‹ Essai sur l'histoire de l'instruction publique en BelgiqueChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Création du royaume des Pays-Bas —Guillaume [".—Loi fondamentale, acceptée en Hollande, rejetée en Belgique. — Organisation de l'enseignement primaire. — Organisation de l'instruction moyenne.

— L'enseignement supérieur en 1815. — Collège Jacobs à Bologne.

— Rétablissement de l'académie des sciences et belles-lettres de Bruxelles. — Organisation des universités. — Lutte entre le gouvernement de Guillaume /« et les défenseurs de la liberté de l'enseignement. — Suppression de collèges appartenant au clergé -, mesures violentes à l'égard des corporations religieuses vouées à l'instruction publique; ordonnances de 1822 et de 1824. — La langue holtawlaise. - Politique intérieure de Guillaume /«; elle tend à faire prédominer la. Néerlande calviniste sur la Belgique catholique. — État de la France ; Charles X suit un autre système, également dangereux .— Bulle de Pie Vil qui rétablit la société de Jésus.— Habileté et puissance de la compagnie de Jésus sous la restauration. — Le roi des Pays-Bas veut asservir l'instruction ecclésiastique par ses arrêtés du \\juin 1825. — Collège philosophique. — Fermeture de plusieurs collèges libres: expulsion des frères de la doctrine chrétienne. — Nouvelles mesures concernant les séminaires; défense aux Belges de fréquenter les écoles étrangères. — Réclamations des chefs du clergé. —Le baron Goubau et l'archevêque de Matines.— Instructions adressées à ce prélat de la part du souverain pontife.— Les étais généraux ; aspect de la deuxième chambre en octobre 1825. — Séances orageuses du 13, du I i vf du 1 .'» décembre. — Brochures sur le collège philosophique. — Négociations avec la cour de Rome ; circulaire du gouverneur du Hainaut.—Le concordat du 18 juin 1827 n'est pas exécuté.

— Enquête sur les universités ; opinions de quelques publicistes. — —Pètitionnement de 1828 — Union des libéraux et des catholiques; programme de M. de Pot ter. -Projet de loi sur l'instruction publique du 20 novembre 1829 ; U est mal accueilli dans les sections des états généraux.— Ordonnance royale du 27 mai 1830.— Charles X et Guillaume H succombent en même temps.

Ce fut le traité de Paris du 30 mars 1814 qui posa les bases du royaume des Pays-Bas; la Hollande, placée sous la souveraineté de la maison d'Orange, devait recevoir nos provinces

HISTOIRE DE l'iNSTRTCTION PUBLIQUE. 275

comme accroissement de territoire. Le protocole délivré à Londres, sous la date du 27 juillet, stipulait néanmoins quelques garanties pour le peuple dont on venait de disposer si brutalement, t La réunion de la Belgique et de la Hollande devait être intime et complète, de façon que les deux pays ne formassent qu'un seul et môme État, régi par la constitution déjà établie en Hollande, et qui serait modifiée d'un commun accord , d'après les nouvelles circonstances. On ne changerait rien aux articles de cette constitution qui assurent à tous les cultes une protection et une faveur égales. » Le 16 mars 1815, le descendant des anciens slathouders de Hollande fil connaître aux Belges et aux Bataves qu'il prenait le titre de roi des Pays-Bas. La constitution de la nouvelle monarchie, ayant reçu quelques changements, fut ensuite soumise à l'acceptation des états généraux à la Haye , et en Belgique à une assemblée de notables. En Hollande, le pacte fondamental fut adopté à l'unanimité; en Belgique , il fut rejeté par l'influence du clergé, qui le croyait contraire à l'orthodoxie. Bien que Guillaume ne tint pas compte de l'opposition des notables belges , leur vote était la condamnation de l'œuvre des grandes puissances; il dévoilait les bases vicieuses du royaume-uni des Pays-Bas, source des continuels embarras contre lesquels le prince tiatave devait lutter pendit 1 1 1 quinze ans '.

L'instruction publique surtout, comme on sait, donna lieu aux débats les plus vifs , puis à une rupture complète entre la partie calviniste et la partie catholique de la nation. Mais avant de retracer les principaux épisodes de cette lutte, il nous parait nécessaire de faire connaître l'organisation générale de l'enseignement sous le gouvernement des Pays-Bas.

Dès le mars 4814, Guillaume, qui n'était encore que prince souverain, avait décrété ce qui suit : t La loi du 3 avril

1 Voy. Nnlhumlt, Essai historique et politique sur la rèrolution belge de 1850.

276 HISTOiKt. DL L'irtSTRUCTiON PUBLiytli.

« 1800 continuera d'être considérée comme le fondement des « institutions scolaires des Pays-Bas; tous les règlements gét néraux ou particuliers auxquels elle sert de base ne seront « pas seulement maintenu* dans les provinces où ils sont déjà t introduits, mais encore ils seront mu en vigueur, sauf les « modifications nécessaires , dans toutes les parties de l'État t qui, en l'an 1800, eu étaient détachées, et y furent récem- « ment réunies ou y seront réunies ultérieurement. »

La loi de 1800 fut ainsi reudue applicable aux provinces méridionales.

Quand la constitutiou de 1815 eut ensuite été promulguée, le gouvernement s'appuya sur les art. 220 et 228 pour diriger par

. lui-même l'instruction publique dans ses trois branches Pour exercer sur les écoles inférieures cette surveillance active, qui déroulait de la direction suprême de l'enseignement, le pouvoir central se servait pour tout le royaume d'un fonctionnaire supérieur ayant le litre d'inspecteur général de l'enseignement

• primaire. Dans les provinces , l'inspection des écoles était confiée, sous la haute surveillance des Étals, à une commission d'instruction que présidait le gouverneur. Chaque district avait son inspecteur ; il y -avait en outre un ius|>ecteur particulier pour certains-cantons. La réunion des inspecteurs de district composait la commission provinciale d'instruction ; la juridiction de ces corps, nommés par le pouvoir central, s'étendait sur tous les instituteurs et sur toutes les maisons d'éducation de leur ressort '.

■ Art. 236. L'instruction publique est un objel constant des soins du « gouvernement. Le roi fait rendre compte, tous les ans, aux étals géné- « raux de Fétat des écoles supérieures, moyennes et inférieures. »

Art. 328. « Les administrations de bienfaisance et Véducation des pau- « très sont envisagées comme un objet non moins important des soins du « gouvernement. Il en est également rendu aux états généraux un compte •< annuel. »

• Voy. le Rapport décennal présenté aux chambres législatives, le 28 jan-

HISTOIRE Dfc l/lNSTHUCTIOt* l'LBLlyLK. 277

\as droit d'ériger des écoles d'instruction primaire appartenail sans restriction au gouvernement ; il appartenait aussi aux cummunes, sous la direction et le contrôle de l'administration supérieure; les particuliers ne l'obtenaient qu'en vertu d'une autorisation ministérielle. Cependant le droit d'accorder ces autorisations appartenait aussi, en vertu de la loi de 1806, aux administrations communales et provinciales, qui l'exerçaient sous la surveillance des gouverneurs et moyennant l'accomplissement des formalités prescrites par les règlements.

Mais la commune n'intervenait pas dans la nomination de ses propres instituteurs. l/t droil de nommer aux places d'instituteurs appartenait sans réserve au pouvoir central.

Comme le gouvernement était oblige de pourvoir les écoles communales de leur personnel , il devait avoir constamment a sa disposition un certain nombre de jeunes maîtres. Ce fut donc pour former une pépinière d'instituteurs que le roi des Pays-Bas créa, dès l'année 1817, une école normale dans la ville de Lierre. Cet établissement, qui rappelait par son organisation , l'excellente école de Harlem , était surtout destiné à former de bons instituteurs de villes. En sortant de l'école normale de Lierre, les élèves-maitres initiés aux méthodes employées dans les provinces du nord, devaient répandre ces méthodes en Belgique.

Les écoles primaires royales, fondées au mois de juin 1817, étaient destinées à former des instituteurs ruraux et à servir de modèle aux autres écoles qui seraient établies par la suite. Les écoles rovales, décrétées en 1817, furent établies dans les principales villes du Brabant, de la province d'Anvers, des deux Flandres, du Hainaul, de la province de Liège, du Limbourg, du Luxembourg et de la province de Nu mur. iLc scr-

fier 1842. par .«. Nntfiomb, ministre de l'intérieur', sur YÈlat de l'instruction primaire en Belgique. Ce grand travail est précédé «l'un exposé de la législation antérieure à 1830.

278 HISTOIRE DE l/lNSTRlCTlOM PUBLIQUE.

vice administratif de ces écoles était confié à des commissions portant le titre de commissions de direction et de surveillance, dont les membres étaient à la nomination du ministre de l'intérieur et pouvaient être au nombre de cinq ou de sept. Le bourgmestre de la ville où siégeait la commission en était membre de droit. Le gouverneur présidait celle qui avait son siège au chef-lieu de la province. La commission se composait d'un conseiller communal , de membres des commissions provinciales d'instruction, enfin d'un officier supérieur de la garnison. Cette dernière disposition est spécialement expliquée dans le préambule de l'arrêté royal du 5 juin 1817, portant, en substance, que l'érection d'une école primaire dans certaines villes est réclamée par les besoins de l'instruction , tant des enfants des habitants de ces villes que de ceux des familles des militaires qui y séjournent. Les écoles royales avaient un double caractère , une double destination : d'une part , elles étaient des écoles primaires proprement dites où des enfants, appartenant pour la plupart aux classes aisées de la ville, venaient puiser une instruction préparatoire aux études moyennes; et d'autre part, elles étaient des écoles normales pour la formation d'instituteurs ruraux. Pendant plusieurs mois de l'été, un assez grand nombre d'instituteurs des campagnes, même déjà commissionnés, venaient assister aux leçons pédagogiques de ces écoles primaires, s'initier aux bonnes méthodes d'enseignement, ou s'y perfectionner. Le gouvernement leur accordait une légère indemnité à titre de frais de séjour; à la fin du cours, ceux qui s'étaient distingués par leur assiduité et par leurs progrès obtenaient des récompenses consistant en livres ou en gratifications «. » Bien que les écoles d'un degré inférieur ne fussent pas aussi nombreuses qu'elles le sont devenues depuis 1830, elles suffisaient cependant pour répandre sur toute la surface du pays les bienfaits de l'instruction \

' Rapport décennal, etc. Voy. ci-dessus la noie 2 de la page 376.

• Avant 1830. ou comptait déjà en Belgique 4,040 écoles primaires; il ru

HISTOIRE DK l/lNSTRIXTIOM PCftLlQUK. 27î>

En 1826, un crédit de 1U0,000 fl. des Pays-Bas fut ouvert par le syndicat d'amortissement , pour avances à faire aux communes, pour la construction de salles d'école. Les communes qui participaient à ces avances devaient payer un intérêt de cinq pour cent pour les sommes reçues, et rembourser celles-ci à des époques déterminées, de manière que le remboursement total eût lieu au plus tard dans l'espace de dix années. La députation provinciale décidait si la somme demandée était nécessaire. Cette mesure, qui n'était qu'une opération trèslucrative pour le syndicat, fut trop exaltée par les admirateurs de Guillaume.

Toutes les dépenses résultant de l'instruction primaire dans une commune étaient à la charge de la caisse communale. Le gouvernement , sur le rapport des commissions provinciales d'instruction, et après examen de l'état des ressources des communes, venait néanmoins au secours de leurs écoles en accordant sur le trésor public des traitements aux maîtres, des subsides pour construction, réparation ou ameublement de maisons d'école; et enfin, des secours ou pensions aux instituteurs vieux ou infirmes. En résumé, la part contributive du gouvernement n'était pas très-considérable

Le recrutement du personnel enseignant des écoles primaires était soumis, sous le régime néerlandais, à des règles fixes. Ainsi le droit d'enseigner résultait alors de brevets , d'autorisations ou de diplômes émanant de l'autorité centrale. Les autorisations étaient accordées par des dispositions ministérielles; les brevets et diplômes étaient conférés à la suite

existait 5,189 au 31 décembre 1840. « Le nombre des élèves fréquentant 1rs écoles primaires, dit le rapport officiel, s'était, dans la même période, accru de 160,081, sans tenir compte de la population des écoles des parties cédées du Limbourg et du Luxembourg. »

' De 1830 à 1840, le gouvernement belge a dépensé plus de 270.000 fr. par an en faveur de l'enseignement primaire. Or, le gouvernement des Pays-Bas n'allouait guère, sur le trésor public, dans les provinces méridionales, que les deux tiers de cette somme par année.

d'examens, par les commissions provinciales d'instruction. Préalablement à l'examen qui constatait sa capacité, le candidat devait fournir : 1° la garantie d'une bonne conduite ciri/r, au moyeu d'un certificat délivré par le bourgmestre de la commune qu'il habitait ; 2° la garantie d'une bonne conduite religieuse, au moyen d'un certificat délivré par l'ecclésiastique de sa paroisse 1 ; 3° la garantie d'une bonne conduite morale, au moyen d'un certificat délivré par deux pères de famille connus et considérés dans la commune. — L'instituteur flétri par un jugement emportant une peine aftlictive ou infamante était déchu du droit d'enseigner. Au surplus, des peines étaient comminées contre ceux qui se livraient à l'enseignement primaire, dans des établissements publics, sans être porteurs d'une autorisation, d'un brevet ou d'un diplôme. Les institutrices devaient être également munies de brevets, qu'elles n'obtenaient qu'a- , près un examen subi devant la commission provinciale d'instruction. L'intention du gouvernement était de créer aussi une école normale pour les institutrices; en attendant qu'il pnt réaliser ce projet , il avait déjà fondé plusieurs bourses au moyen desquelles les jeunes filles qui se destinaient au professorat , recevaient une instruction particuculière dans les principaux pensionnats du royaume.

