Le serment prononcé par Michel Romanoff à son avènement
•IllSTO'RE DE LA CIVILISATION EN RUSSIE. 307
Tous les souverains de Russie se distinguaient par une fervente piété, et le serment qu'ils prêtaient à leur avènement était toujours un frein suffisant contre le dérèglement des passions personnelles.
Pour prouver que ce serment suffisait à maintenir les souverains dans les bornes de leurs devoirs, nous nous contenterons de rappeler que durant cette période historique de deux siècles et demi, il ne fut sans efficacité que pendant un laps de temps insignifiant; car ce ne fut que dans les vingt-deux dernières années du règne de Jean IV, que ce prince, entraîné par ses passions violentes , perdit le souvenir de son serment.
Encore faut -il observer que, malgré la furieuse démence de ce souverain, il n'exerça sa tyrannie que sur des individualités, mais jamais sur toute une corporation ou sur une classe entière de la société ; jamais il ne s'avisa de promulguer des lois cruelles pour légaliser ses fantaisies : par aucun acte de sa vie il ne manifesta du mépris pour les institutions de l'Etat, sanctionnées par les usages et les habitudes de son peuple ; tout au contraire, il respecta ces usages et les lois établies par ses ancêtres.
Nous ne parlons point de la conduite du faux Dmitrii , pendant la courte période de son pouvoir ; elle fut la conséquence de son éducation peu orthodoxe, et il l'expia cruellement.
fut plus long et plus détaillé que ne l'avait été celui de ses prédécesseurs.
Le souverain était assisté dans le gouvernement de rÉtat :
Pour les affaires de l'église, par le patriarche et par les corporations ecclésiastiques ;
Pour la législation , par le patriarche et par la boyarskaïa douma ou chambre des boyards, dans les affaires de réglementation ordinaire , et le Zemskoï Sobor pour les lois fondamentales et les grandes questions politiques;
Pour rendre la justice, par la cour des boyards, raspravnaïa zolotaïa palata, par les soudnoïs prikases ou cours de justice; dans les provinces, par les namiestniks, ses lieutenants, par les voîevodes, les goubnyés slarostys ou juges jurés avec l'assistance de juges élus, et par les mires, assemblées de corporations, des volostes et des communes ;
Pour l'administration des affaires courantes, par des Prikases administratifs, les lieutenants, les voïevodes, les lionnes, les golovys, les sotzkys et les mires.
La législation suivait un ordre usuel, dont les souverains, quoiqu'ils en eussent le droit, ne s'écartaient presque jamais. Chaque décret ou ordonnance était ordinairement l'œuvre de l'initiative du prince ou d'une nécessité devenue évidente par quelques circonstances de la vie sociale. Cette initiative venait quelquefois des membres de la Douma , qui proposaient l'adoption des mesures nécessaires; le souverain, qui présidait toujours la Douma , quand elle
discutait les lois nouvelles, pouvait acœpter ou rejeter la proposition faite par les membres. La discussion des propositions avait lieu librement, au point qu'il n'y a pas d'exemple qu'une opinion d'opposition ait été poursuivie ou punie par le souverain. Cet esprit de libre discussion s'est perpétué jusqu'à la fin de l'existence de la Douma; et il passa même dans le sénat primitif de Pierre le Grand, où un certain prince Jacques Dolgorouky osa résister si énergiquement à Pierre lui-même, que ce souverain dut céder.
Après l'adoption d'une loi, elle était soumise au patriarche, qui sanctionnait ou bénissait, comme nous le disons en russe, et elle était promulguée ayant en tête ce formulaire consacré, que nous avons déjà cité : « Le tsar a proposé, les boyards ont décidé et le patriarche a béni. » Après leur promulgation toutes ces lois et ordonnances s'ajoutaient successivement au code principal.
Pour les mesures législatives importantes, pour la solution des graves questions politiques, comme celles de paix ou de guerre, les souverains convoquaient les États généraux [Zemskoï Sobor) . Les boyards et les membres de la grande Douma participaient de droit au Sobor ; les villes, les corporations, les volostes y envoyaient leurs députés, dont le nombre n'était pas fixé par une loi spéciale, mais établi par l'usage ou par l'ordonnance de convocation.
Les décisions du Zemskoï Sobor étaient très-respec-
tées; mais leur exécution n'était cependant pas obligatoire pour le souverain : nous en voyons un exemple dans les annales du règne du tsar Michel. Les cosaques du Don, après la prise d'Azoff sur les Turcs, laissèrent dans cette ville un détachement ; cette petite troupe, menacée par les immenses préparatifs des Turcs pour reprendre l'offensive, envoya à Moscou demander des instructions sur ce qu'elle avait à faire. Le Sobor consulté inclinait à la résistance pour conserver Azoff comme place importante dans .la mer Noire ; mais le tsar, prenant en considération l'état embrouillé des relations de la Russie avec la Pologne et la Suède, fut d'un avis opposé à celui de l'assemblée. Nous ne savons si le Sobor vint à changer sa résolution, mais ce qui est certain, c'est qu' Azoff fut évacuée par les Cosaques sur l'ordre du tsar.
