‹ Essai sur l'histoire de la civilisation en RussieChapitre 47 sur 69 · LES ARTS ET L INDUSTRIE · texte numérisé non relu

LES ARTS ET L INDUSTRIE

Causes qui ont paralysé l'essor des arts et de l'industrie. — La peinture. — Les artistes et les industriels étrangers en Russie. — Leur affluence au temps du tsar Alexis, — L'art dramatique. — L'art de bâtir. — L'arboriculture et la floriculture. — L'industrie proprement dite; nomenclature des productions industrielles de l'époque, — Les moulins et les scieries, — Conclusion.

Les arts et l'industrie ne firent pas de grands progrès en Russie pendant cette période, car la tendance essentiellement religieuse des Russes à cette époque, faisait regarder les soucis, d'amélioration matérielle comme une sorte d'impiété, et les jouissances raffinées du corps comme une violation des sévères maximes du christianisme. La Russie ne doit son développement dans cette branche de l'activité humame qu'au génie de Pierre le Grand.

En fait d'arts, la peinture seule des images se perpétua en Russie; nous savons qu'il y eut un moine du nom d'André Roubleff, qui se distinguait par son talent, et qui vivait au commencement du xv^ siècle. En i55i , le métropolitain Macaire ordonnait à tous les peintres de tâcher d'imiter les œuvres de Roubleff. Le

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nombre des peintres était très-grand en Russie ; car, en 1553, le même métroplitain Macaire nomma, seulement pour Moscou, quatre chefs de peintres, qui devaient veiller aux ouvrages des autres artistes, ne tolérer la circulation que des images à dessin correct, et n'accorder la permission de peindre des images qu'à des artistes qui comprenaierit leur art. A la même époque furent peintes par des artistes de Novgorod des fresques allégoriques dans l'église de la cour de l'Annonciation à Moscou : ces peintures représentaient des versets de différents cantiques, présentés en allégories sacrées. Le développement des autres arts était d'autant plus difficile , que les relations de la Russie avec l'Europe occidentale furent longtemps entravées par les marchands de la ligue hanséatique et par les chevaliers et les marchands de la Livonie : cependant à la suite de la princesse Sophie Paléologue arrivèrent d'Italie plusieurs artistes distingués, entre autres le Bolonais Aristote Fioraventi, architecte, sculpteur et métallurgiste, qui apprit aux Russes l'art de fondre des canons, et améliora la fabrication des briques. Parmi les autres noms cités par la chronique se trouvent les architectes Marc et Pierre, surnommés les Francs (friazinys) ; le fondeur Paul Dubaucis qui fabriqua en 1487 un énorme canon. En 1491, le Russe Mamireff et le grec Angueloff, envoyés à Venise et à Milan, amenèrent en Russie l'architecte Alévise, le fondeur de canons Pierre, et d'autres artistes et industriels. En

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i/l96, Lossefî et Karatcharoff s'acquittèrent avec le même succès d'une mission semblable. Nous avons déjà parlé ailleurs des tentatives de Jean IV pour faire venir d'Allemagne des savants, des artistes et des industriels; et nous avons dit à ce propos que plusieurs de ces utiles colons ne se découragèrent point pour avoir été arrêtés à Lubeck, et parvinrent en Russie par une autre voie : des auteurs, tels que Henning, Lenklav, Schiter, Neighebauer, disent que des orfèvres, des papetiers, des fondeurs, des mineurs, des armuriers, des maçons, des tailleurs de pierre, des graveurs, des peintres et des architectes, sont parvenus dans le temps à pénétrer en Russie. L'affluence des artistes et artisans étrangers s'accrut tellement que sous le règne du tsar Alexis, il y avait déjà un vaste faubourg de Moscou exclusivement peuplé d'étrangers ; ils avaient un Prikase spécial pour leurs affaires et des chapelles pour y célébrer leur culte.

