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pleurer leur époux ou leur jeunesse, des princes qui y venaient échanger un palais contre une cellule, ou qui s'y réfugiaient une Ibis tombés du trône, des terres immenses et des donations considérables. Et ;i la munificence chrétienne, ils ajoutaient une source plus intarissable encore de richesse, le travail. Établis sur des montagnes arides ou des champs abandonnés, ils les fécondaient de leurs sueurs, ils en changeaient l'aspect, et ils donnaient ainsi aux populations l'exemple salutaire de l'occupation journalière qui aide à la vertu et qui donne le bien-être. Comme ces pionniers du Nouveau-Monde dont un autre mobile soutient aujourd'hui l'énergie, ils commençaient par se bâtir à la hâte de grossières cabanes, l'eu à peu on voyait la terre sourire à leurs persévérants efforts, lu culture s'étendre, la forci faire place à la moisson, les marais disparaître. Un demi-siècle passé, ils n'étaient plus quelques-uns, ils étaient des centaines. Le cloître, d'abord étroit, serrait ses cellules et multipliait les arceaux de ses longs corridors, et la colonie se trouvait assez riche cl assez nombreuse pour envoyer au loin quelques-uns de ses membres fonder un établissement nouveau avec ia même foi et le môme succès.
Presque tous les couvents qui se bâtissaient en Italie suivaient, sauf de légères différences de discipline intérieure, la règle de saint Benoit. Celle règle no faisait pas de la vie des moines une contemplation oisive, une aspiration souvent stérile vers la perfection ; elle les acheminait pas à pas et degré par degré vers celte perfection en leur imposant chaque jour
EN ITALIE IU5 un effort, une tâche, c'est-à-dire un progrès. Ou atteint un but. en y marchant, non en y rêvant, et c'est bien connaître l'homme que de donner à sa faililosso une règle pour appui et à sou inconstance une habitude pour frein. Ducs chaque couvent les moines nommaient leur abbé. Mais celui-ci, une fois élu, exerçait sur tons un pouvoir presque absolu. Le vœu d'obéissance n'était point une vaine formule comme le devint quelquefois le vœu de pauvreté ; et chaque moine, après avoir usé une fois de son libre arbitre, l'abdiquait entre les mains de son chef, qui n'avait pins d'autre limite à son autorité que la règle de l'ordre. Au cloître comme ù l'armée, il n'y a de force que dans l'unité d'action. Jusqu'à la fin du huitième siècle, chaque couvent resta d'ailleurs indépendant et isolé. Unis par les liens moraux d'une même loi et en rapports fréquents, ces petites républiques ne s'étaient point encore fédérées et ne s'étaient point donné un supérieur commun. Ce n'est qu'au commencement du neuvième siècle qu'on vit pour la première fois un seul abbé réunir dans ses mains la direction de plusieurs monastères, et les capilulaircs aussi bien que les canons réprouvent celte réunion (1).
Une fois incorporés an clergé, et même dès qu'ils eurent parmi eux des prêtres, les moines se trouvèrent plus ou moins soumis à l'évôque du diocèse dans lequel ils habitaient. Celui-ci se fit donner, parplusieurs synodes, le droit de surveiller les couvents et même d'en déposer les abbés dans certains
cas (1). Mais les moines ne tardèrent pas à élever les plus vives plaintes. Les évèques abusaient de leur autorité, s'appropriaient une partie des dons faits' aux monastères ou aux églises des monastères, prélevaient sur eux des taxes à propos de chaque ordination ou de chaque consécration d'autel, et les soumettaient à un impôt annuel appelé synodatkott et caUiedraticon . Ils allaient même, quelquefois, jusqu'à empêcher les élections des abbés et à nommer eux-mêmes à ces fonctions leurs créatures on leurs parents. Les moines résistèrent obstinément à ces prétentions et à ces abus de pouvoir, et pour s'y soustraire ils eurent recours à plusieurs moyens.
Ils s'adressèrent aux évèques mêmes, et au prix d'une concession une fois faite, souvent d'une indemnité pécuniaire, ils en obtinrent des chartes d'indépendance; c'est la voie que suivirent plus tard les communes. Les évèques, sans renoncer à leur droit de surveillance, s'en^uueaienl à se renfermer dans l'exercice des attributions que leur avaient conférées les synodes (2). Instruits par l'expérience, ceux qui fondaient de nouveaux monastères prenaient des précautions analogues pour les mettre à l'abri de tout empiétement.
Mais il y avait pour les couvents une garantie plus efficace qu'une convention faite avec l'évêquc. C'était
(1) Plusieurs S)-nmki du sixième sKclc remirent ilfjii «ux évfqnPB le droit de fiirvoillnncc sur les couvent*. — Syn. d'Orléans, SOI, canon lu. — Syn, d'Epson, 517, «m, liruxu'tiic Svno.lu du Tours, cm. 7. — Syn. d'Arles, 6M, osn. 7.
(2j Murcuir, Fer t.
la protection du prince. Cette protection assurait aux couvenlsdes privilèges de uature diverse. Les uns restaient soumis aux contributions et, Ma milice ; d'autres à la milice seulement ; d'antres enlinne devaient plus qu'une chose moins coûteuse, leurs prières (1). Leurs possessions étaient à l'abri de toute usurpation, et la plus complète liberté leur était assurée dans la gestion de leurs revenus et dans le choix de leurs abbés. Enfin, quelques-uns, une fois devenus royaux ("2), étaient alFranclns de la juridiction civile ordinaire et ne relevaient plus que de la justice du roi. C'était surtout le cas pour ceux qui avaient été fondés directement par les rois, et nous en avons vu plusieurs exemples sous la domination des Longobards. A coté des monastères royaux il y avait, mais en plus petit nombre, des monastères pontificaux. Tels élaient celui de Fulda, et quelques autres moins célèbres cités dans les lettres de saint Grégoire le (Irand (3). Les monastères qui ne jouissaient d'aucun privilège spécial durent, jusqu'au neuvième siècle, soumettre à l'approbation épiscopale tous les actes importants de leur administration financière et l'élection du leur abbé; et tous, sans exceplion, qu'ils eussent ou non obtenu des chartes des rois ou des papes, restèrent, jusqu'à la même époque, sous la haute surveillance Je l'évèque (•*).
|!) Captt., t.I, «un. 817. £wf»., I, p. 5B9.
{2} Mareiilf., Fa™., il' 25.
[3, Greg. t&agn., Ub. VU, ep. 12; lib. VIII, sp. 15; Kb, XIII,
ep. 8, 9, 10.
(■1) t AWiiU'n nt intimi'liir omiii* moili- volmtuu ui pra-cit>înr.u ut
La condition des couvents changea peu à peu sous la domination des Finales. L'étendue fie leurs domaines s'accrut très-vite dans la Haute-Italie, et sans devenir aussi considérable qu'en France, où l'Église ne possédait pas moins du tiers du territoire et où une seule abbaye, celle de Sain t-Gcrmain-des- Prés, avait au commencement du neuvième siècle une propriété de quatre cent trente mille hectares (I), elle le devint assez pour éveiller l'attention de l'Étal. Charlemagne prit de sages précautions pour empêcher qu'on abusât de la crédulité des populations (2). Louis le Débonnaire déclara que les donations faites au profit des couvents seraient nulles, si les héritiers du donateur ne les ratifiaient point 13). Ft comme l'ambition des richesses se développe avec les richesses mêmes, on +it, sans parler d'autres ruses pieuses plus excusables, des clercs descendre jusqu'à fabriquer de faux titres de propriété, comme ils avaient fabriqué de fausses donations et do fausses dérrétalcs, pour y appuyer leur pouvoir (i).
De même que des Kidises ni des évtVhés, un certain
1] Kurti, II* vol., 1" partie, g Sij, dii- m
nombre de couvents obtinrent des rois franks des concessions d'immunités de plus en plus larges, et ils les firent d'autant mieux valoir que l'étendue de leurs terres leur donnait plus de pouvoir et d'indépendance; mais par une singulière inconséquence, un grand nombre d'autres couvents furent vendus sans scrupule ou donnés par les mêmes rois, en bénéfices à leurs créatures et a leurs favoris. Les abbés ainsi créés ne songeaient qu'à exploiter leur abbaye comme une ferme, et la faisaient administrer par un procureur, dont l'unique souci était d'en tirer les plus gros revenus. Et si par hasard ils appartenaient au clergé et allaient vivre parmi leurs moines, ils ne quittaient point dans leurs nouvelles fonctions leurs anciennes mœurs, ils continuaient à passer leur vie à la cliasse et dans les plaisirs, et portaient par leur Exemple et leur direction le coup le plus funeste à l'institution monastique. Ils devaient prêter le mémo serment de fidélité et étaient tenus aux mêmes services et aux mêmes dons que les vassaux séculiers (I). Ils devaient comme eux répondre à l'Iicnban, et ne se faisaient point scrupule do porter lo sabre et la cuirasse, et de prendre part à In guerre (2). Un capitnlaire de Pépin les met au nom-
(1) ■ Kxcnin vero «tin eio.ui* ]n.l'hnovi:or iinpo-ii» miiii, iiinpiilnndn,
et lion îmyuril rjiinm <-i>n-ni;tiiilo fm-ral ii(.Ti|'k'i!<!ii tcn.-cmiii. > (Kiiro!ilttg., Copiât. Lamj., nu. B03, 10.)
[1) . Quiii Instiginte antique. hotle tuJivimui qnwdam nt>« suspect^
qticnl /lonoru Encirdotuni cl mi Ecclcsiariim ; semiis... . (Karal. M»g„ Kaptt., ton», anni.)
bre des exercitales (1). Quand lo mal fut devenu trop grave, les rois qui en étaient la première cause, cherchèrent en vain à y porter remède. Louis le Pieux chargea Deootl d'Aniane de visiter tous les monastères da royaume, de les réorganiser, de les épurer, et d'y rétablir dans sa pureté ta règle de sain! Benoit de Xursia. L'une des reformes les plus importantes de Benoît d'Aniane, porta sur l'emploi des revenus. Il décida que la moitié devait être consacrée à l'entretien des moines, et que l'autre moitié seule devait être laissée à la libre disposition de l'abbé.
Lorsque la royauté s'affaiblit, les couvents comme les Eglises entrèrent dans la société el dans la hiérarchie féodale. Les plus riches devinrent de vraies seigneuries ayant leurs vassan\, leur advocahis (2) , leur juridiction, établissant des péages et des impols sur leurs domaines, levant des troupes, soutenant des sièges, et faisant la guerre. Les plus faibles cherchèrent à rentrer sous la tutelle de J'évêque, dont ils avaient tenté autrefois de s'affranchir, ou tombèrent dans la vassalité des seigneurs laïques. Il n'y eut plus pour eux comme pour tout le inonde, d'autre alternative que d'être souverains ou sujets, et les simples couvenls libres disparurent comme les simples hommes libres. Les barons, trouvant les couvents d'un
(1| . Si qui» Vontifai cloricos (nos umonioa vivendo online diftringero
a*. t?.j.-fai. ibbj., valiez, a.) n
■-«mitai» jiropriiLin liiHV'litiili-ui. n (Kiirnl.. CujHf-, nnn, 813,14.)
