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Ma-touan-lin a compris les Meou-lxài dans son kiven XXXIIldes Hiao-lien. L 'Yu-haï distingue en deux articles les ordonnances relatives à l’un ou à l’autre de ces titres. Ils paraissent avoir été alors purement honorifiques et destinés à constater l’aptitude à remplir les charges supérieures de l’administration. D’après les termes de la réponse de Tong-tchong-cho , on ne devait pas être déclaré Meou-tsaï ou Hiao-lien , sans des connaissances littéraires étendues : les ordonnances qui prescrivent leur recherche parlent en termes généraux de la capacitéetde l’intégrité parfaite qui doivent* être reconnue dans les individus choisis. L’an 85 avant J.-C. (2e année Chi-youen ), l’empereur Tcliao-ti attacha des Meou isai (1) au palais des ancêtres de sa famille.
Au commencement de son kiven XXXV, intitulé Thoung-ko, classement des jeunes gens, et qui traite de la petite école ou petite étude ( Siao-hio ) , Ma-touanlin cite un document du commencement de la dynastie Han , où il est dit : « Le grand annaliste ( Tliaï-sse )
» examine les jeunes gens de l’école. Ceux qui peuvent » lire ou écrire au moins 9,000 caractères , sont re- » connus capables d’être annalistes ou secrétaires (2).
» Il examine encore les jeunes gens sur les six es- » sences (3). Ceux qui sont reconnus les meilleurs à » l’examen, peuvent devenir Chang-chou-yu-sse, et être » chargés de rédiger les édits. Lorsque des hommes du
(1) Le nom de Sieou-tsaï , qui désigne actuellement le premier degré littéraire, a le même sens littéral que celui de Menu-Uaii , qui s'appliquait sous les Han aux capacités supérieures.
(2) Ssi , Dict. de Bas. 1123.
r 3) Ti , Dict, de Bas 12651.
» peuple présentent une pétition à ('empereur, si elle » contient des caractères défectueux, ils les recherchent » et les signalent (pour qu’on rejette la pétition ). » Le titre de Chang-cliou, directeur des écritures, commença sous les Thsin , au 3e siècle avant notre ère (1). Le Cliang-chou é tait un secrétaire d’état, dirigeant toutes les écrituressortant du palais impérial. Les Yu-sse de premier ordre lui étaient attachés. Comme je l’ai dit en parlant des Thsesse (2), un certain nombredeces Yu-sse étaient répandus dans l’empire et correspondaient avec la cour. Ceux-ci étaient probablement les Sse ou annalistes ordinaires, qui pouvaient lireou écrire 9,000 caractères. La citation de Ma-touan-lin se rapporte évidemment à une école placée prèsde la cour, et destinéeii formerdesannalistesou écrivainsimpériaux. Cette école paraît tout à fait différente du That-hio, où l’on arrivait par voie de concours, et doit avoir précédé cette seconde institution, qui est de l’année 12/| avant J.-C. Les six essences, sur lesquelles le grand annaliste examine les élèves de l’école, correspondent vraisemblablement aux six sciences (3) enseignées dans le Koueiseu-hio des Tcheou. Ma-touan-lin ne donne aucune explication sur cette citation , qu’il rapporte dans un kiven différent de celui où il traitedu Thaï-hio des Han. Je rappellerai seulement ici que nous avons vu de même (page 123) le gouverneur Wen-ong choisir des jeunes gens ( Tlioung-iseu ) de ses écoles . pour les attacher
(1) Morrison , pari. I , au caractère Kouan , n" 27.
(2) Voyez page 131.
(3) y, Dict. de Bas. 9278.
comme secrétaires ou auditeurs aux charges administratives.
La même dynastie des premiers Han nous offre une série d’ordonnances rendues à diverses époques, pour rechercher dans chaque district et gratifier ou exempter des charges publiques les Hiao-li-li-tien , hommes distingués par la piété filiale et l’amour fraternel , par leur activité dans l’accomplissement des services dus à l’État et par leur habileté en agriculture. Nous avons déjà vu dans l’extrait de la biographie du gouverneur Wen-ong lamention de ce titre, accordé à des individus de mérite secondaire dans les examens. Les ordonnances impériales, relatives aux Hiao-li-li-tien , sont datées des années 203, 191, 168, 140, 128, 122, 67,66, 65, 61, 55, 44, 42, 36, 32,30, 21, 8, 6 avant J.-C. On en compte en tout dix-neuf , rapportées dans le kiven CXIV' de VYu-haï, fol. 11-14. Plusieurs recommandent aussi les San-lao ou vieillards très-âgés à l’attention des officiers supérieurs. D’après les annales des Han et le Che-kouan-pou (1) , les San-lao étaient des magistrats d’arrondissementoudecanton, Hiang, ayant pour mission d’instruire le peuple, et choisis parmi les anciens de chaque canton. Leur institution date des Thsin , et les premiers empereurs Han, Hoeï-ti, Wen-ti leur adjoignirent les Hiao-ti-li-tien qui furent chargés d’encourager les vertus domestiques, l’agriculture, et l’activité pour les services dus à l’état. A ce temps remonte l’usage de décerner aux hommes vertueux des tablettes honorifiques, destinéesà être placées au-dessus
(1 1 Dict. de Morrison, part. I, article Kouan, n“ 145.
de la porte de leurs maisons. D’après ce que nous avons vu dans la biographie de Wen-ong, les connaissances littéraires n’étaient pas négligées dans le choix de ces Hiao-ti-li-lien, et c’estla raison qui m’aengagéàmentionner ici les édits qui recommandent cette classe d’officiers.
L’empereur Wou-ti fit aussi rechercher et gratifier les savants isolés ou non attachés à l’administration , To-hing. Sous les Han de la seconde dynastie, des gratifications semblables furent accordées à d’autres individus nommés dans les ordonnances Yeou-tao , ayant la bonne voie , et Tchi-hiao, excellents en piété. Un autre titre général était celui de Ming-king , qui signifie littéralement : homme comprenant clairement les livres sacrés King. Il fut donné à un grand nombre de savants, qui parvinrent, par leur connaissance approfondie des King , au grade de Po-sse , ou , en général , à être officier supérieur de l’administration , Kouan. On trouve dans l’ Yu-liat , kiv. CXIV, fol. 3 4, plusieurs extraits des biographies qui mentionnent ces diverses dénominations.
S VIII. — ENSEIGNEMENT NATIONAL SOUS LA SECONDE DYNASTIE Han.
Le général Wang-mang, ministre du dernier empereur de la première dynastie Han, empoisonna ce princeencore mineur, mit à sa place un enfant dedeux ans, puis déposa cet enfant et se fit proclamer empereur lui-même , l’an 9 de notre ère. Les lettrés s’éloignèrent de la cour et refusèrent leur appui à l’usurpateur. Celui-ci, fier de ses succès contre les Tartares, gouverna en despote. Il diminua d’un degré le rang des
princes feudataires, confisqua les quatre cinquièmes des propriétés des officiers des Han , voulut ôter au peuple le droit de propriété foncière qu’il avait reçu de Thsin-chi-hoang , et altéra les monnaies. Suivant l’histoire officielle Thoung-kien, rédigée au onzième siècle par Sse-ma-kouang, Wang-mang, sur le trône, fut un tyran brutal et finit par se plonger dans la débauche. Dès la 6' année de son usurpation , des insurrections s’élevèrent contre lui. Des brigands appelés les Sourcil» rouges dévastèrent la Chine orientale. L’an 22 de J. -C. , un parti considérable se forma dans le Ho-nan , sous la conduite de trois frères, descendants de l’empereur Han-king-ti. Le plus jeune, Lieou-sieou, s’était adonné à l’étude du Chou-king. Il avait composé son maintien sur les préceptes de ce livre. Ce fut à lui que se rallièrent les lettrés. Un autre descendantdesHan, nommé Lieouhiouen, fut d’abord choisi pour chef de la ligue contre Wang-mang, et après que le tyran eut été massacré dans son palais (1), il fut reconnu empereur. Mais si le peuple était pour lui, les lettrés étaient pour Lieousieou. Le lettré Teng-yu, de Nan-yang, vint aider celui-ci de ses conseils ; il lui dit que lui seul était capable de gouverner l’empire par sa conduite semblable à celle deKao-tsou, le fondateur de la première dynastie Han. Un autre lettré, nommé Fong-y, blâma la négligence de Lieou-hiouen , qui laissait le peuple dans
fjj L’histoire rapporte que le palais impérial fut brûlé i cette époque par les insurgés. Cet incendie dut détruire . au moins en partie , les archives de la couronne et les exemplaires des anciens livres , réunis par les empereurs Han. — Voyez l’histoire générale de la Chine par Mailla, t. III, p. 261 , et les Mémoires des Missionnaires , t. I , p. 39.
la misère. Lieou-sieou , qui était déjà grand général de l’empire , écouta les conseils des lettrés , et accepta l’empire qu’ils lui offraient. Lieou-hiouen voulut résister, et envoya des troupes contre le lettré Teng-yu, devenu lieutenant de Lieou-sieou : mais il fut chassé de la capitale, Tchang-ngan, par une incursion des Sourcils rouges, fuyant devant son concurrent, et celui-ci se fit aisément reconnaître empereur, à sa place , par l’armée et le peuple. Il prit le nom de Kouang-wou-ti , fixa sa résidence près du fleuve Jaune, à Lo-yang , la seconde capitale de l’ancienne dynastie Tcheou, et fonda la dynastie dessecondsllan, nommés aussi Han orientaux, d’après la position de leur capitale.
Le nouvel empereur, nourri dès sa jeunesse de la lecture des livres de Confucius et élevé sur le trône par l’influence des lettrés, devait se montrer favorable à la propagation de l’enseignement basé sur leurs principes. En effet, il éleva bientôt autour de sa capitale des établissements destinés au haut enseignement et analogues à ceux que les empereurs de la première dynastie Han avaient fondés près de Tchang-ngan. En même temps, il encouragea la création dans tout l’empire des écoles et collèges pour l’enseignement secondaire Ses successeurs suivirent son exemple. Je vais présenter l’histoire de ces diverses créations, en conservant le même ordre que j’ai adopté dans le paragraphe précédent.
Am. 1. — Établissements «le liant enseignement. ..
Le premier et le plus important de ces établissements fut le grand collège Thnï-hio que Kouang-wou
fonda la 5* année Kien-wou ( 29 de J. -G. ) , et qui contenait une salle des explications ( Kiany-tang ). L’histoire de Lo-yang dit : « Le grand collège était endehors » de la porte Khaï-yang de la ville de Lo-yang. Il » était éloigné de huit li ( un peu plus de trois quarts » de lieue) du palais impérial. La salle des explications » ( Kiang-iang ) était longue de 10 pieds et large de 30 » pieds. A la 10* lune de la 5' année ifien-tcow, l’empe- » reur visita le grand collège ; il accorda des gratifica- » tions aux élèves des Po-sse (Po-sse-ii-tseu ). » La salle » des explications, mentionnée dansce passage , devait être , d’après ses dimensions , une chambre destinée aux examens et interrogations. On lit dans la section des biographies des lettrés de la 2' dynastie Han, Jou-lintchoucn : « Kouang-wou , dès son avènement , fit recher- » cher les hommes instruits et justes. Des quatre parties » de l’empire, les savants lettrés se réunirentà la cour, » comme des nuées. Alors on créa quatorze charges de » Po-sse des cinq livres sacrés King, et ces charges fu- » rent d’abord réservées aux familles des anciens sa- » vants qui étaient voués à l’étude de l’un de ces cinq » livres. Ainsi , on déclara que les premiers titulaires » seraient pour l’Y-king , Tchi-tcheou , Meng-hi, Liang- » kieou, King-fang; pour leChou-king, Ngeou-yang, » les deux Hia-heou , l’aîné et le jeune ; pour le Chi- » king, des individus de la famille Han , et de deux » autres des pays deThsiet de Lou ; pour le Li-ki , les » deux Taï, l’oncle et le neveu (1); pour le Tchun-
(1) Le premier s’appelait Tat-te, et le second s’appelait Tal-ching. Ce sont eux qui ont fait les deux premières rédactions du Li-kl. Les autres savants, ici nommés , ont vécu entre le 2' et le 1" siècle avant notre ère.
» tlisieou, Yng-poung-tsou et Yen-ngan-lo. » Il y eut ainsi quatorze professeurs distincts, attachés au grand collégeetdirigéspar le Thaï-tcliany ou ministre des rites.
Sous les premiers Han, les Po-sse, attachés à la cour, étaient nommés seulement sur leur réputation scientifique; ou, au plus, l’empereur les interrogeait sur des questions politiques (1). C’est ainsi que Kongsun-hong et autres furent nommés Po-sse. Le choix de ces grands officiers littéraires n’était pas réglé par un examen préalable sur les king. Pendant le règne de Kouang-wou , un officier supérieur de la cour , nommé Tchu-feou, exposa dans une requête spéciale les inconvénients de ce mode irrégulier qui avait fait souvent choisir des individus non capables. D’après cette requête, il fut établi que le Thaï-lchang , chaque fois qu’il choisirait un Po-sse, présenterait un rapport sur sa capacité. L’histoire mentionne les nomsde quatre lettrés ainsi examinés parle Thaï-tchang dans la période Kien-wou ( 25-56 ) , avant d’être élevés au grade de Po-sse. L’un d’eux , Yang-jin , ne put entrer en fonctions, parce qu’il n’avait pas cinquante ans; car le règlement des Han voulait que les Po-sse eussent au moins cet âge. « Depuis » l’avénement de Kouang-wou, dit Ma-touan-lin (2) ,
» on examina régulièrement les aspirants au titre de » Po-sse , avant de les employer. En effet , comme on » voulait que les Po-sse fussent les maîtres et l’exemple » des hommes de l’empire , on ne permit pas qu’on » les admît sans un examen préalable sur leur capacité. »
(1) Wen-hian-tlioung-khao, kiv XL, fol 26 v (i) H'en-hian-lhnung-khao , kiv. XL, fol. 35 v.
