Forme du singulier dont le pluriel esljiltzy
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de l'État (sloujilykh lioudeï). Mais cette hiérarchie ne présentait pas des degrés de noblesse, tant s'en faut, car aucun titre , aucun droit de service n'était héréditaire. Les biens territoriaux dont jouissaient ces privilégiés n'étaient point pour eux une propriété transinissible à leurs descendants ; ils étaient seulement donnés en usufruit pendant le service effectif, et destinés à défrayer les administrateurs de l'Etat et les gardiens de la tranquillité publique. Pour des services distingués , les souverains donnaient des terres en possession héréditaire; mais cette hérédité ne donnait aucun droit politique exclusif, et les enfants de ces propriétaires devaient commencer leur service à l'égal de tous les autres. Ainsi cette nombreuse classe de serviteurs de l'État ne formait pas un corps de noblesse privilégié, mais seulement l'un des éléments constitutifs , une des subdivisions de la société russe à cette époque ' . Toutefois nous ne partageons pas l'opinion de ceux de nos compatriotes qui soutiennent qu'il n'y a jamais eu de corps de noblesse en Russie ; ils ont tort , car ils confondent les rangs avec la noblesse. En effet , lés rangs ne don-
4. Bien qu'il n'y eût pas réellement de corps privilégié, nous devons faire observer que dans les idées de ce temps-là le métier des armes était le seul noble; il était défendu même à la fin du xvii' siècle de recevoir au service de l'État « les enfants de prêtres, les esclaves ou serfs dos boyards, et d'autres qui n'étaient pas les enfants des serviteurs de l'État; et on ne devait leur donner ni terres, ni gages. »
EN nUSSIE. 271
naient aucun privilège politique héréditaire, attribut de la noblesse ; mais il y avait une autre institution, par laquelle la noblesse existait en réalité , c'est la division des serviteurs de l'Etat en deux catégories; les familles généalogiques [rodoslovnyias rodys) et les familles non généalogigues {?ié rodoslovnyias rodys). La première catégorie comprenait toutes les familles princières descendant des princes apanages, et les familles descendant des seigneurs étrangers , venus en Russie pour prendre du service chez les princes de Moscou, et dont la généalogie commençait par ces mots : « Et il arriva un seigneur honorable (mouje tchestnyi) , etc. Dans Ha seconde catégorie étaient comprises toutes les autres familles de la classe des serviteurs de l'État.
Par cette division en deux catégories seulement , les familles princières apanagées furent mises sur un pied de parfaite égalité avec les familles d'origine, étrangère à Moscou. A la prise de Kazan et d'Astrakhan et après leur annexion à la Russie, les courtisans des tsars de ces deux pays, ainsi que leurs chefs militaires, réclamèrent et obtinrent de leurs vainqueurs le droit de changer leur titre de mourza en celui de prince ; la même chose eut lieu pour les propriétaires fonciers de la Géorgie et de l'Imérétie, quand ces provinces furent admises à la suzeraineté de la Russie. Néanmoins, ces familles titrées ne furent pas admises dans le grand livre des familles
généalogiques. Cette condition prouve suffisamment que le titre de prince ne signifiait absolument rien ; il déchut même beaucoup dans l'estime publique en devenant aussi répandu ; cette dépréciation fut poussée à un tel point , que certaines familles , comme celle des Tatichtcheffs, Rjevsky, et quelques autres qui avaient le droit irrécusable de le porter , préférèrent rester parmi les familles généalogiques, sans s'affubler d'un titre dépourvu de prestige dans l'opinion.
