ÉCOLES ET CONCOURS DE RHAPSODES
dire une instilulion, dont Tespril s'éloigne déjà de celte naïveté primitive. Des concours commencent à s'ouvrir, * où une couronne est offerte au plus habile chanteur. Pour décerner cette couronne, pour choisir ce vainqueur, il a fallu juger : ces premiers ju^es sont les premiers cntiques. Je ne chercherai pas ici à deviner la forme ni l'esprit de leurs décisions. L'opuscule connu sous le nom de Combat d Homère et d'Hésiode, les petites scènes du même genre qu'on trouve dans les poésies bucoliques de Théocrite et de Virgile, ne sauraient donner une idée fidèle de ces jugements où s'exerçait alors la difficile magistrature dévolue chez nous aux académies. ^ J'imagine cependant qu'ils offraient quelque chose de grave à la fois et d'animé : les impressions de la foule étaient de moitié, sans doute, dans l'arrêt qui couronnait un vain-
* Hésiode, OEuvres et Jours, v. 655. M. Gràfenhan fait remarquer que l'authenticité de ce vers est contestée. On trouve un autre témoignage dans THymne homérique à Apollon, V, 149. Plùtarque (Questions sympos. V, 2) atteste que certains critiques voulaient tirer d'une variante du texte ie l'Iliade la preuve que déjà, aux funérai}les de Patrocle. un prix était proposé au plus bafiïïe yarlêur* Nous devons vivement regretter la perte d'un ouvrage de Dicéarque, tts^I Mouo-ixwv «yûvuv (voyez Naeke, Opuscula, I, p. 325), et celle d'un ouvrage analogue de Callimaque.
* il exista peut-être au célèbre musée d'Alexandrie quelque chose d'analogue à nos jurys académiques Voyez Vitruve, Livre Vil, préface. Cf. Heyne, Opuscula Academica, J, p. 98. M. Matter (Histoire deJl'École d'Alexandrie, 1. 1, p. 156, 2- éd.) doute aussi, et avec raison, de l'exactitude du récit conservé par Vitruve.
queur. Rien ne prouve d'ailleurs que les juges eux-mêmes fussent des poètes. Divisée déjà en plusieurs classes, la société héroïque ne connaissait guère cependant ces différences de culture intellectuelle qui, chez nous, s'ajoutent aux inégalités de la richesse et du rang. Tous les hommes y étaient, exception faite des aèdes et des prêtres, également ignorants, mais également doués de cet amour du beau, de cet élan généreux vers les grandes choses, qui tempère la grossièreté des mœurs et fait presque pardonner à la barbarie.
Les pièces récitées dans les concours rhapsodiques étaient sans doute plus étendues que les petits couplets alternatifs que prête à Homère et à Hésiode le grammairien auteur de Topuscule dont nous venons de parler. Les concurrents chantaient en s'accompagnant de la cithare quoique fragment, épique de deux ou trois cents vers, ou même davantage. Un texte célèbre d'Élien * nous apprend que les principaux épisodes de Tlliade et de rOdyssée circulèrent, ainsi séparés, à travers la Grèce, avant que Pisistrate les réunît en un seul corps. Seulement les rhapsodes dont parle Élien déclamaient les vers d'autrui ; les aèdes, les Homérides de Tâge précédent étaient de véritables poètes. *
* Élien, Histoires diverses, XIII, 14. Cf. IX, 15 ; et Hérodote, V, 67.
- Voir dans mes Mémoires de Littérature ancienne, Paris,
S 2. RMaction des poèmes homéririues au temps
de Pisistrate.