Le rapport ou mémoire , fait pour la présentation de chaque Po-sse, était ainsi conçu : « Le candidat s’est » conduit avec amour et respect envers ses parents » vivants; et à leurmort, il a porté leur deuil, conformé- » mentauxrites. 11 comprend parfaitement leY-kingr r le Chou-king,Ie Hiao-king, le Lun-yu. 11 a embrassé » dans leur ensemble les livres historiques. Il a pénétré » ce qui est caché; il a éclairci les obscurités. Demeurant » dans la retraite, il a aimé la bonne voie. Il n’a pas » cherché la renommée et le bruit. Il n’a sur son corps- » ni plaie provenant d’une incision métallique, ni » maladie incurable. Il est de l’une des 36 (provinces * de l’empire) (1). Il n’a pas fréquenté les mauvaises » gens : il est en relation avec des hommes honorables, » tels que des princes et grands dignitaires. Faites-lui » la faveur de reconnaître que sa conduite est conforme » aux quatre séries de mérite ( sse-kho ), et qu’il peut » être Po-sse, pour les livres sacrés King. Un tel , ofïi- » cier supérieur , de tel rang , qui soumet ce rapport » au souverain , se porte garant de l’individu qu’il pré- » sente. »
Ce document nous indique qu’il y avait alors quatre séries de mérite pour le choix des officiers. Le règlement des officiers supérieurs ( Kouan ) des Han, cité par le commentaire de l’histoire de l’empereur Ho-ti , nous
(1) Ces trente-six provinces, établies par les 'l'iisin , embrassaient toute la Chine anciennement civilisée, depuis ie 41' parallèle jusqu’aux monts Nan-llng. Ce fut seulement sous les Han que le pays situé au sud de cette chaîne fut définitivement conquis et soumis aux institutions chinoises. Otv voit par les termes du rapport que les aspirants au grade supérieur de la littérature, eelui de Po-sse , ne pouvaient être originaires de ce pays, encore imparfaitement civilisé
apprend comment ces quatre séries étaient établies. On lit dans ce règlement (1) : « La 8' année de la période » Kien-tsou (83 de J.-C. ), une ordonnance établit les » quatre séries des officiers choisis comparativement. » La première comprenait les hommes qui excellaient » dans la pratique de la vertu, qui étaient purs et sans » tache dans leur moralité. La deuxième comprenait » les hommes qui avaient acquis par leurs études de » vastes connaissances et étaient réguliers dans leur » conduite. Par l’intelligence des King, ils obtenaient » la charge de Po-sse. La troisième s érieren fermait ceux » quis’étaientexercés à la connaissance desrèglements » administratifs , qui étaient capables d’éclaircir les » doutes et pouvaient recevoir et examiner les placets » offerts à l’empereur. Par leur talent littéraire, ils ob- » tenaient la charge d’annalistes ou écrivains impén riaux Yu-sse. Dans la quatrième série étaient ceux qui étaient fermes et résolus , qui avaient des idées » politiques , qui ne se trompaient pas dans les affaires » difficiles, et étaient assez éclairés pour prendre une » prompte décision. Par leurs talents, ils étaient char- » gés des fonctions de préposés des arrondissements » ( Hien ling) des trois districts du royaume impérial. » Selon le Thoung-tien, rédigé par Thou-yeou, auteur du temps des Thang, l’institution de ces quatre séries de mérite remonterait à la première année Youenkouang ( 134 avant J.-C. ), et elle aurait été faite par l’empereur Ilan-wou-ti , sur la proposition du fameux Tong-tchong-cho, le promoteur du Thdi-hio des pre-
(1) Yu-haï , kiv. CXXV, fol. 30 r.
miers Han. C’estcette date qu’adopte Ma-touan-lip (1). Suivant le texte de l’ordonnance de Wou-ti, citée par le Thoung-tien : « On choisissait annuellement un » homme , par royaume ou grand district ( Kim , Kouc) » de 200,000 individus au moins, deux hommes par » district semblable de 400,000 individus au moins , » troishommespar districtdef>00,000 ; quatre hommes » par district de 800,000; cinq hommes par district » d’un million ; six hommes par district de 1 ,200,000.
» Quant aux districts dont la population ne s’élevait » pas au chiffre inférieur de 200,000 individus, on » choisissait un homme tous les deux ans , et dans ceux » qui n’avaient pas 100,000 habitants , on choisissait » un homme tous les trois ans seulement. » Ces choix étaient limités par les conditions des quatre séries de mérite que le Thoung-tien mentionne dans les mêmes termes que le règlement des officiers supérieurs des Han. Mais l’un et l’autre document ne stipulent pas explicitement que les aspirants au grade de Po-sse seront soumis à un examen préalable sur leurs études, et de là provinrent des abus que les ministres de Kouang-wou cherchèrent à corriger par le modèle de présentation que je viens de citer.
J’ajouterai encore ici un troisième document, que Fauteur de l’Yu-haï a extrait de la section des officiers supérieurs , dans les annales des Han (2) : c’est une ordonnance rendue pour ces mêmes quatre séries de mérite , sous le fondateur de la seconde dynastie ,
(1) /Ycn-hian-thoung-khao, kiv. XXVIII , fol. S r.
(2) Yu haï , kiv. CXIV , fol. 30 ».
12' année K ien-wou (36 de J.-C. ). Cette ordonnance cite l’ancien règlement des Ilan , d’après lequel les élus de la première série sont appelés à remplir les charges de présidents de la chambre du midi; ceux de la deuxième sont appelés à la chambre des délibérations ; ceux de la troisième sont chargés des quatre espèces de placets et des huit sortes de requêtes ; enfin ceux de la quatrième sont chargés de statuer sur la perception des impôts. Ce troisième document nous montre donc que les élus de la première série occupaient des charges importantes près de l’empereur , tandis que les deux premiers documents ne 6’expliquent pas nettement à leur égard. Les fonctions des élus des troisième et quatrième séries se correspondent bien dans les trois textes. Suivant le dernier, les élus de la seconde série sont attachés à une chambre des délibérations, au lieu d’être simplement déclarés Po-sse par l’intelligence des King, comme dans les deux autres précédemment cités. Cette différence d’énoncé doit vraisemblablement s’expliquer, en considérant que, sous les Han , les Po-sse de la cour étaient admis aux délibérations du cabinet impérial , pour aider l’empereur par leur connaissance des principes des King , devenus la règle du gouvernement.
Cette explication que je hasarde s’accorderait bien avec la conduite de l’empereur Kouang-vvou. «Dès que » ce prince eut assuré la paix de l’empire, dit l’histoire » officielle, il montra un grand zèle pour que ses sujets » s’appliquassent à l’étude des King et des prin- » cipes de bon gouvernement renfermés dans ces » ouvrages. » La 19’ année K ien-wou (f|3 de notre
ère) (1) , il fit une visite solennelle au grand collège, réunit les Po-sse et examina avec eux des points difficiles des King. Il choisit, pour précepteur du prince héritier, Hoan-yong qui avait été supérieur aux autres lettrés dans ces discussions. Le jeune prince, devenu empereur sous le nom de Ming-ti , témoigna une grande déférence pour Hoan-yong , et continua d’encourager les études savantes.
L’histoire a conservé religieusement le souvenir des visites faites au grand collège Thaï-hio par divers empereurs de la seconde dynastie Han , et des gratifications qu’ils accordèrent à ses élèves. Ainsi on lit dans l’Yu-haï, kiv. CXI, fol. 30 v. : « La 2* année Youen-ho » (85 de J.-C.), l’empereur Tchang-ti gratifia les » élèves des Po-sse ou Po-sse-ii-lseu qui étaient dans le » grand collège, de trois pièces de toile (Pou) par in- » dividu (2). 11 ordonna que dans chaque district des » divers gouvernements de l’empire , on ferait un choix » des personnes qui comprendraient parfaitement les » King (Chang-ming-king) . Le nombre des élus dut être » au plus de cinq sur cent mille individus , et au moins » de trois , dans les districts où la population serait » inférieure à ce chiffre de cent mille. »
« La 12e année Young-youen , 3' lune, jour Jin-tseu » (l’an 100 de J.-C. , le 26 août), l’empereur Ho-ti » gratifia detroispièces de toile (Pou) les Po sse-ii tseu » attachés au grand collège. La 3* année Yen-kouang ,
(1) fVen-hian-lhoung khao, klv. XL , fol. 25 v.
(2) Pou-jin mn-pi. Ces gratifications sont rapportées par les annales officielles sans explication , et je ne puis rpic traduire le texte
» S* lune , jour Wou-siu ( l’an 12G, 27 mars), l’empes reur Ngan-ti sacrifia à Koung-tseu et à ses soixante- » douze disciples ( Tseu ) , à Khioue-li. Le jour Jin-siu » ( 20 avril ) , en revenant , il visita le grand collège » Thaï-hio. »
La 1 rt année Tchong-youen (l’an 56 de J. -C.), l’empereur Kouang-wou établit près de Lo-yang une tour des Esprits ( Ling-lhaï ) et un Pi-yong , à l’imitation de ceux qui étaient près de Tchang-ngan. En même temps, il fit construire un palais ou une réunion de bâtiments sous le nom de Ming-tang , salle lumineuse. D’après le commentaire joint au texte historique, ce nouveau Ming-tang était éloigné de 300 pou (1800 pieds) du Pi-yong. Ces deux établissements, conjointement avec le grand collège ou l’académie Thdi-hio , furent désignés par le nom collectif de San-young-koung, les trois pavillons ou établissements réunis. On se rappellera que nous avons déjà vu ce même nom sous la première dynastie Han. En l’an 59 de notre ère , le successeur de Kouang-wou, Ming-ti , vint en personne inaugurer le Pi-yong et célébra la cérémonie du grand tir de l’arc , suivant le rite consacré par les empereurs Tcheou. On lit dans la préface de la section des biographies des lettrés , jointe aux annales des seconds Han : « Kouang-wou commença la construction des trois » pavillons réunis (San-yong-kong). Ming-ti, à son » avènement, pratiqua en personne les rites des trois » pavillons réunis. L’empereur prit le bonnet sacré et » le vêtement décoré du soleil et de la lune. Il s’assit » dans le Ming-tang et y donna audience aux princes. « 11 monta au Ling-thaï, pour observer les pronostics
» des nuages. 11 releva ses manches et découpa (la » chair des victimes) au haut du Pi-yong. 11 offrit un » repas aux vieillards décorés du nom de San-lao , » très-âgés, Ou-keiug , très-expérimentés. Quand la » cérémonie du tir de l’arc et celle du festin furent » terminées, l’empereur s’assit convenablement et » discuta lui-même. Les lettrés prirent les King et » proposèrent en sa présence des questions difficiles. » Une foule d’officiers et de magistrats en place entou- » raient la porte, voyaient et écoutaient (la discussion). » On lescoinptait par 10,000 etl00,000. » Ma-touan-lin examine ( kiv. XL, fol. 26 r. à 30 v. ) la dissertation faite sur le Ming-tang par Tsaï yong, auteur du milieu du second siècle de notre ère, et cherche si le Ming-tang, le Pi-yong et le Thaï-hio formaient réellement , sous les seconds Han , trois établissements distincts. Ma-touan-lin et les principaux auteurs chinois admettent, comme nous l’avons déjà vu , que, sous les Tcheou et les dynasties précédentes, les noms de Ming-tang , Thai-tchi, Thai-miao, Pi-yong, Thax-hio , peuvent n’avoir désigné qu’un seul et même lieu, où avaient lieu toutes les solennités, telles que l’audience impériale, les sacrifices , l’enseignement donné au peuple, le repas offert aux vieillards et le grand tir de l’arc. D’après la dissertation de Tsaï-yong, il en était autrement sous les Ilan orientaux. Le Ming-tang était spécialement destiné aux réceptions solennelles. Dans le Pi-yong, l’empereur célébrait la cérémonie du repas offert aux vieillards et celle du grand tir de l’arc. C’était un emplacement entouré d’un canal circulaire. Le Thaï-hio était affecté aux leçons des Po-sse-
ti-tseu. Cette division s’accorde jusqu’à un certain point avec les détails de la visite faite par l’empereur aux trois établissements réunis ( San-yong-kony ) : mais on peut aussi dire que le Pi-yong , le Ming-tang etleThaïhio, n’étant pas très-éloignés l’un de l’autre, pouvaient alternativement servir à la célébration des mêmes solennités.
J’ajouterai encore ici le nom du pavillon des études ou école desenfants royaux , Koue-tseu-hio , qui se trouve indiqué par deux citations rapportées dans P Yu-haï, kiv. CX1, fol. 40 r. et43v. L’histoire intitulée Oiu-tching-ki mentionne le Koue-tseu-liio du temps des seconds Han, et le place à 200 pou ( environ 1200 pieds) du grand collège Thm-hio. On lit aussi dans le livre sacré des Eaux ( Chouï-king ) : « En allant à l’orient ( la rivière » Lo) passe au nord des Kiruj gravés sur pierre du » grand collège Tluii-hio et de l’école des enfants royaux » ( Koue-tseu-hio ). »On ne trouve rien de plus sur cetétablissement renouvelé de l’ancien Koue-tseu-hio des Tcheou , et destiné évidemment comme celui-ci à l’éducation des fils du souverain et des grands officiers attachés à la cour. 11 était peu distant du grand collège Thai-hio , et pouvait être compris avec lui dans le groupe des trois pavillons réunis San-yong-kong. Les King gravés sur pierre que cite le Chouï-king , ne furent exécutés que l’an 175, par ordre de l’empereur Ling-ti. Nous en parlerons plus loin.
Ma-touan-lin a placé dans sa section du haut enseignement, Tluii-hio, et je dois conséquemment noter dans cet article , une école spéciale établie par Mingti, l’an 66 de J.-C., pour l’instruction des fils des
alliés de la famille impériale. Cette école fut appelée école des petits dignitaires des quatre familles , parce que les familles alliées de la couronne, qui y furent admises, étaient distinguées en quatre branches, nommées Fan , Kouo, } n , Ma. On lit dans l’histoire de l’empereur Ming-ti : « La neuvième année Young-ping » (fan 66 de J. -C.), on ouvrit une école ou un collège » ( Hio-hiao) (1) pour les petits dignitaires des quatre « familles. On attacha à cette école des professeurs des » cinq livres sacrés , King. » Le commentaire dit : « Dans la période Young-ping (58-76) , on honora les » études et les lettrés. Le prince héritier de la cou- » ronne , les fds des princes feudataires, les fils desoffi- « ciers de mérite , reçurent tous l’enseignement des » King. En outre, pour les fils des quatre familles des «parents extérieurs (des parents delà couronne), » Fan , Kouo , Fin’, Ma, on établit une école (flic-elie). « On donna aux membres de ces quatre familles le « titre de petit dignitaire , Heou , parce qu’ils n’avaient » pas le rang d’Heou avec apanage. » Cette école est citée dans diverses biographies , dont je donnerai des extraits en note , et l’une d’elles la place dans la partie méridionale du palais impérial ( Nan-koung ) (2). Les élèves les plus distingués devenaient officiers du titre
(1) Le terme collectif Hio-hiao signifie indifféremment une école ou des écoles. Voyez Morrison, t. Il, au caraclère flio -, Gonzalvcz, aux caractères Hio et Hiao. D’après la citation de la vie de Tchang-pou rapportée dans la note suivante , il me parait désigner ici une seule école.
