SECOND MÉMOIRE
DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN CHINE, DEPUIS LE TROISIÈME SIÈCLE DE NOTRE ÈRE JUSQU’A L’ÉPOQUE ACTUELLE.
$ I. — De u nii de u dynastie Han (220) ad commencement de la dynastie SodI (581).
Après l’abdication du dernier empereur de la seconde dynastie Han, la Chine fut, pendant trente-trois ans, divisée en trois royaumes dont les chefs s’attribuèrent le titre d’empereur, et se firent entre eux une guerre presque continuelle. Le royaume de Weï occupait le Nord jusqu’au grand fleuve Kiang ; le royaume de Ou s’étendait dans le Midi ; l’Ouest formait le royaume de Chou, et obéissait aux descendants des Han. L’esprit militaire domina durant cette période de troubles. Suivant l’expression figurée de l’histoire officielle , « on » n’entendait partout que le bruit des tambours , » et les trois empereurs s’occupaient bien plus de détruire leurs concurrents que de consolider par de pacifiques institutions le bien-être des peuples qui leur obéissaient. Néanmoins, quelques documents, épars dans les annales et les biographies de cette époque , mon
trent que les chefs des royaumes de Weï et de Ou , par imitation de la dynastie précédente , rendirent quelques décrets pour rétablir les collèges annexés à la capitale impériale et pour réorganiser les concours dans les provinces.
On lit dans la biographie de Wang-sieou , section des mémoires du temps des Weï (1) : « Depuis le » commencement de la période Tsou-ping (190) , jus- » qu’à la fin de la période Kien-ngan (220) , l’empire » fut divisé et désorganisé. Les sentiments des hommes » se déréglèrent. Les institutions furent détruites et » ruinées, principalement la voie de la science morale.
» Enfin, la première muée Hoang-tsou (220), un nou- » veau chef de l’empire fut installé. Aussitôt, il fit » balayer et enlever la poussière du grand collège im- » périal : il fit réparer les parties endommagées des » tables en pierre sur lesquelles étaient gravés les li- » vres sacrés King. 11 institua des charges de grands » officiers littéraires appelés Po-sse , auxquelles il at- » tacha des émoluments. 11 ordonna que les listes de » mérite, dressées dans les examens, fussent divisées » en deux séries n° 1 et n° 2 , comme sous les Han. 11 » décida que les officiers préposés aux provinces et aux » districts enverraient au grand collège tous les indi— » vidus qui désireraient s’exercer aux études sérieuses. » Le grand collège fut ouvert et reçut une centaine » d’élèves décorés du titre de Ti-tseu. De l’an 227 à » l’an 237 (périodes That-ho etTlising-loung), le nombre » des élèves du grand collège s’éleva à près de mille :
(1) lVen-h\an-thoung-khao , kiv. XL! , fol. 1.
« mais les Po-sse étaient tous des hommes médiocres » et peu instruits : ils étaient incapables d’enseigner. » Les élèves (Ti-tseu) fuyaient le travail, et ne pouvaient » s’habituer à, l’étude. L’hiver, ils venaient ; au prin-
• temps , ils s’en allaient. Les années se passaient
» ainsi Sur cent individus , il n’y en avait pas
» dix qui fussent convenablement examinés. Dans la » période Tching-chi (2Û0-2&9), un édit convoqua à la » cour tous les savants lettrés ( lliosse ) de l’empire. » A cette époque, les officiers de l’administration étaient » d’une extrême ignorance. Sur plus de 400 grands di- » gnitaires que l’on voyait dans la salle des audiences » impériales , il n’y en avait pas dix qui pussent tenir
» un pinceau Les belles lettres furent entière-
» ment négligées. »
On litdans les annales officielles (1) : « La cinquième » année Hoang-tsou (225), Wen-ti, le premier empereur » de la dynastie Weï, constitua le grand collège de la » cour, ordonna que les cinq King formeraient la base » des examens , et nomma des Po-sse spéciaux pour » l’explication du Tchun-tlisieou de Kou-liang. Alors » les hommes qui aimaient l’étude furent appelés au » grand collège , et en suivirent les leçons. Après deux » ans écoulés , ceux qui satisfirent à l’examen sur un
• King, furent nommés élèves (Ti-tseu). Ceux qui ne » pouvaient comprendre un King , furent renvoyés. » Pour les nominations au corps des officiers de l’ad- » ministration supérieure , on suivait encore le règle- » ment établi par les Han , dans la période Kien-ho
(1) Wtn-hian-lhoung-khao , kiv. XLI, fol. 1.
» (147-150). » J’ai traduitce règlement, page!77dema première partie.
La deuxième année Thaï-ho (228), le second empereur delà dynastie Weï, nommé Ming-ti, ordonna de rétablir la présentation régulière des gradués (S«?) , dans chaque province, en les examinant spécialement sur la connaissance des King (1). Cette ordonnance qui réinstitue les concours est confirmée par une autre de la quatrième année Tliaï-ho (230). Celle-ci rappelle que , sous les Han , les officiers et employés du gouvernement, compris dans les classes Lang et Li, devaient connaître à fond un King au moins, pour prouver leur capacité administrative. Elle stipule que les Po-sse examineront les officiers, avanceront ceux qui seront de premier mérite , destitueront ceux qui n’auront qu’une instruction superficielle, et ne se conformeront pas aux principes de la bonne voie.
Mais ces trois décrets des princes du royaume de Weï ne produisirent que des résultats presque insignifiants, comme nous l’a déjà indiqué le passage extrait plus haut de la biographie de Wang-sieou. Dans la période Tching-chi (240-249), Lieou-fo, prince de Thsi , dit à l’empereur Tchou-fang : « il y a plus de onze ans, depuis la période Iloang-isou , que le grand collège est établi : mais cette institution laisse beaucoup à désirer, parce que l’on a choisi avec trop de légèreté les officiers Po -sse chargés de la diriger. Les élèves évitent le travail. Les fils des hautes familles dédai-
(1) W en-hian-thoung-khan , kiv. XLI, fol. 2. U Vu-haï , klv. CXV, fol. 1, rapporte la même ordonnance, et dit qu il y eut alors unecrealiuu de Po-sse.
gnent de passer les examens. Aussi , quoique le collège existe de nom, il n’existe pas en réalité. Quoique l’on ait déterminé le règlement des études, on n’a pas obtenu des résultats satisfaisants Il convient de
consolider l’instruction des fils de dignitaires. Il faut exiger que , conformément à l’ancien mode , les fils des officiers jouissant au moins de 2000 décuples boisseaux de grains comme appointements, entrent à l’àge de 15 ans au grand collège (1). » De même , un autre grand officier, nommé Kao-jeou , se plaint à l’empereur Ming-ti (227-260) du peu d’encouragement que l’État accorde aux Po-sse : « Ainsi, dit Ma-touan-lin, il n’en était plus alors comme au temps des deux dynasties Han. Les Po-sse de ces deux dynasties étaient des savants renommés , et plusieurs s’élevèrent aux titres supérieurs de grands conseillers et de ministres, Koung et King. Sous les Weï, au contraire, comme le montrent les requêtes de Lieou-fo et de Kao-jeou , le choix des Po-sse n’était pas régulier, et l’avancement de ces fonctionnaires aux charges supérieures ne se faisait pas sans difficulté, à cause de la prépondérance des militaires (2). »
Je citerai encore une autre requête du même Kao-jeou sur la réorganisation des collèges , écoles et concours dans les provinces du royaume de Weï (3). Le texte mentionne les efforts faits par les deux premiers empereurs Weï pour atteindre ce but ; il rappelle que ces
(1) Voyez dans la première parlie, page 107, l’explication de la manière dont se soldaient les appointements des charges.
(2) ff'tn-hian-thoung-khao , kiv. XLI, (ol. 2, note.
(3) IVtn-hian-thoung-khao , kiv. XLVI , fol. 9, v.
princes encouragèrent les lettrés des provinces à faire refleurir le9 anciennes écoles de canton et de village, Tsiang, Siu, et à pratiquer les rites des cérémonies usitées dans ces établissements. Mais le désordre qui existait dans les collèges de la capitale devait nécessairement réagir sur l’enseignement des provinces.
Le royaume occidental de Chou fut réuni l’an 263 à celui des Weï. L’histoire ne nous a conservé aucune ordonnance qui puisse nous éclairer sur l’état de l’instruction dans ce royaume ; comme il était gouverné par les descendants directs de la famille impériale de Han , on peut seulement présumer que les usages de cette dynastie y furent plus ou moins conservés. Quant au royaume méridional de Ou, Matouan-lin rapporte une seule ordonnance rendue par Sun-hieou, l’un de ses souverains (1). 11 est dit dans cette ordonnance datée de la première année Youngcheou (258) : « Autrefois , quand on constituait un royaume, on s’occupait avant tout des écoles pour l’in- » struction ( Mo , Mao ) : par là on assurait la force du
* système administratif. Il convient de se conformer à » cet ancien mode ; on nommera donc des préposés » aux écoles et collèges ; on instituera des places de
* Po-sse des cinq King ; on chargera ces fonctionnaires » d’examiner et de choisir ; on leur allouera des ap- » pointements; ils choisiront parmi les officiers et leurs » fils, ceux qui seront de bonne volonté , et les désigne- » ront pour recevoir leurs leçons. La première année ,
(1) W cn-hian-thoung-khao, kir. XLI, fol. 3, r.
» on classera ces élèves par examen ; on leur donnera • des places et récompenses. Leurs noms seront pu- » bliés afin de faire connaître au peuple la réforme » des mœurs et des usages. »
Le royaume de Ou subsista jusqu’à l’an 277 ; mais il fut le théâtre de plusieurs révolutions violentes. D’ailleurs, il comprenait la partie la moins lettrée de la Chine, le territoire des peuplades sauvages Youe, soumises par les Han vers la fin du deuxième siècle avant notre ère, et, d’après ces circonstances, l’onpeutassez naturellement présumer que l’ordonnance du roi de Ou eut encore moins d’effet que celles des roisdeWeï.
Je me hâte de sortir de ce temps de guerres intestines , célébré dans le grand roman historique Sankoue-tchi, et j’arrive à l’avénement de la dynastie Tsin qui fut fondée par les Weï, en 265 , deux ans après qu’ils se furent emparés du royaume de Chou. La nouvelle dynastie acheva la conquête du royaume de Ou , en 277. La Chine redevint alors un empire unique ; elle reprit un gouvernement régulier, et put voir renaître les institutions des Han.
Selon les documents de l'histoire officielle, réunis au Kiven XLl du Wen-hian-thoung-khao , fol. 3 , et au Kiven CX1I delTu-àat, fol. 1, le fondateur de la dynastie Tsin , désigné par le nom de Wou-ti , signala le commencement de son règne par la création d’un grand collège ( Tlmï-hio ), qui fut établi à sa cour deLo-
yang(i) , et compta trois cents élèves titulaires. L’an f
(1) On se rappelle que celte ville était la capitale orientale des Han , et située pris de Ho-nan-fou.
270 (sixième année Thaï-chi) , le même empereur visita en personne le Pi-yong , et célébra l’ancienne cérémonie dans laquelle les hommes de chaque arrondissement se réunissaient pour boire le vin consacré (1). Cette cérémonie qui était une sorte d’inspection officielle eut encore lieu à la cour, la deuxième année Hien-ning (276) , et la troisième année Youen-khang (302). L’an 273 (huitième année Thaï-clii) (2), les officiers ayant fait observer qu’il y avait plus de sept cents élèves au grand collège, un édit enjoignit d’examiner ces élèves sur les King , et de conserver seulement ceux qui satisferaient à cet examen. On admit au grand collège les fils defe officiers supérieurs qui montraient quelques dispositions à s’instruire, de sorte que cet établissement comprit deux classes d’élèves : d’une part, les fils des officiers supérieurs admis en considération du titre de leurs pères; de l’autre, les lettrés , qui étaient reçus par des examens réguliers. L’an 276 (deuxième année Hien-ning) , l’empereur Hoeï-ti créa un collège des filsde l’État {K oue-tseu-hio). Nous avons déjà vu dans la première partie que ce nom désignait un établissement spécialement affecté à l’éducation des fils des grands officiers. Hoeï-ti ordonna que les études de ce nouveau collège seraient conformes à l’ancien règlement décrit dans les rites de Tcheou (3). La direction en fut confiée à deux pré-
(1) Il s’agit Ici d'une liqueur alcoolique produite par la distillation des grains, comme toutes celles que boivent les Chinois. J'emploie le terme de vin , parce que les missionnaires l’ont adopté.
(2) ff^en-hian-thoung-khao , klv. XLI, fol. 3, r.
(3) H'en-hinn-thoung-kh'm , kiv. XLI, fol. S, v. Je traduirai dorénavant fi oue-tseu-hio par collège des fils de dignitaires , pour distinguer
posés supérieurs , désignés l’un par le nom de Po-sse, que nous connaissons déjà, l’autre par celui de Tsiihsieou , qui signifie littéralement : Chargé de l’offrande du vin. Cette cérémonie avait régulièrement lieu à l’ouverture des lieux d’enseignement, et sa direction était spécialement réservée à leurs chefs. Ces deux hauts fonctionnaires eurent sous leurs ordres quinze professeurs ( Tsou-hiao). Nous retrouverons fréquemment ces deux titres de Tsi-thsieou et de Tsouhiao dans les temps postérieurs (1).
D’après une citation rapportée par Ma-touan-lin (2) et par YYu-hai (3), l’empereur Hoeï-ti décida, l’an 280 ou 282 , que l’on admettrait seulement au collège impérial les fils des officiers des cinq premiers ordres. Le lettré Peï-kou se distingua par sa requête à l’empereur Hoeï-ti pour demander la réorganisation du grand collège, et fut chargé de faire graver les livres sacrés (King) sur des tables de pierre , afin de fixer les difficultés du texte. L’histoire de la dynastie Soung (420-477) rapporte que la cinquième année ( Thaï khang (284) , on construisit dans la capitale , outre le Pi-gong , une salle Ming-tang , un observatoire ( Ling thaï). On a peu de données sur le rétablissement des collèges de départements et des écoles provinciales, vers la même époque, c’est-à-dire pendant la seconde moitié du troisième siècle de notre ère; on
complètement ce collège du grand collège ( Thaï-hio ) , qui recevait Ica gradués prl9 parmi le peuple
(1) Suivant une note de I ’Yu-hat , le Koue-tseu-hio des Tsln daterait du règne du premier empereur, Wou-ti.
(2) fFen-hian-thoung-khao , klv. XLI, fol. 3, v.
(S) Vu-haï, klv. CXH , fol. 2, v.
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trouve seulement quelques faits épars dans les biographies de plusieurs gouverneurs de districts (1). Matouan-lin mentionne spécialement (2) le zèle remarquable que montra à ce sujet, entre les années 287-290, Yu-fou, annaliste intérieur (IVeï-sse) du district de Fan-yang, lequel comprenait la partie nord de la province actuelle de Pe-tchi-li. On peut lire dans l’ouvrage de Duhalde (3) le discours remarquable que prononça ce fonctionnaire en ouvrant un collège au chef-lieu de son district. Au surplus, nous avons déjà vu que les Weï s’étaient occupés de réorganiser les collèges et les écoles des provinces. La dynastie des Tsin ne fut que la continuation de celle des Weï et dut suivre ses traces. 11 est évident que les collèges des provinces étaient la pépinière des individus de la classe populaire qui entraient par examen au grand collège de la capitale des Tsin ; mais on ne sait pas précisément comment ces lettrés passaient des établissements inférieurs à l’établissement supérieur.
Cependant de graves désordres s’étaient manifestés à l’intérieur de la cour impériale. Hoeï-ti, gouverné d’abord par son premier ministre Yang-sien et ensuite par l’impératrice Kia-chi , laissa (296) les hordes tar tares des Iliong-nou et des Khiang ravager les provinces du nord et de l’ouest. Son ministre Sse-ma-lun le chassa de sa capitale (301). Il y rentra, avec l’aide de trois des princes feudataires. Après lui (306-313), son frère Hoaï-ti se défendit sans succès contre les enva-
(1) Vu-haï, kiv. CXIl, fol. A.
(î) Wen-hian-thoung-khao , kiv. XLVI, fol. 9, v.
(3) Duhalde, description de la Chine. II, p. A7A ; édit, in-fol.
hissements des Tartares qui s’établirent dans le nord, et fut mis à mort par l’ordre de Lieou-tsoung, chef des Hiong-nou. Les officiers chinois , réunis à l’ancienne capitale Tchang-ngan » saluèrent empereur Sse-raa-ye, qui fut à son tour obligé de se rendre au général du nouveau royaume de Han ou de Tchao. Enfin , l’année 317,' les troupes chinoises se replièrent sur la rive droite du grand fleuve Kiang , et le nouvel empereur, Tsin-youen-ti , fixa sa résidence à Kien-khang , la ville que nous connaissons actuellement sous le nom de Nan-king.
Un de ses premiers édits eut pour objet la création du grand collège de la capitale (1). Le ministre des rites, Ho-siun, fit observer que l’on avait nommé un Po-sse pour la révision du Chou-king , mais qu’il y avait encore d’autres anciens ouvrages , écrits par des savants illustres, dont le texte n’avait pas été suffisamment étudié. Il demanda que l’on nommât deux Po-sse pour le Tcheou-li et le Y-li , trois pour les trois commentaires du Tchtm-ihsieou , et un seulement pour chacun des autres King ( Chou-king , Chi-king, Y-king) , qui avaient déjà été épurés. On devait créer ainsi huit Po-sse. Sur l’observation d’un autre ministre, on en nomma définitivement neuf, attachés chacun à la révision de l’enseignement de l’Y-king, du Chou-king, du Chi-king, du Tcheoukouan ou TGheou-li (c’est le même ouvrage) , du Li-ki, du Lun-yu, du Hiao-king, du Tchun-Thsieou de Confucius, du Tso-tchouen de Tso-khieou-ming. Je
(1) f^en-hian-tkoung-khao , kiv. XLI , fol. 3, v.
cite les noms de ces divers ouvrages afin de montrer qu’ils étaient alors adoptés pour l’enseignement. L’an 318, Sun-soung, ministre des rites, rappela que le fondateur de la dynastie Tsin avait institué dix-neuf charges de Po-sse, tandis qu’il n’y en avait que neuf actuellement. 11 demanda que l’on créât des charges de Po-sse attachés à l’enseignement des commentaires de Kong-yang, de Kou-liang (1) et autres ouvrages. L’empereur autorisa ces diverses nominations ; il refusa seulement de créer une charge spéciale pour l’ouvrage de Kou-liang , dont le style lui parut vulgaire et peu élégant.
Ces ordonnances durent être sans effet au milieu des troubles qui alors agitaient la cour. Le collège impérial des fils de dignilaires(/fo«e-fseu-/f(o) paraît avoir encore subsisté vers cette époque , puisque l’an 337 (3* année Hien-khany), nous trouvons une requête adressée par le supérieur du Koue-tseu-hio pour demander à l’empereur Tching-ti le rétablissement de l’ancien grand collège (Thdi-hio). L’empereur agréa cette requête; il ordonna de rétablir le grand collège, et d’y appeler des étudiants : « Mais, suivant le récit de l’histoire of- » ficielle , les officiers de la cour s’étaient alors habi- » tués à honorer les deux chefs de la secte du Tao , * Lao-tseu et Tchoang-tseu. Les études savantes ne pu- » rent être relevées (2). »
« Vers cette époque (332), dit Sien-kong (3), la dy-
(1) On peut lire, dans la Chronologie chinoise de Gaubil, p. 104, la notice qu’il donne sur ces deux auteurs.
(2) Wen-hiun-thoung-khao , kiv. XLI, foi. 5.
(3) Ce nom, que j’ai déji cité, me paraît devoir désigner l’historien Ssema-kouang , qui reçut après sa mort divers noms honorifiques.
» nastie tartare des Tchao qui régnait sur l’ouest de la » Chine, nomma, dans les provinces de sa domination,
» des Po-sse chargés de l’enseignement des cinq King.
» Chi-le, premier souverain de cette dynastie étrangère,
» créa des grands et petits Po-sse. Ses successeurs in- » stituèrent des charges de Po-sse du collège impérial.
» Au nord et au midi , les écoles régulières s’élevèrent » simultanément dans cette partie de la Chine. Il n’en » fut pas de même de l’autre côté du Kiang , dans les » provinces qui étaient restées fidèles aux Tsin. Le » petit nombre d’écoles qui paraissent y avoir été » créées n’eurent qu’une existence éphémère. »
On voit par cette citation que les chefs tartares adop- • taient facilement les institutions de la Chine, lorsqu’ils se fixaient sur le sol de ce pays. Du côté des Tsin, entre les années 345-357 (période Yountj-ho ) (1 ), Yen-liang, général chinois chargé de l’expédition de l’Ouest, montra un grand zèle pour fonder des écoles savantes. Il ouvrit des collèges et des salles de conférences dans le district de Wou-tchang , capitale du Ilou-kouang actuel. 11 y fit entrer les jeunes gens de sa famille et les fils des principaux officiers placés sous ses ordres : il mit h leur tête des hommes qui connaissaient bien les rites sacrés et avaient étudié les King : mais ces institutions ne purent avoir qu’une courte durée dans ces contrées désolées par la guerre que se faisaient constamment les Chinois et les Tartares.
L’an 376 (au commencement de la période Tlia'iyouen), il y eut un peu plus de tranquillité à la cour.
(t) Wen-hian-thoung-khao, klv. XI, Vf ; fol. 9, v.
L’empereur Hiao-wou-ti ordonna d’établir un grand collège ( Tliaï-liio ), dans une partie du palais impérial, dite Tchoung-lang, la salle du milieu. 11 fixa le nombre des élèves titulaires au chiffre de 60, et ne rétablit pas le collège impérial des fils de dignitaires ( Koue-iseu ). Cette omission motiva une requête du ministre Che-chi, l’an 384. Ce ministre demanda en même temps que l’on réorganisât les écoles des districts (Ffiang-hio). Conformément à cette demande , le collège des fils de dignitaires fut rétabli l’année suivante, au sud du grand temple des ancêtres. 11 fut composé de 155 chambres ou loges , avec un pavillon consacré à Confucius , dans lequel on plaça les portraits de ce grand maître et de ses principaux disciples. On choisit pour élèves les fils des grands officiers , ayant des appointements de 2000 boisseaux au moins , et trois Po-sse furent chargés de diriger leur instruction. Mais les examens ne se firent pas d’une manière régulière. Les fils des princes de la famille impériale dédaignèrent de se joindre aux autres élèves. Yn-meou, supérieur du collège, s’en plaignit inutilement au souverain dont l’attention fut bientôt absorbé par de nouveaux troubles (1).