En d'autres circonstances, au contraire, les décisions du Sobor furent strictement et ponctuellement exécutées. En 1566, Jean le Terrible convoqua un Sobor pour le consulter sur ses relations avec la Pologne et lui soumettre les questions suivantes : « Faut-il rendre aux Polonais Riga et Venden et conclure la paix, ou retenir ces villes et continuer la guerre ? » Le Sobor se décida pour la guerre, et le tsar entra immédiatement lui-même en campagne.
On voit donc par tout ce qui précède que la forme du gouvernement n'était pas purement représentative, mais bien autocratique, éclairé parles conseils
de la représentation nationale ou des 'gens expérimentés.
L'organisation des pouvoirs législatifs, dont nous avons tracé les principales attributions, ne présentait à la vérité ni un caractère de stabilité, ni les garanties nécessaires à un état social définitivement perfectionné; mais elle offrait déjà des bases assez solides pour servir de pierre d'attente aux développements et aux améliorations.
Nous avons indiqué succinctement à quels magistrats était confiée l'administration de la justice ; nous allons maintenant entrer dans quelques détails à ce sujet. Il y avait dès lors plusieurs degrés de juridiction ; les jugements étaient rendus en première instance par les Gouhnyés staroslys assistés de membres élus par les citoyens. Les affaires venaient ensuite aux voïevodes, et en troisième instance elles étaient portées devant lesPrikases ou hautes chambres de justice. Le grandprince Jean III partagea la Russie en trois tiers ou arrondissements judiciaires, dont chacun avait son Prikase à Moscou. Ce nombre d'arrondissements fut augmenté plus tard, au mr et à mesure de l'accroissement du pays. On institua des Prikases à Riazane, à Dmitrovsk, à Kazan et dans d'autres villes. Les Prikases étaient présidés par des boyards ou des okolnitchys; mais les sentences capitales ne pouvaient être exécutées qu'après avoir été confirmées par le souverain.
La classe privilégiée des serviteurs de l'État, c'està-dire les membres des familles inscrites sur le grandlivre généalogique, était jugée dans ses affaires criminelles ou ses litiges civils par la cour des boyards, qui n'était qu'une judiciaire de la chambre ou Douma ; cependant le souverain appelait quelquefois pour y siéger des okolnitchys ou d'autres dignitaires administratifs, distingués par leur savoir.
Les affaires civiles étaient ordinairement jugées en première instance dans les Prikases, des arrêts desquels on pouvait interjeter appel auprès du tribunal supérieur, nadvornaia palala. Il arrivait cependant en province que des causes d'une importance assez considérable étaient jugées en première instance par les Goubnyés starosfys ou par les voïevodes. On pouvait appeler des jugements des starostys auprès des voïevodes, et des arrêtsdes voïevodes auprès du namiestnik (lieutenant) ou auprès du Prikase compétent. Les goubnyés starostys jugeaient sans appel les causes de police correctionnelle. Pour certains délits, il fallait à leur sentence la confirmation du voïevode; mais les crimes proprement dits étaient toujours jugés par les Prikases.
Les juges ne recevaient pas d'appointements fixes, mais seulement des honoraires qui leur étaient remis à la conclusion de chaque affaire, et calculés d'après un tarif qui, pour les affaires civiles, limitait ces honoraires au maximum de dix pour cent de la valeur du
litige, et qui établissait également la proportion dans laquelle elle devait être répartie entre les juges, les diacks ou greffiers, et les podiatc hits ou commis-greffiers et employés.
Quand une contestation s'était élevée entre des personnes appartenant à différentes compétences, on formait des tribunaux mixtes [smiestnyï soude) .
La cour générale d'appel (nadvornoï soude) ou cour du palais, était composée de boyards ; elle prononçait sur les appels interjetés et ordonnait la formation d'un tribunal d'appel nommé péressoud, dont les juges étaient dits péressoudtchiks ou rejugeurs. Il leur était alloué une rétribution double, c'est-à-dire vingt pour cent de la valeur en litige.
Chaque fonction judiciaire était appréciée d'après son revenu et donnée en récompense de services rendus. Les voïevodes qui étaient dans ce cas n'étaient jamais nommés pour plus de trois ans, parce qu'on croyait alors qu'il ne faut pas altérer le caractère du citoyen par un trop long exercice du pouvoir.
Indépendamment de toute cette organisation judiciaire, il y avait un tchelobitnoï prikase ou chambre de requêtes, qui recevait les suppliques des sujets adressées aux souverains, et qui transmettait les réponses.
Il y avait deux branches principales d'administration : l'administration executive et l'administration délibérative. La première était confiée aux namiest-
niks , ou lieutenants du souverain, qui avaient sous leur pouvoir plusieurs villes avec leurs territoires. Sous leurs ordres immédiats, et dans chaque ville, était un voïevode, chef du pouvoir administratif et judiciaire, qui souvent conduisait à la guerre les troupes fournies par le territoire qu'il avait à gouverner. Au-dessous du voïevode étaient les golovys, les starostys, les sotskis et demi-sotskis, à peu près tous choisis par l'élection populaire, et formant l'ensemble hiérarchique des agents du pouvoir exécutif.
