‹ Essai Sur L'Histoire De L'Instruction Publique en ChineChapitre 3 sur 18 · LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU’AU TROISIÈME SIÈCLE DK NOTRE ÈRE · texte numérisé non relu

LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU’AU TROISIÈME SIÈCLE DK NOTRE ÈRE

§ 1*' — Établissements d’isstbuctios sols les ahgiess Empereurs Yao et Chou.

En examinant les citations rapportées dans le Wenhian-thoung-khao et l’Yu-haï, nous trouvons en première ligne la mention d’anciens établissements créés sous les Empereurs Yao et Chun, dont les règnes remontent aux 2 lx‘ et 23' siècles avant notre ère. D’après les textes , ils étaient destinés simultanément à l’entretien des hommes âgés, et à l’instruction des jeunes gens. Les citations relatives à ces établissements sont extraites de trois chapitres du livre sacré Li-ki , ou mémoires sur les rites. On lit dans le chapitre Wang-tchi ou du règlement impérial , Y' chapitre du Li-ki , fol. 35 v. de l’édition impériale : « Yeou-Yu (l’Empereur Chun) nourrissait les vieillards de l’État Koue-lao (c’est-à-dire les vieux officiers ou vieillards distingués par leurs vertus) dans le collège supérieur Chang-Uiang, et les vieillards du peuple Tchu-lao (c’està-dire les hommes très-âgés, les pères et grands-pères

de ceux qui étaient morts au service) dans le collège inférieur Hia-lsiang. » Je suis ici le commentaire impérial pour l’interprétation de ces deux expressions, les vieillards de l’État, et les vieillards du peuple. Selon ce même commentaire, le collège supérieur du temps de Chun et d’Yao, était le même établissement que l’on a appelé, depuis, la grande école ou le grand collège, Tlun-Hio; il était placé dans la banlieue occidentale de la capitale. Le collège inférieur était la petite école Siao-Hio , placée à l’orient du palais de l’Empereur.

Le deuxième passage est extrait du chapitre Wenwang-clii-tseu qui décrit les rites de l’éducation du prince héritier de l'empire, d’après les pratiques habituelles du sage Wen-wang, chef de l’Ouest au 13' siècle avant notre ère (1), et père de Wou-wang, fondateur de la dynastie Tcheou. On lit dans ce chapitre : « L’étude de l’écriture ou des livres avait lieu dans le collège supérieur Ouing-lsiang. » Le commentaire de l’édition impériale allirme que cet établissement remontait au temps de Chun, conformément au passage précédent du chapitre YVang-tchi.

Enfin , on lit dans le troisième passage : « Le grenier à riz Mi-lin , du Ming-lang , était le collège Tsiang de Chun. » Ce passage est extrait d’un autre chapitre du Li-ki, intitulé Ming-iang-wéi , d’après le nom d’un temple ou bâtiment sacré , construit dans l’enceinte du palais impérial des Tcheou, et consacré à des céré-

(1) Voyez le Chomking, chap. Si-pe-lcan-lou. Wen-wang était le chef de la tribu des Tcheou; il commandait dans l’ouest de la Chiuc, tandis que tout le pays compris entre le coude inférieur du neuve Jaune et la mer Orientale était encore soumis à la famille de Yn.

monies particulières que l’empereur accomplissait au commencement de chaque lune (1).

Du rapprochement de ces trois passages extraits du Li-ki, il résulte que du temps de Chunetd’Yao, il y avait près du palais impérial des établissements où l’on nourrissait des vieillards des classes supérieures et inférieures, et d’après le texte du deuxième passage, le premier au moins de ces établissements était destiné à l’étude des livres ou de l’écriture. Ma-touan-lin et l’auteur de l’Yu-haï rapportent ces mêmes citations dans leur section Thai-hio de la grande étude ou des établissements d’instruction supérieure annexés au palais impérial : mais , pour apprécier exactement la valeur historique que l’on peut attacher à chacune de ces citations du Li-ki , il faut se rappeler que nous n’avons pas ce recueil des rites anciens, dans son état primitif. Suivant la tradition, il fut rédigé par le prince Tcheoukong, frère de l’empereur Wou-wang, ou par des savants attachés à la cour des premiers empereurs ïcheou. On l’appelait alors le Li-king. Cette antique collection des rites, revue par Confucius et mentionnée fréquemment par Meng-tseu, fut brûlée avec les autres livres sacrés, vers la fin du 3‘ siècle avant notre ère.

(1) On peut voir le plan du Ming-lang, dans les planches jointes auv éditions impériales du Li-ki et du Tchcou-!i , dans le Dictionnaire chinois anglais do Morrison, t. I", I" partie, p. 512 v et i la On d’un mémoire sur le Zodiaque circulaire de Dendérah , par M. J. -B. Biot, imprimé dans le L XVI de la II* série des Mémoires de l'académie des inscriptions et belles-lettres. Un appendice juiut a ce mémoire présente la description des cérémonies accomplies par l’empereur dans le Mingtang , aux diverses phases de l’année solaire. Cette description a été extraite par H. Stanislas Julien du chapitre Youe-ling du Li-ki.

sur l’ordre du fameux empereur Thsin-chi-hoang-ti. Près de cent ans après cet incendie officiellement ordonné, on retrouva des fragments du Li-king ; on y joignit successivement des documents de dates diverses , et on en composa le Li-ki que nour avons.

Ce recueil ainsi restitué présente dans ses nombreux chapitres des espèces de mémoires sur les anciennes traditions religieuses et sociales , mélangés à des conversations sur les rites, entre Confucius et ses disciples. Tel qu’il est , cet ouvrage est admis par les Chinois au nombre de leurs livres sacrés , et son texte fait autorité dans les discussions sur la morale et l’étiquette, ainsi que dans les instructions adressées au peuple parles officiers supérieurs de l’administration (1). Mais pour la recherçhe spéciale dont je m’occupe en ce moment, comme les citations fournies par le Li-ki se rapportent à des temps antérieurs de plus de deux mille ans à l’époque de sa restitution , on peut être porté à douter de leur rigoureuse exactitude, lorsqu’il n’y a pas de texte intermédiaire entre les deux époques. Cependant, on ne doit pas non plus les rejeter, puisque les rédacteurs du nouveau Li-ki ont dû avoir à leur disposition des traditions anciennes, des documents originaux, qu’ils ont sans doute fait entrer dans leur travail. C’est pourquoi je n’ai pas dû me dispenser de rapporter les citations précédentes, en les présentant comme des

(l) Voter la traduction de l'édit sacré de l'empereur Khaug-hi par Milne. Le Ll-ki est cité dans tes développements joints à chaque maxime de eei édit par l’empereur Yong tchlng, fils et successeur de Khang-hi. Ces deux empereurs appartiennent à la dynastie Mandchoue qui a soigneusement adopté tous les rites de la civilisation chinoise.

souvenirs dont l’authenticité est admise par tous les auteurs chinois, depuis le 2e siècle avant notre ère.

S U. ÉTàBUSSUIENTS d'instruction SOUS LUS Hl*.

Après les règnes de Yao et de Chun , commence la dynastie de la famille Hia , dont la suprématie dura , selon la computation officielle , depuis le 23' jusqu’au 18' siècle avant notre ère. Après elle, la famille Chang ou Yn fut souveraine pendant un espace de temps à peu près égal, jusqu’au 12* siècle avant notre ère, époque à laquelle elle fut renversée par Wou-wang, le fondateur de la grande dynastie Tcheou. Les documents les plus positifs, que l’on ait sur ces premiers temps de l'histoire chinoise, sont contenus dans les trois livres sacrés que nous a transmis Confucius, le Chou-king, VY-king et le Chi-liing. Malheureusement, les deux premiers ne font aucune mention des écoles qui ont pu exister sous les dynasties Hia et Chang, et même ils se taisent sur les écoles de la troisième dynastie , celle des Tcheou, bien que, sous celle ci, l’agglomération primitive des planteurs chinois fût devenue un grand peuple, et formât un véritable empire. Le Chi-king, seul, nous offre, dans ses anciens chants nationaux , les noms de quelques lieux spécialement consacrés, sous la dynastie des Tcheou, à l’enseignement des jeunes gens ; mais les souvenirs recueillis dans ce livre curieux, dont j’ai présenté ailleurs l’analyse complète (1), ne remontent pas, sur ce

(1) Recherches sur les mœurs des anciens Chinois, d'après le Ohi It'iiiR, Journal asiatique, 1843.

Digitiz

sujet , au delà de cette troisième dynastie. Toutefois , nous trouvons les écoles des Hia et des Chang mentionnées dans divers passages des anciens monuments de la littérature chinoise; je vais les rapporter par ordre, en les classant d’après la valeur historique que je crois pouvoir leur assigner.

Je citerai d’abord le livre du célèbre philosophe Meng-tseu, qui vivait au milieu du k' siècle avant notre ère. On y trouve un passage précis sur les écoles des anciennes dynasties , où sont citées celles des Hia et des Yn (1). Meng-tseu s’adresse au prince du petit royaume de Teng (2) qui le consultait sur l’art de bien gouverner, et lui dit : « Favorisez la création d’établis- » sements tsiany, siu, hio et liiao , pour instruire vos » sujets. Tsiany, proprement c’est nourrir ; hiao, c’est » enseigner; siu, c’est tirer de l’arc. Les établissements » destinés à l’instruction du peuple étaient appelés sous »la dynastie Hia, hiao, lieux où l’on enseignait; sous » la dynastie Yn, siu, lieux où l’on tirait de l’arc; sous » la dynastie Tcheou , tsiany , lieux où l’on nourrissait. » Quant aux établissements hio ou écoles spéciales, ils » ont existé sous les trois dynasties. Ces quatre sortes » d’établissements servent à faire connaître aux hommes » leurs devoirs sociaux (3). »

Le commentaire explique que l’école spéciale hio

(1) Meng-tseu , lit I . chap. V. art. XIV.