Pour propager les bonnes méthodes, le gouvernement avait provoqué, dans presque chaque canton , la création d'une société d'instituteurs, t On s'occupait dans ces réunions du développement et de l'amélioration de l'enseignement primaire; on discutait les meilleures méthodes , on proposait et on ré- • solvait des questions, on faisait des lectures, et enfin on mettait en commun l'expérience de chacun dans l'intérêt de tous. Une bibliothèque circulante était attachée à ces sociétés; elle s'alimentait au moyen d'une cotisation que les instituteurs

■ Le certificat d'aptitude religieuse n'ayant bientôt plus été considéré comme obligatoire, cette garantie, comme on l'a déjà remarqué, devint une véritable fiction.

histoirr r»K l'instruction nulioit.. 2KI

s'imposaient entre eux, et de légers subsides, soit sur les fonds du trésor, soit sur les fonds provinciaux '. »

I^e gouvernement soutenait aussi , dans la plupart des provinces, des sociétés pour l' enconranemenl de l'instruction élémentaire. Leur but était la propagation, dans les écoles, de la méthode d'enseignement simultané , au moyen de la publication, à bon marché, des livres et autres objets qui servent à cet enseignement. Des souscriptions volontaires étaient employées à l'impression des livres, soit de méthode, soit de morale, que l'on vendait aux prix les plus modiques. On réimprimait, entre autres, les ouvrages publiés par la société d'instruction primaire de Paris, auxquels on faisait parfois quelques changements, afin de leur donner une application locale plus en rapport avec les institutions et les mœurs de nos provinces. Mais ces sociétés ne bornaient pas là leur action : elles décernaient des prix ou des récompenses aux instituteurs qui montraient le plus de zèle dans l'application et la propagation des bonnes méthodes ; elles avaient aussi provoqué , dans quelques provinces , l'organisation d'écoles dominicales et d'écoles du soir pour les adultes. Ces écoles facilitaient aux ouvriers qui n'avaient pas reçu d'instruction dans leur enfance , le moyen d'acquérir des connaissances utiles , en y consacrant quelques heures du dimanche ou une partie de la soirée dans la semaine. Pour couronner l'œuvre , la bienfaisance publique commençait à organiser dans plusieurs villes des écoles gardiennes ou salles d'asile. Ces utiles institutions étaient exclusivement consacrées à recevoir les enfants au-dessous de six ans, appartenant à la classe ouvrière.

Les efforts du gouvernement des Pays-Bas pour régénérer l'enseignement primaire en Belgique n'avaient certainement pas été stériles; cet enseignement, si négligé pendant la dernière période de la domination française, faisait depuis i815

< Rapport décennal, ibùt.

des progrès merveilleux. Malheureusement, la sollicitude de l'administ ration hollandaise pour l'avenir moral el intellectuel des populations belges, cette sollicitude tant vantée par les admirateurs de Guillaume 1", n'était pas complètement désintéressée. En considérant, dans leur ensemble, dans leur esprit et dans leur application, les mesures prises en faveur de renseignement primaire, on y remarquait une tendance qui se dévoilait chaque jour davantage. Le gouvernement voulait transformer l'instruction en moyen de propagande hollandaise et protestante '. Dès 4817, le gouvernement avait commencé par s'arroger le choix exelusif des livres à employer dans les écoles primaires, et à introduire ainsi les écrits presque tous protestants de la société du bien public; en 1824, il proscrivit, comme nous le verrons plus loin, les corporations religieuses qui s'occupaient d'enseignement ; enfin , il avait résolu d'organiser, sur le même plan, les institutions répandues sur toute ta surface du pays, afin de pouvoir donner ainsi , au bout de quelques années, une instruction uniforme aux populations.

Une ordonnance royale du 25 septembre 1816, contre-signée par M. Falck créa les universités belges et provoqua la réor-

' Voy. Ducpéliaux, De l'état de l'instruction primaire et populaire en Belgique, etc., 1. i"; el le Rapport fait, au nom de la section centrale, par M. Dechamps, sur le titre premier du projet de loi sur l'instruction pu- * hlique (séance de la chambre des représentants du 11 juin 1842).

• Né à Ulrecbteii 1776, secrétaire d'Étal en 1815, puis, en 1818. ministre de l'instruction publique, de l'industrie nationale el des colonies; en 1834, ambassadeur auprès du cabinel britannique; mort en 1845 à Bruxelles, où il représentait le roi Guillaume II. Col homme d'État éminent, qu'on appelait avec raison le bon génie de Guillaume I", ne se contenta point de coopérer activement à la réorganisation de l'enseignement; il fit constamment de cette branche du service public son étude de prédilection. Esprit sage cl conciliant, Falck n'eût point froissé les Belges; aussi fut-il envoyé à Londres au moment même où l'on entrait dans ce système qui fut si désastreux pour la maison de Nassau. Peu de ministres out su mieux apprécier el récompenser le savoir; pour les lettrés, Falck devenait un confrère, un ami.

ganisatiou de l'enseigneiueut moyen dans les provinces méridionales. Celle réorganisation fut définitivement arrêtée par une seconde ordonnance promulguée eu 1817.

Les collèges communaux devaient être considérés désormais comme formant le premier degré de l'enseignement supérieur, et comme spécialement destines a ceux qui, après avoir été préparés par l'instruction primaire , se destiuaient à l'une ou l'autre carrière scientifique. Dans les provinces où il n'existait point d'université, un des collèges communaux devait avoir en outre pour but « de propager généralement le goût et les lut mières parmi toutes les classes de la société, sans en excepter « celles qui ne se destinent point aux éludes académiques. » Ces établissements privilégiés reçurent, pour les distinguer des autres collèges du midi, le nom d'athénée, et furent établis à Bruxelles, Maestricht, Bruges, Tournai, Namur, Anvers et Luxembourg.

Pour propager le goût et les lumière* parmi toutes les classes de la société, l'arrêté du 25 septembre instituait des fours publics dans les athénées. Mais cette mesure ne reçut une exécution complète qu'à Bruxelles, par la création du wtu^e scientifique et littéraire Le gouvernement établit dans la capitale du midi des cours publics et graluils d'histoire nationale , de littérature ancienne, d'histoire de la philosophie, de botanique, d'histoire naturelle, d'astronomie, de physique, de chimie, d'histoire de l'architecture, et de littérature hollandaise. Ces cours, qui formaient dans leur ensemble une faculté des sciences

C'esl que lui-même ne cessait de cultiver les lettres ; non-seulement il cLait lrè»-versé dans les sciences philosophiques et dans les langues anciennes, mais il parlait avec une élégante facilité, outre les deux idiomes en usage dans les Pays-Bas, l'allemand, l'anglais, l'espagnol.

' Voy. le Rapport présenté aux chambres législatives, le t« mars 1843, par M. Motbomb, ministre de l'intérieur, sur l'état de l'instruction moyenne en Belgique.

284 HISTOIRE DE l/lNSTRUCTION PUBLIQUE.

et une faculté des lettres , furent solennellement inaugurés au mois de mars 1827 ».

Les objets de l'enseignement classique dans les athénées et les collèges, étaient :

Les langues grecque et latine;

L'histoire, la géographie et la mythologie;

Les mathématiques élémentaires ;

La langues française et hollandaise ou flamande.

l)e plus , dans les athénées :

Les éléments de physique et d'histoire naturelle.

Et dans celui de Namur :

La minéralogie et la métallurgie.

Le cours d'études, dans les athénées aussi bien que dans les collèges, était régulièrement de six années. L'enseignement des langues ancieunes était divisé en six classes ; celui des langues modernes et des sciences, en autant de classes qu'on le jugeait nécessaire. Dans chaque athénée, il devait y avoir dix professeurs , dont huit pour les langues anciennes et modernes , l'histoire, la géographie et la mythologie, et deux pour les sciences. Dans les collèges, le nombre des professeurs était variable : il dépendait des besoins de l'enseiguement et des ressources des villes.

• Parmi les professeurs du musée , ou distinguait MM. Vandeweyer, P. Lesbroussarl, Dewei, Quetelel, Baron. Ce dernier, chargé de prononcer le discours d'ouverture, justifiait en ces termes la création du musée :

- L 'autorité qui nous gouverne met depuis longtemps tout en œuvre pour

* propager au milieu de nous l'instruction élémentaire, et ses travaux sont » couronnés d'un succès que chaque année rend plus éclatant et plus solide.

• Ce n'était pas encore assez; persuadé que de l'instruction répandue généralement, mais modifiée selon les besoins divers des diverses classes

- de la société, dépend le bonheur de la génération actuelle et de celles >• qui la suivront, le roi a voulu faire jouir la capitale des provinces tnéri-

dionales du bienfait de renseignement supérieur. Une nouvelle source •< d'études a été gratuitement ouverte et donnée en commun à tous les « citoyens, etc. •

HISTOIRE l)t L ISSTRLCTIOM m lu. loi I . 2K5

Ixî droit d'ériger des élablisseraents d'instruction secondaire appartenait au gouvernement , ou bien aux communes sous la direction et le contrôle de l'administration supérieure; quant aux particuliers, ils ne l'obtenaient qu'en vertu d'une autorisation du pouvoir central. Toutes les dépenses résultant de l'instruction moyenne dans une commune étaient d'ailleurs à la charge de la caisse municipale. Mais le gouvernement ne refusait pas de venir au secours des communes, quand il avait constaté que leurs ressources étaient insuffisantes. Ainsi les athénées de Luxembourg, de Namur et de Tournai jouissaient chacun d'une dotation de 11. 9,000annueJlement; plusieurs autres collèges du ttrabant, du Hainaut et tin Limbourg reçurent également des subventions sur le trésor public.

Le droit de surveiller et d'inspecter les écoles moyennes appartenait exclusivement au pouvoir central. Tous les établissements d'instruction secondaire, les athénées, les collèges et les écoles latines, étaient sous la surveillance du département de l'instruction publique. Un fonctionnaire ayant le titre d'iwspecleur des athénées et des collèges ' , exerçait au nom du gouvernement, ce droit de surveillance, d'une manière générale, pour les provinces du midi.

Des bureaux d'administration , dont le bourgmestre Taisait partie de droit, réglaient , sous l'influence du ministère qui les nommait , et sauf son approbation , tout ce qui avait, rapport aux athénées et aux collèges. Ces bureaux étaient principalement chargés : 1" de veiller, en ce qui concernait les professeurs ou régents et autres fonctionnaires, aussi bien qu'en ce qui regardait les élèves, à la stricte exécution des règlements

• Ces fonctions avaient été confiées à M. Dewez, mort à Bruxelles en 1834. M. Dewez. qui était aussi secrétaire perpétuel de l'académie des sciences et belles-lettres, partageait son temps entre lesdevoirs de sa place et ses travaux historiques. On lui doit une Histoire générale de la Belgique, en 7 vol. in-ë»; une Histoire particulière des prorinces belges; une Histoire du pays de Liège, etc.

généraux et particuliers , relatifs à l'instruction publique , taut à l'égard de l'enseignement que de la police et de lu discipline; 2° d'assurer dans les établissements commis à leurs soins , le maintien de l'ordre et des bonnes mœurs; 3° de proposer des candidats pour les chaires vacantes ; 4" de dresser annuellement un budget des dépenses de l'athénée ou du collège; 5° d'entendre les comptes annuels des dépenses.

Les pensionnais des athénées et des collèges étaient également régis et administrés en vertu d'un règlement général, émané de l'administration supérieure.

\jt nomination des professeurs et régents, dans les établissements d'instruction moyenne, subventionnes ou non, appartenait au département chargé de l'instruction publique, sur la proposition des bureaux d'administration. Il était d'ailleurs établi comme une règle générale, que nul ne pouvait se livrer à l'enseignement , s'il n'était porteur d'un diplôme. Dans les athénées, le professeur de rhétorique et le professeur de langue grecque devaient être docteurs en philosophie et lettres ; les professeurs pour les sciences devaient être docteurs en sciences; on exigeait des autres régents au moins le grade de candidat en philosophie et lettres. Dans les collèges, le professeur de rhétorique devait produire un diplôme de docteur; les autres régentsdevaientêtreaumoinscandidatsen lettres ou en sciences, suivant les parties dont ils étaient chargés. Les professeurs de l'enseignement moyen devaient aussi , pour pouvoir exercer leurs fonctions, connaître la langue hollandaise '. 11 était d'ailleurs ordonné aux chefs des départements ministériels de ne conférer des places ou emplois qu'à des candidats sachant faire usage de la langue nationale.