L'administration délibérative était confiée à des Prikases administralifs spéciaux pour chaque partie de l'administration; leur nombre et leurs attributs ont varié à différentes époques, mais les principaux étaient :
Le Prikase des serfs, qui avait l'administration du servage : il devait veiller à l'observation des lois sur la matière; toutes les kabalas étaient obligatoirement revêtues de son visa, et l'omission de cette formalité entraînait la nullité de l'acte de servage. Ce tribunal prononçait sur les conflits qui s'élevaient entre les propriétaires et leurs serfs, et entre les propriétaires prétendant à des droits sur le même serf. Il avait aussi dans sa compétence, la juridiction des esclaves et les cas de fuite ou de recel d'esclaves.
Le Prikase de la cour administrait tous les biens appartenant au souverain ; il était toujours présidé par un des plus grands boyards.
EN UUSSIE. 315
Le Prikase de la poste avait sous son contrôle et son administration toutes les courses qui se faisaient aux frais du gouvernement. Autrefois, quand on expédiait un employé pour les affaires de l'Etat, on lui donnait de l'argent pour acheter des chevaux qui, à son retour, devaient être rendus au Prikase. Pour le transport des ambassadeurs ou l'envoi des courriers, on louait des chevaux d'une ville à l'autre, et le gouvernement payait la location de ces chevaux. Depuis 1596 on trouve les postes régulièrement instituées. Tout le long des grandes routes et dans des villages éloignés l'un de l'autre de 8 à 10 lieues, on désignait des familles de postillons, iamchtchiks^ qui devaient fournir des chevaux et des équipages (charrettes ou traîneaux) aux employés du gouvernement et aux particuliers qui obtenaient june feuille de route ; cette obligation leur tenait lieu d'impôts et de redevances. Leur nombre était, sur chaque route, proportionnel à la moyenne des voyageurs qui la fréquentaient ; et il est à croire que cette corvée ^n'était pas très-lourde, car il y avait toujours beaucoup de postulants à cet emploi. Ce Prikase était l'un des plus considérés ; il surveillait et dirigeait tous les iamchtchiks, délivrait les feuilles de route et jugeait les réclamations postales. Le libérateur de Moscou et de la Russie, le fameux Dmitrii Pojarskoï, fut président de ce Prikase ; et c'est sous sa direction, en 1628 et 1629, que furent réglées les tables qui déterminaient le
nombre de chevaux que pouvaient réclamer les différents dignitaires et employés de l'Église et de l'État.
Le jitnoï Prikase, ou administration de l'approvisionnement public. Il y avait dans chaque ville des magasins contenant des provisions suffisantes à l'entretien de la population pendant plusieurs mois. Le tiers de cet approvisionnement était vendu chaque année pour être renouvelé; on en vendait les deux tiers dans les années de mauvaises récoltes. Le tsar Boris Godounoff fit augmenter l'approvisionnement d'une quantité égalé à l'un des tiers de la précédente quantité.
Le Prikase des brigands et des voleurs, qui s'appelait aussi Prikase d^ enquête criminelle, avait dans ses attributions la haute police ou police secrète.
Le possolskii Prikase, ou chambre diplomatique , correspondait à ce que nous appelons aujourd'hui le ministère des affaires étrangères. Outre ses attributions directes, il administrait les affaires des États qui étaient sous la suzeraineté de la Russie et des provinces nouvellement comprises dans l'empire; il y contrôlait les voïevodes et leurs employés, et toute l'administration mih taire. Il veillait à la rentrée de l'impôt particulier réparti sur toutes les classes, et spécialement affecté au rachat des prisonniers de guerre.
Le petchatnoï Prikase, ou chambre du timbre, percevait le revenu du timbre pour toutes les pièces
de procédure civile et criminelle, en apposant à chaque colonne écrite le timbre de l'Etat, obligatoire pour valider toutes les écritures juridiques.
LePrikase bolchiakazny, ou ministère des finances, qui avait l'administration de tous les revenus de l'Etat. D'après son règlement constitutif, cette commission devait tâcher d'augmenter les revenus sans pressurer le peuple , et diminuer les impôts s'ils devenaient trop lourds. Elle devait veiller à ce que les dépenses fussent régulières et modérées ; elle tenait des registres spéciaux pour chaque impôt et pour chaque localité.
Les attributions de cette chambre nous amènent à énumérer les principaux articles des revenus de l' État à cette époque. Ces revenus consistaient dans les amendes judiciaires, les droits de timbre, les régales du sel, de l'eau-de-vie, de l'hydromel et de la bière ; dans les patentes de commerce, le produit des douanes, les revenus territoriaux des biens de l'État, l'imposition cadastrale de tous les biens-fonds des particuliers, etc. Cette dernière assiette d'impôt méritant une attention particulière, nous entrerons à ce sujet dans quelques détails précis et caractéristiques.