(2) Le petit royaume de Teng ou Theng comprenait l'arrondissement de la ville actuelle de Theng dans la province de Chan-toung , lai. 35" 15' B , long. 115° h’ E.

(3) On pourra vérifier ce passage important dans l’excellente traduction du livre de Meng-tseu, que nous a donnée M. Stanislas Julien, liv. I", p. 180.

était un établissement d’ordre supérieur, placé dans la capitale impériale. Nous verrons en effet plus loin que, sous les Tcheou , l’instruction donnée dans cette école était réservée aux fils du souverain et des grands officiers de la cour. Les trois autres noms désignent des écoles pour les enfants du peuple voisin de la capitale , ou autrement des écoles de district. Depuis longtemps ils ont été employés en Chine dans le sens de collèges , écoles, gymnases de différents ordres. Ici, nous examinerons seulement le sens particulier que Meng-tseu donne à chacun de ces trois caractères. Il n’y a rien à dire sur le premier, expliqué par lieu d' enseignement. Le sens de tir de lare , attribué au second, paraît montrer que , sous la dynastie Yn , l’exercice de l’axe formait une partie importantede l’éducation du peuple. Enfin , le troisième caractère, interprété par lieu où l’on nourrissait , indique que , dans les établissements des Tcheou , auxquels il se rapporte , on nourrissait aux frais de l’État des hommes âgés. Telle est l’explication du commentaire : nous verrons plus loin que ces deux termes siu, tsiang , rappellent deux cérémonies exécutées régulièrement par les officiers des districts et cantons dans les lieux consacrés «Y l’enseignement du peuple.

Je citerai ensuite un ancien calendrier rural appelé Hia siao-tcliing , ou petit calendrier des Hia, et qu’une tradition, généralement admise en Chine, reconnaît pour avoir été réellement usité au temps de cette première dynastie. Quoique ce document ait été retrouvé seulement au second siècle de notre ère dans le tombeau de Confucius, les données astronomiques qu’il

fournit montrent qu’il doit certainement se rapporter à une époque très-ancienne. On y lit : Au jour Ting-hài de la deuxième lune (vers la fin de mars), on exécute la danse tvan; on entre dans l’école (1). Ce passage est cité par l’Yu-haï, comme indiquant l’époque de l’année où 6’ ouvraient les écoles.

Trois chapitres du Li-ki nous fournissent des notions plus étendues sur les établissements consacrés à l’instruction par la dynastie Hia : mais les dénominations qui se lisent dans ces chapitres diffèrent de celles que rapporte Meng-tseu.

On lit dans le V' chapitre du Li-ki, Wung-lchi ou du règlement impérial , qui passe pour avoir été rédigé sous sa forme actuelle au commencement du second siècle avant notre ère : « Les princes d’Hia nourris- » saient les vieillards de l’État ou anciens officiers de » l’administration supérieure dans le collège Sia de » l’orient, et les vieillards du peuple dans le collège Siu » de l’occident. »

On lit dans le X* chapitre Ming-tang -weï , que j’ai

(1) D’après le commentaire du I/ia-siao-tching ( collection Iloangthsingkingkiaï), cette école est la grande école annexée à la cour, autrement dite collège oriental Toung-siu. Le caractère Pk'au , Dictionnaire de Basile, 9037, signifie proprement 10,000. D’après le commentaire, il est étonnant de trouver ce nom appliqué 1 une danse solennelle sous les Hia, puisqu’il passe pour destiné à rappeler les 10,000 hommes qui vainquirent avec Tchingthang, chef des Chang, ou encore les 10,000 compagnons de WoH-wang, chef des Tcheou. Ces incertitudes du commentateur m’ont porté, dans une traduction précédente de ce morceau, i croire que le texte ne parlait pas réellement ici d'une danse , et que la grande école , placée dans le texte après la mention de l'époque des mariages , Indiquait seulement que l’homme entrait dans les occupations sérieuses. Je reconnais que 1 a traduction que j’ai faite alors ( Journal asiatique , t. X , IS'iO ) , doit être rectifiée.

déjà cité : « Le collège Siu (du temps des Tcheou)

» est le collège Siu des princes d’JIia. » Suivant l’explication du commentaire impérial , le collège Siu de l’orient était placé dans la capitale à l’orient du palais impérial , et le collège Siu de l’occident , était dans la banlieue occidentale de la capitale. Le premier était la grande école ou école de premier ordre, Tha'i-Uio ; le second était la petite école ou école des enfants, Siao- Hio.

D’après le chapitre Wen-wang-chi-tseu , fol. 29 du IV' kiven, édition impériale, les élèves du collège de l’orient apprenaient les quatre sortes de danses qui devaient être exécutées dans les grandes cérémonies.

Elles sont appelées danses avec le bouclier, avec la lance, avec la flûte, avec la plume (1), suivant la nature de l’objet que chaque danseur tenait à la main. i

De l’ensemble de ces trois passages et des explications du commentaire impérial , il résulte que ces collèges Siu des Hia étaient des établissements analogues aux Hio de Meng-tseu , écoles spéciales placées dans la capitale ou près de la capitale , et d’un ordre supérieur aux écoles du peuple. Ces collèges Siu auraient alors servi, comme les Tsimu/ de Chun, à recueillir les hommes âgés et à donner l’instruction aux jeunes gens. Le chapitre Wang-ichi du Li ki présente, fol. 30 et suivants de l’édit, imp., quelques détails sur le rite ^

adopté par les souverains des premières dynasties,

(1) C 'était une grande plume il un oiseau nommé 7'i, Dictionnaire, tir Basilq, 8251 , et qui parait être un faisan 5 longue queue, Dictionnaire de Morrison , partie II, 1017R..

dans les visites qu’ils faisaient à ces sortes d’hospices, et dans les repas qu’ils offraient aux vieillards. Je me dispenserai de rapporter ces détails d’étiquette qui consistent principalement dans l’indication de la couleur des vêtements de l’empereur et du nom donné au repas solennel qu’il présidait. Ils me paraissent étrangers à mon sujet.

S III. — Établissements d'instruction sous la dynastie Yn ou Chanc.

Passons à la dynastie suivante , celle des Yn. Le même chapitre Wang<chi du Li - Ici rapporte que : « Les princes de cette dynastie nourrissaient les vieil- » lards de l’État ( Koue-lao ) ou vieux officiers de l’ad- » ministration dans l’école Hio de droite, et les vieil- » lards du peuple ( Tchu lao) dans l’éeole Hio de gau- » che. » Nous voyons revenir ici le terme Hio comme dans Meng-tseu, et le commentaire impérial nous apprend que l’école de droite était l’école de premier ordre ( Thai-Hio ) placée dans la banlieue occidentale de la capitale , tandis que l’école de gauche , identique avec l’école du second ordre ( Siao-Hio ) , était à l’orient du palais impérial , disposition inverse de celle que les Hia avaient adoptée. On lit encore dans ce chapitre Wang-iclü : «à soixante ans, les vieillards » étaient nourris dans l’établissement du chef-lieu de » la principauté ( Koue ). A soixante-dix ans ils étaient » nourris dans les écoles spéciales (Hio). * Ces Hio ser vaient d’ailleurs à l’enseignement sous la dynastie Yn, d’après ce que nous dit Meng-tseu , dans le passage que j’ai cité plus haut. I/Yu-haï (kiv. CX1 , fol. Av.),

ajoute encore , comme confirmation du même fait , un passage extrait du Cliangchou-ta-tchouen , grand commentaire du Chou-king , rédigé par Ma-young, auteur du commencement de notre ère. On lit dans ce comipentaire : « A 15 ans, on entre dans l’école du second » ordre ( Siao-hio ) ou petite école. A 18 ans on entre » dans la grande école ( Ta-hio ). » La glose du Chang-chou-ta-tchouen fait remonter à la dynastie Yn l’usage énoncé dans ces deux lignes, et identifie les Siao-liio et Ta-hio qui y sont nommés, avec les écoles spéciales de droite et de gauche que j’ai citées plus haut , d’après le Li-ki .

Suivant le chapitre Ming-lang-weï du Li-ki , ce serait encore à la dynastie Yn que remonterait l’usage de placer près du palais impérial un pavillon ou bâtiment destiné à l’instruction et appelé Kou-tsoung. On lit dans ce chapitre : « Le kou-tsoung désignait l’école spéciale » de la dynastie Yn. Les maîtres de la musique, les » aveugles y étaient honorés. » Dans le Chou-king (1), dans le Chi-king (2), ce mot, les aveugles (3), désigne généralement les musiciens, sans doute parce que les instruments de musique étaient habituellement touchés par des vieillards aveugles, qui ne pouvaient plus remplir un service actif. Kou signifie aveugle. Tsoung signifie honorer, rendre honneur. Kou-tsoung signifie donc la salle où l’on rendait honneur aux aveugles, c’est-à-dire , aux anciens musiciens. On y apprenait la

(t) Chou-king, cliap. Yn-Tchlny.

(2) Chi-king, part, ni, chap. I, ode VIII; pari. IV, chap. I , art. II. ode V.

(3) Hou, Dict. de Bas.. 6755.

musique et la danse comme dans te collège oriental des Hia (chapitre Wen-wany-chi-lseu).

Voilà tout ce que j’ai pu trouver sur l’enseignement national, au temps des deux premières dynasties. Cela ne suffit pas sans doute pour constater les détails de cet enseignement ; mais c’est assez pour montrer que les chefs chinois avaient déjà songé à l’établir.

S IV. — Établissements d'instruction sous la dtnastie Tcueob.