(2) Extraits des biographies jointes aux annales des seconds Han.
La neuvième année Yonng-jting (00 de. J.-C.), Ming-ti ouvrit dans le pavillon méridional une école spéciale pour les petits dignitaires des quatre familles , el nomma des professeurs des cinq King , attachés à cet établisse-
de Lang. La section des biographies des lettrés ( Jou lin-tchouen ) mentionne l’école des quatre familles , et ajoute que Ming-ti fit aussi une école spéciale pour les officiers secondaires (Sse) de son palais. On leur enseignait par chapitre et article , le plus élémentaire des livres de Confucius, le Hiao-king. Les chefs des Hiongnou (1) envoyèrent leurs fils à cette école , qui paraît avoir été d’ordre secondaire pour l’enseignement.
Cinquante-six ans plus tard (l’an 120 de J. -C.) , l’impératrice Teng-heou , qui gouvernait pendant la minorité de son fils Ngan-ti , fit venir à la cour quarante enfants des frères du dernier empereur Ho-ti , âgés au moins de cinq ans, et trente enfants des proches parents de sa famille. Ces enfants étaient des deux sexes ( Nan-niu ). L’impératrice créa pour eux une école particulière, dans laquelle on leur enseigna les King. On les y conduisait le matin et le soir, et elle -même assistait aux leçons. L’ordonnance qui fonde cette école purement élémentaire, rappelle la
ment. Tchang-pou y enseigna le Chou-king. Plusieurs fois, il discuta sur les king devant l’empereur, et obtint ainsi le titre de Lang.
A la mort de Kiang , prince de 7'oung-hai , il fut ordonné que les petits dignitaires des quatre familles alliées de la couronne se réuniraient tous à la capitale.
Teng-yu , jeune encore , aimait beaucoup les livres. Dans la période Young ping (58-75) , on en fit un petit dignitaire.
Biographie de Teng-ycn. — Au commencement de la période Youngping (58 de notre ère) , il se réunit i la cour, avec Mel yu , petit dignitaire des quatre familles alliées de la couronne.
Kiu , fils de Ma-pang , fut petit dignitaire. Il devint Chi-lang de la porteimpériale.
(1) Les Hiong-nou étaient des peuples de race turque qui habitaient au nord de la Chine. Ils se firent longtemps redouter des Chinois par leurs invasions. Ils furent soumis ou dispersés sous le règne de Ming-tl . de l’an 72 A l’an 70 de J.-C.
création précédente de l’école des petits dignitaires des quatre familles. C’est le seul document de l’histoire des Han , où il soit parlé de l’éducation de3 filles. Celles qui venaient à l’école fondée par Tengheou, étaient probablement séparées des garçons, à l’âge de dix ans, suivant la règle du Neï-tse (i).
Le nom de l’école des quatre familles reparaît dans une ordonnance de l’an 146, que je citerai plus loin, et deux ans après , l’an 1 48 ( deuxième année Kienho ) , l’histoire rapporte que l’empereur Houan-ti accorda des rouleaux d’étoffes de soie aux petits dignitaires des quatre familles.
Les faits suivants , cités par Ma-touan-lin à l’article du Thaï-hio des Han orientaux , se rapportent à l’histoire de ce collège supérieur ou des autres établissements consacrés à l’instruction des personnes attachées k la cour.
« Tchang-ti , dans la période Kien-tsou (76-84), faisait de grandes réunions des lettrés à la salle du Tigre Blanc ( Pe-hou-liouan ) (2). Pendant des mois entiers , on examinait en quoi ils s’accordaient ou différaient (sur le texte des livres sacrés). L’empereur luimême assistait à la conférence et établissait le règlement ( l’ordre de la discussion ) , suivant l’ancien mode du lieu dit Chi-kliiu (canal de pierre) (3), où son prédécesseur, Siouen-ti , venait faire des confé-
(1) Voyez plus haut, pages 28 et suivantes.
(2) kVen-hian-thong-khao , kiv. XL, fol. 31 v.et suivant.
(3) Ce nom désignait une bibliothèque du palais impérial. Voyez le Wenhian-lhong-khao , kiv. XL, fol. 36 v. Or. l’appela aussi Chi-tchi (maison de pierre). Voyez Morrison, au caractère Kouan , n" 53, article Vu-tsetchnng-ching
rences semblables. L’explication du règlement était faite par un officier supérieur de la cour. L’empereur ordonna en outre que des lettrés de premier mérite prendraient et examineraient le Chou-king, leChi-king revu par Mao , tous deux écrits en style ancien , le Tchun-thsieoude Kou-liang et celui de Tso-kieou-ming. Sans que l’on installât de préposé officiel d’école , les lettrés qui furent reconnus les plus distingués (dans la discussion) furent nommés officiers des explications (Kiang-lang), et attachés à l’empereur. Telles furent les mesures que prit Tchang-ti pour réunir les hommes de mérite et conserver dans tout leur développement les diverses classes des études savantes que Kouangwou avait établies sous la direction de quatorze Po-sse. » D’après un passage extrait de l’auteur nommé Sienkong , ces conférences étaient instituées pour comparer les diverses copies manuscrites des King , et fixer définitivement le texte de ces ouvrages (1).
Sous le règne de Ngan-ti (107-122) les études commencèrent à faiblir à la cour. Depuis la mort de Ho-ti , elles avient été mal dirigées par l’impératrice Tengheou, qui gouverna pendant la minorité de son fils. Le ministredes revenus nommé Siu-fang , fit une requête à l’empereur, et lui représenta que les Ti-tseu étaient examinés irrégulièrement , sans se conformer aux principes des livres expliqués dans la classeou section à laquelle ils appartenaient. Il demanda que l’on proposât aux Po-sse et aux élèves de premier et deuxième rang , cinquante questions sur les divers articles des livres expliqués
(1) IV en-hian-thnn g-khan , kiv. XL, fol. 38, r.
dans leurs classes. Ceux qui en expliqueraient un grand nombre devaient être déclarés de premier ordre. Ceux qui développeraient clairement les textes seraient reconnus capables d’expliquer d’une manière supérieure. Enfin on devait rejetter ceux qui ne se conformeraient pas aux principes des anciens maîtres. Un autre grand officier, nommé Fang-tchun, se réunit à Siu-fang, et fit remarquer qu’un grand nombre des offices littéraires était occupé par des hommes incapables. L’empereur fit droit à leur requête, et ordonna que les conseillers supérieurs Kong et les grands officiers King reverraient soigneusement les choix des individus qui seraient appelés à professer.
La 6' année Young-kien (l’an 181), l’empereur Chun-ti fit réparer le grand collège Thaï-hio dont les bâtiments tombaient en ruine , et augmenta ces bâtiments. Le grand préposé des constructions ( Ta-tsiang) rappela dans le rapport fait à ce sujet , que Ming-ti avait établi séparément le Pi-yong et le Thai-hio. Depuis le règne de Ngan-ti , les Po-sse n’avaient plus expliqué régulièrement. Les élèves étaient devenus paresseux et négligents. Les bâtiments du collège tombaient en ruine. Chun-ti , d’après le rapport du grand préposé des constructions, répara ce désordre. Suivant le texte cité par Ma-touan-lin , kiv. XL , fol. 33 r. , il fit construire 24 0 bâtiments (fang) et 1850 loges ( tchi ) , qui paraissent avoir fait partie du grand collège. D’après le Chu-lching-ki, une inscription placée dans le grand collège rappelait la fondation de cet établissement la 27' année Kien-wou et sa réparation la 6' année Young-kien. Suivant cette inscription ,
1000 bâtiments et loges ( Jang-che ) furent alors élevés pour les étudiants (1).
Une ordonnance du même empereur réorgarfisa le grand collège Thaï-hio. Elle permit d’admettre dans les deux premières séries des élèves Ti-tseu , des individus qui n’étaient que de troisième force pour l’explication des King , et augmenta de 1 0 le nombre des numéros de chacune de ces deux séries. Nous avons vu plus haut que , d’après le règlement établ i sous Pin g-ti , on recevait, danslesexamens de chaque année, 40 élèves de premier rang avec le titre de Lang-lchong ; 20 de deuxième rang avec le titre de Thsaï-iseu-che-jin ; enfin 40 élèves de troisième rang avec le titre de Wen-hioichang-kou. Chun-ti ordonna que la première série serait portée à 50 numéros et la seconde à 30. Suivant le texte cité par Ma-touan-lin , la troisième série n’eut plus que 20 numéros , de sorte que le total des élèves reçus chaque année dans les trois séries fut toujours de 100. Chun-ti fit aussi venir des provinces 60 lettrés âgés et leur accorda le titre de Lang. Tso-hiong qui avait le titre de Che-jin , proposa d’appeler des savants distingués de l’empire et de les faire Po-sse , d’enjoindre aux officiers supérieurs Kong et King d’envoyer leurs enfants étudier sous ces Po-sse , et d’augmenter le traitement de ceux qui profiteraient dans leurs études. Des jeunes gens s’étant distingués ainsi, le même Tsohiong proposa de créer pour eux le titre de jeunes lang, Thoung-tseu-lang. Ce titre correspondit vraisemblablement à l’ordre spécial de jeunes gens ( Thoung-
(1) Ku-Aaï , kiv. CXI, fol. ai r.
— lü‘2 —
ko) , que nous avons vu sous les premiers Han. Alors, dit le texte cité par Ma-touan-lin, les jeunes élèves arrivèrent comme des nuées à la capitale.
Après Chun-ti , il y eut deux empereurs mineurs dontchacun ne régna qu’une seule année. SousTchi-ti, le second de ces deux empereurs, l’an 146 (période Pen-lsou , première année), l’impératrice régente ordonna que l’on signalerait dans les provinces tous les individus âgés de 50 à 70 ans qui connaîtraient bien les King (Ming-king) , et qu’on les enverrait au grand collège Tlutï-liio. En outre, tous les officiers supérieurs fixés dans les provinces, depuis les généraux jusqu’à ceux qui avaient un traitementde la valeur de 600 décuples boisseaux, durent envoyer leursfils pour recevoir les leçons de la cour. A la fin de l’année, un examen avait lieu. Les cinq élèves les plus distingués entraient au corps des Lang-tchong. Les cinq élèves suivants sur la liste de mérite devenaient Thaï-tseu-clie-jin. Une mesure analogue fut appliquée aux officiers attachés au service de la cour, qui avaient un traitement de 600 à 1000 décuples boisseaux, ainsi qu’aux alliés de la couronne , désignés sous le nom de petits dignitaires des quatre familles. Ceux qui avaient déjà acquis la connaissance des King, durent suivre une classe du grand collège, et furent récompensés suivant leurs progrès. Cette ordonnance eut pour effet d’augmenter le nombre des étudiants de la cour; mais elle abaissa l’enseignement. On lit dans la section des biographies des lettrés ( Jou-lin-lchouen ) :« Depuis l’ordonnance de la • lre année -Pen-lsou , 4' lune , jour keng-ichin ( 23 mai « 146), le nombre de ceux qui voyagèrent pours’in-
» struire (et vinrent au grand collège) augmenta jus- » qu’à 30,000. Mais beaucoup n’acquirent qu’une » instruction superficielle, et la pure doctrine des véri- » tables lettrés dégénéra. » Nous verrons plus loin la suite de cette décadence des études.
Art. 2. — Collèges et écoles pour l'enseignement dans les arrondissements des provinces.
Les collèges et écoles , destinés aux études et aux examens, se multiplièrent rapidement dans tout l’empire , sous les premiers empereurs de la dynastie des Han orientaux. Les biographies de plusieurs officiers ou lettrés qui ont vécu sous ces empereurs , attestent le grand développement que reçut à cette époque l’instruction nationale. Je vais extraire de ces biographies quelques passages qui se trouvent cités dans le Wenhian-ihoung kliao , kiv. XLVI , fol. 7, 8, et dans l’Fuhai , kiv. CXI , fol. 40. Les écoles et collèges des différentes divisions administratives de l’empire, y sont le plus souvent désignés par les deux caractères Hio-hiao, réunis ensemble : mais il est évident que cette dénomination générale comprend toujours implicitement les écoles d’ordre inférieur Tsiang, Siu (1), annexées à chaque chef-lieu d’arrondissement ou de canton.
« La 3* année Kien-wou ( 27 de J.-C. ) , Rouan -sun » fut gouverneur ( Thdi-cheou ) (2) du Jou-nan (Jou-
(1) Voyez plus haut, page 128, l'énumération de ces diverses dénominations soua l'empereur Plng-ti.
(2) Thaï chenv , grand conservateur, ou gouverneur de province. Cette
ning-fou du llo-nan \ Il établit des écoles et des collèges de premier ordre (llio, lliao). 11 instruisait luimême les étudiants. 11 fit des recherches pour trouver tout ce qui pouvait exister du Tchun-thsieou de Tsokieou-ming. Lui-même, il reçut cet ouvrage et le restaura ( Kiu , texte de Ma-touan-lin) ou l’étudia (Hio, texte de YYu-hdi).
» Li-tchong, la 6' année Kien-wou (30 de J.-C. ), fut gouverneur (Thaï-cheou) de Tan-yang (correspondant aux arrondissements actuels de Nan-king et de Tchin-kiang-fou). Il établit des collèges et écoles de premier ordre {llio, liiao) ; il s’exerça aux rites consacrés et à la régularité du maintien. Au printemps et en automne, il célébrait l’ancienne cérémonie dans laquelle le chef de l’arrondissement Iliang boit en public le vin sacré. Il choisissait luimême et employait ceux qui expliquaient bien les King ( Ming-king ). Les hommes de la province lui étaient très-attachés.
» Weï-li fut gouverneur ( Cheou ) de Koueï-yang ( département de Heng-tcheou-fou du Hou-nan). Il descendait de son char, pour régler [dans ses tournées] l’enseignement des écoles de deuxième ordre Tsiang, Siu.
