‹ Essai Sur L'Histoire De L'Instruction Publique en ChineChapitre 4 sur 18 · PUBLIC , PENDANT LA SUPRÉMATIE DE LA DYNASTIE TCIIEOU , JUSQU’A LA · texte numérisé non relu

PUBLIC , PENDANT LA SUPRÉMATIE DE LA DYNASTIE TCIIEOU , JUSQU’A LA

PIN DU VIIe SIÈCLE AYANT NOTRE ÈRE.

J’ai donné plus haut le texte du chapitre Hio-ki duLi-ki relatif au mode d’examen adopté sous les Tcheou , pour le passage d’une école inférieure à une école supérieure. J’ai cité à l’appui les textes du Tcheou-Ii, extraits de l’article du grand directeur des corvées , et de ceux des chefs d’arrondissements et de cantons. J’ai présenté mes doutes sur la confiance absolue que l’on peut accorder au texte du Hio-ki. et sur les inductions tirées des passages du Tcheou-li ; enfin j’ai rappelé de même les passages des chapitres du Li-ki , Wang-tchi et Wenwang-chi-tseu , où il est parlé du choix fait dans l’école de la banlieue pour entrer dans le Tching-kiun. Mon

rôle de critique fidèle ne me permet pas cependant de

négliger entièrement les autres documents que peuvent offrir les anciens textes , relativement aux promotions par examen, sous la dynastie Tcheou, et je crois même devoir les discuter pour y rechercher lavaleur assignée, dans ces premiers temps de la civilisation , aux connaissances littéraires et scientifiques. Ces documents ont été réunis par Ma-touan-lin , dans ses livres 28 et 36 qui font partie de sa section Siouen-kiu , du choix et de la présentation des officiers. Nous les retrouvons de même dans le kiven 114 de l’Yu-haï, premier de la section de même nom dans ce second recueil. J’ai à peine besoin de dire de nouveau , que d’après le témoignage même de ces auteurs, il n’existe, dans les livres sacrés ou autres textes authentiques , aucun document sur ce sujet qui remonte au delà de la dynastie Tcheou.

En premier lieu , je rappellerai le passage que j’ai déjà extrait de l’article du grand directeur des corvées Ta-sse-iou ou ministre du revenu , section Ti-kouan du Tcheou-li. 11 y est dit que ce grand officier enseigne au peuple les trois objets ou séries d’objets soumis à l’inspection du chef du district , savoir : Les six vertus , les six actions louables et les six connaissances usuelles qui comprennent, la musique, la danse, l’art de tirer de l’arc et de conduire des chars, enfin l’écriture et le calcul.

Dans la section précédente Thien-kuuan, kiv. III du Tcheou-li, le grand officier nommé T*aï-fou, aideadministrateur, inscrit les hommes capables et distin-. gués, pour en faire son rapport au souverain.

De ces deux citations , il résulte que l’on tenait à la cour du souverain un registre des hommes de mérite (de son royaume), et que, parmi les conditions requises pour être distingué , on comprenait l’écriture et le calcul.

J’ai déjà cité les articles du Tcheou-li correspondants aux fonctions du Tso-sse chef de commune , Lin-siu , chef ou adjudant de section , Tang-tching, chef de canton , lesquels sont compris dans le département du ministère de la terre , Ti-kouun. On y voit la mention des instructions données régulièrement par ces officiers à leurs subordonnés , vers le commencement des diverses saisons de l’année. En outre , les articles des préfets de districts Hiang et Souï notent des inspections pour le choix des hommes de mérite , faites tous les trois ans , comme se font actuellement dans toute la Chine les examens pour le deuxième grade littéraire.

On lit à l’article du Hiang-ta-fou ou préfet de district. Hiang , voisin de la capitale : « Tous les trois ans, la » grande inspection générale a lieu; on examine dans » chaque district Hiang, comment les habitants du dis- » trict pratiquent la vertu et suivent la bonne voie. On » honore par des éloges publics ceux qui se sont dis- » tingués , ceux qui sont capables. Les vieillards du » district (1) et le préfet du district se mettent à la tête

» des officiers. Ils reçoivent les hommes capables en

(1) Ce terme paraît désigner ici les anciens de chaque canton, appelés it diriger les habitants de leur canton. Nous verrons sous les Han , un ternie analogue, San-lao , les trois fois vieillards ou les vieillards très-âgés , désigner les officiers inférieurs, élus par les habitants de chaque village, et chargés par eux de les administrer.

• pratiquant le rite de l’hospitalité. Le jour suivant, » ils présentent à l’empereur la liste des hommes dis-

• tingués et capables. »

On lit à l’articledu Soui-tn-jou, préfet du district Souï, plus éloigné de la capitale que le district Hiang : « Tous les trois ans , le grand contrôle ou examen gé- » néral a lieu. Alors le préfet du district se met à la tête

• des officiers, et élève les sentiments du peuple gros- » sier. Il met en évidence ceux qui ont du mérite. »

Des détails très-circonstanciés sur la promotion et la réception des officiers , au temps de la dynastie des Tcheou, se trouvent dans le chapitre du Li-ki , intitulé : du réglement impérial Wang-lclü. Je vais les rapporter, en rappelant encore que, d’après les documents les plus certains , ce chapitre a été rédigé vers le commencement du second siècle avant notre ère.

On lit dans ce chapitre Wang-lchi il): « Il est or- » donné aux chefs des districts (Hiang) de signaler ou » distinguer les Sieou-sse ou gradués florissants (ceux » qui s’élèvent au-dessus des autres et sont gradués » dans les écoles des arrondissements). Ils les adressent » au ministre des corvées , Sse-tou ( celui-ci les exa- » mine et les emploie comme officiers des districts Hiang » et Soui). Il les nomme Siouen-sse gradués promus ou » choisis. Le Sse-tou distingue ceux qui se font remar- » quer parmi les Siuuen-sse , et les envoie à l’académie » Hio oü école supérieure de la capitale du royaume. » Il les appelle Tsun-sxe gradués excellents ou de mé- » rite supérieur. Ceux qui sont adressés au Sse-tou sont

(I) Édition impériale, kiv. III, fol. 24 verso et suivants.

» exemptés des corvées commandées par les chefs de » districts. Ceux qui sont envoyés à l’école supérieure » sont exemptés des corvées commandées par le Sse- » tou. Ils prennent le nom de Tsao-sse , gradués per- » fectionnés.-Les préposés de la musique ( Yo-tching )

• honorent les quatre sciences , établissent les quatre » sortes d’instructions et se conforment, pour perfec- » donner ces gradués, aux livres des vers, de l’his- » toire , des rites et de la musique des anciens sou- » verains. Au printemps et en automne, ils leur » enseignent les rites et la musique. En hiver et en » été, ils leur enseignent les vers et l’histoire ( Chou ).

» Le prince héritier du trône , les fils du souverain ,

» les fils légitimes des princes, des King, des 7a- » fou , des premiers S$e , les gradués choisis dans le » royaume, tous se perfectionnent ( à, l’école de la » capitale ). Le grand supérieur de la musique Ta- » sse-yo distingue ceux qui se font remarquer parmi » les gradués perfectionnés. 11 les désigne dans un » rapport au souverain, et les adresse au grand général » ou commandant des chevaux Tasse-mai, avec le nom » » de Tfin-sse, gradués avancés ou présentés. Le » Sse-ma classe et apprécie les mérites administratifs.

» Il distingue ceux qui se font remarquer parmi les » Tsin-sse. Il les désigne dans un rapport au souverain » et détermine leur classement. D’après ce classement ,

» ils entrent dans les charges de l’administration su- » périeure , et successivement ils obtiennent des ap- » pointements de second et de premier ordre. »

Le commentateur Lieou-chi dit sur ce passage :

» Autrefois on instruisait les hommes du peuple dans

» les écoles de districts ou d’arrondissements; on in- » struisait dans l’école de la capitale les Koue-tseu (fils » du souverain et des grands officiers ), et les individus » de mérite, choisis parmi les hommes du peuple. Il y » avait deux modes pour leur élévation aux charges ad- » ministratives. La promotion de ceux qui se faisaient » remarquer dans les écoles de districts ou d’arrondis- » sements , était appelée Sionen-sse. La promotion de » ceux qui se faisaient remarquer dans l’école de la » capitale était appelée Tsin-sse. Les Siouen-sse deve- » naient simplement officiers des districts Wang et Souï. » Leur classement dépendait du Sse-tou. Les Tsin-xse • étaient nécessairement admis aux charges de la » cour : mais le classement de leurs appointements dé- » pendait du Ta-sse-ma. »

Pan-kou qui a écrit, de l’an 58 à l’an 76 de notre ère , l’histoire de la première dynastie ITan , a consigné dans sa section des Vivres et du Commerce ( Cliikn-ichi ) des détails sur les études et les examens au temps des Tcheou, que j’ai déjà mentionnés et que Ma-touan-lin a insérés dans son livre 46 des collèges et écolesd’ arrondissements et de cantons. Je vais traduire entièrement ce passage de Pan-kou, qui s’accorde avec celui que je viens d’extraire du chapitre Wmg-tchi. Une partie des détails qu’il contient semble se rapporter plutôt aux usages généraux de la vie du peuple des campagnes qu’aux études littéraires : mais ces détails me paraissent en eux-mêmes assez curieux pour que je ne doive pas les omettre. « Dans le système des an- » ciens souverains , dit Pan-kou , cinq familles for- » maient un Lin ou voisinage ; cinq Lin formaient un

» village Li ; quatre U formaient un Tso ou commune :

» cinq Tso formaient un Tarif/ ou canton ; cinq Tant/

• formaient un Tcheou ou arrondissement; cinq Tcheou » formaient un district Niant/, lequel comprenait » 12,500 feux. Le chef du voisinage Lin était un pré- » posé Sse de 3° ordre , et à partir de ce degré infé- » rieur , les grades des préposés s’élevaient successi- » vement jusqu’au chef de V Niant/ qui était King ou » président de cour administrative. Par chaque village » Li , il y avait une école Siti , et par district Hiang ,

• il y avait un collège Tsiang. Les écoles Shi étaient » instituées pour éclaircir renseignement ( donner les » premières notions de l’enseignement); les collèges » Tsiang étaient institués pour mettre les rites » en pratique et comparer le changement ou per- » fectionnement du peuple. Au printemps, on or- » donnait au peuple de se rendre ensemble dans la » campagne. En hiver, tous ensemble entraient dans » les lieux habités. Les chants relatifs à ce mouve- » ment de la population disent : « Aux jours de la quart trième lune ( vers avril ) , on se met à f ouvrage ; » on commence les travaux. Moi, ma femme et mes » enfants, nous portons de la nourriture à ceux qui » travaillent dans le champ du midi et plus loin. A » la dixième lune ( vers octobre ), le grillon entre sous » nos lits. Allons , ma femme et mes enfants, dit le chef » de famille, voici le changement de Tannée; il faut en-

• trer dans notre maison (1). En suivant cette règle de

(1) Ces vers sont extraits de la f" ode des chants du royaume de Pin ( CM-ktng, 1" part. , chap XV). Cette ode décrit les travaux de l’agrlcul-

Digil

conduite, on se conformait aux influences des principes du mouvement et du repos ( aux changements des saisons de l’année ) ; on éloignait les voleurs et malfaiteurs ; on s’accoutumait aux rites et aux pratiques décentes. Au printemps, lorsque l’on devait faire sortir la population , dès le lever du soleil , le chef de village Li s’asseyait dans la salle de droite ; le chef de voisinage ou groupe de maisons Un s’asseyait dans la salle de gauche (1). Ensemble (tous les habitants du village) sortaient. De même, ensuite ils revenaient. Le soir , il en était encore de même. Ceux qui entraient (2) devaient fournir le bois de chauffage. On faisait la distinction du poids. Les vieillards et hommes à cheveux gris ne portaient rien. En hiver, quand la population était entrée dans les habitations , les femmes de la même ruelle se réunissaient ensemble et s’occupaient le soir du tissage et des autres ouvrages des femmes. De cette manière une lune produisait 45 jours ( de travail ,en travaillantmoitié de la nuit). Elles se réunissaient ainsi pour économiser le chauffage et l’éclairage ; semblablement,les habiles et les ignorants s’exercaient et s’habituaient. Parmi les hommes et les femmes, s’il y en avait qui n’eussent point leur dû (ce qu’ils devaient avoir dans leur condition ) , ils se réunissaient en-

ture , aux diverses époques de l’année , et d’après ce que dit Pan-kou , ses strophes se chantaient dans les campagnes.

(1) Ce sont les deux salles placées aux extrémités de la grande rue de chaque village, qui sont mentionnées au chapitre Hio ki du Li-ki.

(2) Probablement, ceux qui rentraient dans la maison de chaque famille.

» semble et chantaient. Chacun disait son infortune » ( le malheur qui lui était arrivé , et ces complaintes » étaient recueillies par des officiers spéciaux ). Dans » ces lunes ( probablement les lunes d’hiver ) les jeunes » gens hors d’âge de contribuables ( Yu tseu ) , se te- » naient aussi dans la maison de l’école Siu. A huit » ans , on entrait dans les petites écoles ou écoles des ♦

» enfants (Siao-Hio), on y étudiait les principes de » l’écriture des cinqrégions et du calcul des six kia (1).

» On commençait à connaître les pratiques de la mai- » son et de la famille , de la jeunesse et de l’âge mûr.

» A 15 ans, on entrait dans les grandes écoles ou x écoles des adultes Ta-hiq ; on y étudiait les rites et '

» la musique des anciens sages, et on y apprenait les » rites relatifs aux rangs respectifs de l’empereur, du » prince et du sujet. Ceux qui se distinguaient, pas- » saient au district , c’est-à-dire aux collèges des dis- » tricts; ils étudiaient dans les établissements Tsiang » et Siu (il semble qu’il ne devrait y avoir ici que Tsiang ;

» ou bien le nom de Siu , s’appliquait aussi au collège

(1) Le commentateur Sou-Un (lit : n II s’agit ici des écritures différentes » des cinq régions ( l’est , l’ouest , le nord , le sud et le centre du monde ) , » comme actuellement les archivistes impériaux ( Pi-chou) étudient l’écri- » ture des royaumes extérieurs. » Le commentateur Tchin-ttien dit : « Ils >» distinguent les noms des cinq régions ainsi que leurs écritures et leurs » notions scientifiques. » Probablement ces écritures que l’on enseigne aux enfants de 8 ans, désignent simplement les diverses sortes de caractères, alors usités en Chine. Les commentateurs ne donnent Ici aucun éclaircissement sur les six kia. h ia est le premier caractère qui entre dans les combinaisons du cycle sexagénaire, employé en Chine, depuis l’antiquité, pour la notation des jours. Les six kia désignent donc ici, en général, les notions élémentaires du calendrier. Voyez l’article des sûr kia , dans le. Siao-hio-kan-lou , kiv I, fol. 22. Ce vocabulaire des expressions numériques est inséré dans I appendice de l'i u-hai. Voyez aussi plus liant, page 29, ce que dit le ch. d ti-tst du Li-ki, sur l'éducation des enfants.

* du district). Ceux qui se distinguaient dans les éta- » blissemcnts Tsiang et Sin, passaient à la capitale, » c’est-à-dire aux établissements de la capitale. Ils » étudiaient dans l’académie inférieure , Chao-Hio. » Chaque année , les grands feudalaires ou chefs de » royaumes, présentaient à l’empereur ceux qui se » distinguaient dans l’académie inférieure, Chao-Hio.

» Les présentés étudiaient alors dans l’académie supé-

* rieure, Thaï-Hio. Ils recevaient le titre de Tsao-sse , » gradués perfectionnés ou constitués. Ils accomplis- » saient des exercices de même nature. S’ils étaient » égaux en mérite , alors on les classait par le tir de

* l’arc ; ensuite on les investissait de charges adminis- » tratives. A la première lune du printemps, lorsque » les agglomérations d’hommes ( les habitants des vil— » lages) allaient se séparer , l’officier voyageur ( Hing - » jin , cité dans le Tcheou-li) parcourait les chemins » en agitant sa clochette à battant de bois ; il recueil- » lait les chants de complainte et les présentait au con- » seiller supérieur, Tlutï-chi. Celui-ci examinait et no- » tait ces chants pour les faire entendre au souverain. » C’est pourquoi l’on disait : le souverain , sans remuer » de sa place, connaît tout l’empire. »

Pan-kou mentionne donc , dans des termes analogues à ceux du chapitre Wang-lchi, l’ordre adopté anciennement pour passer des écoles d’arrondissement à l’école de la capitale. Il nous dit que les élèves de la grande école , Tsao sse , accomplissent des exercices de même nature , et que s’ils sont égaux en mérite , ils sont classés par le tir de l’arc, pour être investis de charges administratives. Ceci peut expliquer

peut-être comment, dans le chapitre ffany-tchi, le Ta-sse-ma , commandant des chevaux ou ministre de la guerre , se trouve chargé du classement des gradués de l’école de la capitale, sur la présentation du chef de cette école. Le tir de l’arc était l’épreuve habituelle à laquelle les anciens chefs chinois soumettaient leurs officiers, comme on en voit la trace dans plusieurs odes du Chi-king. Cet usage remonte , naturellement aux anciens temps où la première qualité était l’aptitude au maniement des armes.

La présentation des officiers à l’empereur et l’épreuve du tir de l’arc se trouvent encore cités dans un autre chapitre du Li-ki , intitulé Che-ij ou rites du tir de l’arc (1). Il y est dit : « Autrefois, d’après le rè- » glement de l’empereur , les grands dignitaires feu- » dataires, Heou, offraient à l’empereur, chaque année, » ( c’est-à-dire offraient leurs comptes de gestion , sui- » vant le commentaire ) et lui présentaient ( tous les » trois ans , suivant le commentaire ) les gradués Sse » de leurs royaumes. L’empereur les examinait dans » la salle (Kony ) du tir de l’arc. Autrefois, l’empe- » reur choisissait les dignitaires lleou , Kiny , T a- fou , » Sse (2) , d’après l’épreuve du tir de l’arc. » Le com-

(1) Li-ki , X' kiv. , édit, impériale. — }ru haï , kiv 114, foi. 3et 4, verso.