Au 42e siècle avant notre ère, commence la grande dynastie desTcheou qui détrôna la famille Yn, et dont les règlements sont encore aujourd’hui la base de l’organisation de la société chinoise. Les documents relatifs aux établissements d’instruction créés par cette dynastie , deviennent assez nombreux , et de nouveaux noms viennent s’ajouter à ceux que j’ai déjà rapportés. Sans doute , il y a encore ici du vague et de l’obscurité dans les souvenirs conservés par les textes chinois. Il faut toujours se rappeler la date de la rédaction de ces textes , pour apprécier rigoureusement leur valeur historique ; il faut se prémunir contre l’excès de l’admiration professée par les Chinois pour les institutions de leurs ancêtres. Mais cette exagération des anciennes vertus se retrouve à peu près dans l’histoire de tous les peuples, et pour en donner un seul exemple , il me suffira de rappeler la sage réserve observée par M. Naudet , dans son mémoire sur l’instruction publique chez les anciens Romains (1). Nous n’avons

(1) Mémoires de /’ Académie des inscriptions et belles-lettres , 11e série, t. IX.

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donc ici qu’à prendre les précautions ordinaires à la critique historique, et notre éducation européenne a même cet avantage de nous placer complètement en dehors des préjugés chinois. Occupons-nous d’abord des établissements d’instruction voisins de la capitale des Tcheou. Nous examinerons ensuite ce que cette dynastie paraît avoir fait pour l’instruction générale du peuple.

Art 1. — Écoles annexées 1 la capitale des Tcheou.

Ainsi que je l’ai annoncé , le chapitre du Li -ki intitulé Wen-wung-chi-tseu décrit l’éducation du prince héréditaire au temps des Tcheou, d’après le mode suivi pour Wen-wang et ses successeurs, dans leur jeunesse (1). Ce chapitre mentionne quatre établissements affectés à l’instruction, et annexés au palais impérial, savoir : le collège ou gymnase de l’orient, Toung-siu, placé d’après son nom à l’orient du palais, l’école supérieure, Cliang-tsiang , le pavillon ou la salle d’honneur des aveugles, Kou-tsoung, et la grande école, Tching kinn. 11 faut y ajouter l’école de la banlieue de la capitale, citée dans le même chapitre Wen-ioang-cki- v tseu. Voici les principaux passages dans lesquels paraissent ces différents noms.

« Ceux qui instruisaient le prince héritier et les » gradués littéraires ( Ilio-sse qui étudiaient avec lui)

» devaient observer les saisons de l’année (2). Au

(1) On se rappellera que Wen-wang était le chef du parti qui se forma dans l'ouest de la Chine, et que ce fut son fils Wou-wang qui porta le dernier coup i la dynastie Yn.

(2) Wen-wang-chi-iseu, èàil. impériale du U-ki , kiv. IV, fol. 29 et suiv.

» printemps et en été , ils enseignaient les danses avec » la plume et la flûte (1). Ces divers enseignements » avaient lieu dans le collège ou gymnase de l’orient, » Toung-siu. »

« Au printemps, on récitait des airs, en été, on jouait » des instruments à corde. L’intendant de la musique » donnait cet enseignement dans la salle d’honneur » des aveugles, Kou-tsoung; en automne, on étudiait » les rites , sous la direction des préposés aux rites ; » en hiver, on lisait les livres sous la direction des » préposés à l’étude des livres. L’enseignement des » rites avait lieu dans la salle d’honneur des aveugles » ou musiciens, Koit-tsoung; l’étude des livres avait » lieu dans le collège supérieur, Cliang-tsiang. »

'Nous avons vu plus haut que le chapitre du Li-ki , Ming-tang-wei , attribue à la dynastie précédente, celle des Yn , la première création de la salle d’honneur des aveugles, Kou-tsoung, et que, d’après le chapitre Wang-tchi , l’institution du collège supérieur Changisictng remonte à l’empereur Chun , qui régnait vers le 23e siècle avant notre ère. Le commentaire impérial répète ici la même tradition.

Le Kou-tsoung est cité dans la grande description des offices de la dynastie Tcheou, intitulée Tcheoukouan , offices des Tcheou , et connue généralement sous le nom de Tcheou- U, rites des Tcheou. On y lit, à l’article du grand supérieur de la musique , Ta-sse-yo, que « l’on honore les anciens musiciens dans le Kou-

(1) J’ai dit déjà plus haut, page 19 , <|ue les danseurs tenaient à ta main une flûte et une grande plume d’un oiseau 7Ï, de l'espèce du faisan.

» tsoung, lequel est un gymnase où l’on enseigne la » musique (1). » J’ai indiqué dans un mémoire précédent (2) la valeur des souvenirs consignés dans le Tchenu-li dont j’ai entrepris, depuis deux ans, une traduction complète. Je n’ai pas besoin de rappeler de nouveau ici l’autorité de cet ouvrage , qui offre la mine * historique la plus riche pour l’étude des anciennes institutions chinoises. La citation qu’il fait du Kou-tsouny est donc d’une grande importance.

Dans le gymnase oriental Towuj-siu, on recevait et on nourrissait des vieillards qui y discouraient ensemble. Ceci donnait lieu à une cérémonie lors de la création du gymnase, comme le montrent les passages suivants du chapitre Wen-iuang-chi-tseu. « Le sous • » intendant de la musique enseignait dans le gymnase » oriental ( Toung-siu J les rites observés à l’effet de » nourrir les vieillards réunis pour discourir ensem- » ble » ... Et plus loin :... « Lorsque l’on établissait le » gymnase impérial , on faisait des offrandes aux an- » ciens sages , aux anciens maîtres.... Alors on exécu- » tait un concert avec des instruments de musique.... » et en même temps on devait nourrir les vieillards. »

On répétait cette cérémonie à toutes les visites que l’empereur faisait au gymnase oriental ; on distribuait des aliments aux vieillards réunis , et on exécutait un concert, comme le dit un autre paragraphe de ce même chapitre Wen-wang-chi-iseu (Li-ki, kiv. IV, fol. 42, 43,

(1) Tcheou-li , klv. XVII , fol. 1 , édit impériale.

(î) Mémoire sur la constitution politique de la Chine , au XII' siècle avant notre ère , Imprimé dans le tome II des mémoires présentés par divers savants étrangers à l’académie des inscriptions et belles lettres.

édit, impér.). De même , dans le 5e chapitre du règlement impérial (Wang-tchi) , fol. 35, v., on lit : « Les

• hommes de la race Tcheou nourrissaient les vieil- » lards de l’État Koue-lao ou vieux officiers de l’admi- » nistration dans le hiao oriental , et les vieillards du » peuple dans le collège Tsiang de Ghun. Celui-ci était » dans la banlieue occidentale de la capitale. » Le commentaire ajoute : « lie Kiao oriental était dans la ban- » lieue orientale de la capitale. »

Le caractère Kiao (Dict. de Bas., 8595), a divers sens, entre autres celui de ferme, durable, et de réunion confuse. On ne peut donc traduire par un équivalent ce nom de Kiao oriental. Le commentaire impérial du chapitre Wang-tclii identifie ce Kiao oriental ou Toungkiao avec l’école de premier ordre ( Thài-Uio ) et dit qu’il était situé à l’orient du palais impérial. C’était donc un autre nom du gymnase de l’orient ( Toung-siu ). Suivant ce même commentaire , le collège de Chun était l’école du deuxième ordre ( Siao-hio ). Celle-ci est appelée aussi école occidentale , à cause de sa position par rapport au palais.

Les mêmes cérémonies sont citées dans deux autres chapitres du Li-ki, intitulés Tsi-ij. rites des sacrifices, et Hio-ki , détails historiques sur les écoles Hio. Le commentaire dit que ces écoles existaient dans la capitale du souverain et dans celles des princes feudataires.

« Le supérieur de la musique , dit le chapitre du rè- » glement impérial Wang-tclii , honore les quatre mé-

* thodes sacrées ( c’est-à-dire les quatre livres sacrés, » le livre par excellence, Cliou-king, et les livres des » chants versifiés, Chi-king, des rites, Li-king , enfin

» de la musique, Yo-king). 11 établit les quatre instruc-

» tions ; il se conforme pour la nomination des officiers » aux principes du livre des chants versifiés ( Clii ), du » livre par excellence [Chou) , des livres des rites et » de la musique des anciens souverains. Au printemps » et à l’automne, il enseigne les rites et la musique. » En hiver et en été il enseigne les chants versifiés et » l’histoire (1). » Ce passage est presque identique avec celui que j’ai déjà extrait du Wen-wang-chi-lseu. Le texte du chap. Wang-ichi ajoute : « Le prince hé- » ritier et les autres fils du souverain , les fils héritiers » des divers princes de la cour, les fils héritiers des » ministres King , des préfets Ta-fou, des premiers » préposés Youen-sse, les hommes choisis pour leur • mérite \ Tsun-siouen) dans le royaume, viennent en- » semble vers le supérieur de la musique, et entrent » à l’école suivant leur rang d’âge (2). »

D’après cette dernière citation et une autre analogue du chapitre Tsi-y , les fils de l’empereur recevaient la même éducation que les lils des grands officiers etétaient mêlés avec eux devant le maître. Nous avons déjà vu cette éducation commune mentionnée dans le premier passage que j’ai extrait du Wen-wang-chi-lseu.

(1) 11 y a dans le texte Chou , Dict. de Basile, 4019, livre ou écriture. Ce caractère opposé à Chi, vers ou chants versifiés , désigne évidemment, Ici comme plus haut , leChou-king ou livre par excellence. En le traduisant par • l'histoire, » j'ai rendu son sens d’une manière peut-être trop générale : mais j’ai voulu évller de répéter encore les noms des quatre livres sacrés, sur lesquels l’enseignement du grand collège était uniquement fondé.

(3) Dans la traduction de ce passage, j’ai mis tous les verbesau présent de l’indicatif. On peut tout aussi bien les mettre h l’imparfait, puisqu’il s’agit d'usages du temps des Tcheou réunis dans le X' chap. Wang-ichi.