ES ITALIE
hou rapport, se mirent à en construire par spéculation. Ils prenaient souvent la plus grosse part des dimea et des offrandes des fidèles. L'abbé qu'ils choisissaient eux-mêmes restait dans leur dépendance, élait tenu à l'hommage et au service mïliiaire, et L'évêqne ne pouvait lui refuser la consécration que dans le cas d'une flagrante indignité. On comprend ce que devenaient la règle et les vertus monastiques avec dû tels abbés, de quels moines ils devaient être entourés, et combien l'esprit de Dieu et la morale évangélique étaient près de disparaître des couvents. La féodalité les avait matérialisés ; une étincelle pourtant y survivait, qui devait y rallumer plus tard le feu sacré de la vertu, du désintéressement et de la foi.
Le clergé séculier passa aux mêmes époques par les mêmes phases de développement que le clergé régulier. Dans la période qui précède la conquête des Kranfcs, les différents groupes qui le composent sont tous en lutte les uns contre les autres, et ce n'est point sans combat que triomphent dans PHglise l'unité et la centralisation. Les métropolitains voudraient se rendre plus indépendants des papes, les évéques des métropolitains, les prêtres des évèques ; et tous travaillent à la fois à soumettre à une subordination plus étroite leurs inférieurs, et à s'émanciper dn leurs supérieurs hiérarchiques.
Nous, avons vu que les métropolitains étaient les cheTs d'une Église nationale ou provinciale, comme le Pape l'était de l'Eglise universelle. Leurs droits, qui varièrent avec les conditions politiques des temps et
des royaumes, consistaient on général dans l'installation et le sacre des évëqucs de leur province, dans la faculté de les réunir en synodes dont ils présidaient et dirigeaient les délibérations, et dont ils promulguaient, avec l'autorisation du roi, les décisions. Ils exerçaient une haute juridiction sur leurs sull'ragauts et sur le clergé de leur province, et prononçaient môme, après avoir pris l'avis du synode provincial, des condamnations et des dépositions qui, jusqu'à Charleraagne, étaient sans appel. A partir du neuvième siècle il n'en fut plus ainsi. L'appel des jugements des métropolitains à la cour de Home, devint la règle générale, et les fausses Déc ré taies d'Isidore proclamèrent même que les réunions des synodes provinciaux devaient être autorisées et leurs décisions approuvées par le Pape. Dans les grands royaumes, il y avait plusieurs métropolitains, et l'un d'eux avait le rang et le titre de primat. Mais ce titre, qui ne .commença à être en usage que dans le neuvième siècle, ne désigna jamais des fonctions nettement définies.
Les métropolitains lâchaient, d'étendre leur autorité au détriment de celle des papes, et les rois les encourageaient dans cette tentative dont le succès eût tourné au profit de leur propre pouvoir. Car l'indépendance religieuse fortifiait l'indépendance nationale. Un clergé qui était inoins étroitement soumis ù la cour de Home, l'était davantage au trône et lui prêtait plus d'appui. Aussi les rois s'cObrcaïent-ils de concentrer toute l'autorité religieuse dans leur royaume entre les mainsd'un seul métropolitain, es-
parant que l'unité ecclésiastique servirait à développer l'unité politique. Los papes, au contraire, t;\chaient de multiplier autant que possible le nombre des métropolitains dans chaque royaume, alin de les maintenir plus aisément dans la subordination en les opposant les tins aux autres et en diminuant l'étendue de leur juridiction. Ils craignaient qu'un évèquo placé à la tète de foutes les all'aires religieuses d'une nation, ne fût tenté de devenir patriarche cl do dénouer, peut-élre mémo de briser, les liens qui l'unissaient au Saint-Siège. Us s'opposaient à la nomination des primais et donnaient le même titre à leuçs propres légats. Us trouvaient des alliés dans les évèques et dans le clergé inférieur en leur ménageant un recours contre les décisions de leurs supérieurs immédiats; et nous avons déjà vu comment, grâce au faux recueil d'Isidore, et surtout à la faiblesse des successeurs de Charlemagne, ils réussirent à établir définitivement leur suprématie.
Il n'entre pas dans notre plan de parler en détail des rapports des différents métropolitains d'Europe avec le Saint-Siège. Nous nous contenterons de dire un mot de ceux d'Italie, c'est-à-dire des métropolitains d'Aquilée, de Milan et de Bavcnnc. Tous les trois résistèrent longtemps a. l'autorité des papes, mais ils furent enfin obligés de la reconnaître. L'opposition des archevêques de Ravenne fut la plus dangereuse ; entourés d'un clergé qui leur était dévoué, fiers de commander dans une ville qui avait été pendant des siècles le siège du gouvernement grec, ils cherchèrent à se créer un État et balancèrent quel-
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quefois la fortune politique de Rome, jusqu'à ce que l'un d'eux, l'archevêque Jean, subit sous le ponlilicat de Nicolas 1" une défaite dont ses successeurs ne se relevèrent pas. L'opposition des archevêques de .Milan fut étroitement liée à l'opposition politique des habitants de leur diocèse, et nous les verrons plus d'une fois jouer un rolo important dans les factions qui divisèrent l'Italie, luller contre les empereurs, essayer de gouverner la ville et la province, et se maintenir indépendants des papes.
-Maïs le défenseur le plus constant, le plus intrépide,, le plus habile des prérogatives religieuses des métropolitains, fut Hincmar, archevêque de Reims. Ce prélat, dont on a pu dire qu'il élail le dernier de l'école de Cliarlemagne, lutta sans jamais faiblir envers et contre tous, avec une obstination digne d'urio meilleure cause, pour maintenir intact, contrairement aux doctrines des fausses Décrétâtes d'Isidore, son droit de juridiction absolue et sans recours sur ses su drapants. El si sa résistance à l'extension du pouvoir papal peut être critiquée au point de vue des destinées futures de l'Église, elle nous montre en lui le Frank passionné pour la France, un grand arche* vêquepairiolequi meurt au moment où les Normands envahissent son pays, en emportant dans sa fuite, comme les anciens leurs dieux lares, les os de saint Kern y.
En même temps que les évÊques acquéraient par l'abaissement des métropolitains une position plus indépendante, ils s'efforçaient de soumettre le clergé intérieur à une plus complète subordination. Les
prêtres étaient attachés plus étroitement à leur paroisse. On no se contentait pas de renouveler les prescriptions des conciles tic Chaleédoine et les anciennes lois contre les clercs errants (1). On ne se contentait pas d'interdire aux ecclésiastiques de quitter leur diocèse, on exigeait d'eux au moment de leur ordination de s'engager par serment à consacrer toute leur vie à la paroisse pour le service de laquelle ils étaient désignes. Cette mesure, qui prenait le nom de localilas ou de stabititas (2), et qui facililailbcaucoup a l'évèque l'exercice de son pouvoir, fut complétée par la division du diocèse entre un certain nombre d'archidiacres et d'areliiprètres (ii) , chargés, les uns, des intérêts matériels de l'Église, les autres, de tout ce qui avait rapport ù la foi, au culte et à la discipline. C'est en France que cette organisation administrative (il semble avoir pris naissance; do là elle ne tarda pas à se répandre en Italie. Elle soumit le clergé à une surveillance plusaclive et plus efficace, et amena une plus prompte expédition des affaires et la réforme de beaucoup d'abus. Mais les évoqués n'en tirèrent pas, pour l'accroissement de leur pouvoir, tout le fruit qu'ils en attendaient. Comme ils visitaient moins souvent leurs diocèses et eu aban-
(1) N'iras iivons explique, dons le livre 11, et i|tio!i ciilcmljit }iar le moi
donnaient entièrement le soin aux archiprèlres et aux archidiacres, ceux-ci devinrent à leur tour puissants et indépendants, et finirent par entraver plus souvent l'action épiscopale qu'ils ne la secondaient.
L'introduction de la vie canonique dans le clergé, qui date aussi du huitième siècle, ne fut pas non plus, comme les évoques l'avaient espéré, favorable à leur autorité. Saint Augustin avait déjà vécu à Hippone en communauté avec ses prêtres. Cu souvenir, l'exemple du la vie monastique, l'influence moralisatrice qu'elle exerçait sur lous ceux qui la pratiquaient, l'admiration qu'elle excitait parmi le peuple, firent nailre l'idée de soumettre le clergé à une règle. Chrodegang, évèque de Metz, y réussit le premier, en 7fiO. Lu règle qu'il donna aux - prêtres de son Eglise, après avoir subi quelques légers changements, no tarda pas à se répandre en Italie, en Allemagne, en France. Les synodes l'approuvèrent [1), el un capitulaire de Louis le Débonnaire, de l'an 8015, la déclara obligatoire dans tous ses Étals (2). Moins le vœu de pauvreté, celle rèfde différait- peu de celle de saint Henoil. Les prêtres avaient toutes leurs heures, lous leurs travaux réglés, ils prenaient ensemble leurs repas, se retrouvaient aux mêmes heures, a l'église, à la bibliothèque, à la salle capitulaire. Etainsi, tandis
(Il Thomniainî, p. I, Itl> 111, cil, tx, Ï8 H, 9.
(3) La ïïe c:iiHmi<;ii<! fut ri-cuLiiinan.lvij ou |ir..«rilL' [>;tr plusieurs cou. cita s «ncil» ilcTaiir», in ->6ï,c. 11. — Canette -la Tnlàlc en liSU, c 11 Bt23. — Concile Je Vcrneuii, en Elle n i- ilé iMbHc momcntnné-
Xmul. Mng., CnjuV.. :m. II! 1 .', r:. iwi.r, m. (! ri:].. \xu, et I.uJqv. I, ce|>. t't'j'thi A- t vi'$r<ttttt<*\!.