Sous le règne de Mou-ti , le prince feudataire qui gouvernait l’ancien royaume deThsin, au nord-ouest
(1) IVen-hian-thoung-khao, kiy. XLI, fol. 5, v. Yu-ha'i, kiv. CXII, fol. 3. Extrait du Thoung-tim et de la biographie deCbe-chi. Un auteur de ce temps, cité par ri'u-Aoi', dit : « Le collège impérial {Koue-hio) est »' 5 li au nord du gymnase Pl-yong. Le grand collège ( Thdi-hio ) est 200 ■ pou à l’est du Kout-hio. Dans ce dernier établissement , on instruit les » premiers nés de la famille impériale et des grands officiers. Dans le grand » collège , on appelle les hommes distingués et capables (Uien-liang). » On voit bien ainsi la différence de ces deux établissements.
de la Chine, s’était rendu indépendant vers l’an 358. Ce prince rebelle qui se nommait Fou-kien paraît avoir créé autour de lui des établissements d’enseignement analogues à ceux de la capitale impériale. L’histoire officielle rapporte (1) qu’il visita son grand collège , examina l’instruction des élèves, et en reçut lui-même 83 de premier ordre. En outre , il fonda une salle pour l’instruction des militaires à YVeï-tching , actuellement Hien-yang, arrondissement de Si-ngan-fou. Il ordonna que les élèves du grand collège (Sic), qui connaîtraient nettement la tactique militaire et les règles des principes du mouvement et du repos , c’est-à-dire l’astrologie, seraient chargés d’instruire les commandants de troupes. — Vers la même époque , dans l’Orient , le prince d’Yang-ping, aujourd’hui Toung-tchang-fou, construisit des écoles et les mit sous l’inspection d’officiers spéciaux. Un lettré nommé kao-thai lui reprocha d’empiéter ainsi sur les droits du souverain et d’imiter l’insubordination des anciens princes de Thsi et de Lou contre les empereurs de la dynastie Tcheou. Ces divers essais, faits sans le concours de l’autorité centrale , paraissent avoir eu peu de succès. « Depuis » les désordres do la période Young-kia (307-313) , dit » Ma-touan-lin , on n’entendit plus parler d’écoles can- • tonnales, consacrées, comme sous les Han, à la pra- » tique des cérémonies régulières. Quant à l’usurpa- » teur, Fou-kien, du royaume de Thsin , il est douteux » qu’il eût un véritable zèle pour les belles études. » Entre les règnes d’Youen-ti et de Hiao-wou-ti (318
(1 j ff^en-hian-thoung-khao, kiv. XLI , fol. 6, r.
k 372) , le trône fut occupé par une suite de princes mineurs , placés sous la tutelle des impératrices mères et des eunuques. Les jongleries des sectateurs du Tao étaient toujours en grande estime à la cour impériale. L’an 366, le jeune empereur Ngaï-ti mourut par l’effet surexcitant du breuvage d’immortalité que des Tao-sse lui avaient fait prendre. L’empereur Hiao-wou-ti, qui avait d’abord paru favorable aux principes de l’école de Confucius, se jeta (389) entre les bras des sectateurs de Bouddha (1). Toutes les branches de l’administration civile étaient désorganisées. Au milieu de cette confusion générale, où chacun pillait la chose publique, on se demande ce qu’était devenue l’institution des concours établis par les Han , et quelle part l’instruction régulière pouvait encore avoir dans le choix des officiers. C’est ce que je vais tâcher d’exposer d’après les documents qui nous sont offerts par le kiven CXV de P Yu-lutl et par les kiven XXV11I, XXXVI du Wen-liian-lltowifj-liliao.
On lit dans YYu-haï, kiven CXV, fol 1 : « Au com-
• mencement de la dynastie Weï , sous l’empereur » Wou-ti (220-227), le ministre Tching-kiun re- » marqua que le choix des officiers se faisait à la > cour impériale sans principe régulier, de sorte qu’on » n’obtenait pas un nombre suffisant d’hommes de mé- » rite. Il proposa de classer les officiers en neuf ordres
• par un réglement spécial , et de confier leur choix » à des délégués spéciaux attachés aux districts des
• provinces. 11 proposa, en outre, que ces délégués eus-
(1) Mailla, Hittoire générale de la Chine, I. IV, h celte date.
» sent le titre de Tchoung-tching que l’on peut traduire- » par possédant la science de diriger ou d’adminis- •> trer (1). Tching-kiun pensa que la cour supérieure » des offices n’était pas en état de constater par elle- » même le mérite de tous les hommes instruits de l’em- » pire (2). Conformément à son avis, il fut ordonné » qu’il y aurait dorénavant dans chaque district de » premier ordre un grand Tchoung-tching, dans chaque » district inférieur un Tchoung-tching ordinaire. Ces » délégués durent être choisis parmi les hommes les » plus instruits des diverses localités, ou parmi ceux » qui avaient rempli avec distinction des emplois de » la cour impériale. Us eurent mission de faire les » examens et le classement des neuf ordres d’officiers;
» d’avancer ceux qui se distingueraient par leurs pa- » rôles et leur conduite ; de dégrader ceux qui s’écar- » teraient de la droite voie et de l’équité. En résumé,
» la cour des offices délégua aux Tchoung-tching le droit » de distribuer les emplois. Us durent présenter chaque • année un élu par district de 100,000 habitants au » moins, avec faculté de ne pas s’arrêter à cette limite,
» s’ils rencontraient des hommes d’un mérite supé- » rieur. Ces présentations durent être pour la forme » soumises à l’approbation de l’empereur (3). » Les Tchoung-tching étaient donc des délégués permanents.
(1) Voyei, pour ce titre , le dictionnaire de Morrison, 1. 1, n° 129 de l’article Kouan.
(2) La cour supérieure des offices a toujours été chargée de la nomination aux places de l'administration civile. Voyea , dans l'appendice joint a ce. mémoire , la note II.
(3) Hren-hian-thoung-khao, Itlv. XXVIII, fol. 14.
préposés au choix des officiers et à la surveillance de leur conduite. « Mais , dit le texte de l’ Yu-haï , pen- » dant la longue durée de cette institution, il y eut des » Tchomg-iching indignes de leur mission. Les fraudes » et les malversations se multiplièrent de jour en jour. » La dynastie Tsin adoptale système de la dynastieWeï. Les présentations ou nominations aux offices de l’intérieur de la cour furent confiées au ministre du déparlement des offices, au ministre du revenu (le Sse-tou), au grand annaliste de la gauche. Pour les offices de l’extérieur de la cour, c’est-à-dire pour les offices des provinces, les présentations furent attribuées à des officiers appelés Tchoung tchîng dans les chefslieux de provinces (Tcheou), et petits Tcltoung-lching dans les districts secondaires. Dès l’an 284 (5* année Tliaî-khang ) , Lieou-y présenta à l’empereur une requête contre ce système (1). «Ces Tcltoung-lching , dit— » il , sont chargés de déterminer les neuf ordres d’offi- » ciers ; le droit d’élever et d’abaisser, d’honorer ou de » dégrader les hommes est entre leurs mains ; ils jouis- » sent ainsi du privilège principal du souverain ; ils » s’arrogent à leur profit la puissance de la cour ; ils ne » sont retenus, dans leurs choix, ni par la publicité des » examens, ni par la crainte desdénonciationsquipour- » raient leur enlever leurs places. Ils accomplissent leur » mandat tantôt d’une manière, tantôt d’une autre. Ils » ne sont astreints à aucune règle positive. Cette liberté » excessive a le plus mauvais effet. Les principes de la » pureté et de l’humilité s’affaiblissent: les voies des
(1) JPu-Aaï, kiv. CXV, fol. 1, v.
» débats, des discussions sont ouvertes, j’en rougis » pour la dynastie. » Lieou-y établit huit chefs d’accusation , et conclut à supprimer les Tchoung-tching ainsi que les neuf ordres ( Kieou-pin ), à renoncer au système vicieux de la dynastie Weï. Deux autres grands officiers, le Thai-wëi, prince de Jou-nan , nommé Liang, et le ministre des travaux publics, nommé Weï-tso, appuyèrent la demande de Lieou-y, et paraissent avoir demandé le rétablissement des examens publics pour le choix des gradués ; mais l’empereur n’osa pas changer le système de ses prédécesseurs.
Suivant un passage extrait de l’histoire de Wou-ti des Tsin, et cité par l’ Yu-hài (kiv. CXV, fol. 8, v.), « une ordonnance de l’an 2G6, détermina six condi- » tions pour régler le mode des présentations faites » par les Tclioung-tcliing des districts. Ces six conditions » étaient : 1° la sincérité, la vigilance et la décence ; » 2° la piété filiale, le respect pour les devoirs et l’ac- » complissement des rites ; 3° l’amitié envers les frères » et parents ; 4° la propreté du corps, l’activité et Phu- » milité ; 5° la fidélité et l’équité ; 6” l’élude. » On voit d’après l’ordre de ces conditions que les Tsin accordaient bien moins d’estime que les Han aux études savantes.
Ma-touan-lin reconnaît (kiv. XXXVI, fol. 14) que les deux premiers ministres de la dynastie Tsin surent diriger habilement le choix des officiers ; « mais ceux » qui vinrent après eux furent loin , dit-il , d’avoir la » même expérience. Alors les nominations administra - » tives furent abandonnées au caprice et à la faveur. » Il est évident , en effet , que le nouveau système accor-
dait trop de liberté aux agents chargés du droit de présentation.
On trouve, en outre, sous les trois dynasties Weï, Ou et Tsin, aux années 230 , 233, 239 , 268 , 331 , 332, plusieurs édits relatifs à des promotions extraordinaires d’hommes désignés par les noms de llienliang , savants et capables, Fung-tcliing , connaissant les règles du gouvernement (1). Ces Hien-liang et ces Fang-tchlng, qui nous ont déjà apparu sous les Han , (2) étaient choisis par les grands dignitaires , par les ministres et par les gouverneurs des provinces. Ils étaient appelés dans des circonstances difficiles pour donner des conseils aux empereurs sur la forme du gouvernement. II y a dans ces appels faits au mérite seul , sans considération pour la naissance, une idée libérale analogue à celles qui régissent notre Europe actuelle. L’histoire des autres contrées de l’Asie ne présente, à ma connaissance , aucun fait semblable.
Simultanément avec cet ordre de gradués extraordinaires, on trouve la mention de Iliao-lien et de Sieouisai , examinés par écrit sur des questions politiques ( Tse-chi ). Nous avons vu également ces deux dénominations sous les Han (3). Elles reparurent sous les deux dynasties des Weï et des Tsin , comme le montrent plusieurs notices biographiques, citées par l’Fu-
(1) Vu-hdiy kiv. CXV, fol. 5, v, et 6.
(2) Voyez la première partie, page 135.
(3) Voyez première partie, pages 137 et 139. Sous la seconde dynastie Han , le nom de Mcou-lsaï fut préfère à celui de Sieou-tsaï , pour éviler l’emploi du caractère Sienu qui entrait dans la composition du petit nom du fondateur de celte dynastie , f.ieou-sieou. Voyez le K lun-cliou-j i-khao , kiv. IV, fol. 31.
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hdi, kiv. CXV, fol. 7. Les examens sur des questions politiques , par lesquels on obtenait ces titres, dérivaient directement du principe qui avait amené la création des concours sous Han-wou-ti. De grandes distinctions récompensaient ceux qui faisaient des réponses satisfaisantes. La 4" année Tliai-chi (268), l’empereur Tsinwou-ti ordonna que les gouverneurs des royaumes et districts choisiraient et présenteraient dans la foule des gradués (Sse) ceux qui aimeraient l’étude, seraient fermes dans la bonne voie, fidèles et purs. Le plus remarquable des Sieou-tsaï de cette époque fut Iloa-tan, qui fut interrogé par l’empereur lui-même, déclaré Lang-tchouny et délégué Tchoung tchiiuj du royaume où il était né. Mais, dès le règne de Hoeï-ti, successeur de Wouti , l’examen des Iliao-lien et des Sicon-tsaï ne s’effectua plus avec la même régularité. L’an 301 , pendant les réjouissances qui suivirent la rentrée delloeï-ti dans sa capitale, des /lino-lien, des Sieou-lsaï furent nommés sans être examinés (1 ). Cette tolérance accidentelle eut de très- mauvaises conséquences. Les postulants ne cherchèrent plus qu’à se faire dispenser de l’examen , et employèrent des moyens frauduleux pour réussir. Au surplus, une note de Ma-touan-lin nous apprend que, depuis les Han , on apprécia beaucoup trop dans l’examen de cet ordre de gradués le mérite du style et la perfection de l’écriture. Ainsi le fond de l’examen fut sacrifié à la forme. Nous verrons plus tard se développer cette tendance qui a éloigné les Chinois du principe fondamental des concours.
(1) Je suis le ff'en-hian-lkoung-khao , klv. XXVIII , fol. SI.
Lorsque Youen-ti eut abandonné le nord de la Chine et se fut retiré à Kien-khang ou Nan-king, sur la rive droite du Kiang, il voulut rétablir l’ordre dans les provinces qui lui étaient restées fidèles, et fit une convocation de Hiao-llen et de Sieou-tsaï. 11 ordonna que chaque année on choisirait deux individus dans la province impériale de Yang-tcheou, et un individu dans chacune des autres provinces. 11 n’y eut pas d’examen sur les questions politiques. Les présentés venaient à la cour, puis étaient reconnus Uiao-lien et Sieou-tsaï. On n’eut ainsi que des hommes ineptes, incapables de donner des conseils sur le gouvernement. Alors Youen-ti ordonna de faire subir aux individus présentés un examen sur les King, et déclara que, s’il s’en trouvait qui ne satisfissent pas à cet examen , les gouverneurs qui les avaient envoyés seraient destitués du rang d’officiers. Cette mesure effraya les candidats. Ils s’excusèrent tous pour cause de maladie et se retirèrent. Deux ans après, un ministre nommé Koungtan demanda que le concours pour les grades de Hiaollen et de Sieou-tsaï n’eût plus lieu que tous les cinq ans, afin de laisser aux candidats le temps d’étudier. L’empereur ordonna que le concours des Uiao-lien aurait lieu tous les sept ans, et que celui des Sieoutsai se ferait conformément à l’ancien mode. Cette ordonnance fut sans effet au milieu du désordre général, et bientôt il ne resta plus que le souvenir des concours libres et publics, tels qu'ils avaient été créés par les premiers Han.
L’an Û20 , le dernier empereur de la famille Tsin céda le trône à l’un de ses grands dignitaires qui fonda
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la dynastie des premiers Soung. Le nord de la Chine forma un autre empire , sous la dynastie des seconds Weï, fondée par des chefs Tartares (1). Les concours publics furent réinstitués par les Soung. Un règlement général , publié à l’origine de cette dynastie , statua que, chaque année, on choisirait deux hommes par district principal , un homme par district secondaire , et qu’on leur ferait composer un mémoire sur des questions politiques (2). Les premiers de ces élus étaient appelés Sieou-lsaï, et les seconds Hiao-lien. Quelquefois l’empereur dirigea lui-même les opérations de ce concours supérieur. Les candidats qui répondaient d’une manière satisfaisante étaient adressés au ministre des offices qui constatait leur capacité et leur distribuait ensuite des emplois. Lesconseillersauliquesetlesautres ministres avaient aussi le droit de présenter des hommes de leur choix qui entraient de même dans l’administration. On sait en outre que l’empereur Wen-ti (424- 454) fixa l’admission dans les charges à l’âge de 30 ans (3). Les préposés aux arrondissements étaient remplacés après six ans d’exercice ; quelques-uns conservèrent leurs places pendant dix années. Sous Hiaowou-ti (454-465), il n’y eut plus de limite d’âge pour l’admission aux charges; mais la durée de l’exercice fut restreinte à trois ans (4). Du reste, les nominations aux places de l’administration provinciale étaient tou-
(1) C’est le commencement de la période désignée dans les annales par le nom de A'au-pe-tchao , séparation du midi et du uord.
(2) fVen-hian-thoung-khao , kiv. XXV1U, fol. 22.
(3) tYen-hian-thoung-khao, kiv. XXXVI, fol. 18.
(4) Yu-haï, kiv. CXV, foi. 8, v.
jours entre les mains des Tchoimg-tclùng, et la faveur l’emportait généralement sur le mérite. C’était seulement pour les offices supérieurs de l’administration que l’on avait ouvert le concours des Sieou-isaï et celui des Hiao-licn.
Sous la dynastie Thsi, qui remplaça celle des Soung, l’an II 79 , un ministre nommé Lo-tsaï détermina le programme d’examen des Sieou-tsaï. Cinq questions sur des sujets politiques étaient posées aux candidats. Ceux qui répondaient d’une manière satisfaisante sur toutes ces questions étaient déclarés de premier rang ; ceux qui répondaient sur trois étaient de deuxième ; ceux qui répondaient sur deux étaient de troisième rang. On ne donnait pas de rang à ceux qui ne pouvaient répondre que sur une seule question (1); mais alors, comme sous les Soung, le nombre des élus fut très-petit , vraisemblablement à cause de l’infériorité des études. Pour l’admission aux places administratives, les Thsi adoptèrent la limite d’âge et l’ordre de remplacement déterminés par les Soung (2) ; mais les choix , faits dans les districts par les Tchoung-ichimj, ne furent pas fondés sur le mérite et la vertu. On considérait bien plutôt les degrés d’alliance et de parenté avec les officiers supérieurs, dans ces temps malheureux où la loi se taisait devant la force , où les charges étaient devenues l’apanage héréditaire des familles puissantes. Il fut ordonné que les premiers alliés de la famille impériale seraient admis aux offices à l’âge de
(1) Yu-hdi , klv. CXV, fol 8, r.
(2) tYen-hian-thoung-khao, kiv. XXVIII , fol. 22.
20 ans, tandis que les individus des autres familles n’y pourraient entrer qu’à l’âge de 30. Ceci donna lieu à des fraudes , et certains concurrents se fabriquèrent un faux certificat d’âge pour obtenir d’être admis.
Sous la dynastie Liang (502-556), les Hiao-lien et Sieou-tsaï répondaient par écrit sur douze sujets de composition , tandis que la dynastie Soung ne leur en proposait que dix. Ceci est extrait de l’histoire des Souï par l’ Yu-hdi , kiv. CXV, fol. 8, v. Dans l’histoire des seconds Weï qui régnaientsur le Nord, on lit à l’année 513 lamention de l’examen subi danslepalais impérial par les Sieou-tsaï et les Hiao-lien. Ce genre de présentation fut renouvelé entre les années 581-601 sous le fondateur de la dynastie Souï qui se rendit maître de la Chine entière. L’histoire cite, vers ce temps, Lieou-tcho qui fut gradué Sieou-tsaï ; elle note que ce candidat tira sur la planchette pour choisir les questions, suivant l’ancien mode des Han , et qu’il répondit aux questions de la première série. Durant cette période de vingt ans (581-601), l’empire entier ne fournit pas dix concurrents admissibles pour le grade de Sieoutsaï : tant les études savantes avaient été négligées au milieu des guerres intérieures (1) !
Au commencement de la dynastie Liang (502), les Tchoung-tching furent momentanément supprimés , et la seule condition pour être admissible aux charges fut d’avoir vingt-cinq ans (2). Un peu plus tard, du-
(1) Yu-haï, kiv. CXV, fol. 8, v.
(1) Yu-hdi , kiv. CXV, fol. 5,r. tYen-hian-thnung-khao, kiv. XXVIII, fol. Î3, v.
rant la période Thien-liien (502-520) , on rétablit les neuf ordres d’officiers ; on exigea que les candidats aux offices civils eussent trente ans et comprissent au moins un King. La septième année de cette même période (508) , on institua dans les districts et arrondissements de différentes classes des officiers désignés par des noms spéciaux et chargés des choix et présentations. La septième année Pou^thoung (526), il fut statué que l’on choisirait annuellement deux individus par chef-lieu de province, et un individu par chef-lieu de district. Vers la fin des Liang, la deuxième année Ta-ping (557), les charges de Tchoung-tching furent rétablies et elles subsistèrent sous la dynastie Tchin , jusqu’à l’avénement de la dynastie Souï qui les supprima définitivement. On litdansle Tlioung-tien(i): «Le » mode de classement des neuf ordres d’officiers ÇKieou- » pin), ainsi que les charges des Tcliong-lching continuè- » rentjusqu’à la période K hm-liomig (581-601), alorson »les supprima. » Sous les Tchin, qui imitèrent les Liang , on examinait les candidats aux emplois administratifs par réponses à des questions politiques (2). On voit bien par là que le but des diverses sortes d’examens était toujours d’obtenir des officiers capables. Le critérium de leur capacité était établi tantôt sur leurs réponses à des questions politiques , tantôt sur leur connaissance des King , considérés comme le dépôt des secrets de l'art de gouverner les hommes.
Dans le Nord, sous les seconds Weï, il y eut, par
(1) rurhdi, kiv. CXV, fol. 5, r.
(•J) fVen-hian-thoung-khao , kiv. XXVIII, fol. 25, v
districts Tcheou et Kiun , des Tcboung-tching, chargés des examens et présentations ( Siouen-kiu ) (1). A la troisième lune de chacune des quatre saisons , ils se réunissaient avec les membres du ministère des offices ( Li-pou ) pour peser et distinguer ceux qui étaient capables et ceux qui ne l’étaient pas. L’empereur Hiaowen (471-500) , s’aperçut de la médiocrité de ces officiers examinateurs. Il enjoignit de vérifier ce que chacun d’eux savait. La première année Tching-chi (50 4), on supprima les Tchoung tching de première et deuxième classe. Ils furent ensuite rétablis sous les Thsi duNord(2). L’ empereur Wou-ti des Heou-tcheou, qui vainquit les Thsi , ordonna de choisir dans les arrondissements du Chan-toung des hommes comprenant nettement les King ( Ming king), et capables d’administrer ( Kan-li ). Les arrondissements de diverses classes en fournirent six, cinq, et quatre. L’année suivante , le successeur de Wou-ti ordonna que , chaque année, l’on indiquerait dans chaque district Tcheou de première classe un homme de haut mérite et de savoir étendu, lequel recevrait le titre de Sieouisaï, que l’on indiquerait de même dans chaque district Kim de première classe un homme connaissant les King et pur dans sa conduite , lequel recevrait le titre de lliao-lien.
Tels sont les documents offerts sur l’institution des concours par l’histoire des dynasties successives qui se disputèrent la Chine durant les cinquième et sixième
(1) tf'en-hian-lhoung-khao, kiv. XXVIII, loi. 25, v.
(2) ff^en-hian-lhoung-khno, kiv. XXVIII, fol. 26, r. cl Y.
siècles de notre ère. Voici maintenant ceux qui se rapportent aux collèges et aux écoles pendant ces temps de troubles et de révolutions.
