DYNASTIES DITES POSTÉRIEURES
Après les troubles qui amenèrent la fin de la grande dynastie Thang , vers l’an 907 , cinq familles ou dynasties se succédèrent rapidement sur le trône impérial , pendant les cinquante premières années du dixième siècle. Elles sont appelées ordinairement les cinq dynasties postérieures, parce que chacune d’elles prit le nom d’une dynastie précédente. Matouan-lin cite seulement quatre documents officiels qui se rapportent à renseignement des King , sous ces dynasties éphémères. Je les mentionnerai d’une manière abrégée , pour ne pas manquer à ma fidélité d’historien. /
I/an 909 , sous la dynastie des seconds Liang (1), le supérieur du collège impérial ( Koue-lseu-klen) adressa une requête pour demander que l’on réparât le pavillon consacré au souverain de la diffusion des principes réguliers. J’ai dit plus haut que ce titreiionorifique avait été déféré à Confucius l’an 658 et qu’il lui a toujours été conservé dans les Annales. Le pétitionnaire propose de subvenir à la dépense de cette réparation par une retenue de ~ sur les appointements payés en numéraire aux grands officiers de la cour et de l’empire.
L’an 928, sous la dynastie des seconds Thang, un grand officier ou ministre d’ État (2) présenta à l’empereur Ming-tsoung une requête pour demander qu’on réorganisât les collèges de la cour et des provinces; une ordonnance fut promulguée, conformément aux termes de cette requête qui mentionne spécialement le grand collège et l’école de calligraphie. Elle ne parle pas du rétablissement des autres écoles supérieures comprises dans l’ancien collège impérial des Thang.
L’an 930, une troisième requête adressée par le supérieur du collège impérial rappelle à l’empereur qu’aux termes de l’ancien règlement, les élèves qui entraient dans les collèges devaient payer deux mille deniers (environ 15 francs), pour la rétribution due aux professeurs , et qu’ils devaient en outre payer un droit de mille deniers, lorsqu’ils obtenaient un grade. Le supérieur se plaint des fraudes qui ont eu lieu à ce
(1) ff'en-hian-tkouiig-khao , kiv. XLI, fol. 22, r.
IJ) Tchoting-chou-men-hia. Voye* la note, page 310.
sujet dans les années précédentes. Il dit que les licenciés ( Kiu-jin ) et les élèves gradués des collèges n’ont pas retiré des mains des préposés la copie de leur di<plôme, et n’ont pas acquitté le droit fixé. Il propose en conséquence de remettre en vigueur l’ancien règlement et d’exiger que les Kiu-jin et les gradués retirent cette copie en payant le droit. Ma-touan-lin blâme cette réclamation fiscale qui lui paraît imposer une condition trop dure aux pauvres lettrés. « On fai- » sait alors , dit-il , argent de tout ; on vendait publi- » quement les charges administratives (1). ■ Le. droit exigé pour la délivrance des diplômes nous semble minime : mais, à cette époque, le numéraire était rare en Chine , comme on peut le voir dans mon mémoire sur le système monétaire des Chinois , rédigé d’après les kiven VIII et IX de Ma-touan-lin (2).
, Enfin, on trouve à la date de l’an 955, sous les seconds Tcheou, la mention des réparations ou augmentations faites aux bâtiments et logements du collège impérial ( Kaue-tseu-kien ) (3). D’après le texte, les portraitsdesdix anciens sages furent restaurés. Les figures des soixante-douze illustres disciples de Confucius, ainsi que eel les des vingt et un anciens savants, furentpeintes sur les murs et sur les cloisons des chambres de l’orient et de l’occident. Le texte ne dit pas qu’à la suite de ces réparations matérielles, un grand nombre d’éièvesait fréquenté le collège impérial.
(1) ff'en-hian-thounç-khao , klv. XLI . fol. 22, », et kl». XfcVI , fol. fî.
(7) Journal Asiatique, t. III, 3* *érle.
(3) fY m-hian-thoun g-khao , klv. XUI , fol, 1. Yit-haï , klv. CXH, fol. 24 . v.
Quant aux concours, Ma-touan-lin présente dans tes premières pages de son kiven XXX, le tableau des listes dressées chaque année, sous les cinq dynasties postérieures , pour le grade de Tsin-sse et les grades des autres séries. Il termine ce tableau par l’observation suivante, fol. 9 : « La durée des cinq dynasties «embrasse 52 ans. Durant cette période, les concours
• eurent lieu régulièrement, sauf une interruption de «deux années, sous lesLiang, et une autre également
• de deux années, sous les Tsin. Ainsi, même à cette
• époque où les dynasties se succédaient avec tant de » rapidité , où les lances et les javelots se croisaient , »se frappaient, les concours ne furent pas abandonnés.
• Le nombre des Tsin-sse, reçus moyennement par «année, fut alors à peine moitié de celui qu’on trouve «à l’époque la plus prospère de la glande dynastie «Thang : ce fait n’a rien de surprenant en lui-même,
» puisque, sous les cinq dynasties, il y eut peu de tran- «quillité. Les terres étaient mal cultivées ; les maisons «étaient en désordre ; les officiers se séparaient; le » peuple se dispersait. Quant aux Ming-king ou sa- » vants dans les rites, la dynastie Thang examinait les «candidats de cette série sur l’étude des trois grands «ouvrages rituels et des trois grandes chroniques. Elle
• en recevait un très-petit nombre. Il en fut d’abord » de même , à l’époque des dynasties postérieures : » mais depuis les seconds Tsin et les seconds Han , » le nombre des Ming-king , reçus indépendamment » des Tsin-sse , s’éleva à plus de cent par année. Cette » augmentation peut assez facilement s’expliquer. Pen-
• dant les premiers moments de paix , les lettrés dédai-
• gnèrent les études savantes, et de même les chefs du .» gouvernement firent peu de cas des concours fondés
• sur ce genre d’études. Alors les Tsin-sse ne furent
• appréciés que pour leur talent poétique. Plus tard ,
» au milieu des troubles sans cesse croissants, les études
• s’affaiblirent encore, et les lettrés s’exercèrent seule-
• ment aux branches accessoires du style et de l’expli-
• cation. Les chefs du gouvernement tolérèrent l’ad- » mission de ces faux savants, et le nombre des gradués » qu’ils reçurent se trouva ainsi double de celui qui se » voit à l'époque la plus prospère des Thang. Aux avènements des souverains, on recevait aussi beaucoup
• plus de Ming-king que de Tsin-sse. . En >
• résumé, quoique les concours n’aient pas été aban*
• donnés sous les cinq dynasties postérieures, les » lettrés étaient misérables au milieu des troubles, des » désordres. Us ne pouvaient point s’appliquer à des » études régulières. »
Je vais sortir de ce temps de révolution , pour passer à la réorganisation des études sous la dynastie Soung qui se distingua plus que toute autre par son zèle pour la littérature. La dynastie Han, qui s’illustra par ses conquête!^ "dans l’Asie centrale, est la dynastie guerrière de l’histoire chinoise. Celle des
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Thang, qui enchaîna ces mêmes contrées par une vaste confédération soumise à son patronage, en est la dynastie politique. Celle des Soung, qui négligea la défense des frontières pour s’occuper presque uniquement du développement de la haute littérature , est la dynastie essentiellement littéraire de ces mêmes annales, et conséquemment ses actes doivent ap-
peler notre attention d’une manière toute spéciale.
§ V. — De l'instruction publique et des concours, sous la dynastie SoUNC.
Art. 1. — Première période, comprise entre les années 960-1068.
La dynastie Soung commence l’an 960. Son fondateur, Thaï-tsou, avait été ministre à la cour de la cinquième petite dynastie, celle des seconds Tcheou. Il réunit aisément sous sa domination la Chine fatiguée d’un demi-siècle de guerres , et montra du zèle pour l’enseignement consacré. Dès l’an 962, troisième de son règne, il fit exécuter de nouvelles réparations au collège impérial ou K oue-tseu-kien. Il y réunit des élèves et en confia la direction au savantTsouï-hioung, qui s’adjoignit des maîtres d’étude : ceux-ci furent chargés d’expliquer les livres, comme l’indique leur nom Kiançi-chou. L’empereur visitait régulièrement cet établissement, assistait aux explications, donnait des gratifications aux élèves , et dissertait avec Tsouïhioung sur les passages difficiles des King (1). 11 disait à ceux qui l’accompagnaient que les officiers militaires devaient s’appliquer, comme les fonctionnaires civils, à l’étude des King, pour s’éclairer sur les véritables règles du bon gouvernement (2).
Le collège impérial de cette époque paraît n’avoir été composé que d’un collège spécialement destiné aux fils
(1 / yu-haï, kl». CXII . fol. 24, v.
(2) Mailla , Histoire générale de la Chine , d'après I* Thoung-kicnkhang-muu , tome VIII , page 8.
Digilizadby C
de l’empereur et des dignitaires : car on trouve à l’an 989 une ordonnance qui change son nom contre celui de Koue-tscn-hio , ou collège des fils de dignitaires. Une ordonnance suivante de l’an 994 rétablit le nom dé Koue-tseu-kien, et substitua au nom des maîtres d’étude ( Kiaiig-cliou ) celui de Tchi-kimuj, expliquant régulièrement (1 ). D’après une requête adressée en 975 par son directeur, ce collège comptait soixante dix places d’élèves ; mais les jeunes gens nommés à ces places assistaient aux exercices très-irrégulièrement. Un décret exigea qu’ils demandassent une permission pour s’absenter, et stipula que les places vacantes d’élèves pourraient être concédées à des gradués supérieurs ou Tsin-sse , qui résidaient dans la capitale et venaient disserter sur les King avec les maîtres du collège. Un autre décret de l’an 983 ajouta quatre-vingtquatorze places d’élèves au collège impérial, et en créa soixante-quinze dépendantes du pavillon consacré au prince souverain qui a terminé la guerre ( Wou-tching wamj ) , nom qui peut désigner le premier empereur Soung. Ce pavillon fut aussi placé sous la direction de Tsouï-hioung. H paraît donc avoir été un second établissement destiné à l’enseignement supérieur. On lit dans cet édit de l’an 983 , que des planches d’acier seront livrées au collège impérial. Très- vraisemblablement, les King étaient imprimés sur ces planches : car l’usage de la gravure sur bois, pour les éditions des textes, s’était répandu en Chine depuis l’an 953,
(I) Yit-kaï , kiv. CXII, fol. 24 , , pour cotte citation et les suitantes.
époque à laquelle furent imprimés dans ce pays les premiers billets de banque (1).
L’histoire rapporte en outre que, dès le commencement de son règne, Thaï-tsou fit peindre ou réparer dans l’intérieur du collège impérial , les portraits des anciens personnages qui s’étaient illustrés par leurs travaux sur les King , et assigna à chacun de ces portraits une place correspondante au mérite du personnage représenté (2). Le premier de ces patrons des hautes études fut Confucius , désigné par le nom de l’Ancien sage. Le second fut Yen-tseu , disciple favori de ce philosophe. L’empereur composa lui-même leurs éloges, et les fit écrire au-dessous de leurs portraits. Après eux , on plaça les portraits des dix principaux sages, des soixante-douze principaux disciples de Confucius, et des vingt et un anciens savants. On les répartit sur les murs du collège impérial. Confucius eut d’ailleurs son pavillon spécial, où il fut toujours honoré avec le titre de souverain de la diffusion des principes réguliers (Wen-siouen-wang) (3). Mais le grand collège (Tliaï-hio) , et les autres collèges spéciaux qui avaient existé à la cour des Thang ne furent pas immédiatement rétablis au commencement de la dynastie Soung.
De même, la réorganisation des collèges provinciaux
(1) Voyez mon Mémoire sur le système monétaire des Chinois, Journal asiatique , 3* série, tome III.
(S) Wen-hian-thoung-khan , kiv. XLIII , foi. 29, r. Thaï-tsou confirma ainsi l'édit de son prédécesseur, le dernier empereur de la dynastie des seconds Tchcou.
(3) W^en-hian-thoung-khao, kiv. XLIII , loi. 29, v., décret de l’an 962. Le 44* descendant de Confucius, nommé Koung-y, fut préposé, en 966, aux livres de la ville de Khio feou, patrie du grand homme. Il fut ensuite, en 978, nommé précepteur du prince héréditaire. Voyez le même passage.
ne se fit d’abord qu’avec assez de lenteur. Les premiers empereurs de la dynastie Soung ne publièrent pas , comme l’avaient fait les premiers empereurs de la dynastie Thang, un règlement général pour la réorganisation de tous les collèges de l’empire : ils se contentèrent de sanctionner par des édits l’institution de plusieurs bibliothèques créées par des associations particulières pour l’étude des livres savants. La première autorisation de ce genre fut donnée l’an 977, en faveur d’une bibliothèque placée sur le mont Liu du Kiangtcheou, district qui comprenait alors une partie du Kiang-nan , autour de Kieou-kiang-fou. Elle avait été fondée sous les seconds Thang, et était appelée ordinairement l’école de la grotte du Cerf blanc (1). «Le
• gouverneur du district attira l’attention de Thaï- » tsoung sur cet établissement qui comptait un grand » nombre d’élèves. Conformément à sa demande, l’em-
• pereur accorda à la grotte du Cerf blanc quelques
• exemplaires des neuf King, pris dans la collection du collège impérial. Il fit la même conces-
• sion à la bibliothèque de Chi-kou, fondée par Li-eul
• de Heng-tcheou-fou , durant la période Youen-ho » (806-821) de la dynastie Thang. L’an 1009, quelques
• hommes du district de Yng-thien-fou (actuellement » Koueï-te-fou du Ho-nan), s’associèrent pour bâtir cent » cinquante chambres dans lesquelles ils réunirent des
• milliers de volumes. Un grand nombre d’étudiants y » vinrent travailler et écoutèrent les explications. Ce
• nouvel établissement eut ainsi du succès. Le chef du
(t) IVen-hian-lhoung-khao , kl*. XLVI, fol. 11,». et lî r.
t district adressa, en rapport à son sujet , et ie fit reeou- » naître par un édit spécial sous le nom de bibliothèque »de Yng-thiemf-ou. Le principal fondateur en fut
► nommé professeur. L’an 1015, qne quatrième auto- » risation fut accordée à la bibliothèque de Yo-lo, dans » le district de Than-tGheou , actuellement Tchang-cha-
* fou du Hou-kouang. Elle datait de la période Khaï-pao *(968-976), et reçut un envoi de livres , choisis dans
* la bibliothèque impériale. »
Ma-touan-iin dit à la suite de ce passage : < Au coott- » meri cernent de la dynastie Soung, l’empire posséda
► les quatre bibliothèques dont on vient d’exposer » l’origine et le développement. En outre, il y eut à la
• capitale occidentale (Tchang-ngan ou Si-ngan-fou) la «bibliothèque de Soung -yang, qui obtint un règlement impérial, la première année Tchi-tao (995). Il «y eut aussi dans le district de Kiang-ning-fou ( actuellement Nan-king) la bibliothèque dumontMeou, «qui reçut une allocation de terres cultivables, la se- «conde année Thim-chfng (1024). Mais après cette » époque , on ne trouve plus aucun document sur ces «deux bibliothèques, et les annales mentionnent seu- » lement les quatre noms que j’ai cités plus haut. Aux » premiers temps de la dynastie Soung , il n’existait » pas encore de collèges dans les chefs lieux d’arrondis- » sements. il y eut d’abord des collèges ou écoles de » canton, de bourg. En effet, les collèges d’arrondissement ne pouvaient être créés sans des formalités : il » fallait une proposition faite par les autorités locales , » et une ordonnance d'approbation. Cette ordonnance
• était ou n’était pas mise à exécution... Les écoles de
» canton s’élevaient au contraire par la seule volonté » de sages fonctionnaires locaux qui avaient longtemps » médité sur leur règlement. Le projet, une fois conçu,
• était donc exécuté activement. Dans la suite, les bi- » bliothèques se multiplièrent, et alors elles furent peu à » peu transformées en collèges d’arrondissement. Leurs
• règlements d’étude, ainsi que les concessions de terres » qui leur avaient été allouées, furent transmis directe- » ment à ces collèges , que l’on organisa sur le modèle » des quatre premières bibliothèques. »
Les premiers empereurs de la nouvelle dynastie se montrèrent donc peu zélés pour rétablir les collèges des provinces. Les textes n’expliquent point la cause de cette conduite réservée. Très probablement ces princes agirent ainsi par des motifs d’économie. Ils craignaient d’engager l’État dans des dépenses considérables pour la réparation et l’entretien d’un si grand nombre d’établissements. Mais, indépendamment des collèges provinciaux , l’institution des concours reçut au contraire un grand développement, dès le commencement de la dynastie Soung, parce qu’elte fut considérée comme utile et nécessaire pour procurer de bons officiers à l’administration, en constatant leur mérite par la connaissance des anciens monuments littéraires, La direction de ces concours fut toujours confiée au ministère des rites qui fixa les conditions diverses de l’examen des Tsinsse et de celui des gradués appartenant aux autres séries supérieures. Ces conditions sont exposées dans le passage suivant, extrait par Ma-touan-lin , kiv. XXX , fol. H de la section des examens et
présentations, jointe aux annales de la dynastie Soung. « Sous cette dynastie, ditMa touan-lin, le ministère
• des rites fut chargé des examens et présentations. » 11 organisa le concours de la série des Tsin-sse, ainsi » que ceux des séries de gradués appelées séries des » cinq et des neuf King , série des livres sur les rites , » publiés dans la période Kliaï-youen (713-741), série ■ des trois histoires, série des trois collections de rites,
» série des trois chroniques (1), les concours des sa- » vants dans les études ( Hio-kieou ), des savants dans
• les King (Ming-klng), des savants dans les lois » (Ming-fa), et autres. Les candidats de toutes ces » séries étaient reçus et classés en automne. En hiver,
» on les réunissait au ministère des rites. Au printemps, *■ on les examinait. Les noms de ceux qui satisfaisaient » au programme et méritaient d’être gradués , étaient » inscrits séparément sur la liste officielle, déposée au » bureau du président du ministère. Les candidats pour » le grade de Tsin-sse devaient composer une pièce de » poésie régulière , une pièce de poésie libre ou prose » rimée , et une autre en littérature mêlée. En outre ,
• ils faisaient une composition en cinq articles sur » un sujet politique , une amplification en dix articles
• sur le Lun-gu, enfin une amplification en dix articles » sur le Tchun-ihsieou et le Li-ki, dont ils devaient re- » produire le style et le sens. Les candidats pour la sé- » rie des neuf King faisaient une copie écrite de cent
(1) Voyez page 274- /.«» Irait histoires désignent ici les mémoires deSsema-thsien , l'histoire des premiers Han par Pan-kou , et des Han orientaux par Fan-boa.
» Vingt articles (tirés des neuf King), et une amplifies- » tion en soixante articles , comme épreuve sur le sens »et le style de ces ouvrages. Les candidats pour la série •des cinq King faisaient une copie écrite de quatre- » vingts articles , et une amplification en cinquante articles. Les candidats pour la série des trois collec- » tions de rites faisaient une amplification semblable
• en quatre-vingt-dix articles. Ceux qui concouraient » pour la série des trois chroniques composaient aussi
• une amplification en cent dix articles. La même » épreuve s’étendait à trois cents articles, pour les con-
• currents dans les séries des trois histoires et des trois » livres sur les rites , publiés dans la période Klia'i- » ijouen . L’amplification sur le style , exigée des ///©- » kîeou ou savants dans les études, comprenait cinquante
• articles sur le Chi-king, édité par Mao, dix sur VEul-
• ya et le Hiao-king réunis ensemble , vingt cinq sur » l’Y-king , et autant sur le Chou-king. Les concurrents
• pour le grade de savants en lois (Ming-fa), devaient » répondre sur quarante articles des édits généraux et ides lois pénales. En même temps, ils devaient satis-
• faire au programme pour l’examen sur les King et le » Chi-king de Mao : mais les conditions de ce pro- » gramme étaient adoucies pour eux. Ils devaient seule- » ment faire des réponses justes sur six citations extraites des King. La partie importante de leur exe-
• men consistait dans la solution des questions relatives » aux lois , et s’ils n’y satisfaisaient pas , ils étaient
• renvoyés dans leurs cantons. Ceux dont le pays était » éloigné et situé en dehors des districts soumis direc-
• tentent à l’influence desordres impériaux , pouvaient
obtenir un passe-port à Khaï-foung-fou (la capitale de cette époque ); Une requête était présentée à leur sujet, et ils attendaient la décision de la cour. * « Dans les différents districts de l’empire , les officiers nommés Pen-pomn-kouan examinaient les candidats au grade de Tsin-sse. Les officiers nommés Lou-sse-tsan-kiun examinaient les candidats aux grades des autres séries. Si , parmi ces officiers , il y en avait qui n’eussent pas une connaissance suffisante des King , on les remplaçait par des officiers placés après eux dans l’ordre administratif. Pour les diverses séries , les Pen-ponan-kown contrôlaient le papier destiné aux compositions des examens, vérifiaient sur ce papier le sceau et l’écriture des officiers supérieurs et le délivraient aux candidats. Les inspecteurs et examinateurs jugeaient si les amplifications sur le sens des King étaient ou n’étaient pas satisfaisantes. A chaque épreuve, ils décidaient si les candidats devaient être reçus ou renvoyés. En général , au jour de l’examen , les concurrents devaient tâcher de se rappeler les King qu’ils avaient étudiés, et les notions que leur avaient communiquées leurs professeurs. Puis , on faisait connaître les noms de ceux qui satisfaisaient à l’examen. Les plus distingués par leur savoir étaient classés en première ligne. Les autres étaient classés après eux Rela-
tivement au sens des King sur lesquels ils avaient été interrogés , on écrivait en encre rouge s’ils avaient ou n’avaient pas satisfait. L’officier inspecteur et l’officier examinateur signaient leurs noms au bas de cette note. Les Tsin-sse étaient classés suivant le
» mérite de leur composition en style , et les gradués » des autres séries littéraires suivant le mérite de leur » composition d’analyse. Les listes étaient remises au » bureau d’examen du ministre des rites. »
« S’il y avait parmi les concurrents des individus » infirmes ou affligés de graves maladies , ils ne pou- » vaient être admis. Toute admission injuste, ou tout » rejet injuste d’un candidat donnait lieu à une accu- » sation contre les officiers inspecteurs et examinateurs, » et les faisait suspendre de leurs fonctions. S’ils avaient » accepté des présents pour s’écarter des termes du rè- » glement, les officiers supérieurs obtenaient contre » eux un ordre de la cour. Lorsque des fonctionnaires » en exercice voulaient passer l’examen de Tsin-sse , les » officiers desquels ils dépendaient soumettaient leurs » noms à l’empereur, obtenaient un permis, et les au- » torisaient alors à se présenter. On réunissait au » bureau supérieur des concours cinq ou six candidats » de ce genre, ayantdes garanties de même nature (4). » On ne pouvait dissimuler les causes de rejet , telles » qu’un fait notoire d’insubordination , le deuil de pre- » mier ordre pour un parent , le manque de piété » envers les pères et mères , ou d’amitié envers les » frères et alliés... En tête de chaque copie , on écrivait ♦ exactement l’âge du candidat, le canton où il était » né , le numéro dé l’épreuve qu’il subissait, et le rang » qu’il obtenait. Au mois du milieu de l’hiver, on fai— » sait le choix définitif des candidats , et cette opéra-
(1) Voyez sotis les Han , première partie, page 148, la forme du certificat de garantie exigé des candidats pour le litre de Po-ite.
» tion se terminait à la fin du même mois. A l’époque » où elle devait commencer, l’officier délégué pour pré- » sider à l’examen prenait d’abord des informations et «vérifiait l’exactitude des garanties et certificats pré- » sentés. En général , il était défendu aux candidats * d’apporter des livres, en passant leur examen. Toute » contravention à cette défense était considérée comme » fraude. On permettait seulement aux candidats Tsin- » sse qui composaient en poésie d’apporter avec eux les «dictionnaires Tie-yun et Yu pien. Si les candidats » Tsin-sse faisaient une composition embrouillée, on leur » appliquait l’ancien règlement, et on ne leur donnait » que le cinquième numéro de mérite. Les candidats » aux autres séries qui avaient dix mauvais points dans » la première épreuve étaient aussi classés sous le n° 5. » Ceux qui avaient dix mauvais points dans les deuxième » et troisième épreuves étaient classés sous len" 3. Ceux » qui n’avaient que neuf mauvais points dans les trois » épreuves étaient placés au n° 4. Le compte des numé- » rosdeciassementassignés àchaque candidat était écrit » en caractères rouges sur sa copie et remis au Tchonrj- » chou-men-ltia (1). Bien que la défense d’apporter des » livres existât pour toute espèce de concours , cepen- » dant on ne l’appliquait pas sévèrement aux candi- » data qui avaient déjà été gradués , non plus qu’à » ceux qui concouraient pour le grade de Tsin-sse (2j.«
(I) Ce titre, que nous avons déjà vu sous les Tbang, désigne un fonctionnaire supérieur, peut-être le vice-président du ministère des rites , qui avait la direction des concours.
(J) D’après un passage de Ma-touan-lin , klv. XXIX, fol. 1#, r., les Tbang avaient permis aux candidats Ttin-tie d'apporter des livres. En outre, ils
Ce résumé de Ma-touan-lin est confirmé par I’ Yu-liaî qui énumère dans son Kiv. CXV1 les différentes sortes de concours instituées par les premiers empereurs de la dynastie Soung, et les dénominations affectées aux gradués de ces concours. Outre les séries que cite Matouan-lin , VYu-haï mentionne en 962 une série de lJatsoiii ou hommes supérieurs , laquelle comprenait des hommes n’ayant pas encore un savoir de premier ordre, mais pouvant satisfaire sur trois sujets d’épreuve.. Elle mentionne encore, en 964, trois séries d’individus appelés pour éclairer l’empereur, comme les Hietirlitmg des Han et des Thang, en 970, une promotion d’hommes distingués par la piété filiale, l’amour fraternel , la vertu , la bonne conduite, et choisis dans les arrondissements dé premier et de second ordre, à raison d’un individu par 15,000 familles, enfin, en 975, une autre promotion semblable d’hommes distingués par la piété filiale , l’amour fraternel , l’activité dans les services dûs à l’État, et le talent de bien cultiver (// iao-ti li-iien : nous avons déjà vu, sous les Han et sous les Thang , cette dénomination composée de quatre caractères(l). L’an 972 fut signalé par l’examen des Tsin-sse et gradués des séries ( Tchou-lio ), qui fut fait par l’empereur dans son palais. Cette solennité se
étalent éclairés pour achever le soir leur composition. Un édit de l’an 1006 leur retrancha les chandelles. ld„ kir. XXX , fol. 28.
(1) Yu-haï , kiv. CXV1, fol. 1,3, 6, 10. pV en-hian-thoung-khao , kiv. XXX, fol. 16. L’an 976, un membre du comité des Han-lin fut chargé d'interroger individuellement les tliau-ti-li-lien. Ce fonctionnaire est ap- * pelé gradué d'étude { Ilio sse ) du comité des Han-lin. Ce titre de Hio-tse est généralement porté, depuis les Ming, par tous les fonctionnaires de l’administration.
répéta l’année suivante, à l’occasion de réclamations faites contre les examinateurs ordinaires. Elle se perpétua dans la suite, sous le nom d’examen dans le palais , et devint une garantie offerte aux lettrés qui concouraient pour les grades supérieurs (1). L’empereur jugea désormais en dernier ressort du mérite des compositions. La promotion reçue à l’examen impérial de l’an 973 comprit 26 Tsin-tsse, 38 gradués pour les cinq King, les quatre 1 ivres des rites de la période Klwlyouen, et les trois grandes collections de rites, 26gra dués pour les trois chroniques , 3 pour les trois histoi res, 18 savants dans l’étude (Hio-kieou), et cinq savants dans les lois [Ming-fa). Nous ne voyons pas figurer sur cette liste les Ming-king ou savants dans les King en général qui forment une série importante dans le tableau des gradués supérieurs, sous la dynastie Thang ; mais il paraît que ce grade était de moins en moins considéré. Pour être Ming-king , au commencement de la dynastie Soung, il suffisait de satisfaire aux épreuves de la copie et de la belle écriture (2). Avant l’institution permanente de l’examen impérial , la cour avait déjà ordonné des examens de révision ( Fo-chi ), à deux reprises différentes , l’an 966, après une promotion limitée à onze Tsin-sse , et l’an 968, en faveur des Kiu-jin ou gradués des provinces, dont les pères avaient été appointés du gouvernement (3). Observons immédiatement que les candidats à ces concours supérieurs dé-
fi) Yu-hdi y klv. CX VI, fol 4 et 10 v. ff-'en-hinn-thoung-khao klv. XXX, fol. 14.
(2 fYtn-hian-thaung-khao , kiv. XXX, fol. 13.
(3) Yu-haii . klv. CXVI, fol. 2 , v.
vaient d’abord être présentés par les gouverneurs des provinces et avoir été reçus gradués du second ordre. Les ordonnances que cite Ma-touan-lin les appellent quelquefois Koung-sse ou gradués de la présentation régulière , mais le plus souvent Kiu-jin, hommes présentés (1). Depuis les Soung, ce dernier nom désigne, ainsi que je t’ai déjà dit, le second grade littéraire. 11 correspond donc à notre terme de licencié. Les textes des ordonnances disent que l’empereur examina luimême les licenciés Kiu-jin dans le palais Kiang-wou ou dans le palais Tsoung-tching , que l’on réunit au palais les Kiu-jin des arrondissements, et qu’un certain nombre d’entre eux fut élevé au grade de Tsin-sse.
Thaï-tsoung , fils de Thaï-tsou , suivit l’exemple de son père. La première année de son règne (976), il examina quatre aspirants au grade de Tsin-sse. L’année suivante (977), il présida de même l’examen des aspirants aux degrés des diverses séries énumérées par le résumé de Ma-touan-lin et indépendantes du concours pour le grade de Tsin-sse (2). Ces séries étaient alors appelées les huit séries. Thaï-tsoung reçut 196 aspirants de ces huit séries, et accorda par pitié à sept candidats qui avaient plusieurs fois échoué pour la série des neuf King un rang analogue à celui de mis hors ligne ( Tcliu chin ), pour la série des trois chroniques du Tchun-thsieou. Un autre texte, rapporté au fol. 5 , même Kiven de l’ Yu-hai, dit que Thaï-tsoung
(1) lYen-hian-thoung-khuo , kiv. XXX, fol. IA A 17.
(2) Yu-hai , kiv. CXV1, fol 11.
reçut cette même année 100 Tsin - sse et 207 gradués des différentes autres séries. Ces deux nombres sont reproduits dans un autre document qui est placé à la fin du Kiven XXX de Ma-touan-lin , et qui nous offre les différents nombres de gradués reçus aux concours supérieurs, pendant toute la durée de la dynastie Soung. D’un autre côté , un texte cité par Ma-touanlin, Kiven XXX, fol. 17 et par YYu-liaï, Kiven CXV1, fol. 11, élève à, 500 environ le nombre total des Tsinsse et des autres gradués supérieurs , reçus par Thaïtsoung. Ma-touan-lin ajoute en note qu’il y eut cette année (977) 5200 gradués présentés par les provinces ( Koung-sse ), et que ceux qui obtinrent un grade supérieur furent en tout 500, ce qui donnait à peu près la proportion de 1 sur 1 00.
Quoi qu’il en puisse être de ces différences, Thaïtsoung reçut l’an 978, 74 Tsin-sse et régla leur costume qui fut de couleur verte ( l). L’an 980, il en reçut 121 , l’an 983, 229, et l’an 985, 256, tant au premier examen qu’à l’examen de révision. Son successeur Tching-tsoung présida douze examens. Depuis l’an 973 jusqu’à l’an 1015, on compte en moyenne 36 Tsin-sse reçus par année. Ce nombre est inférieur de beaucoup à ceux que je viens de rapporter tout à l’heure. La différence tient à ce que les examens des Tsin-sse furent interrompus en différentes années,
(1. Vu htïi, kiv. CXVI, fol. 5. D’après la section des examens sous les Koung, ce fut cette année que commença l’épreuve des J tinsse, par la dissertation extraordinaire sur un article des Kiug : mais d'après la chronique des gradués supérieurs de celte même dynastie , tous les Tsinste auraient été examinés depuis l'an 000 par trois épreuves, en prose rirnée , en poésie régulière, cil dissertation.
après des promotions considérables. A partir de l’an 975 , le tableau général des concours supérieurs, inséré au kiven XXX de Ma-touan-lin, présente séparément les noms des deux premiers Tsin-sse de chaque liste; ils sont désignés par les noms de Sengyouen , premier de l’examen , Tchoang youcn , premier du rapport. Suivant le texte des annales, cité par Matouan-lin et par l’ Yu-haï , on mit hors ligne les noms des trois premiers Tsin-sse , reçus en 983 , et chacun d’eux devint préfet d’un arrondissement de deuxième ordre. L’ensemble de tous ces faits , scrupuleusement conservés par l’histoire, nous prouve que la réception des gradués supérieurs était devenue une affaire d’état.
Vers cette même époque, plusieurs ordonnances furent successivement publiées pour changer les dénominations de certaines séries ou pour modifier le nombre des compositions exigées des candidats. L’an 986, le vice-président du ministère des rites représenta à l’empereur qu’il ne devait point examiner lui-rftême les licenciés, qu’il devait laisser ce soin aux officiers du ministère des rites, selon le principe établi par la dynastie Thang. Une ordonnance approuva cette observation et attribua de nouveau au ministère des rites la direction des concours de chaque année. Néanmoins, en989, l’empereur examina encore les licenciés qui concoururent devant lui pour le grade de Tsin-sse. 11 fit rayer de la liste et priva de leurs diplômes quelques officiers de l’administration inférieure qui avaient été reçus licenciés ou Kiu-jin. Il défendit que les fonctionnaires inférieurs se présentassent dorénavant aux concours.
Je ne traduirai pas ici les détails minutieux con-
signés dans toutes ces ordonnances, parce qu’ils me sembleraient peu intéressants pour des lecteurs européens ( I Je me bornerai à mentionner les faits les plus saillants qui se rapportent à l’organisation des collèges et des concours publics, sous les premiers empereurs de la dynastie Soung. Pour en faire le triage, je me guiderai principalement sur le résumé que nous en donne l’auteur du Khiun chou-pi-kluto (2). J’ai déjà suivi une marche analogue, en traçant l’histoire de l’enseignement et des concours sous la dynastie Thang.
Le collège des Quatre-Portes ( Sse-men-hio ) fut rétabli l’an 1043 , sous le règne de Jin-tsoung. « On » y admit les fils des officiers distingués ainsi que les » jeunes gens sortis des rangs du peuple. On élargit » ainsi la route des honneurs, ouverte aux hommes dis- » tingués (3). » L’année suivante, le directeur du collège impérial ( Koue tseu-kien ) demanda le rétablissement du grand collège ( Thaï-hio ) qui avait produit de si bons résultats sous les dynasties des Han et des Thang. Il proposa de se servir à cet effet d’un emplacement voisin du palais , où l’on pouvait loger trois cents élèves et construire une salle pour l’explication des King. L’empereur agréa cette proposition : mais le bureau des trois préposés ( San-sse ) (4) objecta que
(1) Vnye* dans le Kou-wen-youen-kien un décret rendu en 1023 pour exhorter les licenciés à se perfectionner dans leurs éludes, et un autre, de l'an 1029. pour régulariser les nominations faites dans les différents concours.
(îi Khiun<hou pi-khao, klv. IV, fol. 10 et fol. 32.
(3) Y u-hdi , lit». CXI1, fol. 26, et Pf'en-hian-thoung-khao, kiv. XL1I, fol. 3, v.
■ U Je ne sais pas au juste quelles étalent les fonctions de ce bureau.
son exécution serait trop dispendieuse. Alors on choisit un autre local moins étendu et le nouveau grand col lége ne fut qu’imparfaitement organisé. Pendant toute la période Khing-li (1041-1049), ses élèves furent mal logés dans des chamhres trop étroites. Ce fut seulement sous Chin-tsoung, l’an 1068 , que l’on commença à construire le grand collège sur le premier emplacement proposé. Le nombre des élèves qui était de 200 fut. immédiatement élevé à 900. Je n’ai pas besoin de rappeler de nouveau la haute importance de cette institution, destinée en général à perfectionner les connaissances des aspirants aux emplois administratifs. Le collège des fils de l’État était l’école spéciale des fils de fonctionnaires, tandis que le grand collège était accessible à tous les gradués de premier et de second ordre , quelle que fût leur naissance. On lui donna un règlement des études imité de celui qu’un lettré célèbre , nommé Hou-youen , avait dressé pour ses élèves vers l’an 1053 (1).
Cinq ordonnances rendues en 1009, 1011, 1022, 1037, 1038 (2), avaient déjà substitué des collèges réguliers aux bibliothèques fondées par des associations particulières dans plusieurs arrondissements. Un décret de l’an 1001 avait accordé un exemplaire des neuf King à chaque arrondissement possédant des collèges ou écoles supérieures et des salles d’examen. Mais il n’y avait pas encore eu d’édit général , pour réorga-
(1) IVen-hianJhoung-khao, klv. XLII, fol. 3 et A.
(2) Vu-haï, klv. CXVI, fol. 30. tf'en-kian lhnung-khao, kiv. XI.VI , fol. 13 et 13.
niser ces établissements sur un plan uniforme. Enfin, cette réorganisation fut prescrite par Jin-tsoung qui rendit à ce sujet trois décrets en 1043,1044, 1045. Celui de 1044 dit formellement que l’on établira des collèges dans tous les arrondissements de premier et de second ordre. Il fut rendu sur la demande du comité des Hanlin. Le décret de 1045 blâme la négligence des préfets d’arrondissement qui bornent leurs soins à la construction des collèges , et en livrent ensuite la direction à des lettrés peu instruits. L’empereur leur recommande d’être plus sévères à cet égard et les engage à choisir des hommes de leur juridiction qu’ils peuvent bien connaître , plutôt que des lettrés venus d’autres provinces. En général , on peut remarquer que , sous les Soung, l’enseignement donné dans les collèges provinciaux laissait beaucoup à désirer. L’attention du public se dirigeait bien plus vers les concours par la voie desquels on arrivait directement aux charges administratives. Le nombre des lettrés qui se consacraient spécialement à l’enseignement dans les collèges mal subventionnés , diminuait donc de jour en jour. La plupart des candidats littéraires cherchaient seulement à obtenir une place de l’administration , et dès qu’ils l’avaient, ils renonçaient aux études savantes pour s’appliquer à l’étude des comptes et des nouveaux règlements qu’ils devaient mettre en pratique (1).
Passons maintenant aux modifications introduites par les premiers empereurs Soung, dans l’organisation
(1) Ma louau-li», sommaire de la section de l’instruction publique.
des concours. Le Khiun-cliou-pi-kliao cite: 1° la promulgation d’un règlement qui limita à mille caractères l'étendue des compositions politiques, dans les examens dirigés par l’empereur en personne; 2° le renouvellement d’un autre règlement qui prescrivait de couvrir avec de la colle les noms des candidats placés en tête des compositions de toute nature. Comme nous l’avons déjà vu , cette mesure de précaution avait été imaginée par l’impératrice VVou-heou de la dynastie Thang, pour empêcher les examinateurs de connaître le nom des candidats ; mais , depuis lors, elle avait été négligée. 11 fut constaté en 991 et en 992 que certains candidats, n’ayant qu’une instruction superficielle, avaient été classés au premier rang par des raisons frivoles , par exemple, pour avoir, les premiers, terminé leurs compositions. Un grand officier dénonça cette fraude , et conformément à sa requête , un décret fut rendu en 992 pour remettre en vigueur le règlement de Wouheou (1). Cette mesure préventive fut complétée, 24 ans après, par une autre qui enjoignit de changer les écritures des compositions. « La 8“' année Yang-fou » (1015), dit le texte cité par le Khiun-cliou-pi-kliao, on » institua le bureau des copistes ( Tan-lo-youen ). On » ordonna que les préposés aux sceaux généraux (Mi- » fong-kouan) apposeraient leur sceau sur les compo- » sitions des concours , et les transmettraient à des
(1) Khiun-ehou-pi-khan, kiv IV, fol. 32. Yu-haï , kiv. CXVf, fol. 5. Suivant un résumé placé à la lin du kiv. CXVI de V Yu-haï, fol. 28. ce collage des noms ne fut prescrit par un réglement spécial <pte l’an 1008 , et ce fut seulement cil 1033 que cette mesure fut appliquée aux concours des provinces.
» employés appelés officiers des écritures diverses, » lesquels transcriraient les pièces originales. » L’usage de transcrire les compositions a été conservé depuis i ette époque (1).
De la seconde année Kia-yy (1057) date un autre règlement par lequel les candidats qui se présentaient à l’examen impérial furent exemptés de la dégradation, en cas de non réussite (2). « Jusque-là , dit le texte, » les lettrés, qui venaient des provinces éloignées pour » subir l’examen impérial , étaient dégradés , s’ils ne » satisfaisaient pas aux conditions de ce concours. Ceux » qui étaient pauvres ne pouvaient retourner dans » leur pays. Beaucoup dépensaient tout leur avoir pour
• payer leur voyage. Quelques-uns se jetèrent dans le fleuve jaune et périrent. Jin tsoung apprit le dés-
» espoir des candidats malheureux. Il eut pitié d’eux. » Depuis cette époque , ceux qui furent examinés de- » vant l’empereur ne subirent plus la peine de la dé-
• gradation. »
« Enfin , suivant les mêmes textes (3), le règlement » qui espaça de trois ans en trois ans les époques des » concours ouverts tant à la capitale que dans les ar- » rondissements fut définitivement établi la à' année de » la période Ui-piny (10G7). Jusque-là, les concours » devaient s’ouvrir chaque année, et ils n’étaient sus- » pendus que par un décret spécial. L’empereur Yng-
(1) H'en-hian-thoung-khuo, kiv. XXX, fol. 31. — Dictionnaire de Morrison , 1" partie, article du caractère Uio.
(2) Yu-haï, kiv.CXVI, fol. 38.— Khiun-chou-pi-khao, ki\. IV; fol. 32 ff'eit-hian-lhoung-khao, kiv. XXX, fol. 8, v.
(3) Voyez les mêmes folios de l’ Yii-haï et du K hiun-chou-pi-khao.
» tsoung apprit que les gradués reçus chaque année » n’étaient pas suffisamment instruits , et il ordonna » que le ministère des rites ouvrirait les concours une » année sur trois. Cet intervalle de temps lui parut » nécessaire pour que les candidats pussent se mieux » préparer, et depuis lors, les concours n’ont plus eu lieu » que tous les trois ans. »
L’ Yu-hai nous apprend encore (kiv. CXV1 , fol. 38) que la proclamation publique des noms des candidats gradués à chaque concours , commença l’an 985, qu’ils reçurent en présent des pièces de monnaie et furent réunis à un banquet de réjouissance depuis l’an 975 , que les Tsin-sse portèrent un costume particulier et reçurent les poésies de l’empereur depuis l’an 977, et que, l’an 1073, on distribua aux nouveaux Tsin-sse 3000 enfilades (environ 24,000 francs) comme indemnité de leurs voyages pour se rendre au concours général.
Ces divers règlements n’ont sans doute pour nous qu’un intérêt secondaire : mais la mention précise des années où ils furent institués prouve l’attention toute spéciale accordée par les Chinois aux opérations des concours. Après les avoir énumérés , je dirai que les lettrés furent loin d’avoir une puissance illimitée sous les premiers empereurs de la dynastie Soung. Leurs anciens rivaux, les sectateurs du Tao, reparurent à la cour entre les années 1008-1017. Ils présentèrent à l’empereur Tching-tsoung des livres qu’ils disaient tombés du ciel. Celui-ci les écouta et accepta ces livres avec respect, malgré les représentations de plusieurs lettrés. Jin-tsoung punit les auteurs de cette fourberie
et persécuta les Tao-sse qui durent être expulsés de toutes les maisons de l’empire (1).
J’arrive maintenant au règne de l’empereur Chintsoung (1068 1085), règne célèbre par les réformes que le premier ministre, Wang-ngan-chi , introduisit dans plusieurs branches de l’administration civile et dans l’enseignement public. Ces réformes furent violemment critiquées par la plupart des lettrés qui reprochèrent à Wang-ngan-chi son manque de respect pour les anciens usages. Peut-être ont-ils été injustes envers lui ; mais , comme l’histoire que nous avons sous les yeux est l’œuvre des lettrés, il est difficile d’apprécier nettement la vérité dans cette polémique où l’on n’entend que l’une des parties.
Abt. ï. — Seconde période entre les années 1069-1127.
11 n’entre pas dans mon sujet de parler longuement des innovations administratives tentées par Wangngan-chi. Je dirai seulement qu’il préposa aux marchés publics des contrôleurs du prix des denrées, et qu’il nomma des inspecteurs de l’agriculture , chargés de régler les avances de grains faites aux cultivateurs. Le premier de ces règlements paraît avoir établi une sorte de maximum , nuisible au commerce. Le second exigeait probablement une redevance trop considérable, en payement de la semence fournie. Bientôt des murmures s’élevèrent contre le ministre , et , l’an
(1) Voyez Mailla, Histoire générale de la Chine, eux régnes de Tehing- Jsoung cl de Jin-lsoung Voyez aussi deux requêtes insérées dans le kiv. XLIII du Aoit-wen-youen-kien.