Si, comme il semble démontré/ Fécole des aèdes homériques ne connaissait pas récriture ou du moins n'en avait pas un usage familier, on comprend combien devaient être fugitives les im- t pressions de l'auditoire dans les concours poétiques que nous venons de décrire, et combien la décision des juges devait être ^u réfléchie. Il en fut autrement sans doute à mesure que Tart d'écrire devint d'une application plus facile et quand, après la récitation, le poëlc put avoir aussi des lecteurs. C'est sous le règne de Psammitichus, en Egj'^pte, et de Pisistrate, dans TAttique, que le commerce du papyrus, commençant à s'étendre chez les Grecs, y rendit plus commun l'usage de l'écriture et dota la pensée d'un mer- ^ . ' veilleux véhicule qui allait puissamment seconder v' ; ^^ ' ' les progrès de la civilisation. Je n'ai pas à marquer ici toutes les conséquences de ce fait important dans l'histoire de la littérature grecque, mais il en est' une qui se rattache trop étroitement à
1863, les morceaux intitulés : a Aperçu des origines de la Littérature grecque », et : « Conclusions sur les poèmes homériques. » * Voyez surtout les Prolégomènes de F.-A. Wolf sur l'Iliade,
§ XIl-XVIIl.
10 HISTOIRE DE LÀ CRITIQUE. CHAP. I, § Il
l'objet même de nos recherches, pour que je ne m'y arrête pas quelques instanls.
Bien des fables entourent et défigurent la tradition suivant laquelle Pisisliate réunit le premier en un seul corps d'ouvrage les chants, antérieurement épars, de Tlliade et de TOdyssée. On a confondu Pisistrate avec Ptolémée Philadelphe faisant rédiger la fameuse version des Septante, et on Ta représenté au milieu d'une académie de soixante grammairiens qui se disputent à qui donnera des poëmes homériques l'édition la plus complète et la plus exacte. Un autre récit nous le montre payant à prix d'or le moindre vers d'Homère qu'on lui venait apporter, puis distribuant chacune des deux épopées homériques en vingt-quatre chants distingués par les vingt-quatre lettres de l'alphabet, et cela à une époque oîi l'alphabet grec n'avait encore que seize ou dix-huit lettres. * Il y a peu de grands événements qui n'aient ainsi leur légende à côté de leur histoire sérieuse. Dégagé de ces embellissements où se révèle l'ignorante naïveté des
* Tzetzès, sur l'Iliade (publié à la suite du traité de Métrique deDraoon, par Hermann), p. 1, 45 et 125; scholiaste de Denys le Thrace dans les Aneedota graeca de Bekker, p. 767 ; préambule du Commentaire d'Eustathe sur l'Iliade ; scholie inédite, publiée en latin par M. Ritschl, dans l'opuscule qui a pour titre : Les bibliothèques d'Alexandrie sous les premiers Ptolémées, et la collection des poëmes homériques par Pisistrate en allemand, Breslau, 1838) ; puis en grec par M. Cramer, Aneedota Parisina, t. 1 ; puis en grec et en latin, avec d'exccl-
siècles de décadence, le travail de Pisistrale gafde encore pour nous un haut intérêt.
Longtemps les poëmes d'Homère ne s'étaient transmis que par la mémoire ou peut- être par quelques copies isolées ; ce qui les exposait à de nombreuses altérations. D'ailleurs les rhapsodes en récitaient les divers épisodes selon leur caprice, sans observer Tordre naturel de la narration épique. Solon, pour remédier à ce désordre, voulut que, dans les fêtes athéniennes, les chanteurs suivissent Tordre indiqué par la suite même des événements. * En même temps, des copies de ces rhapsodies commencèrent à se multiplier dans la Grèce, grâce aux facilités nouvelles que Técriture trouvait dans Tindustrie du papyrus. Que lit donc Pisistrate? Il continua ce que Solon avait commencé. 11 fit rassembler et mettre en ordre les chants épars d'Homère, soit d'après les copies qu'il s'en était procurées, soit d'après les souvenirs des rhapsodes. Grâce au règlement de Solon, les Athéniens avaient pu entendre réciter d'un bout à l'autre l'Iliade ou l'Odyssée ;
lentes recherches critiques sur son origine, par M. RitschI, Corollarium disputationis de bibliothecis Alexandrinis deque Pisistrati curis hotnericis. (Bonn, 1840). — Les recherches de M. Ritschi ont été réimprimées par lui au tome l de ses Opuscules philologiques, p. 1-172.