Le premier empereur de la dynastie Soung, Wou-ti ordonna d’établir des collèges ; mais il mourut l’an 423 avant que son édit eût reçu un commencement d’exécution (1). La quinzième année Youen-kia (438), un lettré nommé Lei-tse-tsong qui avait longtemps travaillé dans la retraite sur le Chi-king édité par Mao ainsi que sur leLi-ki, leTcheou-Ii, le Y-li, vintàlacour de Kien-khang (Nan-king), et ouvrit uneécole savante sur le mont Ki-loung. 11 eut bientôt une centaine d’élèves. L’année suivante, l’empereur Wen-ti qui aimait la littérature savante , autorisa un savant de Tan-yang (ville du Kiang-nan) à fonder un collège dit Hiouenhio(2). A l’exemple de son père, le prince héritier établit un collège pour l’histoire ( Sse-hio) qui futdirigé par Hochin g-tien . Le Sse-iou ou ministre du revenu, Sie-youen , fonda le collège de la littérature (Wen-liio). L’écolede Leï-tse-tsong prit le nom de collège des lettrés (Jouhio)Çd'). Elle fut visitée fréquemment par l’empereur qui permit à son chef de lui parler en habits ordinaires. L’enseignement de la cour fut ainsi réparti entre quatre collèges. Cette division est blâmée par le célèbre historien , Sse-ma-kouang qui remarque qu’il n’y a pas
(1) H'i en-hian thoung-khao , kiv. XLI, fol. 6. L’histoire cite l'aptitude de ce prince pour les études littéraires.
(2) JJiouen désigne la couleur noirâtre. Il signifie aussi excellent. Je ne sais pas quel est Ici le sens précis de ce terme.
(3) yu-haï , kiv. CXII, fol. 5, r. fy en-hian- thoung-khao, kiv. XLI , fol. 8.
quatre bonnes voies pour arriver à la science, qu’il n’y en a qu’une seule, la voie des King, puisque les livres de Lao-tseu et de Tchoang-tseu n’ont aucune valeur réelle. Cette observation peut faire croire que la doctrine du Tao était enseignée au moins dans l’un des quatre collèges , probablement dans le premier.
L’an li!i 3 fut signalé par la création d’un collège des fils de dignitaires ( Koue-iseu-hio ) (1). L’empereur VVen-ti enjoignit aux grands officiers d’y envoyer leurs fils pour qu’ils s’instruisissent dans la saine doctrine. L’enseignement des King . des histoires et des documents anciens fut spécialement attribué aux établissements créés par le gouvernement. Les artisans , gens de métier et commerçants durent se contenter d’apprendre leurs professions à leurs enfants ; il leur fut défendu, sous peine de mort, d’élever aucune école particulière. La même année, un décret fut lancé contre les sectateurs du Tao et contre ceux de Bouddha. Tous ceux qui avaient chez eux des adeptes de ces sectes durent les chasser , sous peine de mort pour eux-mêmes et pour leurs familles. On voit que Wen-ti était alors complètement dévoué aux principes de l'école de Confucius.
Malgré ces décrets rigoureux, le collège impérial fut supprimé sept années après sa création, et l’an 452, un Tao-sse vint braver l’empereur dans sa cour même, en séduisant le prince impérial par ses rêveries (2).
(1) Mailla, histoire générale de la Chine, rapporte ce fait et le suivant à l’an &AA. Je suis i’Yu-haï, kiv. CXII, fol. h, v., extrait du Thoung tien.
(2) Mailla, tome V. Vu-haï, kiv. CXII, fol. h, \.
L’an 461 (cinquième année Ta-ming ), un collège dit collège de gauche (Tso~hio) fut fondé à Hoeï-khi (Chaohing-fou du Tche-kiang), et des élèves y furent appelés. L’an 470 (sixième année Thal-eln), on créa la charge de supérieur de la salle des lumières réunies ( Tsoung-ming-kouan ). Cet officier eut sous ses ordres dix préposés des études ( llio-sse ), sous les noms de Hiouen, jou,wen, sse, qui désignaient les quatre collèges établis sous Wen-ti. Il y eut ainsi quatre séries distinctes d’études dans le nouvel établissement , qui était probablement formé par la réunion des quatre collèges (1). En effet, nous verrons plus loin que la salle des lumières réunies était une annexe de la cour.
L’an 482 , l’empereur Kao-ti de la dynastie Thsi chercha à s’entourer d’hommes éclairés (2). Il écouta le discours d’un lettré nommé Touï-téou-sse qui lui dit : « Lorsque les hommes n’étudient pas, ils ne con- » naissent pas la bonne voie. C’est de là que provien- » nent les troubles et les désordres. Ouvrez les écoles » des études civiles et militaires ( fVen-ivou ) ; faites » que les hommes se conforment aux principes régu- » liers et s’exercent aux leçons des instituteurs. » Ce discours plut à l’empereur qui ordonna immédiatement l’établissement d’un collège impérial ( Koue-hio ). Il mit à la tête Tchang-siu , et fixa le nombre des élèves à cent cinquante , lesquels furent composés des fils et petits-fils des princes et grands dignitaires (Wangkoung) , âgés de quinze à vingt ans. Cette même année.
(I) Yu-hdi, kiv. CXII, fol. 5, v.
(2j Wtn-hian-thoung-khao, kiv. XLI, fol. 7.
Kao-ti mourut , et le collège fut immédiatement supprimé , parce que son nom comprenait le caractère houe, qui signifie État ou royaume. On supprima l’établissement pour ne pas faire un usage irrégulier de ce caractère officiel (1). La troisième année Youngming (485), Wou-ti ordonna de rétablir le collège impérial, qui fut alors appelé Koue-tseu-hio ou collège des fils de l’État, et remplaça la salle des lumières réunies ( Tsoung-ming-kouan ) des Soung (2). Les livres des quatre divisions de cet établissement furent portés au nouveau collège , qui fut ouvert dans la maison du ministre Wang-kien , et comprit deux cent vingt places d’élèves, réservées aux fils des princes et grands officiers. Avant la fin de la même année, les deux cent vingt places furent remplies , et le prince héritier vint expliquer le fiiao-king ou livre de la piété filiale de Confucius. Wang-kien examinait les élèves, un jour sur dix. « En général , dit le texte , depuis que le fon- » dateur de la dynastie Soung avait aimé le style fleuri » (fVen-tchang) , les officiers s’étaient attachés à ce * genre d’étude plutôt qu’aux livres sacrés King , aux » anciennes chroniques historiques ( Tchouen ). Wang- » kien aimait peu le livre de la musique rituelle (Li-yo), » et le Tchun-thsieou de Confucius. »
Ce nouveau collège parait avoir eu peu de succès : car,
1 an 499, on trouve un édit rendu par l’empereur Ton ghoën-heou (3) pour confirmer l’édit de l’an 485 , et or-
X ’ klï' GXU’ fu • J’ T* ^ en luan-thoung-khao, même fol. (S) On 1 avait appelée aussi Toung-kouan, salle de l’Orient, irtn-hia thtmng-khao, Idr. XI, fol. 7, v.
(3) fk' en-hian-thoung khao , kiv. XLI, fol. 8.
donner que l’on se conforme à ses dispositions. Vers cette époque, plusieurs officiers demandèrent que l’on constituât simultanément un grand collège ( Tlidi-liw ) , et un collège impérial ( Koue-hio). L’un d’eux , qui est appelé parle texte professeur des fils de l’État ( Koue tseu-îsou-hiao), rappelle dans sa requête l’origine de ces deux établissements. 11 dit que le premier était destiné à enseigner la pratique des cérémonies sacrées et à recevoir les hommes distingués du peuple, tandis que le second était spécialement affecté à l’éducation des fils de l’empereur et des grands officiers. Il combat par le témoignage de l’histoire des Tsin , l’objection de ceux qui prétendent que l’on ne peut se servir des caractères Koue ( État ou royaume ) et Rouan (salle ou édit) pour former le nom des établissements supérieurs de l’enseignement. On voit que, même dans ces temps de guerres et de révolutions , les Chinois étaient trèsscrupuleux sur les règles de l’étiquette. Ils craignaient de profaner les caractères qui pouvaient avoir quelque rapport avec les attributs de l’empereur , en les appliquant à des dénominations d’un usage trop vulgaire. J’ajouterai, d’après YYu-haï , kiv. GXII, fol. 5, v, que, vers cette époque, le prince du Yu-tchang (Kiang-si) établit un collège dans le 'chef-lieu de sa résidence. Voilà tout ce que l’on trouve sur les collèges du temps de la dynastie Thsi.
Le fondateur de la dynastie des Liang , Wou-ti réorganisa les études régulières par un édit de l’an 505 (1).
(1) JYen-hian-llioung-khan , kiv. XLI , fol. 8, v. Yu Aaï, kir. CX1I, fol. 6.
Il b&tit dans sa capitale cinq collèges désignés par le nom collectif des cinq hôtels ( Ou-kouan ) ; il y réunit mille élèves qui furent entretenus aux frais de l’État. Il fit ouvrir le collège impérial ( Koue-hio ), et créa cinq places de Po-sse des cinq King. 11 nomma en outre des Po-sse du règlement des fils de l’empereur, qualification qui indique vraisemblablementqu’ils étaient chargés de l’éducation des enfants de la famille impériale. L’an 506, il fonda un établissement appelé Tsi-ya-kouan , et destiné à recevoir les étudiants qui venaient des pays éloignés de la cour. On remit en vigueur les examens réguliers avec l’ancien mode du choix des questions usité sous les Han. En conséquence les candidats tirèrent de l’arc, sur les planchettes ( Thse ) où elles étaient écrites, et ceux qui répondirent d’une manière satisfaisante furent reçus officiers. En outre, Wou-ti répaFa ou décora la salle de Confucius, jointe au collège, pour offrir l’exemple de ce grand maître à l’imitation des étudiants. Il présida aux examens il ordonna que le prince héritier et les fils des princes entreraient au collège impérial , dès qu’ils seraient en âge d’apprendre. Il fit un choix de lettrés distingués qu’il envoya au mont Yun-menduHoeïkhi suivre les leçons du savant Hou-sun (1). 11 nomma en. outre des professeurs revêtus des titres de Po-sse et de- Tsi-tlisieon qu’il chargea de réorganiser les collèges dans les divers arrondissements de l’empire. C’est sous son règne que commença à être mis en pratique le
(1) Ifcn-hian-thoung-khao, klv. XLVI , fol 10 Yu-hai , kir. C.XIb fol. 0.
système d’épellation appelé Yun-hio d’après lequel la prononciation de chaque caractère est dérivée de celles de deux caractères primitifs. Ce système, qui est le fondement des dictionnaires toniques chinois , paraît être une imitation des formes d’épellation des langues de l’Inde. Il s’est introduit en Chine avec le Bouddhisme (1).
Le grand zèle de Wou-ti pour la littérature savante et les livres sacrés de Confucius est hautement loué par les historiens , mais ils déplorent en même temps son attachement aveugle pour le culte de Fo qui le fit bientôt dévier des bons principes (2). D’abord , il laissa (516) la princesse Hou-chi construire un temple magnifique en l’honneur des dieux indiens, et y loger mille Ho-chang ou sectateurs de cette religion. Le lettré Youen-tching réclama vainement contre cette innovation faite au préjudice de l’enseignement régulier (3). En 518, l’architecte du temple Bouddhique ne se fit aucun scrupule d’employer à sa construction les quarante-six tables de pierres sur lesquelles Ling-ti de la dynastie Han avait fait graver les King et qui existaient encore à Lo-yang. Il ordonna à ses ouvriers de les casser en morceaux de petite dimension. L’administrateur du collège impérial adressa un placet contre cette profanation. Il ne fut pas écouté. Deux fois, en 527 et 529, Wou-ti abandonna le trône pour se faire prêtre Bouddhiste. Deux fois, il fut racheté
(1) Voyez la noie 1 de l’appendice.
(2) On se rappellera que t'o est l'abréviation chinoise du nom de Bouddha.
(3) Mailla , Uitloire générale de la Chine , t. V.
par ses sujets , moyennant une somme d’argent que ceux-ci payèrent aux bonzes. « Ainsi , dit un histo-
» rien , Wou-ti eut beau encourager les études régu- » lières par ses premiers édits. En réalité , son vérita- » ble penchant était pour la mauvaise doctrine , et les » hommes s’attachèrent moins à la lettre de ses édits » qu’aux idées qui dirigeaient sa conduite privée. Les » lois furent négligées. Le royaume fut détruit, Wou-ti » devint la risée des générations (1). • Ce prince qui avait voulu se faire moine, comme notre Charles-Quint, eut une triste fin. Un de ses généraux le renversa du trône où il avait été rétabli malgré lui , et il mourut accablé de douleur, l’an 549, au milieu de la guerre civile. L’un de ses fils qui régna pendant trois ans, sous le nom de Youen-ti , ne put résister aux révoltés. 11 brisa son sabre et brûla sa bibliothèque qui contenait 140,000 volumes, en s’écriant: « Mon habileté «dans les armes et mon savoir dans les lettres sontdés- » ormais inutiles (2). » La dynastie Tchin qui fut alors fondée dans le Midi par un des généraux rebelles(557). fit peu pour la réorganisation des collèges. Les princes de cette dynastie appelèrent en vain les étudiants dans leurs établissements mal tenus. Les seuls savants qui s’y distinguèrent étaient sortis des écoles de la dynastie Liang (3).
La dynastie des seconds Weï, qui régna dans le Nord, de l’an 386 à l’an 542, compta plusieurs princes-
(1) IP en-hian-thoung-khno, kiv. XLI, fol. 8, », et 9, r. (5) Mailla, Histoire générale delà CAiiie, t. V, à l'an 558. (3) Wen-hian-thoung khao, ki». XLI, fol. 9.
zélés pour la littérature chinoise, malgré leur origine tartare. Vers l’an 396 , le premier empereur de cette dynastie, Tao-wou-ti, fonda un grand collège (Thaï- Ino) à Ping-tching , sa capitale , qui était située à l’est de la ville actuelle de Thaï-thoung du Chan-si. 11 y attacha des charges de Po-sse des cinq King , et réunit dans cet établissement environ mille élèves. La deuxième année Tliien-liing (399) , il porta à trois mille le nombre des élèves du grand collège et du collège impérial, qui paraît d’après cela avoir été fondé vers la même époque. Il interrogea le Po-sse Li-sien et lui dit : « Dans l’empire , quelle est la chose meilleure pour » augmenter la sagesse des hommes? — Ce sont les li- » vres. » répondit le savant chinois. « Combien y » a-t-il de livres? dit l’empereur tartare, comment » peut-on les réunir ?» Le Po-sse répondit : « Depuis » l’origine de l’écriture, le nombre des livres s’est » accru de génération en génération ; actuellement » on ne peut les compter. Cependant ce serait grand » dommage de ne pas rassembler ceux qui plairaient » à l’empereur. » Tao-wou-ti suivit le conseil de Li-sien ; il ordonna que l’on ferait une grande demande de livres dans tous les districts , et qu’on les enverrait à sa capitale de Ping-tching. Il ordonna aussi de réunir une commission de savants Po-sse , et les chargea de comparer, parmi les caractères des divers King , ceux dont la forme et le sens s’accordaient ensemble. On en détermina ainsi quarante mille , auxquels on donna le nom honorifique de caractères des King, et qui formèrent un répertoire de calligraphie à l’usage des étudiants. Du temps de l’empereur Ming-youen (â09-û24\
le nom du Collège impérial ( Koue-seu ) fut changé et remplacé par celui d’École des Tchoung-chou, ministres ou secrétaires (1). On y attacha des Po-sse comme professeurs (Uiao-eheou-po-sse). L’an 426, Thaï-wou bâtit un grand collège (Thaï-hio), à l’orient de la capitale. Il y appela Lou-hiouen , Kao-pien et plusieurs autres lettrés ; il enjoignit d’encourager la création des écoles dans tous les districts de son empire , et donna une nouvelle impulsion aux études savantes.
Au commencement de la période Thien-ngun (466), Hien-wen-ti s’occupa activement de l’organisation des collèges provinciaux qui furent alors appelés Hiang-hio, collèges de canton ou districts, d’après le nom que portaient autrefois sous les Tcheou les quatre arrondissements annexés à chaque chef-lieu de petit royaume. Il créa dans chaque district deux places de Po-sse ou savants de connaissances générales, deux de Tsou-lüno ou professeurs , et soixante places d’élèves des collèges {Hio-seng) (2). Par un décret postérieur, il institua dans les grands districts (Ta-kiun) deux places de Po-sse, quatre de professeurs , cent d’élèves du collège : dans les seconds districts ( Tse-lciun ) , deux places de Po-sse , quatre de professeurs, quatre-vingts d’élèves ; dans les districts moyens ( Tchong-kiun ) , une place de Po-sse , deux de professeurs , soixante d’élèves ; enfin dans les districts inférieurs ( Hia-kiun ) , une place de Po-sse ,
(1) Le texte ne présente aucune explication sur cette expression qui peut avoir ici un anlre sens. que celui que Je donne. Les TcKoung-chou-ling étaient les ministies.
(2) Celte expression désigne ici , comme celle de Seng-youtn, une sorte de grade correspondant 1 celui d'élève titulaire.
une de professeur et quarante places d’élèves. « C’est » de .cette époque, dit le Thoung-tien, que date lapre- » mière organisation régulière des collèges de Kiun » (districts de premier ordre) et de ceux des Ilien dis- » tricts ou arrondissements de deuxième ordre » (1 ). En effet, non- seulement le décret de Hien-wen-ti détermine les places des Po-sse et professeurs de ces collèges, mais il fixe le nombre des élèves qui seront admis dans chacun d’eux. Cette limitation montre que l’admission comme élève au collège d’arrondissement conférait un véritable grade littéraire. Nous verrons que les Thang suivirent ce même principe, et le titre d’élève d’un collège d’arrondissement est alors devenu le premier grade de la littérature savante.
La dixième année Thaï-lio ( 486), Hiao-wen-ti changea le nom de collège des Tchoung-choue t rétablit celui de Koue-iseu. Il construisit un Ming-tang, un Pi-gong. A. la neuvième lune de cette année , il célébra l’ancienne cérémonie en l’honneur des individus âgés désignés par les noms de San-lao (trois fois vieux), de Ou-keng (cinq expérimentés) , laquelle se trouve décrite dans le chapitre Li-gng du Li-ki. En outre , il ouvrit le collège du prince héritier ( lloang-tseu-hio ) (2). La seizième année (492) , il visita en personne un autre collège appelé collège des augustes honorables ( Hoang-ilisoung - /u'o), interrogea les Po-sse et pratiqua les rites sacrés. Plus tard, lorsqu’il transporta sa résidence à Lo-yang, il
(1) fVen-hian-thnung-khao, kiv. XLVI, fol. 9, v. Vu-haï, kir. CXII, fol. 6 , v.
(3) fVen-hian-thouug-khao , kiv. XLl, fol. 9, v. Vu-haï, kiv. CXII , fol. 6.
y fonda des établissements désignés par les noms de Collège impérial , Collège des fils de dignitaires , Grand collège, Petit collège et Collège des Quatre Portes ou classes ( Sse-men ) (1). La vingtième année (4 96), des Po sse et des professeurs furent attachés au collège des Quatre-Portes; il paraît que celui-ci était, comme le Petit-Collége , un établissement destiné aux études préparatoires. Le même empereur fit rechercher dans ses États les livres anciens dont sa bibliothèque particulière ne possédait aucun exemplaire. Il s’est acquis, par ce zèle éclairé , de justes droits à la reconnaissance de la postérité.
Après lui, Siouen-wou ti (500-516), ordonna de nouveau que l’on traçât le plan du collège impérial (Koue-tspu) , et fit construire un petit collège ( Siuo liio) (2). Des lettrés, choisis au concours, furent nommés Po-sse du petit collège. On en compta quarante. Quoique les bâtiments ne fussent pas encore achevés, les études furent très-brillantes. Alors l’empire des Weï était tranquille , et l’instruction publique s’y développa rapidement. Selon les textes historiques, il y eut un nombre immense d’étudiants dans cet empire qui embrassait tout le territoire des anciens royaumes de Yen , de TVei , de Han , de Tchao. On comptait les élèves des grands collèges par milliers , et ceux des petits collèges par centaines. On choisissait dans chaque district Tcheou , les Meou-ij., capacités dis-
(1) Le caractère Me n., Dict. de lias., 11,043, peut avoir ici l’un ou l'autre de ces deux sens.
(2) W^en-hian-thoung-khao, kiv. XLI, fol. 10, r.
tinguées, dans chaque district Kiun, les H iao-lien, hommes pieux et intègres. Chaque année on voyait croître le
nombre de ceux qui satisfaisaient à l’examen et étaient présentés au palais impérial (1). En 522, on nomma trente-six élèves titulaires du collège impérial. Cette prospérité des études, qui rappelait , au dire des historiens , les beaux temps des dynasties Tcheou et Han, diminua sous les Thsi du Nord. Il n’y eut plus alors qu’une dizaine d’élèves au collège impérial. Deux membres seulement de la famille impériale méritèrent le titre d’officier par leur connaissance des King (2). Cependant les Thsi s’occupèrent des collèges de districts : à l’instar des Weï, ils instituèrent des places de professeurs et d’élèves dans ces collèges ; mais ces places d’élèves paraissent avoir été généralement données par faveur aux jeunes gens des familles riches, et celles de professeurs furent abandonnées à des préposés de districts, choisis sans discernement (3). Les examens étaient toujours fondés sur la connaissance des King. Suivant le programme officiel , il y avait deux séries de questions , comme au temps des Han. Les concurrents tiraient de l’arc pour obtenir l’une ou l’autre série , et répondaient sur dix sujets de questions. Ceux qui satisfaisaient au moins sur huit , étaient admis dans les neuf ordres d’officiers ( Kieuu pin). Ceux qui montraient un mérite supérieur recevaient des récompenses.
(1) IVen-hian thoung-khao , kiv. XLI, fol. 10, r. Vu-ha'i, kiv. CXII , fol. 6.
(2) W^eii-hian-thonng-khao, kiv. XLI , fol. 10, r, et v.
(3) M'en-hian-lhoung-khao, kiv. XLVI , fol 10.
L’histoire des seconds Tcheou qui succédèrent aux Thsi du Nord, mentionne deux collèges annexés au palais impérial et portant les noms de deux portes du palais. Le premier, le collège de la porte du Char ( Lou-mèn ), fut bâti l’an 567, sous l’empereur Wou-ti, et reçut soixante-douze élèves. Le second collège, placé à la porte du Tigre ( Hou-men ), date aussi du même règne. L’an 576, Wou-ti fit une visite solennelle au grand collège et y accomplit les cérémonies consacrées. L’an 566 , il ordonna que ses fils suivraient les leçons des collèges ou écoles de lacapitale. Plusieurs savants dont on a les biographies furent attachés aux collèges fondés par Wou-ti; et l’an 571, le prince héritier expliqua le Lun-yu dans le collège de la porte du Char (1).