Les familles appartenant à la catégorie généalogique jouissaient de très -grands privilèges avant l'anéantissement des livres de registre mobilier; elles avaient en tout le pas sur les familles de la seconde catégorie , au point qu'il était même défendu à ces dernières de rivaliser avec les familles généalogiques en quoi que ce fût. Après l' anéantissement des registres mobiliers par le tzar Fédor Alexiévitch, les • familles généalogiques conservèrent toujours des privilèges marqués. Les membres de ces familles avançaient infiniment plus vite au service que ceux des familles non généalogiques. Supposons que cet avantage ne fût que l'effet de l'influence politique de ces familles et de la protection qu'elles accordaient à leurs confrères ; cependant le droit d'être jugés d'après les lois privilégiées et l'exemption de toute espèce de taxe judiciaire, constituent des privilèges, qui forment toujours et partout l'attribut d'une noblesse proprement dite, ou de l'aristocratie. Sans doute les privi-
léges n'allaient pas jusqu'à les dispenser de l'étude du service de l'État, d'une manière pratique, en le commençant par les degrés inférieurs , mais cela ne prouve pas qu'il n'y ait pas eu d'aristocratie. Cela démontre que les lois étaient raisonnables, que les législateurs n'admettaient pas la possibilité d'acquérir du savoir sans études, et ne supposaient pas naturelle l'apparition journalière de Minerves, naissant tout armées de sagesse, comme les lords anglais; cela prouve seulement que les lois exigeaient que chaque citoyen , avant de mériter la confiance publique, passât par un examen pratique de ses capacités. On nous permettra de préférer le mode suivi chez nos compatriotes à celui qui est encore employé de nos jours chez certains peuples civilisés de l'Europe occidentale.
Comme preuve que le droit d'être inscrit dans le livre généalogique était héréditaire, et ainsi véritablement nobiliaire et aristocratique , nous dirons que, jusqu'à Pierre le Grand, aucun des souverains de la Russie n'a récompensé les services d'un sujet par la donation de ce droit, donation qui était l'unique moyen de conférer des privilèges nobiliaires. Ces souverains considéraient donc l'inscription au livre généalogique comme un privilège de naissance qu'il ne leur appartenait pas d'octroyer.
27Zi HISTOIRE DE LA CIVILISATION
Organisation de la classe libre.
La classe des citoyens libres était composée :
De marchands ;
D'odnodvortzy ou espèce de colons militaires ;
De paysans.
Les marchands étaient partagés en quatre catégories :
i° Les Gostis ou négociants, faisant le commerce extérieur et le commerce intérieur en gros ;
2° Les membres de la Goslinaïa sotnia, qui s'appelaient aussi hommes honorables {imenityé lioudi); ils faisaient le commerce avec les ports de mer;
3° Les membres de la Soukonnaïa sotnia ou agrégation de drapiers, qui faisaient tout le commerce intérieur. Cette catégorie était divisée en trois degrés : les grands, les moyens et les petits marchands ;
li° Les Possadskii ou bourgeois, qui faisaient le commerce ambulant et de petite boutique.
Le nom de Gostis veut dire visiteurs, hâtes; il était donné aux négociants étrangers, parce qu'ils étaient les hôtes du pays, et aux indigènes, parce qu'ils devaient visiter les pays étrangers pour leurs
affaires. Le lieu d'entrepôt de leurs marchandises s'appelait Gostinoï dvor ou Cour des visiteurs.
Le titre de Gost était honorifique et devait récom-^ penser les services signalés que rendaient les mem-r bres de la seconde catégorie ; il n'était accorde que par lettres patentes.
Le souverain confiait aux Gostis distingués l'inspection des douanes à Moscou et à Arkhangel et le contrôle des caisses de l'Etat. Dans la justice criminelle ou urbaine ils étaient traités à l'égal de la première classe de citoyens, c'est-à-dire des serviteurs de l'Etat. Chacun des Gostis était membre des assemblées générales {Zemskoï sobor) qui étaient convoquées pour la discussion de nouvelles lois ou de nouveaux impôts, ou pour conseiller le souverain dans les questions de paix ou de guerre.
Les membres de la Gostinaïa sotnia jouissaient aussi de la considération publique ; ils étaient souvent appelés dans les conseils du souverain et envoyaient toujours de nombreux députés aux Zemskoï sobor convoquées par lui pour discuter sur les mesures importantes : ils étaient nommés quelquefois aux postes d'inspecteurs des douanes intérieures et des caisses d'impôts.
Les membres de la Soukonnaïa sotnia avaient, avec ceux des deux premières catégories, le droit de recevoir des patentes de voyage à l'étranger, et jouissaient, dans la justice criminelle et urbaine, de quel-
ques privilèges sur les degrés inférieurs de la classe libre. On leur confiait, avec le titre d'assermentés (tselovalnikis) , la vente de l'eau-de-vie et du sel au profit de l'État. Ils envoyaient aussi des représentants dans les Zemskoï sobor , mais en proportion moindre que l'agrégation supérieure.