* Diogène Laërce, I, 57, et PHipparque attribué à Platon, p. 228 B, témoignages qui ont soulevé une vive discussion entre MM. Boeckh et G. Hermann. Voyez les Opuscules de ce dernier, vol. V, p. 300-3^2, et VII, p. 65-88.
c'est à Pisistrate qu'ils durent de pouvoir les lire. Le premier, ce prince, selon Fheureuse expression d'Elien, leur montra ces deux épopées dans la majesté de leur ensemble.
Croire que Pisistrate ait procuré une véritable édition d'Homère, c'est méconnaître le vrai caractère du travail dont les anciens lui font honneur. * Ce n'est d'ailleurs que reculer une difficulté historique.
Entre les rhapsodes et les grammairiens éditeurs, un travail est évidemment nécessaire, celui même que nous venons de déhnir. Si Pisistrate n'en fut pas l'auteur, un autre avant lui s'en était chargé ; si Pisistrate et ses am?5, comme les appelle Pausanias, ^ furent des éditeurs selon le sens moderne de ce mot, que firent donc après eux des grammairiens d'Alexandrie, qui se sont donné ce titre et dont les études sur Homère se sont si évidemment bornées à la récension et à la correction du texte?
Ainsi les témoignages et les conjectures concourent à déterminer la date comme le caractère de la première rédaction complète des poëmes homériques.
* Les textes sur ce sujet ont été bien des fois réunis depuis Wolf (Prolégomènes, 1. c.) jusqu'à M. Dûntzer, dans une dissertation spéciale, De Pisistratea Iliadis et Odysseœ editione, (Journal philologique de Darmstadt, 1837, no 32.)
« Descr. de la Grèce, VII, 26, § 6.
Quant aux collaborateurs de Pisislrate dans une œuvre aussi délicate, on a longtemps ignoré leur nom. Un texte récemment publié* nous apprend que ce furent Onomacritc d'Athènes, Zopyre dlléraclée, Orphée de Crotone et Conchylus. On ne sait rien sur ce dernier. Onomacrite est certainement celui qui, selon Hérodote,^ se fit chasser d'Athènes pour avoir fabriqué des vers qu'il mettait sous le nom du vieux poëte Musée. On lui attribuait aussi dans l'antiquité plusieurs poésies orphiques, de celles qui ne sont pas venues jusqu'à nous, et nous trouvons même dans les scholiastes' quelque trace de ses travaux sur Homère. Zopyre, auteur peutêtre d'une Héracléide, est deux ou trois fois cilé par les commentateurs grecs de l'Iliade pour des observations grammaticales.* On compte aussi Orphée de Crotone parmi les fabricateurs d'écrits orphiques. Enfin, un dialogue ordinairement placé parmi ceux de Platon, et où l'on fait honneur à Hipparque fils de Pisislrate, de l'opération ordinairement attribuée à son père, désigne comme ses collaborateurs les deux poètes Anacréon et Simo-
* La scholie citée plus haut^ p. \0, note 1. 8 VII, 6.
* Schoiies sur l'Odyssée, XI, C02; scholiaste d'Euripide sur
* SchoUes de Venise sur l'Iliade, X, 274 ; XXIV, 139. Cf. Bode, Histoire de la Poésie grecque (en- allem. Leipzig, 1838), 1. 1, p. 171; Lobeck, Agiaophamus, p. 329 et suiv.