Les documents réunis dans ce paragraphe, qui comprend trois siècles et demi , depuis l’an 220 , fin de la dynastie Han, jusqu’à l’an 581 , avènement de
la dynastie Sou! , peuvent se résumer de la manière suivante :
1“ Durant cette période de troubles intérieurs, l’enseignement fondé sur les livres de Confucius ne se continua pas avec régularité, et souvent il fut contrarié par les influences ennemies des eunuques, des bouddhistes et des sectateurs du Tao.
2° Les concours pour l’admission aux places administratives n’eurent également lieu que d’une manière irrégulière, et le droit de présentation fut presque toujours confié à des officiers permanents qui se
(1) ru haï, kiv. CX1I , fol. 7.
montrèrent peu capables de remplir leur mandat.
3° Les charges furent presque toujours données aux fils des grands officiers, et on retomba ainsi dans le système héréditaire.
§ II. — De l'instruction publique et des concours sous la dynastie Soûl (581-618).
J’aurais pu joindre ce paragraphe au précédent : car la dynastie Souï n’a régné que pendant 38 ans ; mais elle a régné sur la Chine entière. Ses actes officiels ont donc une plus grande importance que ceux des dynasties précédentes , et cette considération m’a engagé à exposer séparément ce qu’elle fit pour l’instruction publique et pour les concours. Le premier empereur de cette dynastie , nommé Wen-ti , était un prince vaillant , mais peu lettré. Il s’efforça de rétablir l’ordre dans les finances épuisées, et son extrême économie le rendit peu favorable aux dépenses nécessaires pour soutenir les collèges. Une seule fois, la deuxième année qui suivit son avènement , il accorda des gratifications aux élèves du collège impérial. Quant aux concours, il institua l’an 598 deux séries de mérite , pour le choix des officiers. L’une fut appelée série de bonne volonté et de bonne conduite. L’autre fut la série de pureté régulière (i). L’empereur paraît s’être réservé le choix des officiers supérieurs. Il attribua aux nouvelles séries les places d’officiers au-dessous du sixième
(1) yu-haï, kiv. CXV, fol. 9. IV en-hian-thoung-hao , klv. XXXVI, fol. 27, Y. Wen-ti défendit d’admettre an\ charges les artisans et les marchands.
rang , et préposa à leur distribution Meou-hong , président, et Kao-yeou, vice-président de la cour ministérielle des rites. Il leur recommanda expressément de s’attacher à constater la vertu et la bonne conduite des candidats, bien plutôt que leur mérite littéraire. L’uniformité fut ainsi rétablie dans le système des présentations qui nefurentplus livrées aux capricesdes Tchoungtching : mais les deux nouveaux grands délégués du ministère des rites se conformèrent ponctuellement à leurs instructions, et les concours littéraires furent si négligés que l’histoire cite de l’an 581 à l’an 600 un seul Sieou-tsaï reçu par l’examen sur questions politiques (1).
L’an 601, Wen-ti frappa l’enseignement public d’un ' coup fatal. Il ne conserva que le collège impérial des fils de dignitaires avec 70 élèves. Il supprima à la fois le grand collège , celui des quatre portes ou classes ( Sse-nten-hio ), qui avait subsisté sous les seconds Tcheou , et tous les collèges des arrondissements de premier et de second ordre (2). D’après les termes du décret rendu à cet effet, cette suppression générale fut déterminée par l’irrégularité que les élèves de l’empire montraient dans leurs études. 11 y avait alors, disent les historiens chinois, un millier d’élèves au collège impérial : ceux qui furent renvoyés des autres collèges se comptaient par dizaines de mille. Mais ce grand nombre touchait peu Wen-ti qui refusa d’écouter les observations d’un général , nommé Lieou-hiouen. Il
(1) W'en-hian-thoung-khao , kl». XXVIll , fol. 28, v.
(2) ff'en-kian-lhoung-khao , kir. XLI , fol. 11.
trouvait que l’entretien de tous ces collèges coûtait trop à l’État et ne lui produisait point des hommes capables de le bien servir (1). 11 niait donc l’importance de la doctrine de Confucius pour former des hommes d’Ètat : c’était là un tort inexcusable aux yeux des lettrés. VVen-ti s’est attiré ainsi le blâme général des historiens chinois , qui flétrissent sa parcimonie et racontent que son décret fut suivi des plus grands désastres. « Depuis le décret qui supprima les » collèges , dit Sien-koung , cité par Ma-touan-lin , on » n’étudia plus les anciens monuments ; les brigands » surgirent de toutes parts ; les livres sacrés furent » abandonnés sur les chemins, et Lieou-hiouen qui «avait prédit ces malheurs fut réduit à mourir de » faim (2)..»
Quoi qu’il en soit, ce décret funeste fut bientôt abrogé par le fils de VVen-ti, Yang-ti, qui monta sur le trône l’an 605. Yang-ti fut aussi prodigue des deniers de l’État que son père s’en était montré avare. Dès son avènement , il s’empressa de faire ouvrir des collèges, des écoles d’arrondissement (Tsiany, Siu), pour l’éducation du peuple (3). 11 appela dans sa capitale (Lo-yang) plusieurs savants lettrés qui travaillèrent à des commentaires sur les livres sacrés. L’histoire cite, au commencement de la période Ta- nie (605), Liu-wen-hiouen reçu docteur de premier ordre
(1) If'en-hian-thoung-khno , kiv. XI. I, fol. 11, v.
(î) L'histoire chinoise, scrupuleuse annotatrice d<s faits, rapporte encore que la 7* lune de la 1" année Jin-chtou (601), le nom du collège impérial U ïoue-lseu) fut remplacé par celui de grand collège (Jhat hio .
(3) ffen-hian-tUoung-khao , Itiv. XLI, fol. 12.
pour le Tso tchouen , Tchou-hoe! reçu de même pour le Li-ki , Lou-ta reçu pour le Chi-king , Lou-te-ming reçu pour le Y-king. A cette époque paraît le célèbre commentateur, Kong-yng-ta , qui fut déclaré savant de premier ordre pour l’explication des livres sacrés en général ( Ming-king ). Les belles études refleurirent sous Yang-ti qui fit rédiger un grand nombre de traités, non-seulement sur les King, mais encore sur l’art militaire , l’agriculture , la médecine et l’astrologie. Des Bouddhistes , des Tao-sse , composèrent aussi , par son ordre , des ouvrages spéciaux sur les principes de leur croyance. Enfin l’histoire rapporte que Yang-ti fit dresser une carte routière des contrées voisines de la Chine (if. Mais ce prince , si généreux pour les sciences , se perdit par son goût du luxe et par son ambition. Il fit des dépenses excessives pour bâtir un nouveau palais à Lo-yang , ainsi que pour diriger plusieurs expéditions militaires au centre de l’Asie. Ces dépenses l’amenèrent à augmenter considérablement les impôts. Des révoltes s’élevèrent de toutes parts. Yang-ti fut tué l’an 647, et remplacé bientôt par son ministre Li-yen qui fonda la grande dynastie Thang.
Wen-ti avait supprimé les présentations des Hiaoïten et des Sieou-tsnï , faites avant lui par les préposés des arrondissements. Yang-ti ne renouvela pas ce système qui dérivait du principe des concours successifs, et correspondait, suivant le texte de l 'Yu-lutï, aux anciennes présentations de gradués faites par
(1 J Mailla, Histoire générale de la Chine, t. IV.
les grands feudataires aux empereurs de la dynastie Tcheou : mais il institua dans sa capitale même des concours par examen sur questions politiques , et conféra aux candidats agréés le titre de Tsin-sse que nous avons déjà vu dans le chapitre Wang-idü du Li-ki (1). Les Thang conservèrent ces concours supérieurs, appelés concours des Tsin-sse, et conséquemment , l’histoire note avec soin leur création par Yang-ti (2) .
$ IU. — De l'instruction pudmqoe et des concours socs la dynastie Thang (608 - 901 ;.
Les annales de la grande dynastie Thang nous présentent des documents plus précis, plus nombreux, plus circonstanciés sur les collèges et sur les concours que celles des courtes dynasties qui viennent de passer sous nos yeux. On y trouve l’indication détaillée des formes suivies pour l’enseignement, et une autre plus précieuse encore , celle des ouvrages étudiés dans les établissements de la capitale et des provinces. On y voit l’organisation régulière des concours pour l’admission aux charges , avec la conservation des privilèges dont jouissaient les familles des grands officiers. L’histoire chinoise, considérée au point de vue spécial de l’instruction publique , se divise en trois grandes époques , celle de la dynastie Han qui nous a montré la naissance bien constatée des concours, celle de la
(1) Voyez le passage du chapitre H'hng tehï, traduit à la page 61 du premier mémoire.
(2) Ku-ftaï, kiv. CXV, fol 9, v. — W^m-hian-lhoung-khao , kiv XXVIII, dernier folio.
dynastieThang qui les organisa régulièrement, et enfin l’époque de la dynastie essentiellement littéraire des Soung qui leur donna une extension presque égale à celle qu’ils ont de nos jours. Nous arrivons donc à l’époque moyenne , et pour tracer son histoire , on peut puiser largement dans l’immense rqasse de documents que nous offrent les Kiven de YYu-liaï et du Wen-liian-ilioung-khao. Je vais tenter d’en faire le triage , en conservant autant que possible le fil des idées au milieu des dénominations et des détails d’étiquette qui remplissent les ordonnances impériales. J’ai à peine besoin de rappeler que ces documents n’ont jamais été traduits, et que l’on en trouve à peine quelques traces dans l’histoire générale de la Chine , par Mailla, ainsi que dans l’abrégé de l’histoire des Thang, par Gaubil. Le récit des guerres et des intrigues de cour occupe tout le texte de ces ouvrages rédigés d’a près le Thountj-kien-khang-mou. La nouveauté de mon travail me permettra de réclamer quelque indulgence pour les fautes qui pourront m’être échappées, malgré tous mes soins , dans les nombreuses traductions que je vais soumettre à mes lecteurs.
Abt. 1.— r De l’organisaiion des collèges sous les premiers Empereurs de la dynastie Thang.
Ma-touan-lin commence par nous donner Kiv. XL1 , fol. 12, r., le tableau des diverses sortes de collégesélablissous les Thang. II a extrait ce tableau de la section deschoix et promotions ( Siouen-kiu ) , jointe aux annales de cette dynastie , et nous dit d’après elle : « Suivant » le mode de constitution , adopté par les Thang pour
» l’instruction publique , il y eut en première ligne à » la cour six collèges ou écoles supérieures dont l’en- » semble formait ce que l’on appelait le collège im- » périal ( Koue-iieu-kien ). Ces six collèges furent le
• collège des fils de l’État ( Koue (seu-hîo), le grand » collège ( That-liio ) , le collège des quatre portes ou » classes ( Sse-mcn-liio ), l’école des lois ( Liu-hio ), » l’école de l’écriture ou de la calligraphie (Chou-hio),
• et l’école du calcul ou des mathématiques ( Souan » liio) (1). Le collège des fils de l’État comprenait » 300 élèves. On y admettait les fils et petits-fils des » officiers civils et militaires qui avaient au moins le » troisième rang, les arrière-petits-fils des officiers » qui avaient au moins le second rang, enfin les fils
• des officiers bien méritants qui remplissaient cer- » taines conditions ou qui avaient reçu un fief. Le » grand collège comprenait 300 élèves. On y admet- » tait les fils et petits-fils des officiers du cinquième » rang au moins, et les fils des alliés de la famille im- » périale. On réunissait avec eux les arrière-petits-fils » des officiers du troisième rang et les fils des officiers » bien méritants du troisième rang qui avaient reçu » un fief Le collège des quatre portes ou classes comp- » lait 1 ,300 élèves. 500 étaient pris parmi les fils des » officiers bien méritants, au moins du troisième rang,
» ceux des quatre séries d’officiers sans fief, ceux des » sept séries de possesseurs d’un fief , et généralement
(1) Ces six établissements sont tous désignés dans le texte par le même caractère Uio . école ou collège. Comme les trois premiers avalent un nombre beaucoup plus considérable d'élèves que les trois derniers , je les appellerai collèges, et je donnerai aux trois autres le simple nom d’écoles.
» parmi les fils des officiers civils et militaires. Les huit » cents autres places furent attribuées aux hommes des » familles du peuple qui s’étaient distingués dans les » concours ( Tsun-y ). » — Ceux-ci devaient donc leur admission à leur mérite constaté par les concours, et le collège des quatre portes remplaçait pour eux le grand collège des précédentes dynasties. — « 11 y avait 50 » élèves à l’école des lois , 30 à l’école de la calli- » graphie et 30 également à celle du calcul (1). Tous » ces élèves étaient des fils d’officiers du huitième rang » au moins, ou des jeunes gens du peuple qui s’étaient » appliqués à l’un de ces trois genres d’études. » - L’école de calligraphie était évidemment destinée à former de bons secrétaires rédacteurs ou copistes pour le service de la cour. On sait que la perfection de l’écriture a toujours été hautement estimée en Chine. Nous avons déjà vu que , sous les Han , on étudiait à la cour les ordonnances des souverains précédents (2). La création de l'école des lois , sous les Thang , fut le complément des mesures déjà prises par la dynastie Tsin pour réunir les anciennes ordonnances impériales en un corps de code (3) Enfin l’institution de l’école du calcul montre que l’on sentait l’utilité des études mathématiques pour le service de l’administration.
Le nombre des élèves admis aux collèges d’ensei-
1) Le terme de calcul désigne Ici l’étude de l'arithmétique et de questions d’algèbre ou de géométrie élémentaire présentées sans démonstration. Je l’emploie dans son sens le plus général. On verra plus loin que le no n d'école des mathématiques donm rait une trop haute idée des étoiles de cet établissement élémentaire.
(2) Voyez page 122 du premier mémoire.
(3) Dictionnaire de Morrison, part. II , au caractère TAu.
gnement supérieur (f/io) , fondés dans tous les chefslieux administratifs, fut également déterminé par les Thang, proportionnellement à l’importance de l’arrondissement , et fixé à un chiffre invariable. Ainsi le titre d’élève d’un collège de province devint un premier grade littéraire, suivant le principe posé par les Weî ( Voyez page 245 ). - « Le collège départemental de la » capitaleimpériale,ditMa-touan lin, eut 80 élèves. Les » collèges des chefs-lieux de département (Fou, Tcheou), » qui se divisaient en trois ordres , eurent 60 , 50 et » 40 élèves. Les arrondissements, désignés par le nom » d 'Hien, reçurent aussi un nombre fixe d’élèves dans » leurs collèges. Ceux du district de la capitale en eu- » rent 50, et les autres, divisés en trois ordres, comme » les départements Tcheou, eurent 40, 35 et 20 élèves. » La haute direction du collège impérial ( Koue-tseu- » bien), qui comprenait les six collèges de la capitale, » fut réservée à des ministres ou secrétaires d’État des » départements administratifs, lesquels furent nommés » Tsi-lhsieou , ou chargés des libations solennelles à » l’ouverture des cours (1). La direction des autres col - » léges répartis dans l’empire, fut attribuée à des ofli- » ciers supérieurs , attachés aux départements et aux «arrondissements (/ clieou , Hien). Ceux-ci furent » nommés Tclumy-sse-iehou ou préposés de longue » durée, c’est-à-dire inamovibles. »
Indépendamment des six premiers établissements que j’ai nommés plus haut , « il en exista , près de la
(1) Le nom deTsi Ihsieou équivaut, depuis cette époque, à celui de supérieur de collège.
» cour, deux autres , désignés par le nom de Kouan ,
» qui signifie proprement Hôtel. L’un était l’hôtel de * la grande littérature ( Hnung-wen-kouan) : il avait 30 » élèves. L’autre était l’hôtel de la littérature hono- » rable (Tsoung-wen-koium)(i ) : il comptait 20 élèves:
» il était placé dans la partie orientale du palais im- » périal. Les élèves étaient des jeunes gens de familles » alliées à l’empereur ou à l’impératrice, des fils d’of- » ficiers apanagés ou attachés à la cour, et en général » des fils d'officiers qui s’étaient distingués. » Ces nouveaux établissements paraissent avoir été consacrés à l’étude do la haute littérature, ainsi que le Kouangtven-kouan , qui est mentionné dans la section historique des officiers supérieurs de la dynastie Thang (2). Sous le premier empereur, Kao-tsou , il y eut seulement 72 élèves au collège des fils de l’État, 140 au grand collège , et 120 au collège des quatre portes. Les nombres que j’ai rapportés tout à l’heure, d’après la section des choix et présentations (Annales des Thang), furent déterminés vers l’an 630 parThaïtsoung. Ils furent ensuite augmentés, et le nombre total des élèves admis dans les six collèges de la cour s’éleva à 3260 (3).
« Des Po-sse ou savants à connaissances générales, » des 7'son-hiao ou professeurs, étaient attachés à ces » collèges et hôtels, et se partageaient l'enseignement » des king. Les élèves devaient avoir achevé l’étude
(1) Col hôtel renfermait une grande bibliothèque. V. Morrisou, part I, au n“ 59, du caractère Kouan.
(2) Yu-huï , kiv. CX11, fol. 10.
(3) Vu-hai , kiv. CX11 , fol. 9.
» de ces livres sacrés, avant d'avoir la permission de
» passerd’un collège à un autre. Ils devaient avoir, pour » être admis, ans aumoins,19ansauplus. Cescondi- * tions d’âge n’étaient modifiées que par rapport à l’é- » cole des lois, où l’on pouvait entrer depuis 18 jusqu’à » 25 ans. Les ouvrages adoptés pour l’enseignement fu- » rent classés en trois catégories. Le Li-kï, et le Tchun- » thsieou de Tso-kliieou-ming, autrement Tso-lchouen , fu- » rent appelés grands King. Le 7'cheou-li, le Y -U, le Chi- » king furent les King moyens ou de second ordre. Le » Y-king , le Chou-king et les deux chroniques de Koing- » yang et de Kou-liang sur les temps du Tchun-thsieou » furent les petits King. Pour être déclaré savant en » deux King, il fallait connaître à fond un grand et » un petit King, ou bien deux King de l’ordre moyen.
» Pour être déclaré savant en trois King , il fallait de » même connaître à fond un King de chacune des trois » séries. Enfin , le titre de savant en cinq King s’ac- » cordait à ceux qui s’élevaient à l’intelligence parfaite » des deux grands King , possédaient convenablement » un King de chacune des autres séries, et s’étaient en » outre familiarisés avec le Lun-yu et le Hiao-king de » Confucius. Le programme général des études statuait » que, pour se présenter à ces examens, il faudrait » avoir étudié ces deux derniers ouvrages réunis en- » semble, pendant une année, le Chou-king ou le » Tchun-thsieou de Kong-yang, chacun pendant un » an et demi , le Y-king , le Chi-king , le Tcheou li , ou » le Y-li, chacun deux années, enfin le Li-ki et le Tso- » tchouen, chacun trois années. » — Ainsi la durée totale des études pour ceux qui aspiraient au titre de
savant en cinq King était au moins de dix ans et demi.
« Chaque jour, une certaine quantité de papier était » accordée aux élèves pour l’étude de l’écriture. Par » fois , ils composaient sur des sujets relatifs aux af- » faires de l’époque. Ils lisaient le Koue iu , le Choue- » wen , le Tseu-lin , le San-lsang , \'Eul-ya (1). Les » trois formes de caractères adoptées par Ling-ti des » Han pour les King gravés sur pierre , qui étaient à » la porte du grand collège , servaient de modèle aux » élèves de l’école de calligraphie. Ils devaient s’exer- » cer pendant trois ans à reproduire parfaitement ces » trois formes de caractères. Ils s’exerçaient aussi deux » ans sur les caractère du Choue-wen et un an sur ceux » du Tseu-lin. Les élèves de l’école du calcul étudiaient » pendant un an les cinq ordres de Sun-tseu ( Sun-tseu - » ou-isao), pendant trois ans les neuf chapitres ( Kieou - » ichang) et la méthode pour calculer l’éloignement des » îles en mer. Ils étudiaient encore le Tehang-khieou- » kien, le Hia-heou-yang , ainsi que les calculs des cinq » livres sacrés du 7'cheou-péi. Chacun de ces ouvrages » demandait un an de travail. Enfin il en fallait quatre » pour l’ouvrage intitulé Tsoui-ya ou problèmes réunis, » et trois pour un autre désigné par le nom de Tsi-kou » ou collection des anciennes méthodes. Simultané- » ment, les élèves étudiaient les trois sortes de nombres
(1) I.e Koue-iu est attribué à Tso-khieou-ming, l'auteur du Ttntschouen. Le dictionnaire Eul-ya est antérieur de trois ou quatre siècles a l'èrc chrétienne. Le Choue-wen est un dictionnaire qui présente les formes primitives des caractères. 11 fut composé sous les Han, au premier siècle avant notre ère. Le Tseu-lin est aussi un ancien dictionnaire.
» réunis dans la collection des documents perdus {K i- » y-san-8o ) (1). »
Quelques-uns des ouvrages ici mentionnés sont arrivés jusqu’à nous : ce sont des collections de questions qui sont, pour la plupart, élémentaires, et dont la solution est donnée sans démonstration. Tels sont le Tsi-liou et le livre de Sun-iseu , que je possède l’un et l’autre. Le Tcheoupeï, qui a une réputation immense en Chine, présente, au milieu d’étranges absurdités, quelques notions exactes sur les mouvements du soleil et de la lune. On peut consulter la traduction que j’en ai donnée dans le tomeXI, 3* série du/o«rn«/ asiatique. Le Kieou-tchang, attribué à Tcheou-kon g comme le Tcheoupeï, a été édité de nouveau au seizième siècle dans l’ouvrage intitulé Souan-fa tong-lsong. D’après cette édition, le Kieou-tchatuj est principalement composé d’une suite de problèmes d’arithmétique, dont quelquesuns exigent la solution d’équations du second degré et l’extraction de racines carrées et cubiques. On y trouve aussi la mesure exacte de la pyramide et du cône , la sommation des nombres pyramidaux et quadrangulaires , et même le développement pratique des puissances du binôme jusqu’à la sixième. Je ne m’étendrai pas davantage Sur ce traité, et je renverrai à l’analyse que j’en ai donnée dans le tome VII de la 3* série du Journal asiatique. Je ferai seulement remarquer que, d’après les nombres d’années fixées par le texte de Matouan-lin pour l’étude de ces divers ouvrages , il est évident que les élèves de l’école de calcul ne pouvaient
(1' Celte collection est citée dans différents ouvrages.
les étudier tous ; ils choisissaient probablement ceux sur lesquels ils voulaient s’exercer ; autrement ils seseraient restés quatorze ans dans cette école. Je reprends ma traduction de Ma-touan-lin :
L’ordre des examens intérieurs était réglé de la manière suivante : « Tous les dix jours, il y avait un jour » de vacance, qui était précédé d’un examen fait par » le l'o-sse. L’examen de lecture se faisait sur un thème » contenant mille mots, entre lesquels lePo-sse choi- » sissait trois mots. L’examen d’explication s’étendait » sur deux mille mots. Le Po-sse demandait le sens » général de trois paragraphes (1). L’élève qui satis- » faisait sur deux au moins obtenait un numéro » d’ordre. L’élève qui ne pouvait répondre était puni. » A la fin de l’année , on repassait les leçons de l’an- » née entière. Le Po-sse faisait expliquer de vive voix » devant lui le sens général de dix paragraphes Les » élèves qui expliquaient bien huit paragraphes avaient » le numéro 1 ; ceux qui en expliquaient cinq avaient » le numéro 2; ceux qui en expliquaient trois seu- » lement avaient le numéro 3. On renvoyait ceux » qui ne pouvaient obtenir ce dernier numéro, ainsi » que ceux qui restaient neuf ans dans les collèges de » littérature ou six ans au collège des lois, sans obte- » nir d’être gradués (Kong). Les élèves des collège»
(1) D’après ce passage, la prononciation des mots cl l'intelligence dn sens formaient deux épreuves distinctes. Déplus, l’expression Ta-y , sens général , indique que l’on demandait seulement aux élèves un résumé dn chaque paragraphe , et que l’on n'exigeait pas qu’ils en fissent l’analyse grammaticale. Il suflil d’avoir quelque notion des king et des autres ouvrages qui faisaient la base des examens , pour comprendre que cette analyse est eu effet beaucoup plus difficile qu’un simple résumé.