• Jin-yen fut gouverneur (Cheou) de Wou-weï( département de Liang-tcheou-fou du Kan-sou). Il créa et établit des hôtels des études ou collèges d’examens ( Hiuo-kouan ).
dénomination fut établie par l’empereur Klnft-ti (156-140 avant J.-C.). Voyez Uurrison , part. I , au caractère Kouan n* 131.
» Thsin-pong , lre année hien-tnou (76 de J.-C.) , » fut nommé gouverneur ( Cheou) de Chan-yang(Hoaï- » ngan-fou du Kiang-nan). Il établit des écoles de » second ordre , Tsiang , Siu. Au printemps et en au- » tomne , il célébrait la cérémonie du grand repas (of- » fert aux vieillards), et du tir de l’arc dans les chefs- » lieux d’arrondissement. 11 mit en pratique les règles » consacrées pour monter, descendre, saluer et céder
* le pas.
» Fo-kong fut promu au grade de gouverneur général » ( Thaï-cheou ) de Tchang-chan (Khiu-tcheou-fou du » Tche-kiang). Il établit des collèges de premier ordre » ( Hio , Hiao ). Beaucoup de chefs-lieux des districts » du nord ont des écoles, appelées du nom de cet admi-
* nistrateur, écoles du seigneur Fo.
» Lieou-kouan fut promu au grade de gouverneur » ( Cheou) de Ping-yang dans le Ghan-si. Chaque fois » qu’il entrait dans un chef-lieu de district Hien , aus- » sitôt il engageait le supérieur de l’hôtel des études » ( Hio^kouan-tsi-lsieou ) , les officiers du lieu , les étu- » diants à prendre les King, à répondre ( à ses ques- » tions) et à discuter.
» On lit dans la biographie de Pao-yo : — Son fils » Pao-te fut gouverneur ( Thài-cheou ) de Nan-yang » ( Ho-nan ). A cette époque , les écoles de ce district » étaient depuis longtemps négligées. Pao-te répara » les bâtiments des écoles et en établit (de nou- » veaux). Il fit préparer les vases des sacrifices et les » bonnets brodés que l’on devait porter dans ces céré- » monies. Il fit pratiquer les rites et jouer les airs de la » musique sacrée. Il honora les vieillards du royaume
» (les vieux officiers) et leur offrit le repas solennel. Il » réunissait les lettrés et dînait avec eux. Parmi ceux » qui voyaient sa conduite , il n’y avait pas un seul » homme qui ne le louât et ne lui obéît.
» Soung-kiun fut supérieur (1) de Tchin-yang » ( Tchen-tcheou-fou du Hou-kouang). Il établit des » collèges de premier ordre Hio , lüao.
» Lieou-liang passa au poste de supérieur de Pe-
* sin-tching (Tching-thien-fou du Hou-kouang). 11 » établit une grande conférence ( Kiang-che). Il y in- » vitait les étudiants par centaines. Lui-même prenait » des chapitres des livres sacrés; il examinait et com- » parait le mérite des étudiants.
» Kong-yong fut lieutenant (2) du district de Pe-haï » (partie nord-est du Pe-tchi-li). Il établit des collèges » de premier ordre, Hio, Hiao. Il comparait le talent » des lettrés. »
Après ces noms , l’ Yu-hai cite encore Tsoui-yao qui publia l’histoire de l’hôtel des études littéraires de Nanyang(Ho-nan), hôtel inauguré par l’empereur Ming-ti, l’an 67 de J.-C. (10e de la période Young-ping ) (5) , et Hoang-tchang, homme du district de Yu-yo dans la province de Hoeï-khi (Tche-kian g). « Celui-ci demeu- » rait près du collège de son district. Il vit que les » lettrés qui y enseignaient rétablissaient les rites
* des écoles de sécond ordre, Tsiang, Siu , et fut ainsi » conduit à les aimer. »
(1) Tchang, Dict. de Basile, 11629.
(2) Siang, Dlct.de Basile , 6597.
(3) Voyez aussi le ff'en-Man'thong-khao, kiv. XLVI, fol. 7 *.
Pan-kou , qui fut historien de la cour , pendant la période Young-ping (58-76 de J.-C. ), dit dans sa section du règlement de l’impôt pour le district de la capitale orientale (Lo-yang) : « A l’intérieur des quatre » mers , c’est-à-dire dans tout l’empire , les collèges et » écoles de premier ordre, Mo, Mao, sont comme » une forêt. Les collèges et écoles de second ordre » ( Tsiang , Siu ) remplissent les portes (des rues des ■ villages). De toutes parts on s’offre mutuellement » des présents, on se fait des invitations ( selon le rite » dé l’hospitalité). Les vases des sacrifices sont nom- » breux. Dans la salle supérieure, on chante; dans la » salle inférieure, on danse(selon le rite des solennités » anciennes). (Tous) marchent dans le chemin de la » vertu et chantent ( les louanges de) l’humanité (1) . » Pan-kou écrivait ces lignes sous Ming-ti, qui fut le plus zélé pour les lettres de tous les empereurs de la Seconde dynastie Han , et se montra le digne successeur de Kouang-wou, son père. « Celui-ci , suivant la » préface de la section des biographies des lettrés ( Jouit lin-lchouen) , n’était pas encore descendu-de son char » de guerre, que, déjà, il faisait rechercher les savants » lettrés. » Nous avons vu ( article précédent) Ming-ti rétablir les anciennes cérémonies dans les établissements annexés à la cour, et inaugurer ces établissements. Les préfets des différents districts de l’empire se conformèrent à l’exemple donné par l’empereur. On
(1) Jin. Dlct. de Basile, 93. lin chinois, ce mot indique la perfection simultanée des sentiments et des manières. Il correspond ici ft ce que non» entendons par civilitation. .
lit dans la section des rites et cérémonies de l’histoire officielle des Han orientaux : « A la troisième lune de . » la 2' année Young-ping (59 de J. -C. ) , où furent ter- * minés les trois établissements supérieurs , Tlia'i-hio , » Ming-tan g , Pi-gong , de la capitale , on mit en pra- » tique , dans les districts et arrondissements de pre- » mier et de second ordre (Kiun, Hien) la cérémonie » où les hommes du bourg ou canton ( Iliang ) boivent » le vin (dans l’enceinte consacrée). Dans les salles » des études, on sacrifia aux anciens sages, Tcheou- » kong et Kong-tseu (Confucius ). La victime offerte » fut un chien. » Nous retrouvons donc le rétablissement de l’ancien rite desTcheou, sous lesquels le chef d’Hiang venait, au commencement de la première et de la troisième saison de l’année , boire le vin avec ses administrés dans le lieu consacré au tir de l’arc, et faisait l’examen de leurs qualités. Le même fait est attesté par plusieurs des biographies dont j’ai donné des extraits dans les pages précédentes.
Le commentaire du Li-ki mentionne aussi les honneurs régulièrement rendus à Confucius dans toutes les écoles supérieures Hio (1). On y lit : « La 5e année » Youen-so (132 avant J.-C.), il fut ordonné pour la » premièrefois que, dans tous les districts des royaumes, » on établirait des hôtels des études Uio. Au commen- » cernent de la période Young-ping (58 après J.-C.), » dans tous ces établissements, on rendit des honneurs » solennels à Confucius. »
Déjà, sous les premiers Han, les lettrés avaient
(1) }r u- haï , kiv. CXIV, fol. t /.
obtenu que l’État accordât au descendant direct de leur chef un titre et un apanage héréditaires , comme en recevaient les princes du sang impérial (1). L’an 8 avant J.-C. (1” année Soui-ho) , le lettré Mei-fo représenta à l’empereur Tching-ti que le fondateur de la dynastie Tcheou , Wou-wang , avait accordé des apanages de princes aux descendants directs des anciennes familles Hia et Yn. Confucius étant de la famille Yn, les empereurs Han devaient suivre l’exemple de Wou-wang, et donner un apanage aux descendants du grand moraliste, pour qu’ils pussent offrir des sacrifices convenables à Tching-thang, le premier des empereurs Yn (2). L’empereur agréa cette demande assez adroite , et fit établir la généalogie de Confucius, d’après le Tso-tchouen et le livre de Kouliang. Il fut reconnu que Confucius était de la famille impériale Yn , et Kong-ho-tsi, son descendant, fut nommé prince de Chao et de Kia , avec un territoire de 100 li. Le prédécesseur de Tching-ti, Youen-ti avait déjà , suivant l’histoire , accordé à son précepteur Kong-pe, descendant de Confucius, le titre de prince de Pao-tching (ville dp district de Han-tchong-fou du Chen-si).
Le fondateur de la seconde dynastie , Kouang-wou , visita le pays de Lou , dans la 5' année Kien-wou ( 29 de J.-C. ), et envoya le Ta-sse-kong ou ministre des travaux publics célébrer un sacrifice en l’honneur de
(1) Wen-hian-lhong-khan , kir. XLIII, fol. 8 r.
(2) On peut lire dans le tome II de Duhalde , page 459, édition in-folio , une traduction de la requête de Mei-fo.
Di
Confucius. Il accorda un apanage au descendant des Yn . Kong-ngan , qui fut déclaré prince de Chao et Kia. La 13' année de la même période, on changea le titre de cette principauté qui prit le nom de Weï. En même temps, l’empereur accorda un apanage à Y, petit-fils de Kong-pe, et le déclara Heoude Pao-tching. « Ainsi, » dit Ma-touan-lin , kiv. XL1II, fol. 9 v. , du temps » des Han occidentaux, parmi les descendants de » Koung-tseu , il y eut deux grands dignitaires du rang » de Heou. Le Heou de Chao-kia honorait les descen- » dants des Yn. Le Heou de Pao-tching honorait les » descendants de Koung-tseu. A l’avénement de » Kouang-vvou , les dignités héréditaires furent conser- » vées comme anciennement. On ne sait pas à quelle » époque finirent les descendants des Chao-kio. Quant » aux descendants des Pao-tching, ils se succédèrent » régulièrement jusqu’ audémembrementdes royaumes, » sous le règne de Hian-ti, le dernier des Han orien- » taux. Sous les Weï, on rétablit leur dignité hérédi- » taire , et elle se transmit sans interruption de géné- » ration en génération. »
Trois empereurs, Ming-ti, l’an 72, Tchang-ti, l’an 85, Ngan-ti, l’an 12A, allèrent visiter la maison de Confucius , dans le pays de Lou , et célébrèrent des sacrifices (1) en l’honneur du grand maître et de ses
(1) TAse. Dict. de Basile, 7027. Ce caractère désigne proprement la cérémonie que chaque famille célèbre au printemps en l’honneur de ses ancêtres. Il est habituellement usité dans le sens général de sacrifice ou cérémonie honorifique , et on lui joint alors le nom de l’être que l’on veut honorer. Ainsi on célèbre la cérémonie Thse , en l’honneur des génies célestes et terrestres, des anciens son ver ai ns, des personnages illustres. Dès le temps des I cheou, U victime offerte était différente suivant le rang de l’étre
soixante-douze disciples. Tchang-ti et Ngan-ti réunirent tous les descendants de Confucius et les gratifièrent de pièces de monnaie et de rouleaux d’étoffes de soie , à l’occasion de ces visites. Tchang-ti fit expliquer le Lun-yu à ceux qui avaient étudié (1).
D’après les divers passages que j’ai extraits des annales des deux dynasties Han ainsi que des biographies jointes à ces annales, on voit clairement que la restauration des études, telle que la comprenaient les lettrés , consistait principalement dans le rétablissement des anciennes cérémonies des Tcheou et dans l’enseignement des pratiques prescrites pour tous les rapports de la vie sociale par les ouvrages de Confucius (2). L’instruction littéraire n’était donnée dans les écoles que comme moyen de connaître les principes du grand maître , dont l’étude assidue devait apprendre à chaque homme à perfectionner à la fois sa moralité et sa tenue
honoré. Dans les cérémonies adressées aux ancêtres, une portion de la victime et des grains était présentée h un enfant, qui figurait le premier ancêtre de la famille. Quand il en avait gotlté , les invités à la cérémonie se réjouissaient et mangeaient ensemble. Voyez mes Recherches sur les mœurs des anciens Chinois d'après le Chi-king. Journal asiatique , 1843. Le premier ancêtre était donc le patron de la fête. Les sacrifices ou cérémouies célébrés en l’honneur de Confucius et de ses disciples, étaient analogues aux cérémonies que chaque famille offrait lises ancêtres. C'étaient des hommages rendus à la mémoire de ces hommes illustres, et non des actes d’adoration.
(1) IVen-hianthong-khao , kiv. XLin , loi. lOr.
(2) Les premiers chapitres du Li-kl, intitulés Khio-li et Tan-kong, sont remplis des détails minutieux du cérémonial prescrit par Confucius. Ils règlent, pour tous les rangs de la société et pour toutes les relations de supérieur à inférieur, la manière de saluer et de converser, la tenue que l'on doit avoir dans les repas, les vêtements que l’on doit porter chez soi et en public , les formalités des mariages et des funérailles , la dimension du cercueil , la durée du deuil et les devoirs que l’an doit rendre aux parents morts. On peut lire aussi , 4 ce sujet , la traduction du f. un-gu par Marshman.
extérieure (1). En constituant l’éducation du peuple sur cette base , les lettrés ont attaché à la tenue extérieure et aux pratiques du cérémonial de la vie ordinaire une importance qui nous paraît étrangement exagérée dans nos idées européennes. Il nous semble même qu’ils ont enchéri à cet égard sur l’habitude des écoles de lacoür des Tcheou , où l’on enseignait les six sciences usuelles, ( Lo-ij ) , savoir la musique , l’écriture , l’arithmétique , le cérémonial , l’art de tirer de l’arc et l’art de conduire un char (2). Sous les Han , on doit présumer que les six sciences étaient encore enseignées simultanément dans le collège impérial aux fils du souverain et des grands officiers. Cependant, sous la seconde dynastie de ce nom , les textes ne parlent plus que de l’enseignement des King, dans les écoles de la cour et dans cellesdes districts. La cérémonie du tir de l’arc rétablie parMingti, et accomplie deux fois chaque année par les. officiers des districts, semble n’avoir été qu’une solennité destinée à ouvrir les examens d’inspection des ofliciers, et l’ on ne voit pas que les individus réunis se livrassent alors aux anciens exercices corporels du Pt-gong ou du Pouankong des Tcheou. Nous trouverons plus tard , sous les Thang, la distinction nette et précise de deux espèces d’écoles publiques, les unes consacrées à l’instruction de ceux qui se destinent aux occupations de la vie civile, les autres consacrées à l’instruction de ceux qui veulent
(1) Le pire Cibot a extrait du I.i-ki et traduit un discours, dans lequel Confucius décrit les qualités que doit posséder un lettré. Voyez Mémoires des missionnaires, tome VIII , page 188 et suir. Il est douteux que cc discours soit réellement de Confucius.