14 HISTOIRE DE LA CRITIQUE. CRAP. I, § Il
nide.* Ce qui est certain, c'est qu'il reste des traces nombreuses d'une récension d'Homère par Antimaque de Colophon, le poëte épique.*
Ces indices, quoique peu nombreux, ne sont cependant pas sans valeur. Ils nous montrent clairement autour de Pisistrate et après sa mort une école de poètes s'exerçant à coordonner les diverses parties de l'antique épopée. Ces poètes auraientils donc pris avec Homère les mêmes licences qu'avec Orphée? Nous ne voulons pas le croire. Toutefois, il est probable que le temps a détruit, dans le texte homérique, la trace de bien des altérations qui remontent jusqu'au temps de Pisistrate. S'il est vrai que les rhapsodies n'aient été écrites que fort tard, que d'abord elles l'aient été partiellement et sans ordre, se peut-il qu elles soient venues à rappel de Pisistrate, se ranger en un corps complet et régulier? Ou plutôt, dans cette hypothèse à quoi bon les efforts mêmes du tyran d'Athènes, que les anciens rappellent avec tant d'éloges ! Mais plusieurs témoignages précis changent, à cet égard, la vraisemblance en certitude. C'est Strabon,^ c'est Plutarque/ c'est Pausanias' qui accusent Pisis-
* Hipparque, p. 228 B, passage cité par Elien, Histoires diverses, VIIÏ, 2, qui ajoute : « Si toutefois l' Hipparque est réellement de Platon. »
* Voyez les fragments d'Antimaque recueillis par StoU (Dillenburg, 1845), p. 112-115.
« Géogr., livre IX, p. 394.
* Vie de Thésée, chap. xx.
* Lieu cité.
Irate ou quelqu'un des siens d'avoir ici altéré un nom propre par ignorance, là inséré tout un vers favorable à Fambition ou à la vanité des Athéniens; c'est Ëustathe * qui, d après les ancie^is critiques^ reconnaît que tout le dixième chant de l'Iliade n'appartenait pas au dessin primitif du poëme où Pisistrate lui a donné place ; c'est enfin Aristophane deByzance et Aristarque, qui, sans nommer Pisistrate, le condamnent ouvertement, lorsqu'ils suppriment comme apocryphes les cinq cents derniers vers de l'Odyssée. ^ Sans s'écarter beaucoup de ces preuves positives, on peut établir que la plupart des petits hymnes réunis sous le titre d'hymnes homériques ont été, lors du travail de Pisistrate, détachés des rhapsodies dont ils formaient l'introduction poétique et religieuse : ' ainsi nous aurions en-
* Commentaire sur le X* livre de Tlliade, au commencement.
' Voyez les scholies sur le vers 296 du XXIII« chant.
^ La preuve en est dans les espèces de refrains qui terminent la plupart de ces hymnes homériques, surtout dans celuici : « Après avoir commencé par toi (ô dieu ou déesse), je passerai à un autre hvmne (ou à mon chant en l'honneur d'un autre personnage) ; » et dans cet autre qui termine l'hymne à Bacchus ; « Pourrait-on, après t'avoir oublié, composer un beau chant ? » Ces hymnes servaient donc de prélude à des récils épiques, et la trace de cet usage se retrouve dans TOdyssée (VIII, 499), où Taède Démodocus éppirjôîiç ôsoO ^px^ro, ^atvs â*k9ièinv, mot à mot, « s'étant mis en train, commença par l'éloge d'un dieu (ou du dieu Apollon), puis exposa son chant » (son récit épique). Les interprètes qui font dépendre ÔsoO de opiinBsU n'ont pas saisi le vrai sens de ce vers, qui ne peut être douteux après le rapprochement que l'on vient de faire.
16 HISTOIRE DE LA CRITIQUE. CHAP. h § H
core là comme des débris du riche répertoire épique d'Homère.
En général les grammairiens alexandrins, lorsqu'ils relèvent dans le texte homérique quelque interpolation ou quelque transposition, s'en prennent àun personnage qu'ils appellent le diaskévaste, c'est-à-dire F arrangeur,^ Ils reconnaissent donc que ce texte a été souvent et maladroitement remanié par leurs prédécesseurs; or il est difficile de ne pas voir dans ces critiques maladroits et téméraires dont l'œuvre se place précisément entre le VI® et le 111° siècle avant l'ère chrétienne, les amis de Pisistrate ou leurs successeurs immédiats.