EX ITALIE
que les moines se rapprochaient d'eux, ils se rapprochaiont des moines. Le peuple ne les séparait plus dans ses faveurs et dans sa vénération, et à ses yeux comme dans la réalité, ils n'étaient pins que deux corps dislincls d'une même milice, la sainte milice du Christ. La réunion des ecclésiastiques de chaque cathédrale fut appelée chapitre, et plus lard chaque membre du chapitre prit te nom de chanoine. A l'exemple des cathédrales, les Églises des villes réunirent leurs desservants en un collège qui fut présidé par un doyen. Celle communauté de vie devait, par la surveillance et l'édification mutuelles, exercer une heureuse influence sur les mœurs du clergé, mais elle y développa surtout l'esprit de corps. De même que lesévêques luttaient contre les métropolitains, les chapitres et les collégiales luttèrent contre les chèques. Ils demandèrent que suivant les anciennes lois une partie des revenus de L'Eglise leur fût attribuée, et presque partout ils réussirent dans celle demande. Les chanoines réclamèrent une part dans l'administration du diocèse, et lâchèrent de s'ériger en une espèce de sénat dont l'autorisation cùtéto nécessaire * à toutes les décisions cpiscopales.
L'Église était ainsi entraînée dans deux voies opposées. D'un côté, elle aspirait à se constituer plus fortement et à centraliser ses institutions. De l'autre, les différents groupes qui la composaient tachaient d'échapper aux étreintes de la hiérarchie et luttaient entre eu.x pour conserver leur indépendance. Do sorte que la marche progressive do la société religieuse vers l'unité, sans être arrêtée ni
compromise, était entravée par d'incessants tiraillements. Le développement de la féodalité ne fit point cesser la lutte entre ces deux tendances contraires, mais il en déplaça le théâtre ; et, sans détruire les institutions exclésiastiques dont nous avons signalé l'origine au septième et au huitième siècle, en réalité il en annula et en suspendit l'action. L'Église fut pins étroitement que jamais liée a la condition politique de la société. Elle relevait trop d'elle, elle lui demandait trop pour en séparer ses destinées et pour ne point être emportée dans son orbite.
Mous connaissons déjà quelques-uns des changements introduits par les Franka dans la situation des évoques. Pendant la domination des Langobords, sauf de rares interventions de la couronne, que nous avons signalées, ils avaient continué à être élus par le peuple et le clergé. Apres la conquête de Charlemagno, ils furent d'abord nommés, comme dans le royaume frank, directement par le roi (I) ; et lorsque
(1) Dans le royaume Frank, lVIecti.m do- .'vS-ium par le elerge et le ■ peuple nuit commencé ù disparaître di* li- riuiniieme firâlc, et les rois qui, jiis.ii l'a Ion, n'avaient lu que- le droit de cniinnnntioii.ii'éliiieiit nrro(.-4 le droit do nomination dira'ls. Qh:'1i|h»-î -ynede. rivaient réclame, mais inutilement. Los rois étaient re.té- Jéiimi.veim.„t eu i^ession du droit de nomination. U- n'en "■■il'-'" V-'- '""j"'"- vll " s lçs P 1 " 9 &vorr1 '
Ifc i. la rriijriov,. 11- donnaient quelquefois le. évé,lic S eomme de. nie™. p««. fc nui leur .«i«.t rendu en ,.u pouvaient leur rendre de 9
services; ils les vendaient même pour se créer des recourues. Et t lia ries-
EN ITALIE 209 la royauté affaiblie eut perdu un à un tous ses droits, 1 'élection populaire, un instant rétablie, ne tarda pas h faire place il la nomination par le Pape. Élevés à une haute position politique , dotés d'immunités étendues, les évêques, sans parler de la faveur des princes et des grands, des concessions bénéficiaires, des donations et des précaires, qui étendaient déjà si démesurément leurs possessions, virent encore s'ouvrir pour eux, sous les Franks, une nouvelle source de richesses, la dime. Empruntée àl'Ancien- Testamenl, recommandée comme une sainte pratique dès les premiers siècles par Origène, saint Ambroise, saint Augustin, saint Clirysostôme, demandée et même prescrite par un certain nombre de synodes, mais repoussée par les masses et acquittée seulement par les plus zélés des fidèles, c'est sous le règne de Pépin que la dlnie fut établie en France comme une mesure provisoire qui a duré mille ans. Cliarlemagne y soumit toutes les terres, mémo les terres do la couronne (1), et toutes les classes de la population, nobles, hommes libres, aidions, et la déclara obligatoire dans tous ses États pour les Saxons, en faveur desquels Alcuin réclamait la faveur d'une cx-
motropolitflni ejiiîrl™ ( ,r<ivirici:f Fomiftx ordinclnr, non pnlrocirii" po- Matau idhlbmt non odlidltate mUola ai conwribcinlum deerclum nlios lioiletnrpramiia nlios limore compilât. ■
Concile rfOr/faiH, S-lll.— . Jlii'.A eLvtimiciii rkri cl plcli», sient ianntii|ui: fiinynlbin '.Emilie tu rl[-tujn «'uni <'ui]L[iru\![iLkLiiblt$ pontife* consc-
Cttelttdt Parti, 531.
(1) Knrol. Mngni, C«;.if., nnuo 179, «p. vie. — M.. Coj.fl <ti VIIIU. 11. 14
ception fl), aussi bien que pour les Longobards (2). Son introduction en Italie rencontra parmi le peuple une opposition dont les amendes et la prison ne triomphèrent pas toujours (3), et le grand nombre de capitulaircs qui en prescrivent l'acquittement prouve combien il était difficile. C'était a l'église de sa paroisse que chacun devait payer la dîme (4) ; mais les seigneurs et les rois tâchèrent souvent de la détourner a leur profit. Le quart des sommes qu'elle produisait devait appartenir aux éveques (5); mais, malgré les défenses réitérées de la foi, ils s'attribuaient souvent une plus grosse part. La loi déclarait aussi acquis à l'Église les biens que l'éveque ou les prêtres acquéraient pendant leur administration; mais la loi, alors plus qu'à aucune autre époque, resta souvent une lettre morte.
Ce ne fut pas seulement dans leurs rapports avec
EN ITALIE 211 l'État, par suite du nouveau mode de leur élection, ni dans leurs rapports avec les populations, par suite de l'Établissement de la dîme et des immunités, que 1 la situation des évêqnes en Italie se trouva changée après l'introduction de la féodalité. Leurs rapports avec le clergé de leur diocèse subirent aussi de profondes modifications. Ils conservèrent le droit de nommer eux-mêmes les prêtres desservants des paroisses. Mais l'extension du patronage laïque apporta de jour en jour de plus nombreuses restrictions à" l'exercice de ce droit. It avait toujours été d'usage que le nom de celui qui fondait ou dotait une Église fût, en témoignage d'honneur, inscrit sur les murs, proclamé à toutes les fêtes solennelles et recommandé plus spécialement aux prières des fidèles. Si le fondateur était un évoque, et plus tard toutes les fois que c'était un ecclésiastique, l'évèque du diocèse lui laissait volontiers la nomination des prêtres chargés de desservir l'église qu'il avait fondée. Les laïques ne tardèrent pas a réclamer le même privilège, et, au septième siècle, il devint presque partout inséparable du patronage (I). Mais les patrons allèrent plus loin. Ils se réservèrent une partie des revenus de leur église, revenus que les dons des' fidèles rendaient quelquefois considérables, fondèrent des églises par spéculation, et souvent y nommèrent comme curés leurs propres serfs. Les évèques, pour éloigner la foule de ces églises, défendirent do
(1) En Orient, c'JMit un pririlcgcciuMM plus ancicu. [Voyoi Juitinicn, Sue., SI, o.xxiti; U„ Mi., 123, c. uni.)
Dli LA CIVILISATION
les ouvrir sans leur autorisation (i) d'y exposer ou d J' Sarder les reliques des saints et d'y célébrer la messe aux jours des grandes fêles ; mais ils ne firent point cesser les abus qu'ils combattaient, et les lois, en cherchant à limiter ces abus, leur donnèrent par 1* même une sanction (2).
En même temps qu'ils voyaient une parlie des prêtres de leur diocèse échapper à leur autorité, les evèques y soumettaient plus étroitement les autres.
et annulaient a
, pour un temps, les résultats qu'a-
vait semblé |
«les collégiales. Entrés dans l'aristocratie territoriale ils u '
■■ promettre l'institution des chapitres et
3 us aienl sans scrupule, dans l'ordre religieux, du Pouvoir dont ils étaient investis dans l'ordre temporal. Ils traitaient le clergé inférieur avec d'autant m oms d'égard, que celui-ci so recrutait dans une Proportion do plus en plus grande dans la classe des serfs. H n'y ava j t n j us cn[rc eux et i ea p re i res ]' om bre même d'une vie commune. Il y avait loule la distance d'un haut et puissant seigneur à de très-hum-
es vassaux. Et il y parait jusque dans les légendes. Les évêquea et les abbés sont presque les seuls qui en soient les héros et qui deviennent des saints. Les simples prêtres ne sont plus qu'une milice anonyme dont 'es vertus ne profitent qu'à l'Église, no sont comptées qu a leurs chefs, et sont ignorées de la postérité.
La richesse, la puissance, la nouvelle position po-
0) Vn grand nomfatt de Synodes po:ent ™ renouvellent™ règles, aae LJmrlgmngno mpmJnj, ,| H ,„ sc6 Cnnitulsir*», ann. B02, c m.
(S] Pip.,Car. Jln S .,im. 701,0. L1I. VoJM Muni Ca,., L 1, p.570,U4i 1,,l;> - Apud Hulule.
lilique qui lui était faite corrompirent le clergé. Sous les Longobards, où il avait été obligé de lutter contre l'arianisme, auprès des papes où il avait concouru a la défonse nationale, la misère, les dangers, la lutte lui avaient conservé des mœurs relalivement pures. Quand la féodalité eut passé les Alpes, les mômes causes le fireot descendre en Italie au même degré d'abaissement qu'en France ; et, sans le vouloir, les princes, même les meilleurs, accélérèrent dans son sein les progrès de la corruption. Les évêques appelés aux premières charges de l'État, conseillers du prince, ses envoyés dans les provinces, ses ambassadeurs à l'étranger, se consacrèrent tout entiers aux affaires du monde ou aux plaisirs, et devinrent étrangers à toute préoccupation religieuse. Ils ne songèrent plus qu'à étendre leur pouvoir et à agrandir leurs domaines, et ne reculèrent devant aucun moyen pour satisfaire leur avidité ou leur ambition. Vivant en barons féodaux, vêtus de l'habit militaire, entourés de chiens, de faucons ou de gens d'armes, ils s'offensaient qu'on voulût les priver du droit de guerre (1), et quand ils n'en auraient pas eu le goût, ils auraient été forcés, par les mallieurs du temps, d'endosser la cuirasse et de tirer l'épée pour se défendre. S'ils avaient encoro quelque science, ils s'en servaient pour tromper l'ignorance du monde en publiant de fausses pièces, recueil de décrétâtes ou donations dé terres. Les simples prêtres ne valaient pas mieux. Sortis en grande partie des classes servîtes, ils en gardaient la grossièreté et
;i) Voyei le Cii|jiliiloi'j-rUu Ukurlcm:!!;^ c'a ', 11I113 hmit.