A propos d'arts et d'artistes, nous devons constater que déjà sous le règne du tsar Alexis, on essaya d'inaugurer l'art dramatique en Russie. Un des favoris du tsar et parent de sa seconde femme, le boyard Artemone Mathveïeff, fit venir quelques artistes dramatiques de l'étranger, ainsi que des musiciens. Ces étrangers, assistés par des serfs du boyard, auxquels on avait enseigné à jouer de quelques instruments et à remplir des rôles dramatiques, donnèrent des représentations sur un théâtre expressément construit

pour eux dans la maison de Mathveïeff . On représentait des pièces traduites du français et même des opéras. Le tsar lui-même assistait volontiers à ces divertissements. Indépendamment du théâtre dans la maison du boyard Mathveïeff, il y en avait un à la même époque dans l'un des palais du tsar; et sa fille, la princesse Sophie, participait personnellement à la représentation des pièces théâtrales 1 : elle écrivit même une tragédie. Pendant la minorité de Pierre P', on donnait des spectacles dans l'Académie de Moscou; et plusieurs pièces françaises furent traduites et représentées, entre autres le Médecin malgré lui, de Molière.

L'art de bâtir n'était pas en décadence pendant cette période : le Kremlin de Moscou et de beaucoup d'autres villes russes et les nombreuses cathédrales édifiées pendant cette époque,rattestent suffisamment. Le tsar Alexis défendit, en 1680, d'élever des constructions en bois dans certains quartiers de Moscou, et accorda toutes sortes de facilités aux acquéreurs de briques, pour en propager l'usage; bien avant lui nous avons vu que Boris GodounofT avait pris des mesures identiques. Chaque maison était entourée d'arbres et d'arbrisseaux fruitiers : les pommiers, les cerisiers, les groseilliers, les framboisiers et les fraisiers étaient très-communs ; les pruniers et les poiriers se propagèrent plus tard. La floriculture ne fut intro-

1 . Continuation des actes de Pierre le Grand, par GolikoflF, tome III, page 455.

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duite que vers la moitié du xvii* siècle, par un ambassadeur du Danemarck, Pierre Markell, qui fit venir à Moscou des échantillons de différentes plantes d'agrément.

Nous n'avons pas la prétention d'entreprendre l'histoire détaillée du mouvement industriel en Russie, car ce travail exigerait des recherches longues et pénibles dans des chroniqueurs qui, préoccupés surtout des événements, n'accordaient qu'une mention passagère et insignifiante aux manifestations du mouvement industriel. Il pourrait donc nous arriver de chercher longtemps pour recueillir un bien maigre butin ; et nous croyons qu'il suffira à la curiosité de nos lecteurs de connaître la nomenclature des principales productions de l'industrie russe à cette époque.

Les renseignements fournis par les chroniqueurs, si incomplets qu'ils soient, ne laissent pas de nous apprendre que du temps du tsar Alexis, il y avait en Russie des fabriques de toile blanche et rayée, de soieries et de draps; des orfèvreries à Moscou, Vologda et Oustioug ; des fabriques d'armes à Moscou et à Toula; des papeteries, des verreries, des forges de toute espèce; des fabriques d'instruments d'acier, des fonderies de cuivre, des chaudronneries. On préparait en outre pour l'exportation, la résine, le goudron, tapotasse, le suif, le savon, les nattes dé tilleul, les cuirs tannés, les gants de peau, les feutres et les draps.

Les moulins à vent et les moulins hydrauliques

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étaient extrêmement nombreux; il y avait déjà au xvii^ siècle des scieries mécaniques dans presque toutes les parties du pays.

En général, il faut croire que les nombreux artisans et industriels étrangers qui affluaient en Russie, l'enrichissaient de leurs produits, et que surtout ils formaient des élèves encore plus nombreux : la production devait donc nécessairement s'accroître. Au reste nous dirons encore une fois, qu'à défaut de matériaux historiques, indispensables pour une description détaillée de l'activité industrielle de la Russie, on peut se faire une idée générale de cette activité, en étudiant l'histoire du commerce du pays pendant cette période.

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