‹ Essai sur l'histoire ancienne et moderne de la nouvelle RussieChapitre 30 sur 44 · CHAPITRE IV- Règne de plusieurs khans · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV- Règne de plusieurs khans

'{An i524.) A la mort de Mahomet-Ghéraï% le plus jeime de ses fils usurpa le souverain pouvpir, sans avoir fléchi le genou devant le grand-seigneur.

Sur ces entrefaites y les Russes et les Tatars étaient aux prises. Cazan et ses environs furent le théâtre sur lequel se livrèrent plusieurs combats sanglans ; ils se terminaient tous par le pillage^ sans décider du sort des provinces.

La Porte vit avec surprise Fusurpation du fils de Mahomet : à sa place , elle nomma Séad ^ ou Séadet- Ghéraï , frère du dernier khan. Quoiqu'il ne fût pas stipulé dans le traité entre le grand-seigneur et Mengli-Ghéraï (i), que la Porte nommerait le khan de Crimée , il y était néanmoins expliqué qu'il abdiquerait aussitôt que l'empereur turc le jugerait à propos. L'usurpation de Séad servit de prétexte , et la Porte se réserva le pouvoir de placer les khans sur le trône à son bon plaisir; ce qui a été observé depuis.

(i) Vcy€Z le dernier chapitre de la première époque.

Digiti

Séadet - Ghéraï- n'était pas fait pour porter la couronne ; elle ne convient pas à toutes les têtes : un ordre suprême avait élevé le khan , sans lui communiquer les qualités nécessaires à un souverain. Aussi Séadne songea pointa disputer le trône; il abdiqua , et sut pratiquer , dans le silence de la retraite, les principes de philosophie qu'il avait reçus d*ùn Grec nommé Switenos.

Islan-Gheraï ne tint le sceptre que le temps nécessaire pour démontrer combien il était déplacé dans sa main. La Porte le remplaça par Sapha- Ghéraï, autrefois Ihan de Cazan. L'histoire est en contradiction entre les éloges qu'elle accorde à ce prince, et la conduite qu'il tint. On a représenté Saplia comme un prince d'un excellent naturel , de mœurs douces et très-timide , et l'on nous fournit en même temps des actes de hardiesse, d'Injustice et de cruauté.

Islan , pénétré de regrets sur le poste éclatant qu'il avait perdu, travailla sourdement pour le saisir de nouveau. Sapha s'alarme , demande des conseils à Constantinople, et, sans en attendre le ré-i sultat , il fait plus que le grand-seigneur n'eût osé^ en privant Islan de la vie. On se rappelle que dans la convention passée entre Mahomet II et MengTî, le premier avait juré , pour lui et ses successeurs , de ne jamais faire périr un prince du sang de Genghis-Khan.

Il y a bien loin de la bonhomie au manque de

i^aractère : Sapha ressemblait à beaucoup de gens auprès desquels le dernier qui parle a raison. Mais l'assassin n'est pas un bon homme : parce que chacun quittait Sapha , satisfait de son ton honnête ; parce que Sapha écoutait tout le monde , sans jamais contredire personne , on n'en saurait conclure que son cœur était bon. 11 résultait de l'inconstance de son opinion ^ que vingt ordres étaient expédiés dans un jour sur un même objet, et tous difiérens les uns des autres.

C'est dans ce temps qu un réfugié de Russie , à la cour de Sigismond, roi de Pologne, se rendit en Crimée; il se nommait Semen BelsKi. S'il existe bien des personnes sans caractère , comme Sapha, il faut convenir que ^ pour le malheur des princes^ il en existe aussi un bien grand nombre de la ^ trempe de ce Belski. Doué de beaucoup de facilité^ il s'exprimait avec grâce ; son élocution suffisait à peine pour rendre compte de la multiplicité des plans, des projets, des innovations que sa tête, mal organisée , reproduisait à tous instans sous des formes nouvelles : religion , politique , finance , administration intérieure , guerre , traités , réformes; tout était de son ressort. A l'entendre, les ministres du souverain étaient ou nuls ou dangereux, lui seul pouvait opérer de grandes choses, (i)

(i) Ce frit pendant «ette succession de khans que Fran-

Sapba ëtait muet devant cet oracle ; cha<pie projet était accompagné d'un signe d approbation du khan ; ce qui le flattait davantage était la conquête des provinces russes les plus voisines de ses états : cela se conçoit aisément ; mais on ne peut se persuader Teffronterie d'un déhonté qui s'adresse à un prince sans armée. Le khan fait prendre les armes à tous ceux qu'il juge capables de les porter ; il s'empare des provisions et de l'artillerie turque destinées à une autre expédition , marche à la tête de ses troupes ramassées à la hâte^ attaque en aveugle , est battu complètement , se sauve comme il peut , et se retrouve en Crimée , devant le conseiller Belski , qui le cotisole par des projets nouveaux.

( ^n 1 55 1 . ) Irrité de l'attentat de Sapha , désolé de la perte de son artillerie , le sultan de Constantinople fit partir le grand-visir et déposer le khan.

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