‹ Essai sur l'histoire ancienne et moderne de la nouvelle RussieChapitre 7 sur 44 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Du Pont-Euxin.

Quoiqu'on doive beaucoup parler de cette mer dans la suite de cet ouvrage , il est néanmoins à propos de rappeler l'idée que les anciens en avaient. Leurs conjiaissances sur la théorie de la terre étaient peu étendues y et leur ignorance en géographie de^ vait en arrêter ou relarder les progrès.

Pour se convaincre de cette vérité, il suffirait de rapporter leurs opinions sur la manière dont se sont formés les trois grands lacs ou mers d'Aaow, Caspienne, et Noire; en nous renfermant dans notre sujet, il nous restera assez de preuves de leurs erreurs.

Mer d'uàxénos ou inhospitalière est le nom le plus ancien du Pont-Euxin. Il lui fut donné par les Grecs avant de lavoir connue. La réputatio^n de férocité qu'avaient les Scythes , leur haine pour les étrangers, leurs odieux sacrifices avaient répandu la terreur., La fable , toujours ingénieuse , toujours accréditée en raison des craintes qu'elle inspirait , communiqua aux flots les passions des hommes. Cette mer ne renfermait que des écueils , que des

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rochers habités par des géans ,• ses rives étalent couvertes d une épaisse nuit, et les matelots assez hardis pour affronter ces dangers insurmontables, en étaient les éternelles victimes.

A ces erreurs profondes se joignaient celles de la situation. On crut très-long-lemps que la mer d'Axénos était la limite du continent , qu'elle se joignait avec l'Océan : Hérodote, en démentant à son retour une grande partie de ces erreurs , fut écouté avec avidité.

Quand un préjugé , quand une fausse opinion sont accrédités dans l'esprit des hommes , les siècles suffisent à peine pour les effacer ; le merveilleux trouve toujours des partisans, et dans les pays mêmes oîi les lumières ont fait le plus de progrès , il existe encore une classe d'hommes que le merveilleux seul peut satisfaire. C'est ce principe qui justifie comment les fables répandues sur la mer Noire , se sont propagées même après la connaissance géographique de cette mer. Strabon, quoique bon géographe, disait , oc ses bords aboutissent au palais de la nuit. » (i)

Argosy fils de Priscus, conçut le premier le projet de naviguer sur le Pont-Euxin ; il construisit et dirigea le vaisseau qui osa y pénétrer, et quoique Jasôn fut le héros de cette expédition , le voyage n'en fut pas moins nommé celui des Argonautes, en

(i) Strabon, 1. i.

DE LÀ NOUVELLE RUSSIE. 5l

honneur d'Argos. Le Pontos-Axénos vit l'entreprise de Jason suivie de plusieurs autres ; des colonies grecques s'établirent de tous côtés ; on fut très-surpris de rencontrer des habitans paisibles , des hommes si dîfférens de ceux qu'on avait tant redoutés; on traita avec eux , et la reconnaissance des Grecs succédant à leurs préventions ^ ils changèrent le nom ^Axénos en Pontos-Euxinos ou mer hospitalière. Dès lors les géans se rapetissèrent , les écueils dis- ^ parurent , les flots devinrent plus calmes > la mer moins sombre, et l'imagination ardente qui avait célébré les horreurs de l'Euxin s'exerça à chanter ses délices.

Le nom de mer Noire lui fut dans la suite donné à cause des brouillards qui y régnent quelquefois^ , et la première description grecque qui nous soit parvenue de ses côtes, eut Scylax pour auteur, (i) Dans la guerre de Mithridate, Varron décrivit le Pont-Euxin, son travail fut continué sous Auguste. (2)

Les principaux fleuves qui se jettent dans cette mer se nommaient autrefois, VIster, le Thyrcis ^ XHypanis^ le Borysthène , le Tandis ^ VHjpanis ou Lantikites. On les connaît aujourd'hui sous les

(i) Scylax, né à Cariandre, fut géographe de Darius. Il , est l'auteur du Périple du Pont-£uxin , c'est-à-dire d'une navigation autour de cette mer.

(a) On trouve dans Pline ce qui en a été dit avant lui.

Sa HISTOIRE

désignations de Danube , Dniester ^ Bog , Dnieper f Don et Couban.

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