(2) Ce caractère .tie.Dict. de Basile, 1749, est le même que j’ai traduit par gradués dans les expressions Siouen-sse, Taao-ase, Tain aae, Ici, il désigne des ofliciers de la üaute administration , Inférieurs aux Ta-fou et divisés en trois ordres ou classes. Le Tclicou-li et le Livre de Meng-tseu nous présentent l’indication régulière des trois ordres de aae ou préposés. Il est pro Ivable que leurs ofliccs étaient ordinairement remplis par tes gradués Tanoaae , Tain-aae. Pan-kou dit dans sa section des vivres et tfu commerce : « La « population des anciens temps était divisée en quatre classes : les gradués n aae, les cultivateurs, les artisans et les marchands. Ceux qui étudiaient

mentaire ajoute que , d’après une ancienne tradition , les royaumes de premier ordre présentaient trois élus ; les royaumes de deuxième ordre, deux, les royaumes de troisième un élu seulement. Il dit aussi que pour le choix des individus promus ou gradués (Siouen-sse) , on examinait d’abord la manière dont ils pratiquaient la vertu, et ensuite, on statuait définitivement sur leur rang , d’après le tir de l’arc.

•Uneordonnance, rendue par Pempereurllan-wou-ti, la première année Youen-so (128 avant J.-C.) et citée dans l’histoire des Han occidentaux [liun-kï), rappelle la présentation des individus distingués au souverain , comme une institution des anciens temps. On y lit :

« Dans l’ancien usage, les individus promus en grade » recevaient les hautes faveurs du souverain. Les offi- » ciers nous ont présenté une requête où il est dit : Au- » trefois les grands dignitaires princiers ou feudataires » licou présentaient à l’empereur les officiers secon- » daires sse. Celui qui n’était venu qu’une fois (n’avait » obtenu qu’une présentation) était appelé Ilao-te, ai- » mant la vertu. Celui qui avait deux présentations était » appelé Hten-hien, deux fois sgae; celui qui en avait » trois , était appelé Yeou-kong, qui a des mérites. »

Suivant un commentateur du Chi-king, l’ode Tsingising-clie ngo, où l’on félicite des hôtes distingués, se

» puur remplir les charges administratives, étaient appelés sse. Ceux qui » ouvraient la terre et récoltaient les grains, étaient appelés cultivateurs. » Ceux qui faisaient les ouvrages d’art et confectionnaient les instruments >■ ou ustensiles, étaient appelés artisans Ceux qui communiquaient les va- » leurs et transportaient les denrées, étaient appelés marchands. » C est le même caractère sse, qui désigne actuellement en Chine la classe d'individus gradués que nous appelons les lettrés.

rr.

rapporte à ces présentations solennelles, et les hôtes distingués de l’ode , sont les gradués des quatre ordres, Sieou , Siouen, T sim , Tsin, indiqués par le chapitre Wang-tchi du Li-ki.

Enfin , comme dernière citation , je rapporterai un passage tiré de l’ouvrage intitulé Koue-iju, ou discours administratifs, collection qui a été faite par Tso-kieouming, historien public contemporain de Confucius, et qui embrasse les époques principales de la dynastie des Tcheou , jusqu’à la fin du sixième siècle avant notre ère. La section de cet ouvrage , intitulée : discours du royaume de Thsi (Thsi-yu) , présente l’extrait suivant du règlement établi par Houan-koung, célèbre roi du pays de Thsi , qui vivait au milieu du septième siècle avant J.-C. « Au premier jour de la première lune, le » préposé supérieur du district Hiang accomplit de nou- » veau ses devoirsenversle prince. Le prince l’interroge » en personne et lui dit : Dans votre district, il doit y » avoir des hommes tranquilles et aimant l’étude, pieux » enversleurs parents, humainset fidèles. Faites prendre » des informations à cet égard, dans tous les villages » de votre district ; s’il y a de tels hommes, faites un » rapport sur eux. Le prince dit encore: Il doit y avoir » des hommes qui par la force de leurs poings, par la » vigueur de leurs jambes, se mettent en dehors de la » multitude ; s’il y en a , il faut les signaler. En vertu » de cette injonction , le chef de l’arrondissement » ( Tclieou-tcliang ) cultive la pratique de la vertu, et » présente au prince les hommes de mérite. Houan- » kong les examine lui-même et leur ordonnede servir » dans l’administration. Il enjoint aux officiers supé-

» rieurs d’écrire par année les faits et gestes de leurs • officiers et de lui faire un rapport sur eux. Les offi- » cjers supérieurs choisissent ceux de leurs officiers qui » se sont distingués et les emploient encore sous leurs » ordres; puis ils les désignent au prince. Celui-ci fait » venir ces officiers désignés et s’entretient avec eux. Il » examine et compare les garanties qu’ils offrent. Il » interroge les hommes de leur district , pour explorer » leur capacité, et s’ils satisfont à ces épreuves, Ub » sont élevés au rang d’assistants ou de suppléante » des ministres supérieurs : c’est ce qu’on appelle les » trois promotions successives. » D’après le commentaire , ces trois promotions ou choix sont représentés ici : 1° par la présentation faite par le chef d’ arrondissement; 2“ par le choix fait par les officiers supérieurs^ 8° par la comparaison et l’examen que fait en dernier lieu le prince pour attacher à sa personne les individus signalés à son attention.

L’institution de ces trois présentations au chef du royaume de Thsi indique , dans ce pays, un retour évident aux principes de centralisation établis par les premiers souverains Tcheou. Houan-kong auquel le Thsi-yu attribue cette institution , fut le chef de la confédération des princes du Nord et de l’Orient , et ses règlements étaient encore renommés dans la Chine orientale , trois siècles après lui , à l’époque de Mengtseu. Ce philosophe cite textuellement les quinze articles de la constitution générale établie par Houan-kong dans tous les royaumes confédérés (1), et en fait l’é-

(I) Mcng-tteu, Mv. II, chap. VI, art. XXVI.

loge. La lettre même du passage du Thsi-yu ne parle pas d’écoles régulières. Elle recommande seulement de chercher les hommes ayant certaines qualités et, entre autres, l’amour de l’étude. Aux T et 8' articles du règlementgénéral de Houan-kong , cité par Meng-tseu , on lit : « Honore les vieillards, protéye les orphelins. » Ces deux articles me paraissent indiquer des établissementsde secours pour recueillir les vieillards infirmes et les orphelins, suivant l’ancien rite dont le souvenir nous a été conservé; mais il n’y a là encore rien qui ait trait àun enseignement régulier. On lit aux 4% 5« et 6* articles de la même constitution de Houan-kong : « Nomme » aux charges, conformément au mérite. Nourris les » hommes capables. Mets en évidence les hommes ver- » tueux. »• Ces expressions me paraissent assez bien correspondre aux trois choix ou présentations du Thsi-yu.

5 VI. — Détails sir l'enseignement public jusqu’à l'avènement de la

DYKASTJE Han, VERS LA PIR DU III' SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE. — ÉPOQUE

de Confucius. — Régne de Thsin-ciii-hoang.

Après l’époque d’Houan kong, il y a une grande lacune dans l’histoire de l’enseignement. Le Wen-hianiliouny-khao et l’ Yu-hài ne citent, dans leurs sections des écoles et des présentations, aucun document qui appartienne aux quatre siècles compris entre le règne de Houan-kong et l’avénement de la dynastie Han , vers la fin du 3' siècle avant notre ère. Les détails sur les écoles anciennes, réunis par les auteurs qui ont écrit sous les Han , tels que Ma-yong, Pan-kou, se rapportent en général à l’organisation établie par les

3igj)ize

Tcheou , et ces auteurs se taisent même sur les réglements d’Houan-kong que nous a conservés Meng-tseu. Dans cette longue période qui peut être comparée , jusqu’à un certain point , à notre moyen-âge , des guerres continuelles divisent les petits royaumes entre eux; la suzeraineté de la famille Tcheou est purement nominale, et les institutions des fondateurs de cette dynastie s’effacent rapidement , au milieu de l’insubordination générale. L’enseignement supérieur et inférieur qu’ils avaient établi est abandonné , et les princes ne s’occupent plus de l’éducation nationale. Telle est la conséquence naturelle qui découle des observations adressées par Meng-tseu, livre I , chap. 1 , art. 13, et liv. I , chap. 5 , art. 14 , aux princes de son époque ( le quatrième siècle avant notre ère ). Cependant il n’en résulte point qu’il n’y avait plus même alors d’écoles élémentaires pour l’enseignement du peuple. Le contraire est prouvé par les passages suivants des biographies de Confucius et de Meng-tseu : mais ces écoles étaient indépendantes de la surveillance du gouvernement.

Divers auteurs chinois qui ont écrit la vie de Confucius, s’accordent à dire que, dans son enfance, il se distinguait entre ses condisciples et qu’il étudia dans les écoles jusqu’à l’âge de dix-sept ans , époque à laquelle il fut nommé à uue place secondaire dans l’administration. Confucius était du royaume de Lou, voisin de celui de Thsi où régna Houan-kong. Il naquit l’an 551 avant J. -C. , cent ans environ après ce prince.

Le successeur et l’émule de Confucius , Meng-tseu, naquit l’an 405 avant J.-C. , dans la ville de Tseou,

peu éloignée de la frontière du royaume de Thsi. La tradition rapporte que la mère de Meng-tseü changea de logement pour se rapprocher d’une école où elle pût envoyer son enfant qui prenait de mauvaises habitudes. Ce fait est cité dans la vie de Meng-tseu et dans l’histoire des femmes célèbres.

Du temps de ces deux philosophes , il y avait donc des écoles élémentaires dans les royaumes de la Chine orientale : mais il semble que ces écoles étaient des entreprises particulières, comme le sont les écoles élémentaires de la Chine actuelle(l). En effet, on ne voit point qu’elles fussent subventionnées ou surveillées par l’administration publique , et ainsi , en admettant avec le Li-ki et les auteurs qui ont écrit sous les Han , que , sous les premiers empereurs Tcheou, les anciens de chaque village ou de chaque rue étaient chargés de l’instruction du peuple dans les salles Cho, cet usage paraît n’avoir plus existé du temps de Confucius et de Meng-tseu. Il est certain que les gouvernants de cette époque avaient négligé le maintien des collèges Tsiang, Siu, précédemment établis dans les chefs-lieux d’arrondissements et de cantons ; car cet abandon excite les réclamations de Meng-tseu qui demande , livre 1 , chap. 1, art. 13, que l’on surveille l’éducation dans les collèges Tsiaruj, Siu, etliv. I, ch. 5, art. lû, que l’on rétablisse les anciens collèges lliao , Tsiang , Siu , et les collèges d’enseignement supérieur llio, attachés à la résidence des chefs. Meng-tseu me paraît ici s’occuper plus de l’enseignement de la morale et des rites

(1) Voyez l'article Mo dans le dictionnaire de Uorrison , partie I , p. 749.

consacrés que de l’enseignement des premières notions littéraires. Tel est également le but de Tseng-tseu , le disciple de Confucius , dans son Ta-hio ou traité de la grande étude , où il développe les maximes de son maître. Conformément à son titre même , ce livre expose les principes de l’enseignement supérieur , politique et moral , destiné aux fils des rois et des grands officiers. J’ajouterai que , depuis l’époque de Houankong et de Kouan-tchong , son ministre , le royaume de Thsi et le royaume voisin de Lou conservèrent le souvenir des anciennes institutions de la dynastie Tcheou , mieux que les royaumes du Nord et de l’Ouest, tels que ceux de Yen , de Tchao, de Han, etde Thsin , où prédominait l’esprit guerrier, entretenu par la crainte des Tartares nomades qui y faisaient des incursions fréquentes. Le royaume de Thsou , situé au sud , vers le Kiang, était composé en partie de peuples à demi-barbares, et les mœurs sauvages se maintinrent longtemps aussi dans les royaumes de Ou et de Youe , limitrophes des peuples chasseurs et tatoués du Fokien (1).

L’époque de transition à laquelle nous sommes arrivés fut signalée par la naissance de deux grandes écoles philosophiques, celle de Lao-tseu et celle de Kong-tseu que nous connaissons sous le nom latinisé de Confucius. Lao-tseu naquit dans la province de Honan. Ses disciples prirent pour centre de leurs méditations la montagne Thaï-chan , située dans le royaume de Thsi , et dont les habitants avaient conservé reli-

(1) Ste-ki , histoire du royaume de Ou , kiv. XXXI.

gieusementla tradition des anciens usages. La seconde école se développa dans le royaume deLou , patrie de Confucius , et toutes deux , dès leur origine , comptèrent parmi leurs adeptes des écrivains de premier ordre. Il n’entre point dans mon sujet de chercher à analyser ici la doctrine obscure de Lao-tseu , qui fonde principalement l’observation du Tao ou de la Voie parfaite sur l’inaction individuelle et l’isolement des autres hommes. Plus tard, et vraisemblablement pour agir avec plus d’eflïcacité sur l’esprit grossier du peuple , les disciples du Tao, ou Tao sse , joignirent à ces principes abstraits des pratiques de magie et de divination , et ils jouent ainsi, dans l’histoire chinoise, le rôle de véritables empiriques , faisant métier de vanter auprès des grands et des souverains le secret d’un breuvage merveilleux qui doit donner l’immortalité. A l’aide de ce prétendu secret , ils ont été en grande faveur auprès de plusieurs empereurs chinois : dès le troisième siècle avant notre ère , ils s’emparèrent ainsi de l’esprit superstitieux du grand conquérant Thsin-chi-hoang ; mais, d’après l’histoire officielle, ils ne paraissent pas avoir été revêtus , comme corporation , d’un caractère légal et politique dans la société chinoise. Au moins faut-il reculer l’époque de leur grande influence , comme corporation, jusqu’à la dynastie Thang, au septième ou au huitième siècle de notre ère, et en résumé, je ne puis, malgré le mérite incontestable de plusieurs écrivains Tao-sse , inscrire immédiatement ici l’école du Tao, comme ayant eu une action durable sur l’ instruction morale, politique ou littéraire , du peuple chinois. Il en est tout autrement de Pécolede Confucius. Celle-ci a exercé

une influence immense sur les Chinois , en leur enseignant simultanément les vertus de la vie privée et de

la vie publique , conformément à l’exemple de son maître , qui , ne dédaignant pas de faire servir à l’utilité publique les hautes facultés de son intelligence , dévoua une grande partie de sa vie à des fonctions administratives. Elle a réussi à convaincre les gouvernants chinois que les livres de son fondateur renferment les principes immuables des connaissances utiles à tous les hommes et spécialement à ceux qui doivent exercer des fonctions publiques. Elle les a fait adopter comme bases invariables des examens réguliers , institués , à l imitation des règlements de la dynastie Tcheou, pour constater le mérite des candidats aux emplois civils, et elle a ainsi formé dans l’organisation politique de la Chine une corporation puissante dont l’histoire se lie intimement, non- seulement à l’histoire de l’enseignement public en Chine, mais encore à l’histoire de toutes les révolutions politiques qui ont agité ce vaste pays. Un nouvel élément va donc se placer dans notre cadre, et, avant d’aller plus loin, nous devons nous arrêter un instant pour exposer brièvement ce que fit Confucius et donner une idée générale de ses ouvrages qui sont devenus le premier code moral et politique des Chinois, en même temps que le modèle le plus parfait à leurs yeux du style grave et sérieux (1).

(1) Je ne chercherai point à analyser ici en détail la vie et la doctrine de Confucius Les instructions qu’il a données à ses disciples, ont été réunies dans des traités particuliers, le Tchong-yong , le Lun-yu , le Ta-hio, le Kia-yu. Elles se composent en général de préceptes moraux, joints 1 l'enseignement des pratiques d’tm cérémonial minutieux , et fondés sur le

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Confucius s’est présenté à ses contemporains comme le rénovateur des anciennes institutions , établies ou consolidées par les premiers empereurs de la grande dynastie Tcheou dans toute l’étendue de la confédération dont ils étaient le centre , et tombées progressivement en désuétude par la faiblesse des souverains et l’insubordination des petits chefs feudataires. Il passa un temps considérable à réunir et à étudier tous les documents authentiques qui pouvaient contenir quelques traces de ces anciens usages, et résolut de les mettre en ordre dans des collections spéciales, pour en perpétuer la mémoire. C’est ainsi qu’il composa successivement le Chi-king , le Cliou-king , VY-king, et le Li-king , quatre recueils qui , sous la dénomination générale de King, ont été depuis universellement vénérés et adoptés comme classiques dans tout l’empire. Le Chi-king est un recueil de pièces de vers chantées

respect des anciens usages. Ceux qui voudront des renseignements complets à cet égard, pourront consulter les Iraductions de ces ouvrages fai les par plusieurs missionnaires ou savants Européens , et la vie de Confucius par Amyot , I. XII des Mémoires des missionnaires. Lorsque ce philosophe parle de la divinité, il se sert du caractère thien qui signifie proprement le ciel; mais on ne doit pas inférer de cell£ expression générale qu’il n’avait qu’une croyance assez imparfaite dans uii être suprême. En effet, plusieurs odes anciennes du Chi-king , recueil fait par Confucius lui-méme , indiquent d’une manière irrécusable la croyance à un être suprême, le Chang-ti ou souverain seigneur. Ce Chang-ti surveille les actions des princes , et les punit ouïes récompense. Il est présenté comme supérieur aux Chin , génies habitant les airs, qui surveillent les actions des hommes. I, 'Empereur, le souverain terrestre, avait seul le droit de sacrifier au Chang-ti. — Voyez mes recherches sur les mœurs des anciens Chinois , Journal asiatique, année 1843. En se servant de l’expression générale, thien ou ch I , dans ses réponses à ses disciples, ou dans ses écrits moraux, Confucius me paraît avoir respecté le terme spécial , consacré pour les prières de l’Empereur. En ceci, comme dans toutes ses paroles, dans toutes ses actions, il s’est conformé aux anciens usages dont il était le zélé conservateur.

parmi le peuple , et composées pour peindre son bonheur ou sa misère à diverses époques , pour célébrer les verlus ou critiquer les défauts de plusieurs souverains (1). Le Chou-king contient les souvenirs historiques des règlements institués par les souverains des quatre premières dynasties , et des entretiens de ces princes avec leurs grands officiers sur l’art de gouverner. L’Y-king, ou livre des changements, présente les différentes combinaisons des huit trigrammes attribués au demi-fabuleux Fou-hi , avec des explications du sens symbolique de ces combinaisons , faites par Wen-wang, Tcheou-kong, et Confucius lui-même. Enfin le livre des rites, Li-king, offrait, ainsi que son nom l’indique, la collection des anciens rites consacrés pour les principaux actes de la vie publique et privée. Ce dernier ouvrage, compris, avec le Chi-king et le Chou-king, dans l’incendie des anciens livres ordonné, au 3” siècle avant notre ère , par Thsin-chi-hoang , ne fut restitué qu’imparfaitement , plus de 100 ans après cette destruction violente. Le résultat de ce nouveau travail fut appelé Li-ki , mémoires sur les rites, et, comme je l’ai déjà dit, on y remarque des interpolations qui laissent beaucoup à regretter. Le style de ces diverses compositions est d’une concision désespérante. Il offre à peine la trace de formes grammaticales, et prouve par son imperfection même la haute antiquité

(1) C’est à ces pièces de vers ou chants populaires que Pankou Tait allusion dans le passage que j'ai rapporté plus haut, page 06, où il dit que les cultivateurs malheureux se réunissaient pour chanter leurs plaintes. Les ofliciers 1/iny-jin faisaient des tournées pour recueillir ces chants, les notaient et les présentaient au souverain , pour qu’il s'éclairât sur la situation réelle de son peuple.'

des documents que Confucius a recueillis. 11 est constant que les Chinois eux-mêmes ne pourraient parvenir à comprendre ces ouvrages qu’il leur a laissés , sans le secours des nombreux commentaires qui ont été rédigés, depuis 1800 ans, pour éclaircir le texte phrase par phrase et mot par mot. Ces commentaires précieux en offrent la traduction perpétuelle dans un langage plus facile.