l'esprit de dépendance, et au lieu do former un corps plein de dignité et de force, ils n'étaient souvent entre les mains des évoques qu'un instrument docile et inerte. Louis le Débonnaire avait défendu d'ordonner les serfs avant de les affranchir, mais la cérémonie qui les faisait libres leur laissait leur âme d'esclave (1). Une foule d'hommes libres venant vivre sous la protection des églises et des monastères, et se faisant donner les ordres mineurs pour échapper au service militaire ou à la tyrannie des seigneurs laïques, apportaient au clergé, dans les rangs duquel ils entraient, de nouveaux éléments de corruption. Beaucoup d'églises, devenues des propriétés particuières, propriétés divisiblos comme toute autre, tombaient en ruines, et quand les ornements du culte s'y trouvaient encore, l'esprit de Dieu en était absent. Sous le nom et sous les apparences d'une redevance féodale s'étendait celle plaie de la simonie qui devint si dévorante et fut plus lard l'un des griefs légitimes des papes dans ta longue querelle des investitures. La société ecclésiastique s'était profondément abaissée ; mais il ne faut point oublier que la société laïque était descendue plus bas encore, que le droit du plus fort régnait partout, et que si l'ombre était grande sur l'Église, on y voyait luire encore des
(1) Knrol. Ulg.,* SlaUila Mlipocmuta, •[>. Peru, 1. lll.pngû "9, SO. — • Ut ncino prcsiuiMl - r.::. :.:m:.i.< siiii.istyiim ccclcti.c conutitnerc vcl
vertus qui étaient un germe d'avenir et une promesse de salut, Ut chute était grave ; mais puisque l'Église s'en est relevée, c'est qu'il lui restait encore assez de forces pour reprendre son essor, assez de lumière pour lui montrer le vrai chemin, assez d'énergie pour y marcher. C'était une longue et inquiétante éclipse, mois ia lumière devait reparaître!
La condition du clergé en Italie sous la domination des Franks, so caractérise par une double série do faits, en apparence contradictoires. Les évêquea sont nommés par les rois ; mais ils sacrent les rois, et les papes sacrent les empereurs. Les synodes sont plus étroitement soumis à l'autorité du prince, ils ne" so rassemblent qu'avec son agrément, sur sa convocation, sous sa présidence ou en présence do commissaires laïques qui le représentent. Le prince les compose a son gré des évéqnes d'une ou de plusieurs provinces, il ne publie leurs décisions qu'après les avoir approuvées, cl il règle souvent de sa propre initiative les matières religieuses et la discipline ecclésiastique par des capitulants. Mais d'un autre côté les évèques acquièrent une grande importance politique, on leur fait «no large' place dans les assemblées où se traitent les affaires publiques, on les revôl des plus liantes charges civiles, ou leur confie les plus hautes fonctions gouvernementales. L'Église semble, au premier abord, devenue plus dépendante de l'État, mais en réalité elle a conquis sur lui beaucoup plus d'autorité qu'elle ne lui en a donné sur elle. Le gouvernement a cherché à l'absorber en lui, et c'est elle qui va le dominer. Si- les synodes sont moins
fréquents, s'ils ont perdu leur ancien caractère, c'est que la plupart des affaires religieuses sont traitées et résolues dans les assemblées politiques. Mais dans ces assemblées, ce sont les évêquea et le clergé qui dominent.
L'Église semble sacrifier un instant aux exigences des mœurs barbares {!), la rigueur des prescriptions évangéliques. La loi canonique et la loi civile qui s'en inspire, quoique continuant à défendre expressément toute union entre parents, reconnaissent en certains cas la dissolubilité du mariage. Si la femme refuse de suivre son mari en pays étranger, ou si elle est faite prisonnière et que son mari n'ait pas de quoi la racheter, celui-ci est aulorisé à"cn prendre une autre. Il en est de môme si la femme est atteinte de certaines infirmités (2), ou si elle est convaincue d'adultère (3). Dans le cas d'adultère du mari, la femme n'est autorisée qu'il se retirer dans
()) Lo ChriitidnimiB atout eu h combattre lu prjlygnmio ni chei les Romains, "i clies les Barbâtes. Chez les Romains ici corrantion toit profond*, mais 1» loi 4t«it momie. Chei les Germains, les mœurs étaient sivènu (Tacite. Gtrm., llj, 19.), l'ndollèro émit tire , et les clirfs soûls, il cntiss War imijlfeso, et siri'liiililriiicnt aiwiii, onmi en
mes, at CbMlomagni on changea toute sa -rie, an gni Je ses posai ont un. ffMr.'i L't molli les.
(SI SI millier infirmimte rorrenta non Tslnsrit vïro detiituin nddere, illc uni non jmtuori [ coiilitinie iml.n' niii|;i>. ■■ [lirïfM"- II, £')*«. <rj Donif., Ma. 7X.)
Plpjrini, r,a,,„ ma. m, ™ r . h.
un couvent. Enfin, pour employer les expressions modernes, le mariage peut èlre dissous s'il y a entre les époux irrémédiable incompatibilité d'humeur (1). Mais l'Église ne fait là que des concessions transitoires, et comme elle devient juge de toutes les questions relatives au mariage, elle finit par eu rester aussi la législatrice et l'arbitre absolue.
Elle pénètre de plus en plus dans la vie des peuples. Nous avons vu comment elle avait su modifier, en les marquant do son empreinte, plusieurs coutumes germaniques, comment au wehrgeld, qui élail la satisfaction donnée à la famille du mort ou de l'offensé, elle avait ajouté le fredum, qui était le rachat du trouble apporté à la paix générale, et pour ainsi dire le wehrgeld de la société ; comment elle faisait prêter le serment qui, à défaut d'autres moyens d'information, était alors d'un emploi si fréquent, sur un reliquaire et au pied des autels, comment elle s'associait aux ordalies, mais en en changeant les formules, le rite, les consécrations, et en les rattachant par des cilalions à la Bible et à l'Evangile (2). Elle ne se contente plus alors d'inspirer la loi, elle veut faire elle-même des lois et discipliner la vie. Il ne lui sortit plus de prêcher ia morale, elle l'impose. Ses livres de pénitence deviennent le code pénal de toutes les in Crac lions. Et comme dans un
()] • Dum illtcr Mluisi o: e(i]ijn;ï.-iii Minm illnm non caritîts sccuniliim Ileum seJ dlicoHia regnet.. Plsmll Qtrimqm Toluntlll ut so a conwrlio Kejmr.-ire dehsreut. • (.Form. Ifnrculf., lib. II, 30. — Àpud dora Bouquet, Ith. IV, 4SH.)
12) Voyez IVwsersdilclieii. /Jii..mniii.ii.i,(n, Halle, 1851, a II. Kfce, Hit Heirlitr, l^lurkht Irid'ir/i? fnicruii-luiij. Fffliiolurt, 1B2B.
couvent, toutes les pensées, tous les actes des laïques sont mesurés, jugés, absous ou condamnés par elle. Les princes autorisent ces prétentions. Chartemagne envoie les évèques dans les provinces pour en extirper ce qui reste de paganisme, pour s'y enquérir des adultères, des parricides, des vices, des hérésies, et dénoncer à sa colère les infidèles elles méchants quo leur prédication n'aura point amendés (1). L'Église a, comme moyen coercitif, l'excommunication, toujours si redoutée aux époques de foi, et à laquelle les rois ne craignent pas d'ajouter comme sanction toute la rigueur de la loi civile, lurtiiiant ainsi une arme dont ils sentiront plus tard si durement les coups. Childebert II avait banni do sa cour les excommuniés el les avait privés du droit de posséder. Pépin leur interdit l'entrée des églises, et défend à tout chrétien d'avoir des rapports avec eux. L'Église transforme ainsi l'excommunication en une peine temporelle. .Mais en la laissant planer comme un glaivo vengeur au-dessus des dépositaires de la puissance temporelle, Ijien qu'elle s'en serve plutôt dans son propre intérêt quo dans l'intérêt des
(1) CifiM., ma. TCD, e. ni. • BMtnfmaa ni «ingoln annis uniuq.iisqnc Epticoptu rurrocLiam srnim wlticiUj cînnmmt et popuhtm coutirmarc cl ]>1cIim ilrx-ero et invi-tijMre ri ]>rolj:!«.-rfi i^nnas utaervalioiiH, diïinoîn.no vc] sorti If s ni uni u'i;:uri:i, pl.v!:i.':ir-u, [limitations, vol ontlli-i ï]iiLrt-ili:nj;<.-r.:il;mn stuJeal. *
Cnprt., ann. «la, cou. i. ■ Ut ibi inqnirenn'i studium babatul 11 Lncestn, d.; parricidiis, frjL'.riciJi L= f iululta-iii, cenodosiis et inolis quai
coratn insolcntin n^'is nnril.m intiuictur ut quoi sacerdotal is adtnonitio non flcctit nd juslitinni . regain |io:.>tui aS iniiirutu'att roercoal, »
peuples, elle Fait pénétrer dans les consciences l'idée de la puissance morale. Cette idée grandira, fera son chemin, deviendra plus claire, et l'on comprendra de mieux en mieux chaque jour, qu'il y au-dessus'de la force, une justice sociale. C'est un principe qui n'est encore qu'en germe, mais qui ne s'arrêtera plus dans son développement, jusqu'à ce qu'il ait remis le sceptre du monde à l'opinion, celle souveraine qui ne descend plus du Irùne une fois qu'elle y est montée.
Si l'Église, par un emprunt évident fait aux législations barbares, introduit dans son système pénitentiaire les peines pécuniaires, d'un autre coté elle contribue beaucoup à faire remplacer dans la législation pénalo le système des compositions par celui des peines personnelles, ce qui est un progrès évident.
Il y avait pour elle un grand danger à devenir féodale; c'était que l'esprit chrétien, qui seul faisait sa farce dans le passé comme dans l'avenir, fût tué en elle. Mais si elle ne succombait pas à celte rude épreuve, elle acquérait sur le monde, en se mêlant ù lui, de nouveaux moyens d'aclion. En étendant do plus en plus ses possessions territoriales, c'est autant qu'elle enlevait au despotisme plus écrasant des barons, c'est un champ de plus en plus vaste qu'elle s'ouvrait pour y supprimer plus tard la guerre et y proclamer la trêve de Dieu ; ce n'est que par la force matérielle qu'elle pouvait lutter contre les seigneurs féodaux, pour qui lajbrce était l'unique droit.