Les Possadskii , qui formaient la dernière catégorie de marchands, jouissaient des mêmes droits civils. Cette catégorie comprenait aussi tous les artisans domiciliés dans les villes et dans les grands bourgs. Elle envoyait, de même que la précédente, mais dans de plus faibles proportions, des députés aux assemblées générales.
Ces diverses catégories se régissaient elles-mêmes au moyen d'une douma ou izba, comité de pairs élus pour le terme de trois ans par l'assemblée générale de chacune. Tous les conflits des ressorts civil et correctionnel, entre les membres d'une catégorie, étaient jugés par la douma compétente ; dans les cas de contestation entre des individus de différentes catégories, ou de non-conciliation entre les doumas compétentes, les litiges étaient portés devant les tribunaux de l'État. Ce dernier cas se présentait rarement, car il n'y avait pas de tribunaux spécialement affectés au jugement de ces affaires en appel. En 1664 et 1665 elles étaient Confiées à la cour du palais ; elles l'avaient été auparavant aux cours de provinces i elles le furent plus tard aux cours de douanes. L'exécution des arrêts
de chaque douma respective était confiée à des officiers de justice assermentés, élus à terme par l'assemblée générale des ressortissants de la catégorie, et qui portaient les noms de golovys, starostys et dessialskys.
Les odnodvorlzys , c'est-à-dire possesseurs d'une maison, étaient des colons des provinces limitrophes. Dans l'origine, c'étaient des hommes libres, que l'appât d'une belle étendue de bon terrain engageait à s'établir sur les frontières de la Russie, parhabitations isolées, mais voisines l'une de l'autre, et qui formaient ainsi jLine ligne de vedettes d'observation. Ils informaient l'autorité locale de tout ce qui se passait dans un certain rayon, et l'accomplissement de cette obligation les dispensait du paiement de l'impôt et leur tenait lieu de service de corvée dans l'armée. Plus tard, les maisons isolées furent réunies en villages plus ou moins étendus ; mais la dénomination d'orfnodvortzy fut conservée à ces colons, même quand la garde des frontières fut remplacée par un impôt fixe.
Il y avait encore des bielomestzys, qui ne différaient des odnodvorlzys que par leur origine ; c'étaient des soldats qui, en retour du service qu'ils faisaient dans l'armée, recevaient une certaine étendue de terre. Jean IV commença à les fixer dans de grands villages sur les frontières, et le tsar Alexis compléta l'organisation en peuplant ces villages de soldats des mêmes régiments. Ils se confondirent plus tard avec les odnodvorlzys.
La plus nombreuse des classes de la population était celle des paysans, krestianes (chrétiens)*. On les appelait aussi hommes bas, ou hommes sales, smerdys, par allusion à leurs grossiers travaux. Les paysans furent de tout temps des hommes libres ; ils passaient des terres d'un propriétaire à celles d'un autre sans la moindre difficulté. Les époques de ces migrations étaient fixées par la loi ; il ne pouvait y en avoir que deux par année ; la première avait lieu une semaine avant la Saint-Georges du printemps ou le 17 avril, la seconde une semaine après la Jsaint- Georges d'automne ou le 3 décembre.
Avant de quitter le domaine d'un propriétaire, le paysan devait lui payer le fermage à raison de jl06 copecks (environ 26 sols) pour les contrées non boisées et de 56 copecks (14 sols) dans les régions boisées. Les baux étaient ordinairement de quatre ans ; néanmoins, le paysan qui ne restait qu'un an ne payait qu'un quart de fermage; celui qui restait deux ans la moitié, et ainsi de suite dans cette proportion. Le paysan devait avertir à l'avance le propriétaire qu'il voulait quitter, et lui payer ce qu'il lui devait devant son nouveau propriétaire ou devant témoins. Le propriétaire ne pouvait réclamer du paysan que ce qui était fixé par leurs conventions réciproques ou par les lois et les usages. En cas de réclamation
\. Le vocable krestiane vient en russe du mot kreste qui veut dire croix.
excédant ces limites, le paysan avait le droit de quitter le fonds sans payer.
Indépendamment de cette population, libre de changer de lieu d'habitation, il y avait beaucoup de communes dont les habitants étaient jusqu'à un certain point fixés à la glèbe.
C'étaient celles qui n'avaient pas de propriétaires, et qui versaient leurs impôts directement dans les caisses de l'État.