Nous avons vu que, du temps de laroslaw et de Vladimir Monomaque, la propriété foncière était déjà soumise à une délimitation exacte placée sous la sauvegarde des lois. Cet ordre de choses n'eut rien à souffrir des bouleversements qui ébranlèrent
la société russe. Jean III, voulant donner du terrain à ses neveux, les princes Volotzkoï (1497), inscrivit tout au long dans l'acte de donation, qui nous a été conservé, les limites du terrain dont il les gratifiait. D'après ce document et d'autres semblables, on peut voir clairement que les arpenteurs de l'époque cherchaient, autant que possible, à limiter les domaines par des cours d'eau et des accidents de terrain ; mais à défaut de ces bornes naturelles, ils faisaient choix d'un arbre pour le marquer du sceau de l'État; indépendamment de la marque, on creusait près de cet arbre une fosse de deux mètres de profondeur et quatre mètres de diamètre, au fond de laquelle on plaçait des pierres, dont le nombre était jfixé par la loi, et quelques poignées de charbon.
En 1556, le tsar Jean IV ordonna l'arpentage de tout le pays, en donnant aux employés chargés de ce travail, dit Thistorien Tatichtcheff, des instructions très-précises, très-dé taillées, avec des principes de géométrie pour le calcul des surfaces.
Cette opération fut exécutée en peu d'années, et toutes les terres furent mesurées , décrites et distinguées en trois qualités différentes. L'unité de la mesure territoriale était une dessiatine ou centième partie d'une verste carrée (à peu près 2 hectares 2/3) . On comptait deux tchetvertes par dessiatine, et l'unité d'imposition s'appelait une sokha, contenant 400 dessiatines de terre de bonne qualité, 600 de
qualité moyenne, et 900 de la dernière qualité. Les pêcheries étaient estimées sur un pied proportionnel aux sokhas, tel lac ou telle rivière équivalant en richesse poissonneuse à un certain nombre de sokhas. Un grand bateau pêcheur et une forge étaient taxés comme une sokha. Les forêts étaient imposées d'après le nombre de haches qui y travaillaient pendant l'hiver. De cette manière, toute la Russie fut mesurée, estimée et imposée par sokhas. La somme d'imposition par sokha variait suivant les besoins de l'État, mais l'unité d'imposition restait toujours la même.
Les registres des opérations cadastrales faites du temps de Jean IV ayant été en partie perdus lors de l'invasion polonaise de 1612, en partie brûlés dans un grand incendie en 1616, furent rétablis et augmentés en 1627 et- 1628, sous le règne du tsar Michel. Son fils Alexis, trouvant des imperfections à ce travail, nommé pistsovyïa kniguis (les livres des descripteurs) , rédigea des instructions pour un nouvel arpentage , et en ordonna l'exécution ; mais sa mort prématurée ne lui permit pas d'achever cette œuvre.
Sa fille, la princesse Sophie, compléta encore, pendant sa régence, les inst'ructioihs préparées par le tsar Alexis, et commença la levée des plans et le travail d'estimation dans plusieurs villes ; mais toute l'attention du gouvernement étant alors tournée du
côté de la Grimée, ropération de l'arpentage fut suspendue faute de moyens.
L'assiette cadastrale de l'impôt dura encore sans modification jusqu'au règne de Pierre le Grand, qui changea cet impôt en capitation.
Le denejnyidvor, ou cour de la monnaie, était chargé de la frappe des monnaies et des médailles.
Le kamennyï Prikase, ou département des édifices, devait veiller à propager l'usage des constructions en pierre. Le tsar Boris donna deux cent cinquante mille roubles à ce Prikase pour établir des briqueteries, des carrières de pierre de construction, de chaux, de plâtre, et vendre ces matériaux aux particuliers qui voulaient bâtir, en leur offrant la facilité de les payera dix ans de terme , par échéances successives.
Le Prikase bagadielène, ou département des hospices civils , dirigeait tous les établissements de ce genre.
Le Prikase des apothicaires veillait à l'organisation des pharmacies, à l'engagement des médecins et en général à tout ce qui concernait l'hygiène publique.
Le zemskoï Prikase ou zemskoï dvor était une chambre de police , dont la compétence s'étendait à toutes les affaires qui pouvaient être jugées par un tribunal de police correctionnelle ; il avait dans toutes les villes des succursales qui s'appelaient zemskam izha ou chambres de police territoriale, et qui
étaient présidées par des golovys ou présidents élus , assistés de diaks et de sous-diaks territoriaux. Quant à la police executive, elle était entre les mains des voïevodes qui avaient dans les campagnes des agents spéciaux, golovys, sotskis et demi- sotskis , dont nous avons déjà énuméré les fonctions, et dans les villes des zemskii iarychkis , commissaires de police qu'on distinguait à leur uniforme rouge et vert à Moscou, et de couleurs différentes dans les autres villes. Chaque iarychka portait une plaque avec les lettres initiales de sa charge Z-IA. Il avait le droit d'arrêter et de conduire devant le juge les perturbateurs de la tranquillité publique. Le grand-prince Jean III institua des patrouilles à Moscou, et la même chose se faisait probablement dans les villes de province. Ces patrouilles étaient formées des citoyens les plus respectables, marchant sous les ordres d'un des boyards qui les commandaient , à tour de rôle. Ce même prince fit établir des chevaux de frise qui fermaient pendant la nuit les principales rues ; ces chevaux défrise étaient gardés par des postes de police. Chaque partie de la ville était entourée d'une grille avec des portes de fer, et il était défendu de circuler dans les rues sans nécessité, et sans être muni d'une lanterne.