220 DE Là CIVILISATION
La résurrection de l'Empire d'occident était l'œuvre d'un homme de génie, non celle du temps, et elle devait être éphémère comme la vie de son fondateur. Après Charlemagne il y a encore des empereurs, mais il n'y a plus d'empire. L'unilé que ses victoires semblait avoir créée, se brise. Tant d'éléments contraires, violemment réunis, retournent à leurs premières tendances, les races se séparent de nouveau, la société se morcelle, et l'organisation qu'il a voulu établir s'écroule faute de base. Déjà môme, de son vivant, c'est à peine si son activité, son infatigable énergie, le prestige qui l'entoure, peuvent maintenir quelque ordre dans son trop vaste royaume. Son règne n'est qu'un long combat. Quarante ans do victoires n'épuisent point les résistances et ne t'ont que suspendre les oppositions. Les peuples sont terrassés sans èlrc assimilés, et quand la main qui les a soumis vient à manquer, ils rejettent le joug en frémissant. Lui-même détruit en mourant une partie de son œuvre, en divisant ses États entre ses fils. Du jour où la souveraineté se partageait, elle perdait sa force. L'Empire en était réduit à n'être plus qu'un nom, c'est-à-dire une dignité vaine.
Pour qu'un grand empire se fonde et qu'il dure, il faut que la couronne y descende héréditairement sur la tôle d'un seul prince, que les provinces ne
DiïIiïMtt/Cl
EX ITALIE 221 soient pas toujours tentées de se séparer les unes des aulres, que l'administration soit homogène, que le pouvoir, fortement centralisé, trouve, au lieu d'opposition, dos agents dociles pour faire rayonner partout ses ordres et sa pensée. Tout cela manquait. L'bérédîté, reconnue en principe, fiait en fait trèsmal réglée. Les droits égaux de tous les fils de prince, donnaient lieu à des partages qui étaient un aliment incessant de division, détruisaient l'unité aussitôt que le hasard parvenait à la rétablir, et entretenaient les inimitiés et les jalousies des États et des provinces, qu'une soumission momentanée à un môme sceptre n'avait pas suffi u rapprocher. Le plus grand obstacle, le plus diiiidle à vaincre, venait de la constitution même de la société. 11 y avait entre le roi et le peuple toute une hiérarchie de seigneurs, auxquels le roi ne songeait même pas a contester le droit de rendre la justice a leurs vassaux, de les conduire à l'ost et de se faire eutre eux la guerre. Leur tendance était do so rendre de plus en plus iudépendants, et quand leurs intérêts étaient contraires à ceux du roi, le serment de fidélité ne suffisait pas à les retenir à son service. Les rois étaient obligés souvent d'acheter leur concours par des concessions ruineuses; ils s'affaiblissaient ainsi dans l'avenir pour se fortifier dans le présent, et ils se mettaient dans l'impuissance de réaliser leurs meilleurs plans. La résistance des seigneurs empêchait de vaincre celle des peuples. La résistance du dedans empêchait de vaincre celle du dehors.
Ce ne sont pas seulement les fautes, la faiblesse,
l'incapacité de quelques-uns des descendants de Chariemngne, qui amenèrent la chute de sa race cl de l'Empire; les éléments de dissolution dominaient di's son règne. La dynastie carolingienne avait été portée au trône par un mouvement 3ristocratkpie. Quand ce mouvement, un instant comprimé, reprit sa marche ascendante, il amena d'abord la décadence, puis le renversement de la dynastie et de l'Empire.
Nous avons ru que l'introduction de la féodalité dans l'Église y avait produit une révolution analogue. La situation de l'Empire dans la société civile et la situation de la Papauté dans la société religieuse se trouvant ainsi changées, les rapports mutuels des deux pouvoirs changèrent aussi.
Comme ils se rencontraient chaque jour surle mémo terrain, la lutte entre eux était inévitable, et il était aisé de prévoir qu'elle devait se terminer a l'avantage des papes. Car les papes puisaient dans l'élection une force sans cosse renouvelée, et ils étaient soutenus par !a foi des peuples, c'est-à-dire par l'opinion publique qui, sous un nom ou sons un autre, a toujours été plus ou moins la maîtresse du monde, et qui leur servit souvent de bouclier contre les usurpations des princes. La lutte des deux pouvoirs présente un caractère singulier : ils cherchent;! se soumettre réciproquement, sans vouloir se renverser; dans leurs plus vives querelles ils sentent qu'ils sont nécessaires l'un à l'autre, et ils ne savent pourtant point se faire les concessions qui leur permettraient de régner séparément chacun dans leur sphère. Leurs conflits sans
cesse renaissants, font sentir de jour en jour davantage la nécessité de leur mutuelle indépendance. Mais cette indépendance ne se réalise jamais.
Leur irréconciliable opposition a eu du reste son boncôlé. Si le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel avaient réussi à se soumettre l'un à l'autre, quel qu'eût été celui des deux qui eût triomphé, il aurait fait peser sur le monde un despotisme écrasant. La société entière eût été enveloppée dans un réseau de plomb, une vaste monarcliie théocra tique se serait formée, qui eût tout immobilisé dans un ordre sacré, classé tout homme et toute chose dans une hiérarchie immuable, et rendu tout progrès impossible. Car tout changement, c'est-à-dire toute vie, eût été considéré comme une atteinte au plan de Dieu. Si ce système, qui a encore aujourd'hui il'inoll'ensifs prôneurs, ne put se réaliser, c'est sans doute parce que ceux qui l'admettaient au-dessous d'eux comme légitime, le combattaient au-dessus d'eux comme tyrannique, c'est que les rois se débattaient sans cesse contre les papes, les ducs contre les rois, les barons contre les ducs, les laques contre le clergé, le peuple contre les nobles; mais c'est surtout parce que les deux grands pouvoirs qui se divisaient le monde, la Papauté et l'Empire, ne purent jamais être absorbés l'un par l'autre, se soumettre l'un à l'autre, on se confondre dans une même personne. Leur séparalion, tout en troublant la société, y entretint un mouvement fécond, et en stimulant les efforts vers la liberté, favorisa les progrés de la civilisation. L'Italie seule en souffrit, mais elle en souffrit cruel-
lement ; elle en souffre encore. Ses forces, ses aspirations, ses habitants furent à jamais divisés, et, affaiblie par de perpétuelles guerres ci\ iles, elle ne put pas rester indépendante.
Ce fut peut-être un bien pour le monde que l'Empire n'eût point son siège à Rome, à c<Mé de la Papauté. Car la séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel en devint plus visible aux yeux. Si l'Empereur et le Pape eussent habité la même ville, l'un d'eux eût été, tôt ou tard, infailliblement annulé par l'autre, et nous aurions eu un empereur pape ou un pape empereur, et l'un ne vaut pas mieux que l'autre. Mais ce fut un grand malheur pour l'Italie que l'Empire eût son siège et son représentant ailleurs que sur son territoire, et ce fut l'une des causes qui y empêchèrent la naissance d'une monarchie nationale. Pendant tout le moyen âge nous verrons les Italiens s'obstiner à mettre leur grandeur dans l'Empire, parce qu'ils croient faire les empereurs, attacher leurs destinées à des dynasties étrangères, et ne se désillusionner de leurs maîtres que quand il ne sera plus temps de se donner des chefs.
Ce fut peut-être un bien pour l'Eglise que les papes devinssent souverains temporels. Car la souveraineté fut au moyen âge la seule garantie possible de leur indépendance. Mais ce fut, sous plus d'un rapport, un grand malheur pour l'Italie ;car les papes, pour conserver ou agrandir leur État, entretinrent de perpétuelles divisions, provoquèrent souvent des interventions étrangères, élue permirent jamais qu'un
liN ITAL1IÎ 225 prince puissant no s'établit dans la Péninsule. Et c'est ainsi que la Papauté ci l'Empire, par leurs luttes et parleurs alliances, rendirent jusqu'à nos jours impossible !a fondation de 1 * ï 1 1 < 1 l - [ j i a 1 1 c l ; h t i t ■ l ■ italienne.
Quand les empereurs élaient faibles, ils laissaient contester ou rcslruindre l'autorité que Cliarlemagne avait exercée sur la ville de Rome et sur le siège de saint Pierre ; quand ils étaient énergiques ou secondés par les circonstances, ils en reprenaient l'exercice. Louis le Débonnaire laisse passer l'éleclion d'Etienne IV sans exiger qu'elle soit soumise à sa Confirmation. Il se contente du serment de fidélité prêté par les Romains, et après s'être plaint d'abord, se laisse désarmer par des présents et des promesses, et demande seulement que le Pape vienne le couronner a Reims. Etienne IV passe les Alpes et repart bientôt comblé de riebesscs et de nouveaux privilèges.
Son successeur, Paschal, se passe comme lui de l'investiture impériale, allègue pour excuse la difficulté des circonstances qui l'ont forcé à prendre immédiatement possession du pouvoir, et obtient aussi une charte qui confirme toutes les anciennes immunités de l'Église romaine (i). Cette charte, dont l'original n'existe plus, devint plus lard l'objet d'une pieuse fraude. On prétendit qu'elle contenait la donation au Saint-Siège, do la Calabre, du duché do Naples, des lies de Corse, de Sardaiime et de Sicile, et la promesse des empereurs de renoncer à toute immixtion
(1) Ëiiibunli. .la»., ;.mi. «17.
dans l'élection des pontifes. Quant à celle promesse dus le pontificat suivant on la voit démentie par les faits, et quant aux territoires <piï auraient clé donnés au Pape on sait qu'ils notaient point entre les mains de Louis le Débonnaire, qu'il n'avait sur eux ni droits éventuels ni autorité, qu'après comme avant son règne, ils continuent a rosier indépendants on sons la domination grecque, et que par conséquent une telle donation de sa part ct'il clé non-seulement illusoire, mais impossible (i).
