‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 105 sur 180 · ARISTARQUE · texte numérisé non relu

ARISTARQUE

montrer plus sévère que le moraliste Pliitarque, et qu'un orateur chrétien, saint Basile, qui cite comme un modèle de pureté morale tout cet épisode d'Ulysse chez les Phéaciens. Nous sommes heureuse aujourd'hui de pouvoir invoquer une telle autorité*.

Ordinairement, lorsque nos grammairiens condamnent certains vers, ils ne vont pas jusqu'à les supprimer ; mais ce qui est plus fâcheux, c'est que le jugement d'Aristarque ait quelquefois fait disparaître des manuscrits les vers qu'il avait condamnés*. Wolf en comptait plus de quarante absents pour cette cause dans le manuscrit de Venise, et Plutarque nous en a conservé quatre qui, sans lui, nous seraient inconnus. Dans le IX® chant de l'Iliade, le vieux Phénix raconte son histoire à Achille ; il se dépeint frappé par l'imprécation d'un père : « Le roi des enfers et Proserpine, divinités terribles, exaucèrent ses vœux. Hélas ! je pensai l'immoler de mon fer aigu ; mais un dieu suspendit ma colère, offrant à mon esprit quelle serait ma

< Plutarque, De la Manière d'entendre lès poètes ; saint Basile, Conseils à des jeunes gens sur la lecture des livres païens. On peut citer encore comme un exemple de scrupules semblables la correction proposée par Aristarque sur le IX' chant de niiade, vers 222, où il s*étonnait de voir les ambassadeurs d'Agamemnon faire deux repas en une heure.

^ C'est de la même façon qu'un critique, d'ailleurs inconnu, Paul de Mysie (cité par Photius, Cod. 262 de sa Bibliothèque) avait causé la disparition de nombreux discours de Lysias, en les déclarant apocryphes.

reuommée parmi le peuple, quel serait mon opprobre aux yeux de tous les hommes, si seul entre les Grecs j'étais appelé parricide. » Aristarque supprima ces vers « par crainte, » dit trop brièvement Plutarque, sans doute parce que cet emportement d'un fils, qui va presque jusqu'au parricide, lui semblait d'un exemple dangereux. Ici encore Plutarque est moins rigide ; il trouve dans cet exemple un avertissement utile cqntre les fatales conséquences de la colère. Est-ce donc comme précepteur d'un roi qu' Aristarque devance et dépasse la sévérité d'un philosophe et celle d'un saint?

Je comprends mieux les scrupules qui faisaient suspecter? dans l'Odyssée, le récit des amours de Mars et de Vénus surpris par Yulcain. Mais il est toujours dangereux d'appliquer à des temps si éloignés de nous les convenances d'une société plus polie : la poésie des peuples primitifs se joue quelquefpis de l'idée divine avec une liberté qui , grâpe aux éternelles contradictions de l'esprit humain, n'exclut ni la foi ni le respect.

Aristarque tenait encore pour apocryphes les cjncj ceijts dernip^-ç ver^ fie J'Odysséiç, et il ne pouvait manquer de prendre part à la controverse soulevée dès lors entre les çritiqups, sur la question de savoir si ce poème avait été composé avant ou après l'Iliade, et si même il avait pour auteur Je ipêrpe poète que l'Iliade, ^ms ce qui reste aujour-

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