Le tsar Alexis établit des pompes à incendie dans toutes les villes et multiplia les précautions contre ces sinistres , qui avaient si souvent dévasté les principales villes de l'empire. Il perfectionna encore toutes
les mesures de sûreté publique ; il fit de nouveaux règlements qui confiaient la garde de la tranquillité à des fonctionnaires élus par les citoyens, et qui faisaient assister ces agents par un homme recommandahle ( pour chaque dizaine de maisons) , choisi parmi les citoyens, lequel remettait ses fonctions à d'autres, à tour de rôle. Indépendamment de cette participation de la population entière à la législation , comme milieu consultatif, à l'administratio'h et à la juridiction par les citoyens élus , la constitution fondamentale du pays était communale. Chaque commune gérait ses intérêts, jugeait les conflits entre ses membres et veillait à l'accomplissement des devoirs envers l'Etat, les pouvoirs locaux et la commune elle-même, de la part de chaque habitant; enfin elle surveillait la moralité individuelle et publique. Comme cette institution forme la base de la société politique russe, nous lui consacrerons un chapitre spécial; mais auparavant, nous compléterons le tableau général du système d'administration, en faisant connaître l'organisation militaire et ecclésiastique de la Russie. L'administration de la partie militaire était entre les mains d'une série de Prikases spéciaux :
i° Le rosriadnyï Prikase ou département d'inspection nommait les militaires aux différents grades jusqu'à celui destolniks inclusivement, donc aussi les striaptchys, les dvorianés, etc. Tous ces ofiiciers étaient justiciables de ce département, qui pouvait
s'ériger en tribunal disciplinaire, et qui, circonstance assez remarquable , n'était jamais présidé par un boyard ou un okolnitchi , mais toujours par un diak de la grande Douma, doumnoï-diak; parce que ces fonctionnaires n'appartenaient pas à des familles de la classe des serviteurs de l'État, mais étaient ordinairement d'origine ecclésiastique ou des odnodvortzys, et offraient par conséquent de plus sûres garanties d'impartialité , n'ayant aucune espèce de lien de race ou de parenté qui les unît à leurs administrés ;
2° Le bronnoï Prikase ou département des armures faisait fabriquer et distribuait à l'armée les principaux objets d'armement et d'équipement : cuirasses, casques, sabres, carquois, flèches, lances, arbalètes, etc.;
3" Le pouchkarskoï Prikase ou département de l'artillerie et du génie avait dans sa compétence la direction de ces deux armes; il contrôlait les golovys (chefs des forêts où l'on fabriquait le charbon nécessaire pour la poudre) , les poudriers, les salpêtriers, les terrassiers , et leurs différentes usines , ainsi que les fortifications des places ;
!r L'approvisionnement des troupes était fait par le jitnyï Prikase dont nous avons parlé plus haut ;
5° Le Prikase chtchetnykh dieles ou commissariat militaire était chargé de la solde des troupes ;
6° Le stvolnoï Prikase s'occupait de la fabrication et de la distribution des fusils ;
â24 HISTOIllE DE LA CIVILISATION^
7° Le reiiarskoi Prikase, institué en 1651, était un département de cavalerie régulière qui gérait toutes les affaires de cette arme ;
8° Le inozemnyï Prikase ou cour des étrangers, bureau spécialement affecté aux étrangers résidant en Russie et serviteurs de l'État et aux dietis boyarskis qui n'avaient pas de terres en usufruit, mais recevaient des émoluments en argent comme les étrangers;
9° Le kosatskoï Prikase ou administration particulière des troupes cosaques ;
10° Le strelelskoï Prikase remplissait les mêmes fonctions à l'égard des streltzys ; il les distribuait à Moscou, dans les provinces et sur les frontières*;
11° Le korasbelnyï Prikase ou département delà marine institué par le tsar Alexis, quand il commença l'établissement d'une flotte sur la Caspienne. Un ingénieur hollandais, David Butler, construisit avec ses compagnons une frégate et six corvettes qui furent armées et lancées sur l'Oka, en 1667, et conduites à Astrakhan; mais une bande de brigands qui, sous les ordres d'un kosak du Don, Stenka Razine , dévastait le pays d'Astrakhan, de Saratoff et jusqu'à Simbirsk, brûla cette flotte, œuvre de prédilection du tsar. Les pillards furent, à la vérité, pris et exécutés ; mais il fallut songer à de nouveaux sacrifices pour réparer le désastre qu'ils avaient causé. Si désireux
1. Avant le règne du tzar Alexis, ces deux administrations {Kosatskoï et Streletzkox prikase) n'en formaient qu'une.
que fût Alexis de couvrir de son pavillon les eaux de la Caspienne pour étendre autant que possible les relations commerciales et l'influence politique de la Russie, il n'apporta point dans cette reconstruction la même ardeur qu'il avait manifestée auparavant. Après avoir recueilli de nouvelles ressources, il allait cependant l'entreprendre , quand la mort vint l'enlever à la Russie K
Pour compléter notre tableau, nous devons dire quelques mots sur l'organisation des forces militaires de la Russie ; partie très-importante dans des siècles aussi guerriers, où le tranchant de l'épée était seul appelé à prononcer la solution des conflits internationaux.