Confucius , lui-même , sentit que les leçons morales renfermées dans ces textes si concis, si obscurs, ne pourraient agir efficacement sur l’esprit de ses contemporains, et il se décida à composer deux ouvrages plus accessibles au vulgaire. Le premier est le Hiao-king , ou livre de la piété filiale, qui traite des devoirs habituels des hommes dans leur vie publique et privée. Le second est le Tchun thsieou ou livre du printemps et de l'automne, c’est-à-dire des années entières, lequel est une chronique très-abrégée desévénements du royaume deLou, patrie de Confucius. Dans ce dernier ouvrage, le grand moraliste se proposa d’exposer les malheurs survenus aux divers princes chinois, depuis qu’ils avaientabandonné les saines doctrines , afin de corriger ses compatriotes par ces terribles exemples. « Je n’ai » écrit dans ce livre que ce que je sais, disait il à ses » disciples, et j’y ai marqué ce que je désapprouve » dans l’empire. » Les préceptes du Hiao-king sont faciles à comprendre , et ce livre passe en Chine pour tout à fait élémentaire ; mais il est très-difficile , pour nous autres Européens, de concevoir l’influence morale que la lecture du Tchun-thsieou peut exercer sur l’esprit des Chinois. Il ne nous présente qu’une énuméra-

tion sèche des événements, et les développements des commentaires , faits postérieurement sur cette chronique, nous sont indispensables pour pénétrer, dans chaque passage , la pensée secrète de Confucius. Les Chinois, il est vrai , paraissent avoir moins besoin que nous de ces commentaires pour découvrir les leçons morales, renfermées dansleTchun-thsieou, puisque , dès les premiers siècles après Confucius, la lecture attentive de ce livre suffisait pour ramener à la vertu un grand nombre d’esprits égarés.

Naturellement nous devons nous étonner encore plus de la haute importance attachée par les Chinois à l’étude des premiers ouvrages de Confucius que j’ai cités, et qui, sous la dénomination de Kiny, ont été adoptés depuis longtemps par les gouvernants chinois comme des livres sacrés , renfermant l’ensemble de l’enseignement moral et politique, le plus pur et le plus parfait. A l’aide des commentaires qui les éclairent , nous concevons que le Chou-king et le Chi-king offrent aux Chinois des sujets utiles de réflexion et des règles de conduite publique et privée; mais il nous semblera toujours surprenant qu’ils voient dans ces livres , souvent très-obscurs , le type idéal de la perfection morale, et qu’ils concentrent dans cette lecture tout ce qu’ils peuvent avoir de facultés intellectuelles. Leur admiration constante pour l’Y-king , ce recueil d’axiomes mystérieux et presque inintelligibles , fondés sur les combinaisons des trigrammes de I'ou-hi , nous offre un bien autre sujet d’étonnement. Confucius est resté des mois entiers absorbé dans la méditation d’un seul de ces trigrammes , et leur étude approfondie passe

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encore généralement, aux yeux des Chinois, pour l’efTort le plus sublime de l’intelligence humaine. Cependant, il nous est très-difficile , pour ne pas dire impossible, d’y trouver un sens direct et certain. Enfin la collection de Mémoires sur les rites, qui existe sous le nom de Li-ki et remplace le Li-king brûlé de Confucius, est faite sans ordre, sans méthode, et contient principalement , au milieu de documents très-curieux sur les mœurs anciennes, des détails relatifs au cérémonial de la vie publique et privée des Chinois qui nous semblent très singuliers et presque puérils. Cependant il est constant que la Chine entière se conforme scru puleusement à l’observation de ces pratiques minutieuses , consacrées par la vénération des générations successives.

11 ne faut pas croire que le triomphe de l’école de Confucius se soit accompli sans opposition , sans difficulté. Nous verrons, au contraire, le développement de son influence longtemps gêné ou même combattu avec force par des adversaires puissants à la cour impériale. Ainsi, dès la fin du 3' siècle avant notre ère , le ministre Li-sse condamna l’attachement exclusif de la nouvelle corporation aux principes consignés dans les ouvrages de son maître , comme un obstacle à l’amélioration de l’ordre social , et détermina l’empereur Thsin-chi-hoang à ordonner l’incendie des anciens livres. Les représentationsdeLi-ss&pntété renouvelées à diverses époques. Des auteurs graves , tels que Matouan-lin au 14e siècle de notreère,ont dit ouvertement qu’il n’était pas très-convenable d’apprécier le mérite des candidats aux emplois administratifs , uniquement

d’après leur habileté à composer en vers ou en prose, et que les examens des ofiiciers devraient être dirigés sur d’autres études que les études purement littéraires (1). Mais l’école de Confucius, ou la corporation des lettrés dérivée de cette école , a vaincu tous les obstacles. Elle a contraint tous les aspirants aux charges et offices de l’administration civile à passer d’abord par l’étude des Ring ; elle a ainsi enchaîné l’esprit chinois dans le respect des anciens usages et lui a inculqué une opposition presque invincible pour toute modification qui pourrait leur être apportée. Au 1 4e siècle de notre ère, Ma-touan-lin, tout en reconnaissant les défauts de la forme des examens pour les emplois administratifs, déclare qu’il n’est plus possible de changer les règles établies, puisqu’il n’y aurait plus alors de marche fixe dans les examens et. qu’on ne pourrait plus arrêter les ambitions (2).

L’étude des diverses phases de l’histoire de l’enseignement en Chine nous offrira plus d'une occasion de revenir sur ce sujet et d’observer l’influence exercée par l’école de Confucius sur l’esprit des masses. Alors nous verrons en même temps la cause qui a engagé les gouvernants chinois à favoriser le développement de cette influence, et à se lier intimement avec la corporation des lettrés. En effet les chefs de l’administration chinoise se sont toujours montrés trop habiles et trop soigneux de leurs intérêts pour que l’on puisse croire qu’ils

(1) Ma-touan-lin, sommaire de la section IX du IVen-hian-thoungkhun , de l’examen et de ia présentation des officiers du gouvernement. 2) tV 'tn-hian-thoung-khaa , passage cité dans la note précédente.

se soient soumis, par pure admiration, aux préceptes de Confucius, et qu’ils aient ainsi adopté avec enthousiasme ses ouvrages comme le type parfait des premières connaissancesgénérales, nécessaires à tous ceux qui devaient être employés sous leurs ordres. Les documents que l’histoire nous fournit sur les institutions de la dynastie Tcheou nous montrent que celle-ci avait établi pour le choix de ses officiers un mode d’examen plus large , fondé principalement sur l’appréciation de la moralité des individus par les préposés à chaque subdivision du peuple administré. En admettant la parfaite authenticité de ces documents, les bases posées par la législation des Tcheou étaient un peu vagues dans l’application , et les choix devaient donner lieu à bien des abus , de la part des préposés, dès qu’ils n’étaient plus soumis à une surveillance active de l’autorité supérieure. Ce fut ainsi que l’hérédité des charges administratives devint un usage général dans tous les royaumes secondaires , durant les derniers siècles de la décadence des Tcheou. Les empereurs chinois des premiers siècles avant notre ère , étaient mal affermis sur leur trône : ils devaient perpétuellement lutter contre les exigences des alliés de leur propre famille, qu’ils avaient investis de principautés feudataires et qui réclamaient incessamment pour leurs fils les hautes charges de l’administration. Ils ont trouvé dans les livres de Confucius l’exaltation du principe le plus important pour eux , celui de la centralisation de l’autorité entre les mains du souverain , principe totalement méconnu par les rois indépendants, à l’époque où parut le grand moraliste, et que ses disciples procla-

mèrent constamment au milieu de l’anarchie ; ils y ont trouvé la condamnation de l’hérédité des charges administratives, et le principe de l’appel fait au mérite pour le choix des officiers. Ils ont eu ainsi dans les lettrés adhérents à la nouvelle école , des auxiliaires trèsutiles pour lutter contre l’ambition des familles puissantes et ressaisir peu à peu toute l’autorité. Ils ont été portés naturellement à favoriser l’influence des lettrés, et à se laisser guider par eux pour le règlement des conditions qui pouvaient leur fournir de bons officiers et lés délivrer des inconvénients bien connus de l’hérédité des charges. Je fais seulement pressentir ces résultats pour ne pas anticiper sur l’ordre historique des faits.

Après la mort de Confucius , ses disciples se séparèrent et propagèrent sa doctrine dans les divers royaumes. On compte généralement, entre ces disciples, soixante-douze d’un mérite supérieur, qui ont été plus tard honorés sous le nom des soixante-douze Tseu. « Parmi eux , dit Sse-ma-than , père du célèbre » historien du temps des Han, Sse-ma-thsien(l), ceux » qui eurent un grand mérite, devinrent conseillers suri périeurs (Sse-fou) , ou ministres ( King-siang ). Ceux » de moindre mérite se consacrèrent à instruire les • officiers secondaires, Tu-fou, préfets , et Sse , préposés » inférieurs. Quelques-uns se tinrent dans la retraite.

» Ainsi Tseu-lou se fixa dans le pays de Weï, Tseu-

(1) Ase-ki, kiv. CXXI, préface de la section Jou-lin lchouen. Dans ce passage, Sse ma-tlian compte seulement soixante dix principaux disciples de Confucius ; mais le nombre de soixante-douze est dans toutes les vies de Confucius. Voyez Duiiafde, t. II, p. 342, édit, in-fol.

» tchang dans le pays de Tchin, Tseu-vu dans le pays » de Thsou. Tseu-hia alla dans le pays du fleuve occi- » dental (le Chen-si). Tseu-kong mourut dans le pays » de Thsi. Tien-tse-fang , Touan-kan-mo et d’autres » s’instruisirent à l’école de Tseu-hia. Ils devinrent » précepteurs de princes. » En effet , les deux derniers lettrés que je viens de nommer , obtinrent la faveur de Wen-kong, prince de Weï. L’histoire officielle rapporte que l’an 408 avant Jésus-Christ, Wen-kong offrit la place de premier ministre à son ancien gouverneur Touan-kan-mo , et permit à son ancien précepteur, Tien-tse-fang, de ne pas répondre au salut de son fils, prince héritier du royaume. Mais les autres princes, occupés à s’agrandir aux dépens de leurs voisins, prêtaient peu d’attention à des philosophes qui leur recommandaient le rétablissement des anciens usages et la soumission à un seul chef, dépositaire du pouvoir souverain.

Au milieu du 4e siècle avant notre ère, fleurit Mengtseu , disciple de Tseu-sse , petit-fils de Confucius , et le plus célèbre successeur de ce grand homme. Dans les années 338 et suivantes, il visita divers rois de la Chine orientale. Au nom de Confucius, son maître, il les rappela fortement aux anciens usages des Tcheou , et leur reprocha de s’abandonner à des considérations mesquines d’intérêt matériel qui ne pouvaient les conduire qu’à opprimer leurs sujets et à affaiblir leur propre royaume. Meng-tseu ne réussit guère auprès de ces princes, bien qu’il reçut de l’un d’eux le titre de ministre, liing : mais il trouvait des auditeurs attentifs , parmi les hommes du peuple ruiné par les guerres in-

testines et souffrant du désordre général. On voit aussi dans le livre où les disciples de Meng-tseu ont recueilli ses leçons, que, de son temps, divers réformateurs s’étaient élevés dans la Chine orientale; mais ils n’eurent qu’un succès viager, tandis que l’école de Confucius et de Meng-tseu continua d’augmenter le nombre de ses prosélytes, surtout dans les pays de Thsi et de Lou , foyer principal de la saine doctrine. L’an 271 avant J.-C. , un lettré de cette école, Fan-thsao, se distingua par son éloquence à la cour du prince de Thsi. Méconnu et maltraité par ce prince , il se réfugia chez son rival, le prince de Thsin, Tchao-siang, qui, suivant l’histoire officielle, mit un genou en terre devant lui et en fit son conseiller intime. L’an 258 , un autre prince du nord , celui de Tchao , accueillit les conseils du lettré Mao-soui, et le prince de Weï rendit' des honneurs publics au sage Heou-seng. Les rois commençaient donc à rechercher l’appui du savoir des lettrés.

Voilà sans doute bien peu de documents pour constater les progrès de l’école de Confucius , pendant les deux siècles et demi qui suivirent la mort de ce grand homme. Malgré le demi-silence de l’histoire , nous trouvons cette école déjà puissante et considérée parmi le peuple, au milieu du troisièmesiècle avant notre ère, lorsque le fameux Thsin-chi-hoang , prince de Thsin et petit-fils de Tchao-siang, acheva la conquête des six royaumes qui occupaient avec le sien l’étendue de l’ancien empire des Tcheou, et réunit toute la Chine en une seule monarchie absolue. On ne peut méconnaître que ce prince eut de grandes vues politiques; il fit ouvrir de larges routes qui . partant de sa capitale , se

prolongeaient jusqu’au centre des diverses provinces de son empire ; il permit aux hommes du peuple d’acquérir des propriétés foncières , au lieu d’être simples tenanciers des feudataires et officiers de la couronne , suivant le système administratif des Tcheou. Si l’on en juge par le silence des historiens chinois , il semblerait avoir négligé complètement l’instruction de ses sujets. CependantonsaitqueLiu-pou-vveï qui fut son premierministre jusqu’à l’an 335 avant J.-C., fit de grandes dépenses pour rechercher les documents anciens, et en composa un recueil célèbre, connu sous le nomd e Liu-chi-tclumilisieou , ou Tchun-ihsieou de Liu. Plus tard , sous le même empereur, on découvrit l’artde confectionner le papier avec l’écorce amollie du bambou et du mûrier, puis l’art non moins précieux de tracer sur cette surface lisse des caractères écrits avec un pinceau trempé dans un liquide coloré. Ces deux inventions attribuées à un général de Thsin-chi-hoang, nommé Moung-tien , firent abandonner les planchettes de bambou sur lesquelles jusqu’alors on traçaitpéniblement les caractères avec une pointe métallique. Elles eurentdesconséquences immenses pour faciliter la communication des idées et propager l’instruction générale. Une autre innovation très-importante eut lieu sous le règne du conquérant. On introduisit dans l’écriture un système de caractères bien plus facile à tracer que les anciens , et ce changement que la toute-puissance de Thsin-chi-hoang était seule capable de faire à des usages séculaires , fut prescrit , par lui , comme une loi uniforme pour tout l’empire , dans un décret rendu sur le rapport de son ministre Li-sse. Cette mesure seule était un véritable

progrès pour le dévçloppement de l’instruction , et elle semblerait avoir dû assurer une grande place dans l’histoire littéraire de la Chine au prince qui l’a ordonnée. Mais deux taches ont terni irrévocablement sa mémoire dans les annales officielles : d’abord sa faiblesse pour les sectateurs du Tao qui lui promirent le secret de l’immortalité, et qu’il écouta comme Alexandre écoutait les devins chaldéens ; puis son aversion marquée pour l’école de Confucius et pour les lettrés qui formaient déjà une corporation nombreuse , maîtresse de l’enseignement supérieur. Le génie dominateur du grand guerrier refusait de plier devant les représentations des lettrés qui le rappelaient sans cesse à l’observation des anciens usages. Il voulait que la civilisation chinoise datât de son règne. Le ministre Li-sse partageait toutes les idées de rénovation conçues par son maître, et, l’an 213 avant J.-C. , il l’engagea par un rapport mémorable à faire brûler les anciens livres, tels que le Chi-king, le Chou-king, le Li-king, pour anéantir complètement le souvenir de ces anciennes institutions et forcer au silence leurs fatigants admirateurs. L’édit rendu conformément aux conclusions de Li-sse infligea aux contrevenants des peines trèsgraves. Selon le récit de Sse-ma-thsien (1), l’empereur condamna à la marque et aux travaux de la grande muraille, non-seulement ceux qui recèleraient les livres proscrits, mais encore les préfets et officiers des arrondissements qui ne dénonceraient pas les recéleurs. Cette destruction des anciens

(1) Sàe-ki , kiv. VI, 34' année de Thsin-chi-hoang.

monuments littéraires a justement excité l’indignation de tous les savants chinois des temps postérieurs , et ils ont flétri à jamais la mémoire du conquérant et de son ministre : mais les effets de l’édit rendu par ce prince , peut-être autant d’après ses propres inspirations que par l’avis de son conseiller , durent être bien plus sensibles à la classe savante qu’au peuple, et rien ne prouve que l’enseignement national, proprement dit, ait été totalement détruit sous Thsin-chi-hoang.