1070 , il fut dénoncé deux fois à l’empereur, pour avoir manqué à l’étiquette de la eour. Comme toute mesure administrative doit, en Chine, être fondée sur les anciens usages, Wang-ngan-chi justifiait ses nouveaux règlements par certains passages, extraits du recueil des rites de l’ancienne dynastie Tcheou (1). Il fit plus encore. Il rédigea lui-même de nouveaux commentaires sur cet ouvrage ainsi que sur le Chi-king et le Chou-king , et obtint de l’empereur que ces commentaires seraient seuls suivis dans les examens des concours. Ce changement avait été préparé dès l’an 1069. Une commission composée de grands fonctionnaires civils fut alors chargée de délibérer sur les modifications qui pouvaient être introduites dans la forme des examens (2;. L’un des commissaires fut d’avis de supprimer les compositions en poésie libre ou prose rimée et en poésie régulière. Un autre demanda que les examinateurs s’attachassent à constater la moralité des candidats plutôt que leur talent littéraire. Il proposa de renoncer au règlement , d’après lequel les compositions des candidats étaient marquées du sceau impérial, et transcrites par des mains étrangères. Un troisième défendit longtemps le système existant. On devait se rappeler, disait-il , que beaucoup d’officiers de mérite étaient sortis des concours tels qu’ils avaient été institués par les Thang. L’empereur hésita sur le parti qu’il devait prendre : mais le ministre Wang-ngan-chi
(1) Voyez le klv. XIV du Tcheou-li J’ai presque achevé la traduction
complète de cet important ouvrage. Sa publication jettera une vive lumière sur les institutions de la Chine ancienne. >
(2) fVen-hian-thoung-khao , kiv. XXXI, fol. 18 et suivants.
le décida à entrer dans la voie des réformes. Celui-ci exposa qu’il y avait une grande incertitude dans les interprétations des King, données par les lettrés, et quil fallait changer la forme des examens, si l’on voulait que la cour n’eût qu’une voie et une vertu unique, expression qui rappelle le titre même du célèbre ouvrage de Lao-tseu, le Tuo-te-king. « Actuel- » lement , dit-il , en ces temps de peu de vigueur, on » doit chercher les principes du gouvernement régulier » et les expliquer. Or les aspirants aux grades littéraires » se bornent à faire des pièces de poésie en vers libres » et en vers réguliers. Par ce seul genre d’épreuve, ils » deviennentmembres du gouvernement. Us n’étudient » pas les édits et les actes de leur siècle. Le système » des concours tombe réellement en décadence. Les » hommes de talent ne sont plus nombreux , comme * dans l’antiquité. » Conformément à cet avis de Wangngan-chi, il fut décidé que l’on supprimerait le concours de la série des Ming-king , et ceux de plusieurs autres séries de gradués littéraires , dont les candidats devaient, pour toute épreuve, copier en belle écriture quelques passages des livres sacrés. On prit les trois dixièmes des numéros dont se composaient les listes de ces séries : on les joignit à la liste des Tsin-sse. Le concours de cette série fut seul conservé , et l’on retrancha des épreuves exigées les compositions en poésie libre et en poésie régulière. Chaque candidat dut travailler sur un King, tel que le Chi-king , le CJiou-king , le Y-king , le Tçheou-li , le Li ki, et conjointement étudier le Lun-yu , ainsi que le livre de Meng-tseu. A l’examen , il dut expliquer dix pages de
l’un de ces King , plus une page du Lun-yu, et faire une composition en trois pages sur un sujet politique. La principale épreuve pour être gradué fut l’explication des King , d’après les modèles préparés à cet effet et publiés sous la direction de Wang-ngan-chi.
L’an 1071 , une ordonnance institua, sur cette même base , des collèges de premier ordre , dans les cinq grandes provinces King-tong, King-si, Ho-tong, Ho-pe, etChen-si (1). «Il fut enjoint aux gouverneurs de » choisir dans chacune de ces provinces, trois ou cinq » hommes connaissant bien les King ainsi que lesprin- » cipes de l’équité et de la bonne conduite. Ces élus » reçurent les appointements de Pou wei ou gardiens » des livres, quoiqu’ils n’eussent pas encore exercé de » fonctions administratives , et furent délégués pour • juger les professeurs d’arrondissements. On attribua » à chaque collège d’arrondissement dix centaines de » Meou (environ 56 hectares) pour fournir la nourriture » des élèves. On augmenta la proportion des terres que » chaque collège pouvait déjà posséder, et conformé- » ment à l’ancien règlement, on préposa des profes- » seurs aux petites écoles, destinées, d’après leur nom, » à l’instruction élémentaire. » En place de la série des Ming-king , réunie à celle des Tsin-sse , un concours fut institué pour les savants en lois (Ming-fa). Une ordonnance de l’an 1070 créa près de la cour une école des lois , dirigée par des officiers civils , chargés d’étudier
(1) H^eiiJiian thoung-khao , klv. XLVI , fol. 14. — Vu-haï. kiv. CXII , fol. SI, v
(ï> Nous avons déjà vu ce tllre donné par le premier empereur Soung à un descendant de ('.onfuclns, dans la ville de Khio-feou.
le sens des lois et d’expliquer les actes publics. Deux ans après, une subvention de 15,000 enfilades de pièces (environ 112,000 francs) fut affectée à l’entretien de cet établissement et de ses élèves (1). Vers cette même époque, uneécole militaire fut aussi fondée près de la cour , dans le pavillon consacré au prince souverain qui a terminé la guerre , nom que nous avons déjà vu au commencement de ce paragraphe. Uneécole de ce genre avait été créée par Jin-tsoung , la 5e lune de l’an 10/j3; mais elle n’avait eu que trois mois d’existence. Cette institution fut rétablie l’an 1072 , sur la requête d’un grand officier qui représenta que l’exercice du tir de l’arc était recommandé d’une manière spéciale par les rites de l’ancienne dynastie Tcheou. On mit à la tête quelques hommes connaissant le métier des armes et on les nomma instructeurs. Il y eut cent places d’élèves (2).
Ainsi Wang-ngan-chi cherchait à diriger l’enseignement public vers des études plus conformes au service de l’administration. 11 retranchait des concours littéraires les épreuves inutiles. Il voulait que les candidats ne se bornassent pas à copier les King, et qu’ils en expliquassent le sens, pour montrer qu’ils étaient capables d’appliquer leurs principes dans la pratique. Il exigeait que ce sens fût expliqué d’une manière uniforme , pour couper court aux discussions qui s’élevaient entre les lettrés. Ces mesures semblent justes et raison-
(1) Fit-haï, kiv. CXII , fol. 32. fV en-hian-thoimg-khao, kiv. XLII, fol. 12.
(2) Vu-haï , kiv. CXII, fol. 28. h- en-hian-lhoutig-khao, kiv. XLII ,
foi. 5.
nables : mais, d’après l’histoire officielle, les modèles d’explication que Wang-ngan-chi rédigea et publia à cet effet , étaient conçus dans un mauvais esprit ; ils altéraient le sens véritable des King, de manière àjustifier ses innovations administratives par une fausse interprétation des anciens textes. «On voulait alors, dit » un auteur cité par le KMun-chou-pi khao , que les can- » didats des concours ne fussent plus des savants su- » perficiels ( Hio-kieou ) qui savaient seulement le texte » des livres sacrés ; on voulait avoir de véritables gra- * dués ( Sieou-tsai ) qui en comprendraient le sens. Or, » les lettrés s’appliquèrent à réciter par chapitre et par » article les textes qu’avait publiés Wang-ngan-chi. «Ils n’en distinguèrent pas le sens. Ainsi, ils firent » exactement comme les gradués précédents ( llio - » kieou) , qui apprenaient par cœur les gloses et com- » mentaires ( I ). »
Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur le système introduit par Wang-ngan-chi dans les concours , il est constant que ses règlements sur la vente des denrées et le prêt des grains excitèrent beaucoup de mécontentement. Les Cochinchinois se révoltèrent en 1076, et déclarèrent dans un manifeste qu’ils ne pouvaient plus supporter ces règlements. Alors le mi-
(11 Khiun-chou-pi-khao, kiv. XXXII, foi. 32, v. Nous avons déjà vu le nom des Hio-kieou dans le lésumé de Ma-touan-Hn Quoique l’histoire officielle et les lettrés du temps des Soung aient condamné les commentaires de Wang-ngan-cld sur les Livres sacrés, ils ne paraissent pas avoir été dépourvus de mérite. La dernière édition impériale du Tcheou-li présente de nombreux extraits du commentaire rédigé par Wang-ngan-chi sur ce grand ouvrage , et ses explications sont fréquemment approuvées parles savants lettrés qui ont revu cette belle édition.
nistre fut disgracié. 11 se retira à Kiang-ning (actuellement Nan-king) , et composa dans sa retraite un dictionnaire analytique des caractères de la langue chinoise. Selon le récit de l’histoire officielle , ce dictionnaire était un très-mauvais ouvrage : la plupart de? explications qui s’y trouvaient étaient ridicules et mélangées des idées familières aux Bonzes et aux Tao-sse. Wang-ngan-chi ne revint plus au pouvoir; mais son édition des trois King , le Chon-king, le ('hi-king, et le Tclieou-li, continua d’être suivie dans les examensdes concours, jusqu’à l’an 1086. A cette époque, pendant la minorité du nouvel empereur Tchi-tsoung , l’impératrice régente plaça à la tête du comité des Banlin le lettré Sou-chi , qui avait combattu le système de Wang-ngan-chi , et choisit pour ministre le célèbre historien Sse ma-kouang, qui s’était illustré par la ré daction des annales connues sous le nom de Tsr-tchiihoung-kien (1). Une réaction eut lieu. Sse-ma-kouang abolit tous les règlements de Wang-ngan-chi. Il mourut bientôt, mais son plan de réforme fut continué par son successeur, Liu koung-tchu. On constata que, depuis l’adoption des commentaires de Wang-nganchi, les compositions étaient imbues d’erreurs empruntées aux sectes de Bouddha et du Tao. Liu-koungtchu, appuyé par la régente, ordonna d’abandonner ces commentaires ainsi que le nouveau dictionnaire. Il fit en même temps destituer dans tous les collèges les
(1) Voyei Mailla , Histoire générale île la Chine, l. VJII, a l’an 1086, cl la biographie de Sse-ma-kouang, par Abel-Hdiuusat, looie 11 de s» Nouveaux mélanges asiatiques. Sse-uia-kouaug n’occupa son poste de minisire que pendant une seule unnie.
professeurs nommés par le mauvais ministre. Les examinateurs des concours eurent défense de proposer des sujets tirés des livres de Lao-tseu ou de Tchoang-tseu et des ouvrages Bouddhiques. Ils durent se limiter rigoureusement à la doctrine des King (1).
La seconde année Youen-foung (1079) est célèbre dans les fastes de l’instruction publique en Chine, par l’institution d’un nouveau règlement qui changea l’organisation du grand collège de la cour. 11 sépara ses élèves en trois divisions, dites des chambres extérieures, intérieures et supérieures, d’après la position des logements assignés aux élèves de chaque série dans l’établissement. Ces trois divisions désignaient trois degrés de mérite : les élèves passaient par examen de la première à la seconde , et de la seconde à la troisième. Voici le résumé de ce règlement , tel que le présente le texte historique, cité par l’ Yu-hài, kiv. CX1I, fol. 32, et par le Wen- hian-ihoung-hhao, kiv. XL11, fol. 6 (2). « On disposa dans le grand collège 80 salles ou pa- » villons pouvant contenir chacune trente personnes. » Il y eut 2,000 élèves des chambres extérieures, 300 «élèves des chambres intérieures, et 100 élèves des » chambres supérieures, en tout 2,100. Les aspirants » passaient d’abord un premier examen pour entrer au » collège et devenir élèves des chambres extérieures. » Tous les élèves devaient subir chaque mois un exa-
(1) Mailla, Histoire générale delà Chine, Ionie VIII , 1 l’année 1087. Wen-hian-ihoung-khao , kiv. XL1I , fol. 6. Sse-ma-kouang Institua dix séries de gradués dans l’ordre civil et l'ordre militaire. Ces gradués étaient tous choisis par des concours spéciaux. Vu-haï , ki*. CXV, fol. 31.
(2) Le règlement original était composé de 140 articles ou de 410, selon une variante donnée par ITu-Aoï, kiv. CXII , fol. 32, v.
» riien particulier , et chaque année un examen public.
» Dans le cours de l’année s’ouvrait l’examen spécial » pour les places d’élèves des chambres intérieures qui » représentaient le second degré de mérite. Enfin ,
» l’examen pour le troisième degré , ou autrement pour » les places d’élèves des chambres supérieures, se te- » naît selon le mode adopté dans les concours ordinaires » des provinces. Les compositions des concurrents » étaient cachetées avec le sceau impérial , et transcrites » par des copistes. Le directeur du collège ne prenait
• aucune part au jugement de ce dernier examen. » L’examen public de chaque année offrait aux élèves » des loges extérieures deux séries de capacité , n° 1 » et n° 2. Quand ils obtenaient l’un ou l’autre de ces » numéros, on y joignait les notes inscrites sur leur
• compte au registre mensuel, lesquelles constataient » comment ils comprenaient les King , comment ils » obéissaient aux maîtres. Ils devenaient ainsi élèves » des chambres intérieures. Ceux-ci devaient de même » au troisième examen se faire admettre dans deux » séries de capacité , appelées séries de supériorité et » de perfection. On joignait à leurs numéros leurs » notes mensuelles , et ils devenaient élèves des cham- » bres supérieures. Cette troisième division était par- » tagée en trois séries de mérite. Ceux de la pre-
• mière étaient immédiatement admis aux charges ad- » ministratives ; ceux de la seconde étaient dispensés » de subir les examens du ministère des rites; ceux de » la troisième étaient exemptés de l’opération du triage » préliminaire, par lequel les candidats étaient re- » connus aptes à se présenter à ces examens et con-
» cours. Simultanément avec cette nouvelle organisa- » tion, on augmenta le nombre des places de maîtres » d’études ou chefs de salle, attachés au grand collège. » Il y eut cinq chefs de salle ( Tehing) et dix écrivains » de notes (Ut). Ces places furent en général rem- » plies par des élèves du collège. Les directeurs et » professeurs durent eux-mêmes être récompensés ou » punis , suivant le nombre des élèves examinés qui » obtenaient des degrés par leur bonne conduite et » leurs progrès. »
Ce mode de classement et de promotion paraît avoir été appliqué aux élèves du grand oollége, pour relever cet établissement et engager les candidats littéraires à suivre ses cours, au lieu de se borner à se présenter aux concours publics. Nous avons déjà vu que, sous lesThang, on distinguait à la fois les gradués par les examens des collèges, et les gradués par les concours des provinces. L’an 1086, après la mort de Chin-tsoung qui avait institué ce règlement, un officier de l’administration , nommé Wang-yen-sien, proposa de l’abandonner, parce qu’il n’ouvrait pas une voie assez large au mérite. Il demanda que l’on défendît aux maîtres et aux élèves d’avoir des relations trop immédiates , et que l’on s’en tînt au mode •des examens publics et particuliers , tel qu’il était précédemment déterminé. Le système des promotions par les trois divisions ou séries de chambres fut alors abandonné ; puis il fut rétabli en 1094, et se maintint longtemps (1). Depuis l’an 1078, on avait cherché à
(1) Yu-hi it, kiv. CX1I , fol. 33, r. et .33, v.
réorganiser les collèges des provinces : à cet effet, on avait créé 53 charges de professeurs ( Hiao-cheou ), attachées à ces collèges et conférées par le ministère des rites (1). 'L’an 1086 , les nominations de ces professeurs commencèrent à se faire dans chaque district. Leur nombre s’accrut rapidement; mais ils furent choisis avec moins de discernement que lorsqu’ils étaient nommés par le ministère. Le mal augmenta, lorsque , plus tard , le système des trois séries de chambres fut étendu indistinctement à tous les collèges. Alors les professeurs de ces établissements eurent le droit de nommer des gradués de rang égal à ceux des concours de province , et généralement ils présentèrent des sujets peu capables. Les véritables lettrés se plaignirent amèrement des résultats produits par le nouveau système qui fut mis en vigueur dans tout l’empire , entre les années 1099 et 1102. Il fut abandonné l’an 1121, et rétabli ensuite l’an 1142, après que les Soung eurent été chassés de Khaî-foung-fou par les K.in. J’aurai donc occasion d’en parler plus loin.
La même année 1079 , où le système des trois séries de chambres fut introduit au grand collège, Chin tsoung fixa la subvention annuelle de cet établissement à 25,000 enfilades de pièces (180,000 francs environ). En outre , il affecta à l’entretien des collèges provinciaux diverses sommes prélevées sur la taxe territoriale, l’impôt des maisons, et l’intérêt de la monnaie prêtée par l’État aux particuliers. Il réorganisa le collège des fils de dignitaires. Il y créa 40 places
(1) W'en-kian-Vwung-khao , kiv. XLVI, fol. 15, 15 el 21.
d’élèves réservées aux parents et alliés des officiers qui avaient bien mérité de l’État. Il choisit les titulaires de ces places sur une liste de 200 personnes (1). L’an 1080 , il changea le nom des préposés de cet établissement , lesquels étaient appelés Tchi-touan , expliquant régulièrement , depuis la quatrième année Hoang-yeou (1052). 11 les appela Pu sse du grand collège, et décida qu’il y aurait deux Po sse pour chaque King (2). Après Ghin-tsoung , de l’an 1089 à l’an 1092, Fantsou-yu continua la réforme opérée par Sse-ma-kouang et par Liu-koung-tchu. Pendant la dernière de ces années, il fut reconnu que la liste des gradués de la capitale , Khaï-foung-fou , présentait des irrégularités manifestes. Beaucoup de lettrés ou de fils d’officiers, nés dans différents districts de l’empire, prenaient faussement le nom d’une famille fixée dans le district de la cour. Au moyen de cette supercherie, ils se faisaient examiner dans la capitale , au lieu d'être examinés dans leur province. D’autres , après avoir été admis au grand collège . ne prenaient pas la peine d’assister à ses exercices pendant une seule année; ou bien , ils ne se présentaient pas pour subir les examens prescrits , et néanmoins , ils obtenaient par fraude des places aux ministères des rites et des finances. On rappela les dispositions de l’ancien règlement des Thang, d’après lequel le concours pour l’admission aux collèges supérieurs , dépendant du collège impérial , n’était ouvert qu’à ceux qui avaient été élèves au
(1) IVen-hian-lhoutng-khao , klv. XLII , fol. 6 et 7. (a) yu-haï, klv. CXI1, fol. 16.
collège de la littérature développée (Kouang-wenkouan) , et y avaient obtenu un diplôme de capacité (1). Ces observations engagèrent la régente qui gouvernait pendant la minorité de Tchi-tsoung à rétablir le collège Kouany-wen. Elle créa 2,400 places d’élèves attachés à cette institution préparatoire.
L’histoire officielle nous apprend encore que, par un décret de l’an 1083, l’ancien philosophe Mengtseu reçut un titre honorifique qui le distingua des autres disciples de Confucius. 11 fut déclaré roi du pays de Tseou, dans lequel il était né. Confucius était toujours honoré sous le titre de roi souverain de la diffusion des principes réguliers ( fi’en-siouen-wang). Cette même qualification fut étendue, depuis l’an 1075, à ses descendants , qui furent déclarés Knung de la diffusion des principes réguliers. Ce titre de Komtj correspond à peu près -à notre titre de duc , dans la nomenclature des titres de la noblesse européenne (2).
La régente mourut en 1093. Tchi-tsoung, son fils, fut couronné l’année suivante. Il était fort jeune, n’avait aucune connaissance des affaires , et se laissa dominer par un eunuque , nommé Lieou-youen. Celui-ci lui persuada de régler sa conduite politique sur l’exemple de son père , Chin-tsoung. En conséquence , le jeune empereur choisit pour premier ministre Tchang tien, ancien secrétaire de Wang-ngan-chi , et ce Tchangtien remit en vigueur les règlements de son maître. Tchi-tsoung mourut l’an 1100 et fut remplacé par
(i) IVen-hian-tlwuny-khao , kiv. XLll, fol. 7, v. (3) kf'en-hian-thoung-khuo, kiv. XLIV, fol. 4 cl 5.
Hoeï-tsoung , qui commença par faire droit aux mémoires présentés contre Tchang-tien et le destitua. Deux ans après, par un de ces retours si fréquents dans l’histoire de la cour chinoise , il changea brusquement de système politique , et prit un ministre nommé Tsaïking , lequel rétablit les règlements de Wang-nganchi , plaça son image dans le pavillon de Confucius , à côté de celle de Meng-tseu, et fit adopter de nouveau ses commentaires pour les explications des concours. Entre les années 1106 et 1112, Hoeï-tsoung renvoya et rappela deux fois Tsaï-king. Il prêta aussi l’oreille aux discours des sectateurs du Tao. Du reste, ce prince n’était pas sans quelque mérite. Il avait le goût de la peinture , et aimait les ouvrages de mécanique. Sous son règne, et vraisemblablement par l’influence de Tsaï-king, on vit s’élever dans la capitale quatre sortes d’écoles spéciales , pour le calcul , la calligraphie , la peinture , et la médecine. Les chefs-lieux des provinces et des principaux arrondissements paraissent avoir aussi possédé des établissements du même genre. Pour donner une idée de leur organisation, je vais traduire ici les passages cités à ce sujet par Ma-touan-lin et par l’ Yu-lial (1 ):
« Le programme de l’école du calcul (probable- » ment celle de la cour qui servait de modèle aux » autres) fut déterminé l’an 1104; il eut pour base » le Kieou-tchang et le Tclieou-peï. On interrogea en » proposant des problèmes sur des nombres inconnus.
(1) M'en liian-thoung-khao, kiv. XLII, lui. 13 et 14. Ku-Aaï, kiv. CXII, fui. 34 . article des collèges.
» En conséquence , on joignit aux précédents traités » les règles pour calculer la distance des îles en mer, » les cinq ordres de Sun*tseu, les livres de Tchang- » kieou-kien , de Iiia-heou , avec les trois méthodes » pour calculer le calendrier et le livre de l’astronomie » ( Thien-tuen-chou ) (1). Les réponses sur ces differents » ouvrages formaient l’examen principal auquel les » élèves devaient satisfaire. En dehors de cet examen » principal , ils tiraient au sort un petit king sur lequel » ils devaient répondre. Ceux qui désiraient tirer au » sort un grand King y étaient également autorisés. » Dans les examens , soit publics , soit particuliers , de » cette école , on suivait le système des trois séries de » chambres, extérieures, intérieures et supérieures. » Les places d’officiers étaient données d’après un mode » de classement analogue aux trois sections de la divi- » sion supérieure du grand collège. Il y avait aussi des » Thonng-sse-lang , officiers complets, des Teng-sse- » long, officiers admis, enfin des Tsiang - sse - lang ou » aspirants officiers. »
« Un auteur, nommé Young-isài-hong-chi , dit ce qui » suit : Dans la période Ta-konan (1107-1111), on ins » tituades écoles du calcul suivant le règlement adopté » pour les anciennes écoles de canton (2). Un édit de
(1) J'ai donné plus haut, pa^e 261, quelques indications sur ce s ouvrages, dont la plupart étaient déjà suivis à l’école du calcul , fondée sous les Thang. J’ai expliqué alors pourquoi je traduisais littéralement Souanhio par écoles du calcul. Je ne puis appeler ces établissements écoles de mathématiques, parce que ce nom donnerait une trop haute idée du cours d’études que l’on y suivait.
(2) Ceci indique que l’on établit des écoles du calcul dans les arrondissements.
• la troisième lune, troisième année de cette période
• (l’an 1109), ordonna que ces nouvelles écoles hono- » reraient comme ancien maître le roi souverain de la » diffusion des principes réguliers, c’est-à-dire Confu- » cius. Les trois sages, nommés rois de Yen, de Tseou, » de King (1), eurent droit à des offrandes égales. Les » dix savants reçurent séparément des honneurs secon- » daires. On peignit sur les deux murs les figures de » tous les hommes qui s’étaient illustrés depuis l’anti- » quité, dans la science du calcul. Ils furent classés par
• rang de mérite et revêtus de titres correspondant aux » cinq ordres de dignités, qui existaient sous l’an- ■> cienne dynastie des Tcheou. Neuf furent reconnus » Koumj ; vingt-huit furent élevés au rang de Pe ; vingt « furent déclarés Tseu, et neuf furent Nan. Cette ré- » partition de titres ne se fit pas sans quelques erreurs. » La liste totale des savants ainsi honorés contient » même des noms tout à fait inconnus dans les chro- » niques et les histoires : ce qui était très-ridicule. A la » onzième lune de cette même année, Hoang-ti fut » déclaré ancien maître des écoles du calcul. On le » substitua à Confucius (2). Les autres savants res- » tèrent en possession des titres qui leur avaient été » décernés. »
Certains passages, cités par VYu-hài, kiv. CXII , fol. 341 , font mention de l’école du calcul annexée à
(1) Le roi de Yen est probablement Yen-tseu. Nous avons vu , page 356, que le roi «le Tseou était Meng-tseu. Je ne sais pas quel était le philosophe désigné par le troisième litre.
(î) Hoang-ti passe pour avoir fixé le premier les mesures et le calendrier. Voyez le règne de ce prince, I" klven du Sse-ki.
la cour, sous Chin-tsoung. On y lit à la date de 108fl , que le ministère des offices proposa d’instituer quatre nouveaux degrés de mérite, pour choisir les Po-sse de l’école du calcul, et qu’à la fin de cette même année , un concours spécial fut ouvert pour les études de ce genre. Les concurrents furent classés en trois degrés de capacité. Ceux de première capacité furent nommés Po-sse. Ceux de seconde et de troisième furent nommés Hio-lun ou expliquant de collège. L’an 1086, des réparations et augmentations proposées par le directeur du collège impérial firent interrompre les cours de l’école du calcul. Elle fut ouverte de nouveau, l’an 110/j.-
« Le programme de l’école de calligraphie compre-
• nait les compositions dans les trois sortes de carac- « tères , Tchouen , Li et Tsoo , les compositions en style » ordinaire, l’étude de l ’Eul-ya, du Po-ya, du Fany-yun » et des cinq livres (Ou-chou). En même temps les élèves » devaient répondre sur le livre de Meng-tseu et sur le « Lun-yu . Il leur était permis de subir l’examen des ; grands King , en choisissant au sort l’un de ces ouvrages. Les examens de cette école se faisaient con- » formément au système des trois ordres de chambres,
• extérieures, intérieures et supérieures. Les élèves
• étaient classés comme à l’école du calcul. Quant à
• l’admission aux places d’officiers , il n’y avait qu’une » série d’ordre. L’élève était reçu ou renvoyé. »
« Le programme de l’école de peinture comprenait
• la représentation des divinités ou esprits des sectes de
• Eo et du Tao , la représentation des figures humaines,
• des montagnes et des rivières, des oiseaux et des
» quadrupèdes, des fleurs, des bambous, des maisons, »des arbres. L’enseignement était fondé sur les dic- » tionnaires Choue-iven , Eul-ya , Fang-yun et Tsi-miny. » 11 fut statué, concernant le Choue-wen qui est écrit en » caractères anciens , que l’on expliquerait le son et la » définition des caractères. Quant aux autres dictionnaires, on dut répondre sur le sens défini par ces » ouvrages. Les élèves étaient ainsi examinés sur la
• forme des objets et sur leurs dénominations. Cette
• école était divisée en plusieurs sections. L’une suivait la doctrine des lettrés. Les autres étaient affec-
• tées aux autres sectes ou doctrines. Les élèves de cha- » que section étaient réunis dans une salle distincte. Les
• élèves de la section Confucienne étudiaient un grand » King et un petit King. Les élèves des autres sections
• expliquaient seulement un petit King. Quelques- » uns lisaient le Liu-kao, le Hoa-wen, et autres livres. •Tous opéraient par eux-mêmes (aux examens), sans
• modèles des objets qu’ils devaient représenter. Us
• devaient principalement s’exercer à se servir du pin-
• ceau et à connaître les sons. Le classement aux exa-
• mens était réglé par le système des trois séries de » chambres. Les nominations aux places d’officiers se » faisaient comme à l’école de calligraphie. Seulement
• il y avait trois ordres de préposés à l’enseignement, » dans les sections différentes de la section des lettrés. »
Le texte de ces deux programmes ne joint aucune marque de pluriel au caractère //io, école, de sorte que rien ici n’indique s’ils s’appliquaient seulement à des écoles fondées près de la cour, ou s’il y avait aussi des écoles du même genre élevées dans les provinces.
Cette seconde supposition paraît confirmée par un document que je citerai plus loin , d’après l’ Yu-hai. Il est certain que les provinces eurent alors des écoles de médecine. C’est un fait établi par la dernière phrase du programme suivant qui réglait l’organisation de l’école médicale de la cour.
« L’école de médecine relevait primitivement dumi- » nistère des rites. Chin-tsoung la plaça sous l’inspection » d’un comité spécial, dont les membres furent des mé- » decins supérieurs ou ordinaires du comité scientifique » des Han-lin ainsi que des médecins distingués choisisà » l’extérieur de la cour. Les examens d’admission eurent » lieu régulièrement au printemps, et le nombre de> » élèves titulaires fut fixé à trois cents. Les élèvesdes trois » écoles précédentes qui avaient du goût pour la méde- » cine, furent autorisés à entrer dans cet établissement, » qui eut un règlement semblable à celui des trois au- » très. 11 fut de même divisé en trois sections, séparées » l’une de l’autre par trois examens différents , sur la
• théorie du pouls, l’acupuncture et le traitement » des ulcères. Les questions sur la théorie du pouls
• étaient établies d’après le traité des difficultés (Afln- » king), et le traité du pouls ( Me-king ). Ces deux traités » furent les grands King de la médecine. Les ouvrages » intitulés l‘ing~youen , origine des maladies, Tsien-kin, » les mille métaux , Y-fang , secrets de la médecine , » furent les petits King. On régla l'ordre des exa- » mens et le classement des élèves , comme dans les » trois autres écoles. Les élèves qui se faisaient le plus » remarquer dans ces examens furent déclarés Chang-
• yo-y-sse , docteurs médecins des plantes nobles, et
» placés à la tête des opérations médicales. Les autres,
» suivant leur rang de mérite, furent répartis dans les » offices supérieurs. Ils étaient attachés au premier col- » lége médical de leur province, comme Po-sse, savants » à connaissances générales, Tchhuj, préfets des études, » f.o , écrivains de notes ; ou bien, ils devenaient pro- » fesseurs dans les collèges médicaux des arrondisse- » ments extérieurs. »
Suivant l’histoire officielle, citée par YYu-haï, kiv. CX1I , fol. 34 r. , les écoles du calcul, ainsi que celles de calligraphie et de peinture, furent établies à la sixième lune de l’an 1104. Les préposés des localités présentaient à l’empereur le règlement de ces écoles. Simultanément parurent les écoles de médecine. Les officiers de ces nouvelles écoles étaient des Sse-nie ou préposés aux leçons, des Po-sse ou savants à connaissances générales , des Pou-lo-lun ou expliquant les livres. Selon un autre document, cité de même par l’ Yu-hat , la fondation des écoles de médecine daterait de l’an 1103.
Au surplus, ces quatre institutions eurent une existence très-précaire, et furent détruites ou rétablies, suivant que Tsaï-king était chassé du ministère ou y était réinstallé. Ainsi , l’on trouve au même folio de VYu-hai un décret de l’an 1106, qui supprime les quatre écoles nouvelles , et conserve seulement comme appendice du collège impérial une école de calligraphie et une école de peinture, dirigées chacune par un Po-sse. A la onzième lune de la même année, un décret joint une école du calcul au bureau des archives secrètes ( Pi-seny ) , nom qui désigne la direction de la
bibliothèque impériale. Un édit de l’an 1107 créa deux charges d'officiers appelés Tchintj (préfet) et l.o (écrivain archiviste) , dans les écoles de peinture et de calligraphie. En même temps, on rétablit l’école ou les écoles de médecine (1). Un décret de l’an 1109, que j’ai déjà cité d’après le texte de Ma touan-lin , déclara Hoang-ti ancien maître ou patron des études mathématiques, et détermina les noms de soixante-dix anciens savants, depuis Wou hien de la dynastie Chang jusqu’à Wang-tchi de la dynastie Tcheou, lesquels durent recevoir dans les écoles de ce genre des honneurs secondaires (2). Un autre décret de la même année subordonna respectivement les quatre écoles ainsi réinstituées au comité supérieur des grands médecins, à celui des historiographes de la cour, et à deux sections du comité des Han-lin , appelées sections des sciences et des livres, section de la topographie et de la pc nture. L’an 1110, on admit dans ces comités et sections les élèves des quatre écoles, selon leur genre d’études. Les écoles du calcul paraissent avoir été rétablies comme institution générale par un décret de l’an 1113, et avoir subsisté jusqu’à l’an 1120, où elles furent supprimées (3\ UYu-ltaï note encore, kiv.CXII, fol. 31 v.,
(1) Yu-haï, kiv. CXII, fol. 3 4, v.
(2) Yu-liaï , kiv. CXII, fui. 35, v.
(3; Fu-Aai, kiv. CXII, fol 34, v. lYen-hijn-lhnung-khao, kiv. XXXV, fol. 38. Thal-tsou avait déjà eu à sa cour un comité d'astronomes chargés «les observations de la Tour Céleste , et un comité de préposés aux sciences secrètes ou à l’astrologie. Sous Tching-tsoung, les membres de ces deux comités furent exemptés du supplice de la question par un décret de l’an 1017. Du reste, ils lie pouvaient passer dans le corps des officiers extérieurs. En 1022, il est parlé de réserves faites 4 cet égard contre les Han-lin, les médecins, les préposés aux cartes, dessins et instruments. Même passage du W'cn-hian-tlioung-khao.
un autre décret qui réinstitua, l’an 1115, les écoles de médecine dans les chefs-lieux de premier et de second ordre. La citation se borne à cette phrase, de sorte que l’on peut seulement présumer que les provinces eurent alors un système général d’enseignement médical.
Le même recueil cite encore , à la même page et à la date de l’an 1102, la création générale de petites écoles (1) ( Siao-hio ), dans les arrondissements de première et de seconde classe. Nous avons déjà vu les professeurs des petites écoles mentionnées dans l’ordonnance de l’an 1071. Une note jointe au décret de l’an 1102 , dit que ces petites écoles ne recevaient que des enfants âgés au moins de dix ans. Un autre décret de l’an 1106 ou de l’an 1109 (2), détermina le règlement de leurs examens. Un troisième de l’an 1114 les soumit au système des trois séries de chambres. A cette époque, la petite école de la cour contenait près de mille élèves qui furent répartis dans dix salles ou pavillons (3). Il n’y a rien de plus ici sur ces écoles élémentaires; mais on sait qu’elles furent longtemps maintenues par l’État. Le célèbre Tchou-hi publia à la fin du XII* siècle un petit traité d’éducation, sous le titre de règlement des petites écoles; ce traité est devenu le code officiel de ce genre d’établissement. VYu-haï cite encore (4) un collège désigné par le nom de Tsoun<i-lrio , collège des honorables ou des alliés de la famille impériale , lequel
(1) On peut aussi traduire : école des enfants.
(2) Vu haï, kiv. CXll, fui. 35, r.
(3) Yu-haï , kiv. CXII, fol. 35, r.
(4) Yu-haï, même passage.
fut fondé à la cour, l’an 1091, probablement à l’instar de celui que nous avons déjà vu sous les Thang. On examinait chaque année les enfants âgés de huit à quatorzeans, et on choisissait ceux qui pouvaient êtreadmis. Ce collège, spécialement affecté à l’instruction des enfants alliés à la couronne impériale, fut réorganisé l’an 1101. 11 semble avoir été ensuite réuni momentanément avec le petit collège de la cour : car il n’est pas mentionné dans un édit de l’an 1102, qui fonde dans les palais impériaux un grand collège et un petit collège. Il est dit dans ce passage de l’ Yu-haï que les enfantsde la famille impériale entraient au petit collège, quand ils avaient dix ans révolus, et au grand collège, quand ils en avaient vingt; qu’ils pouvaient cependant obtenir des dispenses d’âge en passant un examen. A cette occasion , on ajouta deux places de professeurs aux collèges de la cour, et on régla les examens des deux nouveaux établissements. A la date de l’an 1105, les Po-ut du collège des honorables furent appelés Po-sse supérieurs du collège impérial. Les élèves furent classés suivant le système des trois séries de chambres créées en 1079. Enfin on lit dans YYu-huî, kiv. CX1I, fol. 36, et dans le IPen-liian-thoung-khao, kiv. XLU, fol. 9v. que. l’an 1102 , le ministre Tsaï-king fit construire en dehors de la capitale un collège extérieur, et lui donna le nom de l’ancien gymnase des Tcheou , Pi-young. D’après le rapport fait à l’empereur par ce ministre, le nouveau Pi-young fut une succursale du grand collège qui n’avait pas assez de chambres extérieures pour loger les gradués des provinces. « On sait, dit Tsaï-king, que - les Tcheou avaient bâti un collège en dehors de leur
capitale, et que les élèves de eet établissement passaient au grand collège , en subissant des examens. Il convient d’imiter cette ancienne institution.» En conséquence, il composa le nouveau Pi-young de cent pavillons, dont chacun fut divisé en cinq travées et put contenir trente personnes. Ces pavillons remplacèrent les chambres extérieures du grand collège qui ne conserva plus que des chambres intérieures et supérieures. Les lettrés , gradués aux concours des provinces , eurent ordre d’aller demeurer au Pi-young , en arrivant dans la capitale impériale. Ce fut là qu’ils durent se préparer aux examens pour entrer au grand collège. L’an llOi, l’empereur visita le grand collège et ensuite le Pi-young. L’an 1108, il rédigea lui-même un mémoire historique sur le Pi-young.
- L’ histoire des concours me ramène à parler encore du système des trois séries de chambres qui réglait depuis l’an 1079, l'avancement des élèves au grand collège de la capitale impériale. J’ai déjà dit qu’il fut étendu aux collèges d’arrondissement, vers l’an 1099, quelques années après que les règlements de Wang-rigan-chi eurent été rétablis par l’empereur Tchi-tsoung. D’après le texte des annales officielles (1), les professeurs de ces collèges « classaient leurs élèves suivant » les trois séries. Ils choisissaient par arrondissement » de premier ordre un élève de première série ( Cliang - » die), et deux élèves de seconde série (Neï-che) ; à l’é- » poque de la présentation an nuel le (2) , ils les envoyaient
(1) Wen-hian-thoung-khao, klv. XLVI, fol. 16, v.
(2) D’après le rapport qui suit cette citation, le présentation n'avait lieu que tous les trois ans: mais je traduis exactement le texte.
» àla capitale. Ceux de première série devenaient surnu- » mérairesdu grand collège, et occupaient les places va- » cantes, dans la série des chambres extérieures ou dans » la troisième division de cet établissement. Ils parve- * naientpardes examens successifs au rang d’élèves des » chambres intérieures. S’ils subissaient trois examens » sans gagner aucun degré , ils étaient renvoyés dans » leurscantons. Ceux de seconde série ne subissaient de » même aucun examen pour être admis dans les cham- » bres extérieures du grand collège. Ils devaient seule- » ment attendre qu’il y eût des vacances par des pro- » motions. Dans chaque province, un directeur général » choisissait et inspectait les professeurs. Il pouvait » choisir des élèves de la première série provinciale et » les déclarer aptes à exercer des emplois en leur fai- » sant subir un examen semblable à celui des profes- » seurs. Ces examens étaient accompagnés des pré- » cautions ordinaires pour sceller et transcrire les » compositions. » Les présentations au grand collège se faisaient alors simultanément par le système des trois séries, appliqué aux collèges de province, et par les concours publics. Cet état de choses changea après un rapport fait l’an 1102 par Tsaï-king. Ce ministre exposa les avantages du système des trois séries , qui faisait passer successivement les élèves des collèges du second ordre à ceux du premier ordre , et les conduisait enfin au grand collège par la présentation triennale. Il proposa quelques changements qui furent adoptés , et le système des trois séries, ainsi modifié, fut substitué aux concours, l’an 1103. Un décret déclara alors que les admissions au grand collège se feraient uniquement
par le système des trois séries, et supprima lesconcours publics avec les examens pour les degrés supérieurs (4 ). D’après ce nouveau mode, il y eut seulement des examens publics pour passer des écoles de canton aux collèges des arrondissements inférieurs. Ils étaient dirigés par les chefs de canton et fondés sur les huit principes moraux , consacrés par les rites des Tcheou. Au-dessus, il n’y eut plus que les examens des collèges, avec l’avancement réglé par les trois séries. Il fut statué que les élèves des collèges du second ordre devraient paraître tous les trois ans à l’examen de l’inspecteur, sous peine d’être rayés du registre , et que les élèves présentés par les provinces pour le grand collège , recevraient une indemnité de route proportionnée à la distance qu’ils devaient parcourir. A cet effet, ils furent pourvus d’un certificat du chef de leur district , et entrèrent au grand collège sans subir les épreuves des concours publics.
Je ne m’étendrai pas sur plusieurs autres édits destinés à réprimer des abus qui se renouvelaient dans .les présentations ; et je dirai que le système des trois séries fut supprimé l’an 1124 dans les collèges des provinces : il fut conservé seulement au grand collège impérial (2). Une commission composée de hauts fonctionnaires constata que l’on recevait par ce mode un nombre beaucoup trop considérable de gradués. Ces
(l! ff'en-hian-thoung-khao, kiv. XLVI, fol. 18.
(2) fPen-hian-thoung-khao , kiv. XVLI , fol. 21. En 1117, un inspecteur affirme dans son rapport que les Dis de familles riches achètent des lettrés qui subissent les examens à leur place. Il demande que les élèves reçus au collège impérial soient de nouveau examinés.
commissaires disent dans leur rapport : « La sixième » année Youen-foung{ 1083), les supérieurs des collèges « ont reçu en moyenne quatre individus sur soixante » qu’ils examinaient. Alors les candidats reçus étaient » des lettrés de savoir et de renom. Mais , si l’on parcourt les listes récentes des périodes Tu-kouan et » Tching-ho (1107-1117), on reconnaît que, sur trois » candidats, on en a reçu un en moyenne. Ce ne sont » point là des choix réguliers. Conséquemment, le » nombre des individus qui se font inscrire sur la liste » d’examen, s’accroît simultanément avec la négligence » des examens. Nous demandons que , dorénavant, les » examinateurs ne puissent recevoir qu’un candidat » sur dix. » A l’époque où se lit ce rapport , les sectateurs du Tao avaient reparu à la cour. Hoeï-tsoung leur accorda une protection toute particulière. 11 révoqua l’édit de l’an 1023 qui les avait dispersés dans les lieux inhabités, et les rappela dans les villes ; il créa des titres de gradués pour leur doctrine ; il divisa ces gradués en vingt-six séries, relevant de trois supérieurs pris dans la même secte. Ces supérieurs furent juges de toutes les discussions qui pouvaient s’élever entre les adeptes du Tao (1 ). On conçoit aisément l’irritation des lettrés qui voyaient d’une part les concours publics supprimés , les anciens King remplacés par ceux qu’avait édités Wang-ngan-chi, et de F autre la secte de leurs ennemis constants élevée au rang de corporation légale.
(1) Mailla, Histoire générale de la Chine , t. Vin, aux années lll3et 111t.
Art. S. — Troisième période, de l’an 1127 à l’an 1275.
Pendant que l’on discutait à la cour chinoise sur le règlement des examens et sur les livres que les candidats devaient étudier, l’orage grondait dans le Nord. Deux grandes nations tartares.les Liao et les Jou-tchi, se livraient de terribles combats qui finirent vers l’an 1115 par la victoire définitive des Jou-tchi. Leur chef ou khan fut alors proclamé empereur, et donna â sa dynastie le nom de dynastie d’or, Althoun. Les historiens chinois ont traduit ce nom par le mot Kin, qui a le même sens dans leur langue. Les Jou-tchi ou Kin firent de rapides conquêtes dans la Chine boréale, qu’ils trouvèrent dégarnie de troupes, et vinrent, l’an 1127, assiéger la capitale impériale Khaï foung-fou(l). Hoeï-tsoung , trop âgé, avait transféré la couronne à l’un de ses fils. Ce prince, nommé Kin-tsoung, paya une forte somme pour racheter sa capitale , se livra lui-même aux vainqueurs, et fut emmené en Tartaric avec son père et presque toute sa famille. Il ne resta plus en Chine que le neuvième fils d’IIoeî tsoung qui se trouvait alors éloigné de Khaï- foung-fou. Il fut reconnu empereur, et ne sut pas mieux se défendre que son prédécesseur. L’histoire, qui l’appelle Kao-tsoung, lui reproche de s’être laissé guider par les eunuques
(1) Le premier empereur Soung avait fait détruire les murs de plusieurs villes et enlever les armes, pour empêcher les révoltes qui avaient renversé les Thang. Il avait concentré toutes les forces militaires au our de la capitale. Ce fait est parfaitement exposé par un rapport inséré dans le Kouteen-youen kien, klv. XL1II, fol. 7. Il explique la marche rapide des Kin jusqu’aux environs de Khaï- foung-fou.
auxquels elle impute tous les malheurs publics. L’an 1129, Kao-tsoung fut repoussé au delà du Kiang , et les Kin s’établirent d’une manière définitive dans les contrées qu’ils avaient conquises. Le théâtre de la guerre fut alors transporté vers la vallée du Kiang. Les provinces que ce grand fleuve arrose furent tour à tour envahies par les Kin et reprises par les troupes chinoises.
Cependant l’empereur Soung fixa, l’an 1132, sa résidence dans la ville de Hang-tcheou-fou du Tchekiang. Dès l’an 1127, il avait institué par un décret des concours spéciaux pour les places des professeurs attachés aux collèges. L’an 1133, il renouvela ce décret , et réduisit en même temps le nombre des professeurs dans les provinces de la rive gauche du Kiang, dont une partie était occupée par l’ennemi. Suivant le texte cité par Ma-touan-lin (1) , les concours pour les places de professeurs avaient été momentanément suspendus, à l’instigation des conseillers auliques qui voulaient disposer des ces places en faveur de leurs créatures. Ils furent rétablis vers l’an 1133, dans la période Tchao-hing. Les candidats étaient examinés sur les King, les rites et la poésie. Ceux qui étaient choisis recevaient le titre de Tchu-chin (hors ligne), qui indiquait leur aptitude à occuper des fonctions administratives. La quinzième année Tchao-liing (11 45) le supérieur du collège impérial représenta que les questions extraites des King donnaient fréquemment lieu à des difficultés, à des discussions, entre les
Digi
(I) tfren-hian-lhoung-khav, kiv. XLVI, fol Î2.
examinateurs, les professeurs et les lettrés. D’après cette observation, les sujets de composition furent seulement pris dans deux des six King (1).
L’an 1142 , un grand collège fut ouvert à la nouvelle capitale (2). Ses officiers furent un supérieur ou Tsi-llisieou , chargé des cérémonies sacrées, un préposé aux leçons (Sse-nie) , trois Po-sse , un préfet ( Tching ) et un teneur de registres (Lo). 11 y eut trois cents places d’élèves logés et nourris. Ce nombre fut ensuite augmenté, et l’an 1145, l’établissement contint sept cents lettrés , divisés en trois séries de chambres, suivant le mode de l’an 1079. Pour être admis dans la première série, celle des chambres extérieures, les candidats durent avoir demeuré un an dans les collèges des arrondissements où ils étaient nés , et y avoir passé avec succès trois examens. Quelques jeunes gens purent être dispensés de ces conditions par protection supérieure. Cette année 1142, au dernier mois de l’automne, 5,000 candidats se présentèrent au premier concours ouvert pour l’admission au grand collège. Vers cette époque, on créa aussi près de la cour un collège des fils de dignitaires qui fut composé de 80 élèves, une école des lois, un petit collège pour les enfants des fonctionnaires , enfin une école militaire. L'Yu-ha'i, qui rapporte ces derniers faits , fol. 17 desonkiv. CX1I , dit que le règlement de ces divers établissements fut rédigé en vingt-cinq chapitreset soumis 4 l’empereur, l’an 1143.Suivant le texte
(1) fVen-hian-lKouny-khao , klv. XLVI, fol. 22.
