‹ Essai sur l'histoire ancienne et moderne de la nouvelle RussieChapitre 35 sur 44 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Règne d' Islam-Ghéraî y et suite de V histoire des Kozaks zaporogues.

{An i644*) Islam-Ghéraï, frère de Sélamet, le remplaça. Les mesures que le czar Michel Romanof avait prises n'empêchèrent pas les courses des Tatars de Crimée, mais elles arrêtaient ce» peuples à peu de distance de leurs frontières. Les Turcs avaient repris Azow après un siège de deux ans. Malgré la multitude de leurs efforts, malgré le nombre prodigieux de leurs troupes (i), malgré la longueur de ce siège , \t hasard leur ouvrit la place, où ils ne trouvèrent que des cendres achetées

(i) L'armée turque était composée de vingt mille janissaires, vingt mille spaliis^ cinquante ville TaUrs. et dix inijle Tscherkesses.

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par la perte de soixante-cinq mille de leurs meilleurs soldats.

Durant le cours de son règne , Islam n'aura de guerre à soutenir que contre les Polonais ; il faut remonter à la cause de la mésintelligence entre les deux états.

Casimir IV, roi de Pologne, se reconnut tributaire du khan de Crimée; et Sigismond 1*% en confirmant ce tribut, le fixa irrévocablement (i). Les Polonais refusèrent avec mépris la demande qu'Islam leur fit à cet égard. Le khan de Crimée se ligua avec Schmelnizki , et rassembla des forces imposantes pour appuyer ses prétentions.

Schmelnizki était un capitaine pins avancé que le reste des Kozaks. Il parlait le polonais, le russe ^ le lalin , le tatar et le turc. Il possédait le grand art de savoir se modérer, de conserver son sang-froid dans les occasions les plus périlleuses, de taire ses projets, et de marcher droit au but qu'il s'était proposé , sans se laisser détourner par des considérations secondaires. Sage, noble, humain autant qu'un Kozak pouvait l'être , généreux pour ses soldats , une Imperfection de caractère ternissait ses bonnes qualités ; on ne connut jamais d'homme plus vindicatif. Pris dans son enfance par les Turcs,

.^ (i) Il consistait en deux mille vestes de peau d'agneau, et en une certaine quantité de drap d'Angleterre. Fqyez Pièces justificatÎTes de l'Histoire des hetœans des Kozaks, p. 228.

sa mère le racheta et fit de son éducation , la phis chère , la plus douce et la plus constante de Ses occupations; conduited autant plus louable, qu'elle^ était la plus jolie femme de son pays : elle possédait une terre dans les environs de Cziguirin. Un employé du gouvernement , très en crédit auprès de son maître , s'empara d'une partie de cette terre; il en résulta un procès porté en dernière instance devant le roi. Ce prince , séduit par l'amitié , adjugea toute la propriété à son favori Czaplinski.

La vengeance, cette passion dominante dans le jeune Schmelnizki, lui fit manquer au respect qu'il devait au monarque. Il se permit contre Czaplinski des propos insultans. On devait reprendre doucement ce jeime homme, lui faire sentir que s'il y avait une injustice réelle dans la spoliation de son patrimoine, le temps, ou le roi mieux informé , pourrait le rétablir dans ses droits. On l'environne d'espions , on se saisit de lui à Cziguirin , et on le conduit vers son ennemi qui commandait la place. Czaplinski, aussi cruel qu'envieux du bien d'autrui, fit battre de verges le jeune Schmelnizki , le présenta garotté aux yeux d'une populace hébétée , qu'un châtiment public amuse davantage qu'il n'intéresse sa sensibilité. Déshonoré, ne respirant que vengeance, Schmelnizki passa chez les Kozaks zaporogues , leur dépeignit en traits de feu son humiliation et son désespoir ; il leur représenta qu'il pourrait les servir avec d'au-

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tant plus de succès , qu'il connaissait les postes mal gardés^ et qu'il déterminerait l'esprit public en leur faveur.