(2) Tcheou-li , art. Tasse tou , kiv. X.
entrer dans la carrière militaire. Sous les seconds Han. l’étude des King paraît répondre à tous les besoins de l’éducation générale. La biographie de Wenong (1) indique que l’on étudiait à la cour les lois et règlements administratifs, et leur connaissance est recommandée par l’ordonnance des quatre séries de mérite (Ssc-lilio) aux candidats de la troisième série (2). Mais les textes ne disent pas que cette étude se fît dans des écoles spéciales , et la seule division qui se voie dans l’enseignement, consiste en ce que les leçons des écoles inférieures pour les enfants du peuple sont basées principalement sur le Hiao-king ou traité de la piété filiale, le plus élémentaire des traités de Confucius.
Ce petit livre , dont on peut voir l’analyse dans le tome II de Duhalde, édit. in-f. , p. 363, se compose de 18 articles dans lesquels Confucius explique à Tsengtseu, son disciple, le mérite suprême de la piété filiale, fondement des vertus pour tous les hommes , quelque soit leur rang social. « Dans l’ordre général des choses, » dit-il , le lils est à l’égard de son père , ce que le sujet » est à l’égard de son roi, ce que l’inférieur est à » l’égard du supérieur. Celui donc qui comprend les » devoirs de la piété filiale dans leur véritable accep- » tion et les pratique avec soin est seul honnête homme. » Ces devoirs consistent à honorer ses parents dans l’intérieur de la maison ; à pourvoir à leur subsistance ; à se montrer triste quand ils sont malades; à observer les rites du deuil à leur mort ; à leur rendre tous les
(1) Voyez page 131.
(2) Voyez page 149.
devoirs funèbres. Confucius développe sa pensée par des exemples , et montre que celui qui manque aux règles de la piété filiale et de la subordination, s’expose à être puni des supplices réservés aux diverses sortes de crimes. 11 reconnaît que l’on doit avertir son supérieur lorsqu’il s’égare, et finit par indiquer les formes régulières que l’on doit suivre pour le deuil des parents morts et pour les cérémonies annuelles qui sont dues à leur mémoire. Les règles d’étiquette, développées minutieusement dans le Li-ki , ne sont présentées ici que d’une manière abrégée, et en résumé, ce petit catéchisme social , fondé sur le système patriarcal , contient une morale très-saine et très-pure. On reconnaîtra , ce me semble, avec moi, qu’il suffit presque entièrement pour l’instruction morale des habitants des campagnes, généralement préservés, par la simplicitéde leurs occupations, de ce désir immodéré du gain qui est le mauvais côté du Chinois habitant des villes. Or , aujourd’hui comme du temps de Confucius, l’immense majorité du peuple chinois est essentiellement vouée à la culture des terres, et ces cultivateurs dont toute l'instruction. se borne à avoir appris à lire et à écrire , à l’aide du Hiao-king et d’autres livres élémentaires analogues, sont généralement bons , obligeants et laborieux. Ce fait est constaté par le récit unanime de tous les Européens, missionnaires et voyageurs, qui ont pu pénétrer dans l’intérieur des provinces chinoises.
A l’époque des Han , on devait certainement avoir, comme maintenant, des livres plus élémentaires que le Hiao-king, pour la première éducation des enfants dans les petites écoles. J’ai traduit plus haut, p. 65,
le passage où l’historien Pan-kou dit que '« dans les » écoles anciennes, les enfants étudiaient l’écriture » des cinq régions et le calcul des six Kia , » terme qui se rapporte vraisemblablement au cycle sexagénaire , usité depuis plus longtemps en Chine pour la notation des jours. Je citerai encore ici un vocabulaire des noms de choses et des noms de familles, intitulé Kiisieou-pien ou Ki-lseou-tclianr/ , le livre de la prompte perfection, qui paraît avoir été en usage, sous les Han, au moins à la petite école de la cour ( Siao-lùo ). Ce vocabulaire, qui est inséré dans l’appendice de l’Yuhaï, fut composé sous le règne de Youen-ti, de la première dynastie Han (48-32 avant J.-C.), par des professeurs de la petite école impériale , et il fut placé dans le trésor secret ou la bibliothèque particulière de l’empereur, entre les règnes de Youen-ti et de Tchang-ti, son successeur. Il est rédigé sur un plan analogue à celui de l’ancien dictionnaire Eul-ya qui passe pour être du quatrième ou du cinquième siècle avant notre ère. Sous les Han , comme sous les Tcheou , on devait aussi se servir, dans le Koiie-tseu-hio où l’on apprenait le calcul aux élèves, de l’ancien traité de mathématiques, intitulé Kieou-tcliang , les neuf chapitres, ou Kieou-so, les neuf nombres, lequel est attribué par la tradition au savant prince Tcheou-kong. Nous avons trouvé plus haut le nom du Kieou-so, dans l’article Pao-clii du Tcheou-li (voyez page 36). Je dois me borner ici à ces seules indications , en l’absence de documentsprécis. C’est seulement au temps desThang, vers le T siècle de notre ère , que nous trouvons dans les textes historiques , la mention exacte et détaillée
des ouvrages qui furent alors adoptés, indépendamment des King , pour l’éducation de la jeunesse chinoise.
Toutes les écoles, Hio , Hiao, Tsiang, Siu, citées dans les textes sous les Han occidentaux et orientaux , étaient évidemment fondées et entretenues aux frais de l’État. Les extraits des annales (Pen-ki) nous montrent que le trésor de la cour impériale subvenait aux dépenses de construction et d’entretien des grands établissements de la capitale. Les extraits des biographies (Tchouen) nous montrent que le trésor de chaque province subvenait aux mêmes dépenses, pour les collèges et écoles créés par les gouverneurs dans le ressort de leur juridiction. Les Po-sse et les Wen-hio avaient des appointements fixes desservis par les trésors de la cour impériale et des provinces. L’époque de la plus grande prospérité des études peut être fixée entre les années 58 et 105 , du règne de Ming-ti à celui de Chan-ti et de Ngan-ti. Peu après cette époque, nous trouvons des renseignements sur les séries d’examens et les grades supérieurs du corps des lettrés, dans deux ordonnances du milieu du second siècle de notre ère , rapportées par le Thomg-iien, collection d’anciens documents faite par Thou-yeou, au 8° siècle, sous la grande dynastie Thang. Ma-touan-lin les a placées dans son kiven XL qui traite spécialement du Thaï-hio et des autres établissements annexés à la cour. Elles confirment les indications que nous avons données plus haut sur les grades accordés au savoir dans les collèges de la capitale.
Voici ce qu’on lit dans le Thoung-tien : « Par
» un décret de l’empereur Houan-ti , au commence- ^
• ment de la période Kien-ho (147 de notre ère), il » est ordonné que , dans les grands districts et » royaumes, les étudiants (// io-seng ), âgés de seize » ans au moins, qui comprendront bien les King,
» seront comparés et classés entre eux (par rang de » mérite). Ceux d’ordre supérieur (K ao-ti) au nombre » de quinze, et ceux de premier ordre ( Chang-ti ), au
• nombre de seize, deviendront Lang-tchong (1).
• Ceux de deuxième ordre ( Tchong-ii ) , au nombre de » dix-sept, seront déclarés Thaï-iseu-clie-jin. Ceux de » troisième ordre (f/ia-ti), au nombre de dix-sept, se-
• ront déclarés assistants des maisons de princes » ( Wang-kia-lang ).
» La 2' année Young-cheou(lf)§ de notre ère), il est
• ordonné d’examiner de nouveau les étudiants pour » en faire des Lang et des Che-jin. Après cette ordon-
• nance, on régla de nouveau, comme il suit, les exa- » mens des étudiants. Le premier examen avait lieu à » la fin des deux premières années d’étude. Ceux qui
• comprenaient bien deux livres sacrés King, passaient » Wen-hio-icliang-koti. Ceux qui ne pouvaient com- » prendre deux livres sacrés King, devaient subir un » examen postérieur. En suivant de nouveau la série » ( des premiers examens ) , on les examinait ( au bout
• de deux années). Ceux qui comprenaient (satisfai- » saient sur) deux King à l’examen, pouvaient aussi » devenir Wen-hio- ichang-kou. Les individus qui
(1) Je rappelle que ce litre et les suivants onl «Hé expliques plus haut , page 117.
v. .JT
» avaient obtenu ce grade à la tin de deux années , » subissaient un examen sur trois livres sacrés King. » Ceux qui satisfaisaient à cette épreuve , étaient élevés
* d’un degré et devenaient hommes du palais du prince
• héritier ( Tliai-tseu-che-jin ). Ceux qui ne pouvaient » satisfaire à cette épreuve , subissaient un nouvel exa- » men , d’après leur série d’ordre, et s’ils étaient alors » reconnus capables, ils pouvaient aussi devenir Clie-jin » du prince héritier. A la fin de deux années, les Clte- » jin subissaient un examen sur quatre King. Ceux qui » étaient reconnus capables de les comprendre, deve- » naient Lang-tchong. Ceux qui n’étaient pas capables, » subissaient un nouvel examen , et s’ils réussissaient, « ils pouvaient aussi devenir Lang-tchong. A la fin de » deux années , les Lang-tchong étaient examinés sur » les cinq King. Ceux qui satisfaisaient à cette » épreuve, entraient dans le corps des officiers (1) » de l’administration. On les employait suivant leur » capacité. Ceux qui ne satisfaisaient pas, étaient exa- » minés de nouveau ultérieurement , et s’ils étaient » reconnus capables, ils pouvaient aussi entrer dans » le corps des officiers (Li). »
Dans cette seconde ordonnance de Houan-ti , les titres de Wen-hio-tciiang-kou , Tliai-tseu-che-jin , Langtchong sont inférieurs à celui d’officier de l’administration (Li), lequel n’est accordé qu’aux concurrents qui ont le plus haut degré d’instruction , la connaissance parfaite des cinq King. Le caractère Li a le sens général d’officier commissionné; mais, dans divers
(1) /.i.DlcI. de Bav, 114i.
passages des annales des Han et des biographies de ce temps cités par Ma-touan-lin, il désigne évidemment des officiers inférieurs aux officiers supérieurs de la cour ou de l’administration impériale, désignés par le caractère Kouan (1). Tel est le sens qu’il adans l’article spécial intitulé Li-iao, voie des officiers, qui fait partie du kiv. XXXV de Ma-touan-lin. Cet article commence par une liste des noms de vingt-neuf individus , qui, du temps des Han occidentaux, sont entrés dans l’administration supérieure ( Kouan ), par la voie des officiers (Li) éprouvés au service. Tous ces individus ont d’abord rempli des emplois de second ordre, tels que ceux d’officier des prisons , officier d’arrondissement , officier de district. Ils ont obtenu par leur mérite d’entrer dans le corps des Kouan, qui comprend les grands conseillers impériaux ( Konrj ), les ministres de la cour (Kinrj) , les préfets Ta-fon, les préposés supérieurs Sse (2). Des exemples de promotions semblables se lisent dans les biographies du temps des Han orientaux. Simultanément, on trouve, à l’article du Thài-hio, kiv. XL, fol. 23, 2 U, deux listes, l’unede Po-sse, l’autre de Po-sse-ù-tseu ou élèves des Po-sse, qui, sous lesHan occidentaux , sont entrés dans l’administration supérieure (À' oiuin), par la voie des grades littéraires (Il ’enhio). Les 7'i-<seudeladeuxièmelisteontobtenulepremier rang par l’épreuve que j’ai mentionnée sous la première dynastie; ils ont touché avec des flèches ( Che-ihse) les planchettes sur lesquelles étaient écrites les questions de
(1) Diet. de Basile, 211B.
(2) If'en hian-thong-khao, kiv. XXXV, fol. 7 et 10 v.
première série : ils ont satisfait àcesquestions, et conformément aux termes de la requête adresséeà Wou-ti pour le rétablissement du grand collège, ils ont été nommés Lang-tchong. C’est par cette voie qu’ils se sont élevés jusqu’à l’administration supérieure. A la fin du même kiven,fol.38, on trouve une autreliste de Po-sse qui sont entrés dans l’administration supérieure [Kouan) , sous les Han orientaux. 11 n’y a pas de liste correspondante pour les Po sse-ti-tseu, sous cette seconde dynastie. Enfin le kiven XLY1 , fol. 7 , présente une dernière liste d’individus qui sont entrés dans l’administration supérieure par la voie des offices littéraires ( Wen-liio ) de district. De la comparaison de ces diverses listes, il résulte que l’on arrivait aux charges supérieures ( Kouan ) par deux voies, celle des examens sur les King, et celle desemplois secondaires de l’administration (IJ). Nous avons déjà vu dans la requête adressée à W ou-ti , les officiers ( Li) aux appointements de 1 00 décuples boisseaux, admis comme les Lang~tcliong à occuper les places de gouverneur de province et. autres de premier ordre. Si maintenantnousrevenonsàrordonnancedeHouan-ti,ct à la classe d’officiers Li qui s’y trouve indiquée au-dessus de celle des Lang-tchong , le caractère Li doit désigner dans cette ordonnance des officiers d’un rang intermédiaire entre les Lang-tchong et les officiers supérieurs ( Kouan). Malheureusement il n’y a aucune explication dans le texte. Quant aux Siao-li , ou petits officiers , telsque les officiers des prisons, ils étaient évidemment inférieursaux Lang-trliong qui, aux termes de la requête adressée à Wou-ti, avaient des appointements de 300 décuples boisseaux.