Tous les élèves étaient sous l’inspection directe d’un officier spécial, nommé Tchou-iseu, et attaché au département du commandant des chevaux , Sse-ma , ou ministre de la guerre. Les fonctions de cet officier sont décrites à son article dans le Tcheou-li (1). On y lit : « Le Tchou-tseu réunit au printemps, dans l’école, » les enfants de l’État ( Koue-tseu) , c’est-à-dire les fils » des officiers supérieurs de la cour et les fils de l’em- » pereur. En automne , il les réunit dans la salle du » tir de l’arc; il les dirige dans leurs études et dans » les cérémonies ; il règle leurs places dans les danses » qu’ils exécutent. »

Ce Tchou-tseu est mentionné de même dans le chapitre du Li-ki, Wen-wang-chi-tseu. On y lit qu’il enseigne aux alliés du prince (compagnons du prince héréditaire) l’affection paternelle, et l’affection filiale, l’amour fraternel de l’aîné pour le cadet et du cadet pour l’aîné. Ce Tcliou-iseu était donc une sorte de précepteur chargé de guider les enfants de la grande école, ou des écoles impériales.

L’âge auquel les élèves étaient admis dans ces écoles, variait suivant le rang social de leurs parents. Ainsi, d’après le Pe-hou-lhoung , ouvrage du premier siècle de notre ère , le prince héritier entrait à huit ans dans la petite école Siao-hio, à quinze ans dans la gpande école Thaï-lûo ; d’après le Cluing-cliou-ta-tcliouen Vie Ma-yong, ouvrage de la même époque, les (ils héritiers des grands conseillers impériaux, Koung, et des ministres.

(1) Tcheou-li , kiv. XXXI, fol. A, 7, 8, édition impériale.

King, les premiers fils des préfets, T a- fou , et préposés de première classe , Chany-sse , entraient dans la petite école à l’âge de treize ans, et dans la grande école à celui de vingt ans. Ces enfants commençaient donc les deux séries d’études consacrées à un âge plus avancé que le prince héritier, dont l’intelligence devait dépasser celle de ses futurs sujets. On lit encore au même article de I Yu-liaï la citation suivante, extraite d’un chapitre du Li-ki, intitulé Keï-ise , règlement de l’intérieur. « A dix ans, l’enfant commence les occupations extérieures. » Cette phrase se trouve dans la dernière partie du Nèi-tse qui décrit les principales circonstances de l’éducation des enfants du souverain et des officiers

supérieurs. Elle se rapporte aux enfants mâles, qui paraissent donc avoir été généralement élevés dans l’intérieur de la famille au moins jusqu’à l’âge de dix ans.

Je placerai immédiatement ici la traduction de tout le passage du l\c"t-(se, qui me semble très-curieux. Il complétera utilement les détails que je viens d’extraire des autres chapitresdu Li-ki.

«A six ans, on enseigne à l’enfant les nombres » (1, 10, 100, 1000, 10,000), les noms des côtés du

■ monde (l’Oiieat, l’Occident, le Midi, le Nord).

» A sept ans , le garçon et la fille ne s’asseyent pas sur » la même natte ; ils ne mangent pas ensemble. A huit » ans , pour entrer et sortir à la porte de la maison ,

» pour se placer sur la natte , boire et manger, les » enfants doivent suivre (passer après) les personnes » plus âgées. On commence à leur apprendre à céder

■ le pas, ou à avoir de la déférence.

» A neuf ans, on leur apprend à distinguer les jours

» (c’est-à-dire le premier jour de la lune, le jour de la » pleine lune , et les noms des jours dans le cycle de » soixante). A dix ans , ils sortent, et commencent les » occupations extérieures ( on leur apprend la règle de » l’école). Ils demeurent un certain temps à l’extérieur » de la maison. Ils étudient l’écriture et le calcul.

» Pour leurs vêtements , ils n’ont pas de caleçons ou » pantalons en soie unie. Pour les rites (ou usages de » l’école), le maître commence, et les enfants suivent » ses mouvements. Le matin et le soir, ils étudient les » pratiques des enfants de dix ans. Ils interrogent ceux » qui sont plus âgés, et s’exercent à tracer les caractères » sur des planchettes de bambou ) et à prononcer.

» A treize ans, ils étudient la musique ; ils lisent à » haute voix les chants en vers. Ils dansent la danse » Tcho. Quand ils ont quinze ans accomplis , ils dan- » sent la danse Siany (1). Ils apprennent à tirer de » l’arc , et à conduire un char.

» A vingt ans, le jeune homme prend le bonnet viril ; » il commence à étudier les rites (convenables à l’homme » fait, c’est-à-dire , les cinq rites des événements heu- » reux ou malheureux, de l’année, de l’hospitalité et » du mariage). Il peut prendre des habillements en » peau , et en étoffe de soie unie, il exécute la danse » Ta-liin ( instituée par Yu). Il pratique sincèrement » la piété filiale et l’amour fraternel ; il étend ses con- » naissances, mais il n’enseigne pas (parce qu’il craint » que ses notions ne soient pas encore assez pures).

(1) On enseignait ces deux sortes de danses aux enfants , pour former leur corps. Voyei le Dictionnaire de Morrison , part. I , page 278.

» Il se renferme en lui-même, et ne se produit pas » au dehors.

» A trente ans, il a une épouse ; il commence à ac- » complir les devoirs de l’homme (il reçoit un champ » à cultiver, et s’acquitte des charges envers l’État), s II étend ses études, mais non régulièrement ( s’il y a » un sujet qui lui plaise , alors il l’étudie). Il se lie avec » des amis ; il compare la pureté de leurs intentions.

» A quarante ans , il commence à entrer dans les » offices publics de second ordre ; conformément à la » nature des affaires, il émet des propositions , il pro- » duit ses observations ; si les ordres (des supérieurs)

» sont conformes à la bonne règle, alors il remplit » son devoir et obéit; s’ils ne le sont pas, alors il se » retire.

» A cinquante ans, il reçoit les insignes supérieurs,

• il devient Ta-fou (préfet), et entre dans les affaires » de premier ordre. À soixante-dix ans, il quitte les » affaires.

» La fille, à l’àge de dix ans, ne sort plus ( de la » maison; dès qu’elle a atteint cet âge, elle reste » constamment dans l’intérieur). L'institutrice (la

• femme qui montre aux jeunes filles) leur apprend à » être polies et décentes , à écouter et obéir. La fille » s’occupe à filer le chanvre ; elle travaille la soie, et » en tisse diverses sortes d’étoffes. Elle apprend à faire » les ouvrages des femmes pour préparer les habille- » ments. Elle a l’inspection sur les sacrifices (c’est-à- » dire les repas) ; elle apporte le vin, les sucs extraits, » les paniers et les vases en terre, les plantes macérées » et les viandes hachées. Pour les cérémonies des

' » rites, elle aide à placer les objets qui sont offerts.

» A quinze ans , elle prend l’aiguille de tête (si elle » est fiancée) ; à vingt ans, elle se marie; si elle perd » son père ou sa mère à cet âge , elle se marie à » vingt-trois ans. Si c’est un mariage régulier , elle » devient femme légitime ; si c’est un mariage sans » formalités , elle devient femme du deuxième ordre. »

La traduction que je viens de donner , nous montre bien la séparation des études des enfants des deux sexes depuis l’âge de dix ans. Les filles, obligées de rester à l’intérieur de la maison , ne s’occupent que des ouvrages habituels aux femmes ; et d’après le silence du texte , elles n’apprennent ni à écrire ni à calculer. En effet, ces deux genres de notions ne sont citées que pour les études des enfants mâles , et ne sont données à ceux-ci que lorsqu’ils ont atteint l’âge de dix ans.

Après les deux collèges oriental et supérieur, Toung-siu , Chang-isiang , et le gymnase musical Koutsoung , les deux autres établissements cités par le chapitre H en-wang-chi-tseu comme voisins de la capitale, sont l’école de la banlieue et le Tching-kiun , littéralement école du perfectionnement et de l’égalisation. Voici le passage où se lisent ces deux dénominations (1) :

» Ceux qui choisissent dans l’école de la banlieue , » doivent prendre des individus sages et réunir les » hommes de talent. Les conditions du choix sont la » vertu, l’habileté dans les affaires , la facilité à s’ ex-

(1) Li-ki, ktv. IV, fol 31.

» primer ; ceux qui n’ont que des talents vulgaires » doivent tous s’instruire et attendre qu’on les choi- » sisse une autre fois. On fait cependant avancer en » rang ceux qui possèdent une des qualités requises. » On appelle ces étudiants ordinaires, hommes de » l’école de la banlieue ; on les éloigne de la grande » école, Tching-kim , et de ceux qui ont reçu la tasse » avec le vin des mains du souverain. »

Des détails consignés dans ce passage , il résulte : 1° que l’école de la banlieue était une sorte d’école secondaire , placée près de la capitale et ouverte aux enfants du peuple ; 2° que l’on choisissait les élèves les plus distingués de cette école pour les faire passer dans rétablissement supérieur, l’école de perfectionnement et d’égalisation , Tching-kiun , où ils recevaient comme distinction une tasse de vin des mains de l’empereur. On voit donc ici l’indication nette de la promotion, par examen, d’une école inférieure à une école supérieure, et le choix des candidats paraît s’étendre à tous les hommes de mérite , indépendamment de leur naissance. C’est ainsi que, dans un passage du chapitre Wang-lchi, déjà cité page 27, nous avons vu les individus choisis pour leur mérite dans le royaume ( Tsun siouen ) venir prendre part aux études de l’école destinée à l’éducation des enfants du souverain et dos officiers supérieurs. Ici , le texte dit positivement que ceux qui ne satisfont pas. à l’examen de promotion de l’école de la banlieue à l’école de perfectionnement , doivent tous continuer à étudier, et attendre qu’on les soumette à un nouvel examen.

Nous trouverons plus tard ce même système d’exa-

mens successifs établi sous les Han , avec la même permission de se représenter de nouveau accordée aux candidats refusés. Naturellement, on peut craindre qu’il n’y ait eu ici quelque interpolation dans les chapitres du Li-ki , auxquels nous avons emprunté nos deux citations, puisque leur rédaction actuelle, telle qu’elle nous a été transmise , ne remonte qu’au temps des Han. Mais nous présenterons plus loin d’autres citations d’un grand poids -, qui s’accordent avec les précédentes, et nous devons dire immédiatement que la promotion régulière du mérite , par voie d’examens, non-seulement pour l’admission aux écoles supérieures, mais encore pour l’admission aux places administratives , est reconnue par tous les auteurs chirfois les plus instruits, comme une institution de la dynastie Tcheou.