1 Un arrêté royal du 15 septembre 1819 statuait qu'à dater du !• janvier 1823, aucune autre langue que la langue nationale (hollandaise) n'êtail reconnue légale dans les provinces de Li m bourg, de Flandre orientale, de Flandre occidentale et d'Anvers. Cette disposition fut rendue applicable à l'arrondissement de Bruxelles, par un arrêté du 26 octobre 1823.

Sous le gouvernement des Pays-Bas, il n'existait point d'école normale proprement dite pour l'instruction moyenne. Ceux qui désiraient se vouer à l'enseignement dans les athénées et les collèges, étaient obligés de faire leurs études et de prendre des grades dans l'une des universités du royaume. Pour combler une lacune qui se faisait vivement sentir, le gouvernement établit en 4827, près de chaque université, des cours sur l'enseignement pédagogique. Tous les étudiants qui voulaient obtenir une chaire dans les établissements d'instruc- • tion secondaire , furent obligés de suivre ces cours '.

De 1815 à 1830 Je gouvernementdeGuillaumeI er aété investi de la direction suprême de l'enseignement secondaire; il avait le droit de surveiller et d'inspecter les écoles de toute nature; enfin, il avait seul la nomination des professeurs ': pourrait-on allirmer cependant que l'instruction moyenne était plus florissante sous le régime néerlandais qu'elle ne l'est depuis 1830? Les renseignements consignés dans un document officiel prouveraient le contraire: non-seulement l'enseignement moyen n'a pas rétrogradé depuis 1830; non-seulement, sous le régime de la libre concurrence, le cercle des études est plus étendu, mais il est même certain que le gouvernement belge, tout en se renfermant dans les limites de ses prérogatives aujourd'hui fort restreintes, a su faire autant que le gouvernement hollandais, malgré l'omnipotence de ce dernier. cNous ne possédons pas, dit le rapport officiel ', tous les déments nécessaires pour établir une statistique complète de l'instruction moyenne sous le gouvernement

■ « Pour être impartial, écrivait M. Detiaut en 1858, on doit avouer que ces séminaires philologiques ont produit pour le pays des résultats si beaux et si durables, qu'il sérail impossible sans ingratitude de les nier ou de les méconnaître; car presque tous les professeurs qui remplissent aujourd'hui des fonctions dans l'enseignement sont sortis de ces institutions. » De l'état actuel de l'instruction publique, etc. Revue belge (novembre

et décembre 1838).

• Rapport de M. le ministre de l'intérieur, du !«■» mars 1843.

des Pays-Bas; il est néanmoins positif que, depuis 1 830, le nombre des établissements s'est accru dans une proportion remarquable. En 1829, le chiffra des athénées et des collèges était de 45 '; pendant Tannée scolaire 1841-1842, il était parvenu à 74. Le nombre des élèves fréquentant les écoles moyennes s'est également augmenté, i On doit convenir d'ailleurs, avec des juges bien compétents en cette matière, que le système d'instruction imposé en 1815 à la Belgique n'était pas tout à fait en harmonie avec les progrès de la civilisation générale. Le plus grand défaut de ce système était de sacrifier l'enseignement scientifique , professionnel , à l'ancien et exclusif enseignement du grec et du latin \ Aussi peut-on dire qu'un des résultats les plus remarquables de la liberté d'enseignement introduite en Belgique 'par la révolution de 1830, fut l'abandon du système hollandais et l'extension considérable donnée aux études dans tous les athénées et les collèges du nouveau royaume.

. Nous avons cité les villes où les athénées étaient établis; voici celles qui possédaient, en 1 829. des collèges ou écoles latines. Province d'Anvers .- Mali nés, Turnhout, Westerloo, Herenthals, Gheel, Lierre; Brabant : Nivelles, Louvain, niest, Tirlemont ; Flandre occidentale : Ypres, Fumes. Court mi. Menin ; Flandre orientale : Gand, Audenanle, Alost, Grammont; Hainaut : Mons, Alh, Soignies. Thuin, Binche, Enghien, Charleroi, Chimai ; Prorince de Liège : Liège, Huy. Dolhain-Lirabourg, Verviers; Limbourg Hassclt, Tongres, Saint-Trond, Ru remonde, Weert; Luxembourg : Bouillon, Diekirch ; Province de Namur : Dinanl.

• • J'ai la profonde conviction, dit M. Cousin, que l'instruction secondaire est encore, en Hollande, fort au-dessous de l'instruction primaire, ce qui est précisément le contraire en France; or, cette infériorité de l'éducation des classes supérieures, peut à la longue produire les plus graves conséquences, et elle doit exciter au plus haut degré la sollicitude du gouvernement... Je le dis avec regret : le système des écoles latines ne prépare guère que des professeurs et des théologiens. ■> De l'instruction publique en Hollande. On peut consulter aussi sur le ri fil enseignement classique uhe brochure fort spirituelle, ayant pour litre : D'une réforme dans l'en geignement moyen ; par M. J. Gendebien. (Bruxelles, 1842.)

MVYMBI »>R l'instruction PUBLIQUE.

U domination française, en se retirant en 1814, avait laisse l'enseignement supérieur dans une situation peu florissante. Une faculté de droit , une faculté des sciences et une fat uité des lettres à Bruxelles; des cours de médecine dans différentes localités, mais presque exclusivement destinés à l'instruction des officiers de santé : tels étaient les établissements dont héritait l'administration hollandaise'. Celle-ci ne voulut pas se contenter d'institutions aussi incomplètes. Dès l'année 1814, le gouvernement avait nommé une commission, dont le travail , exclusivement destiné aux provinces du nord, fut converti en décret le 2 août 4815. Cette ordonnance laissait subsister trois universités dans les provinces septentrionales : celles d'Ulrecht, de Leyde et de Groningue ; quant aux anciennes académies de Franeker et d'Harderwick, elles furent transformées en athénées royaux. Une autre ordonnance en date du 8 novembre institua une seconde commission 1 , qui fut chargée de préparer un projet d'organisation de l'enseignement supérieur en Belgique.

Tandis que cette commission se mettait à l'œuvre , le gouvernement prouvait par divers actes le vif intérêt qu'il prenait aux études transcendantes.

Pour ne pas interrompre les cours de l'instruction supérieure, on avait provisoirement maintenu les facultés des lettres, des sciences et de droit qui existaient à Bruxelles, et on leur avait accordé des subsides sur le trésor public.

En même temps, le gouvernement prenait sous sa protection le collège fondé en 1650 à Bologne par un Bruxellois nommé Jacob*. Cet homme de bieu avait voulu que le collège de la

' Voy. le Bapport présenté aux chambres législatives, le 0 avril 1843. par M. Nothornb, ministre de l'intérieur, sur Y état de l'instruction supérieure en Belgique.

• Cette comnifisinii était composée de MM. De la Hamaide, avocat générât près ta eaur supérieure de justice de Bruxelles ; baron L. H. De Broeci ; chanoine De Bast; Smtelei. professeur; l^roussaH nere. professeur; et Bout lté, professeur.

Sainte-Trinité, institué par lui, fût l'héritier naturel de tons ses biens situés dans la ville et le territoire de Bologne. On ne devait admettre dans ce collège que trois ou quatre jeunes gens originaires de Bruxelles ou d'Anvers. Pour donner une marque d'encouragement aux jeunes Belges, titulaires des bourses de la fondation Jacobs, le gouvernement autorisa ceux de ces boursiers, qui étaient porteurs d'un diplôme de docteur ou de licencié en droit de l'université de Bologne , à exercer la profession d'avocat dans le pays, sans être tenus d'y faire de nouvelles études et d'y passer des examens '.

Enfin , le roi, par arrêté du 7 mai 1816, statua « que la ci- « devant académie des sciences et belles-lettres établie à t Bruxelles par l'impératrice Marie-Thérèse, serait rétablie, c autant que possible, delà manière dont elle existait autrefois, t et avec les seuls changements que les circonstances exiget ront. » On espérait que cette mesure ferait cesser l'isolement dans lequel se trouvaient les savants indigènes, et qu'elle aurait pour résultat d'exciter parmi eux une féconde émulation. Une seconde ordonnance du 5 juillet reconstitua définitivement la société littéraire fondée par Marie-Thérèse; elle devait pren- • dre le titre d'académie royale des science» et belles-lettres, car le roi s'en déclarait le protecteur; elle devait se composer de soixante membres, dont douze honoraires et quarante-huit or-

' L'arrêté du 4 septembre 1815, qui accordait cette faveur aux boursiers de Bologne, fut plus tard modifié par une ordonnance du 14 mai 1828. Celle-ci décidait que les boursiers belges licenciés en droit de l'université de Bologne ne pourraient exercer la profession d'avocat, ni être admis à quelque fonction judiciaire dans le royaume, qu'après avoir subi un examen satisfaisant par devant la faculté de droit d'une université du pays, spécialement sur le droit en vigueur dans les Pays-Bas. Mais depuis l'adoption de la loi du 27 septembre 1855 sur l'enseignement supérieur, les boursiers de Bologne sont assimilés aux étrangers, en ce sens que les diplômes obtenus à l'université de Bologne n'ont aucune valeur en Belgique; les boursiers sont tenus de subir devant le jury national tous les examens requis pour l'obtention d'un grade.

dinaires, et avoir pour objet, dans ses recherches et son travail, les sciences et les belles-lettres , particulièrement les mathématiques et la physique , ainsi que la littérature ancienne et l'histoire naturelle , civile et littéraire des Pays-Bas.

Cependant , la commission nommée par arrêté royal du 8 novembre 1815 avait termine, dans le courant du 1" semestre de Tannée 1816, son travail ; le roi l'approuva et le rendit exécutoire, le 25 septembre de la môme année , sous la forme de règlement sur l'organisation de l'enseignement supérieur dans les provinces méridionales du royaume des Pag s- Bas.

Pour ménager les prétentions des autres villes qui avaient fait valoir avec énergie la nécessité de la concurrence, Guillaume ne voulut pas que Louvain seule devint le siège du haut enseignement; il ne voulut pas même maintenir, en les complétant, les institutions léguées par l'administration française, c'est-à-dire, créer dans le pays une université sur le modèle de l'université de France : il adopta le système déjà en vigueur dans les provinces du nord , système mixte entre les institutions anciennes et les institutions nouvelles. L'ordonnance du 25 septembre 1816 décida que trois universités seraient également fondées dans les provinces méridionales : l'une devait avoir son siège à Louvain; les deux autres, à Liège et à Gand «.

Les trois universités , organisées en moins d'une année , lurent inaugurées avec une grande pompe par le ministre de l'instruction publique de l'époque * , qui portait le titre de commissaire généraldel'instructionpublique, des arts et des sciences. Ces solennités eurent lieu successivement à Liège le 25 septembre 1817, à Louvain le 6 octobre suivant, et à Gand le 9 du même mois. L'installation de l'université de Gand fut surtout remarquable; elle eut lieu à l'hôtel de ville, avec une pompe vraiment royale et en présence du prince héréditaire.

' Déjà, au xvi' siècle, lorsque fut conclue la Pacification de Cand, il avait été question d'établir une université dans celte ville. Ce projet reçut même un commencement d'exécution.

' ». Repelaer Van Driel.

292 HISTOIRE DE l'iRSTRCCTIOR PUBLIQUE.

Une analyse du règlement du 25 septembre 1816 fera connaître l'organisation des établissements universitaires crées par Guillaume I".

Les bâtiments nécessaires pour les universités avaient du être fournis parles villes où elles étaient établies; ces bâtiments ne pouvaient être soustraits à leur nouvelle destination sans l'autorisation spéciale du roi.

Dans chaque université, on devait trouver des cabinets de préparations anatomiqnes, physiologiques et pathologiques; un cabinet de physique; un laboratoire de chimie; une collection d'instruments astronomiques, un cabinet d'histoire naturelle, uuc collection de pierres et de minéraux; des collections d'instruments d'agriculture et de machines pour les fabriques et les manufactures; un jardin botanique; enfin, pour l'enseignement clinique médical et chirurgical, et pour l'art pratique des accouchements, des salles séparées dans les hospices civils.

Chaque université devait posséder une bibliothèque qui contiendrait les ouvrages les plus intéressants déjà publiés ou qui paraîtraient, tant dans le royaume que dans les pays étrangers.

Conformément à l'organisation universitaire décrétée par l'ordonnance royale du 2 août 1815 pour les provinces du nord, l'enseignement dans les universités belges était divisé en cinq facultés : 1° la faculté de théologie catholique ; 2° celle de jurisprudence ; 3° celle de médecine ; 4 Ô celle des sciences mathématiques et physiques ; 5° celle de philosophie spéculative et des lettres.

En attendant l'érection de la faculté de théologie, il devait être pourvu aux besoins de l'enseignement supérieur de la théologie dans les séminaires épiscopaux, au moyen d'un subside alloué sur le trésor public.

Les branches d'enseignement étaient :

Dans la faculté de droit : les institutes, les pandecles, le droit naturel, le droit public, y compris le droit ecclésiastique, le droit civil moderne, le droit criminel moderne, le droit

«auon ', la pratique du droit , l'histoire politique de l'Europe, la statistique et la diplomatique.

Dans la faculté de médecine : l'anatoraie, la physiologie, la pathologie, la thérapeutique, la pharmacie et la matière médicale, la chirurgie, l'art des aecoucheuienls, la diététique et la médecine légale.