Les habitans dea îles du Dnieper Técoutèrent avec attendrissement , et son génie sut faire passer dans leurs âmes la rage qui dominait la sienne. Toujours heureux , toujours le premier au combat et le dernier à la retraité, le jeune Kozak s'attira l'estime et l'admiration des anciens.

La réflexion offrit à Schmelnizki un plan de ven^ geance à la vérité plus lent, mais plus sur. Il parut s'oublier pour ne songer qu'à se rendre utile à ses nouveaux compagnons d'armes : son zèle et ses talens le firent nommer secrétaire de l'association ; ses succès lui valurent la confiance publique; il fut envoyé à la diète de Pologne , puis élevé au poste le plus éminent que s6n ambition pouvait attendre; on le proclama hetman : voici à quelle occasion.

{An 1647)- Comme nous l'avons déjà rapporté, la conspiration de Barabasch fut découverte par lui : il sut tirer un grand parti de cette conjoncture; remarquant qu'il avait à faire à un peuple grossier , aux yeux duquel il valait mieux parler qu'à son esprit, Sclimelnizki invita Barabasch à un festin, l'enivra , et se saisit de sa correspondance qu'il portait sur lui. Parmi ces papiers, il trouva une lettre du roi Wladislaw (i) qui, en réponse aux

(1) Histoire de« Hetmaiis , p. 24,

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plaintes des Kozaks sur les veTtations des Polonais , disait : « Si vous êtes de braves Kozaks , vous avez » encore le sabre et de la force; défendez-vous. »

Plus de phrases, plus de proclamations, Scbraelnizki ftiit circuler cette lettre ; on prend les armes , on s'allie avec les Tatars , on jure avec eux d'exterminer tous les Polonais qu'on trouvera opposer quelque résistance.

(^/î 1648.) Le comte Nicolas Potocki , maréchal de l'armée de la couronne , perdit une grande bataille , la dixième partie de ses soldats , et tout son bagage. De trois généraux qui commandaient l'armée polonaise , Potocki et Scliemberg furent blessés ; Sapieha , le troisième , fait prisonnier, w Les Zaporogues amassèrent tant d'or et d'ar- » gent, qu'ils méprisèrent les habits et les effets » des tués. » (i)

Ce fut après cette victoire que les Zaporogues choisirent Schmelnizki pour hetman. A peine est-il nommé , qu'il change la discipline militaire , il divise ses troupes en régimens, et adresse au roi de Pologne une déclaration du corps des Kozaks.

Malgré la soumission, les apparences de respect renfermées dans cette déclaration, on y découvrait l'esprit du vainqueur bien exprimé par ces mots : w Nous demandons pardon de l'affront fait )) à l'armée royale. » Cette mauvaise plaisanterie

(i) Histoire de la Petite Russie, p. 144.

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était impertinente , puisqu'elle s'adressait à un sou-/ verain qui avait été son maître.

Il était naturel de ne pas répondre à la déclaration des Kozaks ; leur hetman s'y attendait : il fit valoir cette marque de mépris comme l'humiliation la plus honteuse que les Kozaks pussent recevoir. Aussi , lescolbnels rançonnèrent-ils les nobles polonais, et les Kozaks exterminèrent les Juifs^ dont ils avaient eu lieu de se plaindre en cent occasions, (i )

Le silence des Polonais était pour eux plus aisé à observer que leur camp à défendre. Les Kozaks le forcèrent et s'emparèrent de toutes les richesses accumulées à Pélidfka.

Schmelnizki semble se multiplier : il s'empare du fort Baraza et y trouve cinquante canons. Il prend les villes de l'Emberg ou Lvof et de Zamosk , force les nobles à payer pour s*exempter de le suivre. Il

(i) « Celui qui, le premier, introduisit les Juifs en Po- > logne , fut le duc de Kalisch ; il les fit venir d'Allemagne » dans sa ville, et dans quelques autres de la Basse-Pologne: » c'est de là qu'ils se sont répandus partout. » Reiat. sur la Pologne y p. 62.