(2) IV en-hian-thoung-khao, klv. XI.II , fol. 15 v. el 18.
cité par Ma-touan-lin (kiv. XXXIV, fol. 18), l’école militaire fut fondée l’an 1146, et ce fut cette année seulement que le ministre de la guerre présenta à l’empereur le programme de ses exercices. D’après la continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLII , fol. 1 , Kao-tsoung réinstitua aussi l’école de médecine , et plaça à sa tête un fonctionnaire investi du titre de préposé à la médecine. Les médecins du comité des Hàn-lin (1) demandèrent que les concurrents fussent examinés sur douze articles des livres adoptés pour l’enseignement médical , et que l’on admît seulement ceux qui auraient répondu d’une manière satisfaisante sur six au moins de ces articles.
En général , malgré les attaques répétéesdesKin , la cour des Soung s’occupait constamment de l’organisation des études et principalement des études littéraires. Un édit de Kao-tsoung, à la date de l’an 1142, enjoint aux préfets des premiers arrondissements ( Tcheou ) de réparer les collèges. Un autre, publié en 1148, les charge de nommer des professeurs pour diriger ces établissements. L’an 1148, un haut fonctionnaire , préposé aux transports des produits de la taxe dans la province de Kiang-si , proposa d’étendre les édits précédents aux seconds arrondissements ( Hien ) , et d’y créer des collèges , sous l’inspection d’officiers spéciaux , qui seraient attachés à chaque premier arrondissement et seraient appelés Tcliu-chinkouan. Les professeurs des collèges départementaux
(1) J’ai dit plus haut que Hoel-tsoung avait créé vers l’an 1100 une section de médecins dans le comité dea Han-lin.
jouissaient alors d’une haute considération. VYu-heü nous a conservé les noms de ceux qui se distinguèrent entre les années 1056 et 1165 (1).
L’an 1151, le président du comité de censure {Tali-sse ) représenta à l’empereur que des familles puissantes s'étaient permis d’usurper des terres affectées à l’entretien des collèges, et demanda qu’une vérifica-^tion fût faite à ce sujet dans chaque province par les inspecteurs ou directeurs des études (2). L’empereur agréa sa requête, et ordonna d’ôter des terres aux monastères bouddhiques pour les ajouter aux domaines des collèges. Le célèbre commentateur Tchou-hi , qui vivait à cette époque, a laissé une description des terres du collège de Thsoung-ngan (3). 11 déclare que les ressources allouées aux collèges en rente territoriale ou en subvention pécuniaire, sont habituellement disproportionnées avec la grande quantité des élèves admis. 11 reconnaît que le gouvernement ne peut s’imposer les dépenses nécessaires pour mettre ces établissements dans une situation satisfaisante. 11 rappelle que, suivant les anciens documents, les trois premières dynasties Hia , Chang , Tcheou , avaient un nombre immense d’établissements consacrés à l’instruction publique , et avoue que rien n’indiqué comment l’État pouvait pourvoir à leur entretien. lt
(1) ff^en-hian-thoung-khao, kir. XLVI , fol. 22. l'u-haï , kir. CXU. fol. 30 et 31.
(2} K^en-hian-lhoung -khao , kir. XLVI , fol 22 et 23. C’est la seconde mention de cette charge que nous retrouverons sous les Ming.
(3) Cet arrondissement fait partie du département actu. 1 de Kien-ning-
fou.
présume que le gouvernement avait alors des ressources suffisantes , parce qu’il était seul propriétaire de toutes les terres et maître de répartir à sa volonté la taxe prélevée sur leurs produits (1).
Nous avons vu plus haut que le système des trois séries de chambres ou degrés de mérite avait été restreint au grand collège par un édit de l’an 1121. Cette mesure faisait cesser la lutte entre les promotions sorties des collèges de province et celles des concours publics ouverts dans ces mêmes provinces. Les Kiu-jin, ou licenciés de tout l’empire, se présentaient alors au concours du grand collège et y étaient reçus , s’ils réunissaient les conditions requises. Cela s’appelait la promotion en masse ( Hoen-pou ). L’affluence fut telle que le nombre des élèves du grand collège devint très-considérable. Depuis la période Chun-U (1174-1190), la cour chercha à prendre de nouvelles mesures pour diminuer le nombre des concurrents et rendre plus difficile l’admission au grand collège ; elle créa alors une promotion d’aspirants dans laquelle les candidats départementaux durent d’abord se faire recevoir par un examen préliminaire. On reçut, sur cent candidats, six aspirants qui purent subir l’examen définitif, et la liste d’admission fut publiée dix jours après l’ouverture de la salle du concours. Beaucoup de lettrés, trop éloignés de la capitale, ne vinrent plus passer l’examen définitif. D’autres hommes prirent leurs certificats et se présentèrent à leur place. Ces désordres firent changer de système ; on supprima la
(1) Wen-hian-thoung-khao, kiv. XLV1 , fol. 23.
promotion des aspirants dans la période King-youen (1195-1202), et l’an 1202, on admit directement en masse tous les gradués au concours du grand collège. Il y en eut jusqu’à trente-sept mille qui furent examinés par six épreuves et pendant dix-huit jours (1).
L’an 1167, on voit reparaître le titre de Tclioungyouen (premier de la liste), décerné aux élèves de premier mérite , à la sortie du grand collège. Ce titre leur conférait les appointements de préfet littéraire dans cet établissement , et leur assurait l’entrée des hautes charges. L’an 1170 , le ministre de la guerre se plaignit des faveurs ainsi accordées à ces Tchoung-youen , et en général aux élèves de premier mérite. Ils sont d’abord, dit-il, nommés officiers de collège et ils arrivent promptement à être gouverneurs de district , sans avoir les notions nécessaires pour juger les procès criminels et percevoir les taxes. 11 demanda et obtint que ces nominations fussent limitées à deux individus dans chaque examen impérial.
L’an 1178, les disputes recommencèrent à la cour des Soung , sur les différentes explications qui avaient été données du texte des King : les uns défendaient celle qu’avait publiée le fameux Wang-ngan-chi ; les autres soutenaient celles des anciens commentateurs. L’an 1188, Tchou-hi , qui avait revu l’histoire de Sse-ma kouang , et un lettré nommé Lin li , s’attaquèrent sur le sens de certains passages du livre sacré des sorts, YY-king. L’an 1194, les débats se renouvelèrent. Tchou-hi vint à la cour et exposa publique-
(1) fVen-hian-thoung-khan , kl». XLII, fol. 18, v.
ment sa doctrine. On expliqua les King devant l’empereur chinois, comme on discutait à la cour de l’empire grec sur l’interprétation de l’Évangile, tandis que les Turcs campaient à quelques journées de Constantinople. L’an 1200, la doctrine de Tchou-hi fut condamnée et lui-même exilé. Il mourut cette même année (1).
La cour chinoise se rappelait par intervalles qu’il fallait réorganiser l’armée et relever le mérite militaire, depuis longtemps sacrifié au talent littéraire. L’an 1 1 35, Kao-tsoung présida lui- même , dans une cour de son palais , l’examen sur le tir de l’arc à cheval. L’an 1157. l’école militaire de la capitale reçut un règlement analogue à celui du grand collège (2). Ses élèves durent étudier les sept livres (3) , l’art de la guerre, le tir de l’arc à pied et à cheval. Ils furent divisés en trois séries de chambres , suivant leur ordre de mérite , et leur nombre fut limité à cent. On plaça à la tête de cette école un Po-sse , choisi parmi les officiers distingués dans les services civils et quelquefois parmi les premiers sujets des concours militaires, institués depuis l’an 1023. La seconde charge de l’école militaire, celle d’instructeur ( Hio-yu ), fut confiée à des officiers sortis de ces concours (4). L’an 1166, un ministre demanda que les gradués des concours militaires con-
(1) Mailla, Histoire générale de la Chine, tome VIII, aux années 1188 et 1200.
(2) yu-haï, kiv. CXII, fol. 38, r.; kiv. CXVI, foi. 16, v.
(3) Tsi-chou . Cette collectiou comprenait les traités de Sun-tseu et de Ou-tseu avec cinq autres indiqués par le Siao-hio-kan-tchou.
l4) IVenrhinn-thnung-khao, kiv. XXXIV, fol. 19, v.
missent les règlements de l’intérieur des camps. Il paraît, d’après cela, que les aspirants s’occupaient seulement de la théorie pour passer les examens (1). L’an 1169, vingt-trois militaires , reçus à l’examen impérial , obtinrent des diplômes analogues à ceux des concours civils. Il y eut ainsi des hauts gradués ( Kaï-ti ) et des hommes hors ligne ( Tchu-chtn ) pour les concours militaires (2). Les mêmes titres furent distribués comme encouragement dans les corps d’armée qui gardaient les frontières exposées à l’ennemi. L’an 1183, une ordonnance institua sur les frontières des séries de gradués militaires, identiques avec les séries de gradués civils (3). Cette ordonnance fut confirmée par une autre de l’an 1199 (4).
J’arrive maintenant au commencement du XI IL siècle , époque à, laquelle s’arrêtent les deux recueils qui on t été j usqu’ ici mes pri n cipaux guides. Je quitterai donc l’ Yu-haï ainsi que le PFen-hian-thoung-khao , et pour aller plus loin , j’aurai recours à la continuation de ce second recueil que M. Stanislas Julien a bien voulu mettre à ma disposition , avec son obligeance habituelle. Elle est rédigée sur le même plan que l’ouvrage de Ma-touan-lin , et s’étend jusqu’à la fin de la dynastie Ming (1644). Vers l’an 1214, les Mongols, conduits par Tching kis, paraissent sur la scène historique. Les Soung s’unirent àeux pour attaquer les Kin, croyant que ceS nomades retourneraient au désert avec
(1) Yu-haï , klv. CX VI, fol. 16, V.
(2) hYen-hian-thoung-khao, kiv. XXXIV, fol. 19, ».
(3) Yu-haï, kiv.CXVI, fol. 16, ».
(h) Continuation de Ma-touan-lin, kl». XXXVII, fol. 1.
leur butin. Mais la politique chinoise se trouva en défaut , et , après que le royaume des Kin eut succombé vers l’an 1234, les nouveaux venus se jugèrent assez forts pour attaquer l’empereur Soung. Alors s’engagea une nouvelle lutte, dans laquelle les Chinois furent presque toujours vaincus. Cependant , au milieu même de cette guerre désastreuse , la cour chinoise promulgua de nombreux décrets concernant l’organisation de l’instruction publique et des concours. Je pourrais remplir plusieurs pages en traduisant tous les décrets de ce genre compris entre l’an 1210 et l’an 1276, qui vit périr le dernier empereur de la dynastie Soung : mais je me contenterai d’en faire des extraits, pour ne pas trop fatiguer mes lecteurs.
Le kiv. XXXII de Ma-touan-lin nous offre fol. 32 et suivants, les nombres successifs de docteurs ou Tsin-sse, nommés dans les divers concours qui ont eu lieu à la capitale impériale depuis le commencement de la dynastie Soung jusqu’à sa fin. 11 résulte de ce tableau que, depuis la perte des provinces du Nord, les études s’ étaient considérablement développées dans ce qui restait de l’empire. En effet , le nombre des Tsin-sse reçus à la capitale du midi, entre les années 1220-1235, est presque égal à celui que présentent les listes des années 1100 à 1124, alors que les candidats de tout l’empire pouvaient se rendre à la capitale Khaï-foung-fou. Un édit de l’an 1206 augmente jusqu’à 120 le nombre des élèves des chambres intérieures au grand collège. Un autre de l’an 1221 rétablit les promotions d’aspirants au grand collège, conformément à l’ordonnance de la période Chun-lii
(1174-4190), et détermine qu’il y aura trois aspirants sur cent candidats. Vers l’an 1216 , on changea le titre des professeurs aux collèges de la capitale , et l’an 1229, un décret sévère fut publié contre la vente des diplômes d’aspirants au grand collège (1). On trouve ensuite un décret de l’an 1246 accordant une gratification en rouleaux de soie aux élèves de cet établissement, etun autre de la même année autorisant la création d’une bibliothèque fondée par association dans l’arrondissement de Chen-hoa, province du Uou-kouang (2). Durant la période Kia-ting (1208-1225), le préfet de-Thsoung-ngan (département de Kien-ning) demanda que l’État achetât des terres, des fermes abandonnées, les fît cultiver, et en affectât le revenu à la nourriture des élèves de son arrondissement. Pendant les années 1237-1241, deux autres préfets s’illustrèrent par leur zèle pour réparer les collèges , au moment où la guerre éclatait entre les Mongols et les Chinois. Les fraudes des concours sont encore prohibées par un décret de l’an 1226 , et la sévérité est recommandée dans les examens par deux autres des années 1231, 1234- Un édit de l’an 1243 réforma le règlement des concours. Comme fa guerre avait envahi les provinces situées au nord du Kiang, et empêchait les lettrés de se rendre aux concours de leurs capitales , des concours supplémentaires furent ouverts dans plusieurs villes situées sur la rive droite du grand fleuve. Quatre édits publiés dans les années 1250, 1251,1261,1262, ordonnent d’exa-
(1) Continuation de Ma-touan-lln , kiv. XI.VII, foi. 1.
(3) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. L, fol. 1.
miner aux collèges des districts les aspirants au grand collège, augmentent le nombre des alliés de la famille impériale qui pourront y être admis, et changent les examinateurs des concours provinciaux. Enfin , un dernier décret, rendu l’an 4273 , trois ans avant la chute définitive des Soung , fixe la proportion des licenciés qui pourront être reçus au concours de la capitale impériale.
Je n’ai pas le courage de traduire les autres édits rendus par les derniers empereurs de cette malheureuse dynastie pour ranimer le zèle de leurs sujets, en appelant à eux , par des concours spéciaux , les hommes bien pensants et vertueux (4212), les hommes habiles et capables (Hien-liang , 4225), les hommes pieux et intègres ( Hiao-lien, 4260) , en accordant des titres de gradués à ceux qui livreraient gratuitement des grains aux troupes ou aux victimes de la guerre , enfin , en autorisant les officiers supérieurs de l’armée à s’adjoindre leurs meilleurs soldats. Les personnes qui voudraient lire ces édits d’un effet nul ou tout à fait éphémère , les trouveront dans la continuation de Ma-touan-lin au commencement des kiven XXXIX à XLI1I. Le seul fait qui résulte de cette lutte impuissante des Soung contre leur ruine, c’est la haute importance attribuée aux concours publics, comme seul moyen de mettre en évidence les capacités de toute nature.
Avant de terminer ce paragraphe , il me reste quelques mots à dire sur les divers modes qui ouvraient, sous les Soung, l’entrée aux charges supérieures, et se joignaient à la voie directe des concours ordinaires pour les deux carrières civile et militaire. Nous venons
de voir les appels extraordinaires des Hieti-liany , Hiao-lien, appels qui dérivaient du droit impérial, ainsi que nous l’avons constaté sous les Thang. Je ne parlerai que pour mémoire des concours ouverts aux enfants qui se distinguaient dans l’étude des King , parce que ces concours n’ont eu que des résultats insignifiants. Ils produisirent à peine 27 gradués de l’an 991 à l’an 1056, furent interrompus, puis renouvelés par intervalles, en 1084, 1137, 1172(1). Mais je mentionnerai la conservation du privilège de protection , par lequel les fils de fonctionnaires ( Jin tseu) étaient reconnus aptes à succéder à leurs pères. Ce droit de protection du père en faveur du fils se transmit des Thang aux Spung qui ne l’acceptèrent qu’à regret et tentèrent de le restreindre. Ainsi , en 963 , Thaï-tsou réduisit de 42 à 25 la liste des jeunes fils de fonctionnaires, présentés chaque année pour remplir certains emplois des sacrifices impériaux. Son successeur, Thaï-tsoung, limita cette même liste à quinze noms: il déclara que les grands généraux (,/'atsiang-kiun) et les secrétaires supérieurs de l’administration civile ( Tchoung-chnu-che-jin ) ne pourraient faire admettre aux emplois qu’un seul de leurs fils. Avant cet édit , les officiers militaires jusqu’au cinquième rang , et les secrétaires archivistes jusqu’au sixième, pouvaient obtenir deux places pour leurs descendants directs. Un décret de l’an 1009 défendit
(1) Yu-hdi , kiv. CXVI, fol. 13, v. H'en-hian-thoung-khao, kiv. XXXV, fol. 5.
(î) Wtn-hicM-thoung-khacy kiv. XXXIV, fol. 5 et suivants.
d'accorder par droit de protection aucun emploi de la cour aux jeunes gens qui n’auraient pas 25 ans. Jintsoung limita ce même droit par plusieurs décrets rendus de l’an 10/il à l’an 1049. Ce prince abolit un usage qui permettait aux privilégiés de demander la nomination de leurs fils sur la simple exhibition de leurs titres de noblesse. 11 fallut que les grands officiers eux-mêmes vinssent dans les cérémonies solennelles exposer à l’empereur les services qu’ils avaient rendus, et obtinssent ainsi qu’il agréât leurs fils ou alliés. D’après une note de Ma-touan-lin (1) , ce privilège de protection avait d’abord été concédé aux épouses légitimes et sœurs du souverain. Il avait été étendu à ses femmes de second rang , puis aux gouverneurs des provinces , et enfin aux préfets d’arrondissement. Jin-tsoung ré duisit cette extension ; mais les nominations par faveur furent encore assez fréquentes après lui pour motiver plusieurs requêtes , qui se lisent dans l’histoire.
En 4071 , un ministre représente que la plupart de ceux qui sont nommés par protection négligent de subir l’examen prescrit sur les lois et la poésie, et se montrent tout à fait incapables de remplir les charges qu’ils ont obtenues. Il se plaint en outre de l’insuffisance de ce gènre d’examen , et blâme la limite de 25 ans fixée pour l’âge des candidats. Alors l’examen fut modifié et composé 1“ de discussions sur l’interprétation des lois , 2° de l’analyse d’un morceau des King. Les fils de fonctionnaires qui avaient été portés sur la liste de mérite reçurent peu à peu les grades de Tchu-
(1) W'en-hian thoung-khao , kiv. XXXIV, fol. 30.
chin (hors ligne) et de Tsin-sse ou docteurs. Ils justifièrent ainsi leur aptitude aux places civiles. Néanmoins, une nouvelle réclamation est adressée en 1072 par les conseillers de l’intérieur et de l’extérieur. Ils observent qu’il n’y a pas de règlement précis pour les nominations de faveur, accordées aux fils des hauts fonctionnaires (1). L’an 1109, lorsque Tsaï king fit construire hors de la capitale le collège Pi-tjouny , les fils de fonctionnaires furent admis dans les collèges extérieurs et intérieurs , sans distinction du district où ils étaient nés. Ils logeaient dans des chambres séparées et subissaient des examens particuliers. - Ils passaient ainsi par les trois séries de chambres qui déterminaient le mérite des élèves , et obtenaient ensuite une charge en faisant un présent à l’empereur. Un inspecteur du Hoaï-toung demanda l’an 1110 que les jeunes gens qui entraient par protection aux places administratives, fussent astreints à suivre les collèges ordinaires, et ne fussent admis aux examens que s’ils n’avaient encouru pendant un an entier aucune des trois espèces de punitions infligées dans ces établissements. Cette demande fut agréée (2). En résumé, les privilèges qui permettaient aux fils de fonctionnaires de succéder à leurs pères furent réduits ou modifiés par les empereurs de la dynastie Soung ; mais ils existaient encore au moins partiellement.
Je dois aussi parler de la voie des emplois inférieurs (Li tao), par laquelle on pouvait s’élever au grade
(1) H/en-Man^thoung-khao , kir. XXXIV, fol. 28.
(2) H'tn-hian-thoung-kkao , kiv. XLII , fol. 10, ».
d’officier civil , ou de membre du gouvernement. Nous avons vu que, sous les Thang, les ministres de la guerre et des rites faisaient ainsi des choix spéciaux parmi les employés, en dehors des usages ordinaires. Le premier empereur de la dynastie Soung ouvrit en 972 un concours pour les employés de l’administration , et autres individus choisis en dehors des usages (1). Il examina lui-même les candidats, et renvoya à la culture des terres quatre cents d’entre eux , jugés incapables d’exercer un emploi administratif. L’année suivante , il reçut des rapports défavorables sur la conduite de beaucoup de fonctionnaires , ainsi nommés en dehors des concours réguliers, et reconnut la nécessité d’employer les gradués littéraires Son successeur, Thaï-tsoung , défendit en 998 au ministre des offices de confier les places de préfets départementaux à des hommes choisis eri dehors des concours officiels. Cependant ces choix furent tolérés pour certains emplois delà coqr (2). Vers l’an 1070, le gouverneur du Siu-tcheou représenta par une requête que, dans cinq provinces centrales , le King-toung , le King-si , le Ho-pe , le Ho-toung , le Chen-si , les hommes étaient généralement ignorants et avaient peu de disposition pour le beau style , épreuve principale des concours, d’où résultait que peu d’entre eux parvenaient à un grade littéraire , et que des offices restaient vacants dans l’administration supérieure des arrondissements (3).
(1) tV cn-hian-thoung-khao. kiv. XXXV, fol. 17, v.
(2) fVen-hian-thoung-lchao . klv. XXXV, fol. 18 et 19.
(3) IV tn-hian-thoung-khao, klv. XXXV, fol. 31.
Il demanda en conséquence que l’on admit à ces offices les employés subalternes , en instituant pour eux des examens particuliers. 11 demanda aussi que l’on fixât l’époque de leur retraite. La condition des employés inférieurs dut être sensiblement améliorée par cette double proposition.
«Sous la dynastie Soung, dit Ma-touan-lin , kiv.
• XXXVIII, fol. 3, il y avait en général cinq voies
• pour arriver à être membre du gouvernement ou » fonctionnaire de l’administration supérieure , savoir : » la voie des concours civils , le choix par la faveur du » souverain ; ainsi étaient nommés les fils des fonction-
• naires; le choix pour un mérite authentiquement
• constaté ; ainsi se produisaient les Hien-liang, Fang-
• iching ; le choix en dehors des usages réguliers parmi » les employés subalternes ; enfin la voie des concours
• militaires. Le ministère des offices réglait ensuite sa
• mesure, pour distribuer les places des arrondisse- » ments. • Cette dernière phrase nous montre qu’en général , sous les Soung , comme sous les Thang , les aspirants aux emplois civils devaient subir, d’une part, l’examen du ministère des rites qui conférait un grade littéraire, tel que ceux de Kiu-jin (présenté) et de Tsin-sse (promu), et, d’autre part, l’examen du ministre des offices , qui donnait le rang de choisi (Sioueasse) et une charge immédiate. Ma touan-lin rappelle en différents passages ces deux genres d’examens, indépendants l’un de l’autre, et dit (1) : « Ce système
• fut régulièrement pratiqué , sous les deux première
(1) tf cn-hian-thaung-khao, kiv. XXXVIII, fol. 14.
• empereurs Thaï-tsou et Thaï-tsoung. Le directeur
• du collège impérial et les inspecteurs des provinces ,
» agissant au nom du ministère des rites, adressaient
• ceux qu’ils avaient choisis au ministère des offices,
» et ne se permettaient pas de nommer eux-mêmes des
• fonctionnaires. C’était alors une chose grave que
• d’être admis aux charges administratives. Plus tard,
» le nombre des gradués reçus doubla d’année en an- » née. Alors les opérations des deux ministères don- » nèrent lieu à des fraudes, à des friponneries. » Entre les Tsin sse et les Sbuen-sse se glissèrent les suppléants par protection ( Yn-fou ) (1), et je ne puis que rappeler ce que dit Ma-touan-lin des luttes perpétuelles entre les deux ministères. Je renverrai à la traduction de ce passage que j’ai donnée dans le § 3, art. A.
Le kiven XL1I du Wen hian-üioung-khao nous présente le texte de 38 ordonnances rendues par les empereurs de la dynastie Soung pour l’organisation des eollégesetécoles supérieures de la cour. Le kiven XLVI du même recueil rapporte 19 autres ordonnances promulguées sous la même dynastie pour les collèges des provinces. Il faut ajouter en sus huit décrets concernant le même sujet, postérieurs à l’an 1208 et fournis par le supplément de Ma-touan-lin : ce qui ferme un. total de 65 ordonnances. Le kiven CXII de YYuhaï en mentionne jusqu’à 115, toutes émanées des empereurs de la dynastie Soung : mais il y en a beaucoup qui ont peu d’importance et ne sont citées que par une seule ligne. Quant aux ordonnances promul-
(I) H'en-hian-thoung khao , kir. XXXVIII , fol. 18.
guées sous la même dynastie pour autoriser, confirmer , ou supprimer les diverses sortes de concours , elles remplissent les 40 articles du Kiven CXVI de VYu-haï, et sont tellement nombreuses que je n’entreprendrai pas d’en faire le calcul exact.
Je vais maintenant passer à la description des institutions établies par la dynastie Mongole ; mais auparavant, je dois jeter un coup d’œil en arrière , pour donner une idée de la manière dont les Rin et les Liao, leurs prédécesseurs, avaient organisé l’instruction publique et les concours dans les deux grands empires du Nord qui portèrent leurs noms, aux dixième , onzième et douzième siècles. Les Liao occupèrent peu de terrain sur le sol chinois proprement dit ; mais nous avons vu que les Kin dominèrent, depuis l’an 1127, sur toute la Chine boréale , jusqu’au cours du Kiang. J’extrairai de la continuation de Ma-touan-lin les documents qui se rapportent à cette partie accessoire de mon sujet , et je les discuterai dans le paragraphe suivant. Je reprendrai ensuite le fil de l’histoire, et je le suivrai , sans interruption , jusqu’à l’organisation actuelle de l’instruction publique et des concours , telle qu’elle a été constituée par la dynastie chinoise des Ming et adoptée par la dynastie tartaredes Mantchoux.
§ VI. — De l’ikstrcctiob publique et des coucoues, sous la dynastie
TABTAEE DES LlAO (907-1115), ET SOCS CELLE DES kl» (1115-1235).
Depuis longtemps la Chine formait , à l’orient de l’Asie , un centre de civilisation distincte , au milieu des tribus nomades qui l’entouraient, et toutes les fois
que ces tribus se décidèrent à s’établir d’une manière fixe sur une portion de son territoire , elle réussit constamment à leur faire adopter ses institutions , comme le modèle parfait des règles de la vie civilisée. Ce côté du monde semble n’avoir connu que deux sortes de systèmes sociaux possibles , le système pastoral des Tar tares, avec ses hordes mobiles et armées, ou le système agricole et sédentaire des Chinois , avec son étiquette minutieuse , ses séries de gradués , et toute son organisation administrative.
Les Liao, qui occupèrent, au X* siècle de notre ère , les pays au nord de la Chine , voulurent y fonder un empire régulier. Us cherchèrent dès lors à imiter les usages de leurs voisins , les Chinois. Ainsi, leurs chefs prirent le titre d’empereur, se créèrent une cour, avec des ministères , des établissements d’instruction, des comités d’annalistes, et fondèrent une dynastie dont les premiers empereurs furent appelés grand ancêtre (Tlidi-isou), grand honorable (Thaï-isoung) , suivant la coutume chinoise. Les annales de cette dynastie notent que, dès le règne de Tluü-tsou, vers le commencement du Xe siècle , la capitale supérieure ( Chang-king) possédait un collège impérial ( Kone-iseu-kien ) dirigé par des officiers nommés Tsi-thsieou, supérieur chargé des offrandes , Sse-nie préposé aux leçons , Kien-tching préfet de classe, Tchu-pou préposé aux livres. Nous retrouvons donc à la cour des Liao les titres affectés aux officiers du collège impérial des Thang. Sous le règne de Thaï-tsoung (916-947), un grand collège fut établi dans la seconde capitale des Liao , dite capitale du Midi ( Nan-king ). Enfin , l’histoire cite encore le
collège impérial ( K oue-tseu-kien ), fondé dans la capitale du milieu (Tchoung-king) , vers l’an 1060 (1).
Quant aux collèges de province , les mêmes annales des Liao mentionnent, à la date de l’an 1012, deux écoles spéciales établies dans les arrondissements de Koueï et de Ning sur la côte du Liao-toung pour instruire des Coréens qui y avaient été transportés et ne connaissaient pas la langue écrite ( Wen tseu) (2). Cette langue écrite devait être celle des Chinois , qui était usitée dans le Liao-toung.
On lit encore dans les mêmes annales : « La première année Tsing ming (1035), l’empereur Tao- » tsoung enjoignit , par un décret général , de fonder
• des collèges dans tous les arrondissements et d’y in- » struire des élèves. Il ordonna de livrer à chacun de » ces établissements un certain nombre d’exemplaires » des cinq King , des chroniques anciennes et des commentaires adoptés. 11 les plaça sous la' direction de
• professeurs appelés Po-sse et Tsou-hiao (3). » On voit que ce décret est rédigé sur le modèle du règlement général établi parles Soung. Conformémentà sa teneur, descolléges s’élevèrent dans les capitales des provinces et dans les chefs-lieux d’arrondissements de premier et de second ordre. Entre les années 1065-1085 , deux officiers Liao, préposés à des arrondissements du Liao-toung , se distinguèrent par leur zèle pour ré-
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv.XLVII, fol. 12. Je ne sais pas la position exacte des villes désignées ici comme les résidences des empereurs- Liao.
(!) Continuation de Ma-touan-lin, klv. I., fol. 5.
(3) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. L, fol. 5.
pandre parmi leurs subordonnés le système de l’éducation chinoise. Tous deux firent réparer les collèges, élevèrent des salles en l’honneur de Confucius , et y appelèrent des étudiants (1).
Dès l’an 976, un empereur Liao, nommé Kingtsoung, avait créé dans la capitale du Midi un comité des examens (Koung-youen) , dépendant du ministère des rites ; mais ce comité .ne paraît pas avoir exereé ses fonctions régulièrement avant l’année 988. A cette dernière époque, les concours littéraires furent ouverts par une ordonnance spéciale. Ces concours furent d’abord annuels, jusqu’à l’an 1032 où ils devinrent triennaux. Les promotions des premières années se bornèrent à deux ou trois Tsin-sse, et on fit appel aux Chinois pour avoir des professeurs. Ainsi, l’an 989, dix-sept Tsin-sse chinois vinrent faire leur soumission, et furent nommés professeurs dans les collèges des capitales et des arrondissements , après que leur capacité eut été constatée par les grands officiers des Liao {2). On trouve encore au kiv. XXXI V de la continuation de Ma-touan-lin , plusieurs autres ordonnances promulguées par les empereurs de cette nation pour régulariser le concours des Tsin-sse. Elles sont rédigées sur le modèle de celles des Soung. Enfin , on voit du fol. 21 au fol. 26, v. , le tableau du nombre des candidats admis
(1) Même fol. du kiv. L, continuation de Ma-touan-lin. Les deux arrondissements commandes par ces officiers sont ceux de Liang-lchou et de Kaotctaeou. Le texte dit que le chef de Kao-tcheou (latit. 40») s’occupa de l’agrictilture et de la plantation des mûriers. Ce passage indiquerait donc que l’on connaissait déjà à cette époque des espèces de mûriers, moins sensibles que les nôtres aux gelées.
(2) domination de Ma-touan-lin, kiv. XXXIV-, fol. 21.
sur chaque liste annuelle ou triennale , pendant toute la durée de la dynastie Liao. Depuis l’an 1006 jusqu’à l’an 1 050 , ce nombre s’élève progressivement de dix ou vingt au plus à cinquante, soixante et soixante-dix. L’an 1050 , les Tsin-sse furent examinés dans le palais impérial , comme cela avait lieu à la cour des Soung. Le tableau montre que cette nouvelle forme d’examen fut dès lors adoptée par les Liao. 44* Tsin-sse furent ainsi reçus en 1055; 115 en 1059; 93 en 1062 et 100 en 1066. Les listes oscillent ensuite autour de ce chiffre 100, et la dernière, celle de l’année 1118, dans laquelle fut renversée la dynastie Liao, présente encore 103 Tsin-sse. Les documents réunis par les continuateurs de Ma-touan-lin n’indiquent point dans quelle langue se faisaient ces concours. Mais, comme les Liao n’avaient aucune littérature, il me paraît évident que l’enseignement institué alors par eux fut uniquement fondé sur les livres de la langue chinoise, la langue savante de ce côté de l’Asie.
Indépendamment des concours réguliers pour le grade de Tsin-sse , les empereurs Liao ordonnèrent aussi , à différentes époques, des concours d’un autre genre (1). Ainsi, il y eut l’an 994 un concours extraordinaire, pour les titres de savant dans les King (Ming-king) et de capacité florissante ( Meou-tsai ). 11 y en eut deux autres , aux dates de 1064 et de 1102 , pour le titre de Hien-liang (intègre et capable). Les Ming-king et Meoutsai furent évidemment appelés pour remplir des places de professeurs dans les collèges. Les Hien-liang furent
(1) Continuation rie Ma-touan-lin, kiï. XXXVII, fol. 3.
examinés sur des questions politiques, comme à la cour chinoise. Nous avons vu que ces llien-liang étaient délégués par les provinces et les districts pour répondre à des questions d’intérêt actuel et général que leur posait l’empereur. Un édit de l’an 985 ordonne d’examiner et de graduer sept hommes renommés par leur bravoure et par leur hardiesse. Un autre de l’an 994 enjoint de faire connaître à l’empereur les noms des soldats courageux appartenant aux différents corps d’armée (1). Nous trouvons donc chez les Liao comme chez les Soung des gradués par concours militaire. Enfin, je citerai une ordonnance de l’an 1088 accordant le rang de membre du gouvernementaux individus qui livreront gratuitement du grain aux greniers publics, et une autre de l’an 1083 qui crée des annalistes directeurs, des annalistes ou écrivains traducteurs de différents degrés (2). La continuation de Ma-touan-lin rapporte seulement le titre de ces ordonnances , et je ne tenterai pas de les commenter par des explications hasardeuses , en l’absence de documents plus clairs. 11 me suffira de les avoir citées, pour montrer que, dès que les Liao eurent quitté la vie nomade et se furent créé des habitations fixes, ils cherchèrent immédiatement à imiter l’organisation de l’instruction et des concours qui existait dans l’empire des Soung.
Cette imitation fut encore plus sensible sous la dynastie des kin , qui régnèrent sur toute la Chine boréale , tandis que les Liao n’avaient pas dépassé la
(1) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXIX, fol. J, v.
(2) Continuation de Malouau-lin , kiv. XLIII, fol. I; kiv. XI.IV, fol. 1.
frontière du territoire chinois proprement dit. Dès l’an 1127, le second empereur Kin, ayant achevé la conquête du Ho-pe et du Ho-toung , enjoignit d’ouvrir deux concours extraordinaires dans le midi et le nord de ses nouveaux États , pour remplir les vacances des emplois de l’administration civile. Les candidats furent examinés, suivant le mode précédemment établi par les Soung. L’an 1138, son successeur, Hi-tsoung, ordonna que ces concours du Nord et du Midi seraient divisés en deux séries d’examens. Les candidats de la première série durent répondre seulement sur le sens des King , et ceux de la seconde ne firent que des compositions en prose élégante et en vers (1). L’an 1150, l’examen sur les King fut momentanément supprimé. On se borna à l’épreuve des compositions élégantes qui parut suffisante pour apprécier le mérite des can didats.
Ces ordonnances ne sont encore relatives qu’au rétablissement des concours pour les individus de race chinoise. L’an 1151, deux nouveaux collèges furent créés à la cour des Kin , pour instruire les fils de l’empereur, ceux des alliés de la couronne et des grands officiers. Ti-liang , qui régnait alors, reconnut donc la nécessité de donner une teinture de la littérature chinoise à ces jeunes gens qui devaient être appelés aux places administratives. L’an 1166, ces deux établissements furent complétés par la création d’un grand collège (î7wï-/iio), comprenant 150 places affectées aux fils des officiers de la haute administration et 250 ré-
(1) Continuation tic Ma-touan-lin, kiv. XXXIV, fol. 30.
servées aux individus de toutes les classes qui auraient satisfait aux épreuves des concours (1) ; mais l’an 1164 fut signalé par une innovation plus importante. L’empereur Chi-tsoung institua des concours littéraires en langue Jou-tchi , et obligea ses compatriotes , les Joutchi , à passer par les épreuves des concours pour obtenir les places administratives (2). Chi-tsoung fit traduire les King chinois en langue Jou-tchi, fit imprimer ces traductions en deux formes de caractères (3) représentant l’écriture de cette langue, et ordonna de les distribuer dans des écoles , dites écoles des caractères Jou-tchi, auxquelles il appela un grand nombre d’enfants des premières familles de la race conquérante. On réunit ainsi près de 3000 élèves dans les provinces. Cinq ans après, on choisit parmi eux cent des plus distingués , et on leur accorda le titre d’écrivains appointés de la cour impériale. Ils durent étudier les anciens livres , écrire des vers et des compositions historiques, et subir un nouvel examen, pour être reçus Tsin-sse en langue Jou-tchi.
Ces premières écoles paraissent avoir été purement élémentaires et destinées à apprendre aux Jou-tchi à lire et écrire leur langue dans les deux formes de caractères prescrites par l’ordonnance. Les études supérieures commençaient au concours institué entre les
(1) Continuation de Ma-iuuan-lln , kiv XLVII, fol. 12.
(2) Continuation de .Ma-toiian-llil, kiv. XXXIV, fol. 27; kiv. JL, fol. 0. On se rappellera que Jou-tchi était le nom de la nation, et Kin celui de la dynastie. Voyez plus haut page 37).
(3) Je ne sais quels étaient ces raractères. Probablement ils se rapprochaient des caractères miigours, desquels dérivent les caractères mongols et mantchoux.
élèves distingués, pour le grade des Tsin-ste. En cherchant ainsi à donner des éléments d’instruction à leur nation, jusque-là tout à fait illettrée, les empereurs Kin suivirent le système de l’enseignement chinois qui était leur seul modèle , et firent traduire les King , bien qu’ils ne dussent guère les comprendre.
I/an 1173, il fut ordonné que l’on créerait à la capitale impériale un collège des fils de l’État ( Koue tseu) pour la langue Jou-tchi , et que des collèges de premier ordre seraient simultanément élevés dans les chefs-lieux provinciaux pour l’enseignement de la même langue (1). Des Tsin-sse reçus dans les nouveaux concours en langue Jou-tchi furent nommés professeurs de ces établissements : ils furent chargés d’instruire les fils des officiers et des hommes du peuple qui désireraient étudier. Ces collèges se multiplièrent rapidement, et un concours général en langue Jou-tchi 's’ouvrit régulièrement tous les trois ans à la capitale. Les Kin suivirent encore en ceci l’exemple des Chinois (2).
On lit dans la section des examens et présentations , annexée aux annales de la dynastie Kin : « Les Kin se »■ firent une loi d’imiter les Liao dans l’organisation
• générale de l’administration. Ils adoptèrent donc,
• comme ceux-ci, les règlements des Thang et des
• Soung pour les concours des Tsin «te ; mais ils firent » plus que les Liao ; car ils instituèrent pour les hommes » de leur nation des concours spéciaux où l’on compo-
(1) Continuation de Ma-iouan-lin, kiv XLVII, fol. 18.
(2) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. L, fol. 6,-v.
• sait et expliquait en caractères Jou-trhi, et ainsi ils » cherchèrent à. se faire une littérature (1). »
En général , sous les Kin , il y eut différentes sortes d’épreuves pour recevoir les gradués. Les uns composèrent en beau style et en vers. Les autres analysèrent le sens des King, et répondirent par écrit sur des questions politiques. Il y eut aussi des concours sur les lois et des concours sur les King entre les jeunes gens.
« Les gradués des deux premiers genres , dit la conti-
• nuation de Ma-touan-lin , furent appelés 7'sin-sse.
» Ceux des deux autres genres furent appelés Kiv-jin.
• Tous les candidats passaient, par une série d’ examens » successifs, de l’école de leur canton au collège de leur » district ; ensuite ils se présentaient au concours de la » province, enfin à celui du palais impérial. Ceux qui
• réussissaient dans ces quatre examens étaient dé-
• clarés membres du gouvernement ou admissibles aux » charges de l’administration supérieure. Ceux qui » avaient été notés cinq fois à l’examen du palais, re- » cevaient un grade par décret impérial (2). » D’après ce passage , il semble que les compositions en beau style , en vers , et sur des questions politiques, étaient réservées au concours du degré supérieur (Tsin-sse), et que le concours du degré inférieur ( Khi-jin ) était limité à l’analyse des King et à la connaissance des lois. Plus tard , on réunit les deux séries de Ts'm-ssc. L’an 1188, il fut statué que l’examen des Tsin-Ue chinois comprendrait les six King, les dix-sept histo-
tl) Coiitinuaiiun île Ma-iouan-lin , kiv. XXXIV, fol. 31. 2 Continuation «le Ma-louan-Hn, kiï. XXXIV, fol. 27.
tiens, le Hiao-kiny, le Lun-yu, le livre de Meng-tseu ainsi que celui de Lao-tseu. Cette même année, les T misse de race Jou-tchi ne furent astreints qu’à la composition politique. Plus tard on y joignit l’examen par l’analyse des King (1).
Depuis l’an 1156, il y eut aussi des Tsin-sse nommés au concours pour les lois. On réunissait quinze candidats et on en recevait un sur cinq. L’an 1189, plusieurs officiers firent observer que les candidats de ce genre de concours savaient seulement la lettre des lois et ne connaissaient pas les sources de la perfection morale. Sur cette requête, il fut ordonné que les candidats qui auraient satisfait au premier concours sur les lois subiraient à l’intérieur un second examen sur l’analyse de Meng-tseu et du Lun-yu. Cette mesure fut appliquée simultanément aux concours de district et au concours général (2) .
Un édit de cette même année 1189 donna un plus grand développement aux collèges départementaux, consacrés à l’enseignement littéraire. Un recensement de la population fut fait dans tous les arrondissements, et le nombre des élèves fut augmenté proportionnellement au chiffre de ce recensement (3). On trouve au commencement des kiven XLY11 et L de la continuation de Ma touan-lin plusieurs autres ordonnances rendues par les empereurs Ri n pour élargir le grand collège de la capitale impériale, augmenter le
(1) Continuation de Ma-tuuan-lin, kiv. XXXIV, loi. 28 et 30.
(2) Continuation de Ma-touan-li n. kiv. XXXIV, loi. 29.
(3) Continuation de Ma-louan-.log, kiv. L, fol. O.
nombre des collèges dans les chefs-lieux , et fixer la subvention allouée aux élèves de ces deux sortes d’établissements. Cette subvention paraît remonter à l’édit de l’an 1189 ; elle consistait alors en monnaie et en riz ( 1 ). Plus tard, en vertud’un édit de l’an 120! , iesélèvesdu collège impérial reçurent par tête le produit en grains de 108 ttieou de terre; les autres reçurent seulement le produit de 60 meou (2 . On voit que, sous les Kin, comme sous les Soung , les places d’élèves des collèges étaient limitées à un certain nombre par arrondissement , que ces places étaient subventionnées et représentaient ainsi un premier grade dans l’échelle des concours. Au surplus, le règlement de la subvention promulgué en 1201 fut mal observé et tomba en désuétude , avant la chute de la dynastie Kin. Au lieu de grains ou de métal monnayé , on donnait aux élèves du papier-monnaie qui était déprécié. L’an 1217, l’empereur Siouen-tsoung s’étant plaint du petit nombre des candidats qui se présentaient au concours des Tsinsse , ses conseillers auliques lui répondirent que la décadence devait être principalement attribuée à la manière irrégulière dont se faisait la subvention (3).
On voit également au fol. 2, kiv. XLI1 de laconiinuation de Ma-touan-lin , que les Kin fondèrent des collèges de médecine dans leurs capitales et dans les chef-lieux d’arrondissements. Les élèves de ces collèges étaient, ainsi que ceux des collèges littéraires, en nombre
(1) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. L, fol. 5.
(2) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XLVII , fol. 16 , et kiv. L, fol 5. Le Meoti pouvait représenter alors, comme aujourd'hui, 5 ù fi «res.
(3) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. L, fol r».
proportionné à l’importance du lieu. Tous étaient examinés, chaque mois, dans l’intérieur de l’établissement. En outre, des concours triennaux furent ouverts pour l’entrée au comité médical de la cour, appelé comité des grands médecins, comme à la cour chinoise. Tous les médecins étaient aptes à s’y présenter, alors même qu’ils n’eussent pas été elèves des collèges fondés par l’État. Les supérieurs du comité médical de la cour avaient le titre de Pn-sse. A la date de 1175, un homme de l’arrondissement de Thaï-ngan ayant offert à l’empereur un traité de médecine qu’il avait composé , fut nommé Po-sse du comité médical.
Iæs officiers de la tour céleste ou de l’observatoire de la cour étaient composés de 26 Jou-uhi et de 50 Chinois. Ces places se donnaient par des concours ouverts tous les trois ans. Les candidats devaient être âgés de 15 à 30 ans. Ils étaient examinés sur l’étude du calendrier, sur les règles de la divination , sur la connaissance des mouvements des cinq planètes, et aussi sur les traités de géographie.
Dès l’an 1139 , les Kin imitèrent encore les Soung , en instituant des concours pour les jeunes gens âgés au plus de 13 ans, qui pourraient lire au moins 5000 caractères dans deux King de premier ou de second ordre, ainsi que dans le Lun-yu.Ces concours pour les capacités précoces avaient lieu au chef-lieu de chaque département. Les candidats étaient examinés sur 15 articles, et ceux qui satisfaisaient sur 13 pouvaient se présenter au concours général de la capitale (1). Ce
Cl) Continuation de Ma-touan-iin, kiv. XLi, Toi. 1.
genre de concours fut supprimé vers 1150 et rétabli en 1189. L’an 1145, les Kin avaient de même établi six catégories de mérite militaire , qui furent réduites à trois en 1201. Le mérite des candidats était constaté par différents exercices (1). Un édit de l’an 1203 règle le mode de promotion des gradués militaires reçus au concours des provinces; ils sont appelés Kiujin comme les gradués civils de deuxième ordre. Entre l’an 1203 et la destruction de l’empire des Kin, il s'est écoulé environ trente ans; et ainsi, chez les Tartares comme chez les Soung , le gouvernement cherchait à ranimer par des titres nouveaux le courage de l’armée amollie par la vie sédentaire. A six époques différentes, 1143, 1161, 1191, 1197, 1215, 1236, les Kin offrirent aussi le titre d’officier de l’administration supérieure à ceux qui feraient des dons gratuits pour l’entretien de l’armée ou pour soulager des populations nécessiteuses (2), Ils finirent par vendre publiquement les charges et les titres en 1232. En outre, ils avaient admis , comme les Liao , un privilège de protection , en vertu duquel les fonctionnaires du premier au huitième rang pouvaient présenter des protégés pour succéder à leurs places (3). Nous avons vu que ce même droit de protection se maintenait toujours par tolérance, à la cour chinoise , en faveur des fils d’officiers en exercice (Jin-tseu).