Dans la faillite de* science* mathématiques et physique* : les mathématiques élémentaires , les mathématiques transcendantes, les mathématiques appliquées aux sciences hydrauliques et hydrostatiques, la physique expérimentale, la physique mathématique, l'astronomie physique, l'astronomie mathématique, en y joignant rinstruction sur les observations astronomiques; la chimie, tant générale qu'appliquée; la botanique et la physiologie des plantes, l'histoire naturelle des animaux et des minéraux, l'économie rurale, et en outre, à Liège, la métallurgie.

Dans ta faculté de philosophie *pcculative et de* lettres : la logique, la métaphysique, l'histoire de la philosophie, la morale philosophique, la littérature latine, les antiquités romaines, la littérature grecque, les antiquités grecques, la littérature hébraïque, la littérature arabe, syriaque et chaldéenne, les antiquités juives, l'histoire générale, l'histoire du pays, la littérature et l'éloquence hollandaises, et en outre, à Liège, la littérature et l'éloquence françaises.

Tous les professeurs, à l'exception de ceux de littérature holbndaise et française, de la pratique du droit et des sciences économiques, devaient dans leurs leçons faire usage de la langue latine ».

* Ce cours fut provisoirement ajourné.

1 - L'impossibilité de se soumettre à celte exigence, disait un publicisje en 1H39. se fait sentir chaque jour davantage, et les curateurs doivent user largement de la faculté qu'ils ont de dispenser les professeurs de suivre la régie. Cependant, «fans quelques universités, le respect pour la langue de Cicéronest tel. que jusqu'au cours de droit civil, tous sedonnent en latin. Il ••si par trop bizarre d'entendre expliquer le code Napoléon en la lin .<> Examen

L'enseignement dans les facultés était confié à des professeurs ordinaires, à des professeurs extraordinaires et à des lecteurs.

Dans la faculté de jurisprudence, on comptait 4 professeurs ordinaires; dans celle de médecine, 5; dans celle des sciences, 4; dans celle de philosophie, 5, et à Liège, 6.

Aucune limite n'était assignée au nombre des professeurs extraordinaires et des lecteurs.

Dans chaque faculté il y avait deux grades; celui de candidat et celui de docteur.

Le premier était purement académique, c'est-à-dire préparatoire au grade de docteur.

Le grade de docteur donnait le droit de remplir toutes les fonctions indiquées dans le diplôme.

Personne ne pouvait être admis aux leçons spéciales des facultés de droit et de médecine, sans avoir obtenu préalablement, pour la première de ces facultés, le grade de candidat dans les lettres, et, pour la seconde, celui de candidat dans les sciences mathématiques et physiques.

Personne non plus ne pouvait être admis à l'examen définitif, qui procurait un titre pour remplir un poste ou exercer une profession libérale dans la société, s'il n'avait étudié, après l'obtention du grade préparatoire, pendant trois années en droit, quatre années en médecine *, trois années en philosophie, et trois années en sciences.

Dans la faculté de droit, on exigeait pour le grade de candidat : 1° un examen sur les institutes du droit romain ; 2° la preuve qu'on avait fréquenté les leçons sur l'encyclopédie du

de quelques questions relatives à l'enseignement supérieur dans le royaume des Paj's-Bas , par C. De Brouckere, membre de la seconde chambre des états généraux. Liège, 1829.

• Si l'on avait combiné l'élude de l'analomie, de rosléologie et de la physiologie avec tes éludes préparatoires, ce cours pouvait aussi se faire en trois ans. - .

HISTOIRE DE L'iPiSTMCTION PUBLIQUE.

droit, sur l'histoire du droit, sur celle du pays, et sur le droit naturel.

Le grade de docteur dans la faculté de droit était de deux espèces, savoir : le doctoratns juris romani et hodierni, et le doctoratut jnri», simple titre scientifique.

Pour l'obtention de ce titrcj , on exigeait simplement une explication par écrit d'une loi des pandectes et d'une du code de Justinien.

L'obtention du grade de docteur en droit romain et moderne était plus diflicile; on exigeait : i° lin examen sur le droit moderne, civil et criminel; 2° une explication de deux passages, l'un du droit romain, et l'autre du droit moderne, lesquels étaient indiqués par la faculté; 3" la preuve que l'aspirant avait fréquenté avec succès les leçons sur les pandectes, le droit public, la statistique du pays, l'histoire politique de l'Europe, la médecine légale, et enfin un examen sur la littérature hollandaise.

Dans la faculté de médecine, on exigeait pour l'obtention du grade de candidat : 1° un examen sur l'anatomie, la physiologie, la pharmacie et la matière médicale; 2° une démonstration anatomique; 5" la preuve que l'aspirant avait fréquenté avec succès les leçons d'histoire naturelle et d'anatomie comparée.

Pour l'obtention du grade de docteur dans la même faculté, on exigeait : 4° un examen sur la pratique des médicaments, sur la théorie de la chirurgie et de l'art des accouchements ; 2° une explication de deux aphorismes d' Hippocrale ; 5° la preuve que l'aspirant avait fréquenté avec succès les leçons sur la diététique, la médecine légale, et l'instruction clinique.

Les qualités requises pour l'obtention du grade de candidat dans les sciences mathématiques et physiques, différaient, suivant qu'on demandait ce grade comme préparatoire pour le doctorat des sciences mathématiques et physiques, ou comme préparatoire aux études médicales.

Dans le premier cas, on exigeait du candidat : i° un examen sur les mathématiques, la physique expérimentale, l'astronomie,

et les premiers éléments de l'histoire naturelle et de la botanique; 2° la preuve qu'il avait suivi les leçons sur la littérature latine et grecque, et sur la logique.

Dans l'autre cas, on exigeait du candidat, outre cette dernière condition, un examen sur les mathématiques, la physique, la botanique et les éléments de la chimie générale.

Les épreuves pour l'obtention du grade de docteur dans les sciences mathématiques et physiques, dont le titre était celui de malhexeos mag'uler, pkihsophue naturaiu doctor, étaient les su i vanics : 1° uu examen sur les mathématiques appliquées, la physique mathématique, l'astronomie mathématique, la chimie appliquée et la géologie ; 2° la solution d'un problème mathématique et d'un problème physique.

Celui qui demandait le grade de candidat en lettres, pour obtenir celui de docteur daus la môme faculté , devait subir : 1 e un examen sur la théorie des langues grecque et latine, suites antiquités grecques et romaines, l'histoire générale et la logique; 2" il devait fournir en outre la preuve qu'il avait fréquenté avec succès les leçons de mathématiques, de physique expérimentale et de littérature hollandaise.

Celui qui demandait le même grade, pour s'adonner ensuite à la jurisprudence, devait subir : 4° Un examen sur les langues grecque et latine, sur les antiquités romaines et sur l'histoire générale; 2° il devait en outre fournir la preuve qu'il avait fréquenté avec succès les leçons de mathématiques et celles de logique.

Pour obtenir le grade de docteur dans les lettres , c'est-àdire le titre de pkilosophiœ theoreticœ magitter, Ulteramm linnianiorum doctor, on devait subir un examen sur la haute grammaire grecque et latine, sur l'histoire ancienne, la métaphysique et l'histoire de la philosophie ancienne; donner l'explication de deux passages difficiles, l'un tiré d'un auteur grec, et l'autre d'un auteur latin; et fournir la preuve qu'on avait fréquenté avec succès les leçons sur les instiliiles, l'his-

IIIMOIIU DK l/iNSTRUCTIOK l'LBLIULK. £>7

foire du droit romain, l'histoire du pays et l'astronomie physique.

Les examens dont nous venons de parler devaient se l'aire devant toute la faculté réunie , et avoir lieu généralement en latin.

L'épreuve dé6nitive à laquelle les aspirants au grade de docteur dans les différentes facultés étaient soumis, consistait dans la défense d'une thèse qu'ils avaient à soutenir, soit devant tous les professeurs de l'université, réunis en sénat académique, et dont la majorité prononçait l'admission ou le rejet des récipiendaires ; soit devant les membres de la faculté compétente, assistés du recteur et du secrétaire du sénat académique, qui avaient également voix décisive dans l'admission ou le rejet des aspirants.

lis frais des divers examens étaient fixés ainsi qu'il suit : i° Pour le grade de candidat dans les lettres et dans les

sciences 1. 30

2° Pour le grade de candidat en droit ou en médecine < aO

5° Pour le grade de docteur dans les lettres. * GO

4° Pour le grade de docteur dans les autres facultés. < 100 Personnelle pouvait être considéré comme étudiant, ù moins de s'être fait inscrire , avant l'ouverture des leçons académiques, chez le recteur de l'université, au tableau des étudiants. Il devait produire un certificat constatant, qu'après avoir parcouru le premier degré du haut enseignement, il avait été jugé capable par les professeurs d'une école latine ou d'un collège communal, de fréquenter les leçons académiques. N'étaient pas admis à l'inscription, ceux qui, par une sentence légale, avaient été bannis d'une autre université pour cause de mauvaise conduite. Les frais de l'inscription s'élevaient à 5 florins, outre ce qui devait être payé aux appariteurs. L'inscription n'avait d'ailleurs son effet que durant l'année académique courante : à l'expiration de ce terme, chacun avait la faculté de se fuire

298 HISTOIRE DE l/lNSTRUCTION PUBLIQUE.

inscrire de nouveau , afin d'être encore considéré comme étudiant l'année suivante. Le droit de recensement était d'un florin.

L'étudiant devait se conformer aux lois et aux statuts de l'université ; il devait également signer ces statuts au moment de son inscription. La surveillance immédiate de la conduite et des mœurs appartenait au recteur. L'étudiant était oblige d'obéir sans réserve à ce fonctionnaire, sauf recours au conseil académique , s'il croyait qu'on lui avait fait tort ; la désobéissance, dans le cas où le conseil académique jugeait que le recteur n'avait pas outrepassé ses pouvoirs, était punie, suivant les circonstances, soit par un coyisilium abeundi, ou par une relégation. Pour encourager le mérite, chaque université proposait annuellement des prix qui consistaient en huit médailles d'or de la valeur de 5011., ou la valeur en espèces. Ces médailles étaient décernées aux meilleurs mémoires en réponse aux questions mises au concours. Les élèves proprement dits des universités pouvaient seuls concourir. La distribution des médailles se faisait dans la séance publique consacrée à la remise solennelle du rectorat. Pour exciter davantage l'émulation, des annales académiques étaient publiées par chaque université. Ces annales contenaient : 1° Le discours par lequel le recteur résignait annuellement ses fonctions ; 2* les pièces couronnées an concours ; 5" une liste des dissertations inaugurales, ou défendues sub prœsidio, de l'année courante. I.rs seconrs destinés aux étudiants peu favorisés de la fortune, consistaient en 87 bourses; elles étaient réparties par portions égales entre les trois universités, de manière qae chacune en possédait 29 de 200 fl. Ces bourses étaient conférées par les curateurs, pour une année; mais si l'étudiant continuait à se distinguer par sa bonne conduite .et ses succès, il pouvait conserver la jouissance de sa pension pendant six ans '.

• Le gouvernement voulut aussi rétablir les nombreuses liourses fondées,

Les professeurs des trois universités étaient fonctionnaires de l'État.

Les émoluments du professoral ordinaire consistaient : i°dans un traitement lixe de 3,200 fl. pour les professeurs des universités de Louvain et de Liège, et de 2,500 fl. pour ceux de l'université de Gand; 2° dans la répartition égale entre tous les membres de la faculté des sommes payées par les élèves pour l'obtention des grades académiques, déduction faite de ce qui en était du à l'université, au recteur et au secrétaire ; 3° dans le partage entre les professeurs de toutes les facultés, d'un dixième de ce qui était perçu par le recteur, de chaque étudiant qui se faisait inscrire; 4" dans les avantages pécuniaires qu'ils devaient retirer des fonctions académiques extraordinaires (les fonctions de recteur magnifique, de secrétaire du sénat

depuis de longues années, par la générosité privée, en faveur des hautes études, dans les provinces du midi. Un arrêté royal du 96 décembre 1818 décida que l'administration des domaines, les bureaux de bienfaisance et les commissions des hospices cesseraient, à partir du I-' jauvier 1819, d'avoir droit à la jouissance des biens, bois et rentes appartenant à des fondations de bourses ou de collèges. Cette administration devait, autant que possible, être rendue aux personnes qui avaient été nommées à cet effet dans les actes de fondation. Dans le ras on la volonté des fondateurs ne pouvait plus être suivie en tout ou en partie, le ministre de l'instruction publique était chargé de proposer au roi, pour y suppléer, des mesures analogues au but qu'avaient eu en vue les fondateurs. Un second arrêté, en date du 2 décembre 1823, vint compléter les dispositions de celui du 26 décembre 1818. et régler d'une manière définitive l'administration des bourses de fondation. Toute fondation dut avoir un administrateur ou plusieurs, un receveur et des proviseurs. Lorsque les administrateurs n'étaient pas désignés par l'acte de fondation, leur nomination appartenait au ministre de l'instruction publique. Dès qu'une bourse devenait vacante, les collaleurs devaient l'annoncer par des insertions dans un des journaux les plus répandus des provinces où étaient présumés se trouver les intéressés : ils étaient tenus de se conformer scrupuleusement aux conditions et aux règles établies par les fondateurs, pour juger de l'habileté des candidats et du choix à faire parmi eux.

académique) que chacun d'eux était appelé à remplir à sou (oui*.