D'après cette relation , nous trouvons les Juifs de Pologne absolument les mêmes qu'il y a cent quatre-vingts ans, époque où vivait l'auteur cité^ Il les peint conmie dégoûtans de malpropreté, misérables, avilis, vexés par les seigneurs, méprisés du peuple, insultés par les soldats : leur mauvaise foi est la même , et la complaisance de leurs femmes n'a point changé.

respecte la vieillesse et l'enfance , ne permet point à ses troupes les excès auxquels elles étaient accoutumées; il accueille avec bonté ceux qui s'adressent directement à lui ; mais il reste inexorable contre tout ce qui l'a offensé ou desservi.

Wladislaw venait de mourir , son frère Casimir lui avait succédé. On essaya de traiter avec celui que les armes ne pouvaient réduire. On daigna lui envoyer des ambassadeurs; tant il est vrai que la crainte assouplit l'orgueil. Ce gentilhomme polonais, battu de verges sur une place publique, est parvenu à traiter, de puissance à puissance, avec le souverain de son pays : quelle leçon pour ne jamais commettre d'injustices ! On lui envoya le voyevode de Kiow et le prince Tschetwertinski ; ils lui" offrirent des présens (i) et entamèrejQt une négociation. Le premier objet qu'on lui présenta comme une faveur signalée , fut de le confirmer dans la place d'hetman des Zaporogues. Il répondit que cet acte le touchait peu , puisqu'il était chef par le choix des Kozaks ^ et qu'il battait dans toutes les occasions ceux qui lui montraient comme une grâce , l'offre de le reconnaître ; on se sépara trèsfroidement.

Les hospodars de Moldavie et de Valachie , les

(i) « Us consistaient dans une pelisse de petit-gris, un i> bâton, de commandement, une queue de cheval. » Il n'y avait nen de bien magnifique dans ce don.

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princes tatars envoyèrent féliciter Thetinan , et le supplièrent de les secourir dans leurs guerres. « Le sultan Mahomet IV envoie une ambassade au » héros des Kozaks. 11 lui fait présenter un caftan , w un sabre et un bâton de commandement : ces » ambiissadeurs le préviennent que des ordres sont » donnés au khan de Crimée et au pacha de Silis- » trie de lui envoyer des troupes auxiliaires. »

{An 1649.) Suivant Tordre du grand-seigneur, Islam- Gliéraï vint se joindre à Schmelnizki. Les Polonais ne s'attendaient pas à cette réunion ; leur roi renforça l'armée de vingt mille hommes. Les Kozaks surprirent ces troupes en marche, les battirent, et tuèrent Ossolinski , leur générale

Cazimir crut pouvoir détourner l'orage qui menaçait la Pologne, en attirant à son parti Islam- Ghéraï. Il lui députa une personne de confiance pour rinviter à abandonner les Kozâks. Islam répondit a que le roi eût à lui payer les cent mille » ducats qu'on lui devait, qu'il accordât aux Kozaks » le pardon et la liberté , et qu'ensuite il verrait » ce qu'il aurait à faire. » D'une autre part, Schmelnizki demanda « qu'à l'avenir on enregistrât qua- » rante mille Kozaks ; que toutes les places et em- » plois fussent remplis par eux ; que les Polonais 'j>ne fissent dans la suite aucune entreprise sur » leurs églises, leurs prêtres et leurs usages; que » le métropolite de Kiow eût sa place dans le sénat » après le primat. »

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Cette même légèreté , qu'on a remarquée dans l'histoire des khans de Crimée , se retrouve ici sans avoir rien perdu de son caractère versatile. Islam quitte , sans raison plausible , ceux qui l'avaient aidé à vaincre, et s'engage solennellement d'assister de toutes ses troupes le roi Cazimir , toutes les fois qu'il en sera requis.

« D'après ce traité, Schmelnizki fut présenté au » roi , lui demanda pardon du passé , et retourna » chez lui. »

Le but des Polonais était de séparer les Kozaks des Tatars. Les Zaporogues désiraient jouir de quelques insians de calme , pour réparer leurs pertes et cultiver des terres long-temps abandonnées.