Si nous parcourons le rapport fait par Li-sse contre les anciens livres et les lettrés (1) , nous y voyons ce ministre reprocher à ceux qui tiennent des écoles particulières Sie-llio de s’accorder pour enseigner à leurs élèves des choses contraires aux règlements actuels de Thsin-chi-hoang, en s’appuyant sifr les anciens livres , tandis que les règlements cités par ces livres ne peuvent convenir qu,’aux temps pour lesquels ils ont été faits. « S’ils apprennent, dit-il, qu’un édit a » été publié , aussitôt chacun d’eux le critique dans son » école. A l’intérieur de la maison leurs sentiments » sont coupables. A l’extérieur , ils manifestent dans » les rues des blâmes inconvenants. » Les écoles particulières sont citées textuellement dans ce passage, et le nom même de Semj , lettrés , par lequel Li-sse désigne plusieurs fois les individus incriminés, montre qu'il veut réformer la mauvaise direction de l’enseignement, et non supprimer l’enseignement lui-même. 11 demande que l’on brûle les exemplaires du Chi-

(1) Li-sse les nomme d'abord Yu-jou lettrés stupides. Knsuilc 11 les désigne par le nom général de Seng lettrés ou étudiants.

king, du Chou-king, et des livres de discussions, faits par différents auteurs. Il demande que l’an proscrive en. général tous les recueils historiques * à l’exception de l’histoire de la famille de Thsin. Il ajoute qu’on ne brûlera pas les histoires ( ou les livres ) qui sont confiés aux Po-sse-kouan ou officiers Po-sse (1). Ce nom que l’on peut traduire par officier de savoir général , désignait , sous les Han , un corps d’officiers supérieurs de la littérature attachés à la cour. On lit dans le règlement des officiers supérieurs de la cour des Han occidentaux : « Les Po-sse sont » des officiers créés par les Thsin. Ils connaissent par- » faitement les documents anciens et modernes (2). » Quelques lignes avant le rapport de Li-sse , Sse-mathsien cite une observation faite à l’empereur Thsinchi-hoang, par un de ces Po-sse nommé Chun-yu-youe, et du pays de Thsi. Le vieillard Fou-cheng qui cacha dans sa maison un exemplaire du Chou-king, et qui le représenta sous les premiers Han, était aussi un Po -sse. On ne voit pas dans l’histoire que ce corps d’officiers littéraires ait été détruit par Thsin-chihoang , et d’après le passage que je viens de citer, on conserva même, après son édit, les exemplaires des anciens livres confiés aux soins des Po-sse dans la bibliothèque impériale.

En outre , Li-sse excepte de l’arrêt de destruction les recueils de remèdes et de plantes médicales ; les livres des sorts et de la divination par les Roua

(1) Dictionnaire de Basile, 1012, 1759.

(2) ff'en-hian-thoung-khao , kiv. XL, fol. 18, r.

de l’Y-king, enfin les traités d’agriculture. On sait que les livrés de la secte du Tao furent exemptés de la condamnation. Ils furent probablement compris parmi les livres de la science divinatoire, à cause de l’estime particulière que Thsin-chi-hoang avait pour les Tao-sse, comme habiles dans la connaissance de l’avenir. Enfin Li-sse dit : « Quant aux » édits et règlements actuels, les officiers de l’admi- » nistration seront chargés de les expliquer à ceüx » qui voudront les étudier. » Ainsi, il défend aux lettrés de discuter le mérite de ces édits dans leurs écoles, et c’est seulement cette discussion abusive qu’il veut détruire, en leur ôtant les anciens livres qui leur fournissent des termes de comparaison.

« Thsin-chi-hoang, ditMa-touan-lin, kivXL, fol. IB, » r. , conserva les livres confiés à la direction des Po-stra- » konan : ainsi il autorisa encore ces officiers à présider » à l’étude des livres sacrés Kituj . Il est dit , dans la cita- » tion du règlement des Han , que les Po-sse connais- » sent parfaitement les choses anciennes et modernes. * D’après cela , il devait y avoir nécessairement d’une » part des maîtres qui instruisaient, et de l’autre des » élèves qui transmettaient l’enseignement. Donc leurs » disciples étaient très-nombreux (1). Thsin-chi-hoang » conserva ces officiers ; mais il haïssait fortement leurs » disciples , et constamment il faisait des édits pour les » châtier et les détruire. » L’arrêt définitif qu’il lança

(1) Je traduis exactement le texte. L’imperfection des formes de raisonnement qu’il présente est malheureusement assez fréquente dans les outrages chinois.

contre l’étude de l’histoire et des ouvrages de Confucius fut exécuté avec rigueur et excita des troubles. Deux des principaux officiers de la cour prirent la fuite, et publièrent des satires contre l’empereur. Les lettrés déclamèrent ouvertement contre le gouvernement. L’empereur s’irrita de cette résistance , et fit mourir , dans sa capitale, quatre cent soixante lettrés convaincus de contravention aux termes de l’édit. Son fils aîné, Fou-sou, lui adressa des représentations inutiles. 11 fut disgracié et envoyé à l’armée du nord.

Thsin-chi-hoang mourut deux ans après ( l’an 211 avant J.-C. ) , et il est constant qu’au milieu des troubles et des guerres qui suivirent sa mort, l’enseignement public dut être entièrement désorganisé, comme le reste de l’administration civile. Le plus puissant des quatre ou cinq chefs de partis qui se disputaient la souveraineté de la Chine, Hiang-yu avait montré de bonne heure une aversion marquée pour les études littéraires (1). Ce chef s’empara de la capitale Hien-yang, et brûla le palais des Thsin. Dans cet incendie périrent les derniers exemplaires des anciens livres que l’arrêt de condamnation avait épargnés et qui subsistaient encore dans la bibliothèque impériale (2). Pendant les six années que dura la lutte entre les partis jusqu’à la formation de la ligue qui eut pour chef un soldat de fortune , nommé Lieou-pang , et qui renversa Hiang-yu , la Chine fut dans l’anarchie la

(1) Ste-ki , kiv. VU, Hiang-yu-pen-ki , fol. i.

(2) Ceci est textuellement dit dans une note juin e au rapport de Li-sse , par les éditeurs du T*e-tchi-lhoung-kign , 34' année du règtie de Ttisinchi lioang

plus complète. Les historiens chinois ont donc raison de dire que les études littéraires furent totalement abandonnées et dénuées de protection , depuis la fin de Thsin-chi-hoang , jusqu’à l’avénement de la dynastie Han qui fut fondée par Lieou-pang , l’an 20/i avant J.-C.

S VII. — Enseignement national sous la première dynastie Han.

D’après les documents authentiques fournis par l’histoire sur l’organisation sociale de la Chine ancienne, nous avons reconnu que, dans l’esprit des chefs des premières dynasties, l’instruction morale du peuple était intimement liée avec son instruction littéraire et scientifique , en bornant l’application de ce dernier mot aux notions élémentaires de la musique, du calcul et du calendrier. Fidèles à ce principe , les disciples de Confuciusont toujours regardé l’étude des préceptes moraux réunis par leur maître dans les livres King , comme la base indispensable de tout enseignement adressé aux hommes. Nous avons vu que, dès l’époque de Thsinchi-hoang , ils avaient rallié à leurs idées la plus grande partie des Chinois , de sorte qu’ils passaient généralement pour les dépositaires privilégiés des notions scientifiques et littéraires. Leur corporation, déjà puissante, fut rudement frappée par l’arrêt qui proscrivait leurs livres; mais la persécution cessa contre eux , à la mort du conquérant. Ils plièrent la tête pendant les orages politiques qui désolèrent la Chine , et, dès que le rétablissement de la paix fit sentir le besoin de la réorganisation de l’enseignement, ils se trouvèrent immédiatement en position de réclamer la révocation de l’édit

de Thsin-chi-hoang. Le fondateur de la nouvelle dynastie avait été forcé de concéder des principautés aux chefs de partis qui l’avaient secondé. Son successeur, menacé par l’insubordination de ces princes feudataires, écouta favorablement les lettrés dont les principes se liaient avec la centralisation du pouvoir. Il révoqua l’édit de proscription et les rendit de nouveau maîtres de l’enseignement public. L’histoire officielle , que nous avons sous les yeux, a été rédigée par des lettrés de l’école de Confucius. Elle ne fait ainsi aucune distinction entre la réorganisation de l’enseignement littéraire et le rétablissement des livres King comme bases de cet enseignement. Elle indique à peine quelques autres ouvrages qui ont pu entrer, sous les Han, dans le cadre de l’instruction élémentaire. Elle cite les noms des collèges ou écoles supérieures, fondés près la cour, sur le modèle des anciens Hio ; mais on doit regretter qu’elle ne nous donne que des détails incomplets sur l’organisation de ces établissements. Toutefois elle nous présente des documents assez précis sur la multiplication des écoles et collèges dans les districts de l’empire , sur la création des concours par examen , et sur leur application au choix des capacités pour les charges de l’administration publique. C’est donc sous les Han que nous trouvons l’origine du système qui a donné définitivement une si haute prépondérance à la classe lettrée dans l’organisation politique de la Chine , et qui s’est transmis jusqu’à nos jours, au travers des changements de dynasties. Je vais essayer de tracer le tableau du commencement de cette grande révolution sociale, à peine indiqué dans l’histoire générale de la Chine par

Mailla, et j’ose espérer que le sujet paraîtra assez important aux lecteurs européens , pour qu’ils ne soient pas trop rebutés par la forme aride des textes que je serai obligé de leur présenter.

Le fondateur de la dynastie Han , connu dans les fastes historiques sous le nom posthume de Kao-tsou ou grand ancêtre, était un prince brave et généreux, mais peu lettré. Dès son avènement , il fut obligé de concéder des principautés considérables aux chefs secondaires qui l’avaient nommé empereur, et qui se lièrent avec lui par un système fédératif, analogue à celui que, 850 ans auparavant, Wou-wang, le premier empereur de la dynastie Tcheou, avait établi, entre lui et ses grands vassaux. Il ramena le peuple à la culture des terres; mais il s’occupa peu de son instruction et confia à des militaires la plupart des charges administratives. Ces choix mécontentèrent les lettrés qui se plaignirent publiquement de la disgrâce où les laissait le nouvel empereur, en formant son administration. L’an 196 avant J. -C. , Kao-tsou, pour les apaiser, ordonna, par un édit spécial, aux princes feudataires et grands officiers de la couronne de rechercher dans tous les districts et d’envoyer à la cour les hommes savants qui pourraient donner des conseils utiles. La même année , le lettré Lou-kia demanda la révocation de l’édit de Thsin-chi-hoang contre la lecture des livres sacrés ; mais Kao-tsou n’accéda pas immédiatement à cette requête. Il répondit qu’il n’était pas convaincu de l’utilité de ces livres, et chargea Lou-kia de composer, pour l’éclairer dans sa conduite , des discours moraux et politiques qui furent appelés Sin yu , les nouveaux

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discours. L’an 195, l’empereur visita le tombeau de Confucius dans le pays de Lou ; ce voyage fut un acte de pure politique. Kao-tsou, peu affermi sur le trône, cherchait à ménager les divers partis qui l’entouraient. Il flattait les lettrés en honorant leur maître.

Son successeur, Hoeï-ti, consentit, l’an 191 avant J.-C., à révoquer les défenses promulguées contre les livres sacrés, et les lettrés commencèrent à rentrer en faveur à la cour impériale. Wen-ti, qui régna de l’an 179 à l’an 156 , enjoignit à ses officiers, par plusieurs édits successifs , de lui adresser les hommes distingués qui pourraient l’éclairer de leurs avis, et annula les dispositions du décret par lequel Thsin-chi-hoang avait défendu de critiquer les actes du gouvernement. Il rendit ainsi aux lettrés le droit de discussion que Li-sse leur avait fait ôter. Wen-ti et son fils King-ti qui régna de l’an 156 à l’an 143, s’occupèrent du rétablissement des rites anciens ; mais le règne de ce dernier fut troublé par la révolte de plusieurs princes feudataires. La guerre déchira encore l’intérieur de la Chine, et la réorganisation régulière de l’enseignement ne date que du règne de Wou-ti qui succéda h King-ti. Conformément au respect invariable des Chinois pour tout ce qui se rattache à la personne de l’empereur, les historiens citent d’abord les établissements de haut enseignement, annexés à la cour impériale pour l’éducation des fils du souverain et des grands officiers , ainsi que pour compléter l’instruction des gradués appelés des diverses parties de l’empire. Ilss’occupenten second lieu des écoles ou collèges destinés à l’enseignement populaire dans les arrondissements et cantons. Je

suivrai la même marche pour coordonner les détails que je vais réunir, en ayant soin de noter, à mesure qu’ils se présenteront, les divers faits qui peuvent nous dévoiler les véritables causes de l’influence des lettrés sur 1 espritdes souverains et de leur admission progressive dans toutes les branches de l’administration civile.

Art. 1. — Établissements d’instruction supérieure, attachés à la cour et à la capitale.

Le fait le plus important que nous trouvons à ce sujet dans l’histoire des premiers Han , est la création d’un Thai-hio , ou grand collège , destiné à l’enseignement supérieur des rites , conformément au double sens de l’expression Thai-hio qui signifie àlafois grande écoleet grande étude (1).Ce collège fut élevé près de la capitale Tchang-ngan , l’an 124 avant J.-C. (5e année youenso). Sa création est rappelée dans une ordonnance rendue par l’empereur Siouen-ti, à la date de l’an 72 avant J.-C. On lit! « Hiao-wou-ti (2) établit la grande . école Thai-hio ; il organisa les sacrifices célébrés » dans la banlieue de la capitale. » D’après un passage d’une des biographies particulières , annexées aux Annales officielles des premiers Han , l’établissement de

(1) Le caractère Thaï, Dict. de Basile, 1700, signifie très-grand supérieur. Nous avons vu plus haut , page 21, le nom de Ta-hio, ou grande école, appliqué aux écoles des adultes, par opposition à Jiao-Ai0,|a petite école, ou l’école des enfants. Les deux caractères Ta et Thaï s'écrivent souvent dans les textes l’un pour l’autre. Le nom de Thaï-hio désigne ici un collège supérieur à tous les autres , une sorte d’académie.

(2) Mao, le saint ou le vénéré, est un titre commun à tous les empe reurs de la première dynastie Han. Cette dynastie est appelée aussi dynastie des Han occidentaux , parce que ces empereurs résidaient 1 Tchang-ngan

actuellement Si-ngan-fou , dans la Chine occidentale.

ce grand collège à Tchang-ngan remonterait même à la seconde année du règne de l’empereur Wen-ti (178 avant J.-C.). On lit dans cette biographie (celle de Kia-chan) que, dans la seconde année du règne de Wen-ti, le grand ministre Chàng-chou établit la salle lumineuse Ming-lang, disposa le grand collège Thai-hio, et mit en pratique les règlements des anciens souverains. J’ai déjà parlé plus haut de la salle lumineuse , Ming-lang , institution de la dynastie Tcheou. La description des trois districts du royaume impérial , Sanfou-lioang-tou , rédigée sous la première dynastie Han, plaçait le grand collège Thai-hio kl li (environ trois quarts de lieue) , au nord-ouest de Tchang-ngan , et lui joignait un magasin ou dépôt avec une place publique ou un marché chi , comme il y en avait un près du palais de l’empereur, ainsi que près des résidences de tous les grands dignitaires apanagés (1). Ces divers documents constatent l’existence du grand collège Thai -hio près de la capitale , au moins depuis l’époque de l’empereur Wou-ti.

Suivant les documents les plus authentiques, consignés dans l’histoire officielle ( Pen-ki ) des Han , la première proposition de ce grand collège Thai-hio remonte à l’an lftO avant J.-C. Elle est attribuée au lettré Tong-tchong-cho de Kouang-tchouen ( aujourd’hui King-tcheou, département de Ho-kien-fou), L’empereur Wou-ti ayant demandé qu’on l’éclairât sur la manière de bien gouverner, Tong-tchong-cho lui

(1) Le Tcheou-li indique, kiv. VII, fol 3., que lorsque l’on établissait une capitale, l’emplacement du marché était inauguré par l’Impératrice. L'Empereur déterminait le lieu où l'on élevait le palais impérial.

adressa deux discours. Dans l’un, il s’étendit sur l’importance des maximes contenues dans les livres de Confucius, et sur la vertu des anciens souverains. Dans l’autre , il parla de la nécessite d’annexer à la cour impériale un grand collège , Tluïi-hio , afin de fournir l’empire de bons maîtres, capables d’instruire le peuple et de Le former à la vertu. « Pour entretenir l’admi- » nistration civile de bons officiers, il n’y a rien, dit-il, » de préférable au grand collège. C’est la porte des » officiers éclairés; c’est l’origine du perfectionnement » de l’instruction. Des ordonnances ont été rendues » pour rechercher, dans les royaumes de l’empire , les » hommes de mérite et savants, Hien-liang, fVen-hio. » Mais on répond que sur la population entière d’un » royaume, on ne peut trouver des individus con- » formes aux termes des ordonnances. Ainsi la bonne » direction, donnée par le souverain, se trouve dé- » truite. Je demande que l’on élève un grand collège, » que l’on y nomme des maîtres éclairés pour entre- » tenir le corps des officiers de l’empire, que l’on » examine et interroge fréquemment, pour perfec- » donner leur habileté. Alors on pourra obtenir des • hommes instruits et capables (1). » Tong-tchong-cho veut que l’on place dans les charges de l’administration des hommes de mérite , formés à ce collège supérieur, au lieu d’accorder ces charges aux fils des grands officiers qui n’étaient recommandables que par les richesses et tout au plus par les services de leurs pères. 11 soutient que le mérite des pères ne doit pas être un

(1) ff'en-hian-lhong-khao , kiv. XL , fol. 13, v..

titre pour arriver aux emplois supérieurs, et demande que l’on n’y puisse parvenir que par degrés (1).