(1) Continuation de Ma-touan-iin, kiv. XXXIX, fol. 5. (ï) Continuation de Ma-touan-iin, kiv. XLIJI, fol. 1.
(3) Continuation de Ma-touan-iin, kiv. LX, fol. 2.
S VII. — I)e l'instruction PUBLIQUE et des concours sous la dinastie
MOXOOLC , appelée dans les annales dynastie des Y OUF. N
La horde mongole , qui lit irruption en Chine vers l’an 1215, se montra d’abord plus opposée à la civilisation chinoise que ne l’avaient été les peuples Joutchi et Khi-tan. On sait qu’ après la conquête du Ssetchouen par Tching-kis , plusieurs de ses officiers lui proposèrent d’exterminer tous les habitants de cette province , et de la convertir en un vaste pâturage pour nourrir les chevaux et les bestiaux de la horde. Ces £a~ rouches nomades croyaient que c’était le seul moyen de tirer un parti utile de leur conquête. Le Chinois Ye-liu-tsou-thsaï, qui s’était attaché à la suite de Tchingkis, réussit, non sans peine, à empêcher cette boucherie. Il parvint à faire comprendre au chef mongol qu’il pourrait tirer un bon revenu de la population vaincue en prélevant un impôt modéré sur les terres, les marchandises , et les produits métalliques (1). Il devint ainsi le contrôleur des finances de Tching-kis et de son successeur Ogodaï. Le succès de sa gestion modifia les idées des conquérants qui commencèrent à apprécier la civilisation chinoise. Dès l'an Ogodaï ordonna d’établir dans sa capitale un collège supérieur ( Koue-tseu - hio ) pour instruire les fils des officiers en activité de service (2j. Trois ans après (l’an 1237), et sur la proposition du même Ye-liu-tsou-thsaï, Ogodaï ordonna encore que trois concours seraient
(i> Histoire des Mongols , par Gaulill, page 58.
(2) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLVIi , fol. 15.
ouverts pour l’examen des savants lettrés dans les provinces , que les examinateurs vérifieraient leur capacité par l’analyse des King , par des compositions en prose élégante ou en vers , et que ceux qui n’auraient fait aucune faute de style deviendraient membres du gouvernement. D’après le texte, 4,030 lettrés furent reçus dans cette promotion et occupèrent des places administratives (1). Mais ces deux édits semblent n’avoir eu qu’un effet momentané , au milieu des agitations de la guerre , et il faut passer à 25 ans de là, au commencement du règne de Koblaï-khan , pour trouver quelque document certain sur la réorganisation des établissements d’instruction et des concours littéraires.
Ce pri#ce, qui réunit toute la Chine sous sa domination, réinstitua, l’an 1269, le collège impérial à Tatou, sa capitale, dont l’emplacement était voisin de celui que Pe-king occupe actuellement. Ce nouveau collège ne compta d’abord comme élèves que onze fils d’officiers , lesquels furent instruits par les savants Hiu-heng et Wang-siun (2). On y admit aussi 80 gradués chinois du premier degré. Deux ans après , l’an 1271, il sortit de ces proportions mesquines; on y appela les fils des officiers de la cour et des officiers de l’armée mongole ; on y fit entrer dix fils ou petits-fils de l’empereur. On augmenta le nombre des professeurs qui eurent les titres de Posse, Sse-nie ,
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XXXIV, fol. 4 3.
2) Voyei les travaux de Hiu-heng dans le traité de Gaubil, sur la chronologie chinoise, page 104.
Tsou hiao, comme au collège impérial des Soung. Cette réorganisation fut motivée par une requête des deux savants qui avaient la direction du nouveau collège. Ils demandèrent en outre qu'on la complétât par le rétablissement du petit collège des Soung et des trois écoles supérieures , consacrées à l’étude des lois, du calcul et de la calligraphie. Un décret de la huitième lune , même année , créa un autre collège impérial pour la langue mongole. On y fit entrer des fils d’officiers, mongols et chinois, qui s’étaient bien conduits , et on y enseigna la traduction mongole du grand ouvrage historique intitulé Thoung-kien (1). Le règlement constitutif du collège pour la langue chinoise fut arrêté définitivement l’an 1287. On y admit 120 élèves titulaires, dont 60 furent mongols et60 furent chinois. On prit pour base de l’enseignement les King et les quatre livres moraux. En outre , comme il y avait à cette époque beaucoup de musulmans en Chine , un collège spécial fut annexé à la cour vers l’an 1289, pour l’enseignement de la langue musulmane, qui n’était encore comprise que de quelques membres du comité des Han-lin. Ce dernier collège fut supprimé l’an 1321.
Marco Polo, qui se trouvait à cette époque auprès de Koblaï , ne parle pas de ces diverses institutions ; mais on ne doit pas s’étonner qu’il les ait omises dans les notes détachées qui composent son récit. Au surplus, le décret qui créait le collège des études chinoises ne fut suivi que d’une exécution imparfaite. Les
(1) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XLVII , fol. 15 i 11.
nouvelles places de professeurs furent données immédiatement, il est vrai, à. des hommes capables; mais la construction des bâtiments nécessaires pour loger ces professeurs et les élèves fut conduite avec peu d’activité. Ce fut seulement vers l’an 1306 que l’on commença à s’occuper de leur disposition régulière. On consulta alors les anciens plans fournis par les annales des dynasties précédentes, et le nouveau collège s’éleva à l’occident du pavillon où Confucius était honoré, sous le nom de souverain de la diffusion des principes réguliers.
Dès le commencement de son règne , Koblaï avait fondé une école spéciale pour instruire les lils des descendants de Confucius, de Ycn-tseu et de Mengtseu. Il voyait avec peine que les descendants de ces hommes célèbres avaient perdu le goût des belles études au milieu des troubles, et voulait qu’ils se montrassent dignes de leurs ancêtres. L’an 1270, il créa des collèges départementaux pour les enfants de race mongole. Il appela les fils des officiers supérieurs et même les jeunes gens de la basse classe , au nombre de 25 à 30 selon la population du district. La version mongole du Thoung-kien fut distribuée dans ces collèges peur servir aux études, et les élèves furent exemptés de toute espècede corvée. Le texte de ce décret ne dit pas que ces élèves mongols reçussent une subvention en grains des greniers publics ; mais cette subvention est mentionnée dans un décret rendu en 1295 par Tching-tsoung , successeur de Koblaï. L’an 1292, après la conquête du Yun nan , Koblaï s’empressa d’autoriser l’érection de collèges dans cette province
Digitizetfby
jusque-là presque sauvage. L’an 1286, il fit rendre aux collèges du Kiang-nan les terres qui leur avaient été affectées sous les Soung , et qui leur avaient été enlevées pendant la guerre. Le comité des Han-lib qui avait reparu à la cour mongole, sans doute par l’influence du ministre chinois Ye-liu-tsou-thsaï, avait obtenu dès l’an 1261 que l’on nommât dans chaque province du nouvel empire un inspecteur des études , chargé de relever l’enseignement des collèges. En 1 287, après avoir fixé sa résidence dans la capitale du Nord, Koblaï nomma des inspecteurs semblables dans to'us les départements du Kiang-nan. Ces charges furent confiées aux élèves les plus distingués de la capitale du Midi Le texte dit que les professeurs de cette province avaient montré beaucoup d’insouciance pour leurs devoirs. En même temps Koblaï exempta des corvées les familles de savants lettrés ; probablement il voulait donner un gage de sa bienveillance à cette même province qui ne devait plus être la première de l’empire. En 1295, un décret de Tching-tsoung réduisit le nombre de ces inspecteurs des études à un seul par province. Plus tard , de l’an 1312 à l’an 1321r des charges semblables furent cieées dans les provinces éloignées, telles que le Yun-nan, le Sse-tchouen, le Kan-sou, le Liao-toung, et même dans la Corée occidentale qui avait été réunie à l’empire chinois (1).
Je citerai encore un décret rendu en 1 291 par Keblaï pour créer des écoles pour les enfants, ou petites écoles, dans les collèges du Kiang-nan. Ces écoles
(1) Continuation de Ma-touan-lln, kir. L, fol. 0-11.
furent dirigées par des lettrés habiles : elles reçurent des subventions en grains et en monnaie fournies par des familles zélées. Le même décret créa des bibliothèques publiques (Chou-youen) à l’imitation de celles des Soung (1). Un long passage extrait des annales nous apprend qu’à cette époque, les professeurs de première classe étaient nommés par la cour, et ceux de seconde classe par le ministre des rites ou par ses délégués. Ces places de professeurs avaient des dénominations différentes, selon l’importance de l’arrondissement (2); elles s’obtenaient par des examens successifs et furent remplies par des Kiu-jin ou licenciés. Toutes les opérations des collèges furent surveillées par un inspecteur spécial ( Ti-kiu ) et par un assistant (Tc/inu^/o), lesquels avaientun rang supérieur aux professeursde chaque capitale de province. Les bibliothèques publiques ( Chou youen) eurent aussi des écoles. Les gouverneurs des provinces et les préfets d’arrondissements furent chargés des fournitures en monnaie et en grains nécessaires pour leur entretien. Les élèves qui suivaient avec zèle les leçons des collèges et des bibliothèques étaient présentés par les préposés des districts où se trouvaient ces établissements , et examinés par les moniteurs impériaux ; ils étaient ensuite employés au service de l’État, les uns comme professeurs, les autres comme officiers de l’administration.
(1) Continuation île Ma-louan-iin, kiv. L, fol. 12.
(2) Le texte distingue les Uio-tching ou préfets des collèges, les Chantehang ou supérieurs de la montagne, nom que nous avons déjà vu sous les Soung, et qui désignait les préposés des bibliothèques ; les Uio-lo , archivistes de collège ; les hio-lun , chargés des explications dans les collèges ou écoles.
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Suivant un rapport fait par le ministre de l’agriculture ( Tasse-noung) à l’empereur Koblaï , et cité dans les annales de la dynastie mongole, la Chine possédait, en 4286, 20,466 collèges de premier et second ordre; en 1288, 24,800, et en 4294, 21,300. Ces chiffres sont si considérables qu’ils peuvent inspirer des doutes. On se rappelle que le collège impérial de la capitale était lui-même mal organisé sous Koblaï , et l'on peut penser que les préfets mongols des départements n’étaient pas plus zélés que les officiers de la cour pour le rétablissement des études chinoises. Le premier empereur de la dynastie Ming, qui succéda à celle des Mongols , déclare , dans son rescrit de l’an 1369, que tous les collèges créés par les Mongols n’existaient que de nom et n’avaient rien de réel.
Jin-tsoung, qui monta sur le trône en 4311, fut celui de tous les empereurs mongols qui se montra le plus favorable aux études des lettrés chinois. Il fit transporter au collège impérial de Ta-tou (4) les anciennes pierres où se lisaient des inscription du temps de l’empereur Tclieou , Siouen-wang, et qui avaient, toujours été conservées à la cour chinoise. 11 fit placer dans le pavillon consacré à Confucius les portraits de sept illustres savants des xn* et xiu" siècle, entre autres ceux de Sse-ma-kouang et de Hiu-heng. L’an 4314, il ordonna de réorganiser le collège impérial de Tatou, ainsi que le collège de la langue musulmane, qui étaient l’un et l’autre en mauvais ordre (2). Il éten-
(1) J’ai dit plus haut queTa-lou était a peu de distance de l'emplacement actuel de Pe-king.
(2) Gaubil, Histoire det Mongols , pages 243-245.
dit cette même injonction à la réorganisation des collèges provinciaux , et arrêta définitivement, l’an 1315, le règlement des examens intérieurs du collège impérial (i) , qui fut divisé en six salles distinctes. Les élèves passèrent d’une salle à une autre en réunissant huit parts de mérite aux examens faits dans le concours de l’année, et sortirent par ce même mode des salles supérieures pour entrer dans les emplois. Ce règlement fut rigoureusement appliqué aux élèves chinois ; mais un article additionnel permit aux élèves de race mongole ou Sse-mou de s’arrêter aux salles moyennes où les études n’étaient que de seconde force. Ce nom de Ssc-nwu n’est expliqué dans aucun des textes historiques de cette époque que j’ai pu consulter; il mepa ratt désigner une fraction des peuplades tartares séparée de la horde mongole. Je le traduirai par le terme général d 'étranger, lorsqu’il se représentera.
Ce qui a valu principalement à Jin-tsoung les éloges des lettrés chinois , c’est l’édit par lequel il rétablit, en 1313, les concours réguliers pour les examens littéraires (2). Des délibérations avaient eu lieu à ce sujet sous le règne de Koblaï , et ce prince avait même publié un édit en 1291 pour admettre les Chinois et les étrangers ( Sse-mou ) à certains emplois civils (3) ; mais ses successeurs , fidèles à l’esprit de la tribu , réservèrent les principales charges civiles ou militaires aux fils des alliés de leur famille , et se montrèrent peu sou-
(1) Continuation dp Ma-louan-lin , kl». H, Toi. 12 ; k v. XLVII , fol 23.
(2) Continuation île Ma-louan-lin. kiv. XXXIV, fol. 44.
(3) Continuation île Ma-louan-lin, kiv. XXXIV, fol. 43; kiv. XXXVI, fol. 14.
cieux du -rétablissement de ces concours qui introduisaient dans l’administration les hommes de la race conquise (l). Jin-tsoung franchit le pas, il ordonna aux ofiiciers supérieurs du ministère des rites de préparer le programme des concours , en prenant pour base des examens l’étude des King et assignant une moindre valeur aux compositions en prose élégante et en poésie. 11 annonça qu’il présiderait le concours général fixé à la troisième année qui suivrait son décret , qu’on lui soumettrait les meilleures compositions faites par les candidats sur des sujets politiques, et qu’il se réserverait de juger lui-même leur mérite réel. Jintsoung adopta ainsi complètement les usages de la cour chinoise.
D’après le règlement qui fut alors promulgué , les concours pour le second degré (Kin~jin) durent s’ouvrir annuellement dans les capitales de toutes les provinces. Les candidats ne purent se présenter que dans la province où ils étaient nés : ils durent être âgés de vingt-cinq ans au moins , et être pourvus d’un certificat du préfet de leur arrondissement, attestant, d’après les renseignements locaux , qu’ils avaient les conditions requises de savoir et de moralité (2). En outre, on sépara les candidats de race mongole ou étrangère ( Sse-mou ) et ceux de race chinoise ou du Midi. Ceux
(1) Continuation de Ma-touan-lin, klv. XXXIV, fol. 51. Los nominations des officiers du septième rang au plus dépendaient du ministre des offices. L’empereur et son conseil antique nommaient directement aux places supérieures. Voyei la continuation «le Ma-touan-Un , kiv. XXXVI fol. 13.
(2) Littéralement, le certificat devait attester qu’ils étaient bons fils, bons
frères, bons parents, bons amis, qu’ils étaient fidèles à leurs devoirs, instruits dans les King, et réguliers dans leur conduite. -
de la première catégorie subirent deux épreuves consistant, l’une en interrogations sur les textes du Ta-hio , du Liui-yu, de Memj-tseu , du Tchoung-youny, éclaircis par les commentaires du savant Tchou-hi ; l’autre en une composition de 500 caractères au plus sur les affaires du temps Les candidats chinois et les candidats du Midi qui formaient la seconde catégorie subirent trois épreuves. A la première, ils durent faire l’analyse d’un passage des King, d’après les meilleurs commentaires , et répondre sur des passages difficiles du Ta-hio , du Lun-yu, du Tehouny-young et de Meng-lseu ; à la seconde, ils durent faire une composition sur l’ancienne poésie ou sur les anciennes ordonnances; enfin, à, la 3' épreuve, ils devaient traiter un sujet extrait des King, des anciennes histoires, ou relatif aux affaires du temps. L’ouverture de ces concours pour le second degré fut fixée au 20e jour de la huitième lune de Pan 131Zu
Le concours général pour le degré de Tsin-sse ou de docteur dut s’ouvrir dans la capitale impériale entre les licenciés ou Kiu-jin à la 2* lune de l’année qui suivait celle de leur admission. Le programme du concours général fut établi sur des bases analogues à celles du concours de licence. Les candidats mongols et étrangers formèrent une série soumise à deux épreuves; les candidats chinois formèrent une autre série soumise à trois épreuves. L’étendue de la composition sur un sujet politique fut limitée à 1000 caractères pour les Chinois, à 500 par les Mongols (1).
(1) Continuation île Ma-tooan-lin, kiv. XXXIV, fol. 45-17.
Conformément aux dispositions de ces deux règlements , on admit dans les places des hautes cours civiles autant de Chinois que de Mongols ; et pour ne pas irriter la nation conquérante par cette nouvelle mesure , le nombre des places fut immédiatement doublé dans chaque branche, chaque division administrative (1). A la 3' lune de l’an 1315, l’empereur Jin-tsoung présida en personne le concours général pour le doctorat; il jugea lui-même le mérite des compositions et décerna des titres à 56 concurrents, appartenant aux deux séries mongole et chinoise Le titre d’officier du sixième rang fut accordé à ceux de race mongole; les Ssemou ou étrangers obtinrent le titre du septième rang, et les Chinois seulement celui du huitième. Depuis cette époque , les concours généraux se succédèrent régulièrement de trois en trois ans jusqu’à l’avénement de Chun-ti, qui supprima tous les concours en 1335, sur la demande de son premier ministre Pa-yen (2). Celui-ci disait que beaucoup de licenciés chinois ( Kiu jîn) achetaient leur diplôme, que d’autres se donnaient faussement des noms mongols pour passer seulement l’examen le plus aisé , que le système des concours contrariait celui des choix attribués aux conseillers auliques pour les charges supérieures et au ministère des offices pour les charges moins importantes (3). Un officier nommé Yeou-jin combattit fortement les assertions de Pa-yen , et lui répondit que la vénalité
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XXXIV, fol 50.
(2) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXIV, fol. 51.
(3) Continuation de Ma-touan-lin, XXXVI, fol. 13.
des charges était bien plus fréquente quand le système des concours n’était pas en usage pour choisir les agents de l’État : que ce mode valait encore mieux que l’autre , qui réglait les choix sur la pratique des affaires et la connaissance des sceaux officiels; qu’enfin le nombre des gradués reçus à chaque concours général n’était pas la moitié de celui des individus annuellement admis aux places par l’autre mode. Malgré ces observations, Pa-ven ne voulut pas changer l’édit qu’il avait préparé , et fit décréter la suspension des concours. L’année suivante , le vice-président du ministère des rites demanda inutilement leur rétablissement. Ces faits nous montrent la continuation de la lutte qui avait commencé depuis le vui* siècle entre le ministère des rites chargé de la direction des concours, et le ministère des offices investi du droit de nomination aux places administratives (1).
Celles-ci furent de nouveau réservées aux Mongols seuls et refusées aux Chinois, qui manifestèrent bientôt leur mécontentement par des révoltes dans le Kouangtoung, leHo-nan, le Fo-kien. Chun-ti se repentit alors de son édit ; il renvoya son ministre et réinstitua les concours l’an 1340, en modifiant légèrement les épreuves imposées aux deux séries mongole et chinoise (2). Le concours général s’ouvrit de nouveau l’an 1342 à la capitale impériale , et il continua d’avoir lieu tous les trois ans pendant le règne orageux de Chun-ti, qui
(I) Voyez plus haut, pane 306, et le sommaire de la section des examens et présentations, dans Ma-touan-lin.
(J) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXIV, fol. 52.
fat enfin, l’an 1368, chassé avec ses Mongols en Tartane. Les listes des Tsin-sse ou docteurs, reçus dans ces concours généraux , varièrent de 50 à 100 noms. On peut en voir le tableau au fol. 54 du kiv. XXXIV, continuation de Ma-touan-lin. Ces Tsin-sse étaient appelés aux places des cours administratives, soit pour le professorat, soit pour d’autres services. En 1324, des places de professeurs de différents ordres furent même accordées aux candidats mongols ou chinois qui avaient deux fois concouru sans obtenir de grades. L’empereur Thaï-thing voulut récompenser par cette promotion extraordinaire les efforts des candidats malheureux (1).
Le même empereur réorganisa le collège impérial dont les études avaient faibli , et créa de nouvelles places d’ officiers ou de surveillants attachés à cet établissement. Le texte des Annales dit qu’on rétablit alors le système des parts de mérite institué par Koblaï pour les examens intérieurs du collège impérial , et que l'on donna les nouvelles places aux élèves qui gagnèrent le plus grand nombre de parts. Nous avons vu plus haut que ce système avait été adopté l’an 4315 par Jin-tsoung. En 1327, il fut aussi ordonné que , chaque année, les six meilleurs élèves seraient classés hors ligne, comme ayant achevé leurs études et pouvant gérer des emplois. De semblables promotions extraordinaires avaient eu lieu depuis l’an 1303 : elles avaient compris d’abord 6, ensuite 4 et 8 noms sur 40 élèves. En 1329, on fit une liste de 40 élèves, sur lesquels quatre furent
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv XXXIV. Toi. 50.
nommés rédacteurs des décrets ( Ling-sse ) et quatre professeurs (Tsou-hiuo) dans les provinces. L’an 1340, les élèves du collège impérial qui avaient réuni le plus de parts de mérite à l’examen de sortie furent autorisés à se présenter au concours général pour le grade de Tsin-sse. On forma pour eux une liste spéciale de 18 numéros, dont six furent réservés aux Mongols, six aux Sse-mou , et six aux Chinois. Comme précédemment , les Mongols furent investis du grade administratif le plus élevé (1).
Telles sont les principales phases que présente l’histoire des concours littéraires sous la dynastie mongole. Tour à tour les Chinois se virent exclus des charges administratives ou admis à les gérer conjointement avec les individus de la race victorieuse ; mais il y eut toujours une antipathie prononcée entre les deux nations. Pendant l’invasion mongole , les lettrés chinois s’étaient enfuis dans les bois et sur les montagnes, et ils quittèrent difficilement leurs retraites, comme on le voit par trois édits que Koblaï-khan rendit en 4261 , 1276, 1286 , pour enjoindre à ses gouverneurs de province de faire la recherche des savants et des hommes de mérite qui peuvent être utiles à l’État. Tchingtsoung en 1303, Jin-tsoung en 1314 et 1320, ordonnèrent encore de ramener les fuyards (2> Jin-tsoung se plaint, dans son second édit, du petit nombre des
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLVII, fol. 28. Je passe une ordonnance de Chun-li 1333), exemptant des services publics les élèves distingués du collège impérial.
(2} Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXVIt , loi. 5 à 7.
candidats qui se présentent aux concours ouverts par son ordre dans tout l’empire.
Les empereurs mongols se montrèrent favorables à l’étude de trois sciences dont ils reconnaissaient l’utilité : ils encouragèrent la médecine, la divination ou l’astrologie, et la science du calendrier ou l’astronomie. Koblaï-khan avait à sa cour deux comités de médecins etd’ astronomes, composés, l’un de Persans ou d’Arabes, l’autre de Chinois. C’est parmi ceux-ci que se trouvait le fameux Ko-tcheou-king , qui a eu la gloire de déterminer, le premier, la mesure exacte del’inclinaisonde l’écliptique par ses observations faites avec un gnomon haut de quarante pieds. Koblaï chargea Ko-tcheouking, Hiu-heng et autres savants chinois de rédiger une nouvelle astronomie d’après la méthode chinoise et de rectifier les erreurs de l’astronomie desSoung. Ce travail fut achevé et publié à laonzième lune de l’an 1280 (1). Dès l’an 1261, Koblaï confia à un assistant du grand comité médical de la cour la mission de parcourir les provinces pour y établir des écoles de médecine (2). Les élèves devaient être examinés chaque lune , et récompensés ou punis selon la manière dont ils répondaient,. Plus tard, ces écoles furent soumises à un règlement et placées sous la surveillance d’officiers spéciaux. L’an 1285. le même Koblaï institua des concours réguliers pour le grade de grand médecin impérial ou de membre du comité médical de la cour.
(.1) Voyez l’ Astronomie chinoise de Gaubil, publiée par Souciet , pag. 10(>, «t l' Histoire des Mongols, par le même Gaubil, page 492.
(2) Continuation de Ma-touan-l!n, Ici». XL1I, fol. 3.
A cet effet , les officiers supérieurs se réunissaient tous les trois ans dans la capitale de chaque province pour examiner les candidats par les treize sortes d’épreuves, c’est-à-dire qu’ils les interrogeaient sur la théorie du poulsetdes principaux médicaments, sur l’influence du vent, sur l’étude des yeux , de la bouche, des dents, du gosier et de la trachée-artère, sur la disposition des os, ainsi que sur le traitement des plaies provenant d’instruments métalliques, sur le traitement des ulcères et tumeurs , sur l’emploi de l’aiguille et la cautérisation de sa piqûre , enfin sur les prières destinées à conjurer les esprits malfaisants. Ces interrogations se faisaient conformément aux principes des traités approuvés, tels que le Cliing-lsi-lo , le Pen-lsao, le Thsien-kin et le Y-fang (1).
Les candidats qui expliquaient parfaitement les questions posées étaient, à la deuxième lune de l’année suivante, envoyés au concours général delacapitaleTa-tou. Ceux qui satisfaisaient encore aux treize épreuves dans ce nouveau concours étaient inscrits sur une liste que l’on soumettait à l’empereur; celui-ci les nommait membres du comité médical de la cour. Quant à ceux qui réussissaient seulement au premier concours, ils étaient déclarés aptes à exercer les fonctions de supérieur des écoles de médecine dans les provinces. Jintsoung, à son avènement l’an 1311 , interdit sévèrement à tout individu qui n’aurait pas subi ces différents
(1) Peut-être ces deux mots doivent se joindre aux précédents et former un seul nom d'ouvrage. M. Abel Rémusal a donné, dans ses nouveaux Mélanges asiatiques , une note sur l’usage de l’acupunture en Chine.
Digiti;
examens, ou qui n’aurait pas publié d’ouvrage sur la médecine , d’ouvrir des cours particuliers pour l’enseignement de cette science. En général , les empereurs mongols attachèrent une grande importance à ces concours médicaux, et de là sortirent beaucoup de médecins célèbres dont les noms illustrent l’histoire de leur dynastie (1).
Koblaî fit aussi rechercher dans son empire les hommes qui savaient prédire l’avenir par la plante Où , selon la méthode chinoise , ou qui connaissaient les lois des deux principes du repos et du mouvement, c’est-à dire l’astrologie ou l’astronomie : car toutes deux étaient confondues ensemble par l’esprit superstitieux des Tartares. Il promulgua à ce sujet deux décrets , le premier en 1276 , le second en 1290. L’an 1291 , il institua des écoles provinciales pour l’étude des deux principes du repos et du mouvement. En conséquence, des hommes instruits dans cette science furent choisis après examen par les gouverneurs des provinces, et attachés comme professeurs aux nouvelles écoles. Ces professeurs dressaient chaque année une liste de leurs meilleurs élèves et la remettaient au chef de la province qui envoyait ces élèves au concours de la capitale impériale. Ceux d’entre eux qui étaient alors reconnus d’une capacité supérieure, obtenaient un office secondaire dans le corps des préposés à la tour céleste ou des membres de l’observatoire impérial. Ces écoles existaient avec leurs professeurs sous le règne de Jin-tsoung (1314).
(1) Continuation de Ma-touan-iin, hiv. XLII, foi. 3, k et S.
Le programme des examens était établi d’après des livres de divination , tels que l’Y-king , et d’après des traités astronomiques ou astrologiques (1).
Il y eut aussi à la cour mongole un comité impérial de la musique (2) ; il fut créé par Chun-ti, et subsista de l’an 1341 à l’an 1348. Tching-tsoung renouvela, l’an 1299, les concours entre les enfants ou jeunes gens qui se montraient capables d’entendre les King ; et après lui on trouve sous Wou-tsoung , l’an 1308 , sous Jin-tsoung, l’an 1316, les noms de plusieurs jeunes gens ainsi gradués pour leur intelligence précoce (3).
Comme les Soung et les Kin , les Mongols élevèrent aux places de la haute administration les hommes qui, dans des temps de disette, avaient approvisionné gratuitement les greniers publics (4). En 1307 et 1325, différentes provinces ayant éprouvé une violente famine, le gouvernement offrit des grades d’officiers à ceux qui livreraient des grains aux indigents. Ces grades furent proportionnés aux quantités livrées : ainsi , une fourniture de 2,000 décuples boisseaux donna droit au deuxième numéro du septième rang (5) ; une fourniture de 1,000 décuples boisseaux donna droit au premier numéro desofficiersdu huitième rang, et ainsi de suite. Un drapeau fut élevé à la porte de ceux qui ne voulurent accepter aucune place administrative. Ces appels aux
(1; Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XLH , fol. 5.
(2) Continuation de Ma-touan-iin , kiv. XLJ1, fol. 6.
(3) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLI, fol. 3.
(4) Continuation de Ma-touan-lin, kiv.XLIII, fol. 5.
(5) Chaque ordre des officiers supérieurs est divisé en deux numéros : il y a ainsi dtx-huit numéros de grades pour les neuf ordres.
hommes riches se renouvelèrent dans les années 1329, 1331, 1344, 1352, et leur charité fut toujours payée de l’entrée aux offices de la haute administration. Ainsi s’établit peu à peu dans l’usage ce nouveau mode d’acheter l’entrée de la haute administration, sans courir les chances des concours littéraires.
Je terminerai ici l’analyse des faits relatifs à mon sujet que présente l’histoire de la dynastie mongole. Je ferai observer que ces faits ont été totalement omis par l’auteur du Khi un-ehou-pi-khao. Dans sa rapide revue de l’histoire des écoles et des concours, il passe immédiatement de la dynastie Soung à la dynastie Ming, et oublie la dynastie mongole, quoique ses premiers empereurs aient noblement encouragé divers grands travaux scientifiques et historiques. Mais la plupart des souverains mongols se sont montrés peu disposés à, favoriser l’admission des Chinois aux charges du gouvernement civil, et cette opposition systématique était une faute impardonnable aux yeux des lettrés qui ont écrit l’histoire. Seuls, Koblaï etJin-tsoung ouvrirent simultanément la porte des honneurs aux hommes de la nation conquérante et à ceux de la nation conquise. Chunti exclut les Chinois de l’administration, en supprimant les concours littéraires. Il fut bientôt contraint de rétablir cette institution ; mais ta nation vaincue était trop irritée : les insurrections se multiplièrent. La haine qui existait alors entre les deux nations a certainement influé sur le récit des historiens chinois qui dépeignent avec des couleurs peu favorables le caractère de Chun-ti et de plusieurs autres souverains de cette dynastie étrangère.,
$ VIII. — Organisation définitive de l'enseignement public lt des concours SOUS LA DYNASTIE DES MlNG (1368-1646'.
La réaction nationale qui rejeta les Mongols en Tartarie éleva au trône la dynastie chinoise des Ming qui s’est signalée par son zèle pour perfectionner l'enseignement des collèges et fixer les bases des concours littéraires, devenus la grande pépinière du noviciat administratif. Le nombre des édits relatifs aux collèges et aux concours qui ont été promulgués par les empereurs de cette dynastie est considérable : on compte 65 ordonnances concernant les concours littéraires et 12 concernant les concours militaires, 39 qui se rapportent au collège impérial et 34 qui se rapportent aux collèges de département et d’arrondissement. On conçoit que je ne puis traduire textuellement toutes ces ordonnances, qui, d’ailleurs, offrent souvent des répétitions ; je dois me contenter d’analyser les plus importantes et de mentionner seulement celles qui le sont moins.
L’histoire de la dynastie Ming se divise assez naturellement en quatre périodes: une période de gloire qui comprend les trois premiers règnes (1), et s’étend de l’an- 1368 à l’an 1426; une longue période de stationnement et de négligence dans laquelle de jeunes empereurs sont gouvernés par les eunuques, écoutent les bonzes, demandent aux Tao-sse leur breuvage de l’immortalité, et défendent assez mal l’empire contre les incursions de3 Tartares; puis une
(1) La seconde n’a duré qoe quatre ans.
courte période de renaissance des études entre les années ^ 560-1585 : on y remarque la publication ou réimpression de divers ouvrages importants; enfin une période de décadence où la dynastie tombe au milieu des révoltes et des séditions. C’est dans la première période et principalement sous le premier règne que se trouvent les ordonnances qui règlent l’organisation générale des collèges et des concours : conséquemment c’est l’histoire de ce premier règne que nous devons étudier avec le plus de soin.
En déterminant ainsi la direction de mes recherches, je ne puis encore éviter d’être assez long, à cause de la masse de documents que je dois parcourir ; mais je ferai observer que l’organisation établie par les Ming pour les concours et l’enseignement en général a été une organisation définitive , puisqu’elle a été adoptée par les Mantchoux qui les ont remplacés sur le trône de la Ghine. En étudiant patiemment ces documents, nous préparons la fin de notre long travail : nous posons , si j’ose le dire , la clef de la voûte , et nous n’aurons plus qu’à présenter quelques renseignements accessoires pour donner une idée exacte de la situation actuelle.
Ait. 1. De l’Instruction publique et des concours lltiéralrcs sous le premier empereur de la dynastie Ming (1308-1398).
Le fondateur de la dynastie Ming commença son régne l’an 1368 de notre ère. Cette même année, il créa un collège impérial à Kiang-ning-fou(Nan-king), où il avait fixé sa résidence. L’année suivante (1369),
il promulgua un décret général enjoignant de rétablir dans tout l’empire les collèges de département et d’arrondissement. L’an 1370, il ordonna par un autre édit de faire l’ouverture solennelle des concours littéraires, d’après le programme qu’il avait lui-même rédigé. Ce sont là trois faits de premier ordre dans l’histoire spéciale qui nous occupe; ils méritent donc que nous examinions avec attention les détails qui s’y rattachent.
Considérons d’abord ce que fit pour les collèges de département et d’arrondissement ce prince, désigné dans les annales par le nom de Thaï-tsou. On lit dans le décret qui réorganise ces établissements que les Youen ou Mongols les ont laissés dépérir, et qu’il est important de les relever, afin d’accoutumer le peuple à la célébration des cérémonies sacrées et à la pratique de la vertu. En conséquence , l’empereur crée dans chaque collège de département une place de professeur en titre et quatre de conducteur des explications, dans chaque collège d’arrondissement de premier ordre (Tcheou) une place de régent de collège et trois de conducteur des explications, enfin , dans chaque collège d’arrondissement de second ordre ( Hien ), une place d’instructeur et deux de conducteur des explications. Les collèges de département durent recevoir 40 élèves titulaires, ceux d’arrondissement de premier ordre 30 , et ceux d’arrondissement de second ordre 20. Suivant l’usage précédemment établi, ces élèves furent exemptés de l’impôt personnel et des corvées; ils durent s’appliquer à l’étude spéciale d’un King. Tous les collèges furent divisés en classes pour l’enseignement des rites ,
de la musique , du tir de l’arc , de l’équitation , de l’écriture , du calcul ou des mathématiques. Il fut recommandé de mettre en évidence les sujets de mérite ; il fut également recommandé de punir et de renvoyer les paresseux (1).
D’après ces dernières phrases , l’enseignement des collèges se trouva d’abord ramené au système de l’éducation antique qui réunissait ensemble les exercices littéraires ou moraux et les exercices militaires. Thaïtsou , qui avait longtemps combattu contre les Mongols, voulait que ses officiers civils pussent se défendre en cas d’attaque ; mais je dois dire que ce rétablissement du système des anciens Tcheou ne survécut pas au fondateur de la dynastie Ming. Les élèves des collèges ( Seng-youen ) furent d’abord choisis et reçus par les hauts commissaires de l’administration provinciale et par les préfets de département ou d’arrondissement. Depuis cette époque , le terme de Seng-youen (élève de collège) est devenu l’équivalent de celui de Sieou-tsm (capacité florissante), qui désigne lè premier grade de la hiérarchie littéraire.
Je citerai rapidement un édit de l’an 1374 , qui nomme des professeurs spéciaux pour instruire les familles des trois grands moralistes, Koung-tseu ou Confucius, Yen-tseu, Meng-tseu (2). Un autre décret de l’année suivante (1375) est beaucoup plus important ; il enjoint de créer une école élémentaire par chaque groupe de 25 maisons (Oie) dans les villes.
(1) Continuai ion de Ma-touan-lin, kiv. L, fol. 15.
(2) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. L, fol. 15, v.
bourgs, ou villages, afin d’imiter la dynastie Tcheou, sous laquelle on comptait, selon le Li-ki , une école par canton et une salle des leçons par famille. Il charge les officiers préposés aux arrondissements de faire bâtir ces nouvelles écoles et d’y appeler des maîtres pour instruire les enfants du peuple : ces enfants doivent apprendre à lire couramment le recueil des grandes ordonnances impériales et le Code pénal de la dynastie régnante. Un édit de l’an 1357 stipule que les enfants des groupes de 25 maisons , qui liront bien les ordonnances et le Code, seront envoyés à la cour et récompensés après un examen devant le comité du ministère des rites. On ne voit pas que ces écoles fussent subventionnées par l’État; il est probable que celui-ci fournissait seulement le local et les livres. L’an 1436, Yng-tsoun g déclara que les meilleurs élèves de ces nouvelles écoles seraient aptesàobtenir les places d’élèves titulaires des collèges supérieurs dedépartementetd’arrondissement. Ilparaît du reste que ces écoles furent peu fréquentées. L’an 1504, Hiao-tsoung ordonna de réunir dans tous les arrondissements les enfants âgés au plus de quinze ans (cette fois, l’âge est noté), et de les envoyer aux écoles des groupes de 25 maisons pour y apprendre la lecture, l’écriture, les rites des cérémonies; mais ce dernier décret ne fut pas mis à exécution (1).
L’an 1382 offre deilx édits importants; le premier règle les fournitures de vivres allouées aux maîtres et élèves des collèges des trois ordres de districts. « Auparavant, dit le texte explicatif de la continuation de
Oigitizeti
(I) Continuation île Ma-lotian-lin, kiv. L, loi. 16.
» Ma-touan-lin, les maîtres et les élèves recevaient par » mois et par individu six boisseaux de riz. Les supé- » rieurs des collèges avaient une allocation mensuelle » en poisson et viande. Thaï-tsou ordonna d’affecter » aux collèges les produits des terres confisquées au » profit de l’État, et de les appliquer à Ja nourriture » journalière des maîtres et des élèves , ainsi qu’aux » sacrifices exécutés dans l’intérieur de chaque établis- » sement. Il alloua aux collèges de premier ordre 1,000 » décuples boisseaux, aux collèges de second ordre 800, » enfin aux collèges de troisième ordre 600. Un employé » spécial fut attaché à chaque collège pour surveiller » l’entrée et la distribution de ces quantités. La pro- » portion de riz assignée par mois aux maîtres et élèves » fut alors d’un décuple boisseau. 11 ne fut rien changé » au mode suivant lequel les supérieurs des collèges » recevaient leur rétribution. «L’autre édit contenait les défenses et prescriptions qui devaient être appliquées aux colleges et écoles de tout l’empire. Ce second édit fut adressé à tous ces établissements, pour être gravé sur des petites colonnes en pierre et placé à la gauche de la salle des explications. En outre, on publia le règlement otliciel.pour l’enseignement des rites, du tilde l’arc, de l’écriture et du calcul. 1° Chaque élève reçut un exemplaire des ouvrages suivants: King, histoires , recueils des lois et édits , livres sur les rites et la tenue extérieure. Tous durent les étudier pour les examens. 2“ Aux premier et quinzième jours dé chaque lune, ils s’exercaient au tir de l’arc dans un emplacement spécial. Les tireurs étaient postés d’abord à 180 pieds du but : ils pouvaient reculer jusqu’à
360 pieds. Ils étaient disposés par couples de deux tireurs dont chacun tirait à son tour quatre flèches. Les officiers supérieurs assistaient à cet exercice , et quand il était terminé, ceux qui avaient touché le centre du but buvaient trois tasses de vin ; ceux qui n’avaient touché que les couleurs disposées autour du centre en buvaient deux. C’était, comme on le voit, le rétablissement complet de l’ancienne cérémonie du tir de l’arc. 3° Les élèves s’exercaient à l’écriture, conformément aux principes des anciens calligraphes. Les copies de chaque jour devaient contenir 500 caractères. 4° Enfin, pour l’étude du calcul ou des mathématiques, ils résolvaient des questions tirées de l’ouvrage intitulé les neuf chapitres ( Kieou-tchung ) (1).
L’an 1391, on détermina la forme des vêtements en toile que devaient porter les élèves des collèges pour se distinguer des employés subalternes de l’administration. L’an 1393 , on publia le règlement des examens faits par les supérieurs des collèges. Il fut stipulé qu’après neuf ans d’étude , les élèves seraient classés en trois sections de mérite. Ceux de la première qui avaient satisfait complètement à toutes les conditions furent présentés pour le concours préparatoire au grade de Kiu-jin ou licencié (2) , à raison de 9 par chef-lieu de département , 6 par chef-lieu d’arrondissement de premier ordre , et 3 par chef lieu d’arrondissement de 2e ordre. La seconde section comprit ceux qui étaient encore faibles sur quelques points des King , et la troi-
(1} Continuation de Ma-touan-lin , liiv. L, fol. 17. Voyez aussi ce que j’ai dit, page 262, sur le Kieou-tchang.
(2) Continuation de Ma-touan-lin , klv, L, fol. 19.
sième ceux qui avaient commis des fautes graves , en expliquant ces livres sacrés. Enfin ceux qui se montraient tout à fait incapables de les comprendre durent être renvoyés. Ce règlement complète la série des édits de Thaï-tsou concernant les collèges provinciaux.
Passons maintenant aux édits du même empereur , relatifs aux concours de 1" et de 2' ordre, aux concours pour les grades de licencié ( Ktu-jin ) et de docteur ( Tsin-sse ), qui confèrent le titre de membre du gou vernement et ouvrent la porte des charges administratives L’ordonnance de 1370, que j’ai mentionnée en tête de cet article , stipule qu’à partir de la huitième lune de l’année courante , on commencera les concours de premier ordre pour choisir les hommes qui sauront expliquer les King, seront réguliers dans leur conduite et auront une connaissance approfondie des choses anciennes et modernes. L’empereur annonce qu’il examinera lui-même dans son palais les meilleurs compositions sur les questions politiques, et qu’il récompensera par des charges administratives les candidats qui se seront réellement distingués (c’est l’examen supérieur). Il ajoute : « Toutes les places d’officiers ci- » vils , attachés à l’intérieur de la cour ou au service » des provinces , devront être obtenues en passant par * les épreuves des concours : elles seront refusées à » quiconque n’aura pas subi ces épreuves. »Cette déclaration formelle est devenue , depuis cette époque, la règle légale pour l’admission aux places de l’administration chinoise (1).
(1) Continuation de IN! a- loua n-1 in , kiv. XXXV, fol. 1. v, et 2.
Conformément à cette ordonnance, on ouvrit cette même année (1370) les examens de district ( Hiang-chi ) pour le grade de licencié ( Kiu-jin ) ; ils eurent lieu simultanément dans la capitale impériale et dans les capitales des provinces. Le concours fut divisé en trois épreuves distinctes. A la première, les candidats composèrent sur deux sujets tirés des King et sur un sujet tiré des quatre livres classiques ( Sse chou)\ à la seconde, ils durent faire une analyse de quelques passages des mêmes livres ; à la troisième, ils composèrent sur dix questions politiques. L’étendue des compositions fut limitée à 500 caractères pour les cinq King , à 300 pour les quatre livres classiques, à 300 aussi pour l’analyse , enfin à 1000 pour les sujets politiques. Ceux qui satisfirent à ces trois épreuves furent examinés, dix jours après, sur les cinq sciences usuelles, c’est-à-dire sur l’équitation, le tir de l’arc, l’écriture, le calcul, et l'étude des lois. De cette manière , les épreuves des concours correspondaient au système d’études générales prescrit pour les collèges. Dans chaque province, la liste des licenciés qui pouvaient être reçus fut limitée àun nombre fixe. Ainsi, la liste de la province impériale, qui était alors celle deNanking, fut limitée à 100 numéros. Chacune des provinces de Ho-nan, Chan-toung, Chan-si, Chen-si, Pe-ping(l) , Fo-kien, Kiang-si, Tche-kiang, Ilou-kouang , eut une liste de 40 numéros. Celles du Kouang-si et du Kouang-toung furent limitées à 25, ce
(1) Pe-ping était alors le nom :le Chun-tlircii-fou ou Pe-king , et de la province qui en dépendait.
qui forma un total de 510, avec faculté de dépasser les chiffres indiqués s’il y avait un excédant d’hommes de mérite (1). Il est dit en outre dans le texte que les étudiants des royaumes de Corée , du Tonquin et de Tsiam-pa, placés sous la protection de la Chine, furent autorisés à se rendre à la capitale impériale lorsqu’ils auraient été reçus aux examens de district de leurs pays. Ceci indique que les princes de ces contrées tributaires de la Chine furent au moins invités à. adopter le système des concours.
A la première lune de l’année suivante, l’empire étant complètement pacifié , Thaï-tsou régularisa par un nouveau décret les époques des concours ; il ordonna que dorénavant les concours pour la licence ( Hiang-chi ) auraient lieu tous les trois ans dans chaque capitale de province. En même temps, comme l’expulsion des Mongols avait laissé vacantes beaucoup de places de l’administration , on dispensa les Kiu-jin ou licenciés reçus en 1370 de subir l’examen collectif (Hoeï-chi) pour être reçu Tsin-sse ou docteur. Ils furent appelés à la cour et immédiatement investis d’offices d’un ordre élevé (2). Cependant le texte ajoute que l’examen des gradués de l’empire sur les questions politiques commença à la 3’ lune de cette même année , ce qui semble indiquer que l’on ouvrit alors le concours supérieur ( Hocï-chi ) de la capitale impériale. L’an 1373, on vit un de ces revirements
(1) Continuation de Ma-touan-lin , klv. XXXV, fol. 2 et 3. D'après Jo silence du texte. Il parait que les concours ne furent ouverts que plus tard dans les provinces de Sse-tchoucn , de Yun-nan et de Kouei-tcheou.