Ces communes portaient la dénomination de communes 7ioires , imiposées , [tchernyias volostis, tchernyias sotnis). Pendant la domination tartare, les paysans de ces communes étaient taxés par capitation; c'est pourquoi tout passage sur d'autres terres leur était interdit. Plus tard, quand les impôts furent assis sur la terre, le passage était toléré, car l'imposition était payée par les restants ou les remplaçants. Les paysans habitants sur les terres de propriétaires ou de couvents, pouvaient passer d'une propriété à une autre, après avoir rempli les formalités voulues.
Un recensement général se faisait annuellement, pour connaître exactement la population de chaque localité ; ce travail administratif finit par être à charge au gouvernement, qui, pour se dispenser de cette obligation, défendit, en 1597, aux paysans de passer d'un propriétaire à un autre, afin de pouvoir en faire le recensement une fois pour toutes. Les petits propriétaires applaudirent à cette mesure, parce que le
libre passage était tout à l'avantage des grands propriétaires et des- biens ecclésiastiques , qui offraient aux paysans des privilèges et une protection que les petits propriétaires ne pouvaient leur assurer. Par contre, les grands tenanciers furent très-mécontents, et Boris Godounoff, qui voulait consolider son trône avec leur appui et la faveur populaire, abrogea, en 1602, la loi de 1597. Les migrations de paysans recommencèrent ; il y eut des émeutes de petits propriétaires, à la suite desquelles la défense fut renouvelée par Vassilii Chouïski dans un oukase du 9 mars
Par la même loi, il était défendu de poursuivre, pour redevance, des paysans déménagés depuis 15 ans; tandis que Godounoff, en 1602, donna pour la poursuite un terme d'une année seulement.
En 1625, le tsar Michel ordonna un recensement et stipula expressément que chacun devait rester sur la terre où il avait été inscrit. Cette stipulation fut répétée dans le code des lois du tsar Alexeï Mikhaïlovitch (chap. XI). D'après ce recueil de lois, on pouvait vendre les terres peuplées par les paysans, mais non vendre les paysans eux-mêmes ; il y était défendu en outre de faire passer les paysans des terres d'usufruit sur les terres héréditaires. Les terres d'usufruit ne pouvaient être vendues sous aucune forme; elles devaient rester en la possession de celui à qui elles avaient été attribuées ou faire retour à l'État.
Il n'y avait pas de loi qui déterminât les devoirs des paysans envers les propriétaires du sol, car ces obligations étaient diverses à l'infini , d'après les avantages qu'offraient les terres cédées aux paysans et selon les conditions du bail de cession. Mais ces conditions devaient être respectées de part et d'autre ; le paysan avait droit de porter plainte aux agents administratifs du gouvernement ou aux tribunaux, en cas de non-exécution des clauses que le propriétaire avait consenties, ou en cas d'exigence du propriétaire dépassant les conditions acceptées parle paysan.
Les biens territoriaux héréditaires pouvaient être donnés en dot aux filles , ou transmis par héritage avec toute leur population, sans démembrement.
Le paysan n'était pas soumis à la corvée ; mais il devait rendre au propriétaire une partie de ses produits, et cette partie variait depuis un cinquième jusqu'à la moitié. Le.s paysans qui rendaient la moitié étaient appelés polovnihi '^ ou de moitié, dénomination que l'on rencontre déjà dans les lois de laroslaw et de Yladimir Monomaque.
Pour être en droit d'exiger la moitié de la récolte du paysan, le propriétaire du sol devait le défricher et ne le bailler en fermage qu'en bon état de culture. Ceux des paysans qui ne voulaient point passer par cette condition pouvaient défricher eux-mêmes des
4. Il y a encore de nos jours quelques polovnikis dans le gouvernement de Volo2;da.
terres incultes et en jouir librement ; mais, comme le moyen qu'ils employaient pour cela consistait ordinairement à couper du bois et à le brûler sur place, on les appelait ognichtehanes (brûleurs). Sur un terrain préparé de la sorte, le laboureur ne pouvait obtenir qu'une seule récolte, car au printemps suivant les racines des arbres coupés donnaient de nouvelles pousses. Aussi les ognichtehanes s'en allaient-ils ailleurs préparer d'autres terrains de la même manière, et formaient-ils une catégorie de laboureurs nomades.