Le langage de ce lettré est identique avec celui que le philosophe Meng-tseu tenait, 200 ans auparavant, au prince de Theng qui réclamait ses conseils (2). Meng-tseu s’élevait avec force contre l’hérédité des offices , et déclarait que c’était la cause principale de la désorganisation du gouvernement dans les divers royaumes de son temps. Trois siècles avant Mengtseu, Houan-kong , prince de Thsi , avait interdit cette hérédité des charges par un article spécial du règlement qu’il donna aux princes ses confédérés (3), et en cela il n’avait fait que suivre le principe établi par Wou-wang, le fondateur de la dynastie Tcheou, dans sa proclamation avant la bataille décisive de Mou-ye(&). Au temps des Ilan , la transmission des charges par hérédité n’était plus une coutume régulière , une sorte de droit féodal, comme à la fin des Tcheou. Thsin-chilroang avait détruit ce droit en nivelant tout autour de lui. Mais les empereurs Han , beaucoup moins forts que le conquérant, toléraient des abus qu’ils n’osaient empêcher , et Tong-tchong-cho donnait à Wou-ti un conseil utile , en l’engageant à établir une pépinière de bons officiers que leur mérite seul appellerait aux charges de l’administration.

Cependant seize ans s’écoulèrent entre le discours de Tong-tchong-cho et l’ordonnance impériale qui

(1) Voyez Duhalde, extraits du recueil impérial des édits et discours sur l'administration , tome II, p. hh 0, édit. in-Jul.

(2) Meng-tseu , kiv. 1", chap. V, art. 13.

(3) Meng-tseu , Itiv. II, cliap. VI, art. 26.

(A) Chou-king, chap. Mou-chi.

institua, conformément à sa demande, un grand collège Thaï-hio près de la cour. Wou-ti hésita, comme ses prédécesseurs , avant d’accorder sa confiance aux lettrés. Depuis la révocation de l’édit contre la lecture « des King ou livres sacrés de Confucius, leur texte n’avait pas encore été mis en ordre par la comparaison des exemplaires ou fragments qu’on pouvait en retrouver. Les premiers empereurs Han craignaient sans doute que la lecture de ces monuments de l’ancienne histoire ne réveillât des idées contraires à l’ordre établi dans la société de leur temps , en rappelant aux descendants des anciens princes qu’ils pouvaient réclamer des apanages feudataires , en faisant redouter aux hommes du peuple qu’on ne leur enlevât les terres dont ils étaient devenus propriétaires, au lieu d’en être simples tenanciers fl). Ce fut seulement 77 ans après la condamnation des livres anciens que Wou-ti nomma une commission spéciale de Po-sse (officiers de savoir général ) , pour la restitution des cinq King. Cette commission fut instituée la5' année Kien-tjouen (1 36 avant J.-C.). Trois ans après ( l’an 133) , Wou-ti écouta favorablement Li-tchao-kien de lasectedu Tao qui vint lui promettre le fameux secret de l’immortalité. 11 ac- /

cueillit de même d’autres imposteurs ( c’est le nom que leur donne l’histoire ), venus des royaumes de Thsi et d’Yen. Un Tao-sse ou sectateur du Tao lui adressa un mémoire sur la grande unité, Thoi-ij, qui gouvernait l’univers. Wou-ti éleva un temple au Thal-y, malgré la

(1) Voyez à ce sujet ce que j’ai dit , page 87, cl mon Mémoire sur la contlitioii de la propriété territoriale en Chine , Journal asiatique, sept. 1838.

vive opposition des lettrés. Il paraît n’avoir pas fait alors d’autre concession aux lettrés que la création de la commission des King.

L’an 130 avant J.-C., les travaux de cette commission commencèrent à donner de6 résultats positifs, et à ranimer le goût des lettres. Lieou-te , prince de Hokien , se distingua par son zèle pour rechercher les copies égarées des anciens livres. Lieou-ngan , prince de Hoaï-nan , avait plus de goût pour la littérature moins sévère ; il recueillit beaucoup de traditions mêlées de fables. Cependant le peuple souffrait toujours, et se plaignait de la mauvaise gestion de l’administration intérieure. L’an 128, l’empereur, par un nouvel édit , fit un appel aux hommes instruits et sages qui pourraient l’éclairer de leurs conseils. Plusieurs lettrés lui présentèrent des mémoires , où ils signalèrent la nécessité de choisir des officiers capables et vigilants. L’un d’eux, nommé Tchu-fou-yen (1), fit une recommandation semblable , et affirma que la plupart des désordres de l’administration provenaient de la trop grande puissance des princes de la famille impériale. Ce lettré conféra secrètement avec l’empereur, et lui représenta que chacun de ces princes possédait un apanage de plus de 1000 li , tandis que, autrefois, les princes de la famille impériale n’avaient pas plus de 100 li(2). Ils devenaient ainsi aussi puissants que l’em-

(1) Il était de Lin-tse du pays de Thsi. Il avait étudié l'Y-king, le Tchun-thsieou et les entretiens familiers ( K ia~yu) de Confucius. — Voyei le Sse ki , kiv. CX1I, fol. 5. édit. in-8°.

(2) Plusieurs princes de la famille impériale possédaient alors de véritables royaumes. Ainsi le prince du pays de Hoaï-nan ou du sud du Hoai possédait une grande partie de la province actuelle tle Kiang-nan.

pereur et méprisaient sa suprématie. Il conseilla de ne pas détruire ces apanages par un coup d’état, mais de les affaiblir insensiblement, en dérogeant à la coutume qui voulait que l’apanage de chaque prince passât à son fils aîné. Wou-ti adopta cet avis et ordonna que désormais le fils aîné de chaque prince n’aurait que la moitié de la succession de son père , l’autre moitié devant être divisée entre ses autres fils. 11 commençait à comprendre' que les conseils des lettrés pouvaient lui être utiles pour centraliser l’autorité et la défendre contre les empiétements des familles apanagées.

Quatre ans plus tard, l’an 124 avant J.-C., fut rendue l’ordonnance qui créa legrand collège, Thaï-hio, fondé sur l’enseignement des livres de Confucius, conformément à la requête précédente de Tong-tchongcho. Des détails assez étendus sur cette création nous sont offerts par Sse-ma-thsien , dans son kiven CXXI , en tête de la section des biographies des lettrés Joulin-tcliouen. Il y donne le texte de l’ordonnance de l’empereur Wou-ti et de la requête présentée à ce sujet par kong-sun-hong, préfetdes études. Kong-sun-hong, originaire de la ville de Pi , du district de Tse-tchouen (Oian-toung) , s’était mal conduit dans sa jeunesse et avait été destitué d’une place secondaire (1). A l’âge de 40 ans, il revint à la saine morale, en étudiant le Tchun-thsieou , et, à l’avénement de Wou-ti, lorsque ce prince convoqua, l’an 140 avant J.-C., tous les hommes instruits et capablesde son empire, kong-sunhong fut choisi comme Hien-liang, sage et capable ; il

(I) Ste-ki , kir. CXJI.

devint alors Po-sse ou officier de savoir général. L’an 438 (5e année Youen-kouang), une nouvelle ordonnance ayant enjoint de rechercher les fVen-hio , hommes instruits, il fut de nouveau délégué par le district de Tse-tchouen. La 5e année Youen-so (1 avant J.-C.), il prit part à la délibération des Po-sse du ministère des rites, et présenta leur requête. Ces officiers rappelèrent à l’empereur le nom et le but des établissements d’instruction, fondés par les anciennes dynasties pour encourager les hommes vertueux et punir les méchants. Ils proposèrent de créer sur ce modèle, près de la cour un Thdi-hio dirigé par des officiers Posse-kouan , et comprenant 50 places d’élèves titulaires Ti-iseu. Ceux-ci durent être âgés de 48 ans au moins et furent choisis parle ministre des rites, Thaï-tchang, sur deux listes, l’une dressée directement par lui-même d’après son propre examen , l’autre dressée par les officiers supérieurs des districts et arrondissements de l’empire. Après un an , tous les élèves nommés durent subir des examens et être classés dans divers offices de l’administration supérieure. « Avant ceci, dit Ma- » touan-lin (4), parmi les Po-sse, chacun instruisait, » d’après les King, les disciples qui suivaient ses leçons; » mais on n’examinait pas la manière dont ils prati- » quaient l’enseignement. La 5* année Youen-so, on » commença à nommer des élèves titulaires attachés à » l’administration supérieure. C’est cette nomination

* d’élèves titulaires qui constitua le grand collège, ou la

• grande école de Wou-ti. » Cette école fut donc une

(I) fVtn-hian-thonq-kan , kiv. XL. fol. 13 , v.

pépinière d’élèves officiers, nommés d’après leur mérite et avancés régulièrement par voie d’examen , suivant la première proposition de Tong-tchong-cho. Cette institution opposa un obstacle aux intrigues des familles puissantes qui obtinrent plus difficilement l’introduction directe de leurs enfants mâles dans les charges administratives; sauf la nature des études, elle a beaucoup d’analogie avec les écoles d’instruction générale que nos gouvernements modernes de l’Europe ont ouvertes pour former les officiers destinés à divers services de leur administration , et où l’on n’entre que par la voie des examens publics (1\

L’empereur s’exprime ainsi dans l’édit que nous a conservé Sse-ma-thsien, Ssc-Av,kiv. CXXI: - J’ai appris » qu’on dirige le peuple par les rites ; qu’on le forme » par la musique; que les cérémonies nuptiales mani- » festent les grands rapports des unions. Aujourd’hui , » les rites sont abandonnés; la musique est tombée. » J’en suis très-affligé. Donc j’ai soigneusement invité » les lettrés, qui possèdent la science du gouvernement » etdes connaissances étendues, à se rendre tous à la » cour. Qu’ils ordonnent aux officiers du ministère des » rites d’encourager les études... Le Thaï-tchang se » concertera avec lesélèves titulaires, Ti-iseu des Po-sse,

(1) Dans crue même année de la période Vouen-so , Lieou-ngan , prince de Hoal-nan, ou Hoai-nan-wang , réunit 1,000 lettrés, et voulut se servir de leurs talents pour s’élever au-dessus du rang de prince. Il les engagea à se liguer avec lui contre le lettré Ki-ngan qui dominait i la cour. Le lettré Lel-pc répondit par un refus à ses propositions et alla le dénoncer i la cour. A cette nouvelle , le prince se donna la mort. Il est connu sous le nom de Hoaï-nan tscu . et a laissé plusieurs ouvrages d’après lesquels il parait avoir incliné vers les idées des Tao-ssc.

» et élèvera le changement en instruction des bourgs et » villages, pour étendre, développer les talents supé- » rieurs. » Cette dernière phrase qui renferme la volonté définitive de l’empereur est très-peu claire et fait imparfaitement comprendre l’ordre donné au ministre des rites ; mais heureusement le texte de l’édit est accompagné du rapport fait par le Thaï-tchang et les Po-sse , qui fut approuvé par l’empereur et publié par kong-sun-hong , à la suite de l’édit. Après des considérations sur les écoles des anciens temps et , en général, sur la nécessité d- encourager les études et de régulariser les rites dans l’empire, pour assurer le bien-être universel , la commission dit : * Chez les » anciens , si le gouvernement et l’enseignement n’a- » vaient pas été simultanément propagés, ils n’auraient » pas disposé ou régularisé leurs rites. Nous proposons » actuellement d’élever (un collège d’instruction supé- » rieure) en s’appuyant sur les établissements déjà » existants où lesPo-sse instruisent des disciples et en » admettant ces disciples; de faire des offices de Po-sse » ou des Po-sse-kouan ; de nommer des élèves titulaires » Ti-iseu , au nombre de 50. Leurs personnes seront » exemptées (des charges des corvéables). Le Tliaï- » tchang , ou ministre des rites, choisira des indi- » vidus âgés au moins de dix-huit ans. Ceux qui » seront complètement réguliers dans leur tenue » extérieure, suppléeront les vacances des élèves titu- » laires ( Ti-tseu ) des Po-sse. Dans les arrondisse- » ments de divers ordres des royaumes et districts , si » l’on entend parler de personnes qui aiment la grande » étude (des rites), qui respectent leurs supérieurs , qui

■ honorent l’enseignement du gouvernement, qui » obéissent régulièrement aux (chefs des) bourgs et » villages, qui, dans leur vie intérieure et extérieure, » se montrent pleins de raison , il sera ordonné aux » officiers de diverses classes de les réunir à la rési- » dence d’un officier supérieur aux appointements do . 2,000 décuples boisseaux (de grains) (1). Celui-ci » examinera soigneusement ceux qui seront capables.

» On devra en faire le compte total ; ils se rendront près » du Thaî-tchang et pourront recevoir les leçons comme » élèves titulaires Ti-tseu. »

Une note dit : « Ceux-ci étaient choisis par les ofii- » ciers des districts et royaumes. Leurs diverses qua- » lités, en commençant par l’amour des belles études, » étaient examinées soigneusement. Mais pour les élèves » titulaires Ti-tseu du Thaï-tchang, on prenait seule- » ment ceux qui étaient complètement réguliers dans » leur tenue extérieure : car le Tliaï-tchang étant un » officier placé près de l’empereur , cette charge était » toujours confiée à un savant respectable , et on ne » pouvait poser des règles pour fixer ses choix. » Suivant une note précédente , les Ti-tseu choisis par

(1) Les appointements des officiers des Han étaient ainsi toujours évalués en nombres de Chi, ou décuples boisseaux. Ce mot désigne une mesure de grains pesant 120 Kin. Sous les Han , le Chi de grain coûtait en moyenne

30 Ttien ou pièces de cuivre, dont chacune pesait — de Kin; ce qui équi valait alors à 3,23 grammes de cuivre. Le Chi de. grains coûtait donc environ 97 grammes de cuivre, et l’on avait 1 de grain pour de cuivre

monnayé, l-in général, les documents cités par Ma-lnuan-lin , kiv. VIII, prouvent que. la quantité de cuivre monnayé en circulation sous les Han était très-peu considérable. Voyez mon Mémoire sur le système monétaire des Chinois , Journal asiatique, 1837, page 455.

le Thaï-tchang étaient des individus irréprochables et pris seulement dans l’intérieur du royaume impérial ( Kouan-tchong ). On se conformait ainsi aux termes de l’ordonnance qui dit : « Ils élèveront le changement » en instruction des bourgs et villages. »

Le texte de la délibération continue ainsi : « Après » un an , tous les élèves (admis par l’un ou l’autre mode) » seront immédiatement examinés (comparativement » et de la même manière). Ceux qui pourront connaître «parfaitement une science (Y) (1) au moins, sup- » pléeront les vacances des W en-liio-tchang-kou (savants » dans les études sérieuses , s’occupant des cérémonies » anciennes ) (2). Ceux qui seront de premier mérite, » pourront devenir Lang-tchong : le Thaï-tchang les » présentera sur une liste à l’empereur (parce que les « Lang-tchong étant des officiers de garde près de » l’empereur, leurs noms étaient placés sur une liste » pour attendre son choix). Ceux dont les talents seront « de degrés divers , on communiquera leurs noms à » l’empereur ( qui ne les choisira que par extraordi- « naire). Ceux qui ne satisferont pas aux études, qui » auront une capacité inférieure et ne pourront pas » connaître parfaitement une science, on les renverra » immédiatement. Nous proposons que l’on punisse

(1) Basile, 9278.— Je traduis ce caractère par le terme général de science. /Ai-y, les six arts libéraux désignent la musique, l’arithmétique, l’écriture, le cérémonial, l'art de tirer de l’arc et l'art de conduire les chars. I.e même caractère désigne aussi les livres sacrés, Ring.

(2> Ainsi , dit une note, Tchao-siu devint Tchang-kou du Thaï-tchang , par son mérite dans les études savantes (Win-hio),. Le caractère wen désigne proprement les compositions littéraires; mais il a ici un sens plus étendu : il indique en général l'étude des livres sacrés, des livres historiques , ce que l'on peut appeler les belles études . ou les études savantes.

» les actes répréhensibles , tels que les choix erronés » du Thaï-tchang, l’enseignement vicieux desPo-sse ,

» et les excès des officiers , dans la perception illégale » de l’impôt. »

Après quelques phrases sur le bon effet de l’institution ainsi proposée , le texte dit : « Quant au règle- » ment des Tchang-kou des rites , on déterminera par » les études savantes et les formes des rites , l’avan- » cernent , la destitution ou le non-avancement des » officiers de l’administration supérieure. Nous propo- » sons que, dans le classement, les appointements (des » Tchang-kou) soient de 200 décuples boisseaux (de » grains) au moins ; avec les officiers Ordinaires (Li)

» qui auront un appointement de 100 décuples bois- » seaux et posséderont parfaitement une science( Y) au » moins, ils suppléeront les vacances des charges d’an- » naliste de l’intérieur, de droite et de gauche, de Ta- » hing-tso-sse, annalistes assistants et voyageurs, chargés » de parcourir le domaine impérial. ( Les autres) ayan t » un appointement équivalant à 100 décuples boisseaux » et au-dessous , suppléeront les places de gouverneur » ( Ta-cheou ) et de Tso-sse de province ou de grand • district, kiun. Pour chaque grand district, il y aura » deux individus de ce titre , et pour les districts des » frontières, un seul. Premièrement on choisira les » officiers qui auront mérité beaucoup d’éloges ; s’ils » ne suffisent pas , on choisira des Tcliang-kou qui » rempliront les places vacantes de 2000 décuples bois- » seaux (c’est-à-dire les places d’annalistes de droite et » de gauche et de Ta-hing-tso-ssé). Les PPen-tiio-lchang- » kou remplirontles places vacantesd’officiersdes grands

» districts (c’est-à-dire de gouverneur Ta-cheou, et de » Tso-sse; une note rappelle que les Wen-hio-tchang~kou » sont choisis parmi les élèves titulaires Ti-iseu des » Po-sse, qui ont acquis le troisième degré d’instruc- » tion; les Tcliang-kou sont au-dessus d’eux ) . Ilspour- » voiront ainsi aux titres des offices. Nous proposons de » publier l’édit constatant les mérites ( comme l’on fait «dans les promotions actuelles). Que cet édit soit » comme les ordonnances ordinaires. L’empereur ap- » prouva. Depuis cette époque, ajoute Sse-ma-than (1) , » parmi les grands conseillers kong, les ministres king, « les préfets ui-fou et les préposés ssc , il y eut égale- » ment beaucoup de gradués dans les études savantes » ( Wcn-liio ) (2). »

Les termes de cette requête approuvés par Wou-ti présentent des difficultés qui arrêtent les critiques chinois eux-mêmes. « Dans cet article du livre des » Han , dit un auteur cité par Ma-touan-lin , sous le • nom de Sien-kong (3) , on trouve des élèves titulaires » Ti-tseu des Po-sse qui connaissent parfaitement une » science au moins et sont admis à remplir les vacances

(1) Je rappelle que Sse-ma-than est le père de l’historien Sse-ma-thsien. Celui-ci le désigne par le titre de Tha'i-sse-kong , dans son grand ouvrage. Le fragment que j’ai cité est attribué , dans ce recueil , au Thdi-sse-koung.