Il semblait que Louis Je Débonnaire prît a lâche d'avilir en toute circonstance la dignilé impériale. Son neveu Bernhard, roi d'Italie, s'éfait révolté ccinlrc lui, puis, soit regret, soit impuissance, était venu se jeter a ses pieds et implorer son pardon. Louis le Débonnaire lui fit crever les yeux, lo condamna ainsi aune mort douloureuse; puis, ne sachant pas plus Iriompberdeses remords qu'il n'avait su triompher de sa colère, il se fit juger et absoudre par les évoques, se soumit a une confession et â une pénitence publiques, et en abaissant ainsi son aulorité devant l'Kglise, la compromit aux yeux des peuples- Son fils Lotliaire tint, dès son associalion à i'Knipire, une conduite loule différente. Il vint se faire couronner à Saint-Pierre, et donna ainsi aux papes l'occasion de montrer au monde que la dignité impériale ne s'obtenait qu'à Home et de leur main ; mais, dès le lendemain de son couronnement, il parla ci
(I) Voyez llurntul i, S;tf|i(., I, II* [larl., ]i:ige », et 1,1., DiMscrT,, 34.
agit en maître (i). Le couvent des Bénédictins de
limites par le Saint-Siège. Il jouissait d'une entière liberté dans le choix do ses abbés et ne relevait que do la juridiction royale. Le pape Pasclial voulut contester ces privilèges, et confisqua quelques-uns des nombreux domaines du couvent. Les moines réclamèrent; l'empereur Lothaire tint un plaid en présence de la noblesse romaine et franke, y lit comparaître les deux parties, et condamna comme injuste la conduite du Pape. A peine avaitil repassé les Alpes, qu'un soulèvement eut liou à Rome; plusieurs optimales attachés à la cause impériale Turent assassinés dans le palais du Lalran, par les ordres ou avec le consentement du Pape- Louis ie Débonnaire 'envoya deux missi pour examiner l'affaire et punir les meurtriers. Pasclial, prévenant leur enquête, déclara en leur présence et on présence de trente- quatre évèques ou diacres et d'un peuple nombreux, que les optimales avaient mérité la mort comme coupables de haute trahison, et jura que lui cl les siens y étaient restés étrangers. Louis le Débonnaire se contenta de ce serment {3], Mais
(a) «rente. Firftni
Lothairo étant venu à Home après la mort de Paschal, ioslruisit régulièrement l'affaire, fit jeter en prison les juges pontificaux, cl fit reslilucr par le trésor pontifical les biens des victimes qui avaient été injustement confisqués (I).
En même temps, pour mieux relever sou autorité méconnue, il publia une constitution destinée à régler les rapports de la Papauté et. de l'Empire. Le Pape devait administrer librement, maïs sous ta suzeraineté de l'Empereur, qui conservait un droit de haute surveillance et de haute juridiction. Chaque année des missi devaient rendre compte à l'Empereur de l'étatdu royaume, et s'ils découvraient des abus ou des injustices, en demander d'abord le re-
■ li< m1 !'3|- . qui- li.ii.ii-.nl «•■-•: |ir.i|ir< ...i..
ou les missï eux-mêmes d'aviser. Toutes lus nominations des fonctionnaires pontificaux devaient être soumises à l'Empereur, qui se réservait le droit de leur donner des instructions et une sorte d'investiture. Chacun des habitants rie Home devait èlre jugé d'après sa loi et était invité à faire la déclaration de celle à laquelle il
Après avoir reç et le clergé prèle:
« Je jure par 1 i Évangiles, et p; . Christ, et par l<
C constitution, le peuple
issant, et par les quatre e Notre Seigneur Jésussaint Pierre, prince des t pendant tous les jours
EN ITALIE 221) « de ma vie, fidèle aux empereurs Louis et Lothaire, « dans la mesure de mes forces et de mon intelli- » gence, et sauf la foi que j'ai promise au Sainl- « Siège, et je m'engage à ne pas consentir qu'un i Pape soit élu sinon conformément aux canons, ni n qu'il soit consacré avant d'avoir prêté, en présence i du peuple et de l'envoyé de l'Empereur, un ser- ■ ment semblable à celui par lequel le pape Eugène ■■ s'est engagé volontairement, par écrit, pour le salut « de tous (i) y
La formule de ce serment, quoique ne nous avant (Hé conservée que par un seul chroniqueur, ne saurait être révoquée en doute (2), et elle fournirait, s'il en élait besoin, une nouvelle preuve de l'autorité que les Empereurs conservaient à Borne.
A vrai dire, cette autorité était plutôt éludée que contestée. L'élection de Grégoire IV (It) et celle de Benoit III furent soumises à l'approbation impé-
(1) ■ Piotiiilin ]«r IViimi iimnij-nii'iiti'iu ri ]« i.-iu mmi ijuatiuir Evnii- (Çcliil clper liane ( vu. 1111 II X. .1. C. u! on i-.ii-[iuî. 11. l'eloi, al> line
EujiFnius l'ups spomm pra ctnuwrTiiti'.pi-. r-itinimn IVtrloin linlet per scripluin. . (Apuâ* .Ion: Bouquet, VI, L73, M Pcrti, III, 240.) (2) Voju Uuwtorf, , tf..etr*gï.
(3} ■ (ircKor, IV. . si'il non poil!- norli.uiln- i-l. ijiuim I.h^iIils ini|iiTatoris H oin gin «mit, rii-l.TiLuiiL'iu l'ojmli, qniili^ f--fi .smiiioiiivït. « (Einli, jtniul., ami. 827.)
Coilte couRrmiition ilu IVicr'lion .In Grffroiro IV, rjiti cul lien trois «ns H]iri:! l'oclroi île lu cou -ll'iui-.n ilt l.'itlmioo'. e-t iiuo preuve do 1 nullicnticiti da In formule du wrment.
riale (1). Léon IV prit la tiare sans demander aucune investiture ; niais il écrivit ù l'Empereur qu'il était prêt à obéir à tous ses ordres, et que s'il avait dé|iasse les limites du pouvoir que lui attribuait la constitution, il s'empresserait de se soumettre au jugement des envoyés impériaux (2). Louis II tint sous son pontificat un plaid solennel à Saint- Pierre, où il jugea plusieurs accusations de Etante trahison (3). Nicolas I", nommé avec l'assentiment de l'Empereur et consacré en sa présence (i), fit faire h l'indépendance de la Papauté un pas important. Habile et ferme, considéré par ses contemporains comme un second Elie {<>), digne successeur de Grégoire le Grand et digne précurseur do Grégoire VII, il sut profiler adroitement de la crédulité qui avait accueilli les fausses Déerélales et do la faiblesse morale de ses adversaires, réussit à émanciper
procmlnru judicio. » Ifirnliiin.', c. IX, Juin. ••. — \oy. Finit™ lld Grcgorovius, i.-fsi-fm-filr J(r.sT,rJl fl.iui im .l/i.'l-f.i'Ier 111 lau.l, \>. U'."> ) (3) ÂnOitss,, VilaLtonis.
(1) ■ l'rfflaeiiteCfiirLrii cntutfTiLtu'i i>t. » ;.\na»ln-., VU. Aïeul. I.)
urbç poiitilii-nU lniiniru mblimiilii-. Il vi.lctur :v. 1 iiLjinriLiidiis. Régi I,,,» ,1c tymniiis imjttrtiiit ci-niiu ut si Doitiiiiu.- orl.ii lorramiii mictoritiite [ws-filil; Eiiisra|jii et îiK'.-Liloliinii riVr/:n:-[-: ::c ii]f.n-[;iu 1 loiuini aWrviuliliiiK liiiiDiliaCtuu.liisPi.ii m:m.-iu!tit-i uinnirait, iirelisioi-s ci n recto trmniiu uïorliiluntllnli l^rriliili, nique iu:rtcril!itc |ilcutl.! osslitil uc îucritu ereilntiir BlIM Hcliss, Dm susriuute ims-lrin lu tcmprilms murexisse, gui non mrpere tmnni si.iritn et virilité. ■ (Apuil Parti,], ."iîu— Voyei Kun», 11" val., i"pmrtta, p.
EN ITALIE i instant le siège île sainl Pior 6 lemp
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VllîVU]
trônes du la terre. Deu.v contribuèrent an succès de La première fut la quoi tliairo, roi de Lorraine. Ce de sa femme Teut berge, q charmes de Waldrade, l'a quoiqu'elle ont fait éclate preuve do l'eau bouillante,
irre de toute suzeraïnt de le rendre îndcu-dessus de tous les instances favorables entreprises, matrimoniale do Loce, voulant se défaire vait déjà sacrifiée aux accusée d'inceste, et
îtroite. Teutber l'y avait dans c l'une affaire so
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juridiction ecclésiastique, l'égard de Teutberge avait famille de cette princesse, s pour elle, et
ni du temps, à la ùlo do Lotliaire à non-seulomcnl la , toute prèle à prendre les le France qui lui promet-
lait des secours, mais le peuple entier, blessé dans ses sentiments de justice et de pudeur. Le Pape pouvait donc compter à la fois sur l'appui des couronnes et sur celui de l'opinion. Lolhairo voulant opposer à l'intervention pontificale la puissance d'un fait accompli, réunit à .Metz un synode d'évèques qui lui étaient dévoués et y fit condamner solennellement Teutberge. Quand les légats du Pape so présenlèrcnt pour examiner l'affaire, il les acheta, obtint d'eux la confirmation du jugement prononcé à Metz, et dans l'espoir qu'il amènerait le Saint-Père à adhérer à cette décision, il lui envoya les évèijues do Cologne si de Trêves, deux de sus créature» et do sus cum*
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plices. Le Pape ru l'usa de recevoir les deux ambassadeurs, et au bout de trois semaines, dans un synode réuni au Latran.il les déposa de leurs sièges, menaça du même sort tous ceux qui avaient pris, part au synode de Metz, dans le cas où ils ne feraient pas leur soumission, et cassa les actes de ce synode (803).
La victoire resta un moment incertaine. Les évèques déposés accoururent auprès de l'empereur Louis II, qui se trouvait alors à Hénévenl, lui exposèrent les dangers que faisaient courir à son autorité les empiétements du Pape, lui montrèrent la solidarifé d'intérêts qui unissait sa cause à celle de son frère Lolliaire, et renoncèrent à intervenir en faveur de ce prince. Louis II vint à Home à la tête d'une année et s'établit dans la cité Léonine. De graves désordres eurent lieu. Une des processions que le Pape avait prescrites pour implorer le secours du ciel, fut brutalement dispersée par les soldais impériaux. Nicolas 1 er , après s'y être d'abord obsiinémenl refusé, consentit à des conférences, mais elles n'aboutirent
détermination à l'élan! desévèques déposés, et ceuxci quittèrent Rome après avoir protesté conlre la nouveauté et la tyrannie de ses prétentions, et avoir répondu à son auatbème eu le déclarant anathème à leur tour (1). Leur protestation, rédigée dans les termes les plus violents, fut déposée par une Iroupe
(1) Vovci Hincmnî, fen»>u. Annal., nnn. 6K3, 664, - Apral .Vunun. Oirm.,1, .'1 KrctiQiupnt.
EN ITALIE 23:î armée sur le tombeau de saint Pierre, e( l'un des gardiens de ce tombeau frappé de mort.
Nicolas 1" ne se laissa point aballre. li lit tète il l'orage, opposa à tous ses adversaires la sérénité d'une ârne coudante dans ses droits, et les menaça tous d'excommunication. L'empereur faiblit. Lothaira, pressé par son onelc Charles le Chauve, parles évoques de France, par les litals rassemblés à Touzy, écrivit une lettre de soumission. El les évèques trop zélés qui s'étaient compromis pour sa défense, se voyant abandonnés, se soumirent il leur tour.