Quand la population augmenta et que les terres inoccupées devinrent progressivement plus rares, le nombre des ognichtehanes diminua proportionnellement, et au XVII*' siècle il n'en est déjà plus question.
Les nouveaux codes de lois rédigés depuis Jean III jusqu'au tsar Alexis, n'ayant pas abrogé les anciennes dispositions législatives de laroslaw et de Vladimir, on doit présumer que ces antiques ordonnances protégeaient le paysan et limitaient le droit du propriétaire sur sa personne. Par ces anciennes lois, il était défendu de frapper un paysan libre, sous peine d'une amende de quatre grivnas, dont trois au profit de l'État, et une au profit du plaignant (chap. XIII, art. i) . Les coups portés à un ognichtchanine étaient punis d'une amende de douze grivnas au profit du trésor et d'une grivna à celui du patient (chap. XIII,
art. 2). Ces amendes devenaient une pénalité considérable, car la grivna était une monnaie d'argent fin, pesant à peu près 378 grammes.
L'administration intérieure de la catégorie des paysans était la même que celle des deux autres catégories de la classe libre, les marchands et les possadskiis.
Jusqu'au règne de Pierre le Grand , les paysans ne fournissaient pas de soldats, le métier des armes étant réservé à la classe des serviteurs de l'Etat et en partie aux odnodvortzys et aux bielomestzys. Cette règle toutefois subit des exceptions , lors de la formation primitive des strieltzys et des régiments de troupes régulières sous le tsar AlexeïMikhaïlovitch.
IIÏ
Organisation de la classe des serfs et des esclaves.
Il y eut jusqu'au règne de Pierre le Grand une différence légale sensible entre l'état d'esclave rab ou starinyi kholope, krepostnoï kholope, et l'état de serf kabalnoï kholope.
L'esclave était en tout, corps et biens, la propriété du seigneur, qui pouvait le vendre, le donner, l'aliéner enfin, à son gré, de toute façon. Le seigneur
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était responsable pour son esclave ; si celui-ci volait, détériorait, brûlait la propriété d' autrui, le seigneur était tenu à l'indemnité et à la restitution envers la partie lésée. Par contre, il s'appropriait de droit tout ce que pouvait trouver ou gagner son esclave (lois de Vladimir Monomaque, chap. XXIV, art. 7, 8, 10, ii, 12).
Les prisonniers de guerre et leurs descendants étaient soumis à cet état d'esclavage ; c'était l'état auquel étaient également soumis ceux qui avaient été achetés comme esclaves à l'étranger et importés comme tels en Russie, et ceux qui contractaient mariage avec une esclave, sans avoir fait des conventions préalables pour se soustraire à une pareille condition (chap. XXIV, art. 1.)
Tous ces esclaves étaient astreints au service personnel du maître ou au travail de ses terres; ils accompagnaient souvent leur seigneur à la guerre et pouvaient recouvrer la liberté, si, après avoir été involontairement faits prisonniers par l'ennemi, ils réussissaient à s'échapper et revenaient.
Le servage {kabala) n'était au contraire qu'une servitude temporaire, conséquence d'un accord volontaire ou d'une condamnation pour dette, prononcée par r autorité j udiciaire .
Voici quelles étaient les causes les plus fréquentes du servage.
Un homme libre avait le droit de mettre ses enfants
en servage pour un terme fixé ou jusqu'à la mort de celui qui acquérait le serf; les conditions devaient être stipulées dans l'acte qui s'appelait la kabala. Le contrat que l'homme libre avait le droit de consentir pour ses enfants, il avait à plus forte raison le droit de le faire pour lui-même. Les débiteurs insolvables étaient aussi réduits en servage, au profit de leurs créanciers jusqu'au paiement de leurs dettes avec intérêts, en calculant l'amortissement annuel à i l/ù. grivna pour le travail d'un homme, la moitié de ce taux pour celui d'une femme, et 1/2 grivna pour celui des garçons de 10 à 15 ans. Il y avait encore des débiteurs qui empruntaient sur gages personnels, c'està-dire qui s'engageaient par une kabala à servir le créancier pendant un temps déterminé, pour l'intérêt de la somme empruntée, jusqu'à son remboursement intégral, ou pour l'amortissement de la dette en capital et intérêts, à terme ou pendant la vie du créancier seulement.