» d’arrondissement qui connaissaient bien deux Ring,
• les T suit sse , qui étaient choisis parmi les hommes » du peuple et connaissaient bien trois King , enfin » ceux qui avaient été gradués au collège des Quatre- » Portes et désiraient continuer leurs études, étaient » tous admis au grand collège (4) On pouvait passer » du grand collège à celui des fils de dignitaires. » Chaque année, à la cinquième lune, il y avait va- » cance à l’époque des chasses impériales; à la neu- » vième lune , il y avait encore vacance pour la dis- » tribution des habillements (d’hiver). On accordait
• un congé avec subvention de route à ceux qui de- » vaient aller à plus de deux cents li (environ vingt » lieues). On renvoyait ceux qui n’obéissaient pas aux » maîtres ainsi que ceux qui s’absentaient trop long- » temps. Les permissions d’absence étaient de trente » jours pour le congé du milieu de l’année , de cent » jours en cas d’affaires graves ou de deuil ; enfin de » deux cents jours pour soigner les parents malades. » Les causes qui motivaient le renvoi d’un élève » étaient indiquées sur un rapport spécial. Les fils et » petits-fils des officiers du cinquième rang au moins » qui étaient renvoyés étaient adressés au ministre de » la guerre pour être punis. Chaque année , au milieu » de l’hiver, les inspecteurs des collèges d’arrondisse- » ments provinciaux ( Tchcou , Ilieti ) présentaient les » noms des élèves qui avaient une instruction et une
(1) Nous voyons déjà Ici que les concours provinciaux offraient aux aspirants uue voie indépendante de celle des collèges de province. Je reviendrai tout à l'heure sur ce Tait Important, en parlant de l’organisation des concours sous les Tliang.
» conduite parfaites ; ils les adressaient aux ministres » d’État chargés de la direction des collèges de la « cour. »
Ce long passage que je viens de traduire textuellement nous offre le résumé de l’organisation des collèges de la capitale et des provinces, sous les Thang , telle qu’elle fut réglée définitivement, vers l’an 630, par l’empereur Thaï-tsoung. Cette première organisation , consignée dans des statuts spéciaux ( Lo-iien ), fut une sorte de base fixe pour diriger la conduite et la gestion des préposés littéraires. En général , nous devons remarquer que presque tous les fondateurs des dynasties qui ont régné en Chine , ont commencé par promulguer un règlement définitif pour tous les services de l’administration publique , de sorte que toute recherche relative à l’un de ces services doit principalement être dirigée sur l’histoire des premiers règnes de chaque dynastie.
Les conditions de l’admission aux collèges supérieurs de la cour des Thang, furent modifiées par les successeurs de Thaï-tsoung ; plusieurs de ces collèges furent tour à tour supprimés, puis rétablis ou remplacés par d’autres établissements , désignés sous d’autres noms. Je rapporterai plus loin , par ordre de dates, les décrets qui sanctionnent ces changements; mais auparavant je dois dire que le Kiven CX11 de VYu-haï nous fournit encore de nombreux détails sur la première organisation des collèges de la dynastie Thang, et sur les dénominations des divers officiers qui leur furent attachés. Je ne puis traduire tous ces détails, qui offrent beaucoup de répétitions. Ils se com-
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posent de faits empruntés aux biographies des lettrés qui ont vécu sous les premiers empereurs Thang , ainsi qu’à deux sections des annales de cette dynastie, intitulées section du règlement des officiers de la cour et section des choix et présentations. Je mentionnerai seulement quelques faits qui me paraissent compléter l’exposé de Ma-touan-lin , et je renverrai aux nombreux articles de l’ Yu-hai les personnes qui voudraient remonter aux sources originales.
On lit à l’article du collège des fils de l’État ( Yu-liaï , Kiv. CX1I, fol. 13): «Cinq Po-ssc sont attachés à » cet établissement avec le titre de Po-sse des cinq » King. Les élèves sont divisés en cinq classes, dont » chacune comprend soixante noms. Chaque classe » étudie l’un des cinq King suivants : le Tcheou-ti, le » Y— Zi , le Li-ki , le Chi-king , édition du commentateur » Mao , et le Xcliun-tlisieou , d’après la chronique de » Tso-khieou-ming. » — Je remarquerai que le Chouking n’est pas mentionné ici. Le résumé de Matouan-lin ne lui donne que le rang de King de second ordre. — « Les étudiants sont placés par rang d’âge « (pour assister aux leçons). En dehors de leurs exer- » cices ordinaires sur les leçons , ils s’appliquent à la » connaissance des deux sortes de rites pour les événe- » ments heureux ou malheureux. S’il y a une cérémo- « nie publique ou particulière (à l’extérieur ou à l’inté- » rieur du palais) , ils y assistent et pratiquent en- » semble les rites consacrés (conformément au mode » décrit dans le Tclieou-li). Les cinq l’o-sse ont sous » eux cinq professeurs ( Tsou-hiao ) , et quatre direc-
* teurs des explications ( Tchi-kiang ) , chargés de les » suppléer. »
On lit dans le même kiven , fol. H : « Il y a six Po-sse au grand collège. Les élèves sont divisés en cinq classes , dont chacune comprend cent élèves , et étudie des King différents (1 ). »
Il est dit à l’article du collège des Quatre-Portes ( Sse-men-hio ) (2) que ce collège a six Po-sse , six Tsou-liiao ou professeurs, quatre directeurs des explications ( Tchi-kiang ). Ce document est extrait, comme les deux précédents , de la section des officiers de la cour. Le Thoung-lien , ouvrage que j’ai déjà cité plusieurs fois et qui fut composé sous les Thang, ne compte que trois professeurs attachés au collège des Quatre-Portes durant la période Tching-kiouen (627 650). il rapporte que ce même collège existait sous la dynastie des seconds Weï et qu’il avait été créé pour compléter le nombre des quatre collèges de la cour impériale, mentionnés par le Li-ki ; car, en Chine, toute proposition d’une institution nouvelle doit être fondée sur l’imitation de l’antiquité.
« L’école de calligraphie, dit encore YYu-hdi (3) , » a deux Po-sse et un professeur ( Tsou-hiao ) , lesquels > sont chargés d’exercer les élèves à l’imitation par- » faite des formes de caractères employées pour les » King gravés sur pierre , ainsi qu’à celle des carac- » tères du Owue-wcn et du Tsm-lin. En même temps ,
(1) Suivant un extrait des six statuts (f.o-tien) , il n’v avait que trois Poste au grand collège.
(2) Yu-haï, kiv. CXII , fol. 16.
(3) Yu-haï, kiv. CXII, fol. 16, v.
» les élèves doivent s’habituer aux autres formes de » l’écriture usuelle. * Les auteurs chinois affirment que l’école de calligraphie existait déjà à la cour des Han. Ils appuient cette assertion sur un passage de Pankou que j’ai cité dans ma première partie (1). Cependant il résulte d’un extrait des six règlements ( Lo tien), rapporté par l’ Yu-liaï (2), qu’on ne trouve aucun document relatif à l’organisation de cette écolé depuis la dynastie Han jusqu’à celle des Souï. Sous cette dernière, il est parlé de deux officiers appelés Po-sse de l’école de calligraphie (3). Cette école fut supprimée en 618, rétablie en 628, puis supprimée quelques années après, enfin rétablie pour la seconde fois en 662. Nous trouverons plus loin la mention du bureau des archives secrètes ( Pi-chou ) , qui paraîtavoir quelques rapports avec l’école de calligraphie. En effet , ce bureau des archives secrètes a été spécialement institué pour étudier les écritures des royaumes extérieurs.
« D’après la section des officiers de la cour (4) , » l’école des lois était dirigée par trois Po-sse et par » un Tsou-hiao qui expliquaient aux élèves les lois » et les édits ( Liu-liny ). Ils leur faisaient aussi étudier » en même temps les statuts ( Ki-clii ) et les lois pé- » nales ( Fa-li ). » Cette école existait sous les Souï ; elle fut supprimée l’an 618 au commencement de la
(1) Voyez page 65.
(2; Klv. CXII, fol. 16, v.
(3; Ces charges furent évidemment créées par Yang-ti, qui attira des savants à sa cour, et favorisa tous les genres d'études.
(à) Vu-haï, kiv. CXII , fol. 17, v.
dynastie Thang. Suivant l’ancienne histoire officielle de cette dynastie (1) , elle fut rétablie l’an 632. Elle fut encore supprimée en 658 et rétablie en 662.
Enfin , toujours d’après la même section des officiers de la cour (2), « l’école du calcul avait pour instruc- » teurs deux Po-sse et un Tsou-liiao. » Le texte nomme ensuite les divers ouvrages que cite Ma-touan-lin et qui formaient la base des études de cette école. Il ajoute : « Dans les six collèges, les honoraires des » professeurs en titre, les rites, les corrections, les » examens et promotions sont les mêmes qu’au collège » des fils de l’État ( Koue-tseu-liio ). Les fonctions • des professeurs (Tsou-liiao) et de leurs subor- » donnés sont également les mêmes dans tous ces » établissements. » Ainsi, les dispositions du règlement que j’ai cité d’après Ma-touan-lin, s’appliquaient aux six collèges de la cour. L’école du calcul , qui paraît avoir existé sous les Souï (3) , fut d’abord supprimée par les Thang. Sa renaissance date de l’an 628 ; ensuite, elle fut supprimée en 658 et rétablie en 662 avec les écoles des lois et de la calligraphie. D’après une note jointe par l’auteur de VYu-haï à ce passage , l’un des ouvrages suivis à l’école des mathématiques de la dynastie Thang , le Kicou-lchang-souankin< j ou autrement Kieou-ichany-sonan-ya , contenait
(1) Il y a deut histoires des Thang, que l’on distingue par les noms d'histoire ancienne et d'histoire nouvelle. Toutes deux existent A la Bibliothèque royale de Paris, dans la collection des vingt-quatre historiens de la Chine.
(2) Yu-hài, ki v. CXII, fol. 18..
(3) On lit dans la biographie de Ma-so : Les Sou! nommèrent, les premiers, un Po-sse de l’écnle du calcul.
les neuf mêmes sections que l’on trouve dans l’édition de cet ouvrage donnée au XII" siècle par le célèbre Tchon-hi (1 ) , et ces neuf sections avaient identiquement les mêmes titres. On peut donc admettre avec toute vraisemblance, que les notions mathématiques contenues dans cette édition étaient déjà connues des Chinois , à l’époque des Thang : mais il n’est pas certain qu’elles ne leur fussent pas venues de l’Inde , au moins en partie , puisque nous savons par les catalogues chinois qu’il existait en Chine, au moins sous les Thang, un traité de la science des Po-lo men ou Brahmanes. Le bonze Y-ha, qui fut chargé, vers l’an 721, de la révision du calendrier chinois, paraît aussi , d’après l’assertion de l’empereur khang-hi, avoir employé les méthodes des Musulmans (2).
Dès l’an 619, le fondateur de la dynastie Thang , Kao-tsou, avait fait élever, dans l’enceinte du collège impérial , deux pavillons consacrés à Tcheoukong et à Confucius. 11 avait ordonné d’y célébrer des cérémonies en leur honneur, au commencement des quatre saisons de l’année. En outre, il fit prendre des informations sur les descendants de ces hommes illustres , et leur accorda des offices de premier ordre (3). L’an 630, Thaï-tsoung abolit les cérémonies accomplies en l’honneur de Tcheou-kong ; il déclara y que , dans tous les collèges de l’empire , on vénérerait
(1) Elle es! comprise dans son Y-li. u *
(3) Voyez l’ilistoire de l'astronomie chinoise, par Gauhil, éditée parle père Souclet, page <X>, et l’Abrégé de l'histoire des Thang, par le même Oaubil, 3* partie, à la tinte de la page IC.
(3) Yu-liaï , Itlv. CXll, fo>. 8. lYenhian-lhouny-khan, kiv. XIJII, loi. 15.
Confucius sous le titre de l’Ancien sage , et Yen-tseti , son disciple favori, sous celui de l’Ancien maître (1). Ils furent ainsi les protecteurs de l’enseignement public auprès des esprits célestes. Depuis lors , cet usage se maintint, et les établissements d’instruction furent placés sous l’invocation de Confucius, tantôt seul, tantôt joint à un autre sage de l’antiquité. Kao-tsoung décida que Confucius serait définitivement honoré seul, comme le sage et le savant par excellence. En conséquence , il lui conféra le titre de Souverain de la diffusion des principes réguliers ( Wcn-siouen-watig) , et lui consacra un pavillon spécial dans l’enceinte du collège impérial : ce pavillon fut inauguré l’an 658 (2).
Kao-tsou s’était occupé de relever les collèges du haut enseignement dans tout l’empire : son successeur, Thaï-tsoung, acheva ce qu’il avait commencé, et le règne de ce prince est signalé par les historiens comme une époque de grande prospérité pour l’instruction publique el les collèges. En même temps que Thaï-tsoung augmentait et développait les établissements annexés à la cour, il créa des écoles dans les cantonnements des troupes d’élite d’infanterie et de cavalerie. Ces éeoles furent dirigées par des Po-sse chargés d’expliquer les King. « Alors, disent lesannalesofïiciellesde la dynastie » Thang, lesprincesdestroisroyaumes deCorée ( Kao-li , » Pe ihsi,Sin-lo), dupaysde/vao-fc/ianÿOudesOuigours, »de Tou-fan (le Tibet), envoyèrent leurs filsau collège «impérial. On compta plus de huit mille élèves dans
(1) Ku-haï, kl». CX1I, loi. !).
(S) Wtn-kian-thoung-khaa , kiv. XLIII , fol. 18 v.
» les établissements dépendants de ce collège ; à aucune • époque des temps anciens et modernes, sa prospérité » n’avait été aussi remarquable (1). •
Art. 2. — Di* l'organisation des concours sous les premiers empereurs de la dynastie Tltang.
La constitution générale de l’administration , établie par les deux premiers empereurs de la dynastie Thang, fixa simultanément l’organisation des concours et celle des collèges , et ces deux institutions ont eu tant de rapports entre elles que je ne puis continuer l’histoire des collèges, sans dire ce qui fut alors fait pour les concours. En suivant cette marche , je m’écarte du plan que Ma-touan-lin et l’auteur de 1 Yu-liai ont adopté pour classer les documents fournis par Ie9 annales historiques. En effet, ces deux auteurs ont disposé dans des sections distinctes de leurs recueils , d’une part, tous les documents relatifs aux concours , et de l’autre tous ceux qui se rapportent aux collèges des différents ordres. Ainsi, le kiven 29 de la compilation de Ma-touan-lin traite exclusivement des concours sous les Thang, et tout ce qui est relatif à la situation des collèges sous, cette dynastie , est reporté aux kiven Al et A6 de la même compilation. Ce mode de classement est convenable pour des ouvragesdu genre des glossaires, et \'Yu-htri peut jusqu’à un certain point
(1) Wen-hian-ihuiiny-khao , kiv. XLI, fol. 14, v. Le nombre des professeurs et gradués attachés aux établissements de la cour fut porté à 3GO» pour imiter le nombre des officiers de la cour de Tcbcou. V. le Tcheou-li , kiv III. Art. Siao-lsaï, fol. 9 de l’édition impériale.
être rangé dans cette catégorie : mais il a ici l’inconvénient grave d’obliger fréquemment à des renvois ou à des répétitions; cardans la plupart des passages historiques, il est simultanément question des collèges et des concours. Déjà, en traduisant le long passage sur les collèges des Thang , extrait des Annales officielles par Ma-touan-lin, j’ai cité moi même deux ordres de gradués envoyés des provinces aux collèges de la capitale, et je ne dois pas tarder plus longtemps à expliquer leur différence. Je vais donc placer immédiatement ici l’exposé général des dénominations affectées aux gradués et des différentes sortes de concours que Matouan-lin a inséré en tête de son kiven XXIX, et qui est reproduit aussi par l’ Yu-hai, kiven CXV, fol. 10, v. Je mentionnerai ensuite par ordre de dates les changements apportés par plusieurs empereurs à l’organisation des collèges ainsi qu’à celle des concours.
Ma-touan-lin dit , d’après la section des choix et présentations , annexée aux Annales des Thang : « Les » séries des gradués nommés par des concours sous
• cette dynastie furent, pour la plupart, imitées de » celles qui existaient sous la dynastie Souï. En géné- » ral , il y eut trois modes principaux pour être admis » au nombre des gradués. Ceux qui provenaient des » collèges de l’État étaient appelés élèves ( Seng-tou ); » ceux qui provenaient des présentations faites par les » arrondissements étaient appelés présentés par le dis-
• triel ( Uiang-koung ). Les uns et les autres s’adres- » saient directement aux préposés supérieurs qui les » admettaient ou les renvoyaient. Les listes des gra- » dués ainsi reçus comprenaient des Sieou-tsaï , des
» Miny-kiny , des Tsin-s.se , des T.sun-sse (1), des sa- » vants dans les lois ( Ming-fa ) , des savants dans les « caractères ( Ming-iseu ) , des savants en calcul ( Ming- • suuan). Il y eut aussi des gradués pour laconnais- » sance des trois histoires spéciales (2) ou de l’une » d’entre elles; il y en eut pour la collection des ritespu- » bliée par l’empereur Hiouen-tsoung dans la période » Khuï-youen (713-741). Il y eut des concours pour la » doctrine du Tao ; il y eut des concours spéciaux » entre les jeunes gens ( Thouny-tseu ). Les Mintj-king » ou savants dans les livres sacrés furent divisés en » sous-ordres de Ming-king, connaissant deux , trois et » cinq King. Il y eut trois ordres de gradués pour Pé- » tude approfondie d’un King , des trois livres des rites » ( le Li-ki , le Y-li , le Tclieou-li ) , et des trois chro- » niques , de Tso-khieou-ming , Koung-yang et Kou- » liang. Enfin il y eut une série de gradués en histoire » générale. Telles étaient les dénominations affectées » aux présentations faites annuellement ou autrement » aux concours réguliers. En outre , lorsque l’empe- » reur conférait lui-même par un rescrit spécial le titre » de gradué , cela s’appelait choix par ordonnance im- » périale ( Tclii-kiu ). L’empereur se réservait ainsi le » droit d'élever jusqu’à lui les talents extraordinaires. » C’était le troisième mode pour arriver à être gradué.
« On distinguait les choix faits dans les six collèges
(1) J’ai donné plus haut, pages 60 , 61 , 140, 143, la traduction de ces quatre dénominalions.
(2) D’après le Stao-hio-kan-lou , les trois histoires (San-sse) désignent le Chau-kinr) , le Chi-king , et le Tchun-thsieou.he Siao-hio-kan-lou est .in traité des noms collectifs inséré dans l'appendice de l’Ku-Aaï.
• ou écoles supérieures de la capitale, dans les collèges » provinciaux et les deux hôtels d’enseignement
• ( Kouan ) (1). Déplus, les individus examinés et choi- » sis sans qu’ils appartinssent aux collèges de l’État » ! Hio-kouan ) formaient la série des présentés par les
• districts ( Hiung kong ). Tous recevaient un diplôme » particulier qui les distinguait des autres habitants
• de l’arrondissement où ils résidaient. Lorsque l’exa- » men était fini, l’officier supérieur qui l’avait dirigé » réunissait les candidats admis et les recevait suivant
• le rite de l’ancienne cérémonie du Li-ki , dans la- » quelle les hommes de chaque district (//ionj) se réu- » nissaient pour boire le vin sacré. Il observait avec
• eux les règles des salutations entre l’hôte qui reçoit » et l’étranger qui est reçu. II disposait les vases sa- » crés , préparait les instruments de musique , sacrifiait » une victime de la petite espèce (2), et chantait avec » les gradués l’ode du Chi-king , qui commence par ces » mots: Le cerf fait entendre son bramement... Quand
• les individus ainsi présentés s’étaient rendus au chef- » lieu de la province, on séparait leurs noms : on leur
• fournissait un certificat avec la déclaration du lieu » où ils résidaient. Alors ces documents étaient con- » trôlés ensemble par le ministère du revenu public , net les individus présentés étaient examinés par les
• officiers extérieurs appelés Kkao-kony-youen (3). »
(1) J’ajoute ici cette phrase, extraite de l' Yu-haï , kiv. CXV, fol. 10 v. Klie est nécessaire pour compléter le texte de Mu-touan-lin.
(S) Les Chinois distinguent des grandes et des petites victimes pour les sacrifices. Les premières ne peuvent être sacrifiées que par l’empereur es les hauts dignitaires.
(3) Yu-haï, kiv. CXV, fol. 26, v.
Bien que cet exposé ne soit pas aussi net qu’on pourrait le désirer, il en résulte qu’il y avait alors trois modes pour obtenir un titre de gradué : l’examen dans les collèges de la capitale et des arrondissements, l’examen aux concours libres des provinces, enfin la nomination par un édit spécial de l’empereur. Ce sont les trois modes généraux indiqués par la seconde phrase du texte que cite Ma-touan-lin. L’ Yu-hai nous donne l’abrégé du même texte et ajoute (1) : « L’em- » pereur se réservait le droit d’appeler de sa propre » autorité dans les quatre parties de l’empire les gra- » dués vertueux , capables et savants. En outre , il y » avait le choix par examen pour la carrière militaire » ( Wou-kiu) . En général, on punissait les officiers » chargés des choix et présentations, lorsque les grades » étaient accordés à des hommes qui ne les méritaient » pas , lorsqu’il y avait du désordre dans les choix et » de l’irrégularité dans les examens. »
Voici maintenant quelques détails sur la manière dont se taisaient les examens des diverses séries. Matouan-lin nous dit encore , d’après la même section des présentations : « Sous les Thang , l’examen pour » le grade de Sieou-tsaï consistait en cinq compositions « sur des questions politiques ( Thse-ou-tao ). Les can- » didats agréés étaient classés par quatre numéros de » mérite. Les candidats au grade de Ming-king, ou sa- » vant dans les King, faisaient d’abord une composi- » tion écrite sur une question politique ; ils subissaient » ensuite un examen oral dans lequel on leur deman-
lt' Vu-haï, klv. CXV, fol. 10, v.