Schmelnizki, dont la vengeance était satisfaite^ bornait désormais son ambition à donner le bonheur aux Zaporogues, qui le chérissaient comme un bon père. Dans son entrevue avec le roi de Pologne , il se jeta aux pieds du monarque , quoique cette démarche ne fût pas exigée. Là., il lui fit , avec toute l'éloquence du sentiment, un tableau exact des injustices que les Kozaks avaient éprouvées ; puis , les larmes aux yeux , il supplia le souverain de distinguer les personnes qui l'entouraient et dont les conseils étaient intéressés , d'une troupe guerrière , brave , sans politique , versant avec enthousiasme son sang pour une cause juste, et prête à le répandre sous ses ordres , s'il daigne tenir ses

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cngagemens. Le roi répondit à cette harangne du cœur , par l'organe froid et méthodique de son chancelier.

C'est ici qu'il faut honorer le chef estimable , ami de sa foi , dont la politique ne consiste que dans la stricte observation des traités qu'il a con-» sentis. Schmelnizki , aux pieds du roi , était piius grand que le monarque ; car ce dernier se proposait de temporiser et d'abuser les Kozaks^ tandis que l'autre suivait l'impulsion d'une âme ardente et vraie , prête à tout faire pour signaler sa fidélité. Voici les preuves très-rapprochées de l'astuce de l'un et de la loyauté de l'autre.

Islam-Ghéraï instruisit l'hetman des Zaporogues de son arrière-pensée : « Je ne traite , disait-il^ que » pour abuser les Polonais et en obtenir de l'argent ; » bientôt ils ne seront plus sur feur garde , vous » tomberez sur eux à l'improviste; je vous aiderai , » nous partagerons. » Schmelnizki repoussa celte proposition , et ne fournit à la Crimée que les soldats prescrits par le traité , pour marcher contre les Circassiens.

Casimir^ au contraire, méprisa les conditions qu'il avait solennellement consenties, refusa au métropolite de Kiovr la place au sénat, chassa ignominieusement les députés de l'hetman ; un des ' courtisans se permit des plaisanteries grossières sur ce dernier , et apercevant le plaisii* que ces gentillesses occasionnaient au roi , il poussa jusqu'à l'im-

pertinence la plus injurieuse , lés expressions dont il se servit , et que le silence du monarque sanc* tionna ; on les congédia comme traîtres.

Ceux qui font agir les souverains contre leurs intérêts^ contre la sainteté des obligations qu'ils ont contractées , contre les principes d'équité qui doivent lier les corps politiques ; ceux-là , dis-je , devraient répondre au^ nations du sang qu'ils font injustement verser : leurs noms, passant à la postérité , ne les présenteraient aux générations suivantes que comme, des ennemis du bien public , ou comme des instrumens dont la Providence s'est servi pour punir des peuples coupables. Les Zaporogues sont les vassaux de la Pologne, mais indépendans. On les accuse d'injustice quand ils font valoir leurs droits , stipulés dans des traités approu* vés par Casimir IV et Sigismond : on les accuse de rébellion quand ils ne sont que des supplians, réclamant les privilèges jurés par le souverain , lors ^e son sacre. On marche contre eux , ils se défendent; on les attaque, ils sont les plus forts; mieux encore, ils terrassent leurs oppresseurs, et, loin de s'enorgueillir des lauriers de la victoire , ils les déposent aux pieds du chef qu'ils ont vaincu , et sont à genoux .devant le trône qu'ils pouvaient renverser. Quoi ! ce sera dans cette situation qu'un courtisan , qu'un homme oisif, qu'un flatteur peutêtre, les arrachera à la paix et à l'espoir du bonheur qu'ils ont si bien mérités !