(2; Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXV, fol 3.
d’idées si fréquents dans l’histoire des souverains chinois. L’empereur fit suspendre les concours de premier ordre ; il renonça au système d’examen qu’il avait adopté , et changea les conditions du choix des gradués par les officiers supérieurs. Il ordonna à ceux-ci de faire plus d’attention à la vertu et à la bonne conduite des candidats qu’à leur savoir littéraire et à leur habileté dans les sciences usuelles. Il n’y eut plus de concours général pour les licenciés qui se rendaient à la capitale ; mais on choisit ceux qui étaient les plus jeunes et qui avaient les meilleurs certificats : on les fit travailler dans un pavillon particulier. Vraisemblablement , Tiiaï-tsou reconnut bientôt que ce nouveau mode laissait trop de champ à la faveur : car, l'an 1382, il ordonna d’ouvrir de nouveau les concours littéraires , de les continuer tous les trois ans , et d'en préparer le règlement définitif. Ce règlement parut en 1384; il décida que les concours seraient formés de trois épreuves successives, la première sur les quatre livres classiques et les King, la seconde sur l’analyse, sur les décisions et ordonnances impériales, la troisième sur des questions relatives aux King, aux historiens, aux affaires de l’époque présente. Ces diverses épreuves se firent par 4, 5, et 6 compositions écrites, lesquelles furent limitées à un nombre fixe de caractères, 200 pour les unes, 300 pour les autres. On suivit pour l’interprétation des anciens textes les meilleurs commentaires, tels que ceux de Tchou-hi pour les Sse-chtw , le Y-kiny , le On-kiny , le Chou-kiny , et les premières gloses du Li-ki et du Tchun-ihsieou. En outre, pour ne pas décourager les candidats par la sévérité
du programme, on permit de retrancher une ou deux des compositions comprises dans chaque épreuve, lorsqu'ils se déclareraient incapables d’y satisfaire.
Ce règlement ne fait plus mention des épreuves relatives aux cinq sciences usuelles , l’équitation , le tir de l'arc , l’écriture , le calcul et l’étude des lois. Ce genre d’épreuves, renouvelé des anciens temps, puisqu’il est indiqué dans le Tcheou-li, fut donc abandonné définitivement , et les examens furent uniquement formés d’épreuves sur la littérature savante et politique. Il me paraît évident que les lettrés qui se présentaient aux concours montraient très-peu de goût pour l’étude des mathématiques et des lois , et encore moins pour les exercices militaires. Ils ne voulaient s’occuper que de littérature.
L’année suivante (1385), le premier concours général, ou examen collectif pour le grade de Tsin-sse ou docteur, s’ouvrit à la 3' lune dans la capitale impériale. En outre, un examen supérieur eut lieu au palais impérial pour l’admission des Tsin-sse les plus distingués au comité des Han-lin (1). Les trois premiers Tsin-sse reçus au concours général furent désignés par les noms de Tchuang-youcn , Païuj-ycn et Thati-lioa. Le Tchoany-youen eut la charge de Sieou-tchouen , réviseur des livres à publier , le Pany-yen et le Than-hoa eurent celles de Pien-sieou, réviseur des livres publiés. L’histoire cite les noms des premiers Tsin-sse revêtus de ces titres, et en mentionne un qui fut
(IJ Continuation de Ma-touan-lin . kiv. XXXV, fol. I, v. , cl 4, v.
nommé Kien-lao ou collecteur de documents (1). Depuis cette époque, les docteurs Tsin-sse furent appelés à exercer un contrôle sur l’administration publique. Ceux qui furent attachés au comité des Hanlin comme secrétaires rédacteurs eurent le nom de Tchou-ki-sse (2) ; ceux qui entrèrent dans les bureaux des six départements ministériels et des trois cours supérieures, appelées cour de censure, cour des représentations , cour d’appel criminel (3) , conservèrent le simple titre de Tsin-sse. Cette distinction de deux classes de Tsin-sse existe encore aujourd’hui (h).
En 1390, il fut défendu d’admettre au concours les subalternes attachés au service des officiers et des sol-
(1) Morrlson, première partie, au caractère fiouan., n°* 20, 21, 22.
(2) Morrison, première partie, au caractère Kouan, n° 23.
(3) Tou-tcha-youen, Thoung - tching-sse , Ta-li-sse. Voyez la note II du l’appendice.
(4) CuntinuationdeMa-touan-lin , kiv. XXXV, fol. 5, v. Ce fut seulement en 1404 que les Tchou-ki-sse furent régulièrement attachés au comité des Hanlin , après avoir satisfait au programme d’un concours spécial ( continuation de Ma-louaii-!in, kiv XXXV, fol. 8). On en reçut d’abord 10 qui avalent une belle écriture ; puis le nombre des Tsin-sse, ainsi choisis, fut Immédiatement porté 428, en Imitation des 28 divisions du ciel chinois. Le bureau de l’inspection des rites leur remit 4 chaque lune des pinceaux, de l'encre, du papier; l’intendance des appointements leur fit porter des aliments le matin et le soir ; le ministère des rites leur fournit 4 chaque lune des chandelles et trente livres par individu de bois 4 brûler ; le ministère des travaux publics les logea dans un bâlimcnL voisin de l’hOtcl des Han-lin, et leur installation fut Inaugurée par une visite de l’empereur. Dans la suite , le nombre des Tchou-ki-sse reçus 4 chaque concours fut indéterminé. En 1415 , ou choisit soixante-deux Tchou-ki-sse; en 1427, un seul. En 1491, la direction du concours des Tchou-ki-sse fut attribuée 4 une commission composée de membres du conseil aulique et de hauts fonctionnaires appartenant aux deux ministères des rites et des offices. Les candidats durent analyser les Kiug , rédiger un mémoire politique et composer des pièces de poésie régulière et irrégulière. On ne dut recevoir que trois ou au plus cinq Tchou-ki-sse 4 chaque concours. De 1523 4 1580 , il y eut neuf concours de ce genre , sans aucun choix.
dats. En 1391 il fut enjoint aux examinateurs déjuger avec une sévérité égale les compositions des trois épreuves de chaque concours, au lieu de se contenter d’être sévères pour la première, celle des King et des Sse-chon. Ce second rescrit adresse divers reproches aux examinateurs. • Certains candidats, dit l’empereur, apprennent » par cœur les compositions précédemment couronnées, » et comme les mêmes sujets se reproduisent fréquem- » ment , ils sont alors reçus en imitant un style qui • n’est pas le leur.» Il rappelle une requête adressée vers l’an 1240, sous les Soung, contre les sept espèces de fraudes qui se commettent dans les concours : il recommande que l’on veille dorénavant à l’exclusion des candidats qui s’en sont rendus coupables (1). C’est le dernier édit de Thaï-tsou relatif aux concours. Ce prince ne rétablit pas les concours réguliers pour les jeunes gens précoces ( Thouny-lseu ) , concours qui n’avaient jamais produit que des résultats insignifiants (2). Les préfets des villes furent simplement autorisés à envoyer à la cour les jeunes gens distingués qui leur seraient signalés, et l’empereur se réserva de les examiner en dernier ressort. On trouve dans les années 1406 et suivantes plusieurs exemples de jeunes gens admis de cette manière au collège impérial.
J’ai placé en troisième ligne les édits du même empereur qui concernent le collège impérial ou collège des fils de dignitaires ( Koue-tseu ), parce qu’ils ont évidemment une portée beaucoup moins étendue que les
(1) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXV, fol. 7 et S. (S) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XLI, foi, 4'.
précédents. Cependant il y a des faits curieux dans l’histoire du collège impérial des Ming qui fut d’abord établi à Nan-king, puis transporté à Peking en 1403, avec le siège de l’empire, et je 11e puis les négliger. Je ferai d’abord remarquer que ce collège paraît avoir remplacé à la fois l’ancien collège des fils de dignitaires et l’ancien grand collège, qui avaient toujours formé des établissements séparés jusqu’à la dynastie mongole. En effet, l’édit qui le crée (1368) déclare que les élèves du nouveau collège seront composés des fils d’officiers des neuf ordres, ainsi que des hommes du peuple qui se seront distingués (Tsiun-sieou) dans l’étude de la littérature savante. Les termes de ce premier édit sont confirmés d’une part par deux édits des années 1372 et 1381 , qui autorisent les fils des officiers bien méritants et ceux des dignitaires de la famille impériale (Koung, Heou) à suivre les cours du collège impérial, et de l’autre par deux édits des années 1383, 1388, qui déterminent le mode suivant ' lequel les collèges de l’empire présenteront un certain nombre de leurs élèves pour être admis au même collège impérial. D’après le décret de 1383, chaque collège de département et d’arrondissement présenta tous * les ans un élève ou gradué de premier ordre ( Sengi)uucn]. Ces élèves choisis étaient interrogés au comité des Han-lin sur les K inrj , les Sse-chou , les rites et l’analyse ; on 11’admettait que ceux qui satisfaisaient à ces quatre épreuves. On renvoyait ceux qui faisaient . trop de fautes, et les préposés des collèges qui les avaient adressés étaient punis par une retenue sur leur appointements. D’aprèsledécretdel388, les collégesde
département firent , seuls, des présentations annuelles: les collèges des arrondissements du premier*ordre présentèrent leurs élèves une seule fois en deux ans , et ceux du second ordre une seule fois en trois ans. Par un décret de 1392, les collèges départementaux durent présenter chaque année deux élèves ; ceux de premier arrondissement, tous les deux ans, en présentèrenttrois, et ceux de deuxième présentèrent un élève chaque année. Les élèves ainsi présentés devaient être âgés au moins de vingt ans. Après plusieurs changements, le mode de présentation de l’an 1392 fut définitivement conservé (1).
L’an 1370, le prince de la Corée occidentale ( Kuo-li ) envoya quatre de ses sujets étudier au collège impérial. L’un d’eux devint docteur en une année , et après son retour en Corée, on vit entrer au collège impérial des fils d’officiers étrangers , venant du Japon , des îles Lieou-kieou et de la Corée méridionale ( Sin-lo ). Les officiers chinois des provinces éloignées de la capitale , telles que le Sse-tchouen , le Yun-nan , envoyèrent aussi leurs fils qui jouirent des mêmes privilèges que les Japonais et les Coréens. Ces nouveaux élèves furent logés dans cent petites maisons' ou chambres , construites au devant de la façade du collège et appelées les maisons des fils de rois. Lorsque le collège impérial fut transféré à Pe-king, on construisit encore des maisons semblables qui furent appelées maisons des Cochinchinois ( Kiao-tclii ) , parce qu’elles furent prin-
(I) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XLV1I, fol. 32-36.
cipalement habitées par des étudiants de la Cochinchine (1).
Le règlement général du collège impérial fut arrêté dès sa première création. Sa direction fut confiée à des officiers ayant des titres analogues à ceux que nous avons vus sous les Soung. Les élèves furent divisés en six salles , ayant chacune une dénomination particulière. Ainsi il y eut la salle de la conformité à la nature, celle de la perfection dans la bonne voie, celle du cœur pur, celle de la rectitude, celle des sentiments élevés, enfin celle de l’extension des études. Aux diverses époques de l’année , les élèves reçurent une allocation en grains du grenier public, de la toile , des étoffes de soie simple et brochée pour l’été, des habits doublés pour l’hiver, des bonnets, des bottines en cuir. En outre , 20 petites maisons furent construites dans la partie du palais habitée par l’impératrice, pour y loger les femmes et les enfants des élèves mariés. Une subvention de route fut aussi allouée aux élèves qui se trouvaient obligés de retourner dans leur district pour les funérailles de leurs parents (2). Après cet exposé général de la condition des élèves , le texte nous donne le règlement journalier des études. Je vais le traduire en entier.
« Chaque matin , le supérieur chargé des offrandes » ( Tsi-tlisieou ) , et les directeurs des études ( Sse-nie ) «viendront s’asseoir dans la partie supérieure des di-
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLVII, foi. 33.
(2) Continuation de Ma-louan-tlu, kiv. XLVII , fol. 20 et suivants. Je noterai <|ue cette subvention se réglait en papier monnaie ( Tchao ), qui était extrêmement déprécié à cette époque.
» verses salles. Tous les officiers placés sous leurs or- »dres, depuis le préfet de collège (Kien-tching), com- » menceront à s’acquitter de leurs fonctions respectives.
• Les Tten-po ou préposés aux registres disposeront
• les élèves en ordre. Quand les salutations mutuelles des maîtres et des élèves seront terminées, » les élèves seront interrogés sur les King et les historiens. lisse tiendront par la main , et seront attentifs
• aux ordres des maîtres. Il y aura congé le l'r et
• le 15“ jour de chaque lune (probablement après la
• classe du matin). Tous les autres jours, les élèves se » rendront dans les salles pour y prendre ensemble » leurs repas , et ensuite pour expliquer ensemble. Iis » reprendront les explications ; ils répéteront de mé- » moire, en tournant le dos au maître (1), et seront exa- » minés tour à tour sur les livres qu’ils étudient ordinairement, savoir le livre des quatre caractères » (Sse-lseu-pen-king), le jardin de diction ( Choue-youen )
» composé par Lieou-hiang , le recueil des lois pé- » nales, le livre d’arithmétique intitulé Chou-so, nom-
• bres écrits, enfin le recueil des ordonnances impé-
• riales. Chaque lune , il y aura une composition en » écriture , et une autre en analyse sur un sujet tiré
• des King. 11 y aura de même une composition sur » deux sujets extraits des ordonnances impériales.
» Chaque jour, les élèves s’exerceront à écrire deux » cents caractères au moins, en prenantpour modèles di- » vers extraits des ouvrages de Confucius, de Meng-tseu,
(I) Pci-chou. V. Morrison , 2' partie, au caractère Pci, 8468.
»et autres auteurs. On choisira dans chaque section(l) «unélèvequi remplira lesfonctions de chef d’abstinence » (Tchaï-tchang). Il sera chargé de surveiller le travail «des élèves, d’inspecter leurs habits, leurs bonnets, «leurs souliers, leur tenue dans les repas. 1 1 leur recom- » mandera sévèrement de conserver les règles de la » modération. Tous les élèves devront passer la nuit dans «l’intérieur du collège. Si une circonstance imprévue » les oblige à sortir , ils devront avertir le professeur » (Hiao-kouan) de leur section. Celui-ci ordonnera au » Tcliài-tchimg de conduire l’élève qui voudra sortir au » supérieur de la salle , afin de lui donner connaissance
• de la circonstance mentionnée par l’élève. I,e préfet «de collège ( Kien-tching ) tiendra un registre de toutes » les fautes des élèves. 11 écrira tous les cas de déso- «béissance. Il réprimandera immédiatement tous ceux
• qui auront commis deux ou trois fautes contre le rè- «glement. L’élève coupable de quatre fautes pourra «être chassé. Le règlement contiendra des prescrip- «tions sévères pour la tenue des élèves dans les «salles où ils étudient et dans les chambres où ils «couchent, pour le lavage du corps et la conduite à » table. Si les élèves s’absentent pour se marier , il » leur sera accordé une permission dont la durée sera «proportionnée à la distance du lieu où ils devront se
• rendre. Ceux qui ne reviendront pas au terme fixé «seront punis. Les élèves des six salles devront réunir » aux examens huit parts de mérite pour passer à une
(1) Pan, dictionnaire de Basile, 59 24. On volt que les élèves de chaque salle étaient divisés en sections.
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» salle supérieure et parvenir enfin aux places admi- » nistratives. D’abord , ceux qui comprendront les » quatre livres moraux ( Sse-chou ) et ne comprendront » pas les livres sacrés ( King ) demeureront au moins un » an et demi dans les salles de la rectitude , des senti-
• ments élevés , de l’extension des études. Après ce » temps , ceux qui comprendront bien les règles du » beau style passeront aux deux salles de la perfection » dans la bonne voie et du cœur pur. Ils y resteront » encore un an et demi. Ceux qui seront alors de première force pour l’écriture, le style, l’intelligence
• des King et des histoires, passeront à la salit1 de
• la conformité à la nature, d’où ils sortiront pour
• arriver aux emplois administratifs. Voici comment
• se fera dans cette dernière salle la réunion des » parts de mérite. A la première lune de chacune des » quatre saisons de l’année , il y aura composition
• entre les élèves sur le sens général d’un morceau
• extrait du King qu’ils auront précédemment étudié.
• A la seconde lune, il y aura une autre composition » sur l’analyse des mots , ainsi que sur les édits impé- » riaux et rapports faits au conseil aulique. Ala troisième
• lune, il y aura une troisième composition sur les » King , sur les différentes histoires et sur les questions » politiques. A chacun de ces concours mensuels, ceux
• qui se distingueront par leur écriture , et appliqueront bien les principes du beau style, obtiendront
• une part de mérite. Ceux qui auront un numéro su-
• périeur pour le beau style, et un numéro inférieur » pour l’écriture n’auront qu’une demi-part. Ceux qui
• seront tout à fait mauvais n’auront aucun numéro.
» Les élèves qui réuniront ainsi huit parts dans l’année, » auront satisfait aux conditions voulues pour être re- » connus hors ligne ( Tchu-ehin ) et obtenir un em- » ploi (1 ). Ceux qui n’auront pas réuni ces huit parts «resteront dans la dernière salle et en suivront les le- » çons. Enfin , les élèves qui montreront un mérite su- » périeur seront recommandés d’une manière spéciale «à l’attention de l’empereur. »
Outre les études savantes indiquées dans ce règlement, les élèves du collège impérial devaient s’exercer au tir de l’arc, conformément aux termes] de l’édit de 1370 qui rendait cet exercice obligatoire dans tous les collèges de l’empire. Thaï-tsou, qui avait passé la première partie de sa vie au milieu des guerres et des combats, croyait utile et même nécessaire d’habituer les gradués et employés civils à se servir de l’arc, pour se défendre en cas de besoin. Il rappelle dans son édit que l’exercice du tir de l’arc était un rite régulièrement pratiqué par les anciens souverains, et regrette qu’il ait été depuis longtemps abandonné. En 1392, il renouvela l’ordre de distribuer des arcs et des flèches aux élèves du collège impérial , et de commencer les exercices du champ de l’arc (2).
En 1372 , une modification importante fut faite au règlement du collège impérial; un édit autorisa ses élèves à étudier les services des divers départements ou comités de l’administration supérieure. D’après
(1) Tcku-chin était la désignation générale des individus reconnus apt.s à remplir un emploi de la haute administration.
(î; Continuation de Ma-touan-lin, klv. XLVII, fol.î2.
cette nouvelle disposition , ftl élèves furent attachés au département des offices ; 53 au département du revenu; 13 au département des rites; 28 à la cour d’appel criminel; 5 à la cour des représentations; h au comité des réceptions (Hing-jin-siè) ; enfin 50 au comité directeur des cinq corps d’armée. Ces élèves furent choisis de trois en trois mois , et appelés Tehingli très -expérimentés. Soixante-dix autres élèves furent encore répartis dans les ministères , avec le titre d’expérimentés en choses diverses (1 ). Ceux ci travaillaient un an dans les bureaux. Cet édit créa donc une sorte de noviciat administratif qui fut le complément des études savantes exigées par le règlement du collège ; et d’abord les élèves durent avoir suivi dix ans les cours de cet établissement avant d’entrer dans les bureaux ministériels (2). En 1393 , il y eut une promotion extraordinaire de soixante-quatre élèves du collège impérial qui furent envoyés dans différentes provinces pour y devenir hauts commissaires de l’administration civile (3). En effet , quoique les concours fussent réinstitués depuis plusieurs années, ils ne fournissaient pas encore à cette époque un nombre de sujets suffisant pour remplir les vacances des places administratives. En conséquence , on confia beaucoup de ces places à des élèves du collège impérial et à des hommes de talent choisis sur la recommandation des gouverneurs et préfets.
(1] Continuation de Ma-touau-lin, kiv.XLVII, foi. 35. (1) Continuation de Ma-touàn-lin , kir. XLVII, fol. 59. 3 Continuation de Ma-timan-lin , kir. XLVII, fol. 37.
Tel est l’ensemble des principaux édits qui réglèrent, dans la seconde moitié du quatorzième siècle, l’organisation du collège impérial , des collèges de province , et des concours civils. Je vais maintenant exposer rapidement les modifications introduites dan6 cette organisation par les successeurs de Thaï-tsou.
Art. 2. — De l'instruction publique et des concours littéraires sous la dynastie Ming , de l'an 1399 à l’an 164 4.
Sous Thaï-tsoung , deuxième successeur de Thaïtsou , après la translation de la résidence impériale à Pe-king , on remarque un décret de l’an 1407 qui attache trente-huit élèves du collège impérial au comité des Han-lin , comme traducteurs des langues étrangères En 1 41 1 , cinq de ces traducteurs se firent recevoir docteurs ou Tsin-sse au concours général, et furent distingués par le nom de Tchou hisse. D’autres suivirent leur exemple, et reçurent de même le titre de Tcliou-kisse qui devint le titre officiel de tous les lettrés attachés à ce nouveau bureau (1 ).
L’an 1441 , Yng tsoung établit dans les deux capitales du Nord et du Midi , Pe-king et Nan-king , des écoles spéciales pour l’instruction littéraire des militaires. La proposition en avait été faite plusieurs fois à Thaï-tsou ; mais ce prince avait toujours répondu qu’il ne pouvait autoriser des écoles différentes pour ceux qui se destinaient à la carrière civile, et pour ceux qui voulaient embrasser la carrière militaire.
(1) Continuation do Ma-touan-lin , kiv. XLVU, fol. 38. — Voyoz plus haut , page 434.
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Suivant lui , il ne devait y avoir qu’un seul genre d’instruction pour les fils de tous les officiers civils ou militaires. En 4399, son successeur, Hoeï-ti, créa des écoles spéciales pour les garnisons des deux capitales du Nord et du Midi. Elles furent supprimées en 1402(4). Enfin, en 1441, sur la proposition du prince de Tching, on réunit cinquante et un officiers ayant le grade d’instructeur de troupes ( Tchi-hoéi ) : on leur joignit cent jeunes officiers de rang inférieur, habitués à l’exercice du cheval et au tir de l’arc , et un édit créa dans chacune des deux capitales une école spécialement affectée à leur instruction littéraire. Elle fut appelée école militaire ou école des militaires ( Wou-hio). Elle comprenait une salle pour les cérémonies et six bâtiments pour recevoir les élèves. Elle avait six professeurs en titre et six correcteurs de l’instruction (Hiun-iao). On choisit pour les études des élèves quelques livres élémentaires, tels que 1 eSiao-hio ou l’école des enfants par Tchou-hi, le Lun-yu, le livre de Meng-tseu, le Ta-liio. Ils purent aussi étudier les cinq King, les sept livres (2), les biographies des cent généraux ; mais on n’exigeait pas qu’ils acquissent une connaissance parfaite de tous ces ouvrages. Il suffisait qu’ils s’appliquassent à l’étude d’un seul de l’une ou de l’autre série ; puis ils étaient interrogés à l’examen sur un article de cet ouvrage et devaient en donner le sens général. Les Tchi-hoéi ou instructeurs militaires qui formaient la première division des élèves et étaient les plus âgés , étaient tenus
(1) Continuation de Ma-louan-lin , kiv. XLVIt , fol. 41-A2.
(2) Tti-ehnu. Voyez la note 3, page 37B.
seulement de venir, un jour sur cinq , assister aux explications. Des écoles semblables paraissent avoir été créées, vers le même temps , dans les garnisons des frontières, et les inspecteurs de l’enseignement eurent ordre d’y envoyer les fils des officiers jouissant de fiefs militaires , lorsqu’ils seraient âgés de dix ans. Déjà le premier empereur, Thaï-tsou , avait fait établir quelques écoles pour les fils des officiers militaires dans la place de Ta-ning, et dans d’autres postes avancés du côté du Nord.
Durant la période l/oung-clti (1488-1506), sur la proposition du ministre de la guerre , on fit imprimer une nouvelle édition des cinq King et des sept livres qui fut distribuée aux écoles militaires des deux capitales , ainsi qu’à celles des fiefs militaires du Nord (1).
Vers cette même époque , il se fit un changement dans la manière dont les élèves du collège impérial parvenaient au noviciat des bureaux administratifs. On se rappelle que, d’après l’édit de l’an 1372, leur avancement était proportionné à la force de leurs études. Ils devaient réunir huit parts de mérite aux examens de la dernière année pour avoir le titre de Trhu-chin ou individu hors ligne , et restaient généralement dix années au collège , avant d’être admis à s’occuper du travail des bureaux. Vers l’an 1466, on ne classa plus les élèves d’après la quantité de parts gagnées aux examens, mais d’après le nombre d’années et de lunes qu’ils avaient passées au collège. Par tolérance , on leur compta même les années qu’ils
(1) Continuation de Ma-touan-lin , klv. XLVII, fol. 42, v.
avaient passées chez eux avec des maîtres particuliers. De là résultèrent des disputes continuelles entre les étudiants , sur le nombre des années et des lunes qui devaient leur être comptées. Bientôt, beaucoup d’élèves négligèrent de se rendre au collège et travaillèrent dans les bureaux ministériels, pour s’exercer à l’expédition des affaires administratives. Un édit de l’an 1469 statua que ceux qui seraient les plus habiles dans ce genre de travail , seraient classés à part , avec le titre de Ta-li. Quelques-uns obtinrent ce titre sans avoir été un an entier au collège (1). En 1495 , il fut reconnu que les leçons des professeurs du collège impérial étaient suivies par un très-petit nombre d’élèves, tandis qu’on en comptait près de dix mille qui, depuis plusieurs années, avaient travaillé dans les bureaux et avaient réussi ainsi à se faire choisir pour des emplois par le ministère des offices. Alors Hiao-tsoung ordonna d’augmenter la liste de la présentation annuelle pour combler le vide du collège impérial. En même temps, dit le texte, il confirma le règlement d’après lequel on comptait aux élèves les années et les lunes qu’ils avaient passées à travailler dans les différents bureaux. Ainsi il ne changea rien à ce qui existait avant lui. En 1582, il n’y avait pas 400 élèves qui se tinssent régulièrement au collège impérial, tandis que, chaque année, plus de raille se faisaient inscrire sur la liste de ceux qui travaillaient dans les bureaux. On ne trouva pas d’autre remède à cet état de choses que de faire une nouvelle
;1) Continuation de Ma-louan-lin, kiv. XI.VII, fol. 42 et 43,
présentation extraordinaire afin de donner des élèves aux professeurs.
En 1623, l’empereur Tchoang-li-tsoung fit droit à la requête d’un directeur des études du collège impérial, et rétablit le système de l’addition des parts de mérite pour l’avancement des élèves. Mais ce mode équitable de classement ne fut rétabli que pour la forme. Un ministre des rites présenta un mémoire en 1636 , pour se plaindre de la manière irrégulière dont se faisait l’addition des parts de mérite (1). ■
J’ajouterai que, par un édit de l’an 1519, Woutsoung fonda un collège spécialement destiné aux enfants légitimes ou illégitimes, issus de l’empereur, et aux fils des généraux de premier ordre. Wou-tsoung arrêta le règlement de ce collège qu’il nomma collège des honorables ( Tsoung-hio ) , et en confia la direction à des professeurs distingués par leur savoir. Il paraît que les principales dispositions de cet édit furent imparfaitement exécutées : car on trouve beaucoup plus tard , à la date de l’an 1582 , un second édit rendu pour faire construire le collège des honorables ; cette fois , le collège fut effectivement bâti et reçut les fils de l’empereur, âgés de dix ans. Comme les élèves étaient nombreux, on les divisa en sectionsdirigées par des maîtres différents (2).
L’organisation des collèges de département et d’arrondissement éprouva plusieurs modifications, après Thaï-tsou. Ce prince avait déterminé par son premier
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLYII, fol. 48. (3) Continuation de Ma-touaurlin , kiv. XLVfl , fol. 46.
édit le nombre des élèves que chacun de ces établissements pourrait recevoir, selon son rang : mais en 1387, il avait permis de dépasser les limites ainsi posées , ce qui laissait une incertitude incommode pour les fournitures allouées par l’État aux élèves. En 1426, Siouen-tsoung remit en vigueur l’édit de Thaï-tsou , et ordonna que le nombre des élèves nourris par l’État fût conforme dans tous les collèges aux chiffres que cet édit avait déterminés. Le collège départemental de Pe-king eut seul soixante élèves nourris par l’État (1). Mais en même temps, Siouen-tsoung autorisa les professeurs à admettre des élèves non subventionnés qui furent appelés élèves ajoutés ou surnuméraires ( Tseny-kouaiuj ). Un décret de Yng tsoung renouvela cette autorisation en 1447, afin de répandre l’instruction parmi le peuple , et créa de nouvelles places d’élèves non subventionnés, sous le nom d’écoliers supplémentaires ( Fou-hio ). D’après les termes de ce décret confirmé par un autre de l’an 1462, les places vacantes d’élèves subventionnés par l’État furent attribuées aux élèves surnuméraires et supplémentaires. En 1494, Hiao-tsoung défendit aux élèves qui suivraient en ces deux qualités les cours d’un collège de concourir pour les places d’élèves subventionnés, vacantes dans un autre collège: toutefois, afin de les encourager, il déclara qu’à chaque grand concours triennal, on autoriserait quelques-uns des plus habiles parmi eux, à subir les trois épreuves ordinaires de ces concours avec les élèves réguliers des collèges. S’ils réussissaient,
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kit. L, fol. 20.
ils devaient immédiatement être nommés licenciés (Kiu-jin). Au cas contraire, ils devaient attendre l’examen annuel des inspecteurs provinciaux et se faire recevoir au collège de leur districl en satisfaisant à ces examens.
Un ouvrage intitulé Ji-lchi-lo résume ainsi ces chan gements : « Au commencement de la dynastie Ming ,
» tous les collèges n’avaient que des élèves nourris aux » frais de l’État. Postérieurement , les collèges des localités où se trouvaient beaucoup de personnes instruites furent autorisés à recevoir de trois à cinq » élèves surnuméraires i Tseng-kouang). Peu à peu on
• en reçut davantage. En 1426, la liste des élèves » nourris par l’État fut de nouveau fixée pour chaque » ordre de collège ; puis on admit comme élèves surnu- » méraires les enfants des soldats et des hommes du
• peuple. Longtemps après cet édit, ces nouveaux » élèves furent appelés écoliers supplémentaires (Fouhio). Depuis cette époque , il y eut dans les collèges » un nombre immense d’élèves , en dehors des listes
• régulières (1). » J’ajouterai qu’un édit de l’an 4470 autorisa les fils légitimes des préfets d’arrondissements à entrer comme supplémentaires (et sans examen) dans les écoles savantes ou collèges (2).
J’ai dit plus haut que, dans les premiers temps, les élèves des collèges étaient choisis et reçus par les hauts commissaires de l’administration provinciale , par les préfets de département et par ceux d’arrondissement.
(1) Continuation de Ma-louan-iin, kiv. L, fol. 21. (2 Continuation de Ma-louan-lin, kiv. L, fol. 25.
En 1436 , le ministre au département du revenu fit remarquer que les élèves des collèges étaient généralement faibles (1) : il demanda qu’il fût créé des officiers spéciaux, chargés d’examiner tous les individus qui se présenteraient et de choisir ceux qui auraient de l’intelligence. En conséquence , Yng-tsoung préposa à ce choix un moniteur impérial ( Yu-sse ) dans chacune des deux provinces impériales de Pe-ldng et de Nan-king. Il confia le même mandat, dans les autres provinces, à des commissaires appelés Ngan-tsaï-sse , Ngan-fou-sse ; dans quelques-unes , il nomma un Kiensse. Tous ces officiers se dirigèrent par eux-mêmes pour inspecter les collèges. Ces charges furent supprimées en 1450 ; puis rétablies en 1462. Alors chaque inspecteur reçut une commission écrite en 16 articles , et dut s’y conformer exactement. Ceux qui avaient des tournées trop étendues et trop pénibles purent se dispenser de visiter les places situées en pays de montagne ou trop éloignées du centre de la province , et se firent suppléer par les préposés de ces localités exceptionnelles. Les inspections ainsi établies comprirent même l’île de Haï-nan , depuis longtemps réunie à l’empire Chinois.
En 1467, Hien-tsoung confirma par un nouvel édit les fonctions de ces inspecteurs; ils durent alors incrire sur des registres la conduite et le savoir des élèves , et classer ceux-ci en trois séries dont la première seule pouvait se présenter au concours de li-
(1) Continuation de Ma-touan-lin , IcIt. I., fol. 21.
cence(l). Ce classement fut modifié plus tard en 1613, à l’époque où les provinces de Nan-king et de Houkouang furent partagées chacune en deux divisions du Nord et du Midi , soumises à un inspecteur spécial.
« Alors , dit le texte , les inspecteurs demeuraient trois «ans en fonctions : ils constataient l’habileté ou la né- «gligence des étudiants par un examen annuel, et les » classaient en six séries de mérite. Les meilleurs élèves » formèrent la première série, et s’il s’en trouvait parmi » eux qui n’eussent pas encore le titre d’élève nourri aux » frais de l'État , les places vacantes leur furent immé*
• diatement attribuées. Ceux de la seconde série ob- » tinrent les places vacantes d’élèves surnuméraires » (Tseng-kouançf), s’ils n’étaient encore que supplé- » mentaires. Des récompenses furent d’ailleurs décer- » nées aux élèves classés dans ces deux premières séries, «qu’ils fussent élèves subventionnés par l’État , élèves «surnuméraires ou supplémentaires. Ceux qui étaient «classés dans la troisième série continuèrent leurs «études. Ceux de la quatrième furent frappés et ré- » primandés. Ceux de la cinquième, s’ils étaient élèves » nourris par l’État ou surnuméraires, furent dégradés « d’un rang, et s’ils n’étaient que simples élèves supplé- » mentaires, ils perdirent ce titre immédiatement. Enfin » ceux de la sixième et dernière série furent renvoyés. « Les élèves des deux premières séries devinrent can- » didats de l’examen préparatoire qui précède l’examen
* ouvert au chef-lieu de la province pour le grade de
(1) Continuation de Ma-touan-lin, ki*. L, fol. i3. Le texte explicatif dit que ces registres existaient depuis l’an 1441.
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• licencié ( Kiu-jin ). Leur capacité dut être encore soi- » gneusement vérifiée à cet examen préparatoire, et ils » furent de nouveau divisés en six séries de mérite, dont » les deux premières furent seules admises à concourir
• pour la licence. En général, la liste de l’examen pré- » paratoire comprenait trente noms pour chaque place
• de licencié. Souvent le nombre des licenciés reçus » dépassa la liste officielle. Le nombre des concurrents
• admis par l’examen préparatoire s’accrut aussi de jour
• en jour. En général, les officiers inspecteurs des études » eurent la haute surveillance de tout ce qui se rappor- » tait au service des collèges. Défense fut faite aux com- » missairesde l’administration provinciale de s’attribuer
• leurs fonctions sous aucun prétexte. »
Avant ce dernier règlement, plusieurs empereurs s’occupèrent des punitions qui devaient être infligées aux élèves subventionnés des collèges (1). En 4391 , Thaï-tsou avait ordonné que les élèves qui ne satisferaient pas à l’examen annuel, alors dirigé par les administrateurs provinciaux , seraient réduits à des emplois d’ordre inférieur, s’ils avaient joui cinq ans de la subvention du grenier public, ou seraient renvoyés à leurs études, s’ils n’avaient pas ces cinq ans de jouissance. L’année suivante, la punition devint générale, et tous ceux qui ne satisfirent pas au nouvel examen furent réduits aux emplois inférieurs , bien qu’ils n’eussent pas joui cinq ans de la subvention. En 1395, ^ette punition ne fut infligée qu’aux élèves qui avaient joui dix ans de la subvention, sans arriver à être classés en
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kir. L, Toi. 22.
n. minière ligne, et aux élèves surnuméraires qui, après vingt années de séjour au collège , se montraient incapables de comprendre les rites sacrés. Cet édit est confirmé par un autre de l’an 4404 ; puis , en 1428, Siouen-tsoung réduisit à six ou sept ans la limite de temps au bout de laquelle les mauvais élèves deviendraient simples employés inférieurs, ou seraient obligés de renoncer à la subvention et de rendre le grain qu’ils avaient reçu. En 4436, la limite fut fixée à six ans d’étude au collège et de jouissance de la subvention. En 1449, ce règlement fut un peu modifié par Khingti. Lesélèves subventionnés qui avaient commis desfraudes et volé des livres appartenant à l’État , furent soumis à deux genres de punition. Ceux qui étaient les plus coupables furent contraints de faire pendant un jour le service d’aide de cuisine des collèges , puis dégradés à la condition de simple homme du peuple. Ils durent en outre restituer le grain qu’ils avaient reçu du grenier public. Ceux qui étaient moins coupables ne rendirent pas ce qu’ils avaient reçu et devinrent employés inférieurs.
On lit dans la section des examens et présentations de l’histoire des Ming : « Au commencement de cette » dynastie , les rites furent honorés et l'enseignement » confié à des hommes savants ; mais dans la suite la
• vigilance de l’autorité s’affaiblit. On se montra » peu sévère pour recevoir les élèves , et on destitua
• rarement les mauvais professeurs. Après les meilleurs élèves qui satisfaisaient entièrement aux con-
• ditions de l’examen , il restait dans les collèges
• beaucoup d’élèves subventionnés qui , à la longue,
» obtenaient d’être portés sur la liste de mérite , dressée »par les inspecteurs. Quelques-uns furent choisis par
• ordonnance supérieure et nommés Koung-seng (élève » présenté). D’autres , qui n’avaient jamais pu réussir à
• obtenir le deuxième degré littéraire et qui étaient ar- » rivés à l’âge de 50 ans , furent autorisés à déclarer » qu’ils désiraient se retirer : alors, ils reçurent le bonnet » et la ceinture, insignes des Kiu-jin , et furent exemp- » tés des corvées. Enfin la mesure des irrégularités fut
• comblée, lorsqu’un rescrit impérial conféra sans
• examen des titres littéraires à tous les individus qui
• feraient hommage à l’État d’une certaine quantité de
• grains, d’un certain nombre de chevaux (1). »Je parlerai plus loin de ce rescrit qui émana d’un honteux esprit de fiscalité et qui eut des conséquences très-pénibles pour les lettrés. Les plaintes sur la décadence des études que je viens de citer sont confirmées par un édit rendu en 1633 , pour donner une nouvelle sévérité au règlement intérieur des collèges de l’empire (2).
On varia aussi dans le choix du genre de style qui devait servir de modèle aux compositions de ces mêmes collèges (3). Au commencement de la dynastie , les élèves recevaient des arguments tirés des quatre livres moraux ou des King , et devaient faire sur ces arguments des compositions de deux cents caractères pour les uns, de trois cents pour les autres. A l’épreuve de l’analyse.
(1) Continuation de Ha-touan-lin , kiv. L , fol. 26.
(2) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. L, fol. 28.
(3) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. L , fol. 26.
ils recevaient un de ces ouvrages, et expliquaient nettement un passage. On ne faisait point cas alors du style fleuri qui avait eu tant de vogue sous les Thang et sous les Soung. Mais, ensuite, on se permit des innovations. On chercha des sujets de composition dans le Tso-uliouen , le Koue-yu , le Sse-ki , et le livre des Han par Pan-kou ; puis on recourut à six écrivains , moins purs pour les idées et le style , lesquels sont appelés les six Tseu. Enfin on mit en usage les traités des diverses professions savantes, et même les livres des sectes de Bouddha et du Tao. Le désordre devint extrême , comme le dit un ministre des rites qui rappelle ces changements dans une requête de l’an 1587. Il fallait prendre un parti. Le ministre affirma que les compositions couronnées entre les années 1488 et 1522 étaient écrites d’un style pur et régulier : il proposa de choisir les meilleures, de les faire imprimer et de les distribuer dans les collèges, pour servir de modèles aux étudiants. Cette mesure, qui substituait des écrits modernes aux monuments du style antique, eut un mauvais succès auprès des lettrés. L’éditeur de la Continuation de Ma-touan-lin déplore l’abandon des King et des anciens traités historiques qui , seuls, peuvent consolider d’une manière sûre les principes moraux des étudiants. Durant les périodes 1621-1628 et 1628-1644 , on reprit comme base principale des compositions les King , les anciens traités historiques et les traités des professions savantes ; mais il y eut encore des infractions h cette règle et de l’arbitraire dans le choix des sujets.
Enfin , indépendamment des collèges, il s’était élevé
dans divers arrondissements, depuis le commencement de la dynastie Ming , plusieurs bibliothèques publiques fondées par des associations particulières. Les chefs de ces établissements analogues à ceux qui existaient déjà avec le même nom sous les Soung et sous les Youen , étaient officiellement investis du titre de supérieur de la montagne Clian-tcliang (1). Vers les années 1537 et 1 538, deux présidents du département des offices représentèrent que ces bibliothèques étaient devenues trèsnombreuses , qu’il s’y réunissait beaucoup d’étudiants qui avaient une mauvaise conduite, et qu’il était urgent de les détruire. Probablement ils craignaient que ces établissements libres ne fissent une concurrence dangereuse aux collèges de l’État. L’empereur Chi-tsoung fit droit aux deux requêtes précédentes , et donna l’ordre de détruire les bibliothèques publiques ; mais cet édit ne fut qu’imparfaitement exécuté : car, en 4582, les conservateurs de la bibliothèque impériale demandèrent qu’une nouvelle enquête eût lieu à ce sujet dans la capitale impériale et dans les chefslieux de province. Plus tard, les bibliothèques publiques furent de nouveau en faveur. Peu à peu on en établit un grand nombre. Celle de la capitale impériale (Pe-king) fut appelée bibliothèque de la vertu primitive. Celle du Kiang-nan ou de Nan-king fut appelée bibliothèque de la forêt orientale.
Après avoir ainsi parcouru , sous les différents empe-
(l) Continuation de Ma-tmian-lin , kiv. L, fol. 2i. Nous avons déjà vu ce titre sous les Soung et les Youen. Voyei plus haut , page 407, l'ordonuance de l’an 1201.
reurs Ming , l’histoire des collèges où s’acquiert le premier degré littéraire , passons à celle des concours publics qui confèrent les degrés supérieurs et le titre de membre du gouvernement. Nous trouvons d’abord en HO/i un édit d’après lequel les membres du comité des Han-lin examinèrent de nouveau une grande quantité de licenciés qui n’avaient eu que le troisième rang au concours général tenu cette même année. Le grade de Tsin sse ou docteur étant réservé aux deux premières séries de mérite , aucun de ces licenciés n’avait pu l’obtenir. Le second examen fut moins sévère. Soixante candidats, précédemment rejetés, furent reçus Tsin-sse et gratifiés des insignesdu doctorat. On voit en 1409, 1428, 1436, 1575 plusieurs exemples de seconds examens ouverts en faveur des licenciés qui n’avaient eu que le troisième rang au concours général. Dans ces diverses occasions , les plus habiles recevaient immédiatement le bonnet et la ceinture de Tsin-sse. Les autres avaient la permission d’étudier au collège impérial jusqu’à l’époque du concours suivant, ce qui les dispensait de faire de nouvelles dépenses pour re tourner chez eux et revenir ensuite se présenter (1).
En 1405, la résidence impériale ayant été trans férée à Chun-thien-fou (Pe-king), le concours de licence du Pe-tchi-li eut lieu dans cette ville. L’an 1415, le concours général qui se tenait auparavant à Nan-king (alors appelé Yng-thien-fou) fut également reporté à Pe-king. Les licenciés de tout l’empire du-
(1) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXV, fol. 10, et kiv. XLVU, fol. AI.
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rent se rendre dans cette ville pour être examinés sur les questions politiques et les King (1).
En 1425 , Siouen-tsoung fit quelques modifications aux chiffres des listes arrêtées en 1370 par Thaï-tsou pour les concours de licence de chaque capitale de province. La totalité des listes comprit alors 540 places de licenciés, au lieu de 500 environ, chiffre de 1370. Le nombre des candidats s’accrut rapidement, lorsque l’on eut joint aux élèves subventionnés des collèges les deux nouvelles séries d’élèves surnuméraires et d’élèves supplémentaires qui purent être admis à concourir, en satisfaisant aux examens de l’inspecteur provincial. Alors les listes des diverses provinces durent être successivement augmentées. Onze décrets furent publiés à cet effet dans les années 1429, 1437, 1440, 1441 , 1453, 1467, 1474, 149/i, 1535, 1540, 1582. A cette dernière époque, les listes des concours de licence comprenaient 135 numéros pour la province de Nan-king, 115 pour celle de Pe-king, 95 pour le Tche-kiang et autant pour le Fo-kien , 90 pour le Hou-kouang, 85 pour le Kiang-si, 80 pour le Ho-nan , 75 pour chacune des provinces de Chantoung et de Kouang-toung , 70 pour le Sse-tchouen , 65 pour chacune des provinces de Chen-si et de Chan-si , 55 pour le Kouang-si , 45 pour le Yun-nan et 25 pour le Koueï-tcheou. Cette dernière province , habitée par les tribus sauvages des montagnards Miao-tseu, n’était encore qu’imparfaitement soumise, et jusque-là, ses étudiants avaient dû se rendre aux
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XXXV, fol. 10, v., et 11.
concours du Yun-nan , d’après les termes d’un édit de 1416. Enlin , dix places de licenciés furent affectées à la capitale de la Cochinchine , pays tributaire de l’empire Chinois (1). La somme de tous ces nombres est 112 2. Elle semble peu considérable, comparativement à la population que la Chine pouvait posséder au temps des Ming ; mais elle était proportionnée aux places disponibles dans la haute administration.
Siouen-tsoung s’occupa dans la même année 1425 de fixer à un nombre constant la liste des Tsin-sse ou docteurs qui pouvaient être reçus à chaque concours général ; jusque-là ce nombre était indéterminé ; il avait varié, suivant les années, dc32numérosà472 (2). Siouen-tsoung fixa la liste à 100 numéros : mais ce chiffre fut bientôt dépassé. En 1440, Yng-tsoung ajouta 50 numéros à la liste ; ensuite on reçut 200, 250 et 350 Tsin-sse. En 1470, Hiouen-tsoung fixa la liste à 300 numéros; mais, après ce nouvel édit, elle fut encore augmentée de 50 et même de 100 numéros, par des ordonnances spéciales rendues en différentes années et motivées par le mérite des compositions présentées. Le nombre des Tsin-sse ou docteurs fixé par Siouen-tsoung était à peu près le cinquième de celui qu’il avait déterminé pour la totalité des licenciés reçus à chaque ouverture des concours provinciaux. Le nombre moyen des docteurs reçus après l’édit d’Hiouen-tsoung peut être évalué à 350 par con-
(1) Continuation de Ma-touau-lin , kiv. XXXV, fol. 12-13.
