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ECOLES D*ALEXÂNDR1E ET DE PERGAME

Les Tables de Callimaque et de Craies ne faisaient que continuer et développer l'ouvrage composé par Aristote sur les poètes et musiciens vainqueurs dans les jeux solennels de la Grèce ^ Il en est de même du traité de Carystius de Pergame Sur les Didascalies, C'étaient des recueils de biblio* graphie selon Tordre des matières et des temps. A la même classe, ou à peu près, se rapporte l'ouvrage de Démétrius Magûès Sur les Homonymes, Toutes ces recherches avaient pour objet et pour résultat communs de lixer les droits des auteurs à la propriété de tant de livres rassemblés dans les grandes bibliothèques, de signaler les compositions apocryphes, qui abondaient, grâce à la munificence «un peu complaisante des Plolémées, sur les marchés d'Alexandrie ; enfin, d'assurer la chronologie de l'histoire littéraire. Elles impliquaient d'ailleurs non seulement des questions de priorité entre les auteurs et les ouvrages réunis dans de tels catalogues, mais aussi des questions de goût, où trouvjBiit à s'exercer toute la délicatesse de l'esprit critique.

Les livres de Duris, de Callimaque et de Dicéarque Sur les Cancùurs de muèique et de poésie, ceux d'Euphorion et de Musée Sur les jeux IsthmienSj celui de Philochore Sur les jeux publics à Athènes^ approchaient plus de la forme histo-

* Voyez plus haut, p. 184.

366 fliSTpIBîî DE LA CmTIQUÉ. CHAP. IV, § I

rique. Les traités de Sosibius, de Lycophron, d'Ératoslhène et d'Hérodicus Sur la Comédie ^ ïi'élaient guère que des recueils de matériaux ppur servir à ji'histoire des auteurs comiques, des sujets traités par eux', des procédés de leur art. Quelquefois ces recherches érudites avaient ua caractère d'iatérèt tout local : ainsi, de m^me que Thistoripii Épbore avait réuni en un livr« les anm^les de s^ modeste patrie '^ le poëtçf Niçandre, Colqphonien de msiissance, écrivit Siur les poètes de Colophoj}. Parmi ces souvenirs, qui sont pour nous d'un intérêt plutôt bibliographique que littéraire, on peut cependant relever çà et là quelques traits dignes d'attention. Telle est Tanecdote que racontait Lycophron dans son traité de la Comédie, et que le compilateur Athénée y a relevée '. Le poète Âptiphane lisait une de ses comédies devant le roi Alexandre, qui paraîssiait n'y pas prendre goût : « Prince, lui dit Antiphane, c'est que pour goûter ces choses, il faut avoir dîné souvent en pique-nique, et avoir souvent donné et reçu des coups pour des courtisanes. » La réponse d'Antiphane est assurément instructive, et pourrait suggérer bien des commentaires sur les conditions du succès pour un poète dramatique.

< Voir plus haut, p. 70, 71 .

» Athénée, Xill, p. 555.

Les ouvragés de Zénodote, d*Aristarque et de leurs disciples, sur Homère et les anciens poètes^ étaient ou des commentaires suivant pas à pas les textes qu'il s'agissait de corriger et d^expliquer, pu de simples expositions des principes suivis dans la recension de ces textes. On comprend néanmoins que dans ces recueils trouve place mainte observation sur l'art et le génie du poète ; et c'est ainsi que, sans avoir écrit un seul ouvrage de critique proprement ditp, Aristarque s'est fait, pomRie éditeur et comme juge des poètes, la réputation du premier critique de l'antiquité *.

Panétius appelait Aristarque u^ devin '. Cicéron disait : « J'aime mieu2^ me tromper avec Platon que d'avoir raison avec tant d'autres ' » ; et de mêmç il s'est trouvé des admirateurs d' Aristarque qui préféraient expressément ses erreurs à l'évidence de la vérité. « Nous suivrons ici, dit un coinmontateur d'Homère, Aristarque plutôt qu'HermappiaSj bien que celui-ci paraisse avoir raison *. » Les élégants écrivains de Rome y importèrent de bonne heure cette superstition pour un nom tout-puissant

^ Voir pour pius de détails ma notice sur Aristarque, dans li^ Hevue des Deux-Mondes du i^^ février 1846, réipopri* mée daus mes Mémoires de Littérature ancienne (Paris, 1862, p. 126).

« Pans Athénée, XIV, p. 634.

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* Scholies de Venise sur l'Iliade, IV, 235. Cf. 11, 316 et passim.

à Alexandrie. Le précepte d'Horace : Fiet Aristarchus y est devenu presque un proverbe, et Aristarque a personnifié chez nous, comme au siècle d'Auguste, la perfection du goût unie à cette franchise délicate du caractère, qui donne à la raison sa plus grande autorité dans l'appréciation des œuvres de Fart. Essayons d'expliquer rapidement cet immense renommée.

Instituteur d'un jeune Ptolémée, professeur et bibliothécaire à Alexandrie, auteur de nombreux commentaires sur les poètes classiques de la Grèce, ce n'est guère que comme interprète d'Homère qu' Aristarque peut être aujourd'hui apprécié, grâce aux nombreux témoignages du scholiaste de Venise. On a vu plus haut les discussions des sophistes et les travaux d'Aristote sur Homère. Zénodote et Aristophane avaient ensuite publié les premières recensions proprement dites des poèmes homériques. Aristarque, venu après ces maîtres, instruit par leurs exemples et souvent parleurs erreurs, doué d'ailleurs d'un jugement aussi fin que juste, et muni d'une grande érudition, publia à son tour un texte de ces poèmes, qui devint classique dans les écoles grecques, et qui a mérité de parvenir jusqu'à nous comme le dernier effort de la critique dans une étude où, depuis deux siècles, elle dépensait tant de labeurs subtils et enthousiastes. Ce travail, il l'avait revu plusieurs fois, car il est ques-

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