ÉRATOSTHÈNE
d'hui do cctto polémique se borne à quelques remarques sans valeur, et ne justifie que trop le dédaigneux jugement d'un Romain sur les futilités laborieuses de l'érudition grecque *.
A Alexandrie, comme dans les écoles d'Athènes, Homère n'était pas moins souvent commenté par les historiens et les géographes que par les crilîques de profession. Ératosthène discutait très-librement la valeur de ses descriptions géographiques, surtout en ce qui concerjie les célèbres erreurs d'Ulysse. Là-dessus il attaquait fort les admirateurs complaisants qui voulaient prendre Homère à la lettre, et retrouver sur le terrain la justification de son témoignage. « On retrouvera^ disait-il, la trace des voyages d- Ulysse quand on aura retrouvé l'ouvrier qui a fait l'putre d'Éole* ; » et il déclarait, en général, que Toffice du poète est d'amuser ses auditeurs, non pas de leur enseigner l'histoire ou la géographie ^ Ainsi les sciences se mêlaient aux lettres dans les doctes veilles du If usée; ainsi, les questions les plus diverses étaient
* Sénèque, Sur la Brièveté de la vie, chap. xiii : « Graecorum ille morbus fuit qusrere quem numeruin remigum Ulysses habuisset, prior sçriplaesset liias an Odyssea, prsterea an ejusdem esset auctoris. > Cf. la lettre LXXXyiII* à LuciHus.
' Voyez l'Odyssée, X, 19.
• Voyez le premier livre de la Géograpfiie dç Strabon, et le recueil de Bernhardy, intitulé : Eratosthenica (Berlin, 4822), p. 112, où rhabile collecteur des fragments d'Ératosthène me paraît écaftpr trop légèremei^^ rQpifûop de H^ynf , i^ il^q.4elle nous nous rattachons ici.
agitées au milieu de ces riches et vastes bibliothèques devenues comme le trésor de Tesprit humain.
Nous avons une image de cette union de la science positive et de la poésie dans V Hermès d'Ératosthène. S'emparant du dieu inventeur de l'écriture et de la lyre, pour personnifier en lui le génie progressif de Thumanité, Ératosthène racontait ainsi, sous une forme épique, l'histoire des principales inventions qui ont agrandi et honoré la vie humaine, surtout l'histoire de l'astronomie : idée originale et belle, dont aujourd'hui nous suivons péniblement la trace à travers d'informes débris de ce poème, et que, par une singulière coïncidence, a failli réaliser une seconde fois, deux mille ans après Ératosthène, un des plus grands poètes de la France moderne. André Chénier, en effet, avait conçu le projet d'un poème sur Hermès considéré comme le génie même de la civilisation : c'était son œuvre de prédilection.
0 mon fils, mon Hermès, ma plus belle espérance ! 0 fruit des longs travaux de ma persévérance, Toi l'objet le plus cher des veilles de dix ans, Qui m*as coûté des soins et si doux et si lents» Confident de ma joie et remède à mes peines ; Sur les lointaines mers, sur les terres lointaines, Compagnon bien-aimé de mes pas incertains, 0 mon fils, aujourd'hui quels seront tes destins ? etc.
L'œuvre n'a pu être achevée : il n'en reste que