Quelquefois il arrivait aussi que l'indigence ou le besoin de se donner un puissant protecteur poussait l'homme libre à se soumettre au servage. Enfin, l'homme libre devenait serf, s'il se chargeait de la garde des biens mobiliers d'un seigneur, et à raison de cette charge, il se nommait serf à la clef [kholope sklioutchom) . Le temps de son servage finissait avec ses fonctions; et en rendant à son maître les clefs qui en étaient l'insigne, il
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reprenait par cela même sa qualité d'homme libre.
Le propriétaire du serf n'avait le droit ni de le vendre , ni de le céder, ni de le mettre en gage, ni de le donner en dot à ses filles, car il ne tenait cette propriété qu'à terme ou tout au plus à vie. Il avait le droit de le punir pour les fautes qu'il commettait; mais s'il le punissait à tort, les anciennes lois le frappaient d'une amende d'une grivna pour un emprisonnement injuste, et de quatre-vingts grivnas pour lui avoir donné le fouet*.
On voit, d'après les lois édictées par le tsar Alexis, que la condition de serf (kholope kabalnoï) n'était ni bien dure, ni bien rigoureuse, puisqu'il fut forcé d'interdire aux enfants boyards, qui formaient le dernier degré de la classe des serviteurs de l'État, d'échanger leur condition contre celle de serf. L'ordonnance d'Alexis et la décision de la Douma rendaient obligatoirement à la liberté et au service de l'État les enfants boyards qui s'étaient faits serfs pour se soustraire à ce service. Si ces hommes libérés sollicilaient encore une fois, après cette ordonnance, la faveur de se faire serfs de quelqu'un, on devait les rendre en
1. Celte somme de quatre-vingts grivnas était exorbitante et 'constituait alors une fortune assez considérable , puisque nous voyons, d'après les lois du tsar Alexis, que déjà, au milieu du XVII* siècle, on pouvait acheter, dans le district même de Moscou, jusqu'à \ 6 hectares de terre pour 3 roubles , c'est-à-dire trois quarts de grivna; l'amende appliquée au châtiment injuste d'un serf équivalait donc à la valeur de 1 ,000 hectares de bon terrain.
servage au boyard avec lequel ils avaient fait leur premier pacte de servage avant leur libération légale (code de lois Oulogenié, chap. XX, art. i, 3). Il est bien évident que l'existence des serfs n'était point aussi malheureuse qu'on pourrait se l'imaginer d'après notre manière de voir actuellement, puisque les privilégiés de la nation ne dédaignaient pas de jeter des regards d'ambitieuse convoitise sur cette position sociale.
Dans le code de lois que nous avons cité, il y a tout un chapitre en cent dix-neuf articles, qui pour la plupart traitent des conditions d'acquisition des serfs, de leur libération, des conflits de possession de serfs entre les différents propriétaires ou entre les propriétaires et les serfs, etc. ; il y est, entre autres dispositions, spécialement défendu aux propriétaires fonciers de faire serfs les paysans habitant sur leurs terres ; et toute espèce de kabala oujcontrat de servage entre un paysan russe et le propriétaire des terres qu'il travaille, est de plein droit déclarée nulle et non avenue (chap. XX, art. 13). Cette disposition de la loi prouve que la condition du paysan était préférable à celle du serf, quoique cette dernière fût quelquefois ambitionnée par des individus de la classe privilégiée.
Chacun des serviteurs de l'Etat avait le droit d'acquérir des serfs et des esclaves, et ce droit était étendu même aux odnodvortzys , aux Gostis et à
toutes les classes libres. Cependant les prêtres , les diacres , les sous-diacres , les serviteurs des cloîtres , ainsi que les paysans seigneuriaux, ne pouvaient pas avoir d'esclaves et de serfs, ni à vie ni à terme, mais seulement des serviteurs à gages, avec lesquels ils pouvaient faire de simples contrats pour une ou plusieurs années.
Résumons l'exposé que nous venons de présenter de l'organisation hiérarchique de la société russe pendant la période des tsars.