En parcourant, sur ce sujet, les notes des scholiastes d'Homère, on saisit bien ces tâtonnements de la critique naissante ; on voit les collecteurs inexpérimentés tantôt insérer, comme pour ne les pas laisser perdre, des tirades d'un caractère vraiment homérique sans doute, mais mal accommodées au lieu où ils les placent; tantôt combler par des vers de leur façon des lacunes qu'ils ne pouvaient autrement remplir; tantôt, si toutefois il n'y
Voyez aussi le témoignage de Plutarque, Sur la Musique, chap. VI, qui se rapporte, il est vrai, à une époque un peu plus récente. Cf. H. Hignard, Des hymnes homériques, in-8<>, Paris, 186i.
* Voyez, par exemple, les scholies sur l'Iliade, XXIV, i30; IV, 208 lil s'agit de vingt vers); XVIÏI,356; sur l'Odyssée, XXIV, 24, etc. Pour plus de détails, consultez W. Millier, Homerische Vorschule, 2« édit. (Leipzig, 1836), II, chap. iv.
a pas malice chez les grammairiens qui leur adressent ce reproche, surcharger ou altérer le texte pour complaire à Forgueil national de leurs concitoyens. Tout cela fait peu d'honneur à Tesprit et au goût de celte école de savants ; mais il faut leur tenir compte des grandes difficultés de la tùche qu'ils avaient a remplir. La critique des textes pouvait-elle avoir, dès son début et comme à sou premier essai, la rigueur méthodique qui caractérisa plus tard les travaux des philologues alexandrins ? *
Au reste, il parait que l'opération littéraire de Pisistrale ne se borna pas aux poëmes homériques. On sait qu'il s'occupa aussi d'Hésiode, et l'on est bien tenté d'attribuer encore à ses collaborateurs la mise en ordre du recueil d'épopées connu et cité plus tard sous le nom de Cycle épique, ^ Par là s'ouvrait certainement à la critique historique et littéraire un vaste champ d'observations. Dans làge suivant nous voyons un des premiers historiens de la Grèce, Phérécyde d'Athènes, faire, dit-on,*' un recueil des poëmes orphiques, preuve nouvelle de l'active curiosité qui s'éveillait alors pour ces sortes d'études.
' Voir dans mes Mémoires de Littérature ancienne le ch. vj sur Aristarque.
- Le Cycle épique, il est vrai, ne se trouve pas cité avant Aristote (voyez W. Millier, De Cyclo grœcorum epico, Lipsia), 1829, p. 130); mais Cicéron n'est-il pas aujourd'hui le plus ancien auteur qui nous parle de l'opération de Pisistrate?
• Suidas, au mot Phérécyde V Athénien,
EOaER 2
là HISTOIRE DE LÀ ClUTIQUE. GHAP. I, § III
Enfin il n'est pas inutile de remarquer qu'à l'imitation d'Athènes, plusieurs villes grecques, entre autres Sinope dans le Pont, et dans la Gaule notre Marseille, eurent de bonne heure Tidée de faire préparer sous leur nom et pour leur usage des éditions spéciales d'Homère. Les scholiastes nous ont conservé plusieurs variantes curieuses de ces éditions politiques (ou des villes), comme ils les appellent; témoignage précieux d'une émulation qui, sur tous les points du monde hellénique, anime les esprits aux progrès de la science et de l'art. *
% 3. Les concours de poëtes dramatiques à Athènes. Le
tribunal des Cinq juges.
A côté des luttes de rhapsodes on voit commencer de bonne heure, sans pouvoir leur assigner une date précise, des concours de poésie lyrique. C'est du chant lyrique appelé dithyrambe que sort, vers le temps de Pisistrate, la tragédie, d'abord simple dialogue entre deux chanteurs déguisés en satyres sans doute, puis véritable action dramatique à plusieurs personnages et à plusieurs scènes. De la tragédie se détache peu à peu le drame satyrique, genre de drame à la fois religieux et plaisant, qui, dans les fêtes consacrées à Bacchus, rappelait plus
* Wolf, Prolegomena^ p. CLxxvni et suiv.