Le Pape triomphait ; il ne se laissa ni arracher ni diminuer sa victoire ; il déclara qu'il n'appartenait qu'à lui seul de juger une affaire qui avait été soumise à son arbitrage par les deux parties. Teulberge avait demandé à être admise dans un couvent. Il ne tint pas plus compte de ses prières que des vaines promesses de Lothaire, et il força les deux époux à une reconciliation publique. Celte reconciliation ne dura pas. Waldradu fut rappelée ii la cour, et le Pape alors, ne gardant plus démesures, excommunia celte princesse et menaça le Roi d'une excommunication que la mort seule l'empêcha de prononcer (i).
La seconde lutte de Nicolas I"', qui fut pour lui l'occasion d'un second triomphe, fut plus particulièrement dirigée contre les métropolitains; niais elle n'est point étrangère à la lutte de la Papauté contre l'empire, car d'un coté l'autorité des métropolitains était, comme nous l'avons montré plus haut, étroile-
(1] Voyai B"* Efnonf, MM. J' LMtt II ,1 -lp UalêraJi. ia-'J Tcrliencr.
meut liée à l'autorité royale, el de l'autre tout progrès tlu pouvoir spirituel dos Papes dans l'Église servait aussi à augmenter leur pouvoir temporel dans le monde.
Celle fois Nicolas 1" se trouva aux prises avec un adversaire aussi résolu que lui-môme, l'archevêque de Reims, Hincmar, Hincmar, placé par sa science en môme temps ipiepnr .son rang à la tète dcl'épiscopat de France, unissait a beaucoup d'énergie beaucoup d'habileté el savait mettre au service de ses vengeances et de ses témérités les plus fines subtilités delà dialectique et les plus adroits minières de la diplomatie. Il avait déposé, pour dos raisons qui sont mal connueset qu'il est inutile do rechercher ici, Rolhad, évoque de Soissuns, et, sous prétexte quo Itoihad, après en avoir appelé au l'ape, avait renoncé luimémo à col appel et par conséquent ne pouvait plus en invoquer le bénéfice, il l'avait fait juger de
née par deux conciles réunis l'un à Soissons, l'autre à Sentis, et lui avait l'ait défendre parle roi do se rendre à Home (I). Quels que fussent les torts deRothad,
lièreel semblait n'avoir été omplov ée que pour cacher une injustice. Le Pape devait donc se sentir à la fois du penchant et des droits à intervenir. Ce fui on vain que les évoques qui avaient fait, partie du synode de Sonlis lui notifièrent leur décision, dans l'espoir do le prévenir par cette démarche eu leur faveur et d'ub-
EN ITALIE 235 tenir ainsi son approbation. 11 ne se laissa point détourner des voies de la justice. Il leur répondit <[uo leur arrêt n'avait aucune valeur légale (I), qu'il ne pouvait le sanctionner sans un examen préalable, qu'ils devaient ou réintégrer llolhad dans son siège ou le laisser venir à Rome en y envoyant eux-mêmes des députés pour la révision de son procès, et il menaça Hincmar elles autres évoques de la province de les suspendre, si dans l'espace de trente jours ils ne se soumettaient point a sus ordres.
Hincmar ne contesta pas le droit d'appel au Pape dans les causes épiseopales; mais il chicana sur son applicabilité dans les circonstances présentes, en se fondant sur une prétendue renonciation de Rotbad. Faible défense, car Rothad niait énergiquument cette renonciation, cl le Pape pouvait, par conséquent, ne point l'admettre. Cependant, loul en défendant énergiquement sa conduite et ses prérogatives de métropolitain, Hincmar consentit à envoyer des députés a Rome pour y plaider sa cause; les évèques, qui n'avaient fait qu'obéira ses inspirations, en envoyèrent aussi, et le roi lui-même, qui avait eu une part active et directe à la déposition de Rotbad, et dont les prédécesseurs avaient toujours, en des cas pareils, agi aveu une complète liberté, consentit à se soumettre au jugement du Saint-Siège, tout en demandant, par égard pour sa couronne, (pie les faits accomplis fussent respectés. Il est vrai que ce roi s'appelait Charles le Chauve !
Il) CMC« r t. VIII, p. -113,118,
Encouragé par ce succès, le Pape décida que l*arrèl du synode de Soissons ne pouvait, d'après les canons du concile de Sardiquo, avoir aucun effet tant que sultsisliii( l'appel à sa propre juridiction, et il condamna les évèipies IVanks et llincmar à rétablir Rothad sur son siège avant qu'il fût statué définitivement sur le sort de cet évêque. Il fit plus; il déclara, en reproduisant les principes des fausses Décrétâtes, que le concile de Soissous avait agi sans autorité, car il s'était réuni sans l'autorisation du Saint-Siège, et que la déposition d'un évêque était une de ces causes majeures que les lois et la pratique réservaient au Pape (I). L'histoire de l'Église démentait également ces deu\ assertions, et les éveques franks ne manquèrent pas d'objecter qu'ils ne trouvaient rien de semblable dans le recueil de leurs canons. Nicolas I", se laissant alors emporter par la violence, leur répondit que si les décrets qu'il citait ne figuraient point dans leurs recueils de canons, il n'en étaient pas moins obligatoires pour eux, de même que l'Ancien et le >'ou veau-Testament, qui ne s'y trouvaient pas non plus, et que Ions les décrets des papes devaient avoir force de lui. C'était proclamer l'omnipotence de la Papauté.
Il n'obtint pas l'adhésion au\ principes qu'il avait posés, mais en fait il les fit triompher, car il obtint du roi, des évèques franks et d'Hiiirmar, la réintégration de Itothad, et il habitua ainsi le monde à
misai il.'aa Ocr'.HM. .. ((■„«.■.. i. V[il, ;.. 7!i!'. i:,.i.r., Xicolai ad Clmiin cl l'icliciu Ecck-xNi- l;.i:,nii;p ,lc licati lutin riL' Ttotlml
EH ITALIE 237 considérer le Pape non pas seulement comme le chef de l'Eglise, miiis comme son chef absolu.
Cependant, te grand succès de la Papauté en Occident fut contre-balancé par un grand échec en Orient. L'Iiérésiedc Pholius donna naissance à un schisme qui a du ré jusqu'à nos jours el dont rien ne peut faire prévoir la fin, car il lient moins à des différences de doctrines qu'à des différences el à des incompatibilités du races et de tendances; et les missionnaires envoyés par la cour de Rome clic/ les Itulgares, les relations qu'elle noua avec ces barbares, le code singulier dont elle leur fournit les éléments el qui rappelle par plus d'uncùlé lu constitution établie par les Jésuiles au Paraguay, no lui donnèrent qu'une influence passagère dans celte partie de l'Orient, destinée à être entraînée, comme les autres, dans le sein de l'iiglise grecque (1).
Sous Adrien il, il y eut une réaction qui enleva à la Papauté presque toutes les conquêtes réalisées par îïicolas , et ce furent les adversaires dont avait triomphé Nicolas qui triomphèrent à leur tour d'Adrien. Ce pontife avait voulu suivre, sans la même fermeté et sans l'appui des mêmes circonstances, la même politique que son prédécesseur; il échoua.
La malheureuse querelle de Tout hérite et de Lothaire n'était point encore terminée. Adrien refusa au* plus pressâmes solluilaiious des doux époux la dissolution de leur mariage ; mais il ne lança point
l'excommunication suspendue sur la tele du roi de Lorraine. Celui-ci jura, contre toute évidence, qu'il n'avait eu aucun rapport avec, Waldrade depuis qu'elle avait été excommuniée, et il reçut la communion de la main du Pape. Sa mort, qui suivit de prés ce faux serment, ne mit fin à un embarras que pour en faire naître do plus grands.
Charles le Chauve, roi de France, se fil donner à Metz, par une partie des évoques et des grands, la couronne de Lorraine, et s'empara ainsi de (note la succession de Lot h aire, au détriment de l'Empereur et do son propre frère Louis d'Allemagne. L'Empereur, impuissant à faire valoir ses droits par les armes, demanda à Adrien d'intervenir. Celui-ci accueilli! avec empressement celte demande, qui, faisant du Pape le champion do toutes les causes justes, l'érigeait eu arbitre souverain de tous les événements du monde.
Il menaça d'excommunication le roi Charles le Cliauvc, les évoques qui l'avaient reconnu, et le fameux archevêque de Kcims, Hiricmar, qui était le chef du parti national. Ses menaces et ses ambassadeurs n'obtinrent rien. Charles le Chauve s'étant accommodé avec son frère, Louis l'Allemand, garda un dédaigneux silence, et Ilincmar répondit que, pour lui, il ne so croyait pas le droit de juger la conduite du roi de France, et ne pouvait, par conséquent, ni la justifier ni la condamner. Puis il ajouta, au nom des grands du royaume auxquels il avait transmis les représentations du Pape, que ceux-ci ne comprenaient pas comment un évoque de Home pouvait,
par clos excommunications cl des «millièmes, disposer d'un royaume ; que ce n'étaient poinl les paroles, mais la Corée des armes et la volonté de Pieu qui donnaient les couronnes ; qu'on ne pouvait être à la fois évoque et roi ; <|uc le Pape devait, comme ses prédécesseurs, se renfermer dans les affaires ecclésiastiques et ne point se mêler des affaires de l'Etal; que les clefs de saint Pierre ne suffisant poinl à protéger les seigneurs frankg contre les invasions des Normands, il devait leur être permis de se donner un prince capable de les défendre; que c'était dans ce but qu'ils avaient choisi un prince voisin et fur), et ne voulaient pas d'un prince éloigné et faillie ; que le Pape perdait lui-même ses droits et son pouvoir par l'abus qu'il en faisait ; qu'il ne pouvait enlever la vie éternelle à ceux qui ne l'avaient pas déjà perdue par le péché, et qu'ils ne croiraient jamais que le seul moyen d'acquérir le royaume de Dieu fût d'accepter ici-bas le roi qui plairait au Saint-Siège (i). Adrien fut obligé de subir cette dure réponse, et la possession de la Lorraine étant assurée délmilivcmcut à Charles le Chauve, il cessa de s'y opposer. Pou de temps après, il échoua de nouveau, et décela plus profondément encore sa faihlessc dans une cause où la justice était loin d'être de son coté.
(1] Ep, tlincmari ml II:ilri;i:n:in, :mn. BlO.— Ap. Ooin JliHKjilc:, .-,3Î, I. VU. « E:i'cnl:irt![ii --.rrlclui-jun <i:ii!H- (jhiiii ohv.k llivîntun sn'culi liiijns btllia qnKrhnr, vlclorui ftD[Wg8!or ut non Apostolld ici EjiiteojiOTam coniinunîi'aliauilHis ul.tiii'.-mr et .-criptiTiru tu ilivinnm Ji<«m ijuiti l>oinitii c«t rcgtiiuii [ici- ijiiliii Kq;..'-. ratant u! u ilL ïolui'iïl ilal illud... lilcùllb illu regnum postnlnrc Jcbctis...