L’école de la banlieue, citée par le Wen-wang-clntseu , semble devoir se confondre avec le collège de Chun ( Yu-tsiang ) , dans lequel , suivant le chapitre Wang-tchi , les Tcheou nourrissaient les vieillards du peuple (voyez page 26). En effet, le commentaire impérial dit que ce collège était la petite école, placée dans la banlieue occidentale de la capitale.

L’établissement supérieur Tching-kiun paraît mentionné dans un passage du Tcheou-li, à l’article du grand préposé à la musique Ta-sse-yo , où on lit : « Le » grand préposé à la musique est chargé du règlement » du Tcking-kiun ( perfectionnement et égalisation ) , » pour diriger les études du royaume établi, et unir » entre eux les fils des officiers de l’administration , les » Koue-tseu , fils ou enfants de l’état ( dénomination

» qui correspondrait à peu près, dans nos anciens » usages, à celle de cadets royaux). » C’est à lasuitede ce passage que se trouve la citation de la salle Kouisoung consacrée à l’étude de la musique, citation que j’ai rapportée plus haut ( page 24). Le texte dit ensuite que le préposé à la musique enseigne aux Koue-tseu ou cadets royaux , non-seulement les accords de la musique , mais aussi la vertu, la bonne prononciation, la danse. Il est secondé dans cet enseignement par ses subordonnés, et il n’est plus parlé dans le texte ni du Tchingkiun ni du Kou-lsoung. Le Tcheou-li ne s’explique donc pas nettement sur l’établissement Tching-kiun , et encore ici , notre devoir de critique consciencieux nous oblige à rappeler que la rédaction que nous avons du Tcheou-li n’a été publiée qu’au premier siècle de notre ère, bien que la comparaison , faite continûment par les commentateurs de cette époque , entre les usages rapportés dans le texte du Tcheou-li et les usages de leur temps , montre évidemment que le texte principal de cet ouvrage remonte à la dynastie des Tcheou.

Le premier commentateur du chapitre Wen-ioangchi-tseu est bien plus hardi. Il fait remonter l’institution du Tching-kiun aux cinq anciens souverains Ti , dont le premier, Hoangpth, régnait vers le 28' siècle avant l’ère chrétienne. Yao et Chun sont les deux derniers Ti : conséquemment le Tching-kiun pourrait avoir existé avant les écoles de ces princes que j’ai mentionnées au § T . Mais ceci peut au plus être admis comme une simple tradition. Les anciens souverains Ti étaient des chefs de pasteurs qui conduisaient leurs

tribus dans la vallée inférieure du fleuve Jaune, et changeaient fréquemment de résidence. Ces tribus nomades commençaient à peine alors à savoir écrire et compter. 11 semble douteux que leurs chefs aient créé immédiatement des établissements régulièrement consacrés à perfectionner les connaissances du peuple.

J’ai dit plus haut (page 28) que les enfants ou cadets impériaux Koue-tseu étaient dirigés par un officier, nommé Tchou-iseu. D’autres officiers, cités dans le Tcheou-li , section Ti-kouan , étaient encore employés pour leur éducation. Ceux-ci dépendaient du directeur des corvées ou contributions Sse-tou. Ainsi , le Sse-clii ou grand instructeur enseigne aux Koue-tseu « les trois vertus, les trois pratiques. Il réside à gauche » de la porte du Tigre , et préside à la salle d’audience » du souverain. » Le Pao-chi ou conservateur, nommé

immédiatement après le Sse-chi , « instruit les. Koue- » tseu dans la bonne voie, leur enseigne les six devoirs, » et leur enjoint de garder les petites portes latérales » de la salie d’audience. Les six devoirs sont : les cinq » sortes de rites, les cinq sortes de musique, les cinq » manières de tirer de l’arc, les cinq manières de con- » duire les chevaux , les six genres d’écritures et les » neuf opérations du calcul , kieou-so (1). » Je rappel-

lerai que le nom du grand instructeur Sse-chi est cité par le Chou-king, chap. Kou-ming, conjointe-

ment avec les noms des divers officiers du palais.

(1) On trouvera dans ma traduction du Tcheou-li les explications des commentateurs sur les différentes sortes de notions ici indiquées par le texte. Kieou-so est le nom d'un ancien ouvrage de mathématiques, attribué ï Tcheou-kong. Il lut appelé plus tard Kieou-lchang.

Le nom des Koue-tseu se lit aussi en tète du huitième morceau du premier livre des Discours administratifs , Koue-yu, ancien recueil très-estimé, qui fut composé par Tso-kieou-ming, disciple de Confucius. Ce morceau commence ainsi : « L’empereur Siouen-wang (827-781 » avant J.-C. ) désira connaître ceux des koue-tseu qui » pourraient instruire et diriger des principautés feu- » dataires. Touan-yn-tchong répondit, etc. » 11 résulte de ce passage que Siouen-wang avait près de sa cour des écoles spéciales pour former l’instruction des enfants de la famille impériale et qu’il choisissait, parmi eux , ceux qui pouvaient être dignes d’être mis à la tête die principautés. Cette seule citation détachée a mérité à Siouen-wang la réputation de zélé promoteur de l’enseignement, et les empereurs de la dynastie Soung, au onzième siècle de notre ère, ont élevé un temple en son honneur, ii côté de celui du sage Wenwang, l’illustre père du fondateur de la dynastie Tcheou.

Deux odes très-anciennes du recueil sacré des chants nationaux , le Chi-hing , mentionnent un lieu d’instruction appelé Pi-yong, littéralement la tablette ronde entourée d eau. Ce Pi-yong était annexé au palais des chefs Tcheou, lorsqu’ils n’occupaient que l’ouest de la Chine, et n’avaient pas encore attaqué la capitale des Yn. La première de ces deux odes, appelée Ling-thdi (d’après les deux caractères qui la commencent , Chi-king, liv. III, ch. Ier, ode 8), .est faite pour célébrer les établissements du parc de Wen-wang. On y lit : «Comme Wen-wang aimait le gymnase Pi-yong ! » La seconde, l’ode Wen-wang-yeou-ching , liv. IJI , ch. 1, ode 10,

composée de même en l’honneur de Wen-wang et de son fils Wou-wang, dit: « Wou-wang avait dans sa capitale un Pi-yong. » Cette capitale était Hao-king , à peu de distance de la ville actuelle de Si-ngan-fou. — D’après le Li-thong ou Origine des Rites, « Le Pi- » yong était circulaire comme la tablette ronde Pi , in- » signe de l’empereur. On l’entourait d’eau , yong; » au dedans il était comme un bassin renversé ; au » dehors il était comme un bassin posé à terre. » Ce lieu d’étude me parait donc avoir été une sorte de champ d’exercice , entouré d’un canal , pour le séparer des spectateurs.

Sse-ma-thsien , le célèbre historien du 1er siècle avant notre ère, dit dans son livre Foung-chen (28e du Sse-ki) : « A Foung, première capitale de Wen-wang , » à Hao , première capitale de Wou-wang , il y avait » le Pi-tche, c’est-à-dire la tablette ronde avec un » canal circulaire. » Le caractère Tche a ici le même sens que le caractère Yong, de sorte que les deux expressions Pi-yong , Pi-tche , sont identiques. Ssema-thsien avait voyagé , dans les diverses provinces de la Chine, pour se préparer à la rédaction de ses mémoires historiques. Son témoignage est donc trèsimportant. Sur une carte des trois districts dépendants de la capitale Tclumg-ngan ou Si-ngan-fou, qui fut dressée au temps des Han occidentaux, le Pi-yong de Wen-wang était marqué ftO li , ou h lieues environ au N.-O. de Tchang-ngan (1), et le commentaire §o-yn du Sse-ki dit que les princes de Thsin qui oc-

(1) yu-hài, ki». HI, Toi. 13, verso.

cupèrent ce pays depuis le 8' siècle avant notre ère , avaient établi un temple ou monument sur l’emplacement des anciens Pi-yong des villes de Foung et de Hao.

Ce Pi-yong était dans la banlieue occidentale de la capitale , suivant l’opinion des anciens lettrés qui reconnaissent encore une citation de ce même lieu dans une troisième ode du Chi-king (1) , commençant par ces mots : « Les oiseaux Lou-si tantôt volent, tantôt s’abaissent sur le lieu entouré d’eau qui est à l’occident , Si-yong. »

Sous la dynastie Tcheou, le nom de Pi-yong était spécialement réserve au champ d’exercice de la capi*tale impériale. Ceci est dit expressément dans le chapitre Wang-tclù du Li-ki , où l’on lit : « Pour l’em- » pereur on dit : Pi-yong ; pour les princes feudataires, on dit : Pomn-kong. » Ce second nom , que j’expliquerai tout à l’heure, désignait le champ d’exercice annexé à la capitale de chaque prince feudataire.

L’ode Pouan-clioui (Chi-king, part. IV, chap. 2, ode 3 ) décrit une fête militaire dans le Pomn-kong (2) du royaume de Lou (3). Le prince boit le vin sacré et passe la revue de son armée. Les chefs des compa-

(1) Ode Tchin-lou, part. IV, chap. I, art. II, ode ni.