Les forces militaires de la Russie pouvaient être partagées en deux grandes catégories :
1. Pour donner une idée générale de cette organisation de l'administration russe en Prikases, nous citons ici Mayerberg, qui était ambassadeur à Moscou en 1661 , et d'après lequel nous voyons qu'il y avait de son temps, dans cette ville, trente -trois Prikases avec des attributions différentes , et tous subordonnés à la grande Douma boyarskaïa :
« Etenim — cum ter undecim constituti sunt Moschua3 princi- « paliores magistratus, quos Pricazas vocant, ad quos tanquam ad « primas instantias suas juxta distributionis praescriptum omnia « sive justitiam, sive aerarium, sive bellum concernentia defe- « runtur. Earum singulis, aliquando et pluribus, unus ex iisdem « (Boiaris) preeest, qui summa cum auctoritate subjectas suae « jurisdictioni causas dignoscit , superque decernit majori , vel « minori patrimonii sui augmenlo, prout ipse magis vel minus « favoris sui auctionalor fuerit. » (Mayerberg, page 85.)
1° Les guerriers non soldés,
2" Les guerriers à gages.
La première catégorie était la plus nombreuse; tous les degrés de la classe des serviteurs de l'État étaient obligés à ce service. Chaque boyard était avant tout militaire, et avec lui toute sa maison, serviteurs personnels, serfs ou esclaves ; il en était de même pour les okolnitchis, les stolniks, les striaptchys, les dvorianés, les jiltzys et les dietis boyarskis. Le nombre de soldats requis de chacun des serviteurs de l'État était déterminé d'après la quantité de sokhas de terre qu'il possédait. Pour chaque sokha (c'est-à-dire 400 dessiatines de bonne terre), le propriétaire devait lever, nourrir et entretenir à ses frais deux hommes armés, équipés et montés*. Ceux des propriétaires qui étaient pauvres et n'avaient pas de quoi subvenir à tous ces frais, recevaient des indemnités.
Le tsar Boris diminua, il est vrai, cette redevance de moitié ; mais elle fut plus tard rétablie sur le même pied qu'auparavant.
Pendant les grandes guerres, les propriétaires étaient, en outre, obligés de fournir un guerrier sur 50 et quelquefois sur 25 maisons de paysans; ce n'était que dans ces cas extraordinaires que les paysans avaient l'honneur de porter les armes.
Les courtisans en général, comme les stolnyks,
\ . Pour les guerres lointaines, chaque soldat devait être pourvu de deux chevaux.
les striaptchys, et autres employés de la Cour, ainsi que les dvorianés de Moscou et les jiltzys, allant à la guerre, se formaient en régiments et compagnies ; les dietis boyarskis, qui avaient déjà reçu des lots de terres égaux à ceux des dvorianés, entraient aussi dans ce corps qui s'appelait corps d'élite, izvyhorou. Les maisons des archevêques et les monastères devaient, en cas de grande nécessité, fournir des soldats pris parmi leurs serviteurs. Les veuves et tilles propriétaires devaient fournir des remplaçants qui ne fussent pas tenus au service pour leur propre compte. Si elles n'en trouvaient pas à louer, elles envoyaient des paysans équipés , armés et entretenus à leurs frais; on appelait ces remplaçants soldats rendus (datolchno'i) . Les diaks eux-mêmes et les podeiatchys étaient quelquefois obligés de prendre les armes.
La seconde catégorie de militaires, celle des soldats à gages, était composéede cosaques du Don, du Volga, du laïk, de Grébène, de Sibérie, de la Petite -Russie, des Zaporogues et des Slobodes , ainsi que des Tartares, des Bachkirs et de tous les étrangers qui se trouvaient au service de Russie. Tous ces mercenaires étaient à la solde de l'État, qui les entretenait sur le produit des redevances de capitation militaire imposées sur les propriétaires, lesquelles variaient suivant les besoins du moment.
Jean III forma un nouveau corps de troupes ; les
streltzys (tirailleurs), dont il fit deux régiments, l'un de fantassins, l'autre de cavaliers ; mais le tsar Jean IV, à l'occasion du siège de Kazan, augmenta le nombre de ses soldats qui devinrent bientôt une véritable troupe permanente, continuellement occupée du service et sachant faire déjà quelques évolutions. Elle formait le principal noyau de l'infanterie de l'armée ; quoiqu'il y eût dans ses rangs quelques régiments de cavaliers appelés reitors ou dragons. Le nombre des streltzys fantassins, au dire de Margeret, voyageur français du commencement du- xvif siècle, était de dix mille hommes ; mais le tsar Alexis, persuadé que l'infanterie était la véritable force des armées, diminua sa cavalerie obligatoire et la remplaça par quarante mille streltzys domiciliés en partie à Moscou, en partie dans les villes frontières. Ce recrutement considérable de streltzys se fit parmi les paysans dans les parties du pays où le peuple faisait de la chasse son occupation principale, sur les bords de la Dvina septentrionale, aux environs de Vologda, de Yiatka et de Ferme, où l'on était assuré de trouver d'excellents tireurs.