Ma-touan-lin dit dans son kiv. XXXV, fol. 9, article de la voie des officiers secondaires ( iA-tuo ) : « A la cour » des Han occidentaux, les officiers supérieurs Konij ,
» King, Ta-fou, Sse sortaient tantôt de la classe des » lettrés nommés au concours ( Wen-hio ), tantôt de la » classe des officiers ordinaires de l’administration (L/), » et aussi (par exception) de la classe des grands (Cliang-
• ichi-jin). On ouvrait ainsi, en même temps, deux
• voies pour entrer dans l’administration supérieure. » On n’avait pas encore tenté , comme cela eut lieu plus » tard , d’admettre aux charges d’une manière arbi-
• traire, en se contentant d’une fausse mesure du mé-
• rite. Donc les hommes de la classe inférieure suivaient » les circonstances qui s’offraient à eux, pour s’en faire » une échelle d’avancement : mais le classement des
• bons et des mauvais, parmi les concurrents aux char- » ges, ne dépendait pas du point d’où iis étaient partis; » on neconsidérait pas s’ils étaient lettrés ( Il cw-/uo) ou » officiers secondaires ( Li). Ainsi les divers individus » dont nous avons donné plus haut la liste étaient tous » pleins de lumières et de savoir; néanmoins, ils
• n’ont pas rougi de s’avancer par des places d’officiers » secondaires ( Li ). »
Nous pouvons ici rappeler l’exemple du gouverneur de Chou, Wen-ong, qui envoya des petits officiers {Siao-li) de sa juridiction étudier à la cour. On voit que ces petits officiers étaient alors choisis sans examen régulier. Après cette époque , nous avons trouvé l’indication des quatre séries démérité instituées, d’après le Thoung-tien , par l’empereur Wou-ti, l’an 134 avant J.-C. , et confirmées par une ordonnance de
Kouang-wou , l’an ‘6li de notre ère. Nous avons vu dans le texte de des ordonnances , citées par le règlement des officiers supérieurs des Han et par le Thoungtien , les conditions exigées pour l’admission dans les quatre séries de mérite (1), et la limitation du nombre d’individusquipouvaientêtrechoisisannuellementdans chaque royaume ou province. Nous rappellerons que les conditions exigées comprenaientla régularité parfaitede la conduite, l’instruction littéraire, la connaissance des King, la capacité pour les affaires , et que la proportion des choix ne pouvait pas dépasser un sur 200,000 individus. Un appel régulier pour chaque série était fait par les grands officiers à tous les hommes de mérite qui pouvaient ainsi s’élever directement aux charges de l’administration supérieure; mais la difficulté de remplir les conditions requises éloignait souvent les candidats qui préféraient arriver par la voie des emplois de l’administration inférieure. « Sous les Han orien- » taux , dit un auteur désigné par Ma-touan-lin sous le » nom de Siu-chi (2), il y avait plus d’une voie pour » entrer dans les charges ( Ji-jin ) : mais , quant à ceux » qui étaient promus par les séries savantes (Jou-ko), » leur choix était difficile. De là résulta que, parmi les » lettrés habiles et sages, beaucoup arrivèrent aux » charges supérieures par la voie des emplois d’officier » de district ( Kiun-li). »
11 y eut souvent aussi de la négligence dans la vérification des conditions exigées des candidats pour l’ad-
;i) fVen-hian-lhimg-khao, kiv. XXVIII, fol. R. Vu haï, kiv.C.XIV. fol. 29. (?) tVtn-hian-tkonq-khuo , Ici». XXXV, fol. 10 ».
mission dans les quatre séries , et on toléra de mauvais choix. « Par l’institution des examens des quatre séries, » dit un auteur que j’ai déjà cité et que Ma-touan-lin » appelle Sien-liong (1), les voies devinrent différentes. » pour parvenir. Les sentiments des inférieurs ne furent * plus uniformes ; leurs études se divisèrent, et la ma- » nière dont les supérieurs examinèrent ne fut ni assez » réfléchies ni exempte de reproches. » C’est à ces abus que doit se rapporter l’édit publié par Ngan-ti pour ordonner aux grands officiers de revoir soigneusement les choix qu’ils font dans les districts.
Sous les Han orientaux, on permit plusieurs fois à des officiers de l’administration , Li, nommés sans examen, d’entrer dans le corps des officiers Lang, sortis du grand collège et nommés par examen de capacité. On admit spécialement dans le corps des officiers Lang des officiers chargés de dresser les comptes annuelsde la gestion des ofliciersdu royaume impérial, et appelés officiers des comptes supérieurs Qumg-kiyouen-sse ou Chang-ki-li (2). Ces mutations, momentanément interdites, furent rétablies par Ho-ti , l’an 102, et ensuite par Ilouan-ti.
Sous les premiers Ilan , le fils de tout officier aux appointements de 1000 décuples boisseaux au moins, était reçu Lang après trois ans de bons services du père (3). Ce privilège ne fut supprimé que l’an 6 avant notre ère. 127 ans après, l’empereur Ngan-ti le réta-
(1) /Ven-ltinn-thniig-khao,kiv. XL, Toi. 20.
(2) ff'en-hian-lhong-khao , kiv. XXXV, fol. 0 ».
(3) K'en-hian thonu-khao, kiv. XXXIV, fol. 22 cl suivant*.
blit. Ma-touan-lin nous donne, pour chacune des deux dynasties Han , une liste d’individus nommés officiers comme fils ou frères d’officiers supérieurs. Ces privilégiés ont obtenu ainsi par faveur les titres de Lang , Chi-tang , Thaï-tseu-che-jin , Lang-tchong , auxquels les élèves du grand collège ne pouvaient arriver que par examen et au concours. '
En résumé, on voit que sous les Han, on posa le principe de l’admission aux charges de l’administration supérieure par la voie des examens , et spécialement par la voie des examens sur les King, de sorte qu’un certain nombre de lettrés parvinrent aux emplois supérieurs par la voie savante. Mais simultanément on accordait encore ces emplois aux officiers de l’administration inférieure. Il y avait donc deux voies légales pour entrer dans l’administration supérieure : en outre, on y recevait par faveur les fils des dignitaires et officiers supérieurs, ainsi que des individus riches et des hommes de diverses professions (1).
Art. b. — Décadence de l’enseignement, a la lin de la dynastie des Han orientaux.
L’auteur du K hiun-chou-pi-khao (2) rappelle les nombreuses gratifications accordées aux lettrés et les réparations faites aux salles d’études ou écoles , sous la seconde dynastie Han. Il rend ainsi complète justice au zèle des souverains de cette dynastie ; puis il signale l’affaiblissement de ce zèle et la désorganisation rapide
(t) H'en-hian-lhong khao, kiv. XXXV, fol. 26 et suivants.
ij) Bibliothèque royale , fonds Fnurmont , 355, IV* kiven , fol. 13 v .
de l’enseignement, à partir des dernières années du règne de l’empereur llouan-ti, sous lequel la porte occidentale du grand collège s’écroula d’elle- même. Cet accident qui eut lieu l’an 162 (5° année Yenchi ), fut regardé comme un présage funeste pour le grand collège, temple de l’instruction et de la perfection des souverains. Un lettré, nommé Siang-kiaî, annonça, dans un placet, la prochaine décadence des études morales et littéraires (1), et les événements qui suivirent confirmèrent sa prédiction. Ua cause principale de cette décadence des études fut l’accroissement progressif du pouvoir des eunuques à la cour impériale , et leur action incessante contre la classe des lettrés qui étaient chargés de l’enseignement. Les eunuques, déjà attachés à la cour des Tcheou (2) pour la garde des femmes , étaient peu à peu devenus les conseillers habituels des souverains qui commençaient à redouter les lettrés. Ceux-ci, comme je l’ai dit, avaientdû le développement de leur influence à la position difficile des premiers empereurs Han, en butteaux exigences perpétuelles des familles riches et puissantes qui voulaient occuper toutes les hautes charges et les conserver avec leurs revenus à titre héréditaire, ainsi que cela avait eu lieu pendant la longue décadence de ladynastie Tcheou. Le premier des empereurs Han , Kao-tsou , soldat de fortune , élevé au trône par une ligue , avait été contraint de faire des concessions semblables de dignités
(1) ff'en-hian-thong-khao , kiv. XL, fui. 33 v.
(3) Tr.heou-li , kiv. VII. Chi-king , part I , ch. 3. ode 1 ; part. Il, ch. 5. ode 6. Entre les années 312 et 207 avant J.-C., l’eunuque Tchao-kao fut ministre de Thsin-chi-hoang , et de son fils Eul-rhi.
et même d’apanages aux familles des principaux chefs secondaires qui s’étaient réunis à lui pour renverser le redoutable Hiang-iu. Il était d’ailleurs d’usage que chaque empereur accordât à ses frères des principautés héréditaires, et le nombre croissant de ces principautés affaiblissait progressivement le pouvoir impérial. Cinquante ans après Kao-tsou , son troisième successeur, King-ti, avait vu sa souveraineté mise en péril par la révolte simultanée des cinq principautés feudataires les plus puissantes. Les nombreux décrets, promulgués par Kao-tsou et ses successeurs pour choisir dans tous les districts de l’empire des hommes distingués, connaissant la science du gouvernement , l’institution des correspondants impériaux ( Yu-sse) et de leurs inspecteurs ( T/ise-sse), la délégation des hommes vertueux élus par les habitants de chaque canton , et chargés de l’administration secondaire, au nom du souverain , me paraissent des efforts faits par les premiers Han , pour centraliser le pouvoir supérieur entre leurs mains et combattre l’influence redoutable de leurs grands vassaux. Ce fut certainement le même principe politique qui engagea Wou-ti , successeur de King ti. à créer, d’après les conseils des lettrés de la secte de Confucius , une école des officiers supérieurs à la cour, et à propager les études savantes dans l’empire, pour se procurer des officiers capables (1). Wou-ti et ses suc-
(I) Nous avons vu que les lettrés n’obtinrent que successivement , et avec peine , des premiers empereurs Han , la révocation de l'édit de Thsin-chihoaug contre la lecture des King, te droit de discuter les actes du gouvernement , supprimé par ce même empereur, enfin la restitution du texte des
cesseurs qui continuèrent à favoriser les lettrés, voulaient se délivrer des exigences des familles puissantes, en appelant aux charges supérieures le mérite constaté par les concours; et six ans avant notre ère, Ngaï-ti se crut assez fort pour enlever aux grands officiers le droit de faire entrer leursfils dans l’administration de la cour. Le général Wang-mang, qui gouverna pendant la minorité de Ping-ti , au commencement de notre ère , et qui usurpa ensuite le trône , paraît avoir agi dans le même sens; mais il fut abandonné par les lettrés, et, après sa chute, ceux-ci se rallièrent autour du fondateur de la seconde dynastie Han, Kouang-wou, qui suivit docilement leurs conseils et s’empressa de créer près de sa nouvelle capitale des établissements identiques avec ceux qui avaient existé près de l’ancienne capitale impériale, Tchang-ngan. La propagation de l’enseignement moral et littéraire , fondé sur les King , continua sous les premiers successeurs de Kouang-wou. La Chine fut couverte d’écoles et de collèges ou salles d’examen. Des honneurs extraordinaires furent rendus à Confucius et à ses principaux disciples. Ses descendants furent élevés au rang de prince. La
King , d’après les copies et fragments qui purent être retrouvés. A l’exemple de Thsin chi-hoang , les empereurs Han craignaient sans doute que les lettrés ne se servissent des King pour rappeler le système fédéral dcsTcheou, et la division de la propriété territoriale entre les dignitaires apanagés. Il fallut que Wou-ti fût rassuré par ses conférences avec Tong-tchong-cbo et Tchu-fou-yen , pour qu’il consentit i nommer une commission chargée de restituer les King. Il fut de même amené, par l’exemple du gouverneur Wen-ong, à la création du grand collège Thai-hio. Le père Clbot , dans une note jointe à son Essai sur les caractères chinois, a envisagé, à peu près comme moi, les principaux motifs de la défiance que les premiers empereurs Han témoignèrent aux lettrés. Vovci les Mémoires des missionnaires, lomc IX , page 395.
corporation des lettrés, maîtresse de l’enseignement du peuple et de la direction des concours littéraires, devin» toute puissante , et excita la jalousie des grands officiers de la cour. Les lettrés étaient toujours attachés par la spécialité de leurs études à l’admiration des anciens usages , et opposés aux innovations. Plusieurs adressèrent des observations critiques aux empereurs. Ce fut malgré eux que Ming-ti, qui leur fut d’ailleurs si favorable, toléra l’introduction du bouddhisme en Chine, et ils reprochaient toujours au grand Wou-ti sa faiblesse pour les Tao sse (1). Entre les remontrances des gradués littéraires, et les intrigues des alliés de la couronne, l’influence des eunuques grandit dans l’ombre de la cour. Ho-ti (89-105) les éleva, le premier, aux plus hautes charges de l’administration. 11 semble que les souverains aient dès lors trouvé commode d’investir des hautes charges ces êtres mutilés , qui ne pouvaient en réclamer l’hérédité. 11 est certain que, depuis Ho-ti , les eunuques formèrent un véritable parti à la cour, et que ce parti se fortifia rapidement pendant les minorités qui se succédèrent presque sans interruption jusqu’à I avènement, de Houan-ti , l’an llil. Ce prince se livra entièrem nt à leurs conseils; il accorda les principales charges de l’administration supérieure à leurs amis ou à leurs alliés ,
(1) L’histoire chinoise fournit de nombreux exemples de la hardiesse des lettrés dans les remontrances qu'ils adressèrent aux souverains. Les historiographes et les censeurs impériaux, choisis généralement parmi eux, se sont rendus justement célébrés par leur attachement invariable h la vérité. Ainsi , sous Han-wou-li , l’illustre Sse-ma-thsien fut condamné à devenir eunuque , pour avoir défendu ouvertement un général inculpé. Il resta néanmoins en possession de sa charge d’historien impérial.
et rappela les sectateurs du Tao à la cour impériale. Alors la latte s’engagea entre les lettrés etles eunuques.