(2) Dans l’expression composée W en-hio-sse , je traduis ici par Gradués le caractère tse, Basile, 1759, qui désigne dans le premier membre de phrase les préposés inférieurs aux Ta-fou. De nombreux passages du Tcheou-ll , du I.i-ki , du livre de Meng-tseu nous montrent que ces tse ou préposés étaient divisés en trois classes. Le caractère tse est d'un sens si général qu’il s'applique même aux soldats. Dans le langage ordinaire, depuis le temps des Han , les sse , pris collectivement , désignent la grande classe de Chinois instruits dans les écoles , que nous connaissons en Europe sous le nom de lettrés.

(3) fVen-hian-lhnng-khan , kiv. XL , fol. 17, v.

«des Wen-hio-lchang-kau ; d’un autre côté, on y » trouve des officiers inférieurs(Li) aux appointements » de lOOdécuples boisseaux , qui connaissent parfaite- « tement une science au moins et sont aptes à suppléer » les vacances des Tso-sse. Je pense qu’il s’agitde deux » sortes différentes d’officiers. Le Thoung-kien de Wen- » kong en fait deux articles. Les mémoires sur les » grandes cérémonies de Thoung-pien ne sont pas » clairs à cet égard. » Cet auteur ajoute : « Wou-ti » honora les lettrés , encouragea les études : en cela , » il aimait seulement la renommée. Dans ce temps , » la diffusion des savants lettrés dans les arrondis- » sements et districts était très - restreinte. C’est » pourquoi Kong-sun-hong proposa de les choisir et » de les employer comme préposés des études. Mais » il est dit encore qu’ils rempliront les places de Tso-sse » et d'officiers attachés aux districts, que l'on pourvoira » par leur moyen aux titres des offices. Ceci peut faire » connaître la légèreté (ou le peu de consistance) de l’in- » tention de l’empereur (en faveur des études). » Ainsi suivant Sien-kong , Wou-ti soignait seulement sa réputation populaire , en protégeant les belles études. Il me semble , d’après le texte même cité par cet autour , que Wou-ti avait aussi un but politique, et qu’en adoptant les propositions de ses conseillers , il cherchait à se créer de bons officiers , bien plus qu’à favoriser le développement de l’instruction dans l’empire (1).

(1) Ma-touan-lin observe aussi qu’il y a contradiction entre les deux parties de la requête. « En effet, dit-il, tout ce qui se lit depuis, — le

Le nombre des élèves titulaires Ti-tseu du grand collège Thdi-hio fut porté à 100 sous l’empereur Tchao-ti, qui régna de l’an 86 à l’an 74 avec J.-C. , et à 200 vers la fin du règne de Siouen-ti , c’est-à-dire , vers l’an 50. L’an 48 avant J.-C., période Hoatuj-loung deuxième année, l’empereur Youen-ti ajouta encore douze places dans le grand collège. Youen-ti aimait les lettrés. Il accorda exemption (de taxe) à tous ceux qui pouvaient posséder la connaissance d’un livre sacré king. Après quelques années , comme le nombre (des instituteurs sortis du grand collège) ne suffisait pas aux besoins, il plaça (dans le grand collège) 1000 titulaires Youen. Dans les principautés et districts , il nomma des Tso-sse aux appointements de 100 décuples boisseaux , et chargés d’expliquer les cinq king. On voit que le développement de l’instruction fondée sur les King fut favorisé ouvertement par les successeurs de Wou-ti. Vers la fin du règne de Tching-ti (8-6 avant

» Thal-tchang choisira des individus de 18 ans au plus , — jusqu’à - nous » proposons de punir les actes répréhensibles, — se rapporte aux individus » qui , sans privilège de naissance ou de fortune , reçoivent les leçons au » grand collège et arrivent à posséder parfaitement une des sciences re- » quises. Ce qui se lit ensuite depuis - les appointements de leur grade » eront équivalents à 200 doubles boisseaux (degrains1, jusqu’à : — Ils n suppléeront les places d’attachés aux districts , rempliront les titres des » offices, - indique aussi ceux qui , ayant une charge, reçoivent un titre » spécial cl arrivent à posséder une des sciences requises. Or, d’après les » termes de la requête , ceux de la première classe (simples individus , sans n naissance) peuvent devenir I.ang-tchong . alors leur rang dans l’ordre n des charges allait en croissant, puisque le grade de Lang-lckong cor- » respondait à un appointcmenl de 300 décuples boisseaux. Ceux de la » seconde classe qui avaient exercé une charge et possédaient une science n pouvaient seulement être historiens de l'intérieur , administrateurs Tait cheou ou Tio-sse : alors leur rang allait au contraire en décroissant , » puisque les appointements des Tio-sse étaient au plus équivalents à 200 » décuples boisseaux : celte, division ne peut être éclaircie. »

J.-C.), quelques personnes dirent que. Kong-tseu (Confucius), quoiqu’il fûtpauvre, nourrissait près de lui 3000 disciples , et que les élèves titulaires Ti-tseu du grand collège impérial étaient comparativement peu nombreux. Sur cette observation , le nombre des Ti-tseu fut élevé à 3000. Dans les années suivantes, on renouvela leur nombre selon l’ancienne règle; ce qui indique que cette augmentation excessive des Ti-tseu n’eut pas de suite. Les textes qui fournissent ces données historiques sont extraits, par Ma-louanlin, des biographies de divers lettrés, annexées à l'histoire de la première dynastie Han.

Le même auteur cite une ordonnance de la deuxième année Yanij-so (25 avant J.-C.), qui est relative au grand collège Tlidi liiu. On y. lit : « Autrefois » on a institué le grand collège. C’était pour transmettre « les devoirs sacrés des anciens souverains, répandre » l’amélioration morale et intellectuelle dans l’empire.

» Les offices des savants se sont répandus jusqu’aux » quatre mers (aux extrémités de l’empire). Il convient » que tous s’éclairent sur les choses anciennes et mo- » dernes, qu’ils étudient les choses anciennes et con- » naissent les nouvelles, qu’ils s’initient aux principes » de l’administration. C’est pourquoi on les appelle sa- » vants de connaissances générales (To-sse). S’ils ne le «sont pas, alors ceux qui étudient ne se conforment » pas à la règle. Ils sont méprisés de ceux qui sont au- » dessous d’eux. Ce n’est pas ainsi que l’on met en » honneur la voie et la vertu. Quand les artisans » veulent faire un bon ouvrage, ils doivent d’abord » aiguiser leurs instruments. Il faut faire de même. Les -» . • s . .

» assistants et annalistes impériaux ( Ching-siang-yu-sse )

• adresseront les (candidats) aux ofliciers supérieurs » jouissant de 2000 décuples boisseaux. Ceux-ci exa- » mineront comparativement ceux qui pourront rem- » plir la charge do Po-sse. S’ils ont réellement du » mérite, ils pourront être choisis. »

Dans cette ordonnance de Tching-ti , le titre de Po-sse , officier ou savant de connaissances générales, se trouve expliqué, comme dans le tableau des officiers supérieurs des llan occidentaux, cité par Ma-touan-lin , kiv. frO , Col. 18 v. Ces officiers doivent connaîtré à fond ( Tliount /) les choses anciennes et modernes. L’Empereur les signale comme les maîtres du savoir nécessaire pour bien gouverner, et recommande d’être, attentif à lesbien choisir. On voit que les lettrés avaient gagné beaucoup d’influence sur l’esprit des souverains depuis Wou-ti.

On lit encore dans les annales des premiers Han :

« L’empereur Ngaï-ti (6-1 avant J.-C. ) en nommant » les élèves titulaires Ti-tseu des Po-sse , leur accorda » trois ans de congé , pour porter le deuil à la mort de » leurs parents. » La cessation de toute occupation extérieure pendant la durée du deuil avait été spécialement recommandée par Confucius. Mais, sous les premiers empereurs de la dynastie Han , tes officiers de l’administration supérieure n’avaient payhu la permission de se conformer à ce rite;. Plus tard, ils furent autorisés à quitter l’exercice de leurs fonctions pendant tout le temps du deuil de leurs parents. L’histoire note avec reconnaissance que les Ti-tseu attachés aux officiers supérieurs furent alors admis S jouir du même droit.

A l’époque des examens pour obtenir les grades d’officiers, les questions auxquelles devaient répondre les élèves Ti-tseu étaient divisées en deux séries n° \ et n° 2 , selon leur difficulté , et écrites sur deux sortes de planchettes de dimension différente (2 pieds et 1 pied, suivant Tsaï-yong, cité par le dictionnaire de Khang-hi, au caractère Thse). Ces planchettes étaient rangées les unes près des autres , et les concurrents tiraient desflèchessur elles, jusqu’à ce qu’ilsen eussent touché une. Alors ils recevaient les questions écrites sur cette planchette, et devaient les expliquer, pour montrer leur degré de capacité. On appelait cela, tirer sur la planchette , Che-thse. Cette manière singulière de donner les questions aux candidats fut adoptée pour que ceux-ci ne connussent pas d’avance ces questions et ne pussent se faire aider dans leurs compositions. « C’é- « tait, dit Ma-touan-lin , kiv. XL, fol. 18 v. , une » idée analogue à celle qui fit plus tard couvrir de « colle les noms des concurrents , pour empêcher » les recommandations et les intrigues. » L’expression caractéristique Che-thse , tirer sur la planchette, se lit dans les biographies de plusieurs lettrés du temps des Han. L’explication que j’en ai donnée est traduite du commentaire de Chi-kou. cité par Ma-touan-lin ainsi que par l’Yu-haï, kiv. CXIV, fol. 10 v. ^

Les questions de la série n" 1 étaient les plus difficiles. Les concurrents qui touchaient les planchettes de cette série et en expliquaient convenablement les questions, recevaient le titre de Lam/. Ainsi, on lit dans la biographie de Siao-wang, citée par l’Yu-

haï (1) : « Ayant obtenu la série n°l ( Kia-ko), en tirant » sur la planchette, Che-lhse, il devint Lang. » C’est à ce passage qu’est joint le commentaire de Chi-kou qui explique la locution Chc-tlise. Ceux qui touchaient les planchettes de la série n" 2 et expliquaient les questions moins difficiles de cette série , étaient déclarés Tchangkou du prince héritier, Thaï-tseu-tchang-kou. L’Yu-haï cite, d’après diverses biographies, Eul-kouan, qui devint Tchang-kou en tirant sur la planchette; Makoung, Ti-fang-tsin , Ho-wou , Wang-kia, qui, tous, obtinrent la série n° 1 en tirant sur la planchette , et furent nommés Lang; 1,'ang-foung , qui obtint la seconde série (Y-ko), en tirant sur la planchette , et devint Tchang-kou du prince héritier; enfin Tchaosin-tchin qui devint officier Lang, comme ayant le n° 1 {Kia-ko), pour l’explication des iivressacrés Ring. Lorsque les candidats ne satisfaisaient pas aux questions qui leur étaientattribuées par le tir de l’arc , ils pouvaient concourir encore et obtenir le grade inférieur de Tchangkou du Thai-ichang. Ainsi on lit dans la biographie de Tsiang-heng : « En tirant sur la planchette, il eut la » série n° 1 , mais ses réponses n’étant pas conformes » au règlement , il passa à un autre grade et devint » Tchang-kou du Thaï-tchang. » D’après une note, jointe à ce passage par l’Yu-haï , ce titre était de troisième ordre (Pinf-ko). Dans la requête des Po-sse, sous YVou-ti , que j’ai traduite plus haut, le premier titre accordé au concours sur les Ring est celui de /.angichong; il a ici pour correspondant celui de Lang ;

(I) Fu/iaï, klv. CXIV; fol. 10, v.

et tous deux désignent des officiers attachés à la. personne du souverain (1). Au-dessous sont les titres de Tchang-kùu des rites et de Wen-hio-lchang-kou , qui ont pour correspondants, dans les citations de l’Yu-haï', ceux de Tcliaiuj-kou du prince héritier et de Tchang-kou du Thaî-tchang , le ministre des rites (2). Il est assez simple que les dénominations des grades accordés aient subi quelque mutation , depuis la création du Thaï-hio.

Un passage que nous trouvons ensuite dans la biographie des lettrés (Jou-lin-tchouen» (3), nous fournit les nombresd’individusélevésannuellementàces divers grades, du temps de l’empereur Ping-ti ( 1-6 de notre ère) : « A cette époque, chaque année, on choisissait » les n**8 1 (Kia-ko) au nombre de ftO individus, et on » les nommait officiers l.ang-lchong {h). Les nos 2 » ( Y-ko ), au nombre de 20 , étaient nommés hommes » delà maison du prince héritier, Tliaï-tseu-che-jm (5). l ’

. Il) Dicl. île Basile, 11219. Suivant Morrison , au caractère Kouan, n°35

itc l'extrait du Che-knunn-pnu , le caractère I.ang désignait aulr fois un pavillon Th in g, où résidait un officier. Les individus élevés aux charges i supérieures de la cour , comme secrétaires et sur-iotendants des dépar-

tements, étalent appelés Lang-tnuan , officiers de pavillon. Le nom de Ldng-tchong , littéralement dans le pavillon , ludique un administrateur, supérieur, selon le sens actuel de Sse. Dict. de Basile, 1129.

(2; Thaï-lchàng désigne proprement le grand étendard impérial . sur lequel on peignait le soleil et la lune. Sous les Tlisin, le ministre des rites s’appelait T'ong-tchang , lève - étendard. Il fut appelé Thaï tchang , sous les Han. Un commentateur cité par Ma-touan-lin, kiv. LV, article du Thdÿ/ehang , dit que lorsque l’Empereur célébrait une cérémonie solennelle, on levait l’étendard impérial, au moment où il se mettait en marche. Le chef des officiers des rites se tenait auprès. De là lui vint le nom de l‘ung Irhang et ensuite de Thaï Ichang.

(3) Tu-haï, kiv. C.X1V, fol 11, r. fTen-htan-ihong-khao , kiv. XL, fol. 21, r.

(à) Dicl. de Basile, 11219, 20.

t (5) Basile, 1799, 2059, 8710, 91 Ce nom parait identique avec relui de

Di

» Les n06 3 ( Ping -ko) , au nombre de /|0, étaient re- » connus F-Ven - liio ■ tchang - kou. Ce fut l'empereur » Wou-ti qui institua le classement du mérite par le tir « sur la planchette. » 11 n’y a ici que cent places données annuellement, tandis que nous avons vu plus haut que depuis Youen-ti , le nombre des élèves du Tlui'i-liio était au moins de 212. Le général Wang-mang gouverna pendant la minorité de Ping ti. D’après une citation jointe par Ma-touan-lin au passage précédent, il admit au grand collège les fils des préposés de premier ordre ( Youen-sse ) , pour recevoir le titre d’élèves . mais sans avoir droit à une charge dans le ministère desrites. Jusque-là, lesfilsd’ofliciers supérieurs avaient reçu le titre de l.ang , sans subir aucun examen. Wangmang voulut qu’ils le méritassent par leurs études.

L’Yu-haï cite encore sous la première dynastie Han . et place près de la capitale impériale Tchang-ngan , des établissements alTectésà l’enseignement dés notions consacrées. Ils étaient désignés par les noms de Pi-gong, la tablette ronde entourée d’un canal, de Ming-tang, la salle lumineuse , et de Liny-thaï , la tour des esprits célestes, à l’imitation des constructions semblables qui entouraient le palais des empereurs Tcheou (1). Le premier Ming-lang des Han paraît être du temps de Wen-ti . d’après la citation que j’ai rapportée plus haut, page 1)8. Un second Ming-tang et un Pi-gong furent faits sous Ngaï-ti. dans les six dernières années

Tchamj-knu du prince héritier, cité plus haut , page 116. Le < 'hc-jin est mentionné dans le Trlieou-fi , section Ti-kouan . kiv. XVI.

(t) Vu-haï, kir. III, foi. 35. ^

avant notre ère. L e Miug-lany était alors, comme sous lesTcheou, un temple composéde plusieurs sallesconsacrées aux cérémonies que l’empereur accomplissait au commencement de chaque lune. Le Pi-yony des premiers Han paraît avoir été un . lieu destiné à, diverses sortes d’enseignement. La Tour des esprits , comparée par les historiens des Ilan à celle de Wen-wang, et à celle queTcheou-kong avait élevée à Lo-y an g, était évidemment l’observatoire impérial où résidaient les astrologues attachés à la cour. Le commentaire du Livre des Eaux ( Choui-kiny ) détermine les places respectives du Pi-yony, du Miny-Umy etdu lÀny lhdi, près de Tchangngan. La tour des esprits , fAny-ihaï , fut bâtie sous Ping-ti, en vertu d’vme ordonnance de l’an 5 de notre ère, peu avant que le général Wang-mang usurpât le pouvoir souverain. D’après la description géographique des trois districts du royaume impérial des premiers Han •( San-fou-lioany-lou ) , le Pi-yong. était 7 li au N.-O. de Tchang-ngan , à peu près comme le Pi-yong des Tcheou était placé par rapport à leur capitale. Selon le commentaire de Chouï-king , il était au midi du Ming tany et contenait neuf grandes salles ou pavillons kony, et douze maisons séparées pour logement, elle. Je présume que ce Pi-yony remplaçait alors l’ancien collège spécialement affecté, sous lesTcheou, à l’éducation des fils del’cmpereuret des grands ofliciers(/rou*iseu ). Peut-être aussi le Miny-tany était-il le collège destiné à l’explication des rites sacrés pour les grandes cérémonies ; mais on ne trouve aucune indication précise sur la nature de ces deux sortes d’établissements de la première dynastie Han. La tour des esprits était

située 1800 pieds au nord du Ming-tang. Celui-ci était près de la capitale, à Test de la rivière WeL L’ensemble de ces trois établissements fut appelé Sanyong-kong, les trois pavillons réunis : ce nom se lit dans la biographie de Ilien , prince deHo-kien , sous Wou-ti (1). Un ministre du temps des Thang, nommé Koueï-tsong-cho, dit dans un discours cité par l’Yuhaï : « L’empereur Wou ti, de la dynastie Ilan , établit » le Ming-tang, le Pi-yong et la Tour des esprits, Ling- » thaï. Il leur donna le nom honorifique des trois pa- » villonsréunis, San-yong-kong . » D’après ces passages, l’empereur Wou-ti, des Han, semblerait le premier fondateur de ces trois établissements ; mais les noms du Pi-yong , du Ling-thaï , ne paraissent dans les textes que vers l’ère chrétienne , à la fin de la dynastie des Han occidentaux. Les documents sont donc insuffisants pour déterminer la date positive de leur première création.