(2) Le tableau complet des nombres de docteurs ou Tsin-sse. reçus aux concours généraux sous les Ming, se voit fol. 21 et sulv. du kiv. XXXV, rontinnation de Ma-lnuan-lin.
cours. C’est environ le tiers de celui des licenciés qui formèrent alors un total de 1 ,122 pour tous les concours de J’empire.
Les lettrés des provinces du midi , c’est-à-dire des provinces au sud du Kiang, étaient généralement plus instruits que ceux du nord, et avaient plus de succès au concours général des Tsin-sse ou docteurs. Une promotion de 52 Tsiù-sse , qui eut lieu au concours de l’an 1397, se composa uniquement de gradués des provinces du midi. Cette même année, le premier reçu à l’examen du palais impérial fut encore un homme du midi. Ce résultat indisposa l’empereur Thaï-tsou , qui ordonna de recommencer l’examen. Le même candidat ayant encore été reçu , l’empereur punit sévèrement les examinateurs; il prit lui-même le soin d’examiner les compositions , et reçut de sa propre autorité 61 gradués des provinces du nord , qui jouirent des mêmes privilèges que les 52 antérieurement reçus. Pour éviter ces rivalités de pays, Siouen-tsoung divisa la liste du concours général en deux séries du nord et du midi. Ce fut la troisième innovation faite par ce prince. Quelques années plus tard, vers l’an 1 436, on partagea les candidats en trois séries : celle du nord, celle du midi, celle du milieu. Elles composèrent séparément, et eurent droit, la première à 55 • places sur les cent de la liste générale; la seconde à 35, la troisième à 10. Ce partage en trois séries fut supprimé vers l’an 1454, et le concours général eut lieu selon le premier mode adopté en 1415, lorsqu’il avait été transféré à Pe-king. Un banquet était offert aux docteurs de chaque nouvelle promotion ; un dé-
cret spécial fut publié en 1/i33 pour autoriser la célébration de ce banquet dans l’hôtel du ministère des rites. On voit combien les Chinois sont minutieux sur les formes des cérémonies.
Deux édits des années 1441, 1494, enjoignent aux examinateurs des concours d’exiger une grande pureté de style dans les compositions, et leur défendent de tolérer aucune expression légère et vide de sens , ou singulière et peu compréhensible. De même, il fut interdit aux candidats de citer dans leurs réponses aux questions politiques des passages extraits d’ouvrages contenant des principes vicieux et erronés (1).
En 1456, deux fils de grands officiers qui avaient échoué au concours de licence, obtinrent cependant ce grade de l’empereur Khing-ti, qui céda aux pressantes sollicitations de leurs pères; mais deux ans après , on raya leurs noms de la liste des candidats au concours général de la capitale (2).
En 1487, les licenciés Kiu-jin furent déclarés aptes à remplir les fonctions de professeurs des collèges provinciaux. Après six ans d’exercice, ceux qui avaient bien mérité de l’État furent autorisés à se présenter au concours général de la capitale impériale (3). Ce fut une exception en leur faveur : car il est de règle que les candidats au concours général n’aient exercé aucun emploi de l’administration.
Les concoursde chaque capitale de province (ffiang-
(1) Continuation de Ma-lonan-lin, kitr. XXXV, fol. 14.
(2) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XXXV, fol. 10.
(3) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XXXV, fol. 17.
chi) furent d’abord placés sous la direction de deux présidents examinateurs (Tcliu-khao), ayant sous eux des examinateurs ordinaires, appelés examinateurs pareils (Thoung-khao). Les concours des deux capitales impériales du nord et du midi furent présidés par des membres du comité des Han-lin , qui furent assistés par quatre examinateurs ordinaires, choisis parmi les professeurs distingués ; les examinateurs ordinaires des autres provinces furent en général des officiers ou des savants de la localité, renommés pour leur connaissance des King et leur conduite régulière (1).
En l/t51, Kliing-ti déclara que cinq examinateurs ordinaires ( Thouny-khaa-koum ) seraient attachés à tous les concours de licence. Il voulut ainsi que leur nombre correspondit à celui des cinq King. En 1452, le même empereur statua que , dans chaque province, deux commissaires administratifs, ayant le titre de Pou-agan-sse et de Siun-ngan-sse , seraient chargés de la direction des concours, et délégueraient les fonctions d’examinateur aux professeurs des collèges qui se seraient distingués dans les belles études , auraient montré de l’intégrité , de la vigilance , et seraient âgés de 30à50ans. Ce mode de nomination des examinateurs subsista longtemps : mais il eut de mauvais résultats. Les commissaires administratifs se laissèrent souvent influencer par des considérations personnelles, et choisirent des sujets incapables; d’autres s’attribuèrent à eux-mêmesles fonctions d’examinateurs. En ,1 528,
(1) Continuation de Ma-touan-Iin , klv. XXXV, fol. 17 et 18.
le gouvernement reconnut qu’il fallait envoyer directement de la capitale impériale des officiers de l’administration centrale ou des docteurs Tsin-sse pour présider les concours provinciaux. 11 y eut alors deux délégués envoyés à chaque capitale de province. En 1546, sous le même empereur Chi-tsoung, on revint à l’ancien système; les examens du 2' degré furent dirigés par les professeurs attachés aux capitales des provinces , et à leur défaut , par des préfets d’arrondissement. En 1564, les examinateurs ordinaires des deux capitales du nord et du midi furent choisis parmi les officiers de la cour et les docteurs Tsin-sse. 11 y en eut deux pour chacun des trois livres sacrés, le Y-king, le CM king , le Chou-king, un seul pour le Li-ki , un seul également pour le Tchunihsicou. Les antres examinateurs furent de simples professeurs. En 1576, on trouva que les examinateurs ordinaires et les professeurs attachés aux concours des deux capitales impériales étaient affaiblis par l’âge. On leur substitua une nouvelle commission composée à Pe-king de docteurs Tsin-sse, à Nan-king de préfets d’arrondissement (1). Enfin, en 1582, on revint au système des délégations périodiques , essayé en 1528 ; on prit la détermination générale de déléguer des officiers de la cour pour présider les examens des provinces. En conséquence , on envoya dans les capitales du Fo-kien, du Tche-kiang, du Kiang-si, du Houkouang, des académiciens investis des titres de Piensieou et de Tchouen-iuo , et membres du comité des
(1) Conltuualion de Ma-louan-lin , kiv. XXXV, fol. 18, ».
Han-lin. On envoya dans les capitales' des autres provinces divers officiers supérieurs attachés aux départements ministériels. Les examinateurs ordinaires furent principalement des Tsin-sse de premier ordre.
Quant au concours général ( Hoeï-chi ) , il eut d’abord pour juges deux présidents examinateurs en chef, et huit examinateurs ordinaires ou examinateurs pareils (Thoung-khao) (1). L’édit qui le rétablit en 1385 statua que les deux présidents et trois des examinateurs ordinaires seraient choisis dans le comité des Ilan-lin. Les autres places furent remplies par des professeurs. Un édit de l’an 1 454 décida que cette commission d’examen serait uniquement composée de membres du comité des Han-lin. Dans la suite , sa présidence fut habituellement déléguée à des grands officiers de la cour , assistés d’un officier nommé Han-lchen, offrant le pinceau. En 1622 , un ministre ayant refusé de présider le concours des Tsin-sse, l’empereur Hi-tsoung le présida lui-même , et se fit assister de deux officiers qui examinèrent les compositions sous ses yeux. Depuis cette époque , deux officiers assistants furent régulièrement chargés du dépouillement des compositions.
A partir de l’an 1450, on trouve aussi une autre classe d’aides-examinateurs , appelés Fang-kliao , et attachés d’abord à la commission d’examen du concours général (2). En 151 1 , les Fang-khao étaient au nombre de 1 4 , savoir : onze membres du comité des Han-lin et trois
(1) Coutinuation de Ma-touan-lin , klv. XXXV, fol. 19.
(î) Voye* Morrison , an caractère Hio , tome I, page 765.
officiers supérieurs des conseils auliques et des ministères ; ils furent divisés en séries correspondantes aux cinq livres sacrés , et chacune d’elles fut spécialement chargée d’examiner les compositions faites sur l’un de ces ouvrages. En 1616, il y eut vingt aides-examinateurs Famj-khuu , et ce nombre fut maintenu jusqu’à la fin de la dynastie des Ming.
J'ai cru pouvoir donner ces détails sur les divers modes suivis pour le choix des examinateurs. Je me contenterai de citer rapidement un décret de l’an 1567, par lequel Mo-tsoung augmenta momentanément la liste des gradués reçus aux concours, afin de remplir différentes places vacantes dans les gouvernements et préfectures dedistricts(l). Je noterai de même une requête adressée, en 1597, parle commissaire administratif du Liao-toung, pour réclamer l’exécution d’un décret de l’an 1534, qui réservait aux étudiants de cette province cinq places de licencié sur la liste du Pe-tchi-li (2).- Mais je m’arrêterai encore sur un décret de l’an 1595, qui obligea les membres de la famille impériale à subir un examen régulier pour obtenir des charges administratives. Jusque-là, ils obtenaient ces charges par droit de naissance et sans aucun examen. On peut remarquer que ce dernier décret n’eât postérieur que de 13 années à celui qui avait constitué définitivement un collège spécial pour les jeunes gens de la famille impériale (3). On proposa alors de leur donner
fl) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXV, foi. 17.
(2) Continuation de Ma-touan-lin, kiv. XXXV, fol. 17 et 19, v. .
(3) Voyez page 448.
le costume des étudiants ordinaires. Ce nouveau concours ne fut régulièrement ouvert qu’en 1G23. Il eut alors lieu à la même époque que le concours général pour le grade de Tsin-sse.
Art. J. — Des concours militaires, des concours scientifiques, et de la nomination au* places administratives , sous la dynastie Ming.
Les concours militaires, que les Mongols avaient négligés comme inutiles, furent réinstitués par le fondateur de la dynastie Ming , dès l’an 1387. D’après le décret qu’il rendit alors , les fils des officiers de l’armée durent être examinés par les préposés de chaque division , et, sous la direction de ces préposés, il dut y avoir tous les trois ans un concours correspondant à celui du second degré littéraire , tous les six ans un concours général à la capitale de l’empire. Suivant le texte de la continuation de Ma touan-lin, le système des grades obtenus aux examens fut ainsi introduit dans chaque division , chaque cantonnement. Les chefs des hordes sauvages du Koueï-tcheou, du Yun-nan, se conformèrent de même aux choixdu ministère de la guerre, et furent investis de leur titre, soit par droit d’hérédité, soit par examen militaire (1).
La continuation de Ma-touan-lin ne nous présente pas d’autre document sur cette première organisation des concours militaires ; elle nenous offre pas un tableau indicateur du nombre des gradués reçus ; de sorte que l’on peut douter que ces concours aient été régulièrement ouverts aux époques fixées par le décret qui les avait
(1) Continuation de Ma-(ouun-lin , kiv. XXXIX, fol. 8.
créés. Nous trouvonsensuiteauxdatesdesannéesl445, 1464 , deux décrets , dont le premier enjoint de faire un choix de militaires adroits et vigoureux , et dont le second recommande aux grands officiers civils et militaires de choisir, par un concours spécial, des hommes qui connaîtront la science de la guerre. Ces choix doivent être réglés par des examens sur la tactique , le tir de l’arc et l’équitation. Ces deux décrets furent rendus pour réorganiser l’armée chinoise battue par les Tartares. Un autre décret de l’an 1478 ordonne aux présidents des concours militaires d’imiter, dans leurs opérations, le règlement des concours civils. Il résulte de ces trois décrets que l’organisation des concours militaires était encore imparfaite. Un décret de l’an 1493 statua qu’ils n’auraient lieu qu’une année sur six ; un autre de l’an 1504 les rendit annuels. Deux ans après, cette institution fut définitivement régularisée par un programme que le ministre de la guerre présenta à l’approbation de l’empereur Hiaotsoung, et les concours militaires s’ouvrirent aux mêmes époques que les concours civils.
Un premier programme , inséré dans le décret de l’an 1493 , statuait que les candidats feraient d’abord une composition sur la tactique et les manœuvres, et que ceux dont les compositions seraient trop mauvaises ne pourraient être admis à concourir pour le tir de l’arc et l’équitation. Les continuateurs de Ma-touan-lin remarquent que la perfection dans les exercices corporels doit être le mérite principal du bon soldat (1), etblàmentcet
(1} Continuation do Ma-louan-liu , kiv. XXXIX , fol. 9-10.
ordre des épreuves qui fut changé en 1506. D’après le nouveau programme qui fut alors publié, les chefs des cantonnements de troupes et garnisons doivent chercher les hommes qui connaissent le métier delà guerre et les envoyer aux chefs des sections militaires ; ceux-ci les adressent aux commissaires supérieurs de l’administration provinciale ( P'ou-tching-sse , Tsoung-foungan, et Sim^ngan-sse), lesquels constatent qu’ils remplissent les conditions requises par les deux genres d’épreuves théoriques et pratiques. Cette vérification était la base des concours de province. Le concours général de la capitale de l’empire fut dirigé par le ministre de la guerre, et s’ouvrit à la h’ lune de l’année qui suivait celle du concours de province. Il fut composé de trois épreuves classées dans l’ordre suivant :
Neuvième jour de la 4e lune , lr* épreuve. Tir de l’arc à cheval.
Chaque concurrent tirera neuf flèches et devra en mettre trois au moins dans le but.
Douzième jour de la 4* lune, 2* épreuve. Tiï de l’arc & pied.
Chaque concurrent tirera neuf flèches et devra en mettre une au moins dans le but.
Quinzième Jour de la 4' lune , 3' épreuve. Composition écrite sur deux
articles de questions théoriques (1).
Explication sur un article.
(1) D’après une phrase suivante du texte, Ihse, littéralement composition écrite, signifie ici une composition sur la théorie militaire , ou , tout au plus, sur des faits relatifs à l’histoire militaire. C’est ainsi que l’expression Chi-tlue se rapproche du sens que nous lui avons vu depuis les Han , et qu’elle a toujours dans les concours civils. Voyez Morrison, au caractère Hio , tome I , page 766.
Cette dernière épreuve se fit suivant la règle des concours civils. Les compositions furent scellées par le gardien des sceaux , et remises h des copistes pour être transcrites avant d’être soumises aux examinateurs.
Les candidats qui satisfirent complètement à ces trois épreuves durent être déclarés Tsin-ssede premier ordre. On fit ensuite au-dessous d’eux une seconde série de mérite divisée en deux sections. La première comprit ceux qui avaient réussi pour la composition et l’explication , mais qui étaient faibles pour l’arc et l’équitation ; la seconde comprit ceux qui , au contraire, avaient un bon numéro pour l’arc et l’équitation , mais qui avaient échoué à l’examen théorique, parce qu’ils connaissaient mal la tactique ou parce qu’ils ne s’étaient pas bien exprimés et n’avaient pas formé correctement les caractères. On renvoya sans grade ceux qui avaient été passables pour les questions et explications théoriques, mais n’avaient pas satisfait aux épreuves du tir de l’arc et de l’équitation. A. plus forte raison T on renvoya ceux qui avaient échoué pour toutes les épreuves théoriques et pratiques ; ils durent attendre le concours suivant pour se présenter de nouveau.
Ce programme fut confirmé l’an 1522 par un décret de Chi-tsoung. Les concours ordinaires des provinces furent alors dirigés par des inspecteurs supérieurs nommés Siun-JoH-yusse ; ceux des deux capitales Pe-king «t Nan-king ressortirent immédiatement du ministère de la guerre. Le concours général de Pe-king eut pour examinateurs en chef deux membres du comité des Han -lin, et pour examinateurs ordinaires quatre
membres des conseils ministériels (1). Il s’ ouvrit une année après les concours de province. Au surplus, il paraît que les opérations de ces divers concours furent généralement mal conduites. Un décret de 1587 déclare que les gradués militaires sont choisis sans discernement, et recommande aux examinateurs de s’ as* treindre plus exactement aux conditions du programme. En 1610, on fixa au maximum de 100 noms la liste des Tsin-sse ou gradués supérieurs en art militaire qui seraient reçus à chaque concours général : néanmoins, cette liste comprit 120 noms en 1631. En outre , plusieurs hauts fonctionnaires demandèrent cette même année qu’il y eût dans le palais même, pour les gradués militaires comme pour les gradués civils, un examen supérieur à celui des Tsin-sse, et dirigé par l’empereur lui-même. Cette demande fut agréée , et plusieurs Tsin-sse militaires reçurent ainsi les titres de hauts gradués ( Kuï-ti ) , d’hommes de savoir extraordinaire ( Yeou-(clia ) et d’homineS hors ligne (Tcku-dm). Cet examen d’ordre supérieur eut régulièrement lieu depuis cette époque (2).
Comme les Mongols, les Ming encouragèrent les professions scientifiques ( Fang-ki ) , c’est-à-dire l’astronomie, l’astrologie et la médecine <3*). Thaî-tsbu créa; près delà cour un comité des grands annalistes (Thaï-
(1) Continuation de Ma-touan-lln, kiv. XXXîX, fol, 12.
(2) Continuation de Ma-touan-din , kl?. XXXIX, foL 12* V. • ; n
(3) Je ne rapporte pas si* décrets rendus par les premiers empereurs Ming pour faire chercher les hommes vertueux et emmatasant les Ktttg y qqi s’étaient cachés dans les bois et les montagnes. Ces décrets, qui peuvent se lire au fol. 7, kiv. XXXVII . rte la continuation rte Ma-touan-lin , étaifent purement des actes de circonstance'.
sse-kien), qui devint ensuite le comité de l’étude du ciel ( Kin-thien-kien ) ou le collège impérial d’astronomie, comme l’ont appelé les missionnaires. Ce comité fut chargé du calendrier, de l’astronomie, et de la géographie de l’empire. Ses membres furent divisés en quatre classes, savoir : lescinqadministrateurs, les cinq préfets, les astronomes et les astrologues ou devins. Dans les premiers temps , lorsqu’ une place d’astronome devenait vacante, les préfets des départements étaient invités à chercher des hommes capables de la remplir. Les candidats ainsi présentés subissaient un examen devant une commission du ministère des rites. Plus tard, les places des astronomes impériaux se conservèrent dans les mêmes familles, et lorsqu’il y eut des vacances, on se borna à faire un choix parmi les fils des titulaires ; on attacha même au comité astronomique des professeurs de mérite pour instruire et exercer ces jeunes gens (1). En 1458, Yng-tsoung autorisa les astronomes et devins des deux capitales du nord et du midi à se présenter au concours de licence sans avoir obtenu le premier degré littéraire (2). En 1498 , Hiao-tsoung voulut faire davantage pour répandre le goût des sciences étudiées au Kin-thien-lden. 11 ordonna une enquête générale dans tout l’empire pour rechercher les hommes connaissant la science des astres et du calendrier, la divination , la géographie. Chaque arrondissement dut fournir un ou deux sujets satisfaisant aux conditions requises , et on créa en leur faveur des charges locales
(1) Continuation de Malouan-lin, kiv. XLII , foi. 6 et suiv.
(2) Continuation de Ma-louan-lin, kiv. XXXV, fol. 17.
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d’officiers des sciences régulières qui dépendirent du ministère des offices.
De même, il y eut près de la cour des Ming un grand collège médical ou comité des grands médecins; il y eut aussi des places de médecins des localités relevant de ce comité. On comptait en tout treize classes de places affectées à la science médicale , depuis celles de médecins impériaux jusqu’à celles de médecins ordi- 4 naires et d’élèves médecins. Elles se conservèrent généralement dans des familles vouées depuis longtemps à ce genre d’étude. Quelquefois les préfets des provinces furent engagés à présenter sous leur garantie personnelle des candidats pour ces places vacantes. En 1492 , Hiao-tsoung leur ordonna de choisir des jeunes gens appartenant aux familles de médecins , et de les faire instruire par des professeurs habiles. Ces jeunes gens furent examinés tous les trois mois par leurs maîtres, et enfin, après trois ou cinq ans d’étude, ils durent subir un examen définitif devant une commission composée d’un président et de deux examinateurs ordinaires. Ceux qui possédaient les connaissances exigées obtenaient des places de médecins ordinaires ; ceux qui n’étaient pas encore assez instruits pouvaient étudier encore une année. Après un second et un troisième examen, s’ils étaient reconnus incapables, ils étaient punis et renvoyés (4).
On lit dans l’histoire de Mailla, tome X, que Hiaotsoung avait beaucoup de goût pour l’alchimie et les prétendus secrets des Tao-sse. Le décret que je viens
(1) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLII, fol. 7, 8.
de citer donnerait une meilleure idée du zèle de ce prince pour les sciences utiles. Son second successeur, Chi-tsoung , montra aussi une grande crédulité poulies rêveries des Tao-sse.
Entre les époques des concours médicaux , il y eut aussi des examens accidentels faits par les préposés des collèges de médecine et les inspecteurs généraux des études, qui présentaient sous leur garantie des candidats aux places vacantes du grand comité ou aux places d’officiers médecins des localités de leur ressort. Ceux des candidats qui se rendaient à la capitale impériale étaient examinés devant une commission du ministère des rites. Les plus distingués entraient dans la maison des médicaments destinés à l’empereur. Ceux qui étaient moins distingués étaient attachés au grand comité médical. On renvoyait sans place ceux qui n’étaient pas classés dans ces deux séries.
On conçoit, jusqu’à un certain point, que les charges d’astronomes et de médecins se soient perpétuées habituellement dans les mêmes familles ; mais l’abus de l’hérédité se glissa aussi dans les places de l’administration civile. Thaï-tsou avait déclaré , par son décret qui organisa les concours publics , que désormais toutes les places administratives seraient réservées aux gradués des concours. Néanmoins , de fréquentes exceptions furent faites à ce principe par les empereurs de la dynastie Ming , et les faveurs se mêlèrent aux choix résultant directement des examens. D’abord, Thsaï-tsou ne put se dispenser, en 1393 , de reconnaître l’ancien usage qui permettait aux officiers supérieurs de présenter leurs fils ou petits-fils pour suc-
céder à leur charge (1). Comme sous les Mongols, ce privilège fut conservé aux officiers civils, depuis le premier jusqu’au septième rang, et aux officiers militaires jusqu’au sixième rang (2). La succession avait lieu directement, si l’officier mourait dans l’exercice de ces fonctions , ou s’il demandait un remplaçant à cause de son âge ou de ses infirmités. Les charges pouvaient même se transmettre d’une famille éteinte aux branches voisines, d’après une clause insérée dans deux décrets des années 4 Ü97 et 4513. On lit dans la continuation de Ma-touan-lin , kiv. XL : » Les Ming conservèrent d’abord l’ancien règlement , •» d’après lequel les fds des officiers en exercice (Jin- » tseu) pouvaient succéder à leurs pères par droit de
• simple protection. Ils suivirent ainsi l’exemple de la » dynastie précédente ; mais ensuite, des limites furent » posées à cette tolérance. Parmi les officiers attachés
• à la cour impériale, il n’y eut que ceux des trois
• premiers rangs qui purent demander de se faire » remplacer par leurs fils. Même faculté put être ré- » clamée par les grands officiers qui administraient » les apanages des alliés de la couronne , lorsque ces » officiers avaient rendu des services méritoires. Les » requêtes relatives à ces demandes devaient être pré-
• sentées à l’occasion de cérémonies solennelles. Les
• fils du souverain obtinrent aussi pour leurs enfants
(1) Continuation de Ma-louan-lin , kiv. XL, fui. 11.
(2) Pour être exact, il faut se rappeler qu'il y a neuf ordres d’ofBclers supérieurs civils et militaires, et que chaque ordre comprend deux numéros, 1 et 2. Le privilège de succession ne s’étendait alors que Jusqu’au n* l du septième ordre des officiers civils.
«des bénéfices héréditaires. En outre, on admettait le «remplacement direct par le fils ou le petit-fils, lors- » qu’un officier mourait à l’armée ou généralement au » service du prince , ou encore s’il avait remporté un «avantage sur l’ennemi. Cet usage se maintint pen- » dant toute la durée de la dynastie Ming. En 1510, » après que les Tartares eurent été chassés des pro- » vincesdeNing-hia, Chan-toung, Ho-nan, les grands » officiers qui en furent nommés gouverneurs obtin- » rent de Wou-tsoung que leurs fils leur succéderaient «dans ces gouvernements. Cette concession eut un » mauvais effet. Tous les officiers de la cour s’appuyè- » rent sur elle pour solliciter des apanages héréditaires. » Le conseil aulique fut fatigué de leurs demandes in- » cessantes, et, depuis cette époque, l’hérédité des » gouvernements devint la récompense ordinaire des » services rendus sur les frontières. Dès le règne de «Yng-tsoung (1436-1Û50), le droit de succession » aux charges avait été accordé à tous les officiers at- » tachés au service intérieur de la cour. »
Nous avons vu que Thaï-tsou avait réservé aux fils des officiers supérieurs les premières places d’élèves du collège impérial. Toutefois , il ne paraît pas que ces places fussent alors données par simple protection ; mais, après un décret rendu l’an 1399 par Iloeï-ti , en faveur des officiers du Hou-kouang , une grande tolérance s’établit à cet égard. On reçut directement au collège impérial , et sans distinction de rang , les fils des officiers morts à l’armée ou dans des commissions difficiles pour le service public Comme il n'y avait aucune règle pour l’admission de ces jeunes gens, les
conseillers auliques du temps de Siouen-tsoung (1426- 1 446) proposèrent de les faire examiner par l’empereur lui-même, ce qui fut adopté. Yng-tsoung ordonna, en 1457, qu’il serait fait un rapport sur les fils d’officiers des trois premiers ordres qui voudraient étudier au collège impérial , et que ceux qui seraient laborieux seraient déclarés aptes à gérer des charges. En 1 465, ces mêmes grands officiers furent autorisés à faire entrer jusqu’à trois de leurs fils au collège impérial; en 1482, cette autorisation fut réduite à un seul fils, et le jeune homme présenté dut être préalablement examiné sur les King et les livres moraux. Enfin , en 1497, il y eut dispense de cet examen pour les fils des grands officiers qui avaient subi les épreuves des concours, et avaient ainsi obtenu leurs charges. Il fut également accordé, en 1521, aux grands officiers qui n’auraient pas d’enfant mâle, de transmettre à leurs frères cadets le droit d’admission au collège impérial (1).
Comme les places et les faveurs de la cour étaient généralement accordées aux hommes instruits dans la littérature officielle, on conçoit la persistance avec laquelle les officiers de l’administration supérieure demandaient l’admission directe de leurs fils au collège impérial. Ils espéraient que ces jeunes gens entreraient dans l’administration pendant qu’ils étaient euxmêmes en fonctions, et qu’ils pourraient ainsi les soutenir, au lieu que le droit de succession à la charge
(1) Continuation de Ma-touah-lin , kiv. XL. fol. 12 et 13.
du père entraînait nécessairement la démission de celui-ci.
Sous les Ming, comme sous les dynasties précédentes , le gouvernement offrit , en diverses circonstances, des charges administratives et des titres littéraires à ceux qui viendraient à son secours pour combler à des déficits dans ses ressources financières. Le premier empiétement de ce genre sur les droits des gradués eut lieu au commencement de l’an 14 54 (lrc année Khing-thai ) , après que Khing-ti eut remplacé son frère Yng-tsoung, emmené par les Tartares. La cavalerie chinoise ayant manqué de fourrages dans les départements de Thaï-thoung et de Siouen-hoa, Khing-ti promit le titre et les insignes de membre du gouvernement à tous ceux qui fourniraient de 1,500 à 2,000 bottes de foin. Plus tard, à la 8* lune de cette même année , il y eut disette de grains dans le district de Taï-tcheou , voisin des précédents. Alors Khing-ti offrit les mêmes titres et insignes à quiconque livrerait 300 décuples boisseaux de riz au grenier public de ce district (1). Ces deux décrets eurent force de loi depuis cette époque , et ils formèrent ensemble un statut spécial , nommé statut des offrandes volontaires.
En 1453, le même Khing-ti permit à des élèves du collège de Lin-thsing d’acheter le droit d’entrer au collège impérial , en fournissant au grenier public 800 décuples boisseaux de riz par tête. Une vive protestation fut faite par le professeur en chef de Khaï-foung-fou
(t) Continuation de Ma-louan-lin , Itiv. XLIII, fol. #-7.
contre celte admission illicite , qui introduisait au collège impérial des individus ignorants et tout à fait superficiels; mais cette protestation n’arrêta pas l’empereur (1).
En 1492, le ministre du département des offices affirma que l’État avait des ressources suffisantes, sans recourir au statut des offrandes volontaires promulgué en 1450. Un décret impérial déclara que ce statut, qui constituait une sorte de vénalité des charges, serait désormais sanseffet; mais, 40 ans plus tard, en 1529, il fut à peu près remplacé par un nouvel édit qui encouragea les livraisons de grains en temps de disette. Celui-ci stipula que l’on pèserait les quantités de grains livrées par les familles riches , et que leurs chefs recevraient, proportionnellement à ces quantités, les insignes d’officiers du neuvième au septième rang. Il ne mentionne pas expressément les livraisons faites pour les troupes (2) ; mais ses dispositions s’étendaient en général à toute fourniture de grains faite gratuitement au gouvernement.
Depuis cette époque , la guerre avec les Tartares exigea de grandes dépenses, et les approvisionnements en grains ou fourrages furent souvent insuffisants sur la frontière du nord. Dans ces fâcheuses circonstances1 2, les ministres demandèrent de recourir aux édits précédents pour subvenir aux besoins de l’État. Ces édits furent ainsi remis en vigueur dans les années 1564 , 1566, 1594, 1596, 1599. Puis, leur effet fut suspendu
(1) Continuation de Mu-touan-lin, kiv. XLIII, fol. 9.
(2) Continuation de Ma-touau-lin, kiv. XLUI, fol. 10.
en 1602, après une requête adressée par le supérieur du collège de Nan-king, qui se plaignit du désordre introduit par ces édits dans le régime du collège impérial. « Depuis le statut de la période Khing-thaï , dit ce
■ fonctionnaire, des individus dégradés et destitués de » leurs charges ont pu entrer au collège impérial en » donnant de l’argent. Comment le règlement d’in- » spection aurait-il pu être appliqué? Ceux que les in- «specteurs réprimandaient et renvoyaient du collège » ont pu y rentrer malgré cette punition. De même, des » fils d’officiers qui étaient ou avaient été en fonc-
■ tions sont entrés au collège impérial sans passer par » les collèges préparatoires. Ils ont donné de l’argent » et ont obtenu leur admission immédiate. Le mal a «empiré après la période Louny-khiny (1567-1572 ).
» La porte a été ouverte à des marchands qui ont oc- » cupé des charges de secrétaires impériaux. On a vu «des enfants, qui n’avaient pas 1 li ans et ne sa- » vaient rien, passer par- dessus toutes les barrières des » examens. En réalité , ceux qui portent aujourd’hui » l’habit de membre du gouvernement sont les vers » rongeurs du peuple. » Il fut faitdroità la requête du supérieur de Nan-king ; mais l’abus subsista toujours. En 1632, l’empereur Sse-tsoung se plaint encore à ses ministres de la mauvaise composition des listes de présentation , sur lesquelles figurent à la fois ceux qui sont régulièrement choisis et ceux qui achètent leur grade par des livraisons de grains et d’argent (1).
Wang-ki, le premier continuateur de Ma-touan-lin ,
Digltizei
(J) Conlinallnn (le Ma-iouan-lin , kil. XLIII, fol. 12.
fait l’observation suivante : « C’est au temps des Han » occidentaux (2* et 1" siècles avant J.-C.) que les » premières concessions du titre de membre du gou-
• vernement furent faites à des hommes choisis à cause » de leur fortune. On pensait que leur richesse serait » une garantie contre leur avidité dans la gestion des
• charges administratives. Plus tard, quelques déficits » accidentels ayant été constatés dans les approvision- » nements des frontières, l’usage s’établit de donner des » charges du gouvernement à ceux qui faisaient des » fournitures volontaires. Telle fut l’origine de l’éléva- » tion de Sse-ma-siang-jou et de plusieurs autres. Ceci » ne peut être nié ; mais, en somme, il n’y eut sous la » dynastie des Han occidentaux que quatre à cinq per- » sonnages choisis de cette manière. Les dynasties » Thanget Soung eurent aussi recours par intervalle à » cette même mesure pour combler des déficits dans les » approvisionnements de l’armée. Sous les Ming , jus- » qu’à la période Siouen-te (1426-1436) on n’entrait » au collège impérial que par la voie régulière des con- » cours; Les gradués admis devaient satisfaire au pro- » gramme, et leur nombre était sagement limité. Mais « dans la période Kliing-thài (1 450) , pour obvier aux
• embarras financiers de l’armée du nord, on intro- » duisit le nouveau mode par lequel les étudiants pu- » rent entrer au collège impérial , en faisant des four- » nituresde grains ou de fourrages. Huit à neuf cents » élèves furent reçus de cette manière. Après quel- » que temps d’interruption , une nouvelle promotion » fut faite sur la même base en 1465. Une grande » famine se fit sentir en 1484, et vers cette époque.
» environ 6,000 ou 7,000 élèves obtinrent leur ad- » mission par des fournitures volontaires. 11 y eut en- » core des exemples semblables pendant la période » Tching-te (1506-1522) , soit pour des secours donnés » aux malheureux , soit pour la défense des frontières ,
» et la voie de l’admission par les fournitures en grains » et en argent s’élargit considérablement. Chi-tsoung » ordonna d’abord de la supprimer; puis il la toléra » par son décret de la h‘ année Kia-tsing (1525) ; seu- » lement, il recommanda aux inspecteurs des deuxca- » pitales et des treize provinces de ne choisir que des » personnes capables de comprendre lé style savant,
» et limita leur nombre au maximum de 5,000. L’an- » née suivante (1526) , la direction des haras manqua » de chevaux : le ministère des finances manqua de » fonds disponibles pour les dépenses des frontières.
» Alors on vit se multiplier les admissions par fourni- » lures volontaires. Des gens qui n’avaient fréquenté » que les marchés purent se faire donner les titres » de SieoH-mal et de Tsiun-sse (premier degré litté- » raire). Des milliers d’individus entrèrent ainsi au » collège impérial et se glissèrent au bureau du choix » par la mesure qui nomme aux places administra- » tives (1). Lorsque les dynasties précédentes ont eu » recours , dans des circonstances difficiles , à ce mode » vicieux , il fallait au moins que celui qui faisait une » fourniture volontaire prouvât devant l’inspecteur du » lieu qu’il comprenait le style savant. Le nombre des
(1) Les fonctions de cette division du ministère des affaires sont expli-* * rpiées plus loin. Voyez aussi la note II de l’appendice.
Digitiza
» admissions était restreint dans de sages limites , et ® on refusait la subvention de l’État à ceux qui n’avaient » pas vingt-cinq ans , bien qu’ils pussent venir loger » au collège impérial. Dans les temps modernes, on a » ouvert la porte à tout le monde : les admissions par » fournitures gratuites se sont faites sans distinction » du vrai mérite ; de sorte que sur les listes de promo- » tion , les hommes de mérite sont à peine dans la pro- » portion de 1 sur 100, 10 sur 1,000. »
Il se peut qu’il y ait de l’exagération dans ces plaintes de Wang-ki. Sa dernière phrase n’est même qu’une sorte de formule , constamment employée par les lettrés pour se plaindre de la négligence des examinateurs. Elle signifie simplement que les listes des gradués reçus ne contiennent qu’un petit nombre d’hommes de mérite. Wang-ki écrivait sous les derniers empereur Ming , vers 1620 , et il résulte de tout ce qu’il dit que , depuis la seconde moitié du 16e siècle , la conduite du gouvernement chinois était réglée par des idées fiscales, bien plus que par un grand zèle pour l’étude des King. Embarrassé de sa guerre malheureuse avec les Tartares , obligé de secourir des provinces entières, dont la récolte manqua durant plusieurs années consécutives , il cherchait partout des ressources , et consentait volontiers à délivrer à prix d’argent des dispenses d’examens et des titres d’officiers. Cette situation irrégulière et gênée amena la chute de la dynastie Ming. La paix que la dynastie actuelle a su maintenir en Chine depuis deux cents ans, l’a placée dans de meilleures conditions pour soutenir les prescriptions du règlement des concours.
Cependant nous verrons qu’il existe encore des abus notoires : nous citerons des exemples de concessions payées à prix d’argent , et des appels faits récemment par l’État aux contributions volontaires.
Pour compléter le cadre des documents qui concernent la dynastie Ming, il me reste à dire quelques mots sur la voie des emplois de l’administration inférieure par laquelle les hommes du peuple purent, sous cette dynastie comme sous les précédentes , s’élever aux hautes places et devenir membres du gouvernement. Dès le commencement de la dynastie Ming , il fut statué qu’indépendamment des élèves du collège impérial et des gradués reçus au concours , les employés de l’administration formeraient une classe spéciale, qui pourrait aussi obtenir le titre de membre du gouvernement (Kouan) et exercer certaines fonctions publiques (1). En général , les magistrats supérieurs des différents districts choisissaient eux-mêmes ces employés et les faisaient admettre sur leur garantie personnelle. Alors, ils étaient répartis dans les diverses branches de l’administration avec des fonctions qui duraient de trois à six ans. Une limite semblable (90 lunes ou sept ans et demi) existait déjà pour eux sous les Mongols , comme on le voit par un décret de l’an 1321 (2). Sous les Ming, ils durent subir des examens à la fin de chaque exercice, et selon la manière dont ils répondaient, ils furent avancés ou changés (ordonnance de 138/j). Us pouvaient
(1) Continuait™» de Ma-touan-lin, kiv. XLIV, Toi. B.
(3) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XLIV, foi. 8, ».
devenir ainsi officiers ou membres du gouvernement. En 1428 , il fut ordonné de choisir avec plus de sévérité ceux qui étaient présentés pour ce titre. Il est dit dans ce rescrit que des milliers d’individus sont présentés sans distinction des bons et des mauvais. Pour régulariser leur choix , le gouvernement publia , en 1432, un règlement, d’après lequel les employés ayant subi trois examens , et aspirant au titre d’officier, devaient se réunir à. la capitale , et se présenter devant une commission composée de plusieurs membres des six conseils ministériels, du comité de censure et du comité des Han-lin (3). Les candidats furent partagés en deux séries, dites du nord et du midi ; chacune fut soumise à trois épreuves déterminées et jugées par les officiers des hauts comités et les secrétaires impériaux. Ceux qui ne firent aucune faute eurent le numéro 1 ; ceux qui ne satisfirent qu’à deux épreuves eurent le numéro 2. Les autres furent renvoyés et réduits au rang d’hommes du peuple. Ce règlement fut encore revu en 1529 , époque à laquelle ce nouveau concours devint annuel. En général , les candidats qui obtinrent le premier et le second numéros dans les deux séries du nord et du midi furent reçus membres du gouvernement , et déclarés habiles à gérer les charges supérieures. Au surplus , l’histoire signale des abus dans ce concours comme dans les autres. 11 arriva que certains employés inférieurs des bureaux ministériels s’attribuèrent le nom d’officiers militairesqui avaient bien mérité de l’État, et cherché -
(1) Con lin u j lion de Ma-touau-lin , klv. XLIY, fol. 12.
rentà se faire passer pour leurs fils, afin d’obtenir une place, sans subir les examens. Un décret fut rendu, en 1579 , pour réprimer cette fraude.
En résumé, il y eut trois voies légales sous les Ming, pour s’élever au titre de membre du gouvernement et devenir officier de l’administration supérieure. La première était la voie de la faveur impériale : c’était celle que suivaient les fils et parents protégés des hauts officiers , ainsi que les alliés de la couronne. La seconde était celle des concours civils ou militaires et de l’admission au collège impérial ; la troisième était celle des emplois inférieurs de l’administration. La vente publique des titres d’officiers et des brevets d’élève du collège impérial ne peut être considérée que comme un abus , malgré la sanction que lui donnèrent les derniers empereurs de la dynastie Ming.
Nous nous rappelons que Ma-touan-lin déplore(l), le conflit qui s’éleva entre le ministère des offices et le ministère des rites, depuis que celui-ci fut chargé , en 736, de la direction des concours et de la présentation des gradués. Le ministère des offices, en perdant cette branche de ses attributions, demeura néanmoins maître de la distribution des places auxquelles les gradués n’arrivèrent que par un nouvel examen passé devant un comité pris dans ses bureaux. Le ministère des rites n’eut que le droit de présentation , et vit souvent les gradués qu’il avait reçus repoussés par le ministère des offices, qui leur préféra
(1) Voyez page 305 et le sommaire de la section des examens et présentations dans Ma-touan-lin.
des fils d’officiers, des employés inférieurs. Il n’y eut donc aucun accord dans les opérations des deux départements administratifs.
Cette lutte de pouvoirs, qui commença sous les Thang et se continua sous les Soung , dut renaître sous la dynastie mongole , lorsque Jin-tsoung eut rétabli les concours civils en 1313. En effet, il est constant que le ministère des rites fut alors chargé de la direction de ces concours , selon le règlement de l’ancienne cour chinoise (1), et qu’il n’eut pas le droit de nomination aux places. Sous la dynastie mongole , les nominations aux places du septième rang au plus dépendaient du ministère des offices, et les nominations aux places supérieures dépendaient des ministres ou conseillers auliques ( Tclioung-cliou-seng ) (2). Ces nominations devaient être confirmées par l’empereur. C’est ce que l’on appelait le mode du choix (Siouen-fa). Nous avons vu le premier ministre de Chun-ti , Payen , soutenir ce mode assez arbitraire, et demander la suppression des concours qui entravaient son application. Les concours littéraires furent alors supprimés, malgré la réclamation du vice-président du ministère des rites. Le nom de celui-ci indique qu’il était Chinois s’il défendait les droits de ses compatriotes, qui ne pouvaient aspirer aux places que par la voie des concours. Pa-yen était Mongol , et la haine des deux nations se joignait à la jalousie des deux ministères.
(1) Voyez page 4 1 1 , le texte (le l'ordonnance de Jin-tsoung , qui confie au président du ministère des rites la préparatiun du programme des coneanrs-
(2) Continuation de Ma-touan-lin , kiv. XXXVI, fol. 13.
D’autres documents consignés au kiven XXXVI de la continuation de Ma-touan-lin nous montrent que, sous la dynastie Ming, le ministère des offices demeura possesseur du droit de nomination à la plupart des charges civiles. On lit , fol. 20 : « D’après la consti- » tution des pouvoirs administratifs établie par les » Ming, les places du service civil dépendaient du » ministère des offices ; les places du service militaire • dépendaient du ministère de la guerre. 11 y avait » au ministère des offices quatre préposés , chargés » de l’examen par la mesure (Tlisiouen-siouen) , de la » considération des mérites ( Koung-khao ) et du contrôle » de la gestion des officiers nommés. Ils surveillaient » ainsi longtemps ceux qu’ils avaient choisis. Les indi- » vidus qui recevaient un premier emploi étaient ap- » pelés Ting-siouen , choisis pour se conformer ; ceux » qui recevaient de l’avancement étaient appelés Hing- » siouen, choisis par avancement. »
D’après les explications fournies par le texte , « les » nouveaux officiers étaient mis à l’épreuve par couple » de deux dans un poste éloigné. Provisoirement , l’un » était titulaire, l’autre suppléant. Touslesdeux mois, le » bureau du ministère des offices contrôlait leur gestion, » donnait au meilleur le titre de la place et à l’autre » la suppléance. La nomination définitive se réglait par » une présentation triennale. En général, les officiers » ainsi nommés à l’essai devaient satisfaire au contrôle » de la considération des mérites , et alors ils étaient » nommés aux places vacantes ; quelques-uns étaient » nommés par ordre supérieur, sans attendre le temps » nécessaire pour satisfaire à ce contrôle. Un rescrit
» spécial était rendu en leur faveur , sur la présenta- » tion des membres du conseil aulique et des présidents » du département des offices. En général , l’empereur
» choisissait lui-même sans contrôle les grands officiers » de la cour. Quant aux places d’officiers attachés aux » provinces , les conseils de la cour choisissaient sans » contrôle les gouverneurs. Les autres charges, telles » que celles de commissaires de l’administration civile » ( Pou-ngan ), se donnaient par un concours entre les » officiers du troisième rang au moins. Les nomina- » tions des officiers militaires attachés à la défense des » frontières étaient faites par ordonnance spéciale, sur » des certificats de garantie délivrés par les chefs de » corps. Toutes les autres places de préposés ou sous- » préposés des départements et arrondissements, toutes » celles d’employés des ministères à l’intérieur de la » capitale, étaient conférées par le bureau des promo- » tions ordinaires qui réglait l’avancement ou la desti- » tution des titulaires, conformément aux statuts du mi- » nistèredes offices. »
On trouve en outre, sous la dynastie Ming, plusieurs décrets aux dates de 1382, 1403, 1425, 1436, ordonnant des promotions extraordinaires, faites sous la garantie des officiers de la cour dont chacun dut présenter un sujet, apprécier sa capacité et l’attacher à son service. Quatre édits des années 1449, 1503, 1567, 1 570, autorisent des promotions semblables en faveur des employés inférieurs qui s’élèveront par leur mérite au-dessus du vulgaire, et se montreront dignes d’être avancés. D’après un autre édit de l’an 1471 , les préposés aux présentations (du ministère des offices) doi-
Vent faire un rapport sur les bons employés qui auront trois à six ans de service. Plusieurs édits du même genre se rapportent à la nomination des commissaires de l’administration provinciale ( Pou-ngan ) et des préfets de département (1425-1428). En 1436, la présentation des correspondants impériaux ( Yu-sse ) fut attribuée aux officiers de la cour qui avaient au moins le troisième rang, et celle des préfets de second arrondissement aux officiers du quatrième rang. Ce mode de présentation, suspendu en 1442, fut renouvelé en 1445 (1). On doit présumer qu’une partie de ces emplois concédés sur la garantie des officiers supérieurs revint aux gradués littéraires ; mais il est vraisemblable qu’une partie dut aussi être donnée à la faveur ou accordée comme récompense aux bons employés inférieurs. Une note qui termine le kiv. XXXVI de la continuation de Ma-touan-lin nous rappelle que jusqu’à la fin du xv* siècle , les Tsin-sse et autres gradués arrivaient tous à des places de préfets de second arrondissement et de supérieurs de collèges. Ensuite on les attacha à différents emplois : les uns devinrent Tchou-ki-sse ou secrétaires rédacteurs du comité des Han-lin ; les autres furent inscrits au ministère des offices comme Tchu-chin (hors ligne) de l’intérieur et de l’extérieur, aptes à remplir des fonctions civiles. On donna des emplois dans les ministères et au collège impérial , des places de préfets du troisième ordre , à ceux qui avaient subi l’examen triennal du ministère des offices ; on donna aussi des emplois semblables à
(1) Continuation tle Ma tmian-iln, kiv. XXXVI, foi 23 à 28-
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des individus qui n’avaient d’autre titre que des recom mandations officielles. Enfin, de l’an 1522àl’an 1567, . des places de messagers d’État ( Kien-sse ) de secrétaires impériaux ( Yru-sse ), d’employés des ministères furent accordées à des individus désignés par les noms de Kien-seng et de .S iouen-tso. Le premier de ces noms désigne actuellement une classe de gradués inférieurs qui achètent leur titre ; le second signifie : familles choisies, et paraît se rapporter à des fils de familles opulentes.
