exécution ? Ne faut-il pas que cette force soit devenue assez redoutable pour inspirer du respect à ses voisins , et pour être en état de secourir un autre état , à plus de quatre cents lieues d'éloîgnement? Ceux dont nous combattons les opinions sur Fépoque de la fondation de Caffa , ne lui accordent que vingt-quatre ans d'existence, quand ces choses se passèrent. ( i )
(i) Schtscherbatoff, d'aprèa plusieurs autres ^ dit que les
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{An laqô.) En 1296, les Vénitiens, conduits par Snperanzoy attaquèrent CafFa avec vingt-cinq galères : lamour des richesses nuit souvent aux précautions nécessaires pour les conserver. La plupart des bâtimens génois étaient sur la Méditerranée lorsque les Vénitiens surprirent la place. Elle fut emportée et livrée au pillage. La rudesse de la saison fut fatale aux Vénitiens; ils ne purent se procurer des vivres , et recoururent aux Tatars. Ceux-ci, souvent trompés par les Génois, se méfièrent des Vénitiens , et ne voulurent pas traiter avec eux. La famine commença à se faire sentir dans la flotte, et une révolte générale succéda à la famine. Neuf des galères perdirent leur équipage ; le reste de l'armée demanda son rappel. En vain les Vénitiens voulurent-ils se maintenir à Caffa , ils furent obligés de labandonner l'année suivante, (i) ( j4n 1 3i8. ) Avec l'activité des Génois , avec le désir de réparer les dernières pertes , le gouverne* mtent y parvint bientôt , la colonie fut renforcée. Le pape Jean XXII l'érigea en évêché (2) , et le
Génois ne s'emparèrent de Caffa que quarante ans après Wladimir.
Wladimir mourut en lasS; Caffa n'aurait été fondée qu'en ia65; par conséquent , en 1289, elle n'aurait eu que Tingt-quat<>e ans d'existence.
(i)Dandolus, t. 12, p. 406; Sabellicus, 1. 7.
(a) Wading, t. 6, p 543; Rainald. Eût. eccUs.^ ann. i3i8, n. i3.
l3a HISTOIRE
moment de sa ruine apparente devint celui de sa splendeur.
Ckersoa existait encore , mais dans une situation pénible , dans une décadence convulsive , que n'empêcha point l'arrivée de l'évêque Richard.
Les Turcs , devenus formidables sur la mer Noire, y croisaient sans cesse en s'emparant de tout ce qui se présentait. Douze de leurs galères et des batimens de moindre importance portaient au commerce assez de tort pour faire craindre sa prochaine destruction. Maîtres de Sjnope , ils couraient indistinctement sur les Vénitiens et les Génois.
{An 1 34^. ) Simon de Quarto rassemble tout ce qu il peut de galères et de petits vaisseaux , attaque les Turcs, les défait, et reprend tout le butin dont ils s'étaient emparés. (1)
Celte victoire devait donner la paix à la Tauride; mais une rixe entre un Tatar et un Génois (2) fit recommencer les hostilités. Après plusieurs petits combats, les Tatars eurent de l'avantage , puisqu'ils obligèrent les Génois à se renfermer dans Caffa.
La ville est assiégée et les événemens de ce long siège sont très-variés. (3) Les Génois , après deux
(i) Stella y Annal.
(2) CantakusenuSy 1. 4; c. a6 ; Gregor., 1. i3, c. la.
(3) Un bref du pape Clément YI, adressé à Humbert de Viennois, commandant la flotte chrétienne dans le Levant, rinyite à secourir de toutes ses forces la ville de Caffa ,
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ans de résistance, réduits à la dernière extrémité, /tentèrent une sortie de nuit , qui leur réussit audelà de toute espérance. Cinq mille Tatars restèrent sur la place ; l'épouvante dispersa les autres ; les machines de guerre, les armes, les munitions^ tombèrent au pouvoir des Génois , et la paix qu'ils accordèrent rendit au commerce sa première activité.
Gênes florissante augmenta de fierté dans la même proportion qu'elle augmentait de puissance ; elle dicta des lois aux villes maritimes impériales , leur défendit d'expédier des vaisseaux à Cherson, et fixa le Danube ppur limite de leur navigation.
Cherson se relevait à peine des maux soufferts trente ans auparavant par l'invasion des^ Lithuaniens ; elle implora le secours de ses ennemis naturels , puisqu'ils étaient Tatars.
Les protevons n'existaient plus , et l'énergie qui avait autrefois sauvé Cherson s'était dissipée avec son antique constitution : les Tatars se présentèrent en maîtres , mirent la ville à feu et à sang ,• et comme la barbarie ne sait rien respecter , plusieurs monumens publics furent détruits de fond en comble : une fiiite pénible retarda de quelques jours seulement la mort de plusieurs habitans ; le reste fut égorgé où vendu. Constantinople s'embellit des
assiégée par les Tatars et les Sarrazins. Le bref est daté de Tan 1349.
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ruines dé celte ville infortunée. Les marbres travaillés , les colonnes , les statues furent transportés dans cette capitale , pour y d(;corer des édifices qui , un siècle plus tard , éprouvèrent le même sort. ( i )
QueLjues beaux vestiges indiquèrent encore la place que Clierson occupa : le temps est un abîme toujours ouvert pour recevoir chaque état ; la chute n'est retardée que par la force , l'adresse , le bonheur^ la sage administration y la politique du moment; mais letemps, toujours impassible, attend les empires que la succession des âges doit lui rendre^