Art. 2. — Écoles de districts et d’art ondlssemenls.

Dans l’article précédent, nous avons vu 1’étyde des livres de Confucius se propager rapidement dans l’empire à la suite de l’ordonnance de Wou-ti qui établitle grand collège, l’an 124, et le remplit d’élèves , destinés à devenir officiers des cérémonies à lacour, ou instructeurs dans les districts. L’auteur de la première proposition du grand collège, Tong-tchong-cho, passe donc

(I) Ssc-ki , kiv LIX. C’est le même prince qui a été appelé Lieou-fe , page 102.

pour avoir donné la première impulsion au rétablissementdes études savantes. Mais, entre l’époque où sa proposition fut faite , et celle où elle fut réalisée , l’histoire nous présente un autre célèbre personnage , Wen-ong , gouverneur du pays de Chou , qui , par ses propres moyens, organisa dans sa province un système régulier de collèges et écoles avec concours et examens , et mérita de voir son exemple suivi par son souverain. Ce furent en effet les bons résultats obtenus par Wen-ong qui paraissent avoir déterminé Wou-ti , l’an 12/i , à se faire soumettre un projet par Kong-sun-hong ôt les Po-sse de la cour , bien que la requête de ceux-ci ne parle pas de ce gouverneur. Voici ce qu’on lit dans la biographie de Wen-ong (1) : « A la fin du règne » de King-ti ( de l’an 149 à l’an 140 de notre ère),

» Wen-ong fut nommé gouverneur de la province de » Chou (partie occidentale du Sse-Tchouen actuel). 11 » se conduisit avec humanité. Il s’était perfectionné » en s’instruisant. Il vit que le pays de Chou était dans » une situation dégradée , qu’il y existait des usages » vicieux, empruntés aux étrangers du midi (Man), et ■» de l’ouest (V). 11 résolut de le relever et de l’amé- >

» liorer. 11 choisit, parmi les officiers secondaires des » divisions territoriales du premier et du deuxième ■

» ordre ( kiun , lùen), dix officiers qui avaient du ta- » lent pour instruire et expliquer , tels que Tchang-cho » et autres. Il les encouragea et les perfectionna lui-

1 1 Celte biographie cl les suivantes que je citerai dans cet article , lotit partie des biographies jointes à l’histoire des Han occidentaux ou premiers liait. On lit dans le commencement de la biographie de Wen-ong, .qu’il s’étalt appliqué it l'étude du Trhun-lhiieoii de Confucius.

Otait,

» même; il les envoya à la cour pour y recevoir les » leçons des Po-sse (ofiieiers supérieurs de la litléra- » ture attachés à la cour impériale). Quelques-uns étu- » dièrent les lois et les règlements impériaux. Wen-ong

• réduisit ses dépenses, et avec les économies qu’il fit » ainsi sur les allocations de sa charge , il acheta des » armes, de la toile et autres objets du pays de Chou : » il chargea les élèves envoyés des différents districts » de remettre ces objets en présent aux Po-sse qui de- » vaient les instruire. Après quelques années, les élèves » envoyés revinrent avecune instruction parfaite. Wen- » ong les prit pour aides; il les classa par ordre de mérite

• et les nomma officiers de l’administration supérieure. » Il y en eut qui devinrent administrateurs de districts

• ( Kiun-cheou ), et inspecteurs généraux ( Thse-sse ).

» En outre, il établit un hôtel des études (Uio-komn) , » au milieu de la place publique de Tching-tou (capi- » taie du pays de Chou). Cet hôtel fut la maison où » logèrent les officiers des études. Il appela les fils (des » bonnes familles) des arrondissements inférieurs pour » en faire des élèves titulaires ( Ti-tsen ) de l’hôtel des » études. Ceux qui furent hors de ligne par leurs pro- » grès, furent destinés à compléter (entrer dans) le » corps des officiers des divisions territoriales de pre- » mier et deuxième ordre (Kiwi, hicn). Ceux de mérite » secondaire furent décorés du titre de Hiao-ti-li-iien, » c’est-à-dire distingués par la piété filiale et l’amour » fraternel , par les travaux qui exigent de la force ht » par l’agriculture (1). Habituellement, Wen-ong

(I) Los individus nomme* Hian-ti-li-tien étaioni exemptés dos charges

» choisit des jeunes gens ( Thoung-lseu) de l’hôtel des » études, et les délégua pour recevoir les alïaires » comme Pien-iso (1). Chaque fois qu’il sortait (de sa » résidence) et qu’il entrait dans un chef-lieu d’arron- » dissement , il augmentait le nombre des étudiants de » l’hôtel des études. Ceux qui avaient une bonne con- » duite et expliquaient bien les livres sacrés King, étaient » réunis aux délégués et transmettaient les règles pra- » tiques de l’enseignement. Quand Wen-ong entrait » dans un district ou canton de sa province , ou quand » il en sortait , les officiers et le peuple le voyaient et le » glorifiaient. Quelques années s’étant écoulées , tous » les jeunes gens à l’envi voulurent être élèves de » l’hôtel des études. Quelques-uns qui étaient riches » allèrent jusqu’à donner de l’argent pour obtenir d’y » entrer. Il s’opéra ainsi un grand changement. Les » individus du pays de Chou , qui étudièrent à la capi- » taie impériale , furent comparés pour leur intelli- » gence aux étudiants venus des pays de Thsi et de » Lou ( dans lesquels les études littéraires s’étaient le » mieux soutenues depuis Confucius et Meng-tseu ). » Sous le règne de Han-wou-ti , il fut ordonné que » dans toutes les principautés et tous les grands

ordinaires des cnmribuahlcs.Cc tilrc doit peut-être se décomposer en deu* : car on trouve séparément, dans plusieurs biographies, la désignation de Hiao-ti et celle de Li-tien. Il avait été créé l’an 191 avant J.-C. ( 4e de HocT-ti ) pour encourager les bonnes mœurs. On choisissait ainsi dans chaque canton un nombre limité d’individus chargé de la police du lieu. Je mentionnerai plds loin les divers édits des empereurs llan concernant les Hiau-li-li-lien.

(1) Les Pien-iso ou siégeant pour la commodité, l'utilité, élaieiu , d’après une note, des assistants chargés d’examiner préalablement les affaires, sans pouvoir statuer définitivement.

» districts de l’empire , on établirait des hôtels pour les » études et examens ( //io-hiao-kouan). L’origine de » cctteinstitution générale date de Wen-ong. Jusqu’aux » temps actuels, les habitants des pays de Paet de » Chou (qui forment le Sse-tchouen des cartes mo- » dernes) chérissent la révolution opérée par Wen-ye-

wen-ong. » Le commentateur Chi-kou (du temps des Thang) ajoute : « La salle des études ( Hio-iang ) » de Wen-ong existe encore actuellement dans l’en- » ceinte de la ville de Y-tcheou (c’était le nom de » Tching-tou-fou, sous la dynastie Thang ). » Suivant l’histoire de cette ville, la salle des études était ornée des portraits des anciens savants et des anciens sages. On y avait placé, pour l’instruction des élèves, les instruments consacrés aux rites et les tablettes en pierre précieuse que devaient porter ceux qui se présentaient à l’audience impériale.

La mémoire de Wen-ong et l'heureuse influence de l’exemple donné par cet administrateur sont célébrés dans d’autres documents historiques. Ainsi on lit dans les annales des Thang , à l’article de la description de l’école de Wen-ong à Y-tcheou :« Thsin-mi dit: Wcn- » ong envoya Sse-ma-siang-jou dans la Chine orien- » taie. 11 y reçut les sept livres sacrés King(l), revint

(1) Ce nom des Sept K ing ou des sept livres sacres désigne , dans le vocabulaire des expressions numériques, Siao-hin knn-lnu , les ouvrages suivants : le Y-king , le Chou kiug , le Chi-king , le Tclltin-thsieou et les trois lÀ oh livres des rites, qui sont le Y-li , le Tcheou-li, le Li-ki. Les quatre premiers ouvragessontde.Confucius Lcstroisaulrcs n’ont eu leur forme actuelle • que sous les liait orientaux, au premier siècle après notre ère Mais une partie des matériaux , dont ils se composent , parait avoir été rassemblée, dans la seconde moitié du deuxième siècle avant notre ère , par Hicu , prince de

» et instruisit les ofliciers et le peuple. » On lit dans l’histoire des Han par Pan-kou, section de la description de la terre ( Ti-li-tchi ) : « Scius les règnes de King-ti » et.de Wou-ti , Wen-ong enseigna au peuples les mé- ■ thodes régulières pour lire et pour écrire. Ainsi que » Sse-ma-siang-jou , il se distingua par son élocution » ou par sa facilité à s’exprimer. Leur mémoire est » respectée dans les bourgs et les villages. La belle lit- » térature se répandit ainsi dans le monde chinois » ( Thien-hia ). Wen-ong fut le premier qui établit cet » enseignement (sous une forme régulière). Sse-ma- » siang-jou en fut le maître ou le professeur. » Au 18e siècle, l’amplification de la sixième maxime de l’empereur Khang-hi rappelle encore les heureux efforts du gouverneur Wen-ong pour ranimer les études littéraires dans le pays de Chou (1).

Ma-touan-lin explique ainsi dans son kiven XLV1, fol. 6, v. (2), le changement introduit par Wen-ong

Ho-kien , qui faisait collection de vieux documents. Sse-ma-slang-jou , contemporain de ce prince , put donc en avoir connaissance. On sait aussi qu’avant cette époque, un iettré, nommé Kao-tang-seng, avait composé la première rédaction du Y-li. Voyez le Khiun-clwu-pïkhao, 1" kiven, fol. 30 et 33.

(1) Voyez la traduction de l’Édit sacré de l’empereur Kliang-lii, par Milne, page 114. Sse-ma-thsion a inséré dans son recueil , kiv. CXVII, une notice très-longue sur la vie de Sse-ina-siang-jou. Il était né dans la capitale même du pays de Chou. Il aima, la, lecture et l’écriture dès sa jeunesse; il étudia des livres difficiles, et obtint par sa richesse le titre de /.any. Ou temps de King-li , il servit dans l'armée comme officier supérieur. Il fut en relation avec Hiao-wang de Liang , et les savants du pays de Thsi. Il se dérégla ensuite dans sa conduite et s’abandonna A scs passions. Sa vie n’est donc pas exempte de blâme. La mission que lui donna Wen-ong n’est pas indiquée en termes exprès dans cette notice. Elle se rapporterait A la jeunesse de Sse-ma-siang-jou , d’après le commentaire S»-yn qui cite en note le passage de Thsin-ntl que j’ai traduit.

(2) Ce kiven XI. IV contient ,- comme je l’ai déjà dit, les documents

pour le choix des professeurs chargés de l’enseignement : « Sous le règne de Wou-ti , on commença » à créer des Po-sse-hio-komn ou des hôtels régulière » des études dirigés par les Po-sse : on instituâmes » dignitaires Ti-tseu ou élèves titulaires. Avant cette » époque , il existait déjà des officiers Po-sse qui avaient » sous eux des élèves ; mais , en général , tous , à la » cour , instruisaient leurs disciples à leur gré ; et » ceux-ci venaient librement et de leur propre mouve- » ment recevoir les leçons. A la cour impériale, on n’a- » vait pas encore essayé le système de l’avancement au » choix (K in)\ dans les principautés et districts, on » n’avait pas encore introduit le règlement des présen- » tâtions successives (Tsien-song) . Or, à l’époque de » Wen-ong ,. le pays de Chou était tout à fait dégénéré » et abruti. Les bonnes doctrines et l’enseignement » des lettrés des pays de Thsi et de Lou ne s’y étaient ». pas répandus. En conséquence, Wen-ong envoya 0" des hommes de son gouvernement perfectionner » leurs études. Il dut faire des présents aux Po-sse (de » la cour), et il les chargea d’instruire (ses envoyés). » Lorsque Wou-ti eut encouragé l’établissement des col- » léges et écoles ou lieux d’instruction ( Hio-hiao ) dans » l’empire , il fut ordonné que les officiers des divi- » sions territoriales de toute nature examineraient

» soigneusement, ceux qui seraient capables, qu’on » réunirait et compterait les élus, qu’ils seraient adres- » sés au Thai-tchang et recevraient ses leçons en qua-

ancicns, relatifs aux collèges rie royaumes et principautés, districts et cantons.! kiun-koue hiang lang Irhi-hio).

» lité de Ti-tseu (1). Alors tous les districts de premier » et deuxième ordre eurent des titulaires de ce nom ,

» pour se conformer à l’ordonnance, et ce fut par l’in- » stitution des Ti-tseu , ou élèves titulaires des Po-sse, » que l’on commença à propager dans les principautés » et apanages inféodés ( Koue-kia ) le système officiel » des choix et présentations (au concours) ( Siouen - » kiu). »

Le système des concours établis dans tout l’empire, pour répandre la connaissance des livres sacrés parmi le peuple et régler l’instruction des officiers admis aux emplois du gouvernement, date donc, des Han occidentaux qui suivirent l’exemple donné par le gouverneur du pays de Chou, et l’origine de cette institution, qui forme la base du renouvellement de tous les employés de l’administration chinoise, remonte au milieu du second siècle avant notre ère.

A la suite de l’observation précédente, Ma-touan-lin cite deux ordonnances rendues par deux des successeurs de Wou-ti pour propager l’instruction. Par l’une que j’ai déjà citée dans l’article Ier de ce paragraphe, Youen-ti nomma dans les principautés et grands districts des Tso-sse, recevant un traitement de 100 décuples boisseaux (de grains) et chargés de l’enseignement des cinq King. L’autre ordonnance est de la troisième année Youen-chi (3 de notre ère), et fut rendue pendant la minorité de Ping-ti. On doit donc en attribuer la promulgation au général Wang-mang qui

(1) Ce sont les termes de la délibération des l’ossc approuvée par l'em pereu r Wou-ti

gouvernait alors comme premier ministre et qui usurpa le trône bientôt après. Par cette ordonnance, des hôtels des études ( Hio-kouan) furent établis dans les chefslieux de royaumes et grands districts Kiun, sous le nom de Hio, collèges ou écoles , dans les chefs-lieux de districts secondaires appelés Y et des royaumes feudataires, sous le nom de Hiao, lieux d’examens. A chacun de ces établissements , on nomma un professeur des King ( King-sse ). Les écoles des arrondissements Uiamj furent appelées Tsiang, et celles de leurs subdivisions furent appelées Siu. « A chacune de ces » deux espèces d’écoles , fut attaché un maître ou pro- • fesseurdu livre sacré de la piété filiale ( Hiao-king, » petit traité élémentaire des bonnes pratiques de la vie » usuelle, composé par Confucius et revu par Thscng- » tseu, son disciple). » Cette ordonnance nous montre la gradation de l’enseignement , depuis les écoles inférieures jusqu’aux écoles supérieures. On voit également que l’enseignement était alors fondé uniquement sur les ouvrages de Confucius , ce qui n’est pas aussi nettement indiqué dans la requête qui engagea Wou-ti à fonder le grand collège. Ainsi l’enseignement devait avoir un but à la fois moral et littéraire, conformément aux principes proclamés par les lettrés et attribués pâlies ouvrages de leur maître aux vertueux princes des anciennes races impériales.

L’état florissant des études, sous les Han occidentaux, est décrit dans le passage suivant d’un auteur, que Ma-touan-lin appelle Sien-kong : « Sous les Han » occidentaux , dit cet auteur , les Po-sse dépendaient •» du Thaï-tchang , comme le collège Tching-kiun . sous

» lesTcheou, dépendait du ministre des choses sacrées » ( Tsong-pe ). Dans les provinces T chenu , il y avait des » Vo-sse, ou officiers de savoir général. Dans les dis- » tricts Kiun , il y avait des Wen-hio, savants dans » les belles études. Des maîtres des cinq livres sacrés,

» des préposés aux hôtels scientifiques ou littéraires » étaient répandus dans les royaumes et districts. C’é- » tait la même pensée qui avait créé (sous les Tcheou) » les écoles Tsiany des cantons Tang , les collèges Siu » des arrondissements Souï. Les individus qui étu- » diaient dans les collèges inférieurs et les écoles de » bourgs et de villages, ne pouvaient s’élever jusqu’au » grand collège (de la capitale), s’il y avait deux fautes « constatées dans leur conduite. » Ce passage est cité dans le kiven XL de Ma-touan-lin, à la suite de l’ordonnance de Tching-ti qui porta momentanément à 3,000 le nombre des Ti-tseu du grand collège de la cour.

Les biographies, jointes aux annales des Ilan occidentaux , nous offrent dans la section Jou-lin-ichonen les noms de plusieurs lettrés qui se distinguèrent sous cette dynastie par leurs efforts pour populariser l’instruction savante. On trouvera dans la note placée au bas de cette page (1) la liste de tous ceux que cite l’ Fu-

ji) Parmi ces lettrés , je rappellerai le nom de Tong-tchong-cho de Kouang-tchouen (actuellement King-tclieou, département de Ho-k’en-fou), célèbre par sa requête A VVou-li , pour la formation du grand collège de Tcbang-ngan Je citerai ensuite, sous le règne de Tcliao-tl' ( 86-7.'i avant J.-C.), Han-yen-cheou du pays de Yen (nord du Pe-lchl-li); — sous Slouen-ti (73-48) , Tchao-kouang han; — sous Youen ti (48-32), YVangtsiun de Kao-yang (Pe-tchi-li), qui propagea l'enseignement dans la période Tsou-youen (48-43), Wang-tchang de Kiu-ping , district de Thal-rhan ( Chan-toung ) , Tchou-ko-foung de (Lang-)ye; — sous Tching-ti (32-12 avant J C.) , llo-wou du pays de Chou ( Sse-tchoucn occidental*, Tchang yu

haï. Je me bornerai à présenter ici quelques extraits des biographies de ces promoteurs des études littéraires :

« Han-yen-cheou fut gouverneur de Yng-tchouen » (actuellement Yng-tcheou du kiang-nan). Il instrui- » sit le peuple dans les rites et l’humilité. Il fit des » règlements pour les élèves des hôtels des études » littéraires, ou belles études ( fVen-hio-hiao-kouan ).