« <)ni» rux et l']|ii*-a;ni.T -[mul'c-- 'v.nu p ilori cl -ni mitccoisorui occlc-
Lo (ils de Charles le Chauve, Carloman, s'élait plus d'une fois révolté contre son père. Comme il appartenait à l'ordre ecclésiastique et qu'on l'avait ordonné diacre afin de lui conférer les plus riches bénéfices du royaume , le Pape se crut en droit d'intervenir en sa faveur et obtint son élargissement. Carloman rendu à la liberté n'en profita que pour pousser le peuple à la révolte, et, se sentant sur ie point d'Être pris, il s'adressa de nouveau au Pape. Celui-ci écrivit au roi de réintégrer Carloman dans toutes ses charges jusqu'à ce qu'il eût élé juu.é par le Saint-Siège, défendit aux évoques du royaume do l'excommunier et aux États du royaume de prendre contre lui les armes. Ni le roi, ni les évoques, ni les Fiais ne répondirent à ses injonctions. Lcsévèques prononcèrent l'excommunication contre le prince révolté ; les lilats te condamnèrent à mort, et le roi, après lui avoir fait crever les yeux, le lit enfermer dans un couvent à Corbie (i),
Adrien devait échouer encore dans une troisième, affaire où se trouvèrent en jeu tout ensemble les droits des couronnes et ceux des métropolitains. Le neveu d'IIinemar de Reims, llinemar, * évéque de Laon, en lutte avec le roi de France pour la possession de quelques biens ecclésiastiques, avec son métropolitain pour leur juridiction respective, traduit devant le synode de Verdun en 809, s'élait bâté d'en
ninsticrai orilinem <\et*\ fiiumcrl et non li.'iioul.li.Mni hmioiî repiiu est .liiposlicrout, non [uiiT'ii'iin i:nlii- JihUti' ri'p'm qui mis in hïe Lon^iuqm* pnrlihlis ojljuïiirc non pui-il vont™ -nljl:: - et fr«.| uc mes jingmioruni
fl) A«».l., Ifanini, «J. uiu, «7:1.
appeler au Pape avant d'avoir été jugé. Quelque chagrin que dût éprouver le vieil Hincmar tic Reims de se voir aux prises avec un neveu qui lui devait tout, il saisit avec empressement celle occasion de prendre sa revanche de l'échec qu'il avait éprouvé sous le ponliGcat de Nicolas. II connaissait la faiblesse du nouveau pontife et il savait qu'il pouvait comptersur l'appui des autres évoques et sur celui du roi de France.
En 871, malgré sou appel, Hincmar de Laon fut assigné devant le synode de Douai et déposé. Les droits qui, d'après les canons du concile de Sardiquc, appartenaient au Saint-Siège , furent expressément réservés, et les évèques, en notifiant le jugement et ses motifs à Adrien, lui écrivirent qu'il pouvait, après examen, renvoyer l'affaire 5 quelques évèques ou la faire étudier par ses légats ; mais qu'il ne lui appartenait pas, avant que leur arrôl fût révisé, d'en suspendre l'exécution, et que la tradition constante de l'Église de France était quo les évèques fussent jugés par les métropolitains. Adrien, irrité de ces représentations, écrivit au roi et aux évèques dans les termes les plus violents (1), elleurordonnad'envoyer des députés à Rome tandis qu'Hîncmar de Laon s'y rendrait de son coté afin quo l'affaire fût tranchée par le Saint-Siège. Ce fut le vieil Hincmar de Reims qui fut chargé de répondre au nom du roi. La réponse fut dure. On voyait bien, disait Hincmar, que le Pape n'avait pas eu souvent l'occasion de s'entretenir avec
[11 BpUl-, rindr. ai. Cnrol. Apud LrfA., (. VIO, p. 935. — £jrftl., Haiiriun. ml Epiecop ..^ynodi Ducinconsia. 14., ibid., 932.)
IL Ifi
des souverains; car il ignorai! le ton dont on leur parlait. Le mot d'ordonner, qu'il se permettait d'employer en s'adressani au roi de France, n'était pas seulement une irrévérence, il était encore un oubli de toutes les lois divines et humaines ; les prétentions du Pape étaient encore plus déplacées que ses paroles, et si elles s'appuyaient sur les décrets des pontifes, de tels décrets n'avaient pu être conçus que dans l'enfer qui suspendaient dans un État l'action de la justice sur lescoupables jusqu'à ce que ceux-ci aient été envoyés à Rome. Uincmar ajoutait que jamais les rois franks n'avaient été les lieutenants des évèques, que toujours les évèques avaient élé, dans le royaume fratk," soumis aux lois de l'État, el qucl'évèquede Rome, comme tous les autres, devait obéissance aux lois de l'Église et aux édils impériaux (1). Adrien s'adoucit, ii chercha - à. verser le baume delà consolation sur les blessures qu'il avait faites au roi de France (2). Il van la sa sagesse, sa dévotion, ses vertus, il chercha à obtenir par la flatterie ce qu'on avait refusé à ses injonctions. Il promit de ne point réintégrer Rolhad sur son siège avant un nouvel examen, el il essayait d'entamer de nouvelles négociations lorsqu'il mourut.
Ainsi furent perdues pour un instant les deux conquêtes qu'avait faites Nicolas, les deux prétentions qu'il avait réussi à faire triompher. Le roi avait maintenu l'indépendance de sa cuuronnc; l'Église de
(l) llincmuri, (> ( <r., t. 11, p. 701. - l'iank, ouv.eh. I. III, 1MT. (i) ËpUI„ llnd. idKurol Labb., t. Yltl, p.937.
EN ITALIE 243 France avait montre qu'elle ne reconnaissait point au Pape le droit de prononcer dans toutes les causes épiscopales, et déclaré par la bouche d'IIincmar qu'elle n'admettait comme obligatoires parmi les Decrotales des papes que celles qui n'élaient pas contraires aux décisions des conciles.
Mais ce triomphe du pouvoir temporel, qui devait être court, était loin d'èlre entier, car l'Empire, qui en fiait la forme la plus élevée, perdait de jour en jour de son prestige et de sa force el subissait au même moment un grave échec moral. L'empereur Louis II après avoir combattu avec succès les Sarrasins qui infestaient l'Italie méridionale, s'élant arrêté un instant dans sa marche triomphale, avait été traîtreusement saisi par le prince de Bénévent. Jeté en prison avec l'impératrice, dépouillé des trésors qui avaient été le prix de ses victoires, il n'avait oblenu la liberté qu'en ^'engageant par serment à ne plus reparaître avec une armée dans l'État du petit prince longobard. Cet événement n'avait excite ni indignation ni soulèvement parmi les populations; personne n'avait porté secours au souverain captif de son vassal; l'arrière -petit-fils de Charlemagne s'était trouvé à la merci d'un petit seigneur, et des chanteurs ambulants avaient répandu partout, avec le récit de ses aventures, la preuve de son impuissance. Lui-même, dans une lettre singulière, écrite à l'Empereur d'orient, lui expliquant les droits qu'il avait il porter le titre d'empereur, donne comme première source à res droits, la consécration qu'il a reçue du Pape et l'élection que l'Église, interprète de la
volOQté do Dieu, a faite do son aïeul Charles le Grand (871) (1).
Celle attitude qu'il donnait ainsi à l'Empire devant la Papauté, dans l'unique intérêt de son argumentation, allait, dès le règne de son successeur, devenir une réalité (87u). Jean Vlll non-seulement ne reçut pas !a confirmation impériale après son élection comme son prédécesseur Adrien (2), mais en réalité il créa un empereur. En vertu du droit de primogénilure ot par suite de la désignation expresse de Louis II, la couronne revenait à Louis l'Allemand (3). Jean VIII se déclara pour Charles le Chauve, dont les droits étaient moindres, mais qui était mieux disposé pour le clergé, et dont il avait moins à craindre et plus à espérer, l'appela à Rome ot l e sacra à Saint- Pierre {■!). Pour faire réussir cette usurpation, il n'épargna point les armes ecclésiastiques. Il écrivit aux grands d'Austrasie do ne point s'élever contro la décision de l'Église et la volonté de Dieu, et aux é\èques d'Allemagne d'employer leur influence sur Louis le Germanique, pour l'engager à rappeler son année d'Italie et à renoncer à la couronne impériale (5). Charles le Chauve fut empereur, mais à quel prix!
ipte
[Apud I.abb.,
IX, i-. iiM.
],i,l„ p. 'ïsl.
Un chroniqueur contemporain rapporte qu'il donna au Pape, en retour de son appui, la Calabrc, le duché do Iiénévent, le Samnium, Spolèlc, et les villes deCapoue, d'Arezzo et de Chiusi. Celle donation n'a jamais ni existé, ni pu exister, et il faut remarquer que si plusieurs des précédentes n'avaient point été de pures fictions, celle-ci eût été inutile, Mais Charles le Chauve renonça en réalité à ses droits sur Rome, en éloigna ses officiers, et laissa tomber en désuétude les constitutions de Lolhaire et de Charlemagne. Les grands d'Italie, dans le serment qu'ils lui prêtèrent a Pavie, déclarèrent qu'ils le choisissaient pour roi, parce que le Pape l'avait, suivant l'interprétation de l'Esprit-Saint, élevé au trône impérial [i). Les seigneurs franks, ses anciens sujets, employèrent dans uno assemblée solennelle tenue en Champagne, la mémo humiliante formule (2). Sans doute Charles le Chauve, battu par ses neveux, attaqué par les Normands, sans autorité sur ses barons, ne faisait que céder a la nécessité, en se réduisant au rôle de lieutenant du Pape. Mais le triomphe de la Papauté n'en resta pas moins dans les esprits comme un point d'appui pour l'avenir, comme l'une des bases sur lesquelles Grégoire VII élaya plus tard ses ambitieuses entreprises. Le successeur de Charles le Chauve, Charles le Gros , fut trop faible pour reprendre l'exercice des droits impériaux, et la Papauté se trouva un instant pleinement émancipée.
(1) Hsluie, 1. H, p. 231-
(S) LatiK, t. IX, p. 281. Confirmai. CUaiplitma, Apttd ponlignonaç.
L'Empire, après avoir élevé l'Église de Rome, fiait abaisse par elle'; mais elle n'acquérait point toute la puissanre qu'il perdait, et tous les deux allaient se trouver à la fois allaiblis et compromis par le développement de la féodalité.