» dait le sens général de dix articles des King ; puis , » ils répondaient par écrit sur cinq sujets relatifs aux » affaires de l’époque. Comme les Sieou-isdi , ils étaient » classés par quatre numéros de mérite. Quant à l’exa- » men sur les rites de la période Khaï-youen (71 3-741), » ceux qui comprenaient le sens général de cent arti- » clés, et répondaient par écrit sur trois sujets de » composition , obtenaient des faveurs extraordinaires » ou au moins le titre de membre du gouvernement (1), » qui les rendait aptes à gérer un office. Ceux qui com- » prenaient le sens de soixante-dix articles , et qui ré- » pondaient convenablement par écrit sur deux sujets » de composition , étaient gradués d’ordre supérieur. » On examinait séparément les officiers de la haute j» administration qui désiraient concourir; ceux qui » étaient reconnus capables étaient déclarés Y-tching- » youen ou conformes à la rectitude. Quant au concours • sur les trois chroniques (Tchouen), les interrogations » étaient faites sur le sens général de cinquante articles » du Tso-tchouen, et sur celui de trente articles pris dans » les deux chroniques de Kong-yang et de Kou-liang. » Tous les aspirants de cette série composaient par » écrit sur trois sujets. Ceux qui comprenaient le sens » de sept articles au moins (2), et faisaient une com-
(1) Kouan. C’est, je crois, la meilleure traduction que l’on puisse donner Ici de ce mot": car nous verrons plus loin que celui qui était déclaré Kouan n’était pas pour cela Investi immédiatement d’un office. Il était seulement reconnu apte à servir dans l’administration.
(2) Il semble qu'il faudrait lire dans ce passage et dans le suivant soixante et dix articles, et non simplement sept articles. Cependant le même caractère Tti sc retrouve dans la citation des mêmes phrases rapportées par l’ Y u- haï.
» position satisfaisante sur deux sujets, étaient gradués » d’ordre supérieur. Dans le concours sur le6 histoires , » on demandait le sens général de cent articles de l’un
» des ouvrages historiques , et on proposait trois sujets » de composition. Ceux qui comprenaient sept articles, » et répondaient convenablement sur deux des sujets » proposés , étaient reconnus capables de comprendre » une histoire. Dans le concours sur les trois histoires » spéciales (1) , ceux qui les comprenaient toutes rece- » vaient des éloges et étaient déclarés membres du » gouvernement. Les candidats pour le concours des » jeunes gens devaient être âgés de dix ans au plus. » Ceux qui pouvaient lire dix lignes prises dans un » cahier de l’un des Ring, du Hiao-king ou du Lun- • yu , étaient déclarés membres du gouvernement. » Ceux qui en lisaient correctement sept étaient re- » connus Tchu-chin ou inscrits dans la série des indi- » vidus hors ligne, aptes à être employés (2).
» Les aspirants au grade de Tsin-sse . créé, comme » nous l’avons vu, par Yang-ti de la dynastie Souï, » devaient faire une pièce de vers réguliers ou irrégu- » liers ( Clii-fou ) , traiter en prose cinq sujets relatifs » aux affaires du temps , et développer un thème pro- » posé sur un Kinrj de premier ordre (3). Ceux qui » réussissaient complètement dans ces trois genres
(1) Voyez plus haut, page 274, la note relative au sens de cette expressiou.
(2) Tchu-chin, une personne en Age d’entrer dans les affaires de la vie : Dict. de Morrison , part. II , au caractère Chin Cette expression a ici un sens plus général.
(3) Je complète ici le texte du ft'en-hian-thoung-khao par celui de
rru-Aaï.
» d’épreuves avaient le n" 1. Ceux qui tràitaiènt con- » venablement quatre des questions politiques et com- » mettaient quatre fautes au plus dans le thème sur les » King avaient le n" 2.
» Les aspirants au grade de savants dans les lois » {Ming-fa) étaient examinés sur sept articles des lois » pénales ( Uu ) et sur trois articles des décrets impé- » riaux ( Ling ). Ceux qui les comprenaient tous parfai- » tement étaient gradués de premier ordre. Ceux qui » en comprenaient au moins huit étaient gradués de » second ordre (1). »
Ma-touan-lin passe ici sans transition à des détails qui concernent les élèves de l’école de calligraphie et de l’école du calcul. Je les ai déjà extraits de VYu-haï, et traduits dans l’article précédent. Il continue et dit : « Les élèves des hôtels ou collèges appelés Houng-wen • et Tsoung-wen (voyez page 259) étaient examinés sur » deux King , l’un de premier, l’autrede troisième ordre, » ou sur deux King de second ordre. Ils étaient aussi » examinés sur les mémoires historiques de Sse-ma- » thsien, sur l’histoire de la première et de la seconde » dynastie des Han, ou encore sur l’histoire détaillée des » trois royaumes (2). Quelquefois ils traitaient par écrit » cinq questions sur les affaires de l’époque. Ils étaient » toujours examinés sur dix sujets de composition , choisis » dans les King et dans les grandes histoires. Pour être
(1) Suivant rru-haï, klv. CXIÏ, fol. 17, v, le grade de Ming-fa se donnait à l’école des lois
(2) Il s’agit ici de la première histoire de cette époque, qui forme la suite de l’histoire des Han. Elle a été refondue sous les Soung par l’auteur du roman qui porte le même titre.
» gradués d’ordre supérieur , ils devaient satisfaire sur » six des sujets pris dans les King , et sur trois de ceux » qui se rapportaient aux grandes histoires ou aux af- » faires du temps. En général , il y avait des punitions » instituées pour les présentations d’individus incapa- » blés, pour les choix faits irrégulièrement et pour les » malversations commises dans les examens. * Cette phrase est semblable à celle qui termine le passage que j’ai tout à l’heure extrait de YYu-haï.
Parmi toutes ces séries officielles, plusieurs ne comptèrent qu’un très-petit nombre de gradués, à cause de la difficulté de l’examen. Vers l’an 651, Kao-tsoung supprima le concours de la série des Sieou-tsaï, parce que les candidats admis n’avaient pas rempli toutes les conditions prescrites (1). Cette série fut rétablie en 736, mais, comme il ne se présenta pas decandidats, malgré l’appel du vice-président du département des offices, elle fut abandonnée en 742, et se confondit avec celle des Tsin-sse dont l’examen était moins sévère. « A » cette époque, dit 1’ Fit-/w/(2 ) , les étudiants du peuple » et les alliés de la couronne qui aspiraient à un grade » littéraire , concouraient seulement pour les deux sé- » ries des Ming-king et des Tsin-sse , » et encore , ils se contentaient d’obtenir les derniers numéros de ces séries. On lit dans le résumé placé en tête de la section biographique des savants lettrés, jointe aux Annales desThang(3): « La série des Sieou-tsaï fut longtemps
(1) tY en-hian-lhoung-khao , kiv. XXIX, fol. 4. Yu-haï , klv. CXV, fol. I I , v.
fï) Yu-haï, kiv. CXV, fol. 11.
(î) tYen-hian-thoung-khao , klv. XXIX, fol. 4.
» négligée. La série des Miny-king avait été divisée en » quatre numéros de mérite. Celle des Tsin-sse avait » aussi deux numéros de mérite , selon le système éta- » bli par les Han. Mais, depuis la période Wou-te » (618-627), les promotions des Miny-king se compo- » sèrent uniquement de numéros 4; les promotions des » Tsin-sse se composèrent de numéros 2. La plupart » du temps, sur mille individus qui concouraient pour » le grade de Tsin-sse , un ou deux étaient admis par » chaque centaine. Un nombre double de candidats se » présentait pour le grade de Miny-king : mais lapropor- » tion de ceux qui l’obtenaient était de un ou de deux » sur dix. » Il ne faut pas attacher une valeur trop rigoureuse à ces chiffres , qui indiquent simplement que le nombre des candidats admis était très-faible.
Tels furent lespremiersrésultatsproduits par les concours publics sous les Thang. Nous connaissons déjà, d’ ailleurs, laconstitution réglementaire qui régissaitalors les collèges, autre voie ouverte pour arriver à un grade littéraire ou scientifique. Nous pouvons donc recommencer patiemment la revue des édits et des autresdocumen ts relatifs à ces deux parties de notre sujet , sans être embarrassés par les dénominations que nous pourrons rencontrer. Comme ces documents sont encore nombreux, je crois utile, pour mettre plus de clarté dans leur analyse , de revenir ici au classement adopté par Ma-touan-lin et par l’auteur de l’ Yu-haï. Conséquemment, je formerai un troisième article avec les faits relatifs aux collèges proprement dits, et je réserverai pour un dernier article ceux qui se rapportent spécialement aux concours. D’après ce plan, le troisième
paragraphe de mon mémoire sera divisé en quatre articles.
Art. 3. - Des collèges sous IesThang, de l'an 630 à l’an 901.
L’an 662 (2° année Louny-so) Kao-tsoung voulut rendre quelque lustre à la capitale orientale ( Lo-yang ), que ses prédécesseurs avaient délaissée pour retourner à l'ancienne capitale occidentale , Tchang-ngan ou Singan-fou du Chen-si. En conséquence , il fonda à Loyang un nouveau collège impérial (K oue-lseu-kien) qui fut , comme le premier, une réunion de collèges supérieurs. Le texte historique nomme parmi les divisions du nouveau Kone-tseu-kien une école de calligraphie dépendant du comité Lan-iliai qui paraît avoir été un comité de rédaction des ordonnances (1) , une école du calcul , relevant du comité des archives secrètes (Pi-ko) (2) v une école des lois dirigée par le comité de l’examen des peines ( Tsiang-hing ) (B).
L’an 706 (2e année Giin-loung), l’empereur Tchoungtsoung détermina la rétribution que chaque étudiant devrait remettre aux préposés du collège dont il voudrait suivre les leçons. Selon toute apparence , ce nouveau règlement fut établi , afin de diminuer les dépenses nécessaires pour subventionner les collèges , en mettant à la charge des élèves une partie des frais de
(1) L’historien Pan-koti , sous les Han , avait le titre de Lan-thaï-ling. (4) Le dictionnaire de Khang-hi , au caractère Thaï , Bas, 8683 , dit que le comité Pi-ko fut appelé Un-thaï sous lesThang. Voyer aussi Mor rison, 1" partie, au caractère Kouan , n° 59.
(3! m-hinn-thnurig-khao , kiv. XI.I , fol. !\ , v. '
l’enseignement. Nous trouverons plus loin des données historiques cjui confirment cette conjecture.
Ce décret de l’an 706 est reproduit par Ma-touanlin, kiv. XLI, fol. 15, v. On y lit ce qui suit : « Les » étudiants , à leur entrée dans un collège , obser- » veront envers les maîtres ou professeurs le rite de » la rétribution ( Cho-sieou ). Cette rétribution variera » suivant l’ordre des collèges Ainsi elle consistera » en trois pièces de taffetas clair, au collège des fils » de l’État et au grand collège, en deux pièces de » même étoffe au collège des Quatre-Portes, et en une » seule pièce au collège des gradués venus des pro- » vinces(l). Il ne sera de même demandé qu’une seule » pièce de taffetas pour l’entrée aux trois écoles des » lois, de la calligraphie et du calcul, et en général
* aux collèges d’arrondissement de premier et de se- » cond ordre. En outre * les professeurs de tous ces » établissements recevront du vin et de la viande » sèche. Sur cette rétribution , trois parts seront at-
* tribuées aux Po-sse et deux parts aux professeurs » ^ Tsou-hiao ). » Un auteur, nommé Hoüng-chi , donne à ce sujet les éclaircissements suivants (2) : « On lit » dans les six dispositions réglementaires ( Lo-lien) de
* la dynastie Thang: les élèves du collège des fils de » l’État offrent , à leur entrée dans cet établissement, » un panier rond , rempli d’étoffes de soie liée (Clio) , » une grande mesure (Hou) de vin , une grande por- » tion (Nynn) de viande hachée (Sieou). Ces pré-
(i) C'était une fraction du collège des Quatre-Portes. (J) W'in-hian-thnuntj-khan , kiv. XLI, fol. 15, v.
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» sents constituent la rétribution ( Cho-sieou ) due au » maître (1). Le même règlement s’applique aux » élèves du collège des Quatre-Portes , et à ceux des » trois écoles des lois , de la calligraphie et du cal-
» cul (2) « Ceci montre , dit Ma-touan-lin , quel
» était le taux de la rétribution allouée aux profes- » seurs. Un autre document, intitulé Rites de la pé- » riode Khdi-youen (713-712) , et publié sous Hiouen- » thsoung , indique la rétribution offerte par les fils du » souverain (Hoang-lseu) , et décrit le rite qu’ils sui- » vaient pour la présenter. » Ce second document est une sorte de formule de l’étiquette chinoise. Yoici ce qu’on y lit : « La rétribution des fils du souverain com- » prend un panier rond contenant cinq pièces d’étoffe » mince de soie liées ensemble ( Cho-pe ) , une grande » mesure et deux mesures inférieures de vin (un Hou et » deuxTeou), une grande portion ( Ngan ) et trois petites » portions (Ting) , ou autrement un grand plat et trois » assiettes de viande hachée. Le fils du souverain , re- » vêtu du costume des élèves du collège , se présente » au dehors de la porte de l’établissement , et pose ces » trois objets à l’angle sud-ouest du bâtiment (3). Il » fait quelques pas en avant et dit : Un tel reçoit les » leçons du maître; il ose demander la permission de
(1) On voit que cette expression a été formée, en réunissant les deux caractère Cho , lié, et S'ieou , viande hachée. Le caractère Uou, mesure de vin , a été supprimé pour abréger. La même expression désigne encore aujourd'hui le salaire des maîtres, Voyex Morrison , 2* partie , au caractère Shrlh pour Sieou.
(2) Je supprime ici quelques phrases sur les études des collèges , qui feraient répétition avec ce que j’ai déjà traduit.
(3) On sait que cet angle sud-ouest est la partie sacrée des maisons chinoises.
» le visiter. Celui qui tient le panier le donne alors au » fils du souverain qui l’offre en fléchissant le genou , » et de nouveau salue. Le Pousse lui répond et salue à » son tour. Le fils du souverain recule et se retire pré- » cipitamment (comme s’il voulait s’enfuir : il suit ainsi * le cérémonial prescrit par le chapitre Khio-li du » Li-ki entre l’hôte qui reçoit et l’étranger qui est » reçu). Immédiatement, il avance et fléchit le ge- » nou (1) Le Po-sse reçoit les étoffes de soie. Le fils » du souverain salue et arrive (dans la salle d’étude). » Quand il sort, il fait les mêmes démonstrations. Le » même rite, pour l’entrée et la sortie du collège, est » pratiqué par les élèves des collèges d’arrondissement » de premier et de second ordre. »
D’après les termes du premier et du second décret, mentionnés dans ce passage de Ma-touan-lin , l’élève ne pouvait suivre les leçons du maître ou du professeur qu’après lui avoir remis préalablement la rétribution prescrite pour son salaire. Nous ne serons pas étonnés de voir cette rétribution payée en nature de produits, si nous nous rappelons que les appointements des officiers civils et militaires étaient généralement estimés en quantités de grains (2). Les Chinois ont toujours été très-avares de leur monnaie, qui n’était encore composée sous les Thang que de pièces de cuivre allié d’étain ; ils aimaient mieux payer en soie , viande et vin. La rétribution scolaire, ici indiquée, nous paraît peu considérable ; mais l’enseignement s’est
(1) Je supprime ici quaire caractères, comme a fait l’auteur du Kkiunckou-pi-khao , en citant ce passage , klv. IV, fui. 14 , ». ti) Voyez, dans la première partie, la note de la page 107.
toujours donné en Chine à des prix très-modérés.
Ce même décret de l’an 706, qui fixa larétribution due aux professeurs , admit au collège impérial les fils des alliés de la couronne , depuis le troisième jusqu’au cinquième degré de parenté. Par un autre décret de l’an 717, les gradués, présentés par les chefs d’arrondissements pour concourir aux grades de Tsi/i-sse et de Ming-ktng, durent se réunir dans le pavillon de Confucius, à l’intérieur du collège impérial, et rendre leurs respects à ce grand maître, avant de subir l’examen de capacité devant les supérieurs du même collège (1). Une troisième ordonnance de l’an 719 autorisa les élèves du collège impérial , ainsi que ceux des collèges Houng-wen et Tsoung-wen , à paraître en corps devant l’empereur, au premier jour de la troisième lune de chaque saison. Elle stipula en outre que l’on admettrait au collège des Quatre-Portes , avec le grade de Tsun-sse, 1° les élèves des collèges d’arrondissements du second et du troisième ordre , âgés au plus de vingt-cinq ans et fils d’officiers des huit premiers rangs ; 2° les hommes du peuple , âgés au plus de vingt et un ans , qui connaîtraient à fond un des Ring, ou qui montreraient du talent pour les compositions éloquentes et pour l’étude de l’histoire (2). Cette même ordonnance est rapportée à la vingt et unième année Khaï-youen (733), dans le Kiven XLVI du Wen-liian-tlwung-kliao, fol. 11 :
« L’an 723 (onzième année Khai-gouen), l’empe-
(1) ff^en-hian-thnung-khan, kiv. IV, fol 18, v. 2) W'en-hian-lhoung-khao, kiv. XLI, fol. 17, v.
» reur Hiouen-tsoung fonda près de sa cour une bi- » bliothèque nommée Bibliothèque de la double recti- » tude ( Li-tcliing-clwu-youen ). 11 y plaça des lettrés » savants dans les belles études , tels que Siu-kien , du » cabinet des archives secrètes , et Ho-tchi-tchang , » Po-sse du ministère des rites. Les uns mirent en » ordre les ouvrages manuscrits; les autres s’occupè- » rent des explications. Tchang-choue fut préposé à la » révision des ouvrages destinés à la publication. 11 » défendit la nouvelle bibliothèque contre un haut fonc- » tionnaire qui disait que cette institution était sans » utilité pour le service de l’administration , et accu- » sait de paresse ceux qui s’y trouvaient employés. » Tchang-choue lui répondit que les anciens princes » profitaient des instants de paix pour construire des » palais et se livrer aux plaisirs ; qu'en conséquence » l’empereur pouvait bien aussi , sans inconvénient, » se distraire en appelant près de lui des savants et » s’occupant de publications littéraires. Un autre était blissement , l’hôtel de la littérature étendue ( Kouang - » tven-kouan) , fut aussi fondé par le même, empereur. » 11 nomma Po-sse de cet hôtel le lettré Tehing-kien » qu’il désirait attacher à sa personne. Tching-kien » apprit sa nomination ; il ne savait pas en quoi con- » sistaient ses nouvelles fonctions : il le demanda au » sous-directeur ou vice-président ( Tsai-tsiang ) du » ministère des offices. Celui-ci lui dit : L’empereur » augmente le collège impérial ; il établit l’hôtel de » la littérature étendue pour y placer ou loger les » hommes qui se distinguent par leur savoir. On dit » généralement que les Po-sse de la littérature étendue
» sont les successeurs directs des sages de l’anti- » quité (1) : c’est un adage connu des générations » anciennes et modernes. Tching-kien accepta donc » la direction de cet établissement créé pour lui. Mais » de longues pluies dégradèrent les bâtiments qui en » faisaient partie. Les préposés (aux travaux publics)
* ne firent pas les réparations nécessaires. Le collège » impérial fut dirigé par des ignorants et le nouvel
• établissement fut abandonné. »
, Enfin, on trouve l’an 738 (26' année Khaï-ijoven) un décret publié à l’occasion d’une amnistie générale par le même empereur pour donner une nouvelle extension aux collèges des départements. Hiouen-tsoung recommande de multiplier ces collèges et d’y placer des professeurs, conformément à l’exemple des anciens souverains qui avaient amélioré les hommes et perfectionné les mœurs, en élevant des écoles jusque dans les moindres cantons (2). L’histoire mentionne aussi la cérémonie célébrée par Hiouen-tsoung au tombeau de Confucius pendant un voyage qu’il fit, en 725, au mont Thaï-chan du Chan-toung (3).
Cependant les lettrés n’étaient pas tranquilles. Ils redoutaient toujours les progrès des deux sectes de Fo et du Tao qui étaient rentrées en faveur à la cour, sous le règne de l’impératrice Wou-heou (684-705)(&).
(1) (Vero-hian-thaung-khao , kiv. XLI , fol. 17,- T. Lis Chinois citent toujours des dictons, des proverbes populaires dans leurs discours.
(2) ff'en-hian-lhoung-khao, kiv. XLVI, fol. 11.
(3) Gaubil, abrégé de Vh'stoire des Thang , à cette date.
(A) Won-heou nomma un bonze général en chef de scs armées, et consulta les bonzes pour se faire guérir d'une maladie. Voyez V Abrtgè de l'histoire des Thang , par Gaubil , aux dates des années 689 et 699.
L’an 710, un lettré présenta contre ces sectes une requête qui fut rejetée par l’empereur Chi-tsoung. L’an 713 , Hiouen-tsoung éleva l’eunuque Kao-li-che au grade de général, et à partir de cette nomination in solite , on vit renaître à la cour l’influence des eunuques, ces ennemis constants des lettrés (1).
Hiouen-tsoung favorisa les sectateurs de Fo et du Tao à l’époque même où il se montrait le plus zélé pour la propagation de l’enseignement des livres classiques. D’une part, il décerna à Confucius le titre de prince et honora ses disciples des titres affectés aux dignitaires (739) , et de l’autre , il accepta d’un magicien (734) l’offre du fameux secret de l’immortalité et s’enticha des idées de la secte du Tao dont le fondateur, Lao-tseu , passait pour l’ancêtre de sa famille. Suivant la section des choix et présentations ( Siouen kiu) des Thang (2), # il autorisa, en 744, la création » de collèges appelés Tsoung-hiuuen et spécialement » destinés à l’étude des ouvrages attribués aux grands » philosophes de la secte du Tao, Lao-tseu, Tchoang- » tseu, Wen-tseu et Lie-tseu (3). Des examens fuit rent ouverts sur la doctrine exposée dans ces ou- » vrages et donnèrent lieu à des promotions nouvelles
(1 Voyez V Abrégé de l’histoire des Thang , par Gaubll , pour ce fait et pour les suivants.
(2) Yu-haïy kiv. CX1I, fol. 20, v.