I^es professeurs extraordinaires et les lecteurs pouvaient aussi toucher les rétributions de leurs élèves; mais, comme ils n'étaient pas membres d'une faculté, ils n'avaient pas droit à participer aux émoluments indiqués ci-dessus.

Trente années de professorat académique ordinaire donnaient an titulaire droit à une augmentation du quart de son traitement fixe. Le professeur qui atteignait l'âge de soixante et dix ans était déclaré émérite ; toutefois, il conservait la jouissance intégrale de son traitement, ainsi que des émoluments affectés à son emploi. Il lui était libre de continuer à enseigner, et, dans ce cas, on lui adjoignait un professeur ordinaire ou extraordinaire. Pouvait encore être déclaré émérite, tout professeur qu'une incommodité mettait dans l'impossibilité d'exercer plus longtemps ses fonctions, ou qui avait atteint l'Âge de soixante ans, dont trente-cinq consacrés à renseignement académique dans le pays. Les professeurs émérites de cette catégorie jouissaient d'une pension de 500 11., augmentée, pour chacune des années de service autres que les cinq premières , du trenteciuquième du traitement ordinaire qui leur était payé au moment de la demande de pension*

Le costume des professeurs ordinaires et extraordinaires était un habit noir couvert d'une toge également noire. Les lecteurs portaient l'habit noir et le chapeau retroussé à trois cornes.

L'administration de chaque université était confiée à un collège de curateurs, composé de cinq personnes distinguées autant par leur amour pour les lettres et les sciences, que (Kir le rang qu'elles tenaient dans lu société '. Les curateurs étaient

' M. Waller. nommé inspecteur général de renseignement par arrête (in » août 1H3S. fut charue" spécialement de surveiller les trois universités belges.

nommes (Kir le roi, et choisis au moins pour trois cinquièmes dans lu province où l'université était établie; les deux autres pouvaient être choisis dans les provinces adjacentes. Le président de ce collège devait habiter la ville qui était le siège de l'université.

Le corps académique était représente par le recteur et par les professeurs ordinaires, assemblés sous la présidence du premier; cette réunion portait le titre de senatus academicus. Quand les curateurs jugeaient nécessaire de traiter des intérêts majeurs de l'université avec le senatus academicus , le recteur, d'après leur vœu, convoquait une assemblée combinée qui portail le titre de senatus amptisnmus. Le sénat avait le droit, afin de maintenir l'ordre et la discipline, de donner tels édita et statuts que l'intérêt de l'université exigeait , pourvu qu'ils ne fussent pas en opposition avec les règlements généraux. Ces édits et statuts devaient être rédigés en langue latine, et publiés au nom du recteur et du sénat. I -a dignité de recteur de l'université, qui donnait le titre de rector magnifiais , n'était pas à vie; elle passait annuellement (au 1 er octobre) d'une faculté à une autre. Avant la (in de l'année académi» que, le sénat présentait à cet effet , à l'agrément du roi, une liste de deux professeurs de chaque faculté. Le recteur de l'année précédente, en transmettant ses fonctions à son successeur, prononçait un discours latin, dans la grande salle des exercices de l'université. Ce discours, qui devait toujours être consigné dans les annales acadhniques , contenait : I" un aperçu historique de ce qui s'était passé à l'université pendant l'année précédente; 2" une notice des professeurs décédés pendant cette année, avec une idée sommaire de leur vie ou de leur mérite littéraire; on joignait à la fin de ce discours une liste supplémentaire complète de tous les écrits que les professeurs avaient publics ou qu'ils destinaient à l'impression. Les sceptres académiques (fasces academiœ) , de même que le grand sceau de l'université, étaient déposés chez le recteur.

Lorsque celui-ci se rendait officiellement à l'académie, un appariteur portant le sceptre le précédait.

Outre les assemblées générales dont nous avons parlé, les professeurs de chaque faculté se réunissaient en assemblée particulière. Chaque professeur présidait annuellement a son tour, comme doyen, ces assemblées de la faculté, auxquelles appartenait la collation des grades académiques.

Telle était l'organisation universitaire décrétée par l'ordonnance royale du 25 septembre 1810; elle n'était pas parfaite, mais on l'accepta avec reconnaissance, parce qu'elle substituait des établissements complets aux institutions incomplètes léguées par l'empire.

On ne peut ôter à Guillaume I" la gloire d'avoir relevé en Belgique les écoles de tous les degrés; sous ce rapport, le i oi des Pays-Bas méritait assurément la gratitude de ses sujets. Il serait même injuste, comme l'a dit un publiciste', de faire au gouvernement déchu un crime de son intervention dans l'instruction publique; car cette intervention était naturelle et légitime : c'était un de ses premiers devoirs constitutionnels. Ce qu'il faut lui reprocher avec énergie, c'est d'avoir dépouillé complètement les particuliers, les communes et les associations . d'un de leurs droits les plus précieux, et de l'avoir usurpé au profit de ses idées personnelles ; de leur avoir enlevé une des garanties que proclamait en termes formels la loi fondamentale du royaume. Une lutte s'engagea donc bientôt entre ceux qui revendiquaient cette garantie et le monarque qui ne voulait pas renoncer à ses vues exclusives.

Bien qu'il eût déjà froissé par d'autres mesures vexatoires les justes susceptibilités de ses sujet» catholiques, Guillaume, tout en étouffent la liberté d'enseignement, s'était contenté

• Urinai, De l'état actuel de l'instruction publique, elc.

d'abord d'en ordonner la réorganisation. I)e temps en temps néanmoins, des actes entachés d'une certaine violence décelaient le but que le monarque voulait atteindre. Un arrêté du 18 septembre 1818 avait supprimé le collège épiscopal de Gand et désorganisé un autre établissement ecclésiastique fondé à Saint-Nicolas ; une ordonnance du 2 juillet 1822 statua des pénalités contre ceux qui exerceraient sans autorisation l'état d'instituteur primaire. Le gouvernement avait surtout en vue les corporations religieuses ; on put s'en convaincre deux ans après. Une ordonnance, en date du 1" février 1824, rendit les dispositions de 1822 applicables aux associations , soit civiles , soit religieuses, qui étaient vouées à l'instruction publique, ou qui s'en occupaient accessoirement ; i personne, disait encore l'arrêté, ne pourrait en être reçu membre, ni être admis à y faire des vœux temporaires, s'il n'était muni d'un brevet de capacité délivré par les agents du pouvoir. » Le gouvernement, dominé par ses sympathies pour la Néerlande, avait également statué par l'arrêté du 15 septembre 1819, dont nous avons déjà parlé, qu'à dater du 1 er janvier 1823, il ne pourrait être présenté pour les places ou emplois que des personnes ayant la connaissance nécessaire de la langue nationale (c'est-à-dire du hollandais) '.

Ces actes préludèrent à l'asservissement complet de l'in-

1 Ce fut Guillaume lui-même qui eut la malencontreuse idée d'imposer la langue néerlandaise aux Belges. N'ayant pu l'empêcher de réaliser ce funeste dessein, Falck résolut cependant de retarder autant que possible la mise à exécution des arrêtés concernant la langue nationale. Or, le monarque sut très-mauvais gré à Falck de sa prudence. On raconte à ce sujet l'anecdote suivante : Le professeur de littérature hollandaise de l'Athénée de Bruxelles s'étant présenté un jour à l'audience du roi, celui-ci lui demanda comment allait la langue nationale depuis les derniers arrêtés. Le professeur, qui était un balave fanatique, répondit que le ministre tenait encore les arrêtés dans son portefeuille. A la suite de cette audience, Guillaume eut une explication avec M. Falck ; et le fidèle ministre fut envoyé à Londres.

struclion religieuse et civile. Guillaume avait fait connaître son système en 1816; il l'avait complété pendant les années suivantes ; il le poussa en 1825 à ses dernières conséquences. Les arrêtés de 1825, calqués sur ceux de Joseph II, réveillèrent celle vieille opposition qui avait naguère ébranlé le trône du monarque autrichien; et dès lors s'engagea, entre le fanatisme calviniste et le clergé belge, puis entre deux peuples forcément unis, celte lutte mémorable qui devait aboutir à la révolution de 1830.

Quel était le but de la politique intérieure du roi des Payslias?

Fidèle au système qui lui avait été imposé par la Sainte- Alliance, Guillaume voulait élever une barrière réelle entre la France et la Belgique, en séparant les intérêts de ces deux nations, en poussant les Belges dans une voie qui différait essentiellement de celle où Charles X désirait entraîner les Français. Pour atteindre ce but, Guillaume ne vit d'autre moyen que de faire des provinces du nord et du midi une monarchie parfaitement homogène. Mais Guillaume poursuivait une chimère; la fusion complète de la Belgique et de la Hollande était impossible, parce que les deux peuples, sans parler de leur rivalité , avaient des intérêts moraux tout-à-fait distincts; on était réduit, par la force même des choses, ù passer sur la Belgique le niveau hollandais, ou sur la Hollande le niveau belge ». Or, la Nécrlande ayant toutes les sympathies du descendant des stathouders, ce fut la Néerlande qui devint le type nalional ; et tous les efforts de Guillaume tendirent à créer une Belgique hollandaise. En 1825, le roi proGta du mutisme auquel il avait condamné la presse nationale par d'injustes persécutions', du calme profond

1 Voy. Nolhotnb, Essai sur la révolution belge de 1830.

• L'art. 227 de la loi fondamentale portait : « La presse étant le moyen

le plus propre à répandre les lumières, chacun peut s'en servir pour eom-

- muniquer ses pensées, sans avoir besoin d'une permission préalable.

« Néanmoins, tout auteur, imprimeur, éditeur ou distributeur, est respon-

dont jouissait le pays, pour mettre au jour des mesnres concertées, dit-on, avec les princes protestants de l'Allemagne 1 . Mais ces mesures n'étaient elles-mêmes que le corollaire d'un plan tracé d'avance. Dès la formation du Royaume-Uni des Pays-Bas, la Hollande avait invoqué la suprématie du pouvoir civil, comme son unique égide contre la domination du clergé, de quelque culte que ce fût; et en adoptant l'art. 296 de la loi fondamentale, elle avait voulu fonder sur l'instruction publique la liberté de conscience et d'examen en matière religieuse. Guillaume, considérant ainsi l'enseignement public comme la pierre angulaire de l'édifice social créé en 1814, exigeait qu'il fût complètement assujetti au pouvoir civil ».

A quoi donc servaient les enseignements de l'histoire? Trentecinq ans auparavant, Joseph 11 avait voulu établir la suprématie complète du pouvoir civil sur le pouvoir religieux , et il avait échoué dans cette tentative ; il avait voulu tyranniser la conscience de ses sujets, et il avait été puni par un soulèvement général : cet exemple ne devait-il pas arrêter Guillaume? An reste, les réformes qu'il méditait étaient peut-être plus dangereuses que celles du monarque autrichien; Joseph ne voulait qu'assurer le triomphe de la philosophie du xviii" siècle, Guillaume voulait assujettir la Belgique catholique à la Néerlande calviniste.

« sable des écrits qui blesseraient les droils, soit de la société, soit d'un « individu. « lais l'inique arrêté du 20 avril 1815, dont on fil un si déplorable usage, vint bientôt suspendre cet article qui consacrait la liberté de la presse. Ce fut en vertu de l'arrêté du 20 avril 1815 que des condamnations furent prononcées conlre l'abbé De Foere, rédacteur du Spectateur belge; Slévenotte, rédacteur du Frai libéral; Vanderstraelcn, auteur d'un ouvrage intitulé : De l'état actuel du royaume des Pays-Bas, etc. Au reste, les étals généraux eurent la faiblesse, en 1818, de convertir en loi l'arrêté du 20 avril 1815.

' Voy. Hist. du royaume des Pays-Bas, par M. de Gerlarhe, 1. 1, p. 374.

' ». Van Alphen a fait cet aveu dans la 2' chambre des Étals-Généraux, le 28 septembre 1830.

30G HISTOIRE 1>E L'INSTRUCTION ITBMOIK.

