Histoire de Russie^ tome III, page
Il02 HISTOIRE DE LA CIVILISATION
le développement du sens moral; l'acquisition du savoir restait toujours au second plan : toutefois les enfants des classes aisées apprenaient presque généralement à lire et à écrire et étudiaient l'Écriture mainte, ainsi que les œuvres des écrivains sacrés. Chacun était honoré suivant le degré de son savoir en littérature sacrée ; néanmoins les parents des enfants qui manquaient d'instruction, n'étaient point l'objet de la désapprobation publique; mais l'immoralité des enfants était un opprobre qui rejaillissait sur toute la famille. Aussi voyons-nous que le premier soin des parents était d'inspirer à leurs enfants la morale chrétienne, la crainte de Dieu, la charité pour les pauvres, les veuves et les orphelins, l'horreur du mensonge et du parjure. Chaque enfant était convaincu de l'immuable vérité du dicton populaire, base de toutes les transactions sociales de l'ancienne Russie, et qui consistait en ces mots : Qui trompera^ aura honte. C'était de tout temps le principe fondamental de la société russe, principe qui, malheureusement dans les temps modernes, fut remplacé par des obligations légales, dont les formes étaient dictées par des codes de lois et non par la conscience de l'homme placée sous la surveillance de l'opinion publique. On apprenait à l'enfant et au jeune homme : que le respect au mérite relève nonseulement celui qui en est l'objet, mais encore celui qui le professe et le manifeste ; qu'un jeune homme n'a pas assez d'expérience pourêtre un juste apprécia-
teur du mérite d'autrui, car l'expérience ne s'acquiert qu'avec l'âge ; qu'il doit par conséquent généralement être respectueux envers tous ceux qui sont plus âgés que lui, et poli avec ses égaux en âge. De là cette aménité des mœurs russes, ce langage respectueux avec les anciens, ces qualifications cordiales de père, d'oncle, de frère et d'enfants. Tous les étrangers qui visitèrent à différentes époques la Russie ne se mettaient jamais au point de vue nécessaire pour apprécier le peuple russe ; le seul, que nous sachions, qui l'ait jugé impartialement, est le docteur Paul Flemmingue, qui fut en Russie vers 1620; voici ce qu'il dit : <( Dans un pays <( appelé barbare, je vois des hommes qui méritent à « tous égards le titre d'homme. Le laboureur russe « ne rêve pas à une liberté imaginaire, mais il est <( véritablement libre d'âme : il est riche], parce qu'il <i ne ressent pas le besoin ; il jouit d'une belle santé; « il est bon de cœur et ne se doute pas que cette qua- « lité est rare parmi les hommes ; il habite une chau- (( mière faite de ses propres mains, et il est content de « ce qu'elle le préserve des intempéries et du froid ; « il travaille gaiement, plein d'espérance dans la bonté « divine, jouit du repos dans les bras d'une épouse « aimée, et s'endort agréablement bercé par les chants « brillantsdurossignol. Ah! véritablement, ce peuple « innocent et heureux paraît appartenir au fabuleux « règne de Saturne*. » Malgré le ton tant soit peu