Nous avons dit qu'on ne pouvait ni affirmer ni contester d'une manière absolue l'existence d'une noblesse en Russie : elle existait en réalité, mais ceux qui la composaient n'appartenaient qu'à quelques familles princières ou de très-haut lignage; ils n'avaient d'autres privilèges que d'être jugés par un tribunal exceptionnel , et en vertu de lois spéciales infiniment plus douces pour ces privilégiés que pour les autres membres de leur classe, et d'être exemptés du paiement des taxes judiciaires. Toutes les autres prérogatives étaient personnelles et non héréditaires, et provenaient des avantages qui résultent d'une grande fortune, d'une meilleure éducation, de liaisons de famille avec des hommes puissants, en un mot, de ces avantages dont jouissent ces aristocrates français et môme genevois, qui n'ont aucune prérogative légale.
Tous ceux qui appartenaient à la classe des servi-
teiirs de l'État, depuis les boyards jusqu'aux die!is boyarskis, qui n'étaient que de simples soldats, jouissaient des mêmes privilèges au service et des mêmes droits de possession d'esclaves, de serfs et de terres ; ces droits mêmes étaient également attribués aux Gostis et à toute la classe marchande; mais la possession de serfs et d'esclaves était seulement interdite aux paysans , qui , comme partout ailleurs en Europe , portaient le nom générique de vilains (smerdys) . Déclarés incapables de porter les armes, ils payaient une capitation militaire, et ils étaient imposés au profit des propriétaires du sol, qui étaient plutôt leurs protecteurs que leurs maîtres.
Les serfs eux-mêmes, dont la condition peut paraître si dure, n'étaient à tout prendre que des gens qui trouvaient leur compte à vendre à terme leurs services, à ceux qui trouvaient leur compte à les acheter; de même qu'aujourd'hui il existe des millions d'individus qui trouvent leur compte à entrer dans la domesticité pour des gages convenus. Ainsi les serfs, sauf la forme de l'engagement, qui était différente, n'étaient dans le fait que des domestiques. Les esclaves seuls formaient une classe véritablement malheureuse, manquant complètement de droits politiques et civils , mais qui néanmoins , dans leurs occupations et dans tout ce qui tient à la vie matérielle , n'avaient rien à envier à ceux qui avaient embrassé volontairement la condition de serfs.
Les deux classes supérieures jouissaient d'une véritable et pleine autonomie d'administration intérieure. La première était régie par la boyarskaïa douma , composée de boyards, d'okolnitchis et de doumnys dvorianés , qui pouvaient être regardés comme les pairs de cette classe, et qui, ayant passé par tous les grades du service, devaient être singulièrement aptes à la direction de toutes les affaires de leur classe, a seconde classe de citoyens libres possédait aussi le droit de se réunir en assemblée générale, de se donner des administrateurs particuliers et de participer à la délibération et à la décision des grandes questions politiques, en envoyant des députés au ZemskoïSohor, sur l'invitation du souverain.
Ce n'était donc que la troisième classe, celle des serfs et des esclaves, qui n'avait pas le privilège de s'administrer elle-même : mais cette classe formait tout au plus le dixième de la population totale; et parmi ceux qui la composaient, les deux tiers au moins étaient en état de servage accidentel et momentané, circonstance qui restreignait ainsi considérablement le nombre des individus soumis à la malheureuse condition d'esclaves.
Nous terminerons notre exposé en mettant en relief l'observation que voici :
Le droit de posséder la terre était général, si l'on excepte les esclaves à qui il ne pouvait être attribué. Ce droit était fondé :
1° Sur les patentes de donation de la part du souverain ;
2" Sur les actes d'achat ;
3° Sur les héritages officiellement constatés ;
4° Sur le droit de défrichement des terres incultes;
5° Sur l'aliénation pour cause de vente au profit de l'État ou des créanciers;
6° Sur le droit de saisie qu'avait le porteur d'une obligation hypothécaire non remboursée au terme fixé.
Le droit de propriété n'étant, comme nous l'avons fait remarquer, interdit qu'aux esclaves, les serfs n'en étaient point exclus ; en quoi leur sort, et ce fait mérite essentiellement d'être signalé, différait de celui des serfs de l'Europe occidentale, où l'incapacité d'être propriétaire était le trait caractéristique du servage.
En dehors de cette société et de cette hiérarchie civile et politique s'élevait une autre société également constituée sur des bases hiérarchiques, et dont nous devons dire quelques mots avant de terminer ce chapitre : c'était le clergé.