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Schmelnizki expédie aux ministres de Casimir un nouveau député porteur de celle réponse : « Celui )» qui engage un souverain à se méfier des gens qui » vous ressemblent, n'est point un traître; nous » avons juré la paix , ce' serment est dans mon » cœur; malheur, à vous si vous le faussez ! »

Pendant q!ie le temps s'écoulait en pourparlers inutiles , les Zaporogues apprennent que le roi de Pologne propose aux Tatars de Crimée de s'unir à lui pour fondre inopinément sur la Russie. Lié avec le czar , l'Iietman des Kozaks l'instruit de ce projet. Alexis fait partir le prince de Troubezkoi et Pousclikin avec l'ordre de réclamer de Casimir cent mille roubles qui lui sont dus (i). Casimir avait été plus que léger , en permettant .qu'on répondît avec mépris aux députés des Kozaks; ses états étaient exposés aux invasions de ce peuple qui pouvait y porter le fer et la flamme ; mais il fut impolitique en maltraitant les ambassadeurs du czar, et en leur répondant avec hauteur, w qu'on était en » état de conserver l'épée à la main tout ce qu'on » possédait. » ^

( An i65o. ) Pour remplir une des conditions du traité qui permettait à Schmelnizki d'enregistrer quarante, mille Kozacks, Fhetman les partagea en

(i) Celte dette était un dédommagement convenu entre les deux couronnes, au sujet de la prise de Smolensk.

quinze régimens; le nombre des volontaires non inscrits était quadruple, (i)

Osman Aga, ambassadeur du sultan , vint offrir à l'hetman les présens d usage , et lui proposa d'abandonner la protection de la Pologne pour passer sous celle des Turcs. On jugea qu'une réponse négative indisposerait le grand-seigneur contre les Zaporogues ; on prit du temps pour se déterminer.

Le pouvoir de l'hetman , l'union qu'il avait établie parmi les capitaines^ la bonne volonté des Kozaks, leur fermeté dans l'action, leur fidélité dans les traités, rendirent les Zaporogues respectables; mais il en coûtait aux Polonais de les voir s'illustrer après s'être affermis ; la jalousie leur fit violer leurs engagemens et prendre les armes. Schmelnizki apprend qu'ils sont en campagne et marchent contre lui ; il évite leur rencontre jusqu'à ce qu'il s^it opéré sa jonction avec le khan de Crimée. (2)

(i) On se forme une idée de cette population extrême, en se rappelant que les Kosaks d'Ukraine s'ëtaient joints aux Zaporogues, que ces derniers occupaient alors, nonseulement leur ancien territoire , mais encore le pays que leurs conquêtes venaient d'y ajouter. C'est ainsi qu'il y avait un régiment de Pultawa très-éloigné de ceux de Braclaw et de Sbaras. On se confirme dans cette même idée en ne perdant pas de vue le désir de jouir de l'indépendance qui attirait beaucoup de déserteurs , et les traitemens des Polonais augmentant les mécontens , qui s'expatriaient.

(2) Le roi de Pologne détacha Stempko'Vfsky avec troi&

L'helman se battait pour le maintien^de ses privilèges; il avait communiqué aux Kozaks des principes d'honneur ignorés parmi eux, et l'amour de la gloire s'unis>ait à celui de Tindépendance. Les Tatars ne chercliaient les combats que pour s'emparer des dépouilles des vaincus; l'ardeur du butin leur tenait lieu de tout , la gloire pour eux n'était qu'une chimère, et le gain, le seul bien réel ; le plus estimé , le plus-honoré d'entre les Tatars , était celui qui revenait en Crimée avec le plus d'or.

On s'entend difficilement quand on est guidé par des principes aussi différens. Schmelnizki enfonçait les Polonais , et les Tatars , abandonnant leur position , venaient piller sur les derrières des Kozaks vainqueurs. Cette manœuvre servit les Polonais ; ils prirent les Tatars en queue et en flanc ; ils en firent un grand carnage , et dispersèrent tous ceux qu'ils ne purent joindre ; de son côté , l'hetman abandonné de ses alliés , se retira en bon ordre.

Isman , pour qui l'art de -la guerre était étranger , accusa Schmelnizki de trahison : celui-ci observa qu'on devait se battre et vaincre avant de s'occuper de pillage. On s'injuria , on se sépara très-mécontent les uns dek autres; mais, suivant l'usage, le khan s'apaisa à la vue de l'or, et la coalition fut renouvelée.

mille hommes de cavalerie, pour connaître la marche de l'ennemi. (Chevalier, Hist, de la Guerre des Kozaks contre la Pologne, p. i3o.)