Laltenlion publique ne pouvait dédaigner alors la situation intérieure de la France. Coïncidence singulière! Charles X s'avançait de même que Guillaume vers un abîme, pour avoir adopté un système tout aussi funeste, mais dans un autre sens, que celui du monarque hollandais. Ce système, dénoncé à l'Lurope par les mémoires si acerbes du comte de Montlosicr, * tendait à remettre insensiblement au clergé la puissance du

gouvernement. La conrirégation, tolérée par Louis XV III, avait pris à l'avènement de son successeur 1 une extension inquiétante ; déjà même la société de Jésus, qui -gouvernait le parti religieux, ne craignait plus d'avouer son existence. Cette corporation fameuse, supprimée en 4 775, avait été rétablie en 1844 par une bulle de Pie VU. Le chef de l'Église exposait d'abord qu'il avait permis aux jésuites réfugiés en Russie d'observer la règle de saint Ignace, et qu'il avait étendu cette disposition à ceux qui avaient trouvé un asile dans le royaume des I)eux-Siciles ; rappelant ensuite les malheurs qui avaient accablé l'Église, et le dépérissement de la discipline des ordres réguliers, il annonçait qu'il accueillait favorablement les sollicitations nombreuses adressées à Rome en faveur d'un ordre jadis proscrit, c Nous nous croirions coupable d'une grande faute aux yeux « de Dieu (ainsi s'exprimait le pontife) , si dans d'aussi pres- • sants besoins, nous ne nous pressions pas de faire usage du « secours avantageux que Dieu, par un effet particulier de sa « providence, veut bien nous fournir, et si, nous trouvant placé « dans la nacelle de Pierre , agitée par de continuelles tem- « pètes, nous dédaignions de robustes et expérimentés ra-

■ meurs qui se présentent a nous pour briser les flots de la « mer, qui à chaque instant menacent de nous engloutir. De

■ si nombreuses et de si bonnes raisons, et d'aussi graves « causes, nous ont porté à exécuter ce que nous désirions ext trêmement dès le commencement de notre pontiGcat. Après

• G septembre 1824.

DE L IMSTRUCTION PUULIQUK.

« avoir par de ferventes prières imploré le secours du Tout- « Puissant , après avoir demandé les avis et reeueilli les voix « de plusieurs de nos vénérables frères , les cardinaux de la • sainte Église romaine, de notre science certaine et de la plé- « nitudede notre pouvoir apostolique, nous avons résolu dorc donner et de statuer , comme en effet par la présente eon- « stitiilion nous ordonnons et statuons pour toujours, que i toutes les concessions et facultés que nous avions seulement < accordées pour l'empire de Russie et le royaume des Deux-

■ Siciles, soient maintenant étendues et considérées comme

■ étendues, comme en effet nous les étendons, à tout notre État « ecclésiastique, ainsi qu'à tous les autres Etats et royaumes. » Depuis longtemps , quelques membres de l'ordre des jésuites avaient également pénétré en France sous le nom de Pères de la Foi; ils s'étaient maintenus sous le consulat, malgré la dissolution de leur établissement , et ils se maintinrent encore sous l'empire, grâce à la protection du cardinal Fesch et de plusieurs évéques. La restauration fut pour l'ordre une é|K>que mémorable; par un retour soudain de fortune, il se vil plus puissant que tous ses adversaires, soit qu'ils combattissent au nom des doctrines du xvm* siècle, ou bien [>ar dévouement pour les Bourbons '. Un historien dévoué à la dynastie de Charles X dépeint en ces termes la domination des jésuites pendant les dernières années de la restauration : « Louis WIN n'avait pas une piété assez profonde pour protéger efficacement l'ordre • de Saint-Ignace ; toutefois, l'ordonnance royale qui plaçait les petits séminaires en dehors des lois de l'université favorisa la domination des jésuites sur tout le système d'édu-

• Le parti religieux croyait, de sou cote, que le trône des Bourbons reposait sur Tordre des jésuites. A propos des ordonnances Porlalis et Feutrar sur les p«:liLs séminaires, un publicisle s'exprimait ainsi : • Ministres du roi, qu'avez-vous fait eu frappant les jésuites? fcpou va niable attentat!!! vous avez frappé de mort la race des Bourbons. « Coup d'œil rapide sur l'instruction publique, depuis 1780 jusqu'en 182», par l'abbé Martin Dutbeil.

cation publique : ils curent des maisons à Dole , à Bordeaux , à Sainte-Anne d'Auray , à Montmorillon , à Aix, à Forcalquier,

a Bîlloiu , sous la direction centrale de Montrouge et de Saint- Achcul '. Les évéques prêtèrent les mains à cette violation des lois existantes. Ce qui faisait leur force, c'était surtout celte hiérarchie d'affiliation qui leur donnait partout des protecteurs et des appuis. L'habile fondateur de cet institut avait appelé en quelque sorte le genre humain à seconder la congrégation qu'il avait établie. Sous le nom vulgaire de jésuites à robe t ourte, ou pouvait admettre tout laïque à participer à la vie et ù l'esprit de la société. Je ne puis dire le nombre de grands seigneurs et de noms remarquables qui furent affiliés aux jésuites; dos pamphlets l'ont affirmé de Charles X.... > L'histor rien à qui nous empruntons ces détails 1 énumère ensuite les associations qui se rattachaient à l'ordre, les moyens d'influence qu'il possédait en attirant dans ses collèges tous les enfants de l'aristocratie, et en peuplant les administrations publiques de ses créatures. « Avec une habileté peu commune , les jésuites ne s'oubliaient jamais les uns les autres dans la grande carrière de la fortune; les supérieurs suivaient jusqu'au dernier de

■ Dans la session de 1826, M. Frayssinous, ministre des affaires eedésiasliques. avouail que sur 180 séminaires, les jésuites n'en avaient que 7.

■ Capefigue, Hist. de ta restauration et des causes qui ont amené ta chute de ta branche aînée des Bourbons, 5«- partie, livre u*. — Un écrivain qui condamne le monopole universitaire et déplore l'absence de Véducation dans le système fondé par Napoléon, signale en ces termes les fautes de la restauration : << La restauration, suivant une pensée autant politique que religieuse, tendait à rendre une grande place au catholicisme dans réducalion. Les hautes positions de renseignement et la direction des collèges étaient confiées à des prêtres. Une sorte d'inquisition s'exerçait sur les opinions religieuses des chefs d'institution et des professeurs; des exercices de piété multipliés, et même des missions, étaient introduits dans les collèges. En outrant les choses, on dépassait le but, on le manquait. » De l'éducation publique dans ses rapports arec la famille et arec l'État, par M. Corne, membre de la chambre des députés de France (Paris, 1844). page 42.

leurs élèves; ils les réunissaient dans les grandes solennités de l'année; ils ne cessaient de les façonner à leur commune impulsion. Des membres de la chambre des pairs étaient affiliés au saint ordre; il avait la majorité dans la chambre des députés. Une main invisible conduisait tous ces fils, commandait la pensée du gouvernement et sa marche politique; de la ces projets et ces mesures toutes conçues sous une commune inspiration, et qui entraînaient la France en dehors de ses mœurs et tourmentaient son indifférence. > On pouvait donc déplorer en même temps le fol orgueil de Guillaume d'Orange et la faiblesse ou l'aveuglement de Charles X.

Ce fut le 14 juin 1825 que le roi des Pays-Bas manifesta l'intention d'asservir complètement l'instruction ecolésiastique, en publiant deux arrêtés , dont l'un plaçait toutes les écoles, sans distinction, sous la surveillance du gouvernement, et dont l'autre instituait le collège pkilotophique.

Dans le premier arrêté , le roi statuait qu'aucune école ne pouvait dorénavant être établie sans l'autorisation expresse du département de l'intérieur; que tous les collèges devaient être soumis à la surveillance de ce département ; que toutes les écoles latines non confirmées par des arrêtés antérieurs devaient être fermées avant la Gn du mois de septembre 1825, à moins d'avoir été reconnues avant celte époque par le ministre de l'intérieur; que, néanmoins, celte reconnaissance ne pouvait s'étendre qu'aux écoles latines civiles ; enfin , que les évéqucs pouvaient ériger des maisons d'éducation destinées exclusivement à recevoir et à former des personnes pour l'état ecclésiastique, mais que ces jeunes gens devaient néanmoins recevoir l'instruction littéraire dans les écoles civiles , collèges ou athénées.

Par la seconde ordonnance , qui instituait le collège philosophique, Guillaume faisait rentrer l'instruction préparatoire des jeunes lévites dans les attributions de l'autorité civile. Le préambule expliquait l'arrêté : le monarque voulait que les jeunes

catholiques romains pussent terminer convenablement leurs humanités et \cuv philosophie avant d'entrer dans les séminaires cpiscopaux; il avait égard, disait-il, aux représentations de quelques chefs du clergé; enûn, il voulait favoriser les moyens de former des ecclésiastiques capables pour l'Église catholique romaine '. Pour atteindre ce but , le monarque instituait près l'uue des universités des provinces méridionales du royaume , un établissement qui recevrait la dénomination de collège philosophique. Les élèves reçus dans cette institution seraient autorisés à porter l'habit ecclésiastique, mais après avoir été reçus préalablement comme étudiants dans la faculté des lettres. On les exemptait d'ailleurs du service de la milice, s'ils déclaraient se vouera la théologie; et, d'un autre côté, en affectant au nouvel établissement un grand nombre de bourses, on espérait peupler immédiatement les classes. L'enseignement du collège philosophique devait comprendre : la littérature nationale, — la littérature latine, — la littérature grecque, — la littérature hébraïque, — l'éloquence, — la logique, — l'histoire des Pays-Bas, — l'histoire universelle, — l'histoire de la philosophie, — l'histoire ecclésiastique, — la morale, — la métaphysique, — le droit canonique. Les élèves devaient eu outre s'appliquer à la littérature allemaude et française, et recevoir des notions su Misantes sur la physique, la chimie, l'économie rurale et l'histoire naturelle. Le ministre de l'intérieur devait proposer au roi trois professeurs, après avoir entendu l'archevêque de Malines ; il devait, au reste, choisir de

• «• Les uns attribuaient l'idée première des malencontreux arrêtés au fanatisme de M. Van Nnanen: d'autres, à M. Goubau, directeur du culte catholique, ancien janséniste, semi-théologien, semi-philosophe, fort entiché des projets de Joseph II ; d'autres, à M. Van Gobbelschroy. Hais ceux qui virent de près ourdir toute celle intrigue ne sauraient douter que son principal moteur ne fût le roi lui-même, et que si MM. Goubau, Van Maanen, Van Gbeerl et autres y apportèrent le tribut de leur bonne volonté ou de leur coopération, ils n'étaient que ses instruments. •• Hist. du royaume des Pajs-Bas, par M. de Gerlache, t. H*.

HISTOIRE DE LINSTBl'CTION l'IBMQUE. 311

préférence des prêtres catholiques romains , et en tons cas , des personnes de cette religion. Un régent et des sous-régents, prêtres catholiques romains, devaient être nommés de la même manière. L'archevêque de Malines était nommé curateur a vie du collège philosophique. D'une main on faisait cette concession, tandis que de l'autre on dépeuplait 1rs séminaires. Un article portait que, deux ans après l'ouverture du collège philosophique, il ne serait plus donné aucune leçon de philosophie dans les séminaires épiscopaux, et qu'au même instant l'on n'admettrait plus dans les séminaires aucun élève, à moins qu'il n'eût achevé convenablement son cours d'études dans le nouvel établissement.

Par une singulière fatalité, Guillaume sembla vouloir imiter jusqu'au bout Joseph II; il plaça son collège philosophique dans le local même 1 qni avait servi à l'institut du monarque autrichien. On ravivait ainsi des souvenirs qui devaient discréditer le nouvel établissement , même avant son ouverture.

Une circulaire de l'administrateur général de l'instruction publique chargea les gouverneurs des provinces d'assurer la rigoureuse exécution des dispositions relatives aux écoles latines ou collèges. Suivant l'administrateur, le nombre des collèges s'étant trop augmenté depuis quelque temps , il devenait indispensable, dans l'intérêt de l'État, d'y remédier; il fallait aussi, d'après lui, comprendre dans les nouvelles dispositions les petits séminaires, afin de ne pas donner lieu à des plaintes fondées \ Pour obéir aux injonctions du ministère , les gou-

• Le collège du pape Adrien VI, à Lquvain.

• « Avant l'apparition des arrêtés de 18Î5, dit an publiciste national, les prêtres catholiques dirigeaient diverses maisons d'instruction moyenne : les rapports des États provinciaux de plusieurs provinces les présentent toutes sous les couleurs les plus avantageuses ; ils se répandent en éloges sur les méthodes et les principes des professeurs Quand bien même je n'aurais pas de faits antérieurs à faire valoir, proscrire une classe de citoyens ou établir des mesures restrictives, soit-en haine, soit en crainte

512 HISTOIRE DE l/l INSTRUCTION PUBLIQUE.

vcmcurs se virent obligés de fermer plusieurs collèges libres , tenus pur des particuliers, prêtres ou laïques, à Liège, à Floreffe, à Alosl , ù Matines. Le ministère n'épargna pas même ces humbles (rercs de la doctrine chrétienne qui, après avoir renoncé à tous les plaisirs de la vie , consumaient obscurément leurs monotones journées au milieu des enfants de la classe ouvrière. Us furent expulsés des villes de Dinant, de Namur, de Liège, de Tournai ; quelques-uns, même, qui étaient étrangers furent reconduits aux frontières par la gendarmerie, comme des vagabonds ou des banqueroutiers.