Nombreux et puissant, il avait un gouvernement presque indépendant de celui de l'Etat; nous disons presque indépendant, car s'il ne l'était pas de droit, il avait néanmoins imposé au pouvoir temporel une excessive circonspection dans l'exercice des droits de surveillance que lui attribuaient les lois canoniques ;.
en sorte que ce pouvoir n'agissait guère, dans le domaine ecclésiastique, sans appuyer ses actes sur le consentement du patriarche de Gonstantinople et sur les décisions des conciles d'évêques. Parmi les preuves nombreuses que nous pourrions fournir de cette importance du clergé, nous nous contenterons de citer la suivante : -
Le tsar Alexis, ayant des griefs légitimes contre le patriarche Nikone, invita deux patriarches d'Orient, assistés d'un concile général du clergé russe, à juger les actes du patriarche inculpé ; et Nikone ne fut destitué que sur la sentence prononcée par ce concile.
Le chef de l'Eglise était le métropolitain de Moscou et de toute la Russie ; il prit, à la fin du xvi* siècle, le titre de patriarche. Ce personnage était tout à la fois le chef spirituel du pays et l'administrateur temporel suprême de tout le clergé et de ses biens meubles et immeubles. Ces biens étaient considérables, et s'augmentaient continuellement par des donations de mourants, persuadés qu'ils retrouveraient au ciel le centuple de ce qu'ils auraient donné au clergé sur la terre. Le grand-prince Jean III et le tsar Jean IV essayèrent, mais en vain, d'arrêter, ou tout au moins de limiter ces donations, et ce ne fut que le tsar Alexis qui réussit enfin à mettre des bornes à cet accroissement excessif des biens de l'Eglise, qui, a u moment où le tsar Alexis rendit ses ordonnances,
possédait plus d'un tiers de toutes les propriétés foncières du pays*.
L'administration civile de tolis ces domaines appartenait au patriarche et aux évêques ses subordonnés. Au-dessous des évêques étaient les archimandrites, qui étaient les prieurs des monastères et les régisseurs immédiats de la fortune ecclésiastique.
Le clergé était divisé en deux catégories bien distinctes : le clergé régulier ou noir, et le clergé séculier ou blanc. C'est le premier qui jouissait pour la plus grande part des richesses de l'Église; il habitait les nombreux monastères dont était couvert le sol de l'empire , et il avait une hiérarchie spéciale de 7 ou 8 degrés dont les principaux titulaires étaient l'archimoine, le moine, l'archidiacre, le diacre 2, etc. Il considérait généralement le clergé séculier comme son inférieur : ce dernier n'était composé que de pauvres desservants , curés , diacres et sous-diacres de paroisse, qui ne devaient jamais être ni archimandrites, ni évêques; car le clergé séculier était obligatoirement voué à la vie conjugale, et ses mem-
4. Après les ordonnances restrictives du tsar Alexis, le monastère de Saint-Serge possédait à lui seul des domaines sur lesquels vivait une population de 160,000 paysans, et qui étaient plantés de belles forêts et enrichis en outre par des exploitations industrielles, telles que moulins, carrières de plâtre, de chaux, de pierres, pêcheries, etc.
2. Cette hiérarchie avait au sommet l'archimandrite , et à la base le serviteur [slottjha).
29Zi HISTOIRE DE LA CIVILISATION EN RUSSIE.
bres ne pouvaient avoir d'autre terme suprême d'ambition que la position d'archiprêtre ou celle d'inspecteur de plusieurs paroisses ^.
Pour échapper, autant que possible , à la sujétion où les réduisait une pareille organisation, les prêtres séculiers, tout en laissant à leurs aînés la survivance de leurs fonctions pastorales, cherchaient à faire entrer leurs autres enfants dans les rangs du clergé régulier. Ainsi s'établit une espèce d'hérédité dans les charges ecclésiastiques; et cette coutume, en se perpétuant de génération en génération, finit bientôt par fermer abusivement la porte à tout individu étranger à la caste, qui manifestait l'intention d'entrer dans l'une ou l'autre des catégories du clergé russe.
1. Chaque paroisse desservie par un ou plusieurs membres du clergé séculier avait des terres qui lui appartenaient, et dont ce clergé avait l'administration et l'usufruit, outre ses autres sources de revenus, telles que les offrandes qu'il recevait des fidèles. Mais toutes ces ressources étaient bien loin d'équivaloir aux immenses richesses du clergé régulier.