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{^n i652. ) Le prince Janus de Radziwll s'empara de Kiow ; les Kozaks le cernèrent , iJ ne put recevoir de secours du général Potocki. Plusieurs affaires toujours à l'avantage des Kozaks , la perte des meilleurs généraux polonais, déterminèrent le roi à se mettre à la tête de ses troupes.

Islam-Ghéraï, qu'un nouveau traité unissait aux Zaporogues , présenta la bataille au roi : les Polonais furent malheureux ; ils se battirent avec courage , et perdirent douze mille des leurs ; le monarque n'échappa qu'en donnait au khan une forte somme (r). Une trêve de quelques jours succède à des scènes meurtrières ; on s'arrange , on jure de poser les armes. D'après les articles convenus, -on se sépare; l'hetman ramène ses Kozaks : mais Islam, à qui un parjure ne coûtait rien , changea sa. marche et se dirigea sur la Lithuanie.

Un des personnages les plus marquans de cette province célébrait son mariage (2) avec un faste analogue à ses richesses; il avait rassemblé chez lui sa famille, celle de sa jeune épouse, et toute la noblesse des'environs était invitée à cette fête. La sécurité parfaite ou était la province , l'éloignement du théâtre de la guerre , l'illusion si ordinaire qui

(i) Hist. de la Petite Russie, p. 197 et 198.

(2) Ce seigneur se nommait KazowskoL Voyez l'Histoire de la Petite Russie, t. 1, p. 198. Histoire ^e% Hetmans, p. 56.

promet aux époux le bonheur en perspective , tout concourait à augmenter les réjouissances. Les mu* siciens les moins mauvais de ce temps-là , les danseuses les plus renommées , la chair la plus délicate, les vins les plus exquis, la jeunesse la plus légère et la plus bruyante, enchantaient, enivraient, étourdissaient la nombreuse assemblée ; luniv^rs pour elle était dans ce moment le lieu de la fête; répoux radieux contemplait avec complaisance les grâces et les attraits de la plus jolie et de la plus timide des épouses. Tout à coup la scène change. Islam et ses Tatars environnent le palais , tout est livré au pillage, aux flammes, au meurtre; des mains rudes et profanes Scâsissent des femmes qui , naguère fières de leurs charmes, donnaient des lois à laniabilité : les- vases précieux, Jor, l'argent, les bijoux, les pierreries des dames, on prend ou l'on arrache tout avec violence ; la noblesse , prise au dépourvu , est chargée de fers ; l'époux au désespoir est séparé de celle dont il vient de recevoir la fol : les grands-pères, grand'mères, parens, alliés, amis, convives, les femmes, les filles, les veuves, les danseurs et musiciens , tous sont capturés ; on tue ceux qui résistent, on abuse de ceux qui se soumettent; le sang se mêle avec la flamme, et semble la ranimer ; la désolation est à son. comble; des mains faibles et délicates s'élèvent vers le ciel , et sont rudement comprimées pour recevoir des chaînes ; la terreur , la honte et la captivité ou la

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mort, lerminent une journée préparée et consacrée au bonheur.

(^An i653. ) Combien était habituelle cette mauvaise foi, base de la politique des khans de Crimée! Islam et les Tatars n'ont de vrais alliés que l'argent et le pillage ; ils trompent odieusement les Polonais, ils trahissent leurs sermens, ils profitent de la défaite de leurs^ amis pour les écraser de nouveau, et dans la jouissance momentanée de ces succès condamnables, ils préparent une surprise à ces mêmes Kozaks, avec lesquels ils ont précédemment vaincu.

Schmelnizki ne fut point la dupe de ce complot ; et, pour se garantir désormais des pièges de ses voisins, il résolut de se mettre, avec tous les Zaporogues , sous la protection de la Russie.

Ayant abandonné les Kozaks , comme l'hetiiian l'avait prévu , Islam-Ghéraï s'unit étroitement avec les Polonais pour tomber sur la Russie ; la mort le surprit dans cette résolution.

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