Les lettrés adressèrent successivement à Houan-ti plusieurs placets contre les eunuques et contre les Tao-sse. N’étant pas écoutés, ils commencèrent à s’éloigner de la cour et à se réunir entre eux pour critiquer le gouvernement (1). Une de ces réunions eut lieu à Kan-ling (district de Ho-kien), dans la maison de Tcheou-fou, qui avait été précepteur de l’empereur. Des pièces de vers furent faites en l’honneur d’ofiiciers attachés au parti des lettrés , et circulèrent parmi le peuple. Enfin , à Lo-yang même, les lettrés les plusdistinguésdu grand collège se mirent à censurer entre eux les actes de la cour : c’est ce que l’on appela la réunion des Sociétaires ou Coalisés ( Tang-jin ). Plusieurs grands officiers se joignirent à eux, et les auditeurs affluèrent à leurs conférences qui se tenaient dans le grand collège. Les observations critiques des sociétaires étaient redoutées de tous les officiers de l’administration, et même des grands conseillers Kongel des ministres King. Elles irritèrent surtout les eunuques qui dirigeaient l’empereur. Le mécontentementde ceux-ci éclatal’an 166 (9'de lapériode Yen-chi), à l’occasion de l’arrestation de deux de leurs partisans, ordonnée par deux des sociétaires, Tchin-tsi etLieoutsan , en vertu des pouvoirs de leurs charges administratives. Nonobstant une amnistie générale accordée par l’empereur, ces deux officiers s’étaient permis de punir immédiatement de mort les individus arrêtés,
(1) Thoung kien khang-mnu , klv. XI , fol. 117 ot suivants, ff'en-hiantliong khan. klv. XI., fol.54.
ce qui ne se fait en Chine que dans les circonstances très-urgentes. Aussitôt les eunuques dénoncèrent à l’empereur cet acte illégal. Les deux officiers furent arrêtés; et malgré les réclamations de deux autres sociétaires, ils furent exécutés en prison. Peu après, un censeur impérial, Li-yng, qui était un des fondateurs de l’association , fit arrêter et exécuter Tchangtching, partisan des eunuques, convaincu d’avoir assassiné un homme. Les eunuques s’en vengèrent , en faisant présenter par un disciple de ce Tchang-tching une requête dans laquelle ilsreproduisirentcontre Li-yng et ses amis des accusations semblables à celles que 380 ans auparavant , le ministre Li-sse avaient présentées à Thsin-chi-hoang. Ils accusaient Li-yng de rassembler un grand nombre de lettrés ou étudiants du grand collège et d’entretenir des relations dangereuses avec ceux des provinces , de comploter ainsi et de former une association pour décrier les actes de la cour. Ces allégations n’étaient pas sans quelque fondement , d’après le texte même de l’histoire officielle que nous avons sous les yeux , et dont la rédaction est due aux lettrés des temps postérieurs. La nouvelle association avait été formée par le parti lettré pour soutenir son influence dans le public, contre l’influence de ses adversaires à la cour. L’empereur fit droit à la requête des eunuques : il signa l’ordre d’arrêter Li-yng et ses adhérents, et envoya cet ordre aux grandes cours administratives pour le faire publier dans les provinces. Tchin-fan , président de la cour des censeurs impériaux et ami de Li-yng , refusa d’enregistrer ce décret. L’ empereur passa outre, fit arrêter Li-yng, Tou-mi,
Tçhin-che, Fan-pong et autres, et destitua Tchin-fan. Plusieurs lettrés se rendirent en prison pour partager le sort de leurs confrères; d’autres s’enfuirent, et leurs biens furent confisqués. Un an après, l’empereur s’adoucit. Sur une requête qui lui fut adressée par un lettré, nommé Kia-piao, il fit délivrer les prisonniers et les renvoya dans leurs familles , mais en les déclarant destitués de leurs charges et incapables de rentrer dans l’administration. D’après l’histoire, Fan-pong , l’un d’eux , fut reçu avec de grands honneurs par la population de son district.
Cette même année, Houan-ti mourut, laissant pour successeur son fils, âgé de douze ans, qui porte dans l’histoire le nom de Ling-ti. Après avoir arraché la régence à l’impératrice mère, les eunuques recommencèrent leurs incriminations contre l’association fondée par les lettrés. Us firent croire au jeune empereur que Tchin-fan , Teou-ou, Lieou-yn et Fong-sou étaient àla tête d’une conspiration, et obtinrentun mandatd’ arrêt contre eux. L’an 169, Ling-ti fut effrayéde l’apparition d’un météore singulier dans le palais impérial. Un général nommé Tchang-hoan , et un lettré nommé Sieï-peï, lui présentèrent un placet, où ils dirent que le ciel était irrité parce que l’on n’avait point réhabilité la mémoire de Tchin-fan et de Teou-ou. Sieï-peï était membre de l’association des lettrés. Les eunuques l’accusèrent; ils découvrirent dans ses papiers une liste sur laquelle les sociétaires principaux étaient divisés en cinq sections distinguée? par des noms honorifiques^!),
(1) I,es cinq sections Glaïeul ainsi désignées : les trois sages, c'étaient
et tirèrent parti de cette liste pour persuader h l’empereur que l’association conspirait réellement contre lui. Li-yng , Fan-pong et cent sociétaires furent arrêtés et exécutés. Six à sept cents familles furent exilées. L’an 172, à l’occasion d’un placard contre les eunuques, affiché à la porte du palais impérial, la persécution recommença contre les lettrés. On en arrêta successivement mille qui furent mis à mort. En 175, une requête fut adressée par le lettré Tsao-lun contre cette persécution continue. Le pétitionnaire fut étranglé, sur l’ordre de l’empereur, toujours aveuglé par le parti eunuque. L’enseignement, dirigé uniquement par les lettrés, ne pouvait que tomber rapidement , au milieu de tous ces troubles.
L’histoire officielle , citée par Ma-touan-lin , kiv. XL, fol. 35 r., dit : « Depuis la condamnation juridique des » sociétaires ou coalisés ( Tang-jin ) , les lettrés les plus » vertueux et les plus illustres, qui étaient entrés dans » cette association , furent pour la plupart jugés, exilés * » ou mis à mort. Alors il y eut du désordre dans le grand » collège. Les Po-sse qui examinaient les deux séries de » candidats, se disputèrent sur les rangs et s’accusèrent » les uns les autres. Il y eut des fraudes dans les com- » positions et des incertitudes sur le texte des Kingqui » servaientaux examens. Pour arrêter cette désorganisa - » tion desétudes, l’empereur Ling-tiordonnala4e année » K i-ping (l’an 1 75 de J. -C. ) , que des lettrés établiraient
probablement les présidents ou chers; les huit supérieurs, les huit attentifs, les huit riches. Voyez le Thoung kien-khang-mou , et l’ Histoire lie la Chine, par Mailla, tome III, i l'an 1G9 de notre ère.
» correctement le texte des cinq A ing et les feraient » graver sur pierre. » La direction de ce travail , qui devait fixer d’une manière invariable le texte sacré, fut confiée au savant Tsaï-yong (1), et les pierres gravées furent placées devant la porte au midi du collège impérial , comme des monuments de la littérature ancienne. Le même fait est mentionné avec plusde détail dans le commentaire du livre sacré des Eaux ( Chouïking), cité par rYu-haï, kiv. CXI, fol. A3 v. Il peut se rattacher , jusqu’à un certain point , à l’origine de l’imprimerie en Chine, puisqu’il prouve que l’on sentait dès lors le besoin de remédier aux irrégularités des copies écrites.
On lit dans le commentaire du Chouï-king : « Sous » le règne des Han orientaux, la 6' année Houang-ho » (l’an 183 de J.-C.), on grava les cinq livres sacrés » King sur des tables de pierre. On les plaça devant » la porte de la salle des explications du grand collège » Thai-hio. Ce travail fut commencé la 4' année Mi-ping » .(175 de J.-C.), sous la direction du célèbre Tsaï- » yong, assisté de cinq officiers supérieurs. Le grand » historien, Thaï-»se, proposa d’établir et de rectifier les » caractères des cinq King : ce qui lui fut accordé par » l’empereur. Tsaï-yong traça les caractères en couleur » rouge sur des tables de pierre, les fit graver pardes » ouvriers , et plaça ces types des King en dehors de » la porte de la grande école. Après lui , d’autres lettrés
(1) Tsaï-yong était astronome a la cour des Han orientaux. lia laissé un traité d’astronomie, cité d’une manière spéciale par Gaubil, Histoire de l'astronomie chinoise.
» et d’autres savants les reçurent et les rectifièrent.
» Maintenant encore, on reconnaît les noms de Tsaï- » yong et de ses aides ou successeurs , gravés au haut » de ces tables en pierre. (Un empereur de) la dy- » nastie suivante des Weï, pendant la période Tchitig- » c/u(240 de J.-C. ) , établit aussi des Kingsur pierre,
» dans les trois formes de caractères, désignées par » les noms déformé ancienne , forme Tchouen et forme » fi. »
Une note du commentateur dit : « Au commencement » de la dynastie Weï , qui succéda à celle des Han , on » plaça les tables des King sur pierre à l’ouest de la » salle (des explications). Ces pierres avaient huit pieds » de long et quatre pieds de large. On grava jusqu’à » la partie inférieure. En tout , il y eut 48 tables sépa- » rées en pierre. »
On trouve le même récit dans le Thoung-kien-khangmau. Il n’y a de différence que sur le nombre des tables, qui çst de 46 dans ce dernier recueil.
L’an 178 de J.-C. (lr* année Komng-ho) (1) , le même empereur Ling-ti établit, près du palais impérial , une salle d’étude appelée l’école de la porte ( Momg-tou ), d’après le nom d’une porte du palais impérial. On y peignit les portraits de Koung-tseu ( Confucius ) et de ses soixante-douze disciples ( Tseu). Par un édit spécial , Ling-ti enjoignit de réunir dans ce lieu un millier d’individus qui savaient composer de petites pièces littéraires , et écrire des caractères
(1) Yu-hdx, kiv.CXI, fol. 40.
Tchouen. 11 se plaisait à converser avec eux, et leur accorda de grandes f aveurs. D’après la requête présentée à ce sujet par Tsaï-yong , l’école du Hong-tou fut crééeà l’instar de la conférencede la salledu Tigre Blanc ( Pe-liou-kouau ) , dans laquelle l’empereur Tchang-ti ( 76-89de J.-C. )examinaitavec les lettrés les difficultés que présentait le texte des King(l). Ces discussions savantes étaient considérées comme très-utiles pour former l’esprit et le caractère du prince. Mais cette nouvelle école ou conférence du Hong-tou fut composée de gens peu instruits, qui ne savaient faire que des compositions légères , et les études y furent mauvaises. Ling-ti, jeune encore, et d’une intelligence bornée, s’enticha de ces hommes médiocres, et les éleva inconsidérément à des charges supérieures.
Sien-kong , l’auteur que j’ai déjà cité, dit , dans un passage cité par Ma-touan-lin (2) : « Le grand collège » Tliaï-liio est un collège public. Le Houng-tou fut un » collège particulier. L’étude étant une chose publique » pour tout l’empire, comment en ferait-on un objet » particulier pour les souverains? Aussi les sages let—
• très rougirent- ils de prendre place dans ce nouveau » collège. » Ma-touan-lin fait l’observation suivante, kiv. XL, fol. 38 v. : « Le collège du Hong-tou peut » être comparé au collège du Cheval d’Or, R'in-tna-
• men, créé au temps de Ilan-wou-ti. Or, dans ce
(1) Le souvenir des conférences savantes qui avaient lieu dans cette salle est rappelé par le litre de l’ouvrage nommé Pe-hou-lhnng , dont la rédaction principale est attribuée à Pan-kou , l'historien de la cour de Ming-ti
(2) IVen hian-tltrmq-klian. kiv XL, fol. 37 v.
» premier établissement, il y eut des hommes instruits, » tels que Sse-ma-thsien , Sse ma-siang-jou , et au- » très : mais tous y étaient entretenus et mêlés avec » des gens de rang inférieur, tels que des comédiens; » et certainement on ne tenta pas de leur accorder » des charges importantes. Sous Ling-ti ,au contraire, » il y eut des lettrés du collège Hong-tou qui furent » investis du titre de prince ( Il cou ) et revêtus de » hautes charges. Les sages lettrés rougirent tous de » prendre rang avec eux. De là on peut juger de » quelle espèce d’hommes était composé le Hong- » tou. A cette époque, il y avait environ 30,000 étu- » diants dans le grand collège. Ils conservaient » l’usage de traiter des questions graves et de parler » sur des sujets dangereux. Ceux qui se crurent ca- » pables d’arrêter le désordre ( des idées ) etde propa- » ger les doctrines pures , furent punis, garrottés et » exécutés. Il n’en resta presque plus un seul. Ceux qui » restèrent dans le grand collège et donnèrent des » leçons, se disputèrent entre eux. II n’y en eut plus » qui montrassent de l’intégrité et de la pudeur. » D’après ces citations , l’école ou conférence du Houng-tou paraît avoir été instituée pour ramener le goût des belles études par l’exemple du souverain qui la présidait : mais les lettrés instruits étaient mécontentsdes persécutions exécutées par Ling-ti contre leurs amis; ils refusèrent d’y entrer, et le Hong-tou ne se recruta que de gens médiocres. Le ministre Yang-kao demanda que l’on fermât ce collège mal organisé et défectueux sous tous les rapports. Sa requête n’eut pas de succès : mais le Hong-tou tomba bientôt de lui—
même, au milieu des troubles qui ébranlèrent le trône de Ling-ti.
En résumé, depuis le commencement de la persécution contre les membres de l’association ( Tanq-jin ) et contre la classe des lettrés en général, les études savantes dépérirent, et les choix des concours devinrent de plus en plus irréguliers. Les eunuques remplirent les oflices administratifs de leurs créatures , et vendirent même publiquement les charges à prix d’argent. A ces désordres se joignirent des maladies contagieuses qui désolèrent la Chine pendant onze ans , de l’an 173 à l’an 184. Un empirique, de la secte des Tao (1), se fit un parti avec les malades qu’il avait
(1) Le penchant des Chinois pour les talismans et les pratiques magiques, peut seul expliquer le succès des Tao-sse ou disciples du Tao, depuis le troisième siècle avant notre ère , où ils vinrent promettre à TItsin clli-hoang leur prétendu secret de l'immortalité. I,e plus belliqueux des premiers liait , VV'ou-ti , crut à leurs jongleries jusqu’aux dernières années de son règne, et espéra devenir immortel. Honan-ti , qui les favorisa aussi . les regardait comme des sorciers habiles. Si l’on remonte à l’origine de la secte du Tao, et à la doctrine abstraite de Lao-tseu, son fondateur, il est évident que ses adèptes devaient être jaloux tfe l'influence des lettrés , propagateurs des principes.de Confucius . rival de leur maître. Néanmoins, l’histoire oflicielle que nous lisons ne leur reproche point explicitement d’avoir été les instigateurs du terrible édit , -lancé par Tltsin-chi-hoang contre les anciens livres. Sous les premiers Han , deux auteurs célèbres, Hoa!-nan-tseu et Yang-tseu, qui vécurent, l’un au milieu du deuxième siècle, l’autre à la fin du premier siècle avant notre ère, adoptèrent en. partie les idées de la secte du Tao A cette époque , les Tao-sse luttèrent contre l-’inlluence des lettrés : mais ils ne semblent pas avoir eu un rôle politique comme corporation. Alors, ainsi que sous Thsin-clii- lioang , la plupart d’entre eux faisaient métier de vendre des remèdes cl de prédire l’avenir. Les livres de leurs chefs, Lao-tseu, Tchoang-lseu , ne furent enseignés publiquement à la cour que quatre siècles plus tard , sous les Tsin,ct sous les dynasties passagères qui se partagèrent la Chine. Le principe de l’inaction absolue, professé dans ces ouvrages , n’était du reste d'aucune utilité pour former des administrateurs, but spécial du grand collège. Le Bouddhisme, introduit officiellement en Chine sous l'empereur Ming-ti , l'an 65 de notre ère , eut pour premier protecteur un prince on vice.
guéris , organisa ses adhérents en un corps régulier , sous le nom de Bonnets jaunes, et déclara qu’il était appelé par le ciel à fonder une nouvelle dynastie. Cette insurrection prit des développements immenses , et les Bonnets jaunes furent tour à tour vainqueurs et vaincus. Ling-ti mourut en 189, au milieu des troubles qui continuèrent sous son jeune successeur Ilian-ti. Après une émeute , dans laquelle les eunuques furent massacrés , le palais et la ville de Lo-yang furent détruits et la population transférée à l’ancienne capitale Tchangngan. Pendant quatre ans, Hian-ti fut le jouet d’un de ses généraux qui le traînait à sa suite. Délivré en 194 par Thsao-thsao , il laissa cet habile politique gouverner en son nom, comme premier ministre et commandant général des troupes. Thsao-thsao travailla durant vingt-cinq ans à rétablir l’ordre dans l’empire désorganisé et à se créer un parti puissant. Il mourut l’an 220 , et son fils Thsao-pi , plus hardi que lui , monta sur le trône que le faible Hian-ti abandonna.