Malgré la réprobation presque unanime qui flétrissait ces premiers actes, le gouvernement poursuivit audacieusemenl l'œuvre qu'il avait commencée. Un arrêté du 11 juillet statua qu'à dater de ce jour, on ne pouvait plus admettre dans les séminaires épiscopaux de nouveaux élèves, excepté ceux qui auront convenablement achevé leurs études préparatoires au collège philosophique. Une autre ordonnance royale , en date du 14 août, voulait atteindre les familles catholiques qui envoyaient leurs enfants dans les écoles religieuses de France. Guillaume interdisait l'entrée des universités nationales et du collège philosophique à tous les jeunes Belges qui , après le 1 er octobre 1825, iraient étudier les humanités hors du royaume; ceux qui se trouveraient dans ce cas, ainsi que ceux qui feraient dans des écoles étrangères leurs études académiques ou théologiques , seraient exclus de tous les emplois dont disposait le gouvernement, ainsi que des fonctions ecclésiastiques '. Enfin, une troisième ordonnance, en date du 20 nocivité, n'est ni sage ni prudent; c'est s'affaiblir soi-même, s'enlever gratuitement l'affection d'une partie de la nation. « Examen de quelque» questions relative» à l'enseignement supérieur dans le royaume de» Pays-Bas, par C. De Brouckere.

• Au mois de décembre 18Î5, M. Dotrenge divulguait à la tribune de la 2*- chambre des états généraux que le collège de Saint-Acbeul renfermait en 1851 plus de 80 élèves de toutes les parties de la Belgique.

HISTOIRE DE L'INSTRUCTION l'DRMQUE.

verni. n décidait que les jeunes gens reçus dans les séminaires épiscopaux, après le 11 juillet, ne pourraient continuer à y séjourner; étaient seulement exceptés de celte mesure les élèves qui prouveraient par des certificats, qu'ils avaient reçu des leçons de philosophie dans lune des Universités du royaume.

c II résultait de ces dispositions, dit M. de Gerlache, que les grands séminaires allaient demeurer deux années sans recevoir de nouveaux élèves; qu'ainsi il y aurait dans la collation des ordres sacrés deux années d'interruption , pendant lesquelles il serait impossible de remplacer par de jeunes prêtres ceux que la mort avait moissonnés. »

Les chefs du clergé n'avaient pas tardé à revendiquer avec énergie leurs droits, ouvertement méconnus ou menacés par Guillaume. Le baron Goubau, directeur des cultes, avait adressé , par ordre du roi , au prince de Méan , archevêque de Malines, l'arrêté qui le nommait curateur du collège philosophique. Le prélat, vieillard infirme et valétudinaire, répondit noblement dans les termes suivants : « Je ne dois pas vous dis- « simuler, M. le baron, que les deux arrêtés du 14 juin ont « été un coup de foudre , non-seulement pour les chefs de dio- « cese , mais pour tout le clergé en général , et pour tous les « catholiques qui tiennent encore à l'ancienne religion des « Belges , parce qu'on en redoute les conséquences les plus

< funestes : c'est l'avis qui m'en est parvenu d'un bout du • royaume à l'autre. Je ne vous dissimule pas non plus, M. le « baron , l'extrême perplexité dans laquelle je me trouve par « suite de ces (Jeux arrêtés, perplexité qui est au-dessus de « mes forces physiques et morales. D'un côté, si je fais à S. M. « les représentations que mon devoir m'oblige de lui foire , je «crains d'encourir sa disgrâce; et de l'autre, si j'y adhère

< nûment et simplement , je suis perdu de réputation dans l'o-

< pinion publique, non-seulement du royaume des Pays-Bas, « mais de tous les pays catholiques qui ont les yeux ouverts

c sur la conduite que je vais tenir. » M. Goubau se rendit alors lui-même à Malines pour vaincre les scrupules de l'archevêque et lui faire accepter d'emblée la curatelle du collège philosophique. Cette démarche étant également restée sans succès , M. Goubau adressa au prélat une nouvelle lettre dans laquelle il le menaçait en termes grossiers et offensants de la colère du monarque; sachez, disait-il, que S. M. tient, (Tune manière dont on ne peut guère se former d'idée, à l'exécution de ses arrêtés'. Voyant que le monarque restait inflexible, les évèques écrivirent à Rome pour savoir ce qu'ils devaient faire dans le cas où le gouvernement voudrait passer à l'exécution des arrêtés du 14 juin. Voici la réponse adressée au nom du souverain pontife, à l'arcnevêquc de Malines. c S. S. a fait adresser une c très-forte réclamation au gouvernement de S. M. le roi des * Pays-Bas, au moyen d'une note officielle remise à M. le che- « valier Keinhold, envoyé en cour de Rome. S. S. jugera ultéc rieurement, et selon le cours des circonstances, ce qu'il t convient de statuer; entre temps, elle est d'avis que tous les

< ordinaires doivent procéder et agir de commun accord, et se t tenir purement passifs, si le gouvernement belge procédait à c l'exécution de ses ordres. S. S., dont le cœur a été pénétré « de la douleur la plus vive par la lecture des deux arrêtés, « est convaincue que la réclamation commune sera digne des t chefs de diocèse dont elle émane , et qu'elle sera modelée

< sur celle qui a été faite par les ordinaires de la Belgique t en 1787, contre le séminaire général établi à Louvain par « Joseph II, et qu'ils n'auront pas perdu de vue la déclaration c donnée par le roi des Pays-Bas, le 18 juillet 1815, en vertu « de laquelle il assure à la religion catholique son état et sa c sûreté. > Malgré l'intervention du saint-siége , Guillaume lit procéder, comme on l'a vu, à l'exécution forcée des arrêtés du 14 juin.

• Do Gcrlache. ibid., t. ni (Pièces justificatives).

Cependant la lutte, déjà établie entre le monarque hollandais et le clergé belge, devint plus sérieuse lorsque la représentation nationale s'alarma à son tour pour la liberté religieuse menacée par Guillaume. La session de 1825-1836 fut donc plus orageuse que toutes celles qui l'avaient précédée ; elle eut pour résultat de diviser l'assemblée en deux grands partis dont la fusion était désormais impossible. Celui qui allait devenir un des plus redoutables défenseurs de la liberté de l'enseignement, M. de Gerlache, a dépeint l'aspect de la deuxième chambre des états généraux en octobre 1825. t Parmi les 55 catholiques du midi , dit-il , il y avait un assez grand nombre d'hommes sages, également attachés à la religion , au pays et au roi. Dès les premiers jours de notre arrivée à la Haye, tous s'expliquaient ouvertement sur la faute capitale dans laquelle le gouvernement venait de tomber : c 'était, disaient-ils , le devoir de chacun de l'éclairer. Mais à mesure que l'instant de la discussion approchait, leur zèle et l'indignation allaient se refroidissant. Les uns avaient découvert que le roi voulait le maintien des arrêtés, et ils disaient qu'il serait dangereux de le heurter; qu'il valait mieux recourir à des représentations officieuses en évitant le bruit et le scandale. Les autres, qui craignaient de compromettre leurs places ou leur crédit, avaient pris le parti de garder un silence prudent. Mais cela ne faisait pas le compte du roi, qui, pour imposer davantage aux catholiques, voulait engager les membres les plus influents de la seconde chambre et les plus attachés à la religion , à prendre la défense de ses nouvelles écoles. 11 sollicita donc vivement les députés sur qui il pensait avoir le plus d'ascendant , soit à cause de leurs fonctions, soit à cause des faveurs dont il les avait gratifiés, à prendre la parole dans l'assemblée ; mais tous s'en excusèrent pour ne pas compromettre, soit leurs principes, soit leur réputation. Quelques-uns de ces hommes politiques promirent toutefois de faire des instances auprès de ceux de leurs collègues qui avaient annoncé formellement l'intention d'attaquer

HISTOIRE DE l'iMSTRUCTION l'UBLIQt t.

les arrêtés, pour les en détourner, s'il était possible. Mais comme ils n'y réussirent point, le gouvernement, mécontent de leur peu de franchise, leur en voulut presque autant qu'à ses adversaires déclarés. * Nous avons dit que les arrêtés de 1825 eurent pour résultat de diviser la représentation nationale en deux grandes fractions : mais ces deux partis n'offraient pas la même cohésion , la même homogénéité ; les députés du nord semblaient unis au gouvernement par des liens indissolubles, taudis que les députés du midi ne suivaient encore pour la plupart qu'en tremblant les athlètes de la liberté religieuse. Les chefs de l'ancienne opposition, MM. Rcyphins et Dotrenge, se réconcilièrent même avec le gouvernement, plutôt que de renoncer aux vieilles opinions du* xvnr* siècle sur V éducation nationale.

Ce fut dans la séance du 43 décembre, à propos du budget annal, que la discussion s'ouvrit sur les arrêtés du mois de juin. M. Fabri-Longrée prit le premier la parole pour s'élever contre la tendance joséphiste du gouvernement : « Si les privilèges « étouffent l'industrie, dit-il, combien ne serait-il pas a crain- « dre qu'ils ne compriment ceHe qui est la clef de toutes les » autres. Elevons la voix et mettons à découvert aux yeux du

* gouvernement le piège qu'on lui tend ! Et qui doit plus que « vous, et qui peut mieux que vous l'éclairer sur cette matière,

• et détruire les préventions que l'on cherche à faire naître ! « L'avez-vous remarqué? C'est le moment où jusqu'au germe t des dissensions religieuses et financières qui ont afflige « plus ou moins nos provinces est étouffé, que l'on choisit « pour faire craindre de voir revivre des prétentions surannées, « qui ne feraient nulle part moins fortune que chez nous. » À M. Fabri succéda M. de Stassart qui fit une spirituelle critique des ordonnances sur l'enseignement. « Je regrette, disait i l'orateur, ces écoles fondées par un philosophe chrétien, « l'abbé Delasalle, dont l'estimable Nieuwenhuyzen , ministre « mennonile à Monikendam, devint l'émule dans la Hollande;

HISTOIRE DE l/lNSTRUCTION PUBLIQUE. 517

« elles avaient été rétablies en 1805, lorsque la France s'occupait du soin de reconstruire son édilice social. Je les re-

• grelle, parce qu'elles étaient excellentes; je les regrette, parce que j'aime la concurrence. Le droit d'instruire ses en-

• fants est d'ailleurs inhérent à l'autorité paternelle, et ce n'est pour ainsi dire que par une délégation du père de famille

• qu'il est transmis aux instituteurs. 11 faut donc laisser à cet

• égard le plus de liberté possible, afin que chacun choisisse le

• mode d'enseignement qu'il croit le meilleur : surveiller les écoles, n'est pas la même chose qu'en faire le monopole... Que

. l'on ne voie pas sans un vif déplaisir des Belges aller faire . leur éducation dans les pays voisins, je le conçois; mais le

• moyen de prévenir cet Unis est-il de réduire le nombre de

• nos pensionnats , de supprimer , par exemple , celui de Flo- » reffe, dirigé par un ecclésiastique dont la sagesse et l'esprit

• de conciliation avaient contribué puissamment au concordat

• de I8(M '? En agir de la sorte, n'est-ce pas s'exposer au reproche encouru par l'université de France pour avoir arbi-

« Irairement fermé le collège de Sorrèze?» M. de Gerlache, dont la parole grave et incisive devait faire la plus grande impression, combattit le système du monarque avec les armes du raisonnement et de l'expérience. L'orateur soutint qu'à la liberté d'instruction se rattachaient toutes les autres libertés politiques et religieuses, ainsi que les droits des pères de famille; asservir l'instruction, c'était, suivant lui, porter atteinte à la liberté de la presse et à la liberté des cultes; du reste, il prouva que le gouvernement n'avait point été mû par l'intérêt de la religion en créant le collège philosophique. On qualifiait de jésuite* les adversaires du gouvernement ; M. de Gerlache répondit par ces paroles conciliantes : « On a peine à « s'expliquer pourquoi tout ce tapage de journaux , toutes ces

• précautions contre des hommes auxquels ou a dit une fois

• M. le chanoine Btllefnml.