(3) Tchoang-tscu vivait vers l’an 368 avant J.-C. Lie-tseu lui est antérieur. Suivant quelques auteurs chinois, il publia son ouvrage l’an 368 avant J.-C. Wen-tseu doit être VVen-tchong-tseu, qui passe pour avoir vécu du temps de Meng-tseu, conséqucment au 4* siècle avant notre ère. J’extrais ces dates d'une note placée 4 la l” page de l’introduction de la traduction du Tao-le-king , par M. Stan. Julien.
» composées de gradués dans la bonne voie ( Tao-kiu ).
» Les collèges de ce genre, établis dans chacune des » deux capitales orientale et occidentale, eurent cent » élèves. Ceux qui lurent élevés dans les chefs-lieux des » départements en eurent un nombre indéterminé. Les » préposés eurent le même rang que ceux du collège » impérial. L’ordre des promotions et des examens » fut semblable à celui qui avait été adopté pour les » Ming-king ou savants dans les King. Des l’an 719, » Iliouen - tsoung avait composé un commentaire » sur le livre de Lao-tseu (Tao-te - king) , et re- » commandé cet ouvrage aux savants de l’empire. Il » ordonna même de le substituer au Cliou-king et au » Lun-gu dans les concours provinciaux pour le grade » de Kiu-jîn (1). Vers la fin du règne d’Hiouen- » tsoung, l’an 753, le livre de Lao-tseu fut remplacé » dans ces concours par l’ Y-king (qui est aussi peu » clair). Selon la section historique des ofiieiers de » la cour ( Pe-kouan ), le premier collège Tsoung- » liiouen , fut institué l’an 737 dans le temple du sou- » verain du monde. L’an 7/j2, des collèges du même » nom furent établis dans les deux capitales et reçu- » rent chacun cent élèves instruits par un Po-sse et » par un professeur. Plus tard , les titres de ces pré- » posés furent modifiés. » Ces détails sont encore confirmés par d’autres documents.
(1) Ce litre, que nous rencontrons ici pour la première fois, a remplacé celui de Tsim-sse, que nous avons vu plus haut. Il désigne le deuxième grade littéraire au-dessus de celui d’élève des collèges. Kiu-jîn peut ^onc être traduit par licencié.
On peut lire dans le kiven XXIX, fol. 7, r., du Wen-hian-thoung-khao, l’observation faite par Matouan-Iin sur ces mesures d’Hiouen-tsoung : « Les » six King, dit-il, et les explications que nous ont » laissées Koung tseu et Meng-tseu contiennent des » principes qui peuvent éclairer les officiers de l’ad- » ministration et habituer les gradués à leurs devoirs. » Mais est-il possible de réunir avec eux , pour l’en- » seignement public , le traité de Lao-tseu? » En effet , le traité de Lao-tseu fait consister la vertu suprême dans l’inaction absolue, et les personnes qui ont pu (ire cet ouvrage obscur dans la savante traduction de M. Stanislas Julien , seront de l’avis de Ma-touanlin sur son inutilité pour former des administrateurs. Hiouen - tsoung sacrifiait donc le but constant de l’enseignement public en Chine à son goût pour les spéculations philosophiques ou à sa faiblesse pour les Tao-sse qui lui promettaient de le rendre immortel.
Sa tête s’affaiblit vers les dernières années de sa vie; il se croyait sûr de vivre éternellement, et racontait des visions surnaturelles qu’il avait eues. Il témoigna une confiance aveugle à un Tartare , nommé Ngan-lo-chan , auquel l’histoire reproche de n’avoir pas su un seul caractère chinois ; il le nomma grand général de l’empire. Ce Tartare paya d’ingratitude son bienfaiteur et se révolta contre lui (756). Il battit les troupes de So-tsoung , fils de Hiouen-tsoung , se déclara empereur lui-même, et fut tué, après avoir ravagé les provinces du nord. Son parti se soutint encore quelques années, et les Tibétains firent des in-
cursions jusque dans la capitale, Tchang-ngan , qui
fut saccagée (1).
Enfin les troubles s’apaisèrent quelque temps avant l’avénement de Taï-tsoung , qui eut lieu l’an 763. Ce prince rendit , l’année suivante (2e année Kouang-ie), un édit pour réorganiser les études interrompues parla guerre : il rappela les étudiants dans les écoles supérieures de la capitale et leur accorda une subvention en grains (2). Deux ans après, il inaugura la réouverture du collège impérial , relevé de ses ruines , et ordonna d’y admettre comme élèves les fils de généraux qui voudraient s’appliquer aux études classiques. Mais les lettrés furent très-mortifiés de voir la direction de cet établissement confiée au chef des eunuques, Yu-tchao-ngan, qui était sous-administrateur (Tsài-siang) au ministère des offices. « Cet eunuque, » dit le texte des annales, avait quelque habileté pour » l’explication desKing; il savait manier le pinceau » et croyait que son talent embrassait tontes les con- » naissances humaines. Nul n’osait le contredire. » Nonobstant la réclamation d’un secrétaire impérial (3), il se constitua juge des compositions et commit beaucoup d’erreurs.
De la réinstallation de Taï-tsoung , l’an 763 , date la décadence des empereurs Thang, qui s’abandonnèrent à l’influence des eunuques. Le système général de
(1) Voyez I 'Abrégé de l’histoire de la dynastie Thang , par Gaubil, à celte date.
(2) ft'en-hian-thoiing-khao , kiv. XLI , fol. 17, v. — A hr égide l'histoire de la dynastie Thang , par Gaubil , à l’an 76(5.
(3) Tehoang-chou-che-jin. Voyez Morrison, 1'* partie, au caractère /fourni , art. 30. Tchoung-chou , écrivain de l'Intérieur.
l’administration conservait toujours virtuellement la forme qui lui avait été donnée par les premiers empereurs; et de là résulte que la seconde période de ladynastie Thang, dans laquelle nous entrons, offre beaucoup moins de documents que la première sur l’organisation de collégeset de l’instruction publique. On trouve seulement quelques requêtes qui prouvent que les préposés des collèges s’acquittaient mal de leurs fonctions et que les prescriptions du règlement officiel étaient très-inexactement observées. Telle est celle que présenta le lettré Koueï-tsoung-king (1) pour signaler la manière vicieuse dont se faisaient les admissions au collège impérial et aux écoles supérieures qui en dépendaient. Ce lettré demande en outre que l’on change les noms et titres des préposés, que l’on intervertisse l’ordre des King adoptés pour l’enseignement, enfin que l’on modifie la rétribution due par les élèves aux professeurs. Je ne donnerai pas la traduction de ce long placet, qui fut rejeté par un conseil des grands officiers , parce que l’on craignit de faire des changements au règlement établi. On voit par l’histoire de Li-kien-yeou , citée au fol. 15, Kiven IV du Khiundiou-pi-kliao , que le désordre s’introduisit dans tous les collèges. La rétribution était le plus souvent mal payée , et des Po-sse , des professeurs furent obligés de travailler la terre pour subsister. Les choses en vinrent au point que les Po-sse même du collège impérial n’avaient plus de quoi manger et pleuraient de désespoir. Les professeurs du collège de la littérature
(1) Wen-hian-lhoung-khao , kit. XL] , fol. 18.
étendue ( Kouang-wen ) n’avaient pas de tapis pour s’asseoir. Les empereurs, dirigés par les eunuques, s’inquiétaient peu de ce désordre, et ne songeaient qu’à obtenir des Tao-sse le fameux breuvage de l’immortalité : trois d’entre eux périrent victimes de leur folle confiance dans ces charlatans.
L’an 807 , l’empereur Hian - tsoung fonda un collège impérial à Lo-yang qui devint la capitale orientale et créa cent places d’élèves pour ce nouvel établissement. « Depuis la période Thiien-pao (742-756) , dit » Ma-touan-lin (1), les collèges de premier et de second «ordre tombèrent en décadence : les étudiants sedis- » persèrent. Durant la période Young-ilutï (765-766) , » des places d’élèves furent créées au col lége impérial de » la capitale occidentale : mais cette institution fut mal «organisée. Sous Hian-tsoung, la capitale occidentale » (Tchang-ngan ), et la capitale orientale (Lo-yang) eurent, chacune, un collège impérial, divisé en sections » ou collèges spéciaux. Le premier de ces établissements » comprit 80 places d’élèves au collège des fils de digni- » taires, 70 places d’élèves au grand collège, 300 au col- » lége des Quatre-Portes, 60 au collège Kouang-wen, 20 » à l’école des lois , 1 0 dans chacune des écoles de lacal- » ligraphie et du calcul. Le second collège impérial fut «divisé de même en sept sections, et on lui attribua » 100 places d’élèves, dont 10 furent affectées au col- »lége des fils de dignitaires, 15 au grand collège, 50 » au collège des Quatre-Portes , 1 0 au collège Kouang- » tven et à l’école des lois : il y eut enfin trois places
(1) W'en-hian-thoung-khao, kiv. XLI, f. 31, v, et 32.
» d’élèves à l’école de calligraphie et deux à l’école du «calcul. »
Mais cet édit de Hian-tsoung ne réforma point les abus qui subsistèrent toujours. L’an 819, un osdeÉouddha ayant été offert à ce même empereur, le lettré Hanyu lui adressa une requête contre le développement de la doctrine bouddhique, et lui exposa la triste situation de l’enseignement classique (1). Han-yu demande que l’on se conforme aux six articles réglementaires ( Lo- lien ) des premiers empereurs Thang ; qu’en conséquence , l’on admette au grand collège les candidats sans fortune et sans protection qui auront du mérite , que les examens se fassent d’une manière plus large, et que l’on fournisse un nombre suffisant de rations pour les élèves. « Durant les dernières années, dit-il, le dé- » partement des offices s’est réglé pour les admissions » sur la fortune des candidats et non sur leur mérite , » ce qui décourage les étudiants de l’époque actuelle. Je » demande que ceux qui ne connaissent pas à fond les » King et les chroniques classiques ( Tchouen ), ou qui » n’ont pas parcouru en totalité les grandes histoires, ne • soient pas assimilés aux docteurs ( Tsin-sse) et aux gra- » dues du deuxième degré, ou licenciés^" iu-jîn), réguliè- » rement reçus. » L’empereur recommanda de mettre une nouvelle sévérité dans les examens , pour se conformer aux grandes vues des anciennes dynasties.
On trouve ensuite deux décrets sur les collèges : l’un.
(1) IVen-hian-thoung-khao , kl». XLI, fol. 21. On peut lire la traduction de cette requête dans l’ouvrage de Ouhaidc , t. II. Édit, in— fol w p. 515. Édit. In— û”. p. 6SI.
de Wen-tsoung , autorise, en 833, les fils des grands dignitaires à entrer au grand collège ; l’autre, de Woutsoung , enjoint , en 843 , d’inscrire sur les registres du grand college les fils des grands officiers ainsi que les lettrés fixés dans le district de la capitale qui se prépareront pour les concours aux grades de Ming-kinq ou de T’sin-sse. 11 statue que les autres gradués inférieurs, fixés dans les districts hors de la capitale, seront de même reçus dans les collèges de ces districts (1). Je terminerai en notant une ordonnance publiée durant la période Ilien-thoung (860-874) pour rétablir l’ancien costume des docteurs ( Tsin-sse ) admis à rendre leurs hommages à Confucius , et consacrer des fonds à la création de collèges cantonnaux ( Tsianq , S/m) destinés à l’enseignement des King et des cérémonies sacrées.
Il y a dans VYu-haï, kiv. CXII, fol 23, un article qui me paraît plus curieux que ces édits : c’est celui des écoles de médecine établies sous les Thang. Il nous fait connaître l’organisation de ces écoles, et cite les ouvrages adoptés pour l’enseignement qui s’y donnait. Voici la traduction des principaux documents qu’il contient : « D’après la constitution gouvernementale des » Thang , il y avait à la cour une charge de grand mé- » decin , avec le titre de Po-sse de la médecine. Ce » fonctionnaire s’occupait spécialement du traitement » des maladies du peuple. Il étudiait les ouvrages in- » titulés Pen-isao (traité des plantes primitives), Kiu-y » (traité du cycle des jours) , et Me-king (traité du
(1) ffen-hian-thouiig-khai) , kiv. XU, fol. 21 v. et 22.
» pouls) (1). Il faisait des leçons sur chacun de ces ou- » vrages séparément. Durant la période JVou-te (618- » 627) , cet office comprit un Po-sse et deux profes- » seurs ( Tsou-hiao ). Durant la période Tching-kiouen • (627-650), on supprima un de ceux-ci. La troisième » année de cette seconde période (629), des places de » Po-sse et d’élèves pour la médecine et les plantes mé- » dicinales furent créées dans les premiers chefs-lieux » de l’empire (2). L’an 713 (3), le nom de ces Po-sse » fut remplacé par celui de Po-sse des écoles de méde- » cine. Des professeurs furent nommés pour les chefs- » lieux de districts secondaires. On consigna dans » un recueil spécial cent et une expériences faites sur » des plantes. On le distribua aux Po-sse et aux profes- » seurs , en leur recommandant d’essayer les plantes » dont les effets n’avaient pas encore été observés. Au- » cune école de ce genre ne fut établie dans les districts » où il y avait peu de plantes médicinales (A). L’an 739, » cette institution fut confirmée par une nouvelle ordon- » nance , et les Po-sse des écoles de médecine s’occu- » pèrent des maladies qui pouvaient se manifester dans
(1) Le premier Pen-lsao est attribué à l’empereur Chin-noung, que la computation officielle fait régner vers l’an 3218 avant J.-C. On sait que ce nom de Pen-lsao est encore aujourd’hui le titre générique des traités chinois d'histoire naturelle Je crois que le livre Kia-y désigne ici un traité des jours heureux et malheureux pour l’application des médicaments. Quant au traité du Pouls, on sait que les médecins chinois prétendent juger île la nature de toutes les maladies par le mouvement du pouls.
(2) On lit de même dans l’ancienne histoire des Tbang : « Le 16' jour de la 9* lune de la 3' année Tching-kiouen (629) , on établit des écoles de médecine dans les arrondissements. »
(3) Je supprime , pour abréger, les noms des années chinoises.
(fl) D’après le Iioei yao , cité par l’ Kti-Aaï , ce fut seulement l’an 723 que l’on nomma les premiers Po-sse des écoles de médecine.
» le ressort de leurs arrondissements. D’après le Hoéi- » yao, chaque école de médecine eut 20 places d’élèves » dans les districts ayant plus de 100,000 familles, et » 10 dans ceux dont la population était inférieure à ce » chiffre. L’an 743, une ordonnance statua que les « élèves des écoles de médecine départementales se- » raient examinés et classés suivant le mode adopté » pour les licenciés littéraires. Après la réinstallation » de Taï-tsoung , une autre ordonnance de l’an 765 » fixa , pour l’école de médecine de la capitale , le « nombre des Po-sse à trois et celui des élèves à trente. » Les écoles de médecine des arrondissements de pre- » mier ordre eurent chacune trois professeurs ( Tsou- » hiao ) et vingt élèves ; celles des arrondissements » de second et de troisième ordre eurent chacune » un professeur et dix élèves. » Cette ordonnance est la dernière qui ait été rendue sous les Thang, relativement aux écoles de médecine. « Selon la glose » des six règlements ( Lo-iien ) de la dynastie Thang, » l’origine de ce système d’écoles remonterait aux » Tsin , qui créèrent un corps de professeurs pour » instruire des élèves en médecine (1). Sous les Soung,
» l’an 443, le grand médecin de la cour impériale » engagea Tching-tsou, du pays de Thsin, à propo- » ser de créer des écoles de médecine. L’an 453 ,
» on supprima par économie l’allocation destinée à » cette institution nouvelle. Enfin , sous les seconds » Weï et sous les Souï, il y eut des Po-sse et des
(I) Je continue à traduire I ’Vu-haï.
alq
» Tsou-hiao chargés d’enseigner la médecine (1). » Je termine ici l’analyse des documents relatifs aux collèges et aux écoles de diverse nature qui existèrent sous la grande dynastie Thang, et je passe maintenant à la discussion des modifications apportées, sous cette dynastie, à la première organisation des concours. Cette discussion, qui s’étendra jusqu’à la fin du neuvième siècle, fera le sujet de l’article suivant. Elle me fournira l’occasion d’exposer, d’après Ma-touanlin , les diverses manières dont on parvenait alors aux charges administratives. En effet , la possession de ces charges devint le but principal des candidats qui se présentaient aux concours, et les études savantes ne furent plus pour eux qu’un moyen d’avancement.
Abt. 4. — Des concours, jusqu’à la fin de la dynastie Thang.
Nous avons vu plus haut, article 2, que, sous les Thang , les premiers degrés de l’ordre littéraire s’obtenaient généralement, soit en se faisant recevoir élève d’un collège de l’État , soit en se présentant aux concours de la province où l’on était né , et méritant d’être choisi par le gouverneur ou chef de cette province. Cette seconde classe de gradués , tirée directement des rangs du peuple , est appelée d’abord T surisse et ensuite Kiu-jîn. En outre, nous avons vu qu’il y avait à la capitale impériale des concours supérieurs
(1) Le ktven V du Tcheou-li ejpose les fonctions du supérieur des médecins (F-sse), attacbéà la courde l'ancienne dynastie Tcheou, qui remonte au douzième siècle avant J.-C.
pour les grades de Tsin-sse et de Ming-king. Ces concours supérieurs, fondés par la dynastie des Souï, semblent avoir été ouverts à tout aspirant, à la seule condition de bien répondre aux questions proposées. Sous les Thang, les candidats à ces grades supérieurs durent être préalablement examinés et présentés par les préposés des provinces : ce fait résulte du décret publié en 717 par Hiouen-tsoung pour régler les formes de la réception des candidats Tsin-sse et Ming-king. J’ai cité ce décret page 286.
Le Wen-iiian-thoung-khao et YYu-hm nous fournissent peu de renseignements sur les examens préliminaires, dirigés à cette époque par les chefs administratifs des arrondissements. Ces examens paraissent avoir été d’abord annuels, suivant l’ancien mode attribué aux Tcheou. Us furent suspendus par un décret de l’an 753, puis rétablis par un décret suivant de l’an 755(1). En outre, depuis le milieu du huitième siècle, on fit simultanément des examens dans les chefs-lieux d’arrondissement et d’autres examens à la capitale de chaque province. Ceci résulte du deuxième article d’un décret de l’an 733, lequel admetau collège des Quatre-Portes les individus présentés ou gradués dans les arrondissements de premier ordre ( Tcheou ) et n’ayant pas réussi au concours de la province ( Seng chi) (2). Le titre de Kiu-jin , homme présenté , qui désigne actuellement le deuxième grade littéraire , se
(1) (Pen-hian-thoung-khao , kiv. XXIX, fol. 12.
(2) Vu-hai , klv. CXV, fol. 21. J’ai rapporté la 1" partie de ce décret , page 286.
Ut dans deux requêtes, l’une de l’an 76 4, l'autre de l’an 803. Conformément aux termes de la première , les Kiu-jin , candidats pour les séries supérieures , durent être simultanément examinés dans les deux capitales, afin d’abréger leurs voyages. L’autre requête fut adressée par le lettré Han-yu contre un décret qui réduisait et supprimait les examens des Kiu-jin faits par les délégués du ministère des rites (1).
On trouve beaucoup plus de documents relatifs aux diverses séries des gradués supérieurs et spécialement à celle des Tsin-ssc , qui compte plus de gradués que toutes les autres : celle-ci fut conservée par les successeurs des Thang. Le grade de Tshnsse représente actuellement le troisième degré de la hiérarchie littéraire de l’empire chinois.
Dans les premiers concours qui eurent lieu sous les Thang , les aspirants au grade de Tsin-sse ne furent examinés que sur des questions politiques (( lii-ihse), conformément au décret d’Yang-ti desSouï, qui avait créé ce nouveau grade. En 680 , un grand officier, nommé Lieou-sse-li , proposa de les examiner aussi sur les King et sur de6 genres de littérature variée , afin d’apprécier simultanément leur mérite littéraire et politique (2). Ce mode fut adopté, et depuis lors il y eut généralement trois épreuves différentes pour les Tsin-sse. En 752 , les concurrents de cette série étaient successivement examinés sur un Ring de premier ordre, sur le style grave et poétique et sur cinq ques-
(1) W'en-hian-thoung-kkaQy kiv. XXIX, fol. 12 , v, et 14.
(2) Vu-haï, kiv. CXV, fol. 10.
lions politiques. Ces trois épreuves se faisaient par compositions écrites. « En 781, Tchao-tsîen demanda » que dans les examens supérieurs des Ming-king et des » Tsin-sse, l’on remplaçât les compositions poétiques » par des questions politiques extraites des recueils » d’ordonnances impériales (1). En 829, les King de-
* vinrent la base principale de l’examen des Tsin-sse. » On interrogeait d’abord sur le sens général d’un
* chapitre, et les aspirants qui répondaient d’une ma- » nière satisfaisante étaient appelés à en faire l’ana- » lyse. En 824, l’examen des Tsin-sse comprit l’ex- » plication orale des King et une composition écrite » sur des questions politiques. 11 y eut deux interro- » gâtions sur le sens des King et deux également sur » des questions relatives aux affaires du temps (2). » Plus tard v on changea : on institua quatre épreuves. » la première sur la poésie, la seconde sur l’explica- » tion , la troisième sur les questions politiques , la » quatrième Sur les King. » L’histoire de la dynastie Thang contient du reste de fréquentes réclamations Contre la négligence coupable des officiers qui président aux examens des gradués. Il est dit dans plusieurs décrets et requêtes que les concurrents aux grades de Tsin-sse et de Ming-king s’appliquent plus à bien prononcer les mots qu’à bien comprendre le Sens du morceau qu’ils lisent (3).
(1) Yu-haX , kiv. CXV, fol. 1».
(2) Chi-ycou. Celle expression se retrouvera fréquemment sous les dynasties suivantes.
(3) fYen-hitm-tltOung-lihao , kiv . XXIX, fol. 8, à la date de 729 , et ltf, v, à la date de 737.
Ma-touan-lin rapporte, d’après un document de l’époque des Thang , les nombres d’individus qui , sous cette dynastie , ont été chaque année reçus Tsin-sse ou admis dans les autres séries des concours supérieurs (1). Au premier de ces concours, ouvert l’an 622, on ne reçut qu’un A ieou-tsai et quatre Tsinsse. Les listes des années suivantes ne nous offrent de même qu’un ou deux Sieou-isaï , tandis que le nombre des Tsin-sse augmente progressivement jusqu’à l’année 648 , où l’on compte dix-neuf Tsin-sse. Vers 663, les concours supérieurs cessent d’être annuels. Ils sont séparés par un intervalle d’une ou de deux années, et le nombre des Tsin-sse s’élève jusqu’à trente , cinquante et mêmequatre-vingts. Ces chiffrés seraient trop faibles , si l’on s’en rapportait à un autre document du même temps, intitulé Histoire du concours des jeunes gens (2). En effet, il y est dit que, sous les Thang, trois mille individus étaient reçus, chaque année, dans les examens d’arrondissement, comme ayant la connaissance de deux King, et que, sur ce nombre présenté par les délégués du ministère des rites , deux cents étaient inscrits au ministère des offices comme étant hors ligne ( Tchu-cliin ). Nous avons déjà vu que le titre de Tchu-chin était usité dans les bureaux de ce ministère pour indiquer l’aptitude à gérer une charge. Le nombre fourni par ce nouveau document est beaucoup trop fort, comme Ma-touan-lin le prouve par
(1) We,n-hian~thottng-kha<i , kiv. XXIX, fol. 2& & 30.