Telle fut la fin de la dynastie impériale des Han , dont les deux branches régnèrent pendant quatre siècles, et s’illustrèrent, à l’extérieur, par de vastes conquêtes dans l’Asie centrale , à l’intérieur, par l’impulsion immense qu’elles donnèrent aux études littéraires. Après la chute de la seconde branche, nous arrivons à l’époque de la division de la Chine
roi de la province centrale de TchoTi , qui cherchait à se faire un parti : mais on ne voit pas que les adeptes du Bouddhisme aient directement lutté contre la corporation des lettrés, et attaqué les institutions cl privilèges créés par les Han en faveur de leur enseignement. L’histoire se tait 1 cet égard , et j’ai dû imiter son silence.
en trois royaumes rivaux. Nous voyons ensuite cette vaste contrée réunie en un seul empire par la famille des Tsin , puis morcelée par les empiétements des peuplades Tartares ou Turques et par les révolutions intérieures, jusqu’à une nouvelle réunion du Midi et du Nord, sous la dynastie Souï, en 580, et sous la grande dynastie Thang qui étendit sa domination sur toute l’Asie centrale. Je devrai décrire les phases diverses que les études littéraires ont subies, au travers de ces révolutions ; mais je réserverai cet examen pour mon second mémoire, qui conduira l’histoire de l’instruction publique en Chine , jusqu’aux temps voisins de notre époque* je terminerai ici lapremière partie de mon travail à la fin de la dynastie Han , qui a posé les premiers fondements de l’organisation légale et régulière des concours pour l’admissiçn aux emplois publics.
Afin de compléter l’ensemble des documents que j’ai réunis dans ce premier mémoire, je rappellerai que les empereurs de la seconde branche des Han , comme ceux de la première, ordonnèrent à diverses époques de choisir, dans chaque district ou arrondissement, un nombre déterminé d’hommes distingués par leurs vertus ou leurs connaissances littéraires. Ces élus sont désignés par les noms de H ien-liang , Fang-tcking , Ki-kien, Wen-hio, que j’ai déjà expliqués page 135, et ils paraissent toujours avoir été recommandés à l’attention spéciale des officiers supérieurs pour être employés dans l’administration. Les édits, spécialement destinés à ordonner cette recherche générale des hommes de mérite, sont des années de notre ère 30, 31 ,
70, 80, 89, 107, 110, 125, 133, 144, 147, 151 , 154 , 108 (1). Plusieurs de ces édits ont été promulgués après des éclipses ou des calamités publiques qui annonçaient la colère du ciel aux empereurs effrayés.
D’autres ordonnances impériales ont été émises, sous la même seconde dynastie Han , pour rechercher dans chaque arrondissement et gratifier d’appointements ou de présents, les hommes très-âgés (San-lao), les hommes distingués par la piété filiale et l’amour fraternel ( Hiao-ii ) , exécutant bien les travaux des corvées et de l’agriculture ( Li-tien ). Elles sont des années 26, 85 de notre ère , et le commentaire explique que ces dénominations désignent des officiers inférieurs d’arrondissement ou de canton ( fliang ). On sait que ces officiers inférieurs, correspondants à nos officiers municipaux , sont toujours élus en Chine par les habitants de chaque canton (2). Nous trouvons ainsi dans ce pays l’organisation élémentaire de la commune.
l!n édit de l’an 36 (3) enjoint aux grands conseillers San-koung de s’adjoindre , chacun , un Meou-tsai , capacité florissante, et deux lUen-li, officiers distingués. Les biographies indiquent aussi le titre de Mao-lien, homme pieux et distingué , accordé , ainsi que celui de Meou-tsaï , à divers individus du peuple, et elles rappellent que cet usage remonte au temps des Tcheou , d’après le passage du Tcheou-li où il est dit que le préfet de district (//iang-ta-fou) choisit les hommes distingués
(1) Yu-hai, kiv. CXIV, fol. 5-10.
i2) Dictionnaire de Morrison , an caractère Kouan , u° 155. (S) Yu-hnï, kiv. CXIV, fol. 21.
et capables. Les empereurs Ngan-ti , l’an 121 . Houanti, l’an 151 , Ling-ti, l’an 1G8 (1) , ordonnèrent aux officiers administrateurs des districts de rechercher les hommes étant dans la bonne voie ( Yeou-lao ) , très-pieux ( Tchi-hiao ), vivant seuls sans offices. (To-hing), et de les mettre en évidence. Par l’édit de l’an 151, les Tchi-liiao et les To-hing sont appelés à devenir Po-ssc ou officiers supérieurs de la littérature.
On trouve aussi , sous cette seconde dynastie Han , et vers la fin de la première , plusieurs ordonnances impérialesqui enjoignent aux généraux d’armée, Tsiangkiim , et aux conseillers supérieurs de la couronne, Sankoung, ou K oung et King, de choisir les militaires braves et instruits dans l’art de la guerre pour en faire des officiers (2). Ces ordonnances sont des années 12 et 3 avant J.-C. , et des années 2, 111 , 121 , 138, 142 , 184 de notre ère. D’après diverses biographies, citées par l’Yu-haï, des choix semblables furent aussi faits sous l’empereur Sïouen-ti, période Pen-chi (73-G9 avant J.-C.) , pour réunir , dans les vingt-deux districts du Nord , de bons officiers qui pussent tenir tête aux nomadesHiong-noü. L’édit de l’an 111 enjoint aux grands officiers supérieurs de choisir , parmi les fils et petit-fils d’officiers militaires , ceux qui connaîtront à fond l’art de combattre et de ranger les soldats, et qui pourront être officiers dans l’armée. L’édit de l’année 121 enjoint de même aux officiers supérieurs de choisir et de s’adjoindre, chacun, cinq braves militaires, capables de
• (1) V-u-hai, kiv.CXIV, fol. 34.
(2) Vu- ha ï, kir. C.XIV, fol 35:
commander aux troupes. Celui de l’année! 42(1" année fl an-ngan) ordonne à chaque grandgénéral Tsiangkiun et délégué impérial San-koung de choisir parmi les braves militaires et d’employer un homme capable d’être préposé à l’examen des soldats. Ces divers édits nous montrent la première origine des examens réguliers établis de nos jours pour régler les promotions dans l’armée chinoise. On trouvera dans mon second mémoire , la mention détaillée des écoles militaires qui furent complètement organisées en Chine, au onzième siècle de notrè ère, sous la grande dynastie Soung.
Je crois avoir réuni et discuté convenablement dans ce premier mémoire tous les faits que les textes originaux nous fournissent sur l’origine et le premier développement de l’instruction publique en Chine. Ils me semblent assez régulièrement coordonnés pour que je n’aie pas besoin d’en présenter ici l’ensemble dans un résumé spécial. Les personnes qui auront lu cette première partie de mon travail, suivront aisément dans la seconde l’histoire de l’extension progressive des institutions dont j’ai décrit le commencement, et celle des additions ou modifications qu’elles ont reçues sous les diverses dynasties. A mesure que nous avancerons vers les temps modernes, nous trouverons des documents plus nombreux sur le sujet que j’ai entrepris d’étudier, et je devrai en faire une sorte de triage , pour ne pas reproduire trop souvent des détails ideh tiques avec ceux que j’ai déjà présentés. Ainsi je tâcherai d’éviter , autant qu’il me sera possible, la répétition des nomenclatures de titres qui pourraient fatiguer par leur monotonie. Je m’efforcerai surtout . dans la seconde partie dé mon
travail , comme dans la première , de faire ressortir les
faits qui peuvent nous intéresser, en jetant quelque ' J
jour sur la marche de l’enseignement en Chine, et en ‘ •• ^
nous éclairant sur les conditions des concours établis
pour régler le choix des fonctionnaires de ce vaste . .» . -
empire. ' ■ 3
Ce second Mémoire m’a coûté beaucoup plus de temps et de travail que le premier où j’ai traité la partie ancienne de mon sujet. Eu effet , les documents relatifs aux origines de l’enseignement et des concours en Chine ne sont pas très-nombreux : ils se classent aisément, et leurs difficultés sont éclaircies par les commentaires : ils exigent seulement quelque critique pour être discutés et appréciés convenablement. Mais, à partir du troisième siècle de notre ère, à mesure que l’on passe en revue les règnes des grandes dynasties Thang, Soung, Youen et Ming, jusqu’à l’époque actuelle, les documents qui concernent l’instruction publique se multiplient extrêmement dans les ouvrages originaux. Ordonnances , règlements , rapports , requêtes et mémoires, tout a été fidèlement enregistré par les rédacteurs des Annales chinoises, et j’ai dû ainsi explorer pour chaque dynastie, pour chaque époque même, une masse de pièces et de détails telle que n’en présente l’histoire de l’instruction chez aucun autre peuple.
Au milieu de cette richesse de matériaux, il fal-
lait prendre un parti. En traduisant toutes les pièces alignées dans les deux principaux recueils ouverts à mes recherches, le Wen-hian thoungkhao de Ma-touan-lin et YYu-ha'i, j’aurais entrepris un travail fort long , dont la forme n’aurait pu satisfaire les lecteurs européens; car cette traduction littérale eût offert beaucoup de détails minutieux et de répétitions fatigantes. En outre, elle eût été à peu près entièrement dépourvue de critique, puisque Ma-touan-lin et l’auteur de l’Yu-haï ne donnent que très-peu d’explications sur les documents qu’ils nous présentent. D’un autre côté, si je m’étais borné à signaler, sous chaque dynastie, les faits principaux relatifs à l’histoire de l’instruction publique, j’aurais fait un travail incomplet, et je n’aurais pas offert à mes lecteurs les pièces justificatives nécessaires pour vérifier l’exactitude de mes assertions. J’ai pris un terme moyen entre ces deux plans. J’ai fait d’abord, pour chaque dynastie, de nombreux extraits des pièces historiques ; j’ai traduit littéralement les plus importantes, et j’ai tâché de lier ensemble ces extraits ou ces traductions par les explications les plus plausibles, de sorte que la série des faits puisse se dérouler plus aisément devant les yeux des personnes qui voudront bien me lire. Puis, à la fin de ce dépouillement général , j’ai présenté un résumé précis de l’ensemble des faits consignés dans mes deux Mé-
moires. Ce résumé permettra à mes lecteurs d’embrasser d’un seul coup d’œil les principaux points de la route qu’ils auront parcourue. S’il leur reste des doutes sur quelques-uns de ces points, ils pourront revenir sur leurs pas , consulter l’un ou l’autre des deux Mémoires, et remonter aux sources que j’ai explorées pour les rédiger. Tel est le plan qui m’a paru le plus convenable pour coordonner mon travail ; car, lorsqu’il s’agit de faire connaître dans nos pays occidentaux des documents asiatiques, mêlés d’usages, de préjugés qui nous sont étrangers, on ne peut pas se borner à écrire seulement pour raconter les faits. 11 faut en outre les expliquer , exposer les conséquences qui peuvent s’en déduire , et en démontrer la probabilité. Autrement , on écrirait sans espoir d’être lu , et les documents scrupuleusement traduits auraient encore besoin d’un nouvel interprète pour être mis en relief et appréciés à leur juste valeur.
Maintenant , avant de commencer mon second Mémoire , je ferai une remarque préliminaire qui appellera peut-être quelque intérêt sur les documents que je vais rapporter. C’est que ces documents ne comprennent pas seulement des pièces approuvées par les empereurs , mais aussi des requêtes, des représentations qui n’ont pas obtenu leur assentiment. Ces requêtes , présentées souvent par de simples lettrés , sont conservées , comme les
sordonnances, dans les archives officielles, et sont destinées à être publiées après la fin de chaque dynastie. De là résulte que le pétitionnaire, quel que soit le succès de sa demande , peut toujours espérer d’être apprécié par la postérité qui devient le juge définitif entre lui et son souverain. Cette garantie, assurée au droit de pétition, me paraît très-remarquable sous un gouvernement qui a longtemps passé pour absolu , bien qu’en réalité , tous les actes des empereurs chinois soient enchaînés par les lois du pays , par les rites consacrés et par l’avis de leurs conseillers. Rien de semblable , à ma connaissance, n’a existé en Europe, et si nos anciennes archives contiennent des requêtes adressées au souverain par des assemblées légales ou par des réunions de réclamants, elles n’ont pas de même conservé les requêtes que de simples individus ont pu présenter et que l’autorité supérieure n’a pas agréées. On doit surtout remarquer que la publication de ces documents isolés n’a jamais été autorisée sous les règnes qui ont précédé notre siècle, et aujourd’hui encore, sans les franchises accordées à la presse , il est trèsdouteux que les réclamations non agréées arrivassent jamais à la connaissance du public.