(2) Le caractère Kong, Basile, 2128, avait autrefoia le sens général de l|eu habité. On lit dans le Dictionnaire de Morrison , part. I. t. I.4 à l’article de ce caractère : « Dans les anciens temps, le terme Kong désl- » gnalt en général les habitations des hommes des classes supérieures ou infé- » rieures. Depuis les Thsin (250-208 avant J.-C.), cette dénomination a été « spécialement réservée pour le palais impérial. »

(3) Le royaume de Lou comprenait la partie méridionale de la province de Chan-toting. Confucius a conservé dans le Chi-king , part. IV, les chants rituels de ce royaume où 11 était né.

gnies lui présentent les oreilles des ennemis vaincus, et le sort des chefs captifs est décidé par des juges spéciaux. Les soldats s’exercent au maniement des armes. Suivant le commentaire de cette ode, pour faire le Pi-yong, on creusait un canal ijong en ligne circulaire, et à l’intérieur on disposait un emplacement rond comme une tablette Pi. Des quatre côtés, le terrain était égalisé. Pouan est identique avec pouen , moitié ; kong signifie pavillon ou salle consacrée, et ce nom de demi-salle s’explique par la disposition du canal du Pouan-kong qui n’entourait que le côté du midi, jusqu’à la ligne du milieu allant de l’orient à l’occident. La description de l’ode Pomn-clioui parait indiquer que ces lieux Pi-yong , Pouan kong , étaient alors des champs d’exercices militaires, comme le champ de Mars de l’ancienne Rome. Ces noms ne se trouvent pas mentionnés sous les dynasties antérieures aux Tcheou. Le Pi-yong, le Pouan-kong passent donc pour avoir été institués par eux , ainsi que l’indique le passage suivant du chapitre du Li-ki, Ming-tang-weï.

« Le Mi-lin ou le grenier à riz est le collège établi » par Chun ; le Siu est le collège des Hia ; le Kou- » tsounge st celui des Yn ; le Pouan-kong est l’école des » Tcheou. »

Le Li-chou , ouvrage publié en 1092 sous les Soung et cité par Ma-touan-lin (1) , résume ainsi ce que l’on peut savoir des écoles supérieures Hio , établies par les quatre premières dynasties auprès de la capitale impériale. « Sous la première dynastie de Yao et de Chun , il

(1) W'en-hian thongJihao , Itiv. XL , fol. 1 , verso.

* y avait les deux Tsiang supérieur et inférieur. Sous » les Hia , il y avait les deux Siu de l’orient et de l’oc- » cident. Sous les Yu, il y avait les deux llio de droite » et de gauche. Sous les Tcheou, il y eut le Kiao orien- » tal et le Tsiang de Chun ( Yu-tsiang ). En outre , on » trouve sous cette dynastie les noms du Pi-gong , du » Tching-kiun, du Kou-tsong. Ainsi le Tsiang supé- » rieur, le Siu de l’orient, le Hio de droite, le Kiao » oriental étaient proprement la grande école Ta-Uio , » consacrée à l’enseignement supérieur. C’était dans » cet établissement que l’on nourrissait les vieux ofli- » ciersde l’administration ( Koue-lao). Le Tsiang infé- » rieur, le Siu de l’occident, le Hio de gauche , le Yu- » tsiang, étaient proprement la petite école Siao-Hio, » consacrée à l’enseignement inférieur. C’était dtuis » cet établissement que l’on nourrissait les vieillards » du peuple ( Tchu-lao). Quand le Li-ki dit : L’empe- » reur dispose les quatre écoles llio, ceci se rapporte au » règlement des Tcheou. Le Pi-gong des Tcheou était » identiqueavecle Tching-kiun. Leur Kiao oriental était » identique avec leSit oriental. Leur Kou-tsong était le » Hio de droite. En effet , chacun de ces établissements » changeait de nom suivant la nature de l’instruction » qui y était donnée. Le premier s’appelait Pi-gong , » parce que l’on y éclairait les hommes par les règle- » ments administratifs, et qu’on les réunissait par » la bonne voie (1); il s’appelait aussi Tcliing-kiun,

(1) Cette explication du sens de l’expression Pi-yung est différente de celle que j’ai donnée plus haut, d’après le commentaire du ( hi-king. Les deux sons Pi et Yong sont représentés par des caractères différents dans les

» parce que l’on y perfectionnait ou complétait ce qui » manquait aux hommes , et que l’on égalisait ou com- » pensait ce qui était en eux excessif ou défectueux. Le » second établissement s’ appelait Siu , parce que l’on y » exerçait les hommes au tir de l’arc, et Kiao, parce » que l’on y examinait comment ils pratiquaient la • vertu. Le troisième s’appelait Kou-tsong , parce qu’il » était consacré aux ancêtres de la musique ou anciens » musiciens , et llio , de droite , parce qu’il était placé à » droite. L’ensemble de ces trois établissements com- » posait alors le grand collège Ta-lliô. Le Tching-khm » était au milieu. Le Siu oriental était à sa gauche, et » le Kou-tsong était à sa droite. Le Yu-tsiang ou col- » lége de Chun était dans la banlieue occidentale de » la capitale. C’était la petite école. » Nous ajouterons que le Yu-tsiang était aussi appelé Mulin , grenier à riz , sous les Tcheou, parce qu’il servait alors à conserver les approvisionnements de grains destinés aux sacrifices (1).

Le Li-chou explique donc la destination des quatre écoles indiquées par le chapitre Ming-tang-weï du Li-ki (voyez page 40) , et donne leur position en ne faisant qu’un même établissement du Pi-yong et du Tchingkiun. D’autres auteurs pensent queces deuxnomsdésignaientdeux établissements différents. Ainsi, on trouve dans les planches explicatives du texte, jointes aux éditions impériales du Li-ki et du Tcheou-li, une figure

deux odes du Chi-klng , et peuvent ainsi admettre des interprétations diffé rentes.

(1) Khiun chou-pi-khan , kir. IV. article des Hio-Hiao.

qui représente les cinq établissements d’instruction , placés près du palais des Tcheou. Le Pi-yong est au milieu ; le Tching-kiun est au midi ; le Tsiang supérieur ou Tsiang de Chun au nord ; à l’orient est le Siu oriental ; à l’occident est la salle d’honneur des aveugles ou musiciens ( Kou-l&oung ). Ces planches ont été composées, au 12' siècle de notre ère, sous la direction de Tchou-hi , le célèbre commentateur de la dynastie Soung. D’après le passage du Chi-king citéplus haut, le Pi-yong, ou le Pouan-kong qui désignait. le même lieu dans les principautés feudataires , paraît avoir servi à des exercices militaires , à la publication des édits et peut-être à des conférences morales. D’après le passage du Wen-wang-chi-tseu , leTching-kiun paraît être une école supérieure de perfectionnement. Plus tard , le nom de Pi-yong fut employé pour désigner une véritable école annexée au palais impérial , et le nom de Tching-kiun cessa d’être usité. Je crois en avoir assez dit sur ces dénominations , et il me semblerait peu utile de reproduire la longue discussion que Ma-touan-lin fait à leur sujet (1).

Art. 2. — Écoles des districts et arrondissements, sous les Tclieou.

Cherchons maintenant , sous la même dynastie Tcheou , les anciens documents relatifs aux écoles du peuple. Le livre des écoles de districts et d’arrondissements dans la collection de Ma-touan-lin , et l’article de même nom dans P Yu-liaï , commencent tous deux

(t i yf'en-hian Ihnng-khan, kiv, XL . fol. 1-3.

par un texte très-explicite, extrait du chapitre Hio-ki ou mémoire sur les écoles , lequel est compris dans le sixième kiven du livre sacré Li-ki. Voici la traduction exacte de ce texte: « Quant aux établissements d’in- » struction existant dans l’antiquité , les maisons » ( affectées à une seule famille ) avaient des salles laté- » raies , Cho ; les cantons , Tany , avaient des écoles , » Tsianrj; les arrondissements, Chu , avaient des col- » léges, Siu; les principautés, Koue, avaient des acadé- » .mies ou écoles supérieures , Mo. » Suivant le commentaire, la salle latérale, Cho, existait dans toute section, Liu, laquelle se composait , d’après le système adopté par les Tcheou pour la division du peuple , de 250 maisons placées des deux côtés d’une même rue. A l’entrée de la rue, était une porte, et aux deux côtés de cette porte, se trouvaient les salles, Cho, où le peuple devait recevoir le bon enseignement, le matin en sortant pour aller travailler aux champs , le soir en rentrant. 2 Liu comprenant 500 maisons ou feux , faisaient un canton , Tany. 2,500 maisons ou 5 Tang faisaient un Tcheou. 5 Tcheou ou 12,500 feux faisaient un district appelé Hiany ou Soui suivant son éloignement du cheflieu du royaume.

Le premier commentateur interprète le caractère Chu du texte par district , Soui ; le second explique ce même caractère par Tcheou de 2,500 feux. Selon l’une ou l’autre interprétation, un collège, Siu, existait par chaque chef-lieu de 12,500 ou de 2,500 feux.

IY Le texte du chapitre Mo-ki continue ainsi : « Chaque » année, on entrait dans les écoles ou lieux d’étude. » Pendant le cours de l’année, c’est-à-dire chaque

» année , on examinait les étudiants sur l’analyse des » livres sacrés, Kiny, et sur l’interprétation de leur » sens. A la troisième année , on les examinait sur la » manière dont ils observaient les devoirs obligatoires » et sur l’exécution musicale en concert. A lacinquième » année, on examinait ceux qui pouvaient avoir le titre » de Po-si, qui s’exercent d’une manière générale ou » qui étendent leurs exercices, et de Tmi-sse , aimant le » maître. A la septième année , on examinait ceux qui » pouvaient avoir le titre de Lun-hio, méditants ou dis- » cutants sur l’étude , et de Tsou-yeou , compagnons » choisis. Ces qualités ou titres formaient la petite per- » fection Siao-ichiny. A la neuvième année, l’étudiant » connaissait les différentes sortes de sciences et les » comprenait parfaitement. Il devenait fort et ne com- » mettait plus d’erreur; c’est ce que l’on appelait la » grande perfection Ta-tchiny. »