$ IX. — Situation de l'instbccticui publique et eeolement des coscooes
SOUS LA DYNASTIE ACTUELLE DES MiSTCHOUX.
Jusqu’ici les annales officielles des différentes dynasties chinoises nous ont offert une riche collection d’ordonnances et d’autres documents relatifs à l’histoire de l’instruction publique et des lettrés ; mais ce secours inappréciable nous manque pour la dynastie actuelle , celle des Mantchoux , qui règne depuis 200 ans sur toute l’étendue de la Chine et de la Tartarie. Nous ne pouvons consulter ses annales qui sont conservées inédites dans les archives impériales, conformément à un usage invariable de la cour chinoise, d’après lequel les annales écrites par les historiographes de chaque dynastie ne sont publiées que lorsque cette dynastie a perdu le trône ou changé de nom. Alors seulement, la vérité peut être connue. Nous n’avons pas sous les yeux le recueil de la gazette officielle de Pe-king , dans laquelle s’impriment les décrets impériaux ; ainsi nous ne pouvons mettre en
œuvre pour la dynastie Mantchoue une quantité de documents comparable à celle que nous avons analysée pour la dynastie Ming.
Les sources principales que nous pouvons actuellement explorer sont les sections relatives aux établissement annexés à la cour qui font partie de la grande collection des lois et ordonnances de la dynastie Mantchoue ( Thaï-thsing-hoeï-tien ), et le code des concours, intitulé Ko-tchanq-tiao-li, qui est réimprimé tous les dix ans. La bibliothèque royale possède l’édition donnée vers 1818 de la première collection que je viens de citer. Morrison a inséré de nombreux extraits du code des concours dans l’article Hio, collège ou étude, tome premier de son grand dictionnaire. Il s’est servi de l’édition de 1815, et, comme il le dit lui-même, son travail minutieux est un très-bon guide pour connaître les termes et les phrases qui forment ce que l’on peut appeler le langage actuel des concours; car ces termes ou ces phrases ont subi de fréquentes modifications depuis que les concours ont été institués (1). Je citerai ensuite un recueil de sujets de questions proposées aux candidats, qui a été publié en 1777 sous le titre de Pientchin-louï-khao , et réimprimé avec des additions en 1788. Je donnerai dans mon appendice la table des quatre parties de cet ouvrage dont le style est trèsprétentieux : il embrasse tous les sujets d’étude connus des Chinois , la disposition des constellations , les King , les histoires , la musique , les statuts des con-
(1) La Bibliothèque royale possède un exemplaire du Kn-trhang-tino- If, édition <le 1816.
cours, les lois pénales, l’organisation des différentes branches de l’administration et la géographie. C’est un véritable manuel de l’aspirant au grade de licencié : il est disposé par demandes et réponses, comme la plupart des manuels du baccalauréat français, qui ont l’approbation de notre Université.
En outre, nous avons reconnu que, depuis les Han , les documents offerts par les textes chinois à nos investigations se rapportent spécialement à l’histoire des concours et des grands établissements subventionnés par l’État. Nous savons que les annales officielles fournissent à. peine quelques données sur les écoles élémentaires, destinées à l’instruction des hommes du peuple qui ne prétendent pasaux grades littéraires. Arrivé au terme de mon travail , je tâcherai de réparer cette omission, au moins pour l’époque actuelle, en m’aidant des renseignements réunis par les missionnaires catholiques et par les Anglais résidant à Macao. En général , je puiserai dans les mémoires et les relations de ces hommes laborieux pour compléter mon tableau, en y recueillant quelques traits qui ne se trouvent pas dans les textes chinois dont je puis disposer. Je dois dire aussi immédiatement que , d’après le témoignage de ces textes combiné avec celui des missionnaires et de Morrison , l’organisation de l’instruction publique et des concours, instituée par les Ming, s’est conservée sous les Mantchoux, sans autre modification bien sensible que celle de quelques termes usités dans la langue des concours. Cette remarque préliminaire me conduit naturellement à me restreindre , après l’analyse détaillée que j’ai faite des
ordonnance? de la dynastie Ming, et nous devons moins regretter de ne pas avoir sous les yeux l’ensemble de celles que les souverains Mantchoux ont pu promulguer, relativement au sujet qui nous occupe.
Commençons par les écoles élémentaires; nous passerons ensuite aux collèges d’arrondissement dont les élèves ont le premier degré littéraire , puis aux examens des concours qui donnent les degrés supérieurs, enfin aux collèges littéraires et savants, annexés à la cour impériale. C’est l’ordre que nous avons adopté jusqu’ici dans les diverses parties de notre travail, et c’est celui qui représente le mieux les degrés successifs que doit parcourir l’homme du peuple , pour s’élever aux honneurs littéraires ou aux charges administratives.
Art. I. — Dns écoles primaires, des collèges d'arrondissement, des concours civils et militaires sous la dynastie Mantchoue.
C’est un fait constant que les écoles primaires sont multipliées dans une proportion étonnante sur toute la surface de la Chine. Il n’y a, littéralement, point de village sans école ; et ainsi , quelle que puisse être la difficulté de la langue, un nombre immense de Chinois devient capable de lire et d’écrire. Mais aujourd’hui , comme dans l’antiquité, cet avantage est borné aux individus mâles, qui, seuls, peuvent fréquenter les écoles primaires. Les règles de la décence orientale en éloignent rigoureusement les femmes , et de là résulte que toutes les femmes de la classe pauvre ne savent ni lire ni écrire ; les filles des officiers de l’administration et des hommes riches reçoivent seules quelque instruc-
tinn dans l’intérieur de la maison paternelle. Conséquemment , l’on peut admettre sans exagération que les neuf dixièmes des femmes restent complètement ignorantes. Elles ne doivent s’occuper que des soins du ménage , et se conduire décemment dans leurs rapports avec leurs maris et leurs parents; c’est tout ce que demande d’elles le passage du chapitre N eï-tse du Ei-ki que j’ai cité dans mon premier mémoire (i). I,e mode d’éducation des filles que prescrit ce passage est applicable à toutes les époques de l’histoire chinoise comme au temps actuel. Son texte est développé au i" siècle de notre ère par la sage Pan-hoeï-pan dans ses instructions po'ur l’éducation des filles (2) ; il est répété dans le Sino-liio ou école des enfants, livre composé par le célèbre Tchou-hi vers la fin du xn* siècle (3). Enfin un dernier ouvrage, publié en 1730 sous le titre d’école des femmes, iViu-tiio , ne donne à celles-ci que des préceptes de décence et d’obéissance , confirmés par beaucoup de citations extraites des Kimj , des Ste-chou, et du livre de Pan-hoeï (h).
En considérant les difficultés que nous offre l’étude de la langue chinoise et l’extrême multiplicité des écoles primaires dans tout l’empire , on est surpris d’apprendre qu’aucune de cés écoles n’est subventionnée par l’État. Aujourd’hui, ainsi que dans l’antiquité , l’enseignement primaire est tout à fait libre
(1) Voyei plus haut, premier mémoire, page 31.
(2) Mémoires des missionnaires, tome III , Biographie de Pan-hoeipan.
(3; Duhalde , tome II , page 365 , s dit. in-fol.
(4) CAtne.se reposilnry, décembre 1840. Un article entier est consacré A l'analyse du IViu hio.
Diaiti;
en Chine ; c’est un métier comme un autre , et rien de plus. Celui qui veut ouvrir une école primaire ne subit aucun examen préliminaire ; son succès dépend entièrement de son habileté à enseigner qui lui attire des écoliers et lui procure le moyen de vivre ; seulement cette habileté est contrôlée par un examinateur en tournée que le gouverneur de la province envoie deux fois par an inspecter les maîtres des écoles primaires. Ceux qui ne peuvent subir l’examen sont obligés de fermer leurs écoles (1). Nous avons vu que, sous les Ming, le gouvernement ordonna aux préfets des chefslieux de disposer, par chaque groupe de vingt-cinq maisons, un bâtiment destiné à servir d’école primaire, d’y placer des maîtres instructeurs, et d’y appeler les enfants du peuple (2). Nous avons vu aussi que ce décret ne fut qu’imparfaitement exécuté ; et, en effet , il était inutile , puisque les habitants de chaque localité sentent si bien le besoin de l’instruction primaire qu’ils s’empressent de fonder des écoles et que chaque village a ainsi son école qui se soutient par elle-même. Reconnaissons seulement que les paysans chinois raisonnent certainement mieux à cet égard que les cultivateurs de beaucoup de parties de la France.
Les écoles particulières des villages sont appelées Hlo-kouan. D’après Morrison, qui a résidé plus de vingt ans à Canton , les enfants payent un droit d’entrée la première fois qu’ils viennent à l’école.
(I) Ckinete repository, tome IV, article sur les écoles.
(J) Second mémoire , page 425,
Ce droit varie de 200 Titien à. trois cinquièmes d’once d’argent (1 fr. 50 c. à 5 francs), selon le plus ou moins d’aisance des parents ou tuteurs de l’enfant. En outre , chaque écolier paye , à deux jours fériés de l’année, à la cinquième et à la huitième lune, une petite somme qui varie suivant le nombre des élèves et la concurrence des maîtres. Le prix d’une année d’école, dans les villes, paraît être moyennement de quinze francs (deux onces d’argent) : il est beaucoup moindre dans les campagnes. M. l’abbé Voisin, qui a été huit ans missionnaire dans le Sse-tchouen , m’a affirmé que le prix de l’école de village, dans cette province, ne dépasse pas la valeur de 50 centimes par mois, et que souvent il se borne à quelques livres de riz. Morrison dit que les écoliers chinois ou leurs parents s’engagent toujours pour un an , et non simplement pour un trimestre ou même pour un seul mois , comme cela a lieu dans nos villages. Il ajoute que les Tartares , qui ne tiennent pas autant à l’instruction , ne veulent payer qu’un seul mois à l’avance. Au surplus, comme il n’y a pas de loi à cet égard , le temps de l’engagement peut varier d’une province à une autre. Toutes les écoles sont fermées pendant six semaines, à l’époque du nouvel an, qui commence ordinairement dans la première quinzaine de notre mois de février.
Il existe dans les grandes villes des écoles du soir ( Ye-liio ) que suivent les ouvriers, et qui sont toujours des écoles payantes. L’école élémentaire des soldats, établie à Pelcing , est la seule école primaire défrayée par le gouvernement ; mais cette institution est spéciale
et créée en faveur des familles tartares dont tous les enfants naissent militaires ( I ).
Le système d’enseignement des écoles primaires est à peu près uniforme , autant que l’on peut en juger par les renseignements que nous avons. Dès leur entrée à l’école , les commençants doivent apprendre par cœur le San-tseu-king ou livre des trois mots, lequel se compose de petites phrases , toutes de trois caractères et rimées pour aider la mémoire. Ensuite on leur met entre les mains un autre livre à phrases de quatre caractères, le Ssc-lseu king. Chaque jour, les enfants apprennent par cœur d’abord quatre, ensuite cinq ou six de ces caractères, et les répètent devant le maître plusieurs fois dans la journée. En même temps ils apprennent à écrire, en copiant les caractères au moyen d’un papier transparent.
Les écoles s’ouvrent le matin vers sept ou huit heures. L’étude à haute voix dure jusqu’à midi; alors les enfants sortent de l’école. Ils y rentrent à deux heures pour y rester jusqu’à six. Les punitions sont fréquentes dans les écoles chinoises. Le châtiment le plus ordinaire consiste en un certain nombre de coups de bambou ou de verges. . I - I
Lorsque les écoliers connaissent une quantité sutlisante de caractères , le maître leur met entre les mains les quatre livres moraux , connus sous le nom de Sse-
(1) L'empereur Young-tching , dans son amplification de la sixième maxime de Khang-hi , dit, d'après Meng-tseu , que les écoles sont destinées à l'instruction du peuple en général , et non pas seulement à celle des lettrés. Il ne parle pas de subvention.
chou , lesquels renferment les préceptes de Confucius et de Meng-tseu ; ensuite il leur fait lire les cinq livres sacrés ou King (1) et leur explique le sens des divers passages qu’ils doivent apprendre par cœur. Ce genre d’étude nous semble au-dessus de l’intelligence moyenne des enfants. 11 est évident que le sens doit souvent rester obscur pour eux, même après l’explication du maître ; mais je ne veux pas examiner ici de nouveau le mérite des ouvrages ainsi choisis pour l’enseignement, et rentrer dans la discussion que j’ai déjà abordée dans mon premier mémoire (2). Le fait est que généralement , après six ou huit années d’école , les enfants savent lire et écrire assez couramment pour les besoins de la vie ordinaire. Ceux qui veulent se présenter aux concours littéraires continuent d’étudier pendant un temps beaucoup plus long.
L'arithmétique ne s’enseigne point dans les écoles primaires : nous avons vu que la science du calcul , ou , en d’autres termes, l’arithmétique, fut enseignée dans des écoles spéciales, sous la dynastie des Soung, et professée dans les collèges d’arrondissement , au commencement de la dynastie des Ming. Aujourd’hui cette étude est rejetée hors du càdre de l’enseignement ordinaire. La seule école de calcul , ou , si l’on veut , la seule école de mathématiques, qui existe maintenant en Chine, fait partie du collège impérial. Les jeunes
(1) Je rappelle que les cinq king comprennent VJ'-king, le Chuu-kiuy, le Chi-king , le Li-ki et le Tchun-thsieou.
|2) Voyez pages 77 et suivantes.
gens qui entrent dans le commerce trouvent au comptoir même quelques livres d’arithmétique pratique , et apprennent avec leur secours à se servir de la caisse à boules, dit eSounn-pan, au moyen de laquelle les Chinois exécutent tous leurs calculs.
Telles sont les données les plus certaines que j’ai pu réunir sur les écoles primaires chinoises. J’ajouterai que l’on trouve dans un ouvrage chinois, intitulé Collection complète des joyaux de famille, un règlement d’étude et de discipline à l’usage de ces écoles , lequel fut composé par un lettré de la province de Nan king , vers l’an 1700, sous le règne de l’empereur Khang-hi. Ce règlement ne contient pas moins de cent articles. M. Bazin l’a traduit en entier dans le septième tome de la troisième série du Journal asiatique. Avant lui, Morrison en avaitdonnéquarante-quatrearticles, au caractère Hio de son grand dictionnaire. L’étendue de ce règlement m’empêche de le reproduire ici. Il présente un tableau curieux de la constitution intérieure d’une école chinoise ; mais je ne sais s’il est exactement suivi dans toutes les écoles de l’empire , puisqu’il ne paraît pas avoirété sanctionné par l’autorité. Je ne connais point de règlement officiel des écoles , publié par les Mantchoux; sous ce rapport, ils sont donc inférieurs à leurs prédécesseurs , les Ming , qui avaient publié un règlement général des collèges : nous n’avons pas non plus ce règlement.
L’administration civile de chaque province comprend une division littéraire dirigée par un officier que l’empereur choisit lui-même dans le comité des Han-lin , et qui est appelé directeur de l’enseigne-
ment (1). Il a la haute inspection des collèges bâtis et entretenus par l’État dans chaque chef-lieu de département ou d’arrondissement. A la tête de ces collèges destinés au perfectionnement de l’instruction des Sieou-isaï ou bacheliers, sont des professeurs nommés par le directeur de l’enseignement. Le professeur d’un chef-lieu de département est appelé Hiao-cheou , distributeur d’instruction ; celui d’un arrondissement de premier ordre est appelé correcteur ou conducteur des explications ( Uiun-tao ), et celui d’un arrondissement de deuxième ordre maître des commandements. Nous avons déjà vu ces diverses dénominations sous les Ming. Selon Morrison , ces instituteurs de différents grades sont habituellement désignés par le nom de Lao-sse , le maître âgé ou vénérable. Le directeur de l’enseignement fait sa tournée dans tous les départements et arrondissements de sa province, examine les aspirants et les reçoit élèves des collèges. Ce titre correspond au premier degré littéraire, et l’examen qui le confère est appelé l’examen annuel ( Souï-liluio ) , quoiqu’il n’ait lieu que tous les deux ans.
Cet examen porte sur les principaux sujets d’étude dont se compose l’instruction primaire , savoir : la morale, la langue chinoise ancienne et moderne, la lecture, le genre d’écriture exigé dans les concours et les exercices calligraphiques; l’analyse d’un morceau des quatre livres classiques, suivant le commentaire de Tchou-hi , une composition en style ancien et en
(I) fjio-youen, ou Hio-lching , ou Hio-thaï.
style moderne, l’étude des rites et le chant (1). Les Sieuu-isaï, ou élèves titulaires des collèges, sont tenus de se présenter de nouveau à ce même examen et de répondre aux questions du directeur de l’enseignement pour montrer qu’ils n’ont rien perdu de leur savoir. S’ils manquent à cette formalité , la loi les condamne à perdre leur rang et à être effacés de la liste ; mais ils obtiennent fréquemment des dispenses pour cause de maladie, de deuil, ou de voyage motivé par le désir de s’instruire (2).
Nous avons vu les décrets promulgués par les Ming pour maintenir l’ordre dans les collèges de province et obliger les élèves titulaires à en suivre régulièrement les cours ; mais leurs efforts ont été inutiles. Depuis que l’expérience a prouvé aux élèves que leur sort dépendait uniquement du résultat de l’examen du directeur de renseignement, ils ne viennent régulièrement au collège qu’à l’époque de sa tournée , et travaillent chez eux avec des manuels analogues à celui dont on trouvera la table dans l’appendice joint à ce mémoire. Ils peuvent aussi fréquenter les bibliothèques publiques qui existent dans la plupart des chefs-lieux. Us se préparent ainsi à l’examen du deuxième degré. Le professeur du collège remplit négligemment son devoir, et souvent il se fait suppléer.
Les Sieou-isdi qui veulent s’élever au deuxième grade littéraire doivent subir d’abord l’examen de capacité
(1) Traduction du règlement des écoles primaires, par M. Bazin. Journal asiatique , 3' série , tome VII.
(2) Dixième chapitre du code des concours , traduit par Morrison , première partie , page 764.
(Ko-kiu) devant le directeur de l’enseignement, et peuvent seulement se présenter dans la province où leur famille habite depuis trois générations. Cet examen préliminaire détermine le nombre des Sieoulsaî qui sont jugés capables de se présenter à l’examen de licence , désigné toujours par le nom ancien de Hiany-clii , examen de district. Tous ceux qui sont médiocres ne peuvent se faire admettre comme candidats, et la liste se trouve ainsi considérablement réduite. Les examens de licence s’ouvrent tous les trois ans dans la capitale de chaque province. Il y a aussi quelquefois des examens extraordinaires autorisés par un décret spécial de l’empereur. Tous sont présidés par deux commissaires impériaux envoyés de la cour impériale, comme sous les Ming : l'un a le titre de président du concours ( Tchou-khao ) ; l’autre a le titre de vice-président. On les appelle aussi Kliao-kouan , ofliciers supérieurs des concours. Ils ont sous leurs ordres des examinateurs assistants, désignés par les noms que nous avons déjà vus, Tlnung-khao-kouan , Fang-kouan et Fan g -sue. Ceux-ci sont généralement choisis parmi les hauts officiers de la province. En outre , comme les candidats sont encore très-nombreux , malgré le triage de l’examen préparatoire, un nombre assez considérable d’officiers ou d’employés de tout rang sont attachés aux opérations du concours , avec des fonctions spéciales. On compte parmi eux un inspecteur, un agent principal , un surveillant en chef de la salle du concours, des gardes répartis dans la cour intérieure et la cour extérieure, et de plus trente employés dont les uns réunissent les compositions, tandis que d’autres sont chargés
de sceller et couvrir de colle l’angle du papier où est le nom du- candidat , ce nom devant rester inconnu jusqu’au classement définitif de sa composition. Une autre série de ces mêmes employés copie les compositions, afin que l’examinateur ne puisse jamais reconnaître l’écriture d’un concurrent , et une quatrième série collationne soigneusement la copie et l’original. On se rappelle que ces mesures de précaution datent du temps des Soung. Tous ces officiers ou employés agissent sous la direction des examinateurs en chef et des examinateurs assistants : ils sont appelés à délibérer avec eux sur les cas extraordinaires qui exigeraient un rapport spécial à l’empereur.
Le nombre des individus ainsi attachés au concours provincial de la ville de Pe-king paraît dépasser le chiffre de mille. Une foule de précautions minutieuses sont prises pour éviter les fraudes de toute nature. Les personnes qui voudront les connaître peuvent consulter les différents paragraphes de l’article llio , première partie du dictionnaire de Morrison , ou remonter directement à l’édition du code des concours ( Ko-idianyliao-li ) qui existe dans la collection chinoise de la Bibliothèque royale.
On lit encore dans ce même article de Morrison , page 762 : « D’après plusieurs décrets rendus sous la dynastie actuelle et insérés textuellement dans le code des concours , les souverains mantchoux se montrèrent d’abord peu favorables à la hiérarchie littéraire ; ils n’approuvèrent pas l’orgueil des lettrés Chinois qui prétendent diriger sans contrôle l’intelligence de la nation et les pensées du souverain. » Comme première
preuve de cette assertion, Mprrison note qu’en 1645, un seul licencié fut reçu dans la province de Petchi-li , sur un total de trente candidats admis au concours de cette année; mais on peut dire que l’année 1645 n’était que la seconde du règne de Chun-hi, le premier empereur mantchou , et que les concours n’étaient pas encore bien réorganisés , à cette époque si voisine des troubles qui avaient précédé son avènement. I.e père de Chun-hi, Thaï-tsoung, s’était montré favorable à cette institution. L’an 1634, huit ans avant d’entrer en Chine, il fit ouvrir dans ses États des concours littéraires, d’où sortirent, suivant Mailla, cent quatre-vingt-un gradués du premier degré , trente et un du second, et seize du troisième. Thaï-tsoung fonda en outre des collèges pour l’enseignement des trois langues mantchoue, mongole et chinoise. Le second exemple cité par Morrison est plus précis : c’est un décret par lequel l’empereur Young-tching suspendit, en 1726, les concours littéraires de la province de Tche-kiang sur un rapport fait contre deux lettrés qui s’étaient permis dans leurs compositions de mal parler de son père, l’empereur Khang-hi. « On doit se sou- » venir, dit Young-tching , qu’en subventionnant les » lettrés , l’État n’a pas pour but d’exciter le talent lit- » téraire qui est inutile , mais d’inspirer au peuple le » respect qu'il doit aux princes et aux ancêtres. » C’est ce même Young-tching qui , en 1724, a fait une amplification spéciale des maximes contenues dans l’édit sacré de l’empereur Khang-hi , et il y développe entre autres celle-ci : * Honorez le savoir littéraire pour en- » courager les progrès des étudiants. » Il vante le zèle
de son père pour l’amélioration des collèges et de l’instruction publique ; il déclare que les lettrés forment la tête des quatre classes de la population ; il cite les heureux résultats obtenus par les anciens promoteurs de l’enseignement des King , Wen-ong du pays de Chou , Hou-youen de Hou-tcheou , et définit le véritable lettré en disant qu’il ne doit pas être seulement habile dans les études littéraires , qu’il doit avoir une conduite irréprochable, de manière à se montrer digne de servir l’État. Cette pensée n’est pas éloignée de celle qui a motivé le décret de suspension de l’an 4726 : car ce décret reproche aux candidats du Tche-kiang de s’occuper uniquement de pure littérature , au lieu d’étudier les principes de la morale et de l’administration. Young-tching les punit en les privant.du droit de concourir pour l’admission aux charges du gouvernement. En 1785, l’empereur Khien-loung signale de même dans un décret l’incapacité ordinaire des lettrés appelés par la voie des concours aux places administratives. Il se plaint de voir souvent confier ces places à des sujets qui n’ont ni le savoir ni le talent nécessaires ; il enjoint aux gouverneurs et autres grands fonctionnaires de rechercher les lettrés habiles qui, par modestie, n’osent pas faire des démarches pour obtenir un emploi , et de les diriger aux frais de l’État vers la capitale où l’empereur leur donnera des places proportionnées à leur mérite (1). Un autre décret du même Khien-loung est adressé au gouverneur de Formose qui réclamait quelque indulgence pour les candidats peu
(1) Chines» repnnitory; 1840. Pane 261 : Extrait d'une lettre d’Amvot.
instruits de cette île à demi-sauvage : il lui recommande de surveiller au contraire avec le plus grand soin l’ac complissement des trois épreuves des concours , afin que le gouvernement ne se trouve pas embarrassé par la foule des prétendants au titre de lettré (1).
En général , il paraît constant que les lettrés actuels passent leur temps à se former aux arguties du style des concours plutôt qu'à l’étude raisonnée des sujets proposés. Il paraît hors de doute que bien peu d’entre eux cherchent à approfondir le sens moral des livres sacrés, comme le recommandaient Confucius et ses disciples, comme le faisaient les lettrés du temps des Han. Vraisemblablement , à mesure que l’institution des concours a fait surgir un plus grand nombre de candidats , cette analyse pénible a rebuté les concurrents et les examinateurs. Nous avons vu que, dès le commencement de la dynastie Thang , on se bornait dans les examens à demander le sens général de quelques passages des Ring. Nous devons nous rappeler aussi que les épreuves par la poésie ont été fort en vogue à cette époque et sous les Soung. Les collèges des provinces , où les anciennes études pouvaient être maintenues par un enseignement régulier, ont subi une décadence progressive , pendant que l’institution des concours acquérait une plus grande importance d’année en année. Alors les candidats n’ont plus travaillé que pour les examens, et le métier l’a emporté sur le zèle pour les véritables études, telles que lescon-
(1) Morrison , tome I de la pr mière partie , page 7C1 , an caractère Mo.
cevaient les anciens sages et les anciens savants chinois (1).
J’ai dit plus haut que le concours pour la licence ou le second degré littéraire s’ouvre tous les trois ans dans la capitale de chaque province , et le même jour pour tout l’empire. Il dure de vingt-cinq à trente jours, et se compose de trois épreuves, outre celles de l’examen préliminaire qui fixe le nombre des Sieou-isaï capables de concourir. Un article du Chinese Repository (2), dont je vais traduire une partie , suffira pour nous donner une idée de cette solennité, sans nous perdre dans les détails extraits du code des concours par Morrison , et consignés dans la première partie de son grand Dictionnaire , au caractère Hio.
« Les deux examinateurs choisis par l’empereur pour » présider les concours de chaque capitale de province » partent de la capitale impériale cinq jours après leur » nomination et voyagent aux frais de l’État. Ceux qui » se rendent à Canton reçoivent 600 onces (4,200 fr.) » de frais de route. Deux cents onces leur sont remises » à leur départ , et ils touchent le surplus des mains » du gouverneur de la province , après que le concours * est terminé. Ils sont secondés par dix examinateurs » assistants et par un grand nombre d’inspecteurs, » gardes ou employés ( que j’ai déjà énumérés). Ces » officiers, ainsi que les candidats, se rassemblent au » palais des concours ( Kong ■ youen ). La principale
(1) Morrison, tome I de la première partie, page 758, au caractère Hio.
(3) Chinete repository , tome III , page 263 , année 1836.
• partie de ce palais se compose d’une immense salle » divisée en un grand nombre de loges ayant chacune » une seule entrée, une chaise ou une planche pour » s’asseoir, et une petite tablette pour écrire. Toutes ■ sont larges de quatre pieds sur trois, et ont à peu » près la hauteur d’un homme. Ce sont les loges des » candidats (1)..
» On compte ordinairement sept à huit mille candi- » dats pour la seule province de Kouang-toung. Tous » ont le rang de Sieou-tsài qu’ils ont obtenu aux exa- » mens d’arrondissement ou qu’ils ont acheté en payant » à l’État une somme d’argent. Ceux-ci sont méprisés » par les autres. » Nous voyons déjà, par la mention de ces achats de titres littéraires , que le gouvernement, mantchou a conservé l’esprit fiscal des derniers temps de la dynastie Ming.
« Les Sieou-isai qui n’ont pas été rejetés à l'examen - préliminaire ( Ko-kiu ) se réunissent à la huitième » lune et entrent dans la salle du concours , après s’être » fait inscrire au bureau du directeur de l’enseigne- » ment de la province. La liste de ce directeur doit » indiquer l’âge , la figure , le domicile et la famille de » chaque candidat. Une copie de cette liste est dépo- . sée au bureau du Fou-ijouen ou sous -gouverneur. » Les candidats peuvent seulement se présenter au
* concours de la province où ils sont nés , et doivent » prouver que leurs familles y résident depuis trois » générations. Ceux qui fourniraient une fausse note
(1) Chinese repository , tonie I, pape 484. Extrait de l’ouvrage d’AIvarez Seniedo.
• de leur famille ou lieu de naissance seraient immé- » diatement chassés et dégradés.
» Le concours dure plusieurs jours. La première » épreuve a lieu le neuvième jour de la huitième lune ; » la seconde le douzième , et la troisième le quinzième » jour. Les candidats entrent dans leurs loges le soir du » jour qui précède chaque épreuve , et ne les quittent » que le matin du jour qui la suit , de sorte qu’ils restent
* assis à la même place pendant un jour et deux nuits.
» Ils sont de plus exposés à la fumée de la cuisine que « l’on fait pour les nourrir , et souvent ils ne peuvent » résister à la fatigue de cette situation gênée A la » première épreuve, ils composent sur trois sujets ex- » traits des quatre livres classiques ( Sse-chou ) , et font » une pièce en vers rimés, de cinq caractères. A la » seconde , ils s’exercent sur cinq sujets , dont chacun » est tiré de l’un des cinq King. Enfin , à la troisième , » ils doivent traiter cinq questions relatives à l’éco- » nomie historique ou politique de la Chine. » Nous retrouvons encore ici les sujets de composition proposés habituellement sous les Ming. La table du Manuel, insérée dans l’appendice de ce Mémoire, note III, montrera la nature des questions de la troisième épreuve ; elles remplissent la quatrième partie de ce Manuel.
« Le papier sur lequel les compositions sont écrites » est fourni par les manufactures impériales, et con- » trôlé au bureau du haut commissaire du département » administratif (1). 11 est ferme, épais, et divisé par des
(1) Pou-tehing->se. Voyez la no>e II de l'appendice cl le Chtnett repofilorÿ, tome IV, sur l’Organisation du gouvernement de chaque prodact.
» lignes verticales et horizontales en petits carrés dont » chacun doit contenir un caractère. Son prix est fixé » par l’autorité. Comme sous les Ming , l’étendue de » chaque composition est limitée à un certain nombre » de caractères qui , tous , doivent être tracés correcte- » ment. En conséquence , le candidat doit noter à » chaque feuille combien il a écrit de caractères fautifs,
» et s’il y en a plus d’une centaine , il est exclu du » concours. Ordinairement, aux examens qui se font à » Canton , cent concurrents sont rejetés pour ces fautes » d’écriture.
» Les candidats doivent se comporter décemment » pendant le concours, et ne peuvent communiquer » avec personne, les jours des épreuves. En entrant » dans la salle, ils doivent écrire leurs noms sur un » registre : si l’on découvre qu’un faux nom a été » écrit , l’officier qui tient le registre est traduit devant » une cour d’enquête (1). En outre, chaque candidat » est fouillé à son entrée , et si l’on surprend sur lui la » moindre pièce composée à l’avance, s’il apporte un » exemplaire des livres sacrés ou des livres moraux , la » loi le condamne à porter la cangue, à être dégradé » du rang de Sieou-tsnt et déclaré incapable de con- » courir (2).
» Lorsque les compositions de chaque épreuve sont » achevées (3) , elles sont remises à des officiers spé- » ciaux qui les font transcrire en encre rouge par des
(1) Secilon XLV1I du Code des Concours. (5) Section XLVIII du Code des concours. (5) Chine» repotilory, tome I , page 48J
» copistes , afin que les examinateurs ne puissent re- » connaître la main d’aucun des concurrents. Les can- » didals sont libres de leur temps, pendant que la com •
* mission juge les compositions de chaque épreuve. » Quand ce jugement partiel est terminé, un tableau » des noms de ceux qui ont commis des fautes est af- » fiché sur le mur extérieur de la salle et les avertit de » se retirer du concours.
» Tous les objets qui servent aux candidats sont sé- » vèrement contrôlés , et de même on surveille tous les » officiers, les copistes, les porteurs. Une garde mili- » taire est établie jour et nuit dans les cours extérieure » et intérieure de la salle du concours. Toute espèce » de fraude est punie avec la plus grande rigueur.
» Quand la dernière épreuve est terminée , on ferme » la salle pendant vingt-cinq jours, et les examinateurs » se réunissent en séance pour rendre le jugement dé- » finitif, qui n’admet qu’un très-petit nombre de can-
• didats au grade désiré. Ainsi , sur les milliers de » candidats qui concourent à Canton, il n’y en a que » soixante et onze qui peuvent obtenir le grade de » hiu-jin ou de licencié. Les vingt-cinq jours étant » écoulés , la liste des candidats couronnés est portée » au bureau du sous-gouverneur, Fou-youen. A une » heure marquée , on tire trois coups de canon. La liste i est exposée aux yeux du public, et les noms sont pro- » clamés à haute voix. Le sous-gouverneur, qui est » sorti de son palais en même temps que la liste , fait » trois salutations à chaque nom proclamé , et se retire » avec une autre salve de trois coups de canon. Les » nouveaux licenciés reçoivent de lui le chapeau, la
» robe et les bottines, insignes de leur grade, et vont » remercier le président examinateur, qui les reçoit » debout et les traite en égaux (1). »
On doit remarquer que le nombre ici indiqué pour la liste des licenciés nommés à chaque concours du Kouang-toung est à très-peu près celui qui avait été fixé en 1582 , sous la dynastie Ming. La population actuelle de cette province s’élève à près de vingt millions d’individus , d’après le recensement de 1815 , rapporté par le Thdirilising-hnéî-iien. Elle a doublé depuis les Ming , et cependant elle n’a pas droit à un plus grand nombre de places de licenciés. Eh 1735 , Duhalde évalue à soixante le nombre des licenciés reçus à chaque concours dans la province de Kiang-si, qui avait une liste de quatre-vingt-cinq numéros au plus en 1582. Ainsi , nous pouvons présumer que le nombre des licenciés pour chaque province est peu différent de ce qu’il était vers la fin de la dynastie Ming.
Les concours généraux pour le grade de Tsin-sse ou doctorat s’ouvrent à Pe-king tous les trois ans, comme les concours de licence ; mais ils sont répartis dans des années différentes. En général , sur une période de douze ans, les concours de licence ou provinciaux ont lieu les 1", 4% 7* et 9' années; les concours généraux ou concours du doctorat ont lieu les 2e, 5*, 8* et 11* années. Nous avons vu que ce règlement date du premier empereur Ming. En dehors de ces époques, l’empereur peut ordonner des concours ex-
(1) Le licencié reçoit une subvention et jouit, entre autres privilèges, du droit de ne pouvoir être bétonné en justice.
traordinaires, soit dans les provinces , soit dans la capitale, s’il reconnaît qu’il n’y a pas assez de gradués disponibles pour les services publics (1).
Les licenciés ( Kiu-jin ), qui n’ont pas accepté de charges administratives, sont seuls admis à concourir pour le grade de Tsm-sse. En conséquence , à l’époque du concours général , ils se rendent à Pe-king de toutes les parties de l’empire avec un certificat du préfet de leur arrondissement, contrôlé par le haut commissaire du département administratif, et destiné à constater leur identité (2). Ils portent ce certificat au ministère des rites , se font reconnaître et sont admis à concourir. Il leur est alloué une subvention de route proportionnée à la distance , mais elle est tout à fait insuffisante : par exemple, elle est de 20 onces d’argent ou 1 50 francs pour la distance de Canton à Pe-king ; et les frais de ce long voyage , joints au prix d’habillements plus chauds que le candidat doit acheter pour endurer l’hiver du nord , s’élèvent au moins à 1,500 fr. Les licenciés des provinces éloignées, telles que le Yun-nan, le Koueï-tcheou , ont le droit de se servir, sans payer, des chevaux de poste de l’État (3).
Le concours général est dirigé suivant les mêmes principes et entouré des mêmes précautions que les concours de province. Seulement, les examinateurs sont d’un ordre plus élevé : ce sont toujours des membres du comité des Han-lin , des conseillers du ministère
(1) Seclion II du Code des concours.
(2) Section XII du Code des concours.
(3) Sections XVI et XVII du Code des concours.
des rites ; les sujets proposés sont plus difficiles à traiter, et le style des compositions doit avoir encore plus de pureté et d’élégance. Pour d’autres détails, je renverrai à ce que j’ai déjà dit en traitant des concours généraux sous la dynastie Ming. Duhalde et les missionnaires disent que l’on nomme à chaque concours général environ 300 docteurs. C’est le chifl're moyen des derniers temps de cette même dynastie.
Voici le tableau complet de la série d’examens ou concours offerts à l’ambition du bachelier Sieouisaï :
1° Examen préparatoire , constatant la capacité du Sieou-tsaï à se porter candidat au grade de licencié ( Kiu-jin ).
2° Concours provincial pour ce grade de licencié. Il a lieu dans la capitale de chaque province.
3° Concours général pour le grade de docteur ( Tsin-sse ). Il n’a lieu que dans la capitale impériale. Comme sous les Ming, le premier de la liste des docteurs reçus est nommé Tchoang-youen, le second Puugyouen, le troisième Tlian~lioa. Ensemble, on les appelle les disciples de l’empereur ( Thi?n-t$eu-men seng) .
h° Concours dans le palais impérial pour obtenir le grade de membre du comité littéraire des Han-lin. Les docteurs qui se présentent à ce concours se consacrent aux études purement littéraires, et n’ont exercé aucun emploi administratif. Ils sont examinés par le président ou le vice-président du ministère des rites , qui a la direction générale de l’instruction publique.
5" Concours devant l’empereur pour être du premier
ou deuxième rang dans le comité des Han-lin (1).
Telle est l’échelle des concours institués par les règlements officiels pour arriver aux charges et dignités. Les lettrés qui se bornent au grade de licencié peuvent entrer dans les offices des provinces et s’élever, par leurs services administratifs , jusqu’aux charges de la cour. Ceux qui continuent de suivre la carrière littéraire et obtiennent le grade de docteurs, sont aptes à remplir les charges les plus importantes de l’empire et jouissent de très- beaux appointements s’ils entrent au comité des Han-lin. Quelquefois aussi, ils se négligent et sont punis par l’empereur. Ainsi Khang-hi , mécontent de voir qu’il ne se publiait pas assez de livres sous son règne, s’en prit à l’inertie des Tsin-sse et ordonna qu’ils subiraient un nouvel examen pour constater l’état de leur instruction. Ces examens, imposés à des hommes déjà âgés et revêtus d’un haut caractère ofliciel, nous paraissent quelque peu singuliers; mais, en Chine, la volonté impériale est sacrée, et tout le monde doit s’y soumettre (1).
La grande majorité des candidats refusés au concours de licence continue d’étudier et se présente de nouveau. On cite un candidat qui , à l’âge de près de 80 ans , fit AO lieues pour se présenter au concours littéraire. L’empereur Khien-long, à l’occasion d’une fête qu’il donna aux vieillards en 1785 , eut pitié de ces vieux candidats , et déclara que les Sieuu-tsaï âgés
(1) Ces divers examens ou concours ont en chinois les dénominations suivantes : Ko-kiu, Hiang-chi, Hoei-chi , Tien-chi , Tchao-khao. Voyes Duhalde , tome II , page 250 et suivantes; édit. in-Col.
(2) Duhalde, tome II, page 258; édit, in-fol.
de 70 ans recevraient le grade de licencié par un acte spécial , émané de la faveur impériale (1).
Si l’on doit penser que les hauts grades littéraires ne sont conférés qu’au mérite constaté suivant la règle officielle , nous savons déjà , par l’article du Cliinesc reposilory sur le concours de Canton , que le gouvernement tolère la vente des titres inférieurs qui préparent l’entrée aux places de l’administration. La vu* section du code des concours distingue entre les Sieou-isaï et les Kiu-jin une classe particulière de gradués appelés Kong-seng et Kien-seng (2). « Les Kong-seng, dit Morrison, sont des Sieou-tsaï de premier ordre; les Kien-seng sont des Sieou-lsai qui ont acheté leur grade en payant un droit au gouvernement. Le Kong-seng peut être nommé de six manières : 1° par un décret spécial du souverain ; 2° par un choix de mérite , fait tous les douze ans dans chaque arrondissement de 2' ordre ou Hien ; 3° par un autre choix fait dans les collèges à des époques déterminées; h" comme supplémentaire de la liste des licenciés; 5" par un certificat de bonne conduite que le professeur de chaque collège peut délivrer aux élèves après trois ans d’élude ; 6° enfin , en payant une certaine rétribution admise par la loi. » Ainsi , le grade de Kong-seng peut être acheté
(1) Chinese repositnry, tome IV, page 118,
(2) Morrison , au caractère Hio , page 762 de la première partie de son dictionnaire. Je ne traduis pas ces titres, dont le premier signifie littéralement élève de promotion , et le second élève examiné ou du collège impérial. Le nom de Koung-seng se trouve dans les premières ordonnances des Soung (Kou-tcen-youeti-kien) et dans celles des Ming (continuation de Ma-touan-lin , kiv. XXXV, fol. 1). Celui de Kien-seng se lit dans la même continuation , kir. XXXVI , fol. 31, v.
comme celui de Kien-seng , et ces deux dénominations
se confondent souvent dans la réalité.
Après avoir subi certains examens qui ne sont pas bien définis par le code des concours , la plupart de ces Kong-seny et Kien-seng sont admis au collège impérial de Pe-king ; ils peuvent aussi se présenter au concours provincial de cette ville. Ceux d’entre eux qui ont acheté ces deux sortes de titres, et c’est le cas le plus ordinaire , doivent se faire d’abord enregistrer au concours pour le collège impérial , qu’ils soient fils d’oiïiciers ou d’hommes du peuple. Le code recommande d’examiner soigneusement leur style et leur écriture, lorsqu’ils se présentent au concours de licence , et de vérifier s’ils ont réellement du mérite , quoiqu’ils n’aient pas acquis leur grade par la voie directe des examens de premier ordre ; mais cette sévérité de la loi doit sans doute être adoucie le plus souvent par des cadeaux remis aux examinateurs, par des recommandations ou par de nouvelles cessions de terres ou de numéraire, faites au gouvernement. Je reparlerai plus loin de ces abus, qui paraissent assez fréquents aujourd’hui.
Nous avons vu que les Ming avaient fondé dans leur capitale un collège spécial , destiné à l’éducation purement militaire, et réservé aux fils des officiers de certain rang : nous avons vu qu’ils avaient aussi établi des collèges semblables dans les garnisons de la frontière du Nord. La dynastie actuelle a conservé et développé ce système d’éducation ; il existe à Pe-king un collège militaire, entretenu aux frais de l’État, et dont les élèves sont les enfants des officiers et soldats
mantchoux, mongols et chinois, de la garde impériale. L’instruction littéraire n’y est pas plus forte que celle des écoles primaires ; mais les élèves sont régulièrement exercés au tir de l’arc et apprennent h monter à cheval. Les gymnases militaires sont cités d’une manière spéciale par l’empereur Young-tching dans son explication de la sixième maxime de Khang-hi sur l’importance de l’instruction publique. Young-tching distingue deux espèces de collèges pour les jeunes gens qui se destinent aux services civils ou militaires (1) : t Les premiers de ces établissements, dit-il , sont con- » sacrés à l’étude de la littérature , des lois, de l’admi- » nistration ; les seconds sont des gymnases spéciale- » ment affectés aux exercices militaires. » Par un rescrit du 23 avril 1800, l’empereur Kia-king a refusé d’autoriser la création de collèges littéraires et de salles des concours en Tartarie. II déclare dans ce rescrit que la profession des armes convient mieux que toute occupation sédentaire au caractère des habitants de ce pays , et dit que la jeunesse tartare négligerait les exercices de l’arc et de l’équitation , si trop d’encouragement était donné aux études littéraires (2).
Les empereurs mantchoux se sont donc efforcés de maintenir parmi les hommes de leur nation l’esprit militaire, qui peut seul leur conserver la possession de la Chine; et pour que les Tartares, voués au métier des armes , ne se trouvassent pas au-dessous des Chinois ,
(IJ Voyez la traduction de l'édit sacré par Mllne, page 113,
(2) Voyez la traduction du Code pénal , par sir G. Slauudon, note XII de l’appendice.
maîtres de la hiérarchie des grades littéraires, ils ont institué des concours et grades militaires sur le modèle exact des concours et grades pour les emplois civils. Nous rappellerons que le germe de cette institution existait sous les Ming, qui avaient aussi des Kiu-jin et des Tsin-sse militaires.
« Le 27 octobre 1832 , dit le Canton register, une » salve de neuf pétards annonça la proclamation des «noms de quarante-neuf candidats, choisis entre plu- » sieurs milliers d’aspirants au grade de Kiu-jin ou licencié militaire. Tous ont satisfait aux épreuves exi- «gées, soit pour le maniement de la lance, soit pour le » tir de l’arc à pied et à cheval. Le plus âgé des candi- » dats reçus avait 49 ans et le plus jeune 17. »
M. Ellis, attaché à l’ambassade de lord Amherst en 1817, a eu l’occasion d’assister à l’un de ces concoure militaires, en passant à Nan-tchang-fou , capitale du Kiang-si , et il le décrit page 94, vol II, du journal de l’ambassade.
