‹ Essai sur l'histoire de la critique chez les grecsChapitre 108 sur 180 · TRADUCTIONS A ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

TRADUCTIONS A ALEXANDRIE

d'ailleurs, ropinioii du grammairien critique nous est attestée d'une façon trop sommaire, par exemple en ce qui touche certaines allégories homériques S pour que nous puissions nous pennettre aujourd'hui de la louer ou de la combattre.

Il est encore un point par où les recherches grammaticales des Alexandrins pourraient nous intéresser vivement, c^est la comparaison du grec et des idiomes étrangers, s'ils l'avaient essayée avec quelque soin, et surtout s'ils l'avaient fait servir au progrès de la critique littéraire. Un ancien témoignage porte que la bibliothèque d'Alexandrie reçut, grâce k la munificence de ses fondateurs, des livres écrits dans toutes les langues, et qu'on rafSsembla, pour les traduire, les plus habiles interprètes ^ La traduction des livres hébreux par une réunion de juifs hellénistes est un fait incontestable, de quelques fables qu'il ait pu être entouré dans la suite. Nous savons qu'Ératosthène s'était occupé des hiéroglyphes égyptiens ; et sans croire aux fabuleuses origines du récit de Platon sur l'Atlantide, sans admettre que le vieux philosophe Démocrîte se fût déjà livré à ces difficiles études % comment croire que les Grecs aient si longtemps communiqué avec l'É-

^ Eustaihe, ad Iliadem, p. 603-28 (cité par Nauck). ' Voir le grammairien cité plus haut, p. 10, note !• » Diogène Laërce, IX, 49.

d82 HISTOIRE DE LA CRITIQUE. CRAP. lY, § I

gyple avàtït Alexandre, et si longtemps occupé ee pays tout entier depuis la conquête macédonienne, dans que le besoin des relations officielles ou la curiosité scientifique ait donné lieu de composer quelque grammaire de la langue grecque à Tusage des Égyptiens, ou de la langue égyptienne^ à Tusage des Grecs? Le chef de la chancelterîe i^ous les Ptolémées^ Tépistolographe, en même tetnps ^rettià prêtre de toute TÉgyptô et directeur du MtfSée, était toujours un Gre6, comme plus i&td ce fut trn Ronfiain sous les empereurs de Rome ^ ; il avait des employés de sa nation dans toutes les préfectures; et jusque dans l'intérieur des temples où étaient gardées les collections de livret sacrés, oH voit de» Grec^ occuper certaines fonctions religieuses. Si rares, que soient aujourd'hui les inscriptions bilingues en Egypte, on a la certitude qu'elles étaient autrefois beaucoup plus abondatïtes; et, d'ailleurs, le grand nombre d'inscriptions grecques évidemment destinées à être lues et comprises par des Égyptiens prouve que le grec était devenu familier à beaucoup de personnes de cette nation, surtout aux prêtres et aux fonctionnaires publics. A titre de conquérants, les Macédoniens pouvaient se montrer plus dédaigneux, et préférer l'usage des interprètes pour

* LetroMié, Recueil iëÉ Inscrîptîoné dé FÉgypté, 1. 1, ji. 279, 358.

PHILON JJE JUIF 383

coaimnniquér avec les indigènes. On s'étonne cependant que rérudition alexandrine, placée sous la tutelle iùimédiate de Tépistolographe, entourée de tels Recours pour Tétude des monuments égyptiens et des lettres orientales^ ait si complètement négligé toute recherche de philologie comparative, ou que du moins il ne reste, avant les siècles de décadence, aucune trace, pour âinîsi dire, de ses. travaux en ce genre, si elle en avait laissé *.

En ce temps, et en cet état des relations de la Grèce avec les peuples étrangers, on s'attendrait à trouver chez Philon le Juif maints renseignements curieux et précis Sur la littérature hébraïque, comme sur l'érudition égyptienne. Celui-là du môïns n'est pas comAie le faux Arîstobul'e et comme le faux Âristéas un dé ces jtiifs fabricatçurs de textes apocryphes, tels qu'en A produits là Synagogue dans la ôapitale de l'Egypte ptolémaïque. C'est un esprit sîncère, uù penseur quelquefois profond, un interprète enthousiaste de la philosophie platonicienne allîée aux traditions mosaïques ; mais, aussitôt que nous ouvrons ses livres, notre espérance est trompée, et dès l'abord le récit de Philon sur la version des Septante ^ nous laisée

* Parmi les rares témoignages de cétÊe alliBnce entre le Grec et l'Égyptien, il faut citer tes Hieroglyphica de Chérémon (Voir dans la Revue Archéologique, 8* atinéév !'• partie, i851,p. IS^etsiÛT.jUnairticlé deBif^^ trad. pàii Lenormant)!

' Vie de Moïse, II, § 5 et suiv.

voir toute la complaisance du sectaire pour les légendes favorables à son patriotisme.

La préface de son livre sur La vie de Moïse le montre condamnant d'une manière générale la littérature hellénique comme frivole et trop amie des fictions indécentes ; et cependant le même ouvrage nous représente Moïse comme Télève de maîtres appelés à grands frais de la Grèce pour diriger son éducation, étrange contradiction chez un érudit qui témoigne ailleurs d'une connaissance assez particulière de rhellénisme, car il atteste avoir un jour assisté à la représentation d'une pièce d'Euripide, et il emprunte au Sylée, drame satyrique du même auteur, quelques fort belles citations pour en orner son livre Sur le libre arbitre de F homme. D'autre part, on voit qu'il se fait une idée bien fausse de l'imagination ^; enfin qu'il condamne les représentations humaines de Dieu et des puissances, comme autant d'actes d'impiété '. Cela n'était guère favorable au culte de l'art '. Son apologie de la science en vue des progrès de l'âme dans la vertu nous transporte encore au milieu d'un vague idéalisme et nous laisse bien peu voir la méthode du véritable critique, la précision et la clarté du véritable

* Sur rimmutabilité de Dieu, § 10.

> Sur rimmutabilité de Dieu, § 12.

• Voyez dans le livre Sur les Géants, g 13, de singulières idées sur le rôle des artistes intermédiaires entre Thomme et Dieu.

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