Les régiments de streltzys étaient logés dans de grands villages qu'ils construisaient dans les faubourgs de Moscou et des autres villes, et s'occupaient de différentes industries, comme artisans et comme marchands.
Malgré toutes les réclamations des véritables mar-
chands, les streltzys ne se gênaient pas, et sans payer ni droits, ni patentes, faisaient un commerce considérable , au vu et au su du gouvernement, qui tolérait ce désordre administratif, à cause de l'utilité de leurs services en temps de guerre. Ils devinrent ainsi peu à peu des soldats citoyens, transmettant à leurs fils leur double métier, et formant une troupe dont l'esprit de corps était porté à la plus haute expression.
L'origine des streltzys les faisait tenir en un certain mépris par les autres militaires : aucun des serviteurs de l'État n'aurait voulu entrer dans leurs rangs, et aucun homme de bonne famille n'aurait accepté le commandement d'un régiment de streltzys, malgré les grands avantages pécuniaires qu'offrait ce commandement; en sorte que toute la hiérarchie de ce corps était tirée de son sein. Tout contribuait donc à en former une caste, même dans l'armée.
Outre cette milice permanente, le tsar Alexis, voulant former un corps d'armée régulier, fit venir des officiers allemands, qu'il chargea de ce soin; et les registres de 1654 et de 1655 nous apprennent qu'il y avait déjà à cette époque sept mille hommes de troupes régulières ^. Les grades militaires institués par le tsar étaient les suivants : colonel [polkovnik) lieutenant-colonel [polou polkovnik). major {maïor),
1. Essais sur les antiquités russes, de G. Ouspensky. 1818. Pa?e 357.
chef d'escadron (rotmislre) , capitaine {kapitan) , lieutenant (poroutcliik) , sous-lieutenaiît (pod poroutchik), enseigne (praporchlchik)^ quartier - maître [kvarlirmeïsler) , caporal [kapral]^ cavalier (reitor), etc., jusqu'au scribe de compagnie.
Les trois premiers grades étaient exclusivement occupés par des Allemands, dont on trouvait encore quelques-uns dans les grades inférieurs, plus particulièrement cependant réservés à des nationaux russes pris dans les striaptchys, les dvorianés de Moscou et des provinces, les dietis boyarskis et les jiltzys; les soldats étaient recrutés parmi les paysans.
C'était là un commencement de réorganisation militaire, et le tsar continua à y tenir la main pendant tout le temps de son règne ; mais son fils Théodore, porté vers d'autres soins, négligea cette partie importante de l'administration ; et la princesse Sophie, qui ménageait les streltzys, pour en faire des instruments de sa politique , leur sacrifia complètement les troupes régulières, dont un des régiments, cependant, celui des boutyrskii, qui existe encore aujourd'hui, s'associa aux streltzys pendant leur révolte.
Le tsar Jean IV avait formé, en 1563^, une troupe d'élite de gardes du corps, qu'il nomma opritc/mikis, qu'il associa à ses écarts, et dont il fit les exécuteurs de ses mesures tyranniques. Nous ne les citons ici
que pour mémoire, car ils furent haïs et méprisés de son vivant, et dissous de suite, après sa mort.
La manière dont se faisait la levée des troupes territoriales est assez originale pour que nous en disions quelque chose.
En cas de guerre, l'armée était appelée par des oukases ou ordonnances envoyées à tous les voïevodes des territoires, dont le contingent devait prendre les armes. Ces ordres étaient portés par des jiltzys qui, en remettant l'oukase au voïevode, devaient lui demander des nouvelles de sa santé de la part du tsar. Le voïevode alors appelait tous les hommes d'armes de son gouvernement et leur assignait des points de rassemblement général, qui donnaient leurs noms aux dessiatnis ou compagnies, dont chacune avait son drapeau. Plusieurs de ces compagnies réunies formaient un régiment polk, placé sous les ordres d'un golova, ressortissant du territoire sur lequel avait eu lieu la levée, et subordonné pendant la guerre à un voïevode nommé par le tsar. La partie administrative était même, pendant la guerre, entre les mains du golova, élu par la milice elle-même, tandis que l'autorité du commandement tactique appartenait au voïevode nommé par le gouvernement.
Six de ces régiments composaient une armée et se distribuaient de la manière suivante : le meilleur régiment, qui portait le nom de bolchoïpolk ou grand régiment, formait le corps de bataille, sous les ordres
du plus ancien voïevode ; le second régiment [peredovoï polk) formait l'avant-garde, le troisième servait d'aile droite, le quatrième d'aile gauche, le cinquième de réserve, et le sixième, moins nombreux que les autres, mais composé des meilleurs cavaliers de l'armée , faisait les évolutions de cavalerie légère.