Les aspirants au grade de Tsin-sse militaire doivent, comme les aspirants au grade de Tsin-sse civil , se rendre à la capitale impériale et se présenter au concours général ouvert pour ce grade. De même encore , l’empereur préside le concours qui élève aux honneurs supérieurs de la profession militaire.
D’après la section VII du code des concours , les jeunes gens admis dans les collèges militaires et recommandés par leurs professeurs comme ayant une bonne conduite, sont autorisés à permuter d’études et à entrer au collège impérial pour y suivre la carrière littéraire ou administrative avec le grade de Kien-seng ; mais ,
une fois ce changement opéré , l’élève ne peut retourner au collège militaire qu’il a quitté , et s’il a acheté le titre de Kien-seny, il ne peut plus le céder (1).
Les membres de la famille impériale sont euxmêmes obligés de subir un examen particulier pour être reconnus admissibles aux charges administratives ; mais, d’après Morrison , cet examen n’est qu’une pure formalité, presque dérisoire. Souvent les compositions sont faites par un autre que le candidat, et l’examen se tient presque en secret (2).
Plusieurs rapports du premier ministre , insérés en 1829 et 1830 dans la Gazette de Pe-king, montrent qu’il y a aussi des examens réguliers pour les places de traducteurs du russe ou du mantchou en chinois qui sont attachées à la cour. Ainsi, le gouvernement paraît faire toutes les applications possibles du système des concours et des examens (3).
Art. 2. — Des collèges de littérature et de science annexés & la cour impériale des Mautchoux.
Passons maintenant à la discussion des documents qui peuvent se rapporter au comité des Han-lin, au collège impérial et aux établissements scientifiques annexés à la cour. Ils nous sont offerts par les kiven LV, LXI, LXII, LXIV de la grande collection des lois et ordonnances des empereurs mantchoux, Thaï thsinr/hoeï-tien. J’ai déjà cité, en tête de ce paragraphe, cette
(1) Voyez aussi le klv. LXI, fol. 5 du Thdi-thsiny-hoeï-tien.
(2) Section III du Code des concours. Morrison, part. I , page 760.
(3) Chinese repository, tome IV, page 126.
collection importante, dont la dernière édition, publiée vers 1818, existe à la bibliothèque royale de Paris. Elle nous servira de guide pour notre nouvelle recherche.
Le Han-lin-youen , littéralement comité de la forêt de pinceaux , est connu en Europe sous le nom d’ Académie impériale de Pe king , parce qu’il est composé des plus savants docteurs ou Tsin-sse. Nous l’avons vu naître au vin' siècle sous Hiouen-tsoung , de la dynastie Thang , qui voulut avoir près de lui un comité de savants pour l’éclairer sur les difficultés de la langue ou de la littérature. Nous l’avons vu sous les Soung préposé à la haute surveillance des études consacrées. Aujourd’hui, comme sous les Ming, les premiers Tsin-sse sont admis au comité des Han- lin pour revoir les actes officiels et faire des extraits des livres publiés. Les examinateurs des concours sont choisis parmi ses membres, qui ont ainsi des rapports fréquents avec le ministère des rites , spécialement chargé de la direction des concours et de l’instruction publique. D’après les termes de son règlement (1) , « le comité des Han-lin doit pré- » parer divers documents officiels et écrire l'histoire du «temps, ainsi que d’autres ouvrages. Ses chefs et ses » membres doivent exciter le développement de l’in- » structiori parmi les hommes des diverses classes de la «population , afin de les préparer à la gestion desem- » plois et les rendre dignes d’être présentés au choix du » souverain. » Les principaux officiers de ce comité sont deux présidents, Tchang-ijouen hio-sse, littéralement
(t) 7'hnï-th>ing-hoeï-tien, kiv. LV, fol. l.
savants gouvernant le comité, l’un mantchoap l’autre chinois. Ils surveillent les travaux des gradués attachés au comité , reçoivent les docteurs ou Tsin-sse du concours général, et soumettent leur liste à l’approbation de l’empereur. Us assistent également aux examens d’ordre supérieur qui ont lieu devant l’empereur en personne. Deux fois par an, ils lui présentent une liste d’officiers littéraires, parmi lesquels il peut choisir des orateurs pour les solennités régulières. Les fonctions de ces orateurs consistent à préparer des morceaux de littérature destinés à être lus en public , à traduire du mantchouen chinois et vice versa des essais littéraires, écrits par l’empereur, et à lire ces traductions devant lui. Le llan-lin youen comprend en outre des aidesavants lecteurs, des aide savants orateurs, puis des lecteursetdesorateurs suppléants, au nombre de cinq pour chacune de ces dénominations, savoir trois Mantchoux et deux Chinois. Ils ont pour fonctions de préparer à l’impression tous les ouvrages dont la publication est permise par le gouvernement. A certaines époques, lorsque l’empereur fait ouvrir les concours extraordinaires, ces officiers subissent un nouvel examen où l’on éprouve leurs connaissances littéraires, et s’ils ne sont point placés assez haut sur la liste des candidats agréés, ils sont exposés à descendre de leur rang, ou même à être destitués de leur emploi. Plusieurs bureaux dépendent du comité des Han-lin. Tous sont composés d’un nombre égal de Mantchoux et de Chinois, qui rédigent des mémoires et notes pour l’empereur, copient et revoient les ouvrages publiés aux frais de l’État. Parmi ces bureaux se trouve celui des Teliou-ki -
sse , que nous avons déjà vus sous les Ming, et qui s’exercent à la rédaction des actes officiels.
Vingt-deux membres sont choisis à tour de rôle pour accompagner l’empereur dans les solennités publiques. Cette commission , appelée Ki-kiu-tcliou- Icouan , est composée constamment de dix Mantchoux et de douze Chinois : elle est chargée de noter ce qui est dit et fait par le souverain dans ces solennités. Le comité des Han-lin a dans sa dépendance la section ou le bureau des historiographes qui , suivant l’antique usage , rédige et met en ordre les annales de la dynastie régnante, plus un autre comité nommé Tchensse-fou , lequel s’occupe de la composition de certains mémoires et de la révision d’ouvrages autorisés pour l’impression par le gouvernement. Ce comité secondaire n’est , comme on le voit , qu’une subdivision du comité général des Han-lin , dont il partage les travaux. Plus d’une fois, il a été réuni au comité général, et s’est confondu avec lui ; ensuite il en a été séparé. L’éducation de la famille impériale paraît faire accidentellement partie de ses attributions. Ses officiers sont deux principaux Tclien-sse, et deux adjoints Chuoichcn-sse. Leurs places , comme celles de tous les comités de l’administration supérieure, sont partagées entre des individus de race mantchoue et de race chinoise.
Telle est la constitution du célèbre comité des Hanlin qui est astreint à des travaux réguliers pour le gouvernement , et participe ainsi très-peu de la liberté dont jouissent nos académies européennes. Au-dessous de lui se classent le collège impérial , le collège
de l’astronomie et le grand comité médical , qui forment les trois établissements scientifiques et littéraires dépendant immédiatement de la cour.
Le collège impérial est gouverné par un surintendant , chinois ou mantchou , et choisi parmi les présidents ou vice-présidents des deux conseils auliques et des six ministères. Ce gouverneur a sous lui deux recteurs ou Tsi-thsieou, l’un mantchou, l’autre chinois , et trois préposés aux leçons ( Sse-nie ) , un mantchou , un mongol , un chinois. Tous doivent s’occuper de la direction des ét udes du collège et de l’instruction de ses élèves, qui sont divisés en trois séries, sous les noms de Koung-seng , Kien-snuj , Hio-seny (1). Le texte du Thcn-lsing-hoei-iien reproduit les six modes pour obtenir le grade de Kong-seng , que nous a déjà présenté le code des concours, depuis l’admission par décret impérial jusqu’à l’admission par achat de ce titre. Il divise de même les Kien-seng en quatre sections. Il distingue d’une part les élèves admis par décret impérial ou par protection , comme fils d’officiers civils au moins du troisième rang à la cour, du quatrième rang dans les provinces, ou d’officiers militaires du premier au deuxième rang , et d’autre part , les élèves admis sur un certificat de bonne conduite que délivrent les professeurs des collèges civils et même des écoles militaires , ou sur la quittance du droit prescrit. Cette
(1) Thaï-lhsing-hoéi-tien , kiv. LXI. Les premiers feuillets de ce kiven décrivent le cérémonial prescrit pour les visites de l’empereur au rollégc impérial , lorsqu’il y vient faire des libations en l'honneur de Confucius , et lorsqu’il assiste i la fête de cet grand liomuic. Cette fête a lieu le vingt-septième jour de la huitième lune, jour de sa naissance.
dernière section des Kien-seng se compose habituellement d’élèves des collèges provinciaux, soit pensionnés comme Sieou-isaï réguliers, soit del’ordredes surnuméraires et des supplémentaires : ces subdivisions , que nous avons vues sous les Ming, ont donc été conservées. La troisième série des élèves est celle des Hioseng , nom que l’on peut traduire par élèves de l’étude. Elle comprend d’une part les élèves de l’école spéciale des huit bannières , fils des soldats mantchoux ou mongols et descendants des soldats chinois qui se sont joints aux conquérants en d’autre part, les
élèves de l'école du calcul qui sont choisis parmi ceux de l’école précédente. Les élèves des deux premières séries, Koung-seng , et Kien-seng , peuvent passer à l’école du calcul , en subissant un examen.
Les Koung-seng et les Kien-seng travaillent dans six salles distinctes qui ont les mêmes noms qu’au temps des Ming ; les Hio-seng travaillent dans un autre bâtiment désigné par le nom d’étude. Les deux premières séries n’étudient que le chinois. Elles sont examinées sur les livres moraux et les King , par les recteurs ou les préposés aux leçons, le quinzième jour de chaque lune. Les jeunes gens des trois nations, mantchoue, mongole et chinoise, qui composent le troisième série , celle des Hio-seng , étudient séparément les livres de leur langue et sont respectivement examinés, aux troisièmes mois du printemps et de l’automne (en avril et octobre), par les trois préposés aux leçons , chinois , mantchou et mongol. Ceux qui étudient le chinois répondent sur cinq mots d’un article des livres moraux et sur un passage du Chi-king.
Ceux qui étudient le mantchou et le mongol répondent sur un passage de quelque livre chinois, traduit dans l’un ou l’autre de ces idiomes; en même temps, comme fils de militaires, on les exerce tous à tirer de l’arc, soit à pied , soit à cheval.
Tous les élèves ainsi examinés sont classés par trois numéros ; à la fin de l’année , on fait la somme de ces numéros pour établir la liste définitive et un rapport est adressé à, l’empereur sur ceux qui ont complètement satisfait au programme officiel.
L’administration du collège impérial comprend plusieurs bureaux qui ont , tous, à leur tête deux chefs ou principaux employés, mantchou et chinois. Il y a 1° le bureau de correction qui tient registre des fautes des élèves, de leur conduite dans les cérémonies, deMeur plus ou moins de zèle au travail ; 2“ le bureau des Fosse qui expliquent les King aux élèves , le premier et le quinzième jour de chaque lune , règlent l’examen de chacune des trois séries, et sont chargés de corriger et de classer les compositions ; 3U le bureau des Tien-po (registres officiels), qui contrôle et enregistre les certificats présentés par les élèves des trois séries, lorsqu’ils entrent au collège : en outre , ce bureau est chargé d'enregistrer et de conserver les instruments de musique et objets sacrés qui servent dans les solennités ; 4° le bureau des livres officiels (Tien-tse), dirigé seulement par un Mantchou, lequel conserve les livres destinés à l’enseignement du collège, les éditions des livres sacrés et classiques , ainsi que les pièces de poésie mantchoue dont plusieurs ont été composées par les empereurs.
Chacune des six salles est dirigée par deux Chinois, nommés, l’un, professeur assistant (Tsou-hiao) , l’autre, maître d’étude ( Hio-lching ). Ils sont chargés des détails de l’enseignement communiqué aux élèves de ces salles, les séparent en deux sections extérieure et intérieure , nomment le chef de chaque section et les examinent à chaque lune.
Les élèves des huit bannières sont divisés en huit classes dont chacune correspond à une bannière et obéit à ses instituteurs, mantchou, mongol et chinois; chacune de ces huit classes est subdivisée en trois sections de vingt Mantchoux , vingt Mongols et vingt fils de soldats chinois ; chaque section étudie sa langue : mais, comme je l’ai dit, toutes doivent être exercées au tir de l’arc.
La comptabilité du collège est tenue par un bureau spécial , appelé bureau des monnaies et mesures ; il reçoit chaque année du ministère des finances 6,000 onces d’argent , ou environ 45,000 francs pour les dépenses de l’établissement; s’occupe de la fourniture du bois et du chauffage des salles; délivre les récompenses en numéraire , accordées aux époques des examens; paye les indemnités pour voyage en cas de mariage ou de pertes de famille. Un dernier bureau s’occupe de traductions pour le service des études.
Au collège impérial est annexée l’école du calcul , qui est dirigée par un Mantchou ayant rang de ministre et par deux instituteurs(ffro-y) chinois. Il y a dans cette école spéciale douze places pour les Mantchoux , et six pour les Mongols, avec subvention mensuelle
d’une once 6 T tien (1) (environ 12 (V. ) , six places pour les descendants de l’ancienne armée chinoise avec une subvention mensuelle d’une once (7 fr. 50), enfin six places pour quelques jeunes Chinois pris dans les familles du peuple : ceux-ci reçoivent une subvention d’une once , cinq Tsien (41 fr. 25 c.).
Les naturels des îles Lieou-khieou qui veulent apprendre la langue chinoise sont admis dans une succursale du collège impérial. Lu collège des Russes est aussi mentionné par le livre que nous parcourons (2). Les élèves des îles Lieou-khieou reçoivent par jour un dixième de boisseau de riz et une livre de viande. En hiver, on leur fournit des habits de peaux de mouton. Les jeunes Russes sont instruits par deux professeurs, l’un mantchou, l’autre chinois. Avant d’entrer au collège russe , ils doivent s’adresser à la direction générale des étrangers (3) , qui leur délivre une autorisation pour étudier sous les deux professeurs.
Le Kin-lhien-kien , collège ou comité de l’astronomie (6), date, comme nous l’avons vu, du temps des Ming. Sa constitution a été réformée par les missionnaires catholiques des xvue et xvm* siècles ; mais actuellement les fonctions de ses membres se rapportent autant à l'astrologie qu’à l’astronomie. Il est gouverné par un ollicier supérieur ayant le titre de ministre. Ce gouverneur a sous lui deux préfets ou directeurs, l’un
(1) Il s’agit ici du Tait n d’argent , qui est le dixième de l’once.
(2) Thaï-thaivg-hoei-lien , kW. LX1, fol. 15, ».
(3) Pour l'explication des noms des divers ministères ou comités impériaux, voyez la note U de l'appendice.
(4) Thaï-thsing-hoeï-tieu , klv. LXII, LXIII, LXIV.
Di
mantchou, l’autre chinois ou même européen, et quatre suppléants (Ki en-Jbu), savoir: un mantchou , un chinois et deux européens(l). Ilssont chargés «d’observer etdé- » terminer les loisdu mouvement des astres, pour établir » l’accord convenable avec les périodes célestes , et ré- » gler lanotation du temps parmi les hommes; toutcequi » est relatif à la divination et au choix des jours heureux » fait partie de leurs attributions. » Les théories astronomiques des Chinois se composent actuellement des connaissances qu’ils avaient acquises par eux-mêmes , mélangées avec celles qu’ils ont reçues des missionnaires européens (2). L’organisation du collège astronomique est du reste identique avec celle qui existait sous les Ming. Des astronomes en titre sont attachés à l’observatoire, et des professeurs spéciaux instruisent, dans l’intérieur de l’établissement, un certain nombre d’élèves qui sont, pour la plupart, les fils de ces astronomes. Les membres du collège astronomique sont spécialement chargés de préparer, chaque année, l’almanach de l’empire où sont indiqués les phénomènes célestes, les époques du coucher et du lever du soleil , et les changements des saisons ; le tout accompagné de prédictions astrologiques. La rédaction de cet almanach est considérée comme une affaire très-importante: elle paraît avoir déterminé l’introduction légale des
(1) Thai-thsifig-hoeï-tien , kiv. I. X II, fol. f. Si-yung-jin , homme de I Océan occidental. C’est le nom habituel que les Chinois donnent aux Européens qui arrivent en Chine par la vole de mer. Voyez aussi l'édit sacré de Khang-bi, Développement de la septième maxime, page 128de la traduction anglaise de Milne.
(2) tltinese reposiiory, tome IV, troisième article sur l’administration chinoise.
Européens au collège astronomique, parce que les astronomes chinois ou mantchoux se trompaient trop souvent dans la notation du calendrier. On se rappellera que l’édition du Thm-ihshiij-ltaéi-lien , dont nous tirons ces renseignements est de l’an 1818 : ainsi l’emploi des Européens au collège astronomique avait encore, à cette époque récente, la sanction de l’autorité supérieure. A la date du 10 janvier 1827, la gazette de Peking annonce que l’un des astronomes européens attachés au A in-iliien-kien a été congédié sur sa demande, et qu’un autre a obtenu également son congé à cause de son grand âge. Un numéro suivant du même recueil contient la nomination de deux Tartares aux places occupées par ces Européens, qui étaient des missionnaires lazaristes. MaisM. Wells- YVilliams, qui a publié ces notes de Morrison dans le Chiuese repo.sitonj (avril 18Ü5), pense que les Chinois ne pourront se passer des Européens pour la rédaction de leur calendrier.
Les membres du collège astronomique choisissent les jours et heures propices pour la célébration des cérémonies publiques et les sacrifices; ils font ce choix par les règles de la pure astrologie. Ils ne s’inquiètent aucunement d’ailleurs des progrès que la science pourrait faire par une série régulière d’observations. Us sont également chargés de déterminer la position géographique des différentes villes ou localités de l’empire par longitude et latitude ; mais la partie importante de ce travail , le réseau de la triangulation , a été effectuée au commencement du XVIIIe siècle par les missionnaires catholiques , et les cartes modernes qui nous
viennent de la Chine ne font que reproduire celle des missionnaires : elles indiquent seulement les divisions nouvelles de certaines provinces, et les changements d’étendue ou de dénomination qu’ont subis quelques arrondissements. Les astronomes et les employés attachés au collège astronomique , sont répartis dans des bureaux chargés de la correspondance, de la rédaction de l’almanach impérial , de l’observation des astres et de la conservation des instruments.
Le Thai-y-youen ou grand comité médical (1) est dirigé par un président et deux délégués. Tous ses officiers sont Chinois. « Ils sont chargés de diriger l’art » médical vers la guérison des neuf classes de maladies » et de guider les médecins ordinaires dans leurs opé- » rations. » Ces neuf sortes de maladies distinguées par les Chinois comprennent les maladies simples , les fièvres , les toux , et les maladies à ulcères (2). Plusieurs membres du comité médical sont constamment de service auprès de l’empereur, de l’impératrice et de la famille impériale. Souvent, lorsque l’on apprend à la cour la maladie d’un prince , d une princesse, ou d’un ministre d’État, l’empereur délègue un de ses médecins pour aller visiter ces personnages. C’est ainsi qu’en 1817 un médecin de service fut envoyé par l’empereur Kiaking à l’ambassadeur anglais, lord Amherst, qui était indisposé. Quelquefois ces officiers doivent aller en Mongolie, en Mantchourie, pour y visiter les princes ou princesses dont l’état réclame
1 'ïrr 'fffîiîhiiripjpft
. (1) Thaï-tkstng-hoeï-tien, kiv. LXIV.
(î) Vovej le kiten V du Tcheou-li , el le tonie III de Duhalde.
leurs soins. Les membres du comité médical sont divisés en quatre ordres de gradués; mais aucun enseignement régulier n’est attaché à cette institution. Les Mantchoux n’ont pas rétabli les collèges de médecine et de botanique que les Mongols avaient répandus sur toute la surface de la Chine. Actuellement , dans ce pays, le savoir médical ne s’acquiert que par la pratique pure, et les praticiens sont reçus au grand comité médical lorsqu’ils ont acquis déjà quelque connaissance de leur profession (1).
Abt. 3. — l)e la nomination a«x charges administratives sous la dynastie manlchoue.
Après avoir achevé la revue de tous ces documents, il nous reste à discuter une question d’une haute importance pour nous fixer sur la prépondérance réelle des lettrés en Chine. Il nous reste à constater comment se règle l’admission aux charges administratives , sous la dynastie actuelle , et à reconnaître si Ion peut encore, comme sous les Ming , y parvenir par trois voies légales, celle des concours littéraires, celle de la protection héréditaire accordée aux fils des officiers supérieurs , enfin celle des emplois subalternes. Nous devons aussi chercher si le gouvernement actuel s est laissé aller, dans des circonstances de gêne financière, à vendre des titres d’officiers et de gradués, comme les
(1) Chinese repoiitury , tome IV, troisième article sur l'organisation du gouvernement chinois.
derniers empereurs Ming qui ouvrirent ainsi une quatrième voie aux honneurs, indépendante du mérite, du travail et de la naissance. La première voie est certainement celle qui fournit la grande majorité des officiers de l’administration civile. Toutefois nous avons déjà vu que l’État autorise la vente à son profit du grade inférieur de la littérature qui est indispensable pour être candidat des concours provinciaux , et que les Kouny-seug , les Kien-aemj , ainsi nommés , viennent prendre rang à côté des Sirou-im'i réguliers. Il paraît constant que cet abus s’est étendu aux grades supérieurs , depuis le commencement de notre siècle. On cite l’exemple d’un étudiant qui prit les quatre degrés littéraires en neuf mois, et celui de Li, gouverneur du Kouang-toung en 1830 qui les prit tous, quelque temps avant d’entrer en possession de sa charge (1). Les lettrés qui ont suivi la voie régulière raillent ces acheteurs de titres , en disant qu’ils conservent sur eux l’odeur du cuivre qu’ils ont payé (2) ; mais enfin, ces acheteurs arrivent à leur but, malgré un peu de honte, et réussir est le point principal en Chine, plus que dans tout autre pays. On peut dire que ce sont là des cas particuliers ; mais nous verrons plus loin que , dans ces derniers temps , le gouvernement mantchou n’a pas plus hésité que celui des Ming, à tarifer, par des annonces publiques , la vente des titres et des charges pour remplir les coffres de ses finances embarrassées.
(1) Chines*! repotitory, tome IV, page 118.
(2) Voyei la traduction (le l’Édit sacré de Kliang-hi, par Milite, page 59.
Quant à la seconde voie, celle de la protection héréditaire , elle est l’objet d’un article spécial du code pénal. Cet article, qui est en tête de la section des lois relatives à l’administration, porte que tout officier civil ou militaire dont le rang et le titre sont héréditaires, aura pour successeur dans ces rangs et titres le fils aîné qu’il aura eu de sa femme légitime, ou le représentant légal de ce fils, si celui-ci n’existe plus : ce représentant sera d’ailleurs choisi selon la règle générale établie h ce sujet. 11 faut observer que cet article est conservé de l’ancien code des Ming où il occupe le n° h de la même section, et que l’article 3, immédiatementaprès, défend sous peine de mort de solliciter des titres héréditaires pour des officiers qui n’auront pas rendu à l’État des services signalés. Enfin une note jointe à l’article lc,‘ indique que ces titres héréditaires peuvent être retirés à la volonté de l’empereur, s’il juge que les possesseurs s’en sont rendus indignes par leur conduite. La stipulation du droit d’hérédité consignée dans l’article que je viens de citer nie semble donc , de fait , très-limitée ou modifiée actuellement pd.r des réserves. Les Yn-setuj ou gradués par protection sont, ii éSt vrai, mentionnés parmi les huit classes d’individus enregistrés au ministère des offices civils, comme aptes à gérer des fonctions administratives (1). Mais , en général , il paraît que les empereurs Mantchoux n’ont reconnu d’une manière absolue aucune dignité héréditaire avec apanage ou subvention de l’État. Une seule ex-
(1) Voyez le Thaï- t/uing-hoeï-lien , kl». VI , fol. 7. Je (tonne plus bas les dénominations des individus compris dans ces bult classes.
ception a lieu pour les titres et pensions dont jouissent les descendants de Confucius.
Le Youen-kien-loiii-han , dont Morrison a fait de nombreux extraits au caractère Rouan de son grand dictionnaire , divise en quatre classes les anoblissements autorisés par la cour impériale. 11 distingue : 1 "l’anoblissement des parents de l’empereur; 2° l’anoblissement des officiers qui ont bien mérité de l’État; 3° l’anoblissement des fils et petits-fils de ceux qui sont morts au service du souverain ; 4° l’anoblissement des descendants des anciens ofliciers qui se sont distingués à ce même service : mais il ne semble pas que les trois dernières classes d’anoblissement confèrent aucun privilège déterminé. Quant à la première, il y a douze titres ou degrés honorifiques différents pour les membres de la famille impériale qui forme une tribu à part : mais ces titres, même ceux qui sont accordés aux filset aux frères de l’empereur, ne se conservent par succession que lorsqu’ils sont conférés à perpétuité pour récompenser un mérite éclatant. A mesure que chaque génération s’éloigne de la ligne directe , elle perd de son rang honorifique, jusqu’à ce que enfin sa seule dénomination distinctive devienne celle de membre du clan impérial , ce qui place seulement son possesseur sur le pied d’égalité avec les ofliciers civils du quatrième rang. Les jeunes membres de la famille impériale qui ne sont pas encore majeurs , sont astreints à passer des examens militaires, sous la direction d’un haut comité chargé des affaires de cette famille. Ils subissent aussi un examen littéraire pour être admis aux charges administratives ; mais, comme je l’ai déjà dit ,
Digitiz
cet examen paraît n’être qu’une simple formalité , et l’on n’exige pas même que les compositions soient faites par les jeunes princes.
En définitive, l’ancien droit de succession pour l’admission aux places administratives semble limité, sous les Mantchoux, aux privilèges des parents les plus proches de l’empereur, et aux facilités accordées aux fils des officiers distingués, pour entrer par faveur au collège impérial , cequi abrège sensiblement la durée de leur noviciat.
Depuis les Han , le travail continu et les services rendus dans l’exercice des emplois inférieurs ont toujours été récompensés par l’admission aux places supérieures de l’administration. Cette troisième voie, qui semble la plus lente pour arriver au titre de membre du gouvernement, a été conservée sous les Ming : ceux-ci firent même, comme nous l’avons vu, plusieurs promotions extraordinaires d'officiers choisis parmi les employés inférieurs des diverses branches administratives. Évidemment, cette voie ne peut être fermée aujourd’hui. En tête de la section du ministère des offices, dans la collection des lois des Mantchoux (1), on trouve la division du choix des officiers pour les services civils (JVen-siouen-sse) , qui correspond à la première division du ministère de la guerre appelée / rnu-siouen-sse ou division du choix des officiers militaires (2). La seconde division du ministère des
(1) Thaï-thii n g- hoeï-dcn , kiv.. VI et VII. Voyez aussi la note II, dans l'appendice de ce mémoire.
(2) Thaï-thting-hoeï-lien , kiv. XXXVII.
offices est appelée Kliao-koung-sse ou division de l’examen des mérites (1). La première « règle les pré- » séances entre les neuf ordres des officiers civils, » régularise les choix pour les emplois et la séparation » des pouvoirs, distingue les classes et séries d’offi- » ciers, surveille l’ordre des promotions et mutations. » La seconde « recueille des informations sur le mérite • des officiers civils, constate la conduite bonne ou » mauvaise de chacun d’eux , enregistre leurs titres à » l’avancement et les faits qui peuvent les rendre pas- » sibles d’amende ou de destitution. » Nous retrouvons donc ici les bases du règlement établi par les Ming pour la nomination aux emplois civils , le premîè* choix ( Siouen ), et le contrôle de la conduite ÇKhaokoung). Nous voyons au Kiven XX de la même collection que « la première division du ministère des » rites, appelée division du règlement du cérémonial , » est chargée de l’établissement des collèges et aca- » démies du gouvernement, règle les concours litté- » raires , le nombre et les degrés des gradués , les » formes de leur réception, les privilèges des candidats » admis. » Ainsi , comme sous les Thang, lesSoung, les Ming , le ministère des rites donne seulement aux gradués littéraires le titre de membre du gouvernement et les déclare aptes à remplir les places administratives. Ils ne sont nommés à ces places que sur la présentation du ministère des offices , et ce ministère doit certainement avoir le droit d’avancer les employés inférieurs qui se distinguent dans les services civils , comme le
(f) l'kaï-thting-h oeï-ti en , kiv. VIII.
ministère de la guerre avance les sous-ofliciers ou soldats qui se sont distingués à l’armée , sans avoir subi les épreuves des concours militaires. Les employés inférieurs forment la dernière des huit classes d’hommes hors ligne ( Tchh-chin ) qui sont inscrits sur les registres de la division du choix des officiers pour les services civils ( Wen-siouen-sse). Les sept autres classes comprennent les Tiih-sse, les Kiu-jin , les Kong-seng , les Yn-seng ou gradués par protection , les Kien-smg, les Seng-youen , bacheliers littéraires ou militaires , enfin les Knnnn-hio-smg ou élèves du collège des huit bannières, de l’école de charité, etde l’école du calcul(l).
Par l’étendue des pouvoirs qui lui sont attribués , le ministère des offices est depuis longtemps le premier des six ministères de la cour chinoise En laissant à part le ministère delaguerrequi a ses attributions spéciales, les quatre autres ministères des finances, des rites, des châtiments, et des travaux publics, ne sont que des directions de bureaux qui ne peuvent choisir leurs fonctionnaires ni les présenter pour l’avancement. Cette faculté est également interdite aux comités supérieurs désignés par les noms de direction générale des étrangers , comité de censure , comité des représentations. On ne peut excepter que le Han-lin youen ou comité supérieur de la littérature dont les membres sont nommés au concours du palais et promus au concours devant l’empereur. Tous les autres fonctionnaires civils sont nommés, avancés ou destitués, sur les rapports émanés du ministère des offices. Ceci est un vice ra-
(1) Thaï-lhting-hnei-lien , kiv. VI , fol 7.
dical du système chinois, comme Ma-touan-lin le reconnaît lui-mème dans le sommaire de sa section des examens et présentations. « 11 résulte de là, dit-il, que » des commis qui n’ont qu’une instruction médiocre » choisissent les titulaires de fonctions qui exigent des » connaissances spéciales et sont juges de leur avan- » cernent ou de leur destitution. » Comment en effet les employés d’un seul bureau ou d’une seule division ministérielle pourraient-ils décider convenablement du choix et du mérite des employés de tous les autres ministères ou comités dont les places exigent des connaissances spéciales? Il faudrait qu’ils possédassent simultanément des notions approfondies dans la comptabilité, les lois, l’architecture, les arts mécaniques, la géographie , ou que la division privilégiée contînt au moins autant de bureaux des choix qu’il y a de ministères ou de comités (1). Il est très-surprenant que ce mode si défectueux pour la nomination et le contrôle des officiers civils n’ait pas été réformé depuis la dynastie Thang ; mais les empereurs mantchoux paraissent avoir été retenus , ainsi que leurs prédécesseurs, par la crainte des changements, grande objection constamment élevée en Chine contre toute amélioration. Ils ont maintenu l’ordre de choses établi avant eux , et dirigent leur attention vers un seul but , la conservation du pouvoir militaire.
(t) Voyei plus haut, pages 442, 447, 490, les exemples fournis par les textes sur les nominations des gradués littéraires et des élèves du collège Impérial 4 diverses places. La division du contrôle des mérites ( hliao-kong-ste ) tient des registres spéciaux pour le contrôle des fonctionnaires de chaque branche administrative. Les litres de ces registres correspondent 4 ceux des diverses sections du code pénal. V. Thaï-thsing-hueï-tien , kiv. VIH.
Un article du Chinese repository , tome IV, pages 124-135, nous offre la réunion de plusieurs documents récents sur les abus qui se développent de plus en plus dans les nominations aux places administratives , et sur les fraudes que commettent fréquemment les candidats des concours. Le premier de ces documents est un mémoire très-énergique présenté en février 1822 à l’empereur Tao-kouang par le directeur des études du Kouang-toung et par le censeur administratif du Yun-nan. Les pétitionnaires se plaignent hautement de la vente des charges, qui laisse sans emploi une grande quantité de gradués. « Ceux qui » achètent des offices, disent-ils, sont riches etjeu- » nés; ils sont notés par leurs supérieurs comme » gens de mérite et de capacité , tandis que , le plus » souvent , les gradués réguliers n’obtiennent un era- » ploi qu’après avoir très-longtemps attendu. 11 y en a » qui attendent depuis dix-huit ans. La classe des » lettrés est donc réellement exclue des offices ; d’ail- » leurs les conditions des concours sont trop sévères. » Le candidat doit prouver que sa famille habite depuis » trois générations la province où il veut concourir, » qu’elle n’a eu aucune alliance avec les domestiques, • les agents de la police et les comédiens. Rien de tout » cela n’est exigé de celui qui achète un office. 11 donne » son argent et est installé en place immédiatement. » Ainsi un prêtre (deFo), nommé Siang-yang, a acheté » un grade, malgré les défenses légales. Un homme qui » avait été voleur de grand chemin a acheté la charge » de sous-commissaire civil ( Tao-luï ) de Ning-po. » D’autres exemples plus déplorables encore ont eu lieu
» pendant les dernières années. Ces acheteurs de » charges peuvent-ils être de bons officiers et ne sont- » ils pas à juste titre la terreur du peuple ? »
Les pétitionnaires examinent les sommes produites par la vente des charges à différentes époques , pendant les vingt premières années du règne précédent. Ils les additionnent , et trouvent que le résultat total ne dépasse pas 250,000 oncesd’argent (environ 1,900,000 francs). Ils affirment que , par des réductions bien entendues sur les dépenses de luxe de la cour, l’État économiserait plus d’argent en un an qu’il n’en a gagné en dix ans par la vente des offices.
L’empereur se contenta d’exprimer une grande estime pour les rédacteurs de ce mémoire , et dit qu’ils avaient l’esprit et les sentiments des hommes d’ État les plus intègres de l’antiquité.
Suivant le même article , la vente des offices n’a point cessé depuis la pétition précédente. Elle fut autorisée durant l’année 1826 et appliquée simultanément aux services civils et militaires , afin de subvenir aux frais de la guerre contre le Turkestan. Elle produisit alors la somme énorme de six millions d’onces (45 millions de francs (1)). L’année suivante , elle fut encore autorisée jusqu’à la fin du 8' mois de l’année 1828. En 1829, elle fut autorisée une troisième fois dans la province boréale de Kan-sou.
Nous avons vu que les premiers degrés de l’échelle
(1) Celle somme est si considérable cl si disproportionnée avec celles qui sont mentionnées dans la pétition des lettrés, que je crois qu'il y a une erreur dans le teste cité par le Chinese repotitory.
classique de promotion sont souvent achetés, et l’on ne s’en étonnera pas , si l’on réfléchit aux conditions exigées des candidats, aux chances qu’ils courentd’être refusés pour une simple faute d’écriture, enfin à la fatigue physique qu’ils éprouvent en subissant les troiB épreuves que nous avons décrites (1 ). D’après l’auteur de l’article que je parcours en ce moment, le prix d’un grade de Sieou-tsaï était de 60,000 francs à Canton , en 1830 : ce prix est assez élevé : mais les cessions particulières sont devenues plus faciles dans les dernières années. En 1838, le directeur littéraire de la province de Kouang-toung dénonce dans un rapport officiel le renouvellement de ces abus. Il dit qu’il y a des lettrés pauvres qui viennent se loger dans le voisinage des collèges et font trafic des grades littéraires. Le fils de l’homme riche achète ainsi le premier et le second grades sans subir les examens , ou bien il trouve un remplaçant qui passe ces examens en son nom , au risque d’être condamné à la cangue. Sans doute, les coupables sont quelquefois punis. En 1828, un mémoire secret fut adressé à l’empereur contre le directeur de l’enseignement de la province de Kiang-si qui fut accusé d’avoir vendu des grades. Une enquête fut ordonnée, et l’on trouva dans sa maison la somme énorme de 600,000 onces d’argent (près de 3 millions de francs). L’origine de cette fortune considérable parut suspecte, et le directeur se pendit sans chercher à se justifier. La gazette officielle de Peking nous offre aussi
(1) J’ai dit un peu plus haut que l’empereur Khien-loung accorda le grade de licencié aux Sieou-tsaï, âgés de 70 ans.
des exemples de concessions de titres faites par l’empereur, en compensation de sommes d’argent versées dans les caisses de l’État. Ainsi le numéro du 21 janvier 1831 annonce que le fils aîné du fameux marchand de Canton, Ilou-koua, est créé Kiu-jin par décret impérial , comme ayant souscrit pour 36,000 onces (270,000 francs) à la réparation des digues de la rivière de Canton , et que le second fils du même Houkoua, ayant offert à l’empereur, qui accepte, 100,000 onces (750,000 francs) pour la guerre de Tartarie, est nommé par un autre décret impérial directeur de la vente du sel (1). On lit dans la même gazette que la liste de promotion aux grades littéraires est ouverte aux souscripteurs jusqu’à la cinquième lune de l’an 1835.
v Bien que ces exemples de vénalité nous soient transmis par les Anglais qui avaient et ont encore intérêt à déprécier le gouvernement chinois , ils ne peuvent être récusés , et il est hors de doute que la classe des lettrés éprouve de fréquents passe-droits pour son admission définitive aux charges. On ne peut non plus nier, d’après les récits des missionnaires modernes , que dans les provinces qu’il ont visitées , spécialement le Fo-kien , le Kiang-si , les officiers chi-
(1) M. Natalis Rnndot , l’un des délégués du commerce français en Chine, m’a affirmé que l’empereur accordait fréquemment A de riches négociants des charges de fournisseur de la cour ou de directeur des gabelles avec des conditions de prix pour les denrées A fournir, fort au-dessous de leur prix de revient ; de sorte que la fortune du titulaire nommé se trouve sensiblement réduite en quelques années. Il m'a cité un riche négociant ainsi ruiné par sa nomination A la charge de fournisseur des nids d’hirondelles destinés i la maison impériale.
nois eu général considèrent leurs places comme des moyens de s’enrichir et de s’indemniser, soit de la fatigue des concours, soit des déboursés qu’ils ont dû faire pour acheter le premier ou le second grade. Mais il faut se rappeler aussi que l’étendue de pays soumise au système général des concours est au moins six fois aussi grande que la France , que des abus peuvent se manifester dans une province et non dans une autre , et qu’il y a des exemples de punition des grands coupables. Enfin , quand nous admettrions que la vénalité des grades inférieurs a infecté toutes les provinces de la Chine, comme celle de Kouang-toung où les Anglais ont fait leurs observations; quand il serait constant que le gouvernement actuel a fréquemment recours ces souscriptions honteusement ouvertes pour l’achat des grades , il ne faut pas oublier que ce gouvernement est encore le moins corrompu des gouvernements d’Asie et que celui de la Russie n’est guère au-dessus de lui sous ce rapport.
Toutefois la situation de la Chine, telle qu’elle nous est dépeinte par les Anglais et par les missionnaires catholiques (1), présente des éléments de dissolution sociale qui germent sourdement. Le mécontentement des lettrés, qui se cache dans des sociétés secrètes, joint à l’antipathie qui existe toujours entre les deux nations chinoise et mantchoue, semble devoir amener une révolution , sans que l’on puisse dire à quelle époque l’orage éclatera.
(I) Voyez les lettres de divers missionnaires fixés dans les provinces du Kiang-nan et du Kiang-sl. Annules de la propagation de la foi, années 1845 et 1840.
Le Clùncse repository extrait encore de la gazette de Pe-king, année 1831, le mémoired’un censeur impérial qui expose les fraudes commises aux concours de la capitale. « Depuis plusieurs années , dit le censeur, les » étudiants examinés sont très-médiocres et peu fami- » liarisés avec les textes classiques. Ils apportent avec » eux certaines éditions des King , des Sse-cliou , im- » primées dans un format très-petit , et en copient des » passages. Le débit facile de ces éditions les a multi- » pliées chez les libraires. Les candidats les cachent » dans leurs grandes manches, entrent en foule dans » la salle et refusent de se laisser visiter au bureau » de l’enregistrement des noms. » Le censeur demande * que les officiers de la capitale publient des défenses » sévères contre l’impression de ces éditions et forcent » les libraires à brûler tous leurs exemplaires dans un » espace de temps déterminé. » 11 ajoute qu’il sait que le même abus a lieu dans les provinces et appelle la répression supérieure. L’empereur répond qu’il a déjà entendu parler de cette fraude , mais qu’il ne peut enjoindre aux libraires de brûler leurs éditions de petit format, parce qu’ils n’obéiront qu’imparfaitement à un édit de ce genre (1) ; il préfère renvoyer l’affaire à une commission composée de ministres du conseil privé , et d’autres grands fonctionnaires , membres de la cour des rites et du comité de censure.
Le résultat de la délibération de cette commission n’a pas été connu : mais il est probable qu’elle ne
(1) la section L1V du Code des concours contient des défenses sévères contre 1 impression et la vente de ces éditions de petit format. Les planches doivent être brûlées. Il parait que cette mesure n’a jamais été exécutée.
décida rien : car de nombreux mémoires remplissent encore la gazette de Pe-king, à l’occasion des concours de 1832. Une quantité de projets furent proposés pour empêcher les fraudes, mais sans succès. — Un licencié qui avait été refusé au concours de Pe-king imprima sa composition que l’examinateur avait rejetée sur la simple lecture du premier paragraphe. Aussi tôt un des censeurs impériaux demanda que cet appel au public fût interdit aux concurrents. L’empereur répondit que, si un candidat se croyait lésé par l'examinateur, il pouvait porter sa plainte à la cour compétente pour les réclamations, mais qu’il ne devait sous aucun prétexte imprimer sa composition, ni attaquer cet examinateur devant le public. A la suite de cette réponse, le licencié fut dégradé et l’examinateur traduit devant une cour d’enquête. On assure qu’en 1832 un examinateur, qui avait voulu fortifier sa tête en fumant de l’opium, s’endormit auprès d’une lampe allumée, et que des flammèches tombées de cette lampe brûlèrent plusieurs des compositions placées devant lui.
Voici maintenant un fait beaucoup plus grave : divers numéros de la gazette de Pe-king , vers la fin de 1830, contiennent des détails relatifs à la découverte d’une vente de faux diplômes littéraires régulièrement organisée dans la division du ministère des finances, correspondante à la province de Ngan-hoeï, où les diplômes étaient confectionnés (1). Ce trafic durait
(1) Le ministère des linanccs est partagé en quatorze divisions chargées de la surveillance du revenu des provinces. Comme on compte actuellement dix-huit provinces , quelques-unes de ces divisions en comprennent deux. V. Thaï-tlising-hoeï-lien, kiv. X, et la note II de l’appendice joint à mon mémoire,
depuis quatre ans , et quarante-quatre individus du Ngan-hoeï furent convaincus d’être nantis de ces faux diplômes. Le ministre qui fait le rapport dit : « S’il » existe autant de coupables dans cette seule province,
» combien n’en doit- on pas trouver dans toutes les » autres?»
La même publication officielle contient un autre mémoire d’un censeur sur une falsification semblable, dont le centre était à Pe-king ; le censeur déclare qu’il est très-difficile d’empêcher cette fraude, parce qu’elle résulte de la position gênée des employés aux écritures du ministère des finances. En effet , dit-il , ces employés ne sont occupés que pendant un certain temps , et l’on ne peut les renvoyer ensuite chez eux. Us restent dans les bureaux et cherchent alors à vivre,
. comme ils peuvent , en profitant de la négligence de leurs chefs. Suivant la règle ordinaire, le censeur demande une enquête, et l’empereur nomme une commission composée de membres du conseil privé et des hauts comités administratifs.
Lê Canton register, qui fait cet extrait de la gazette officielle, donne seulement en abrégé le résultat de la délibération de cette commission. Six employés aux écritures, convaincus d’avoir pendant plusieurs années fabriqué des diplômes de licencié et trompé ceux auxquels ils les vendaient, furent condamnés à mort. Les deux principaux coupables furent décapités en présence de tous les employés aux écritures, réunis par ordre supérieur.
Enfin voici un dernier fait qui ne doit pas être accepté sans quelque réserve. Le Canton register affirme
comme certain qu'un employé inférieur du ministère des finances a organisé avec quelques complices une fabrication de brevets de rang, qu’il l’a exploitée trèslongtemps sous vingt ministres successifs, et qu’enfin on constata que cet employé avait vendu jusqu’à 20,419 brevets faux. 11 fut puni de mort avec ses complices. Le rédacteur de l’article du Chincse repositorij observe que , d’après l’Almanach impérial cité au § 51 de la traduction du code pénal par Sir G. Staunton, l’administration des provinces et de la capitale comprend 1781 officiers supérieurs , tels que gouverneurs , sous-gouverneurs , préfets de département et d’arrondissement , etc. Si ces officiers ont été changés tous les trois ans sans rentrer en fonctions , comme cela a lieu fréquemment dans le système chinois, 3820 individus ont occupé ces places en 60 ans ; et si l’on évalue à ce laps de temps la durée totale de la présidence des vingt ministres sous lesquels le faussaire a opéré, sa fabrication de faux brevets a dît fournir les deux tiers des individus promus aux offices de toute l’administration supérieure. D’après ce calcul , il me paraît extraordinaire qu’une fraude de ce genre n’ait pas été plus tôt découverte , lorsque tant de gradués, tant d’officiers se trouvaient reculés par l’avancement illicite de ceux qui avaient acheté des brevets faux. Ou ces brevets conféraient simplement un rang , un titre honorifique que les acheteurs conservaient sans demander une place , ou le Canton regisler a commis quelque erreur en citant leur nombre.
Je terminerai ici le dépouillement de la grande masse de notes et de documents que j’ai recueillie.
En arrivant au terme de ce long et pénible travail , je rappellerai les paroles suivantes qu’un savant chinois adressait à ses élèves (1) et que je crois pouvoir m’appliquer : « Celui qui n’a pas des talents extraor- » dinaires doit travailler au perfectionnement de ses » connaissances, comme s’il voulait former un grand » fleuve en recueillant de l’eau goutte à goutte, ou » élever une montagne en ramassant des grains de » sable. Il a en effet besoin d’autant de persévérance » pour achever son entreprise. » J’aurais pu prendre cette citation pour épigraphe de mon ouvrage.
(1) Discours il’Yu-fou , supérieur du collège de Fan-yang , entre les années 287-291 de notre ire. — Voyez Dulialde , tome 11 , page 474 ; édit, ln-fol.