Ce texte peut laisser quelque incertitude pour l’interprétation exacte des divers titres accordés successivement aux étudiants; mais, en ne s’arrêtant pas trop sur ces difficultés de détail , il présente l’indication précise d’une organisation générale de l’enseignement dans les anciens temps; et, d’après ce que nous savons de l’histoire des premières dynasties chinoises, il me paraît ne pouvoir être appliqué avec quelque apparence de vérité, qu’aux temps de la dynastie Tcheou. Les deux premières lignes par lesquelles il commence, et que j’ai traduites séparément , nous montrent tout l’empire divisé en écoles et collèges de différents ordres : ces deux mêmes lignes sont répétées dans

tous les édits relatifs à l’instruction publique, qui ont

Dioitize

été promulgués depuis les Han, pour rappeler au peuple l’admirable organisation de l’enseignement dans l’antiquité. Ainsi, au 18* siècle, elles se trouvent encore en tête de l’amplification et de la paraphrase annexées à la 6' maxime de l’édit sacré de l’empereur Khang-hi. La suite du texte mentionne des examens faits régulièrement : 1° tous les ans sur les livres sacrés, King; 2° tous les trois ans , tous les cinq ans, tous les sept ans sur diverses qualités obligatoires. Les étudiants qui possèdent ces qualités obtiennent des brevets de capacité , des brevets d’instituteurs , des titres de savants et de compagnons du prince : ils ont alors la petite perfection. Enfin , tous les neuf ans , on fait le classement de ceux qui ont le suprême mérite ou la grande perfection. J’avoue que je doute ici de l’exactitude rigoureuse des souvenirs réunis dans le chapitre Iïio-lci partes savants qui l’ont composé sous les Han , à une époque voisine du commencement de l’ère chrétienne. Je crains que ces savants n’aient sensiblement embelli les traditions qu’ils pouvaient avoir sur les anciens temps antérieurs à leur époque de mille ans au moins, de sorte que le système régulier d’examens qu’ils décrivent pourrait bien n’avoir réellement existé que sous la dynastie Han.

Cependant on doit certainement admettre , conformément à l’indication donnée par Meng-tseu , qu’il y avait sous les Tcheou un mode quelconque d’enseignement établi par cantons et arrondissements ; c’est ce que montrent les passages suivants extraits du Tcheou-li, section Ti-komn ou du ministère de la terre :

« Le Ta-sse-tou ou grand directeur des corvées en-

» seigne au peuple trois objets , ou séries d’objets » soumis à l’inspection du chef de district. Ce sont les » six vertus, lessix actions louables, enfin les six sortes » de connaissances usuelles, qui comprennent les rites » des cérémonies , la musique , le tir de l’arc, la con- • duite des chars, l’écriture et le calcul (1). »

« Le chef de l’arrondissement Tcheou, à la première •> et à la troisième saison de l’année, réunit le peuple » conformément aux rites, et tire de l’arc dans le gym- » nase Siu de l’arrondissement (2). »

« Le chef de canton Tang, lorsqu’il y a dans le » royaume des cérémonies officielles , telles que les » prières adressées aux esprits surnaturels ou des sacri- » fices solennels, réunit le peuple du canton conformé- » ment aux rites, boit le vin dans le gymnase et règle » les places des assistants par rang d’àge (3). »

Le gymnase public est désigné ici par le même caractère Siu , pour l’arrondissement Tcheou et pour le canton Tang, tandis que le chapitre Ilio-ki donne le nom de Siu au gymnase d’arrondissement, et celui de Tsiang au gymnase de canton. La cérémonie du tir de l’arc était une des solennités de l’ancien temps, et se célébrait à des époques régulières. Le chef d’arrondissement éprouvait le mérite des individus distingués en leur faisant tirer des flèches sur un but préparé dans le gymnase. Le chef de canton Tang paraît n’avoir pas eu le droit de faire cette épreuve. Il réunissait seule-

(1) Tcheuu-li , article Ta stc-tou.

(2) Tcheou-li , article 7’chcou-tchati g.

(3) Tcheou-li , article Tang-lehing — On se rappellera que le vin Ttitou rtes Chinois n’est qu'une liqueur extraite du riz par la fermentation.

ment ses administrés, à l’occasion des sacrifices offerts aux esprits dans tous les cantons du royaume ; il ouvrait alors la solennité , en buvant le vin sacré et faisant une libation à la terre qui donne aux hommes leur nourriture principale (1). La cérémonie du tir de l’arc est encore mentionnée dans le Tcheou-li, à l’article du préfet du district Hiang-la-fou. Le texte ne dit pas le lieu où cet officier remplissait ce devoir de ses fonctions (2).

On ne voit nulle part que des maîtres particuliers nommés par l’état fussent attachés à ces gymnases $iu, ou aux diverses sortes d’écoles mentionnées dans le Hio-ki , comme écoles d’arrondissement et de canton , au lieu que nousavons vu des maîtres spéciaux chargés de l’enseignement dans les écoles annexées à la cour impériale. D’après la première citation que j’ai extraite du Tcheou-li, le grand directeur des corvées, ou ministre du revenu, était simultanément chargé de l’instruction publique dans chaque royaume. Ma-touan-lin rapproche cette citation desdeux suivantes relativesaux fonctions des chefs d’arrondissement et de canton , et des passages analogues qui se lisent aux articles du Tsosse, chef de commune, et du Liu-siu, chef de section. Il en conclut que, sous les Tcheou , le chef de chaque division territoriale avait la surveillance de la conduite et

(1) Voyez Morrisoo, I" partie, au caractère Rouan , explication du terme Tti-lsieou , n° 62.

(2) Suivant le commentaire placé en tête du chapitre Hiang-pi , 45° du

Lt-ki, les hommes dû district Hiang se réunissaient b certaines époques , buvaient le vin ( Pi-ttieou) et tiraient de l’arc (che ) avec leur chef. De là le nom abrégé de Hiang-che , tir de l’arc dans le district , donné à cette cérémonie. ,

de l’éducation de ses administrés, qu’il était chargé dans les limites de sa juridiction , non-seulement d’administrer et de faire observer les lois , mais de veiller aux études et à l’instruction publique (1). En effet, à cette époque de civilisation naissante, il était naturel que l’instruction et l’administration de chaque section du peuple fussent dirigées simultanément par un seul chef. Le mode d’action de ce chef sur l’enseignement paraît avoir principalement consisté dans des avertissements moraux , donnés au peuple , et dans le droit de choisir les individus distingués pour les présenter aux officiers supérieurs. C’est ce que montrent les passages du Tcheou-li relatifs aux officiers Tang-lching , Tso-sse , Liu-siu. Ils seront confirmés par d’autres passages que je rapporterai plus loin , d’après la première partie de la section du choix et de la présentation des officiers dans le Wen-hian-thoung-khao , et d’après la section de même titre , dans l’ Yu-haï. Cependant ces chefs d’arrondissement et de canton devaient aussi, comme représentants du ministre des corvées Sse-lou dans leur juridiction , être chargés de la surveillance de l’enseignement littéraire et scientifique de leurs administrés , de l’enseignement relatif aux six sortes de connaissances usuelles , telles qu’elles sont définies à l’article du Ta-sse-tou ( voyez page h 6).

Parmi les lieux consacrés à l’enseignement du peuple, Ma-touan-lin comprend le Pouan-kong du

(1) Sommaire de la sect. V, des écoles et de l’instruction publique.

Voyei la traduction que Klaproth a donnée de tous les sommaires de Matouan-lin, Journal asiatique, II* série, t. X. »

royaume de Lou , décrit dans la 3« ode des chants de ce royaume, k‘ partie du Qà-king. Il cite , comme autorité, l’opinion d’un ancien auteur du temps des Han, Hing-chi de Kiang-ling, lequel analyse cette ode et dit : « A la troisième strophe (1), le prince boit » le vin sacré et réunit ses subordonnés au son de la » musique; puis à partir de la quatrième strophe, » commence l’exposé complet de l’enseignement qu’il » communique à ses sujets. Ces phrases : Le prince » enseigne et manifeste la vertu ; les soldats agrandissent » leurs sentiments et s'affermissent dans la bonne voie , » exposent la partie fondamentale de l’enseignement. » Ces autres phrases : Le prince est juste et respec- » tuetix; il est pieux envers ses ancêtres , jusqu’à celles » qui décrivent les exercices des divisions de C armée , » le jugement des prisonniers , et plus loin la perfection » des mouvements des chars et des chevaux , l’habileté du » maniement des armes , représentent la pratique de » l’enseignement. Enfin le passage où il est dit : Le » prince ajoute de l'illustration à ses brillants ancêtres , » celui qui montre les soldats perfectionnant leur vertu , » et celui où o» lit : Les étrangers éloignés viennent » adopter tes pratiques du royaume de Lou , indiquent les » bons résultats qui dérivent de l’enseignement. » Les conséquences, ainsi déduitesde cette analyse, peuvent paraître justes à un Chinois, admirateur passionné des anciens livres sacrés de spn pays ; mais elles seront beaucoup plus douteuses pour un Européen , qui ne

(1) Voyez la tradaction latine du Chi-kin g , par Lacharme, p. 207, édit. Mohl.

verra dans cette ode du Chi-king que la description d’exercices militaires et la revue d’une armée victorieuse, et il en conclura que le Pouan-kong était une sorte de champ de Mars consacré près de la capitale du royaume. D’après la troisième strophe, le Prince commence par boire le vin sacré et appelle ses subordonnés au son de la musique. Il agit ainsi comme le chef de canton Tang dans le Tcheou-li (1). Mais il n’y a rien dans le texte de l’ode qui me paraisse se rapporter à un enseignement moral ou intellectuel , donné au peuple.

Comme preuve de l’existence des écoles d’arrondissement et de canton ( Hiang-tang ) , sous les Tcheou , Ma-touan-lin cite (2) le passage suivant du chapitre Wang-tchi du Li-ki : « j.’ Empereur ordonne aux grands » feudataires d’enseigner. On établit les écoles Hio. La » petite école Siao Hio est à gauche, au midi du palais » du grand feudataire. La grande école T liai Hio est » dans la banlieue, hors de l’enceinte de la ville. L’é- » tablissement impérial se nomme Pi tjong : l’établis- » sement du feudataire se nomme Pouan-kong. »

Cette citation qui se rapporte aux écoles supérieures Hio, placées près des capitales, ne donne pas précisément de renseignements sur les écoles de village et de canton. Cependant ce passage du Wang-ichi indique un ensemble d’elforts faits par les gouvernants pour répandre l’instruction dans tous les petits états feudataires, dont le nombre, évalué à 70 après l’élévation

(1) Voyez plus liant, page 47.