Le commandant en chef de l'armée se tenait auprès du corps de bataille; il portait le titre de voïevode de cour, dvorovoï voïevoda. Chaque régiment était sous les ordres d'un voïevode classé pour son commandement par ordre d'ancienneté, c'est-à-dire que le plus ancien des voïevodes après le dvorovoï voïevoda, commandait le corps de bataille, le second l'avantgarde , le troisième le flanc droit , et ainsi de suite jusqu'au sixième, qui commandait le corps volant.
Telle était l'organisation militaire russe pendant la période des tsars. Les bases en étaient fort rationnelles, et les perfectionnements que le tsar Alexis commença à y introduire devaient bientôt lui donner un caractère de stabilité et la mettre au niveau des exigences du temps. Ce monarque fit compléter le règlement militaire de 1607 , donné par le tsar Vassilii Ghouïsky, ou plutôt il en fit rédiger un nouveau qui fut imprimé en i6Zi9. C'était une imitation du règlement militaire hongrois, avec une description détaillée des différents fronts, des marches de cavalerie et d'infanterie, des armements et des équipements,
et des exercices militaires. Ce règlement était divisé en huit chapitres :
i° De l'exercice du fusil ;
2" Des manœuvres de front ;
3° De l'exercice des lanciers ;
II" Continuation du précédent avec explication des commandements ;
5° Du bataillon carré ;
6" De la formation des régiments et de leur action ;
1° Des ordres de marche ;
8° Du service de garnison.
Enfin un manuel traitait des différents signaux donnés par les tambours , trompettes et autres instruments.
Pour compléter cette nomenclature, déjà bien longue, des différentes branches de la législation et de l'administration russe pendant cette période, il nous reste à dire quelques mots de l'administration de l'Église.
Nous avons déjà vu qu'elle avait à sa tête un métropolitain, qui plus tard devint patriarche, et qui était le supérieur immédiat des évêques préposés aux différents diocèses. Avant l'établissement du patriarcat de Moscou, les métropolitains étaient sacrés par le patriarche de Constantinople, qu'ils consultaient dans les questions importantes pour l'Église, de manière que l'Église nationale se trouvait encore à un certain degré sous l'influence de l'étranger;
mais depuis l'établissement du patriarcat, les chefs de l'église nationale furent élus par un concile d'évêques, qui leur imposait les mains.
Quant aux évêques , ils étaient consacrés par le patriarche , et élus tantôt par un concile , tantôt par leur troupeau, comme cela se pratiquait dans quelques villes. Les évêques consacraient les prêtres, les diacres et les sous-diacres de leurs diocèses, dont ils avaient la nomination, à la condition toutefois de se conformer, autant que possible , auK vœux des paroisses. Les affaires de discipline ecclésiastique, divorces, permissions de mariage, apaisement des querelles entre mari et femme, entre les parents et les enfants, étaient du ressort direct et personnel de l'évêque, auquel ces diverses contestations étaient portées en première instance, et pouvaient être soumises en dernière instance au jugement du patriarche.
Pour les autres affaires, àl y avait, comme dans l'administration civile et militaire, des Prikases spéciaux.
Le palriarchii Prikase , ou cour du patriarche , était présidé par un boyard du patriarche, titre égal à celui d'okolnitchii de l'Etat, ensorte que le même personnage pouvait être à la fois boyard du patriarche et okolnitchii à la cour du tsar. Les membres de cette cour du patriarche étaient en partie làïqueâ et en partie ecclésiastiques ; ils avaient à juger en dernière instance les crimes et délits commis par des membres
du clergé. En outre, ils administraient les revenus des monastères , dont le superflu était employé à l'entretien des hôpitaux, des asiles de vieillards et d'orphelins, et des écoles.
Le patriarchii Roariade avait l'administration et la surveillance du personnel du clergé, et prononçait sur les questions litigieuses entre ecclésiastiques. Enfin, le monastyrskoï Prikase, qui était aussi présidé par un boyard du patriarche et formé de membres laïques et ecclésiastiques, gérait les immenses biens fonciers de l'Église, exerçait sa juridiction sur les habitants de ces domaines, et prenait toutes les mesures nécessaires pour la perception régulière des revenus.
Nous terminerons ici ce chapitre sur l'administration en Russie pendant la période des tsars. Il n'a pas dépendu de nous de faire disparaître la sécheresse que comporte le sujet. On voit néanmoins que toute cette organisation administrative , dont les détails ne pouvaient être omis , prouve que la Russie , à cette époque, était déjà arrivée à un degré politique et social très-développé. Chaque partie du service public était établie régulièrement; l'administration locale, confiée à des fonctionnaires élus par la nation et à des préposés du souverain; chaque spécialité était gérée par un Prikase ressortissant à la grande Douma boyarskaïa, dont les décrets étaient sanctionnés et promulgués par le souverain. Ainsi toutes les bran-
ches convergeaient vers le tronc central du pouvoir suprême, qui n'était pas limité dans l'exercice de ses attributions, mais seulement éclairé par les conseils d'hommes compétents. Quand on se rappelle que cet ordre de choses commença à s'établir depuis le ix* siècle, et qu'il alla se perfectionnant et se consohdant jusqu'au xviii" , on ne peut s'empêcher de croire qu'il présentait des garanties suffisantes d'améliorations ultérieures, et ne méritait pas d'être complètement bouleversé et anéanti.