» Ensuite Han-yen-cheou passa au gouvernement du » Toung-kiun (districtdeToung-tchang-fou, et partie du » Chan-toung). Pour choisir des officiers, il mettait au » premier rang les rites et pratiques régulières. Ilaimait » les anciennes méthodes d’enseignement et de ré- » forme.. Ildisposaetdirigealeshôtelsdesétudes(c’est- » à-dire , suivant le commentateur Chi-kou , les établis- « sements d’enseignement de second ordre, tsian(j,siu).

» Il institua la cérémonie dans laquelle les habitants » des arrondissements Hiang se réunissent pour le tir » de l’arc au printemps et en automne. 11 prépara les • instruments des cérémonies, tels que les cloches,

» tambours, flûtes, instruments à cordes. Il fit fleurir » les pratiques du cérémonial.

» Ho-wou fut Tlise-sse ( inspecteur général ) du » Yang-tcheou (Kiang-nan). Dans les occupations de » sa gestion, il mettait en première ligne la surveillance » des hôtels des études. Lui-même , il voyait les étu- » diants; il examinait leur manière de lire; il prenait » des informationssur leur bonne ou mauvaise conduite.

de Tchi (Thsi-youen du Honan), Mel-fo de Kieou-kiang, — enfiu Thsiouenpou-ye du district de Po-haï (Chan-toung), Kal-konan-yao , Kouang-heng, Tching-tseng.

» Wang-tsiun fut occupé, comme instructeur chi ,

« dans les hôtels des bellesétudes dedistrict Kiuii.

» Thsiouen-pou-ye, Tchang-yu, Meï-fo, Kaï-kouan- » vao, furent décorés du titre de savants dans les belles « études (fPen-liio) dedistrict Kiun.

» Tchou-ko-foung , par l’explication parfaite des » Ring ( Ming-king ), fut nommé savant dans les belles ,» études ( ffen-hio ) de district. » C’est ce lettré qui devint le conseiller de l’empereur Wou-ti , vers l’an 130 avant Jésus-Christ.

» Tching-tsong fut, préposé aux écoles, aux hôtels » des belles études ( fV< en-hio ) de district.

» Kouang-heng mit en ordre et restaura l’école lit- » téraire de Ping-youen (district de Thsi-nan-fou). »

D’après le passage de Sien-kong (1) , les Wen-hio cités dans ces biographies, étaient chargés de la direction de l’enseignement dans les districts, Kiun , dont l’étendue correspondait à peu près à celle des départements actuels Fou. LesTclicou, comme le Yang-tcheou dans lequel Ilo-woufut Tlise-sse , étaient les provinces de l’empire sous les premiers Han (2). Suivant Sienkong, la direction de l’enseignement des Tcheou était confiée àdesPo-sse, sortis vraisemblablement du grand collège impérial. Le titre de Tlise-sse, que nous avons déjà vu, dans la biographiede Wen-ong, joint à celui de Kim-clieou , administrateur de district, peut se traduire littéralement par annaliste explorateur. Ce titre dési-

(1) Voyez page 119.

(2) Ceci peut se vérifier aisément, en consultant un petit allas des divisions anciennes et modernes de la Chine , qui existe au dépôt des cartes de la Bibl. Royale.

gnait proprement des inspecteurs généraux institués par l’empereur Wen-ti, l’an 160 avant J. -G., pour inspecter et réformer les Yu-sse, annalistes ou écrivains impériaux, qui s’écartaient de leur devoir (1). Ces Yu-sse étaient répandus dans l’empire , et chargés de correspondre directement avec l’empereur pour l’informer de tout ce qui se passait. Ainsi Thsinchi-hoang chargea les Yu-sse de faire une enquête sur les lettrés qui résistaient à son ordonnance contre les livres anciens (2). Ils semblent identiques avec les Cliing - siang- yu-sse qui , dans l’ordonnance de Tching-ti, 2e année Yang-so (voyez page il 4), doivent adresser les candidats littéraires aux officiers supérieurs chargés de les examiner (3). D’après ce que nous lisons dans les biographies de Wen-ong etde Ho-wou, les Thse-sse de cette époque étaient des gouverneurs de provincesou districts , et se trouvaient ainsi chargés de l’inspection supérieure de l’enseignement donné au peuple. Vraisemblablement, ilsavaient sous leurs ordres les Wen Ino, et devaient veiller à ce que les maîtres, clii, des écoles ne s’écartassent pas des principes adoptés dans les édits des souverains (4).

Ces Thse-sse faisaient partie du corps des Po-sse, au moins du temps de Tching-ti (32-8 avant J.-C. ) ; en effet, on lit dans la biographie de Koung-kouang

(1) Dictionnaire de Morrison, tome I, extrait du Che-kouan-pou , n01 2 3 53 et 125 , au caractère Kouan.

(2) Wen-hian-thong-khao , kiv. XL, fol. 18 r.

(3) tVen-hian-thong khao, kiv. XL, fol. 21 r.

(A) Une note placée sur la carte des Han occidentaux , dans l'atlas que j’ai cité 5 la page précédente, dit que cette dynastie divisa la Chine en treiie Teheou , a chacun desquels fut attaché un Thse-sst.

qui vivait sous ce prince , que les Po-sse étaient alors divisés en trois séries de titulaires nommés par voie d’examen. La première série comprenait les Cliang-chon, directeurs des écritures sortant du palais, ou ministres d’État; la seconde comprenait les Thsc-sse, ou inspecteurs généraux des provinces; enfin, dans la troisième, se trouvaient tous les Po-sse qui n’exerçaient pas de charges administratives dans le royaume impérial. Avec le temps, ceux-ci obtenaient les offices supérieurs des royaumes feudataires. Koung-kouang, ayant obtenu le premier rang au concours, fut déclaré ministre Chang-chou. Ce passage est rapproché dans l’Yu-haï(kiv. CX1V, fol. 27) de l’ordonnance rendue par Tching-ti l’an 25 avant J. -C. ,pour enjoindre unegrande attention dans le choix des Po-sse. Les Tlise-sse, attachés aux provinces impériales, me paraissent donc compris sous le nom général de Po-sse , dans le passage où Sien-kong dit : « Dans les provinces , il y a des Po-sse. » On peut encore traduire :« Par province, il y a un Po-sse. » Les Tso-sse , nommés par l’ordonnance d’Youen-li (Voyez page 112) , étaient pareillement des officiers chargés de l’enseignement des cinq King dans les districts et royaumes. Nous avons vu déjà cetitrede Tso-sse dans la requête adressée à Wou-ti. Il peut se traduire par annaliste-assistant. L’ordonnance d’Youen-ti alloue aux 7’so-si'eunappointementde 100 décuples boisseaux (de grains) , et Ma-touan-lin dit dans sa note sur la requête à Wou-ti, que le maximum de l’appointement accordé à ce titre ne dépassait pas 200 décuples boisseaux. Ces Tso-sse paraissent donc avoir occupé un rang secondaire dans l’ordre des préposés de l’ensei-

gnement : vraisemblablement ils devaient être inférieurs aux Thse-sse (1.) Je ne puis faire un classement plus précis de ces divers titres et des fonctions qui leur étaient attachées. Les textes qui les citent manquent des explications nécessaires pour que l’on puisse arriver à un résultat parfaitement net.

Art. 3. — Appendice A l’article précédent.

Les documents abondent dans les textes historiques pour suivre le développement de l’instruction publique et constater les encouragements accordés aux lettrés distingués sous la première dynastie Han. Mais ces documents se composent principalement de dénominations attachées à des charges , ou de qualifications purement honorifiques accordées à certaines classes d’individus par des ordonnances impériales. Il fout faire un choix dans la masse de ces noms et qualifications et tâcher d’expliquer leur sens propre. C’est ce que je vais tenter , en me guidant toujours sur les divers articles de l’Yu-haï et du savant recueil de Matouan-lin.

J’ai déjà mentionné les ordonnances rendues par les premiers empereurs de ladynastie Han pour appeler auprès d’eux et mettre en évidence ceux de leurs sujets qui pouvaient avoir quelque mérite, et spécialement quelque mérite littéraire , toujours intimement lié dans l’esprit des Chinois au mérite de moralité et de vertu privée. Nous avons vu le lettré Tong-tchong-cho proposer, l’an

(I) Le litre de Tso-ste ne se trouve point dans le Che kouan pou -, voyez Morrison , part. I , au caractère Kouan.

140 avant J.-C. , l’établissement du grand collège ou de l’académie Tliaï-hio, pour remédier à l’ insuflisance de ces appels irréguliers des souverains. Après la création définitivedu grand collège Thaï-liio l’an 124, on trouve encore une série d’ordonnances impériales, enjoignant aux officiers supérieurs de rechercher les hommes distingués et bons (Hien-tiang), en général les hommes de mérite, ayant la science du gouvernement ( fang iching ), pouvant adresser des représentations, savants dans les belles études, wcn-liio.

Voici le tableau de toutes les ordonnances de ce genre promulguées sous la première dynastie Ilan.

196 avant J.-C. onzième année de Kao-tsou , ordonnance pour rechercher et envover à la cour les hommes distingués qui peuvent éclairer l’empereur.

178 Sous Wen-ti , — après une éclipse de soleil, édit pour In-

diquer dés hommes de mérite , ayant la science du gouvernement, et capables de faire des représentations.

155 Id.

140 Sous Wou-ti. — Ordonnance réglant les appointements des

annalistes impériaux ( Fusse) et des hommes choisis pour leur mérite.

134 Sous Wou-ti. — Ordonnance enjoignant de rechercher les

hommes de mérite; on recevra les rapports; on examinera les informations.

86 Sous Tchao ti. — Ordonnance pour choisir des hommes de

mérite et interroger le peuple sur ses souffrances.

82 Sous Tchao-ti . — Ordonnance pour choisir dans chaque

grand district un savant de premier ordre dans les belles études.

81 SousTchaoti. — Ordonnance rendue dansla même intention.

73 Sous Siouen-ti. — Ordonnance rendue après un tremble-

ment de terre , pour choisir dans chaque province ou grand district de l’intérieur un homme distingué par les belles études.

70 Sous Slouen-ti. — Autre ordonnance rendue de même après

un tremblement de terre pour demander des officiers habiles sur les livres sacrés, King, et pour choisir dans chaque grand district , K iun, un hommede mérite (flietr iiang ) , un individu ayant la science du goiivcrncmeDt.

07 av\ J.-C. Sous Sioifen-ll. Ordonnance analogue.

47 Sous Youenti. — Ordonnance après un tremblement de

terre, enjoignant aux Yu-sse et autres officiers d’encourager les hommes de mérite ( Uien-liang ) , de rechercher les capacités florissantes ( Meou-ttdi ).

Nous retrouverons plus loin ce dernier terme, et j'en indiquerai l’origine.

42 Sous Youen-li. — Ordonnance, après une éclipse de so-

leil , pour choisir dans les divers arrondissements des Meou-udi , des Uien-liang, des hommes 4 discours réguliers, Tching-youe.

*1‘ Sous Tehlng-ti. — Ordonnance semblable, après une

éclipse de soleil et un tremblement de terre.

29 ! Sous Tching-ti. — Ordonnances semblables

as y

12 Ordonnance , après-une éclipse de soleil , pour rechercher

les hommes ayant la science du gouvernement , et pouvant faire des représentations. Elle est adressée aux officiers supérieurs , Kong, King,Ta-fou, et aux Po-sse.

fl ' Sous Ngal-ti. — Ordonnance pour rechercher les hommes

pieux à discours réguliers.

2 Sous Ngal-ti. — Ordonnance , après une éclipse de soleil ,

enjoignant à tous les officiers supérieurs de choisir, chacun dans leur division, un homme de mérite (Uienliang), ayant la science du gouvernement et pouvant parler régulièrement.

1 de I.-C. Sous Ping-ti. — Ordonnance semblable, après une éclipse de soleil.

Je ne donnerai pas la traduction du texte de ces ordonnances dont on peut lire des extraits dans te tome II de Duhalde. Presque toutes sont rendues après des éclipses de soleil ou des tremblements de terre, (/empereur effrayé déplore sa négligence ou celle des princes feudataires qui ne le secondent pas de leurs conseils , et demande que l’on recherche et mette en évidence des hommes de mérite ( Uien-liang ) , pour qu’ils l’aident à apaiser la colère du ciel. J’ai dit plus haut que lés premiers Han me semblent avoir été dirigés dans cette recherche des hommes de mérite par

l’embarras où les plaçaient l’insubordination des princes feudataires et les exigences des familles riches : mais la crainte du courroux céleste , manifestée dans ces ordonnances , n’était certainement pas une feinte. Les Chinois sont généralement superstitieux , et depuis une haute antiquité , ils ont considéré tous les phénomènes extraordinaires observés dans le ciel comme l’indice de malheurs imminents. Les désastres , fréquemment occasionnés dans leur pays par les tremblements de terre, devaient naturellement aussi effrayer l’imagination des populations et des gouvernants.

Ma-touan-lin nous présente dans son kiven XXXI 11 , fol. 9, les noms de dix-sept Hien-liang ou Wen-hio choisis sous les premiers Ilan. Plusieurs, tels que Tong-tchong-cho, Koung-sun-hong, Youen-kouavaient été Po-sse, avant d’être délégués Hien-liang (1). Les Hien-liang présentaient une réponse écrite ( Tse) aux questions que leur adressait l’empereur. Celui-ci les examinait lui-même et appréciait leur mérite. « Cet » usage eut lieu, dit Ma-touan-lin , kiv. XXXIII , fol. 8 » verso, depuis la réponse adressée par Tchao-tso à » l’empereur Wen-ti. Tous les Hien-liang-fang-tching » présentèrent des réponses écrites aux empereurs. »

Après ces dénominations, on trouve cellesde Mino-xi, hommes remarquables par la piété filiale et l’amour fraternel, et de Lien-li, officiers intègres, qui se confondent dans le nom abrégé de Hiao-lien (kiv. XXXIV du Wen-liian-thoung-khao). Un édit de la lk2" année de

(1) Voyez les biographies de ces lettrés . dans l’appendice aux annales des premiers Han, Jou-lin-tchoucn.

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l’empereur Wen-ti (168 avant J.-C. ) accorde des rouleaux de soie en gratification aux Hiao-lien. Un autre édit de Wou-ti, première année Youen-komng , 134 avant J.-C. , enjoint aux officiers d’indiquer dans chaque province de l’empire un officier intègre, distingué par la piété filiale et l’amour fraternel , Hiao-tilien-li. Le même ordre est répété dans un troisième édit de l’an 128 avant J.-C. , première année Youen-so. Ma-touan-lin fait à ce sujet l’observation suivante :

« Du temps des Han , il fut ordonné de rechercher et » de choisir les hommes de mérite dans les districts et » principautés. Les Hien-liang-fang-tching et les Hiao- » lien formèrent deux catégories simultanément éta- » blies. Pour la première , on compte 1 00 individus » choisis sous Wen-ti, et autant sous Wou-ti. En outre,

» il y eut 1,000 individus auxquels les ministres ven- '> dirent le droit de s’approcher du char impérial.

» Quant à la recherche des Hiao-lien, l’édit de Wen-ti » annonce que dans des arrondissements de 10,000 » feux, on ne trouve point d’individu qui remplisse les » conditions des ordonnances pour l’examen et la re- » commandation des hommes vertueux. De même,

» Wou-ti, dans son second édit de la première année » Vouew-5o,seplaintde ce que, dans desdistricts entiers,

« on ne présente pas un seul homme qui satisfasse aux » indications de son premier édit. Ainsi, pour les Hien- » liang , un petit nombre d’individus, par leur habileté » dans l’art d’écrire et leur savoir dans les belles études,

» méritaient d’être choisis : mais quant aux Hiao-lien,

» on ne trouvait pas d’individu parfaitement régulier :

» car on ne tolérait pas de choix erroné. » Deux édits

postérieurs des années 49' avant J.-C. et 1" de notre ère recommandent encore la recherche des ofliciers intègres Lien-li. Le titre de Hiao-lien fut usité sous les dynasties qui succédèrent à celle des Han. D’après le Che-kouan-pou, cité par Morrison (1) , il était accordé à des individus recommandés par le peuple pour servir dans l’administration , et choisis par leurs voisins du même village ou canton Li. Ce titre correspondit alors à celui de Kiu-jin, second degré de l’ordre littéraire dans le système actuel.

• Diverses ordonnances furent émises, sous la même première dynastie Han , pour la recherche ou l’examen des talents florissants (Meou-tsaï) , parmi les ofliciers et le peuple. Celles-ci sont des années 106, 65 , 47, 43, 35 avant J.-C. Le texte de la première, rendue par l’empereur Wou-ti, la 5e année Youen-fong, dit : « Dans les provinces Tcheou et les districts Kiun , » on examinera les ofliciers et le peuple. On recher- » chera s’il y a des hommes qui se soient distingués » par leurs talents ( Meou-tsaï ), lesquels puissent deve- » nir ministres ou ofliciers supérieurs Tsiang-siaru / » de l’administration. » L’origine de ces enquêtes du mérite supérieur est généralement rapportée à Tongtchong-cho, qui dit dans sa célèbre réponse à l’empereur Wou-ti, l’an 140 avant J.-C. : « Établissez des » collèges de premier et de second ordre ( Hio-hiao- » kouan). Dans chaque province ou district de premier » ordre (Tcheou-kiun), choisissez des Meou-tsaï, talents » florissants, des Hiao-lien, hommes pieux et intègres. »

(!) Dictionnaire (le Morrison , part. I , n" 142 de l'article Kouan.

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