< pour toutes qu'on ne voulait point d'eux ! Pourquoi tout notre « clergé est-il en émoi , à cause des jésuites qui sont en France, « et qui ne sont pas chez nous? Certes, je suis loin de croire « que nous soyons à ce point dépendants de la politique, bonne «ou mauvaise, de nos voisins? En France, la guerre aux jé- « suites se complique avec la guerre aux ministres, l'opposition

< et le 3 p. c. ; et voilà pourquoi elle y est si acharnée. Mais en « France même , vous voyez déjà la première cour souveraine « du royaume se montrer aussi hostile à leur égard que les « anciens parlements. Cet exemple prouve que la presse et les « tribunaux suffisent pour réprimer leur doctrine , quelle

< qu'elle soit , et qu'il ne faut point pour cela de menaces ex- • iraordinaires. Je crois que nous*avons sagement fait de les « éloigner de chez nous; car sans vouloir examiner jusqu'à « quel point les reproches qu'on leur fait sont tondes , il nous « suffit que leur présence soit propre à réveiller de fâcheuses « discussions, pour reconnaître qu'une politique prudente a « pu les écarter, même dans l'intérêt de la religion, qui n'aime i que l'ordre et la paix '. Mais c'est précisément pour cela que i je voudrais, qu'au nom de Dieu, il ne fût plus question de «jésuites! à moins qu'on ne veuille en faire bientôt un cri de « ralliemeut aussi funeste à l'État qu'à la religion, et que nous ■ ne soyons déjà fatigués de notre bonheur et de notre repos! « Il serait déplorable qu'à cause d'eux on subverlit presque

M. de Gerlache a depuis rectifié ces idées inexactes sur les jésuites (ce sont ses expressions), dans l'introduction à VHist. du royaume des Pays-Bas. <• Que Ton veuille bien se souvenir, dit-il aussi dans une note, que ceci fut écrit en 1835 ; que pour l'amour de la paix, nous désirions faire au gouvernement (que nous voulions alors supposer sincère dans ses appréhensions du jésuitisme) toutes les concessions imaginable», afin de prévenir de grandes calamités. Nous commettions néanmoins une faute grave, dont nos adversaires surent tirer parti; en restreignant le principe de la liberté absolue nous affaiblissions notre cause, bien loin de la rendre meilleure. -

t lout le système d'instruction publique. C'est, je crois, encore « pour soupçon de jésuitisme qu'on a renvoyé les frère» de la « doctrine chrétienne, qui étaient si propres à l'enseignement « des pauvres, et qu'on rappellera peut-être un jour pour cette t raison.... » M. de Sécus termina cette séance si intéressante par un discours, dans lequel il réclamait pour le clergé catholique cette liberté qui lui était garantie par la loi fondamentale. Le lendemain, l'assemblée continua à s'occuper de la question de l'enseignement. On entendit d'abord M. Surmont de Volsberghe, qui Ht connaître sans détour l'expression de la véritable opinion publique sur les arrêtés du 14 juin. Puis M. de Sasse d'Yssclt vint occuper pendant plus de deux heures la tribune ; cet orateur transporta' le débat sur le terrain de la théologie; il combattit les ordonnances du 44 juin, en s'appuyant sur lesconciles,surMoreri,Feller, Stockmans, VanEspen,etc. '. Mais ce fut surtout dans la séance du 15 que le débat devint bruyant; les adversaires delà liberté de l'enseignement se montrèrent enfin pour combattre M. de Gerlache et ses amis. M. Van Utenhove van Heemstede prit énergiquement la défense du collège philosophique : c Cette institution , tant calomniée, c s'écria-t-il , n'est pas seulement un acte très-sage du gou- < vernement, c'est une mesure commandée par la nécessité , « puisque le clerqé catholique, et même le haut clerqé, est encore t plongé dans les ténèbres de l'iqnorance, et se montre animé c du plus intolérant fanatisme. > Le parti belge protesta par ses murmures contre cette attaque furibonde; et pour couper court à ce triste débat , l'assemblée adopta une motion de M. de Stassart , de laquelle il résultait qu'on renoncerait aux discussions théologiques. Mais il était difficile de tenir cet engagement; aussi fut-il encore plus d'une fois question de

• M. de Sasse fit imprimer son discours à la Haye sous forme de brochure avec ce titre : - Opinion de Lèopold de Sasse d'Yssclt, émise le 14 décembre 18Î5, o l'occasion du budget annal. ■ 40 patfes in-8«.

520 HISTOIRE I>h l'instruction publique.

théologie dans les discours de Reyphins et de Dolrenge, qui clôturèrent celte discussion le 10. ileyphins approuvait fort la création du collège philosophique, parccque de cet établissement sur lira il un clergé i us t ru il et éclairé, t Le gouvernement, di- « sait-il aussi , ne doit pas se borner à surveiller l'instruction « publique , mais il doit encore la diriger ; il doit avoir soin « que les jeunes gens soieul instruits dans de bons priucipes , t dans des principes conformes à nos mœurs et à nos inslilu- « tions. > M. Dotrenge soutint les mêmes opinions, en joignant l'ironie aux plus sanglantes invectives contre les jésuites et les ultra mon tains ; son discours était d'ailleurs intéressant par les recherches historiques auxquelles l'auteur s'était livré '. Le gouvernement, ayant ramené à lui les chefs de l'ancienne opposition, crut avoir remporté une victoire éclatante. Dès lors , Guillaume méprisa hautement, suivant M. de Gerlache, ce qui ne lui sembla il qu'une velléité d'opposition catholique.

Il faut dire aussi que le gouvernement avait trouvé des défenseurs dans la presse aussi bien qu'à la tribune. Beaucoup de brochures , les unes assez plates , les autres plus mordantes, virent le jour à l'occasion du collège philosophique. Un écrivain anonyme soutint gravement la proposition suivante : que l'enseignement de la théologie, par l'institution du collège philosophique, restait intact, et tel qu'il avait subsisté jusqu'alors; seulement, ajoutait-il, parce que l'instruction préparatoire était incomplète, on avait renouvelé les statuts exigeant que l'on prit des degrés dans la faculté de» art» avant de passer en théologie \ Un autre justiGait en ces termes l'œuvre de . Guillaume : t II ne s'agit point ici de théologie. Ceux qui ont voulu embrouiller la question se sont obstinés à comparer le

• M. Dotrenge fit également imprimer sous forme de brochure le discours qu'il prononça dans la séance du 16 décembre.

> Entrerai-je au collège philosophique? Louvain, octobre 1835, in-8» de 15 pages.

HISTOIRE DK. l/lNSTRl CTION l'I HUOI K.

collège philosophique au séminaire générai de Joseph 11 ; tandis que ce n'est qu'une école préparatoire, où les élèves qui se destinent à l'état ecclésiastique iront terminer leurs études académiques, comme autrefois ils étaient tenus de le faire à cette même université de Louvain; car, par une attention délicate, en dotant le présent d'un immense bienfait, on a mènaqè les souvenirs du passé H montré la' plus grande condescendance pour les affections pojmlaires qur s'attachent à un lieu plutôt qu'à un autre '. > Mais les écrivains catholiques s'empressèrent de faire connaître le piège que cachaient ces séduisantes paroles; on distingua dans le nombre l'auteur de VAvis d'un diplomate. Plus tard, l'enseignement hétérodoxe de certains professeurs ne laissa plus aucun doute sur les tendances du gouvernement en matière religieuse ; alors la lutte devint plus vive; on ne se contenta plus de disserter sur le caractère de l'institution, on stigmatisa des doctrines qui froissaient les croyances du plus grand nombre. < Fasse le ciel , s'écriait alors un publiciste ecclésiastique, fasse le ciel que d'autres combattent mieux que nous pour la religion attaquée devant une jeunesse à qui on devrait inspirer le zèle pour la défendre ! Et nous du moins, ministres de cette sainte religion éplorée, animons-nous de courage à la vue de ces doctrines impies qui l'attaquent et l'outragent. Aucun monstre n'est plus redoutable que cette fatale indifférence, ce sommeil de la foi, cette dangereuse neutralité qui met toujours la vérité à part, laisse la religion pour ce qu'elle est , et nous rend chrétiens en l'air , fidèles quand on le peut et quand on le vent. Encore une fois, détestons cette barbare impassibilité.... Nous distinguons entre la tolérance politique, civile et religieuse, ta tolérance politique regarde les gouvernants; la tolérance civile ne semble pouvoir être plus sincère ni plus étendue que celle que les

' Qu'est-ce que le collège philosophique ? Ihid., in-8»(t<> 9» paftes.

HISTOIRE DK l/iNRTRUCTION PUBLIQUE.

catholiques belges exercent de fuit ù l'égard de tous; mais la tolérance religieuse ou théologique, par laquelle on transige avec les principes, n'est plus tolérance ; c'est dans le fond une vraie apostasie '. »

En 182(5, le gouvernement avait repris les négociations avec le saint-siége pour régulariser par un concordat les prérogatives des évéques et des chapitres. Plusieurs personnes crurent que dans un moment où le monarque voulait se réconcilier avec le chef de l'Kglise, il modifierait les rigoureuses dispositions des arrêtés de 1825. Vaine illusion! Guillaume lui-même voulut détromper ses sujets trop crédules; le gouverneur du Uainaut fut obligé d'adresser à ses administrés la circulaire suivante : c L'établissement que le roi, dans sa sollicitude pour « l'instruction de ses peuples et sa bienveillance particulière c pour le clergé catholique romain, a fondé l'année dernière en t faveur des jeunes Belges qui se destinent à l'état ecclésiasc tique, applaudi par ta nation et vanté par les peuples voisins , « a trouvé des détracteurs parmi quelques hommes qui sont

< disposés toujours à s'inquiéter des perfectionnements, à c méjuger des institutions nouvelles; et c'est au moment même « où S. M. veut consolider les intérêts de la religion dans ses

< États en renouvelant les négociations avec le saint-siége, qu'il f a été malignement insinué à quelques familles, que désor- « mais les dispositions des arrêtés royaux des 44 juin et 44

< août 1825, sur l'instruction publique, ne seraient plus aussi c rigoureusement exécutées. Le gouvernement, prévenu de ces « insinuations imprudentes, était disposé à les laisser couvertes t du dédain qu'elles méritent ; mais le roi, étendant ses senti- « ments de bienveillance personnelle jusqu'à ceux mêmes qui

• Coup d'œil sur la doctrine enseignée dans le collège philosophique à Lourain , par l'abbé D. A. J. J. Bruxelles , 1829, in-8» de 79 pages. — L'auteur avait surtout en vue les cours du professeur Winssincer et du père de Greuve.

IIISTOIRK M LINSTHICTION l'i Bl lui I . 32.>

< ne savent pus apprécier ses bienfaits, n'a pas voulu que des » jeunes gens dénués d'expérienee pussent èlre détournés de « leur vocation et devenir viclimes de coupables menées. Kn « conséi|uence , d'après l'autorisation de S. M., j'ai l'honneur

< de rappeler une dernière fois aux autorités publiques et aux « habitants de la province dont l'administration m'est conGée,

< que l'instruction publique est un' apanage constitutionnel et « inaliénable delà couronne des Paus-Uas ; que les dispositions i des arrêtés royaux des 14 juin el 14 août 1825, qui sont « exclusivement dans les attributions de l'autorité royale, ne t sauraient faire l'objet d'aucune négociation politique, et ne « sauraient èlre modifiées par aucun concordat ou autre traité; « que ces dispositions sont absolues et irrévocables, et que le

< gouvernement les maintiendra dans toute leur vigueur... > Le concordai avec le saint-siége fut néanmoins conclu le 48 juin 1837; mais dès le mois d'octobre, le ministre de l'intérieur (M. Van Gobbelschroy) adressa aux gouverneurs une lettre confidentielle de laquelle il résultait que cette convention était considérée comme non avenue. A propos du collège philosophique, le ministre disait : « La bulle du 16 des calendes de c septembre règle l'enseignement dans les séminaires et tend « à les placer entièrement et exclusivement dans les mains des

< évéques; mais cette bulle n'èst admise par S.* M. qu'avec les t réserves que les lois de l'Etat exigent. L'exécution de cette « bulle sera donc aussi subordonnée aux principes que ces lois t ont consacrés, restera en harmonie avec eux, et ne pourra, « de quelque manière que ce soit , leur porter atteint» Kicn c donc à cet égard n'est changé à l'ordre de choses existant. »

Cependant, après les orageux débats de 1825, la deuxième chambre laissa reposer pendant près de trois années la question de l'enseignement; mais durant «elle espèce de trêve, le monarque, en maintenant son système impopulaire, laissait aussi s'accumuler les griefs de la nation. Lu 1828, le gouvernement usa néanmoins d'une tactique qui dénotait de l'adresse; soit

qu'il voulût transporter lu question de renseignement sur un autre terrain, soit qu'il voulût montrer toute sa sollicitude pour celle brandie du service public, il provoqua une espèce d'enquête scientifique sur l'état de l'enseignement supérieur

Des publicistes compétents se chargèrent alors de démontrer que l'organisation décrétée par l'arrélé-loi de 1816 laissait beaucoup à désirer. M. de Brouckère soutenait que les établissements intermédiaires entre les athénées rovaux et les écoles primaires étaient des espèces desupcrfétalions; que les trois degrés d'enseignement ne constituaient pas un système, ne formaient pas un ensemble complet dont les parties étaient classées dans un ordre successif \ D'autres écrivains prétendaient que les universités étaient impopulaires, impuissantes, c L'apathie, disaient-ils, que l'on a montrée à l'égard des universités, l'espèce de discrédit dans lequel elles sont tombées en naissant, la décrépitudcqui les a minées au berceau, viennent de lu mollesse de leur action, de leur défaut d'influence morale sur le pays. Klles devaient dominer avec autorité l'opinion en s'uiussanl d'abord à elle, et, par le caractère imposant de leur doctrine, la persistance énergique de leurs efforts, la noble générosité de leur enseignement, conquérir pour ainsi dire des lettres de bourgeoisie; au lieu de cela, il faut le dire, elles sont demeurées colonies exotiques, 'vraie superfétation morale et fiscale, sans empire sur la conscience publique, incapables par

• Par arrêté du 13 avril 1828, le gouvernement nomma une commission de dix membres, qui fut chargée de réviser les reniements sur renseignement supérieur et de proposer les modifications nécessaires. Parmi les dis membres dont se composait celle commission, on remarquait MM. »otrenge, conseiller d'Etal; C. De Brouckerc, membre de la seconde chambre des étals généraux; Uoilkvr-Curlius, également membre de la seconde chambre; le baron de Keverherg. conseiller d'fclal ; el Quelelet. alors professeur de mathématiques transcendantes à l'athénée royal de Bruxelles.

1 Examen de quelque» quentiom relative* à l'euteiqnement supérieur dans le royaume îles t'ayx-lia*

Page 1