(2) ff'en-hian-thoung-khan, sect. V, Itiv. Xf.Vl , fol. î, v.

Di

de Wou-wang par le Thoung-kien-khang-mou , est porté à 1800 dans les requêtes officielles, faites du temps des Han (1). Ce second chiffre, qui fçrait descendre les états feudataires aux dimensions de simples arrondissements, se rapporte probablement à la seconde période de la dynastie Tcheou, à l’époque de l’hérédité des charges et de leurs apanages qui devinrent de petits états.

Observons encore que , d’après le passage du Wangtchi , les termes de Pi-yong et de Voucm-kong désignaient l’emplacement où étaient réunies les écoles supérieures annexées aux capitales de l’empereur et des feudataires , ainsi que cela eut lieu sous les Han orientaux , et ainsi que Hing-chi veut le déduire de l’analyse de l’ode Pouan-chouï. Sans revenir sur les citations authentiques, relatives à ces noms, que j’ai rapportées plus haut , je me contenterai de remarquer que la rédaction du chapitre Wang -tchi, telle que nous l’avons, est du temps des Han (2) , et je rappellerai , d’autre part, que j’ai déjà cité, d’après le chapitre Wen-wangchi-tseu du même Li-ki , les examens subis par les élèves dans l’école de la banlieue , pour passeràl’école de perfectionnement Tching-kïun de la capitale.

Les autres citations relatives à l’enseignement du peuple'sous les Tcheou , que l’on trouve dans Ma-touan-

(1) Par exemple, dans 1a requête de Kia-chan , citée par Ma louan-Iin dans son sommaire de la sect. VIII , des dépenses de l’état.

(2) Dans l’édition impériale du Li-ki, il est dit, en tête du chapitre Wang-tchi , que ce chapitre a été composé entre la fin des Thsin et le commencement des Han. D’après un auteur nommé Lou-tcbin , il fut composé par des savants, sur l’ordre de Han-wen-ti, qui régna de l'an 179 à l’an 155 avant notre ère.

lin, kiv. XLVI , et dans FYu-haï, kiv. 111, sontextraites d’ouvrages composés au temps des Han. Elles sont en quelque sorte le développement du passage de Mengtseu que j’ai cité plus haut, et. dans lequel ce philosophe conseille au roi de Theng de rétablir les écoles des quatre espèces, Tsiang. Siu, Iliao et Hio. « Les » Tcheou, dit le San-li-y-tsong, adoptèrent le terme » collège Tsianf de la dynastie de Chun , pour désigner » leurs écoles des six districts ///«nj/dechaque royaume. » Par le terme gymnase Siu de la dynastie Hia, ils » désignèrent les écoles des six districts Souï annexés » à l’extérieur de chaque royaume. Ils se servirent » encore de ce même terme pour les écoles de canton » Tang. » Le commentaire du chap. Wen-wawj-chi-tseu du Li-ki dit : « Sous les Tcheou , les écoles des districts » Hiang étaient des collèges appelés Tsiang ; les écoles » des arrondissements Tcheou , Souï , et autres divi- » sions territoriales, étaient les gymnases Siu. » Ma-touan-lin paraît aussi porté à croire que lesnoms affectés aux établissements d’instruction destinés aux fils du souverain et des grands officiers, s’appliquaient également, à ceux qui étaient destinés aux enfants du peuple. En effet il a reproduit , dans son livre XLVI des collèges et écoles Hio-hiao des arrondissements et cantons Hiang-Tung , fol. 3 et h, la citation de l’ode du Chi-king qui décrit le Pouan-kong du royaume de Lou, et celle du chapitre Ming-tang-wcï du Li-ki , qui énumère l’origine des diverses dénominations Tsiang, Siu, Kou-tsong, Pouan-kong. On peut donc tirer ici de l’ensemble des passages cités dans ce livre de Ma-touanlin , une conclusion analogue à celle que j’ai présentée

plus haut , d’après le Li-chou , pour les établissements voisins de la capitale. On peut penser que, dans chaque division et sous-division territoriale , le même lieu servait tour à tour pour les proclamations et les cérémonies officielles, pour l’enseignement moral et littéraire du peuple , enfin pour les exercices corporels et militaires.

Jusqu’à l’époque des Han occidentaux, Ma-touanlin se borne à transcrire , dans son kjÿ. 46 , les citations des anciens textes qui peuvent se l'apporter à l’ancien mode d’enseignement du peuple. Ses premières observations (Pigan Bas. 3347 ) commencent sur les écoles du peuple fondées par les Han. Cependant j’extrairai encore de son livre un passage pris dans le Clum g-chouria-ichouen ou grand commentaire du Choukipg, composé par Ma-yong, savant lettré qui vivait vers le commencement de notre ère (1). On lit dans ce passage qui dépeint les usages des anciens temps : « Les officiers du rang de Ta-fou (préfets) , à 70 ans , » quittent l’administration. Ils vieillissent dans leurs » arrondissements et villages. Les préfets ( Ta-fou ) » deviennent instructeurs du premier ordre ( littérale- » ment instructeurs pères ). Les préposés ,de second » ordre (du rang de Sse) deviennent petits instructeurs. » ( Ce sont eux, dit une note, que l’on appelle magis- » trats inférieurs de village, Li-tchu-yn.) Quand la » charrue a été mise à couvert, quand les nouvelles » récoltes sont rentrées et les opérations de l’année » terminées, les individus excédants des familles, Lu-

no Mémoires des missionnaires , t. II, page 20S, article des commen' taleurs du Chou -king.

» iseu, c’e&t-à dire tous les jeunes gens non mariés,

» entrent à l’école. A quinze ans , ils commencent à » entrer dans la petite école. Ils y voient les principes » de la petite modération ; ils étudient les principes de » la petite équité. A dix-huit ans, ils commencent à » entrer dans la grande école, llsy voient les principes » de la grande modération , ils étudient les principes » de la grande équité. Au solstice d’hiver, on quitte * l’école pendant quarante-cinq jours ; on prépare les » travaux de la culture. Les vieillards supérieurs, » c’est-à-dire les instructeurs pères ou de premier « ordre, dès que le jour est levé, s’asseyent dans la » salle latérale de droite. Les vieillards inférieurs , » c’est-à-dire les petits instructeurs, s’asseyent dans la » salle latérale de gauche. (Ces salles sont les salles » clio, citées par le Ilio-ki et placées aux extrémités des » rues des villages). Puis les jeunes gens sortent en- » semble. Tous reviennent ensuite (des champs), et » le soir ils écoutent (comme le matin) les leçons des » vieillards. »

Ainsi , d’après Ma-yong , les anciens officiers de l’administration devenaient instructeurs dans les arrondissements et cantons où ils se retiraient. Us se chargeaient d’instruire les enfants ou les jeunes gens. Les écoles fermaient pendant la saison la plus dure de l’année, après le solstice d’hiver, comme cela a lieu actuellement. Les enfants et les jeunes gens allaient à l’école, le matin et le soir. Enfin ils étudiaient à . la petite école depuis l’âge de quinze ans, et à la grande école depuis l’àge de dix-huit. Ces époques d’âge ne sont pas complètement d’accord avec celles que ce même

Ma-yong nous a données plus haut (page-28), pour l’entrée des fils des officiers supérieurs aux écoles des deux classes , savoir treize ans pour l’entrée à la petite école , et vingt ans pour l’entrée à la grande école. Cette différence paraît tenir à ce que les études des fils d’officiers étaient plus complètes et plus prolongées que celles des enfants du peuple , auxquels se rapporte le second passage de Ma-yong.

Dans ces diverses citations, nous ne voyons rien qui se rapporte à l’instruction littéraire des filles , et il me semble qu’on ne peut s’en étonner , d’après le passage sur l’éducation des filles que j’ai extiait du Neï-ise et que j’ai traduit plus haut, page 31 : « Depuis l’âge de » dix ans , dit le Neï-tse , les filles se tiennent à la » maison ; elles sont instruites par des institutrices aux » travaux des femmes. » D’après le silence du texte , l’étude de l’écriture et du calcul est réservée aux garçons. On lit dans une ode du Chi-king (partie 11 , chap. lx, ode 5) : « Qu’une fille apprenne comment se » prépare le vin , comment se cuisent les aliments , » voilà ce qu’elle doit savoir ; surtout elle doit s’efforcer » de n’être pas à charge à ses parents. » Ces deux passages du Neï-tse et du Chi-king me semblent suffire pour démontrer que la femme chinoise était alors dans une position inférieure de l’échelle sociale , et que son instruction littéraire était fort négligée.

Ma-touan-lin , dans son livre XLVI des écoles de districts et arrondissements , cite un passage assez étendu de l’historien Pan-kou, qui écrivait vers la seconde moitié du premier siècle de notre ère. Pan-kou décrit dans ce passage les usages habituels de la vie du peuple ,

dutempsdesTcheou,etdit,d’aprèsuneodeduChi-king, que, chaque jour, depuis l’ouverture des travaux du printemps, tous les habitants de chaque village , hommes et femmes , en allant aux champs et en revenant, recevaient l’enseignement des chefs du village dans les salles latérales cho placées à l’extrémité des rues. Cette ode prouve , ce qui est assez naturel d’ailleurs, que la réclusion des filles depuis l’âge de dix ans , citée par le Neï-tse, ne doit s’appliquer qu’aux filles de la classe supérieure ; mais le texte de Pan-kou ne me semble pas clair, quant àlapart d’enseignement allouée aux filles. 11 décrit séparément l’éducation des enfants mâles dans la petite et la grande école , et cette partie de son texte , que je citerai plus loin , me paraît seule pouvoir donner lieu à des conclusions un peu sûres.

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