(2) Thoung-tsev. Nous avons vu dans l’art. 21a mention (le ce concours particulier.
des textes irrécusables. Il cite un décret de l’an 739 qui limite à cent pour chaque année le nombre des Mingking et des Tsin-sse reçus dans l’empire , et un autre, de l’an 827, qui déclare que le nombre des Tsin-sse ne dépassera pas quarante par année, que celui des Ming-kiny ne dépassera pas cent-dix (1). Il rappelle en outre un mémoire rédigé par un candidat refusé qui compte un total de trois mille Tsin-sse reçus dans les deux premiers siècles de la dynastie Thang. « D’après » ce chiffre, dit-il, il n’y aurait pas eu vingt Tsin- » sse reçus par année moyenne. » De cette discussion, il faut conclure que les promotions furent assez limitées dans la série des Tsin-sse. Elles furent encore bien plus restreintes dans les autres séries de gradués énumérées par l’exposé général que j'ai traduit de Ma-touan-lin. Le second décret cité ici par cet auteur prouve que la série des Ming-king ou savants dans les King existait encore en 827 ; cette série reparaît au dixiéme siècle: elle a fini sous la grande dynastie Soung.
A la suite de cette appréciation du résultat général des concours, je dois noter immédiatement la création d’une institution nouvelle dont le nom est devenu célèbre dans les annales chinoises et dont les membres furent habituellement choisis, dès l’origine, parmi les gradués des deux séries Ming-king et Tsin-sse. Je veux parler du comité supérieur de la littérature, désigné par le nom de Han-lin-youen , littéralement : Comité de la forêt de pinceaux. Il fut fondé, vers l’an 740,
(1) Wtn-hian-llioung-khao , kiv. XXIX, fol. 29 et 39.
par l’empereur Hiouen-tsoung , à l'effet de répondre aux questions que le souverain pourrait vouloir faire sur la langue et la littérature. C’est ce comité qui fournit actuellement les historiographes impériaux, les inspecteurs et directeurs de l’instruction publique dans les provinces, ainsi que les examinateurs délégués pour présider aux concours provinciaux. Les Européens qui ont écrit sur la Chine ont donné à ce comité le nom d’académie impériale; mais sa dépendance immédiate de l’autorité ne permet guère de l’assimiler à nos académies. Le local où il réside est considéré comme une salle où l’on attend les ordres de l’empereur. Déjà , en 630, Thaï-tsoung s’était fait aider de plusieurs savants lettrés pour rédiger ses décrets. Quelques-uns de ces lettrés étaient toujours de service à la porte du nord du palais , et de là vint que le peuple les appela les lettrés de la porte du nord (1).
Les Chinois distinguent, dans l’histoire des concours littéraires sous' les Thang, cinq faits remarquables qui sont signalés par l’auteur du Kliiun-clioupi-khao, Kiven IV, fol. 31. J’ai déjà cité plusieurs fois cet ouvrage critique , dont le titre signifie : Examen de divers livres ; et il nous servira encore ici à mettre en relief ces cinq faits qui se trouvent comme perdus au milieu des extraits , des notes que renferment l’ Yuhaï et le Wen-hinn-tlioung-khao. Le premier et le plus important , c’est le changement opéré , l’an 736, dans la direction supérieure des examens et concours
(Il Extrait du Che-konan-pou , Morrisou, 1" partie, caractère Kouan, n0 lfr.
( Koung-kiu ) de la capitale et des provinces (1). Cette direction , qui appartenait jusque-là au ministère des offices, fut transférée au ministère des rites, parce que l’on constata que les officiers extérieurs ( Youen-tuaïlung) , attachés au premier de ces ministères, examinaient et choisissaient avec trop de négligence dans les concours provinciaux qu’ils présidaient. Vraisemblablement, ils n’avaient pas assez d’instruction littéraire pour remplir cette mission. C’est ainsi que déjà on s’était plaint de l’incapacité des Tchoung-lching , sous les Tsin et sous les autres dynasties antérieures à celle desThang. La direction générale des examens et concours fut donc déléguée au vice-président du ministère des rites , et devint depuis lors une des attributions de ce ministère. Mais celui des offices resta toujours en possession du droit de distribuer les places administratives , et les deux ministères furent en rivalité perpétuelle. « Il y eut alors , dit Ma-touan-lin , d’une part » les listes des concours ( Kho-mou ), dressées par ledé- » parlement des rites ; et de l’autre , le choix par la » mesure du mérite ( Thuiouen-siouen ) , dont le dépar- » tement des offices demeura maître. Chaque mois , » chaque jour, ces deux ministères changèrent de règle » et opérèrent sans accord , de sorte que des hommes » gradués par le département des rites n’ont point été » admis aux emplois administratifs , tandis que d’au- » très, qu’il n’avait point reçus, ont été investis de
(t) H^en-kian-tkoung khao, kiv. XXIX, fol. 10, v. y'u-haï , kiv. CXV, loi. 26.
x ces emplois par le département des offices (1). » Ces hommes , ainsi nommés sans égard aux choix du ministère des rites, furent en partie des employés de l’administration inférieure qui s’étaient bien conduits dans les différents services civils (2); et dès le commencement de la dynastie Tbang , cette voie fut ouverte à ceux qui n’avaient pas réussi au concours. Mais la faveur eut une plus grande part aux nominations du ministère des offices. Beaucoup de charges furent concédées sans examen aux fils des hauts fonctionnaires qui maintenaient leurancien privilège et pouvaient encore faire entrer directement leurs fils dans l’administration supérieure. Les fils d’officiers formaient donc, sous les Thang , une classe privilégiée , comme on le voit au Kiven XXXIV, fol. 23, du fVen-liian-lhnuruj-kluio.
« Sous les Weï et les Tsin , qui avaient délégué le » choix des neuf ordres d’officiers aux Tchoiimj-lchiiuj, » les documents historiques, dit Ma-touan-lin , ne » mentionnent pas le privilège des fils de fonction- » naires ( Jin-isen ); mais il est constant que, pendant » la séparation du nord et du midi , qui dura 300 ans , » on eut surtout égard à la naissance pour l’admission » dans les neuf ordres , et que les familles anciennes » eurent de grands avantages sur les familles du peuple. » L’empire du nord avait un règlement pour les habil- » lements des hommes nobles et non nobles. L’histoire
(1) ff'en-hian-lhouny-khao , Kiv. XXXVI, fol. 1. La même observation est reproduite dans le sommaire de la section des examens et présentations, qui fait parlie de la préface.
(2) H en-hian-thovag-khau . kiv. XXXV, foi. 15. Article du I.i-tao.
» dit , il est vrai , que les titulaires des offices , à cette » époque , y étaient nommés comme faisant partie de » la série des hommes pieux et intègres (Hiao-tien), » ou de la série des appelés par le souverain ( Pi-chao ); » mais tous ceux qui se trouvaient dans ces deux sé- » ries, imitées des anciennes séries des Han, apparte- » naient à, des familles nobles. Si les chroniques ne men- » donnent pas séparément les nominations faites par » le droit de protection héréditaire , cela tient à ce qu’il » n’y avait pas de nominations faites différemment. Sous » les Souï et les Thang , on reçut par listes d’examen » au concours ; mais sous les Thang comme sous les » Han , tous ceux qui entrèrent aux offices par la pro- » tection accordée à leur naissance , ne subirent aucun » examen , et furent classés dans la série des choix faits * directement par le souverain. » Après cette note , on lit dans le texte historique : « Sous les Thang , les fils des officiers du premier au cinquième rang jouissaient du privilège de protection ( Yn ) , et devenaient immédiatement officiers du septième rang (1). » Le texte ne dit pas si ce privilège s’étendait à tous les fils d’un officier, ou s’il était réservé au fils aîné. Cette dernière supposition est la plus probable , d’après ce qui eut lieu sous les Soung. Nous avons déjà vu que les fils de fonctionnaires entraient facilement au collège impérial, véritable pépinière d’officiers supérieurs. Les plaintes fréquemment élevées par les lettrés contre la négligence qui se manifeste dans les examens, prouvent suffisamment que les examina-
(1) H-' en-h ian-thoung-khan , kiv. XXXIV, fol. 24.
teurs montraient beaucoup de partialité pour les fils de famille , et constataient bien moins rigoureusement leur instruction que celle des hommes du peuple qui aspiraient aux charges , sans autre titre que leur savoir. Depuis le règne de Taï-tsoung (763), les eunuques de la cour formèrent aussi une corporation privilégiée (1). Conséquemment , la protection et la faveur exercèrent encore une grande influence sur l’admission aux charges , pendant la longue durée de la dynastie Thang, et surtout depuis les troubles des années 756, 757, qui furent le signal de sa décadence.
Les difficultés qu’éprouvèrent les gradués littéraires pourobtenir unecharge , depuis les avènements de Taïtsoung (763) et de Te-tsoung (780) , sont mises en évidence par la note suivante, où Ma-touan-lin résume les plaintes faites à ce sujet par plusieurs hauts fonctionnaires du ministère des rites (2) : « Le discours de
• Tchang li-kong, dit-il , nous fait connaître comment «était coordonné sous les Thang le système des exa-
• mens et présentations. Les individus compris dans » les promotions des arrondissements étaient examinés » en .second lieu par les délégués du ministère des rites, » qui formait ainsi sa liste de promotion ; puis, les indi— »vidus compris dans cette liste de choix étaient encore » examinés au ministère des officiers. Tel était le sys- »tème des Thang. Or, entre les gradués de la liste
• dressée par le ministère des rites, il n’y en avait pas
• un sur dix qui réussit à se faire agréer pour une
(1) tren-hian-thoung-khao , kir. XXXV, fol. 17.
(I) IVen-hiati-thoung-khao , kiv. XXXIX, fol. 29, section du chois des officiers.
» charge par le ministère des offices. D’après ce qui est
• dit par l’annaliste impérial , Weï-tching-pe, la sep-
• tième année Tehing-youen (791) , il y eut à la capitale
• une promotion extraordinaire de soixante-six indi-
• vidus, auxquels on donna le titre d’officiers de la » haute administration. Ainsi, des personnes qui n’a- » vaient pas subi les examens du ministère des rites
• étaient reçues directement au ministère des offices.
• On lit aussi, dans la collection dite Hoéi-yao : « La
• première année Thaï-ho (827), un grand officier,
• ayant le titre de T choung-lchou-mcn-hie (1), adressa
• une requête ainsi conçue : « Ceux qui n’ont en- » core obtenu ni grades ni charges , et qui sont savants
• dans les belles études, se présentent aux concours
• ouverts par le ministère des rites. Lorsqu’ils ont ob- » tenu un grade littéraire et le titre de membre du gou- » vernement , ils se présentent au ministère des offices, » et subissent l’examen définitif qui les place sur la liste
• des séries. Dans les dernières années, beaucoup
• d’hommes sans fortune et d’ officiers sans place qui
• avaient mérité d’être mis sur la liste des concours
• provinciaux , se sont rendus à l’examen ouvert pour » la liste du ministère des offices. Cet examen se faisait » sans règle , sans principe arrêté. Les préposés ignoraient eux-mêmes ce qui devait être l’objet de leur » attention. Ces divers documents nous font reconnaître
• que, dans la seconde période de la dynastie Thang, les
(1) Ce lilren’esl pas dans le Che-kouan-pou. Les deux premiers caractères Tchoung-chou désignent un secrétaire attaché â l’empereur ; mats il s’agit ici d'un grand , officier, dont le titre entier me parait correspondre 1 peu près à notre titre de secrétaire d’état.
» règlements et statuts officiels furent généralement né- «gligés et méconnus. »
Le second fait que signale le Kkiun-chou-pi-khao est l’institution de l’examen devant le palais, qui paraît avoir été établi l’an 690 par l’impératrice Wou-heou. Dans ce mode d’examen , qui fut ensuite adopté pour le concours d’admission au comité des Han- tin, les réponses écrites des candidats Tsin-sse sont comparées et jugées devant le palais impérial (1). Mais Ma-touanlin conteste à Wou-heou l’honneur de cette eréation. Il dit que l’examen ordonné par elle fut analogue aux examens du deuxième degré dans les capilales des provinces (Smg-chi) ; il affirme que Wou-heou ne fit rien de semblable à l’examen devant le palais, qui fut , suivant lui , institué par les Soung.
Le troisième fait est la permission d’entrer au collège des Quatre-Portes , qui fut donnée , en 783, aux candidats présentés par les arrondissements, mais non reçus au concours de leur province. De cette concession que j’ai déjà citée . date l’admission des gradués inférieurs aux colleges de la cour. Le Khiun- clwu-pi-khao note en outre que le programme du concours des Tsitt-sse fut définitivement arrêté par les Thang , et composé d’épreuves sur la poésie régulière et irrégulière, d’explications des King, et de compositions politiques. 11 rappelle enfin que la même impératrice Wou-heou ordonna la première decouvriravec de lacolle les nomsdes candidats placés en tête des compositions , pour empêcher qu’ils ne fus-
(1 IPen-hian-thoung-lihati , kiY. XXIX . fol. A «t 6.
sent connus des examinateurs. Ceux-ci cédaient en effet trop souvent à l’influence des recommandations , et les exemples d’examinateurs corrompus ne manquent pas dans Ma-touan-lin, kiv. XXIX, fol. 16,17. Cette nouvelle mesure de précaution ne paraît pas avoir été conservée par les successeurs immédiats de Wou heou, qui laissèrent le champ ouvert aux recommandations et à la faveur; mais elle fut remise en vigueur sous la dynastie Soung , et devint dès lors une condition indispensable pour la régularité des examens.
Je citerai encore deux faits signalés séparément par VYu-liaï. L’un est la création de l’examen de contrôle ( Fo-chi ), qui fut institué par Wou-heou pour faire vérifier par les chefs des grands districts ( Tcheou ) le mérite des candidats présentés par les arrondissements de 3e ordre (1). Ce second examen fut remis en vigueur par Hiouen -tsoung , l’an 736, et attribué au grand officier nommé Tchoung - chou-men hia. Il fut ensuite négligé , puis rétabli par une ordonnance de l’an 782. Un examen de ce genre eut lieu l’an 821 ; mais il paraît que l’on délivrait d’abord les diplômes aux individus présentés , et il devenait difficile de les leur ôter, s’ils ne satisfaisaient pas au second examen. L’an 823, un vice - président du ministère des rites demanda que l’examen de vérification précédât la remise des diplômes ; mais on craignit que ce changement n’excitât des murmures. L’histoire dit que , l’an 844 , l’examinateur du contrôle ne reçut qu’un seul individu sur trente gradués présentés avec cinq
{1} Vu -haï , kiv. GXV, fol. 30.
Digitiz
membres de la famille impériale. L’an 845 , on refusa sept candidats sur vingt-sept présentés. Le dernier fait relaté par YYu liai est l’institution simultanée des examens de présentation ou des concours supérieurs dans les deux capitales orientale et occidentale, l’an 764, après la réinstallation de Taï-tsoung. Ce double concours se continua jusqu’à l’an 776 (1).
Nous avons vu que, vers l’an 744 , l’empereur Hiouen-tsoung institua des concours spéciaux pour la doctrine du Tao , et accorda aux gradués de ces concours les mêmes privilèges qu’aux Ming-king , savants gradués pourl’intelligence desKing. CesgraduésduTao furent supprimés , l’an 763, par Taï-tsoung (2). Cette même année , le vice-président du ministère des rites représenta que les candidats au grade de Tsin-ssc s’attachaient beaucoup plus à l’étude des ouvrages modernes qu’à celle des King et des grandes histoires. Sur ce rapport, Taï-tsoung joignit aux séries des Minykiny et des Tsin-sse une série de Hiao-lien ( hommes pieux et intègres) choisis également au concours et déclarés aptes aux fonctions administratives. Cette nouvelle série fut supprimée l’an 780 (3).
A la date des années 707 , 714, 780, 785 , 788 et autresjusqu’à l’an 828, lacour ouvrit des concours spéciaux pour choisir des hommes remarquables par leur capacité administrative et pouvant donner des conseils
(1) Wtn-hian-thovng-khao , kiv. XXIX, fol. 12. Vu-haï, kiv CXV, fol. 27.
(2) Vu-haï, kiv. CXV, fol. 32, v.
-J) Ynrhai, kiv. CXV, fol. 31.
utiles au souverain (4). On vit ainsi reparaître des Hien-liattg , Fang-tching, Tching-tjun, Ki-kien, comme au temps des premiers Han (2). Le nombre des individus décorés de ces titres varia de quatorze à vingt dans les différentes promotions. D’autres dénominations analogues se rencontrent plus tard aux années 785,795 et suivantes : elles donnèrent lieu à d’autres choix. Tous ces gradués extraordinaires sont rangés par VYu-haï dans la classe des gradués choisis par décret spécial ( Tchi-kiu ) , en dehors des concours ordinaires , et en vertu du droit réservé à l’empereur. Comme il y eut en tout quatre nouvelles séries ainsi formées, leurs gradués furent appelés gradués ( Kiu jin ) des quatre séries , et subirent leur examen au palais impérial. Ces appels au mérite politique furent quelquefois faits à Pavénement de nouveaux souverains. Ceux qui eurent lieu depuis l’an 780, sous les règnes de Te-tsoung et d’Hian-tsoung peuvent avoir été déterminés par le conseil des eunuques qui cherchaient toujours à contrebalancer l’influence des lettrés.
Enfin, j’ai déjà dit qu’il y eut sous les Thang, comme sous les Han , des concours pour les jeunes gens précoces. *Les enfants de dix ans qui pouvaient » connaître un King ou lire dix caractères dans chaque » livre du Hiao-king, du Lun-yu, furent reçus membres *du gouvernement ou officiers (3). Ceux qui n’en li- » saient que sept furent déclarés Tchu-chin (hors
(1) Yu-haï , kiv. CXV, fol. 24.
(2) Voyei page 135.
[S) fYen-hian-thoung-khao , kiv. XXXV, fol. 2.
• ligne (1 )). » Ces concours furent interrompus en 764, puis renouvelés annuellement de l’an 768 à l’an 775 ; ils eurent encore lieu l’an 828. Il y eut aussi des concours pour le choix des Hiao-li-li-tien , qui furent chargés de surveiller dans chaque canton la conservation de la morale publique et l’exécution des services dus à l’état. Ces délégués furent institués l’an 738 , puis supprimés l’an 764. On trouve encore une ordonnance rendue à leur sujet, l’an 788 (2).
• D’après la section des mémoires historiques (Tchi)
• citée par YYu-haï , kiv. H 5, fol. 33 r., les concoure
• pour l’art militaire ( tVou-kiu) furent institués sous » l’impératrice Wou-heou , l'an 702. Ils eurent lieu
• chaque année. Leurs gradués furent classés par
• numéros de mérite, comme les Mintj-king et les Tsin- » sse , et relevèrent immédiatement du ministère de la
• guerre (3). Le programme déterminait cinq sortes » d’épreuves pour le tir des flèches, savoir le tir sur le » grand but, le tir à cheval et à. pied , le tir égal ( Ping - » chi), le tir de la flèche à tube ( Tong-chi). On examinait aussi les concurrents par le maniement de la lance » à cheval , et par celui de la lance Kiao-kouan. On leur » faisait porter des fardeaux , et on constatait leur bonne
• constitution corporelle. 11 y eut en tout dix sortes d’é*-
• preuves ( il n’v en a que neuf dans le texte). La lance » Kiao-kouan était longue de 1 7 pieds et avait 0picd,35 de » diamètre. On la tenait dans la main gauche , et on
(1) J'ai expliqué plu» haut le sens de cette expression. (3) Tu-haï, kiv. CXV, fol. 38, v.
(3 If^en-hfan-lhnting-khao, kiv. XXXVII, fol. 1.
• devait la manier, sans s’écarter d’un pied de la même » place. 1/ épreuve du fardeau consistait à porter cinq » décuples boisseaux de riz , en faisant vingt pas. » Ceux qui satisfaisaient à ces épreuves étaient reçus, » selon le rite de l’ancienne cérémonie dans laquelle
• les hommes de chaque arrondissement se réunis- » saient auprès de leur chef pour boire le vin sacré ; » ils étaient ensuite adressés au ministère de la guerre. »
Les six règlements officiels ( Lo-tien) des Thang distinguent deux séries pour les examens militaires confiés aux officiers extérieurs du ministère de la guerre. L’une était celle du tir égal de l’arc (Hng-chi) ; l’autre celle de la présentation pour l’art. militaire ( fVou-kiu ). « Ce document compte seulement sept sortes d’épreuves » qui sont : le tir sur le grand but, le tir de l’arc à che- » val , le tir de l’arc à pied, le maniement de la lance à » cheval, la belle apparence corporelle, la prononciation
• distincte, la force pour soulever des fardeaux. Ceux » qui étaient déclarés de premier ordre , dans les deux » séries , étaient signalés à l’empereur par un rapport
• spécial. » D’après le Hoe'i-yao, ces examens militaires avaient lieu chaque année au premier mois de l’hiver. Us furent confirmés par quatre édits des années 731, 738, 742, 748. Ce dernier stipula que les individus gradués pour l’art militaire, dans les arrondissements, se présen teraient au pavillon élevé en l’honneur de Thaïkong , oncle et ministre du premier empereur Tcheou , qu’ils seraient admis à saluer les grands généraux, et se rendraient au pavillon où l’on annonce les victoires des armées. Le nombre des individus gradués pour l’art militaire, chaque année, ne dut pas dépasser dix.
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L’an 800, les concours militaires furent supprimés, sur la requête d’un censeur impérial. Ce censeur avait représenté qu’il était inconvenant que l’on pût sortir de la capitale impériale , ou y entrer , en portant des arcs et des flèches. Ils furent rétablis l’an 808 à la demande du ministre de la guerre qui fit observer que , dans le choix des gradués , les talents civils et les talents militaires devaient être également appréciés.
L’histoire de la dynastie Thang présente en tout vingt et un décrets impériaux , relatifs à l’organisation des collèges dans les capitales et les chefs-lieux d’arrondissements. Il y a dans cette même histoire un nombre presque double d’édits relatifs aux diverses espèces de concours.
§ IV. — D l'